Le Royaume des champignons

     Cette page s'attache essentiellement à la symbolique des champignons. Pour en savoir davantage sur leurs caractéristiques mycologiques, rendez vous sur l'Atlas des champignons.

   Pour mieux connaître l'usage des champignons hallucinogènes et leur lien avec le sacré, lire ce document sur la naissance de l'enthéobotanique et l'article de Miriam Gablier sur INREES..

      Une page est également dédiée à la recherche d'exemples du traitement des champignons en littérature.

Agaric des devins
Amadouvier
Amanite des césars
Amanite phalloide
Amanite tue-mouches
Bolet de Satan
Cèpe
Champignon-chenille
Champignon de Paris
Chlatre grillagé
Clavaire lumineuse
Coprin chevelu
Coulemelle
Dame voilée
Ergot de seigle
Ganoderme luisant
Girolle
Hydne Hérisson
Hygrophore conique
Lactaire poivré
Langue-de-boeuf
Lycoperdon géant
Matsutake
Morille
Mycène rosée
Oreille-de-Judas
Pied bleu
Pied de griffon
Pied de mouton
Pleurote
Polyphore du mélèze
Polypore écailleux
Polypore tuberaster
Satyre puant
Shiitake
Tramète parfumée
Tramète rouge cinabre
Trompette des morts
Truffe
Truffe des cerfs
Vesse de loup
Xylaire polymorphe
En voir plus

      Ce qu'en dit Hildegarde de Bingen dans Physica, Le Livre des subtilités des créatures divines, trad. P. Monat, 2011 : chapitre "champignons.

     Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on apprend que le champignon, et plus particulièrement en Chine l'agaric (ou amadouvier), est un symbole de longévité. La raison en est peut-être que, après séchage, il se conserve très longtemps. Il figure dans les attributs du dieu de longévité. Les Immortels le consomment, associé à la cannelle, à l'or ou au jade. Ils en obtiennent, écrit Wang Tc'ong, la légèreté du corps.

     Par ailleurs, l'agaric (ling-tche) est censé ne prospérer que dans la paix et le bon ordre de l'Empire. Sa végétation est donc le signe d'un bon usage du mandat céleste.

     Certains textes anciens le considèrent en outre comme un philtre d'amour.

     Sur un tout autre plan, la cosmologie taïe fait du champignon, en raison de la forme en dôme de son chapeau, une image du Ciel primordial.

   Tchouang-tseu (chapitre 2) considère en outre la multiplicité des champignons nés d'une même humidité comme l'image des modalités impermanentes de l'être, apparitions fugitives d'une seule et même essence.

     Chez les Dogon, les champignons sont symboliquement associés à la paroi de l'abdomen et aux instruments de musique. On frotte la membrane des tambours avec une poudre de champignons carbonisés pour leur faire donner de la voix.

     Pour les Orotch, peuple Toungouse de Sibérie, les âmes des morts sont réincarnées dans la lune sous forme de champignons et rejetées sur terre sous cette forme.

     Pour certains peuples bantou du Congo central, le champignon serait également un symbole de l'âme. On parle chez les Lulua du champignon de la cour et du champignon de la brousse pour évoquer le monde des vivants et celui des morts. Un sage ajoute : un champignon dans la cour et un champignon dans la brousse sont un même champignon. Toutes ces croyances ont un point commun, elles font du champignon le symbole de la vie régénérée par la fermentation, la décomposition organique, c'est-à-dire la mort."

     Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995), "Peu d'auteurs se sont attachés à élucider le symbolisme [onirique] des champignons. il s'agit pourtant d'une composante non négligeable de l'imaginaire puisque sa présence touche 3.5% des séances de rêve éveillé, ce qui place le champignon au quatorzième rang des végétaux, sur les quatre-vingt-sept symboles répertoriés dans cette famille. Une analyse superficielle, prenant en référence la forme de certains champignons, pourra conclure à la signification phallique du symbole. Dans quelques cas, ce sens paraît d'ailleurs justifié. Cependant, sur les deux cent mille espèces de champignons connues, un très petit nombre présentent une forme phalloïde. Il est rare, aussi, que le patient décrive une espèce précise de champignons.

     Avant tout autre considération, le champignon du rêve est une image colorée. Dans la grande majorité des cas, il s'agit d'un champignon au large chapeau en forme de parapluie, généralement rouge, avec des points blancs. Si le champignon peut être soupçonné d'entretenir un rapport avec les aspects actuels de la problématique, la nature de cette relation se révélera bien différente de ce que l'on aurait pu déduire de la forme du végétal. Le champignon imaginaire, deux fois plus présent dans les rêves des femmes que dans ceux des hommes, renvoie obstinément au couple de couleurs : rouge et blanc.

     Catherine voit, dans son deuxième rêve, "... une grande grille, comme dans les châteaux... c'est un peu à l'abandon, fouillis... il y a des champignons rouge et blanc, rouge avec des points blancs... un pied blanc, un pied petit... le chapeau rouge est beaucoup plus grand... j'entends le chant du vent..."

     Estelle commence son rêve par la vision d'un vaste panorama, en Arizona... : "... je vois des montagnes, rouges, sur un ciel clair avec des nuages, de gros nuages blancs... Il y a de grands cactus... et je vois un ballon, une montgolfière... je suis dedans, au-dessus du désert... je descends au-dessus d'un village d'Indiens... le ballon, il est blanc et il y a des dessins rouges dessus, des cercles, des ronds, des gros ballons rouges... je suis descendue... les enfants sont heureux, ils mettent le doigt sur les ronds rouges... il y a aussi un grand arbre, très grand, pas haut mais rond, avec un tronc large... et au-dessous, il y a d'énormes champignons... j'ai l'impression d'être dans un film de Walt Disney tellement tout est parfait !..."

     Dans la plupart des rêves où apparaît le champignon, il y a une accumulation d'images associant ainsi le rouge et le blanc. Une très forte corrélation existe entre le champignon imaginaire et le dessin animé. L champignon du  rêve, bien plus qu'un végétal, est une image dessinée. Blanche-Neige est sans doute la figure la plus célèbre de l'univers des contes et du dessin animé. La jeune fille au teint blanc comme la neige et aux lèvres rouges comme le sang, conformément au vœu fait par sa mère avant la naissance, symbolise la jeune fille pubère, encore enveloppée du blanc de l'innocence mais déjà atteinte par le rouge du sang imposé par son destin de femme. L'association du personnage de Blanche-Neige et du champignon rouge à points blancs n'a donc rien de surprenant.

     Le rouge exprime l'implication dans la vie, le désir, l'amour, la passion, le sentiment, la violence, la fécondité, la vie. Le blanc dit l'innocence, la réserve, la pureté, la sauvegarde, l'intégrité, le gel, l'isolement, la stérilité, la mort. Le champignon rouge et blanc qui surgit avec constance au bord des chemins où s'avance Blanche-Neige est significatif de toues les contradictions de l'âge pubertaire. De cet âge où le plaisir d'accéder au monde adulte affronte la nostalgie de l'innocence, où le plaisir trouble du désir se heurte aux craintes d'agression, ou l'insouciance enfantine le dispute à la conscience responsable, où la confiance en la vie bute sur la révélation de la mort, où la spontanéité des jeux se brise sur les multiples interdits.

     Éphémère, séduisant et dangereux, le champignon se prête aussi, par sa nature, à la représentation d'élans contradictoires. C'est probablement la deuxième séance d'Anne-Marie qui réunit le plus d'éléments susceptibles de conduire à l'interprétation la plus profonde du symbole. Le rêve se déroule depuis quinze minutes lorsque la patiente exprime cette séquence :

     "J'ai maintenant l'impression d'être devenue immense... mais ça n'est pas du tout quelque chose qui m'oppresse... non... je suis devenue comme... comme... comme Blanche-Neige, avec les lacets, là sur le devant... (c'est bizarre ! Je pensais "Chaperon Rouge" et j'ai dit "Blanche-Neige" comme si ça s'imposait !)... et c'est un peu comme si j'étais en train de me promener dans une forêt... y a des champignons qui me paraissent très grands... rouges... avec des taches blanches sur le dessus.... le champignon s'est transformé en parachute et je suis en train de filer dan l'air, à l'horizontale... je suis attirée.. très très fort... au-dessus de la terre, comme par un gigantesque aspirateur... vers... une espèce de source lumineuse... [...]

     ... Et puis voilà... ç a fait penser aussi à des larmes... ça a la forme d'une larme, ou d'une goutte de sang... ça me fait penser à ma mère... le jour de la mort d'un de mes frères... près de la tombe... elle n'avait pas du tout pleuré... je n'avais pas compris son attitude si froide... je l'avais jugée sévèrement... je n'ai compris que très longtemps après... Je retrouve le temps d'avant la mort de mon frère... il y avait des sentiments, de l'émotion, de la gaieté... après, c'était interdit... le monde était devenu de pierre..."

     D'autres rêves associent de manière aussi percutante le rouge et le blanc qui conduisent le patient à réexpérimenter une situation traumatisante liée à la mort d'un proche, frère, sœur, mère ou père. Parmi les patients ayant évoqué le champignon dans un ou plusieurs de leurs scénarios, 75% avaient subi l'une de ces ruptures tragiques.

*

     Le champignon rouge et blanc amalgame les impacts de la mort et les angoisses ou sentiments de castration, si actifs e la puberté à la fin de l'adolescence. Peut-on espérer une démonstration plus convaincante que celle apportée par Anne-Marie, qui, au plus profond de son rêve, éprouve le besoin d'exprimer : "Je pensais "Chaperon Rouge" et j'ai dit "Blanche-Neige" !..." il n'y a là ni lapsus ni clin d’œil malicieux d'un inconscient intentionné, mais seulement le prodigieux résultat de la sélection d'images réalisée avec une rapidité fulgurante par les puissants réseaux neuroniques.

     Le chaperon (le chapeau) rouge ramène au champignon rouge et blanc. La majeure partie des corrélations soulignent sa connotation magique.

     Comme tous les éléments composant l'univers d dessin animé, le champignon participe à la représentation de l'apparence. Une apparence adoucissante qui rapproche le patient des racines de sa problématique, sans lui imposer la violence d'une confrontation directe avec leur réalité. Ceci rejoint d'ailleurs la fonction essentielle du symbole !

     Et puisque nous avons écrit le mot violence, il y a lieu de supposer que les patients qui rêvent le champignon rouge et blanc, au cours de séances où par ailleurs la couleur rouge domine, possèdent pour le moins une nature instinctuelle puissante que les circonstances les ont conduits à réprimer.

     Leur attitude générale, toute de douceur et de séduction n'est souvent qu'une composition, un masque qu'ils ont inconsciemment adopté pour se dissimuler une volonté de puissance dont ils ont peur."

L'Esprit magique des champignons

Ce texte est un chapitre extrait du Traité pratique de Magie celte (Éditions Trajectoire, 2001) écrit par Marc Questin :

     La mycologie est à la fois une science et un art qui permet d'élargir l'horizon conceptuel, la sensation esthétique, la vision subjective de notre intime relation avec le sens (l'intelligence) de l'univers.

      La connaissance des champignons est un sentier original qui nous conduit sensiblement vers la Connaissance de soi et du réel. Cette méthode empirique, infiniment subtile, sous-entend une approche phénoménologique de l'esprit ancestral des forêts et des plantes. Cette voie d'accès à la Terre-Mère résonne en l'être comme un appel, tel un chant lancinant et venu de nulle part, qui accompagne sa renaissance et sa sortie à la lumière.

      Un grand nombre d'espèces n'est toujours pas identifié ni répertorié. Notre ignorance est abyssale en ce qui concerne les propriétés médicales, olfactives ou diététiques des espèces recensées. Quant à l'histoire, au symbolisme, pour ne rien dire de la dimension proprement ésotérique d'un tel sujet, des pans entiers de connaissance demeurent cachés.

      Une vraie passion qui se fait gnose, telle est cette quête des champignons, de leurs mystères et de leur force. Cette symbolique élémentaire nous transfigure en profondeur car elle accorde au jeu des sens une prise directe avec le monde.

       Le Soma des temps védiques semble toujours inaccessible. Un explorateur habile peut néanmoins retrouver ce légendaire Soma, au même titre que l'Ambroisie de la Grève antique, après bien des épreuves et des rites de passage.

      Le corps humain sécrète une chimie particulière. Les compostions moléculaires de notre organisme sont parfois identiques à celles des plantes psychotropes. La Science commence à découvrir les étonnantes similitudes qui existent entre le corps humain et le règne végétal.

    Comprendre le champignon équivaut à faire acte d'humilité et à descendre au plus profond de l'infiniment petit afin de retrouver la véritable grandeur de l'homme. C'est un monde souterrain, de sous-bois mystérieux, de forêts embrumées, où résonnent les couleurs nostalgiques de l'automne.

      La perception du champignon reconstruit la mémoire de l'homme. Les souvenirs inutiles sont remis à leur place. On se concentre sur l'essentiel dans une vision d'éternité qui doit beaucoup à l'éphémère. Le champignon n'est-il pas une plante psychopompe qui permet le passage de la lumière (la vie terrestre superficielle) à une autre lumière, celle-ci plus sombre et souterraine ?

      Le monde des champignons précède celui de la pensée. Il appartient davantage au monde préhistorique, à l'univers unicellulaire, aux forces obscures et méconnues d'un Invisible supra-humain.

     Le champignon est un univers à lui tout seul. Les êtres humains le côtoient régulièrement, puisqu'ils le cueillent, le mangent, l'étudient, l'analysent.

      L'univers des champignons est traditionnellement lié à celui des lutins, des gnomes et des elfes. En nous penchant d'un peu plus près sur le contenu des contes de fées, nous découvrons des vérités qui sont tangibles et efficaces, capables d'ouvrir dans la conscience les grands tiroirs de l'inconnu.

     Quel est le sens de l'univers, de notre vie, de tout destin ? Ces questions simples, élémentaires, aussi vitales dan leur logique qu'un raisonnement présocratique, le mycologue peut y répondre dès lors qu'il sait de toute son âme à quel point notre Terre (le pouvoir de la Vouivre) construit nos sens au fil du temps.

      [...] De même, en ce qui concerne la mycologie, soyez extrêmement prudent avec les champignons.

     Apprendre à les connaître et à les observer (je parle ici des plans subtils) demande parfois plusieurs années. Il faut savoir être patient, réfréner ses désirs et développer son intuition. La connaissance mycologique demeure une excellente école de familiarisation avec les énergies secrètes de la nature. Si vous allez vers la nature, si vous l'aimez, la respectez, elle vous rendra votre attention en vous comblant de ses bienfaits.

     [...] La perception de l'infiniment petit et des esprits de la nature favorisent la "reliance" de notre monde imaginal et du cosmos intemporel. L'ambroisie célestielle et la sève tellurique communient dans la jungle les symboles sumériens, chaldéens et hittites. Les champignons sont traversés par des messages subliminaux. Des chercheurs aussi passionnants que Théodore Monod, André Leroi-Gourhan ou Maurice Maeterlinck étaient conscients de cette richesse des mondes perdus et souterrains.

     Quand on s'approche du champignon, dans une traque silencieuse, enveloppée de mystère, notre esprit réalise la présence d'un ailleurs, d'un autre lieu inhabituel. Est-ce la beauté des formes ou des couleurs qui nous entraîne ainsi vers davantage de liberté ? Il semblerait que la réponse soit d'ordre purement métaphysique. Cette recherche du sens caché modifie inexorablement notre perception de la réalité. La mycologie est avant tout une science qui englobe aussi bien les perspectives mythologiques que les connaissances secrètes des guérisseurs opératifs. Car qu dit "champignons" dit aussi "sorcellerie" et retour aux racines, aux origines d'un art de vivre. La notion habituelle de progrès s'en trouve bouleversée. Le mycologue traditionnel poursuit sa que^te en dehors du temps. Il découvre peu )à peu des fonctions souterraines, des mécanisme inexpliqués, le pourquoi de ses rêves et des mythes légendaires.

      Ici s'instaure une royauté, une maîtrise claire, toujours sereine, quelque chose comme la paix, le bonheur ou la joie.

      Ces petites plantes presque animales ont le pouvoir d'apprivoiser cette part magique qui est en l'homme.

    Le chercheur joue  le jeu. Il s'attend... au meilleur. C'est une ascèse vraiment plaisante, un travail passionnant de spéléologie mentale et tellurique, une intrépide exploration au cœur des lois du microcosme.

     Le monde des champignons fonctionne alors comme un miroir. Il nous renvoie nos propres peurs, nos résistances et nos limites. Il affûte par cela notre goût de l'effort et notre propension à la lucidité. Car combien, l'homme semble petit face aux mystères de l'univers ! La mycologie relativise l'importance des activités humaines, car nous touchons à l'essentiel, à mesure que nous progressons dans la connaissance familière de ces petits êtres en sympathie avec les forces de l'invisible et du cosmos.

     N'oublions pas les contes de fées et les légendes de notre enfance qui prennent, alors, un visage neuf sous l'éclairage de cette passion. Les mythes s'éclairent à la lumière de cette gnose originelle. On comprend d'autant mieux les principes archaïques, à la manière d'un ethnologue qui prend parti pour sa tribu. Du champignon d'Alice au village des Schtroumphs, notre inconscient d'enfant ludique enregistrait les saintes images d'un archétype universel.

      Selon Pierre Dubois et René Hausman qui ont écrit et illustré L'Elféméride, Le grand légendaire des saisons - Automne-Hiver (2013), "si les filandres appartiennent au monde aérien et lumineux, aux rêveries d'infinis, les champignons d'automne, à l'inverse, ramènent aux royaumes souterrains, au mystère du sous-bois, aux essences intérieures et secrètes. pour les trouver, il faut non seulement se pencher, mais respecter certains rituels que l'antique mémoire instinctivement répète. Il faut un tant soir peu connaître leurs habitudes, les atmosphères propices à leur apparition, le lieux où les dénicher - que l'on grade pour soi -, savoir les cueillir et les reconnaître, respecter leurs changeants et capricieux territoires. Se plier aux exigences de leur cache-cache. d'aucuns n'hésitent pas à prétendre que l'on trouve les champignons comme on peut apercevoir les fées - du coin de l’œil - en cherchant ailleurs. Il y a toujours quelque chose du hasard, de la surprise, teinté de ravissement.

     Même le simple mousseron des prés demande du respect. Là où hier il était, demain il n'y sera plus si on a négligé de lui demander la permission de le cueillir en récitant la formulette :

"Champignon, petit champignon,

Fais-moi trouver tes compagnons."

     Souvent ils poussent en rond sur les cercles que les Belles dames et Demoiselles ont, sur l'herbe et la mousse, laissé en dansant. Ou bien ils se pressent l'un derrière l'autre sur leur promenade. Ceux-ci sont fermes et frais, jolis d'aspect, pourtant il est recommandé de toujours se méfier car un sournois caraquin peut toujours les imiter.

     Les champignons indiquent les lieux maudits et les lisières de Féerie. Entre ombre et lumière ou confondus aux deux... Entre la cruelle amanite tue-mouches, l'agressif et lubrique phallus à l'affût d'assaillir bergers-bergères, et l'agréable et sage coulemelle, l'excellent et dodu cèpe... processionnent un grand nombre de champignons des limbes ; ni comestibles, ni vénéneux, sans saveur, mais pas sans esprit..."

     

 

 

 

     

 

 

 

     Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014), les champignons sont les "compagnons du Petit Peuple". 

Dénominations fantastiques : Le vaste monde des champignons a toujours fasciné les humains. Leur croissance rapide, leur apparence parfois étrange, leur toxicité et leur pouvoir hallucinogène éventuels font de ces organismes des spécimens de la nature hors norme, presque ma que les superstitions les aient associés au Petit Peuple.

     Les elfes, lutins, fées et nains sont d'ailleurs très souvent représentés perchés sur des champignons ou dansant à leurs côtés. En Angleterre, plusieurs organismes de ce type portent des noms illustrant cette tradition. Retenons ainsi la "casquette de l'elfe", la "selle de la dryade", le "capuchon du Pixie" ou le "bâton jaune des fées", tant d'appellations faisant référence à divers usages. quant à la trémelle mésentérique, elle doit son surnom de "beurre de sorcière" à sa couleur jaune et sa consistance gélatineuses. Les Ellylon, de minuscules lutins translucides vivant dans les vallons du pays de Galles, en sont très friands.

     Parlons également de certains cercles de fées et ronds de sorcières où la concentration de plusieurs champignons poussant en cercle dans les prés a de quoi surprendre.. Avant que la science n'explique ce phénomène naturel par le mycélium, la tradition britannique attribuait ce mystère aux fées dansant en rond. Lorsque la fatigue se faisait sentir, les demoiselles s'asseyaient un instant sur les organismes dodus avant de reprendre de plus belle leur occupation favorite.

     Mais en France comme en Autriche, cette bizarrerie de la nature trouvait plus fréquemment son origine dans la ronde infernale pratiquée par les sorcières durant la nuit. Leurs crapauds étaient censés vivre sous les étranges champignons leur servant par ailleurs de sièges quand ils sortaient à l'air libre. Craignant que ces éléments naturels ne soient ensorcelés, les paysans d'Ille-et-vilaine empêchaient leurs vaches de les manger pour éviter que le beurre ne disparaisse dans leurs fermes. Qu'ils soient cercles de fées ou ronds de sorcières, ces phénomènes marqueraient l'emplacement d'un trésor enterré mais il est impossible de le dénicher sans l'aide de l'ne des deux créatures citées...

De fins connaisseurs : Le Sotré est un lutin de Lorraine facilement reconnaissable au collier de champignons séchés qu'il garde en permanence autour du cou. Pour peu que l'on se montre bon avec lui, ce passionné indique volontiers les endroits où ces éléments poussent en nombre. Une fois la récolte effectuée, il est fortement conseillé de déposer son panier dans la grange où réside le Sotré. Vous pouvez vous fier à lui en toute confiance pour trier votre cueillette. Durant la nuit, il jettera tous les vénéneux sur un tas de fumier. Les gnomes n'aiment pas la pluie. A la moindre goutte tombée du ciel, ils se réfugient sous un champignon qui leur tient lieu de parapluie. très doués, ils sont capables de réaliser des greffes de façon à obtenir des champignons d'une taille exceptionnelle et à la saveur incomparable.

Apparence trompeuse : L'Amanite tue-mouches est facilement reconnaissable à son chapeau rouge pointillé de blanc. Mais il est en revanche très aisé de confondre ce champignon avec certains lutins qui imitent à merveille sa forme. Dans le Béarn, le Diablehou s'affiche sous son apparence tandis que les Oakmen d'Angleterre dont nous parlons plus loin portent un bonnet ressemblant à s'y méprendre au chapeau de l'organisme vénéneux.

Plein les yeux : Le psilocybe fer de lance, Psilocybe semilanceata, a un chapeau pointu ressemblant à celui du lutin. Des lutins et autres bizarreries on peut en voir à profusion, car ce champignon fait partie des hallucinogènes et renferme des substances indoliques proches du LSD.

Sur l'île d'Yeu, ce sont les follets qui sont jugés responsables de la croissance des champignons dans lesquels ils habitent."