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Symbolisme des champignons




Croyances populaires :


Jean-Baptiste Barla, auteur de Les Champignons de la province de Nice (Imprimerie Canis Frères., 1859) relève différentes croyances à l'égard des champignons :


Les anciens, frappés de la singularité des ces productions, dont la forme est souvent si bizarre, ont émis une infinité d'opinions, dont quelques-unes sont encore partagées de nos jours ; les uns les appelaient fleurs de la terre, et croyaient que leur développement n'était dû qu'au hasard ; les autres les regardaient comme un résultat des pluies d'orage, et cette supposition était en quelque sorte justifiée par cette remarque déjà faite, que c'est au moment des fortes pluies de l'été et de l'automne que les champignons se développent à profusion dans les champs, les bois et les prés. Théophraste, Dioscoride et Pline les prenaient pour des viscosités végétales qui revêtent une organisation ; d'autres croyaient qu'ils étaient amenés par les maladies des végétaux ; les truffes étaient, disait-on, engendrées par le tonnerre ; on les considérait aussi comme des gnomes produits par les racines des arbres ; Pline doutait que la truffe fût un être organisé.

[...] Nous voyons encore de nos jours que la nature de ces plantes curieuses donne lieu à une foule de suppositions où le merveilleux tient presque toujours la place de la vérité. Que de personnes s'imaginent, par exemple, que les champignons deviennent nuisibles, soit parce que des vipères, des crapauds ou d'autres reptiles les ont mordus ou souillés de leur bave, soit par la nature du terrain qui les produit, soit enfin par toute autre cause de la même valeur !

Dans quelques localités, on rejette des champignons comestibles, par la seule raison qu'ils se sont développés sous tel arbre plutôt que sous tel autre ; dans d'autres pays, on se défie de même de ceux qui naissent sur des terrains contenant des mines de fer ; et, chose singulière, comme le fait remarquer l'auteur auquel nous empruntons ces détails (1), tandis qu'on manifeste une si grande répugnance pour des champignons venus sur ces terrains, on ne manque jamais, lorsqu'on les fait bouillir, de mettre dans l'eau des morceaux de fer, dans l'idée non moins étrange qu'absurde que le contact de ce métal leur enlève leur principe vénéneux.

Un autre préjugé non moins répandu consiste à croire que si l'on fait cuire les champignons, en y ajoutant quelques objets d'argent, de cuivre, ou de la mie de pain, de l'ail, de l'oignon, etc., on peut, si ces matières noircissent, reconnaître leur mauvaise qualité ; mais nous croyons inutile de prouver que de telles expériences ne peuvent servir qu'à induire en erreur, et qu'elles n'aboutissent qu'à donner une dangereuse sécurité. Ajoutons que certains caractères, pris isolément, comme la couleur, l'odeur, le goût, ne sont jamais des indices certains de la bonne ou de la mauvaise qualité d'un champignon.

On croit encore que ces végétaux peuvent être dans la même espèce, comestibles dans un pays et vénéneux dans un autre ; mais il est prouvé au contraire qu'un champignon qui contient des sucs délétères les conserve toujours, quelle que soit la différence de climat ; [...]


Notes : 1) Venturi, Studj. Mico. p. 1v.

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Emile Boudier dans son ouvrage intitulé Des Champignons au point de vue de leurs caractères usuels, chimiques et toxicologiques (Éditions J. B. Bailllière et fils, 1866) resence les anciennes croyances sur les champignons :


Personne ne doute que les champignons n'aient été connus dès les temps les plus reculés ; il est facile de voir même que les anciens en faisaient grand cas. C'étaient principalement des truffes, des oronges, des bolets et de quelques autres espèces dont ils usaient soit par goût, soit par nécessité ; ils rejetaient les autres. Tous avaient les idées les plus fausses sur leur nature ; les uns les regardaient comme une pituite des arbres ; les autres, remarquant leur plus grande abondance après les pluies, et surtout les pluies chaudes ou orageuses, les considéraient comme une sécrétion, un excrément de la terre auquel le tonnerre n'était pas étranger. Ne leur connaissant ni feuilles, ni fleurs, ni fruits, ni racines, ils ne les classaient pas parmi les végétaux. Il faut arriver à Galien, pour voir les truffes rapprochées des racines, quoique Pline, Dioscoride, etc., les considérassent comme une espèce de calcul, de concrétion terrestre. Ils se fondaient sur l'accident rapporté par Pline, et arrivé à Lartius Licinus préteur à Carthagène (Espagne), qui se rompit une dent en mangeant un de ces cryptogames qui se trouvait contenir un denier romain ; accident facilement explicable de nos jours, et qui l'était alors fort peu. Toujours est-il qu'ils étaient à peu près d'accord pour regarder les champignons comme un aliment dangereux. Les Romains eux-mêmes leur avaient donné nom de Fungi (de funus, convoi, cadavre, et de ago je mène, je fais.) Tout le monde connaît les accidents arrivés aux empereurs Claude, Jovien, etc., qui payèrent de leur vie leur goût pour ces productions, ce qui faisait dire à Néron, par allusion à la mort de Claude, que l'oronge était un aliment des dieux. On voit cependant que, si l'on reconnaissait dans certains champignons des poisons violents, on accordait à d'autres les honneurs des tables les mieux servies et leur usage s'est maintenu malgré les accidents, car l'homme a de tout temps cherché pour sa nourriture ce qui flatte son goût et sa sensualité.

[...] Il est certain que, dans quelques cas, quand on en mange outre mesure ou qu'ils sont peu cuits, ou que ceux qu'on a récoltés sont des espèces coriaces, ils sont indigestes ; et c'est ce que les auteurs anciens reconnaissaient en leur attribuant des qualités « froides et épaisses, capables d'engendrer des humeurs mélancoliques et grossières, et prédisposant à l'apoplexie et à la paralysie.

Imbus, sans doute, des idées superstitieuses de l'époque, tous répètent à l'envi Dioscoride et Matthiole qui donnent comme vénéneux tous ceux qui naissent près d'un trou de serpent, d'un drap moisi, d'un clou rouillé, d'un arbre vénéneux. Tous disent que les mauvaises espèces se corrompent presque aussitôt qu'on les a coupées, après avoir changé de couleur et être devenues rouges, vertes, noires, etc ; aussi recommandent-ils de ne pas les faire cuire sur de la braise ou de la cendre chaude, ni même sur un gril de fer, dans la crainte qu'on ne puisse reconnaître ces caractères, signes certains, pour eux, de leur mauvaise qualité. Avicenne regardait comme les plus pernicieux ceux dont la couleur était verte, noire, rouge ou violacée.

Tel était l'état des connaissances depuis Matthiole jusqu'à la fin du dix-septième siècle sur les moyens propres à distinguer les bonnes des mauvaises espèces. Acette époque seulement nous voyons ajouter quelques observations nouvelles, mais tout aussi incomplètes, ou plus fautives encore. Tels sont la cuiller d'étain et plus tard la cuiller d'argent, qui brunissent au contact du poison ; les blancs d'œufs, qui prennent une cou leur plombée ; puis l'essai par les petits oignons qui, au dire de Nathalis Necker, noircissent dans les mêmes circonstances. Ces dictons si commodes, encore répandus dans la population des villes et des campagnes, sont autant d'erreurs, et peut-être la cause d'une grande partie des empoisonnements qui surviennent tous les ans.

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Symbolisme :


Ce qu'en dit Hildegarde de Bingen dans Physica, Le Livre des subtilités des créatures divines, trad. P. Monat, 2011 : chapitre "champignons" :


à suivre

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Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du champignon :


CHAMPIGNON - SOUPÇON.

On connait plusieurs espèces de Champignon qui sont des poisons mortels. Les Ostiacks, peuples de Sibérie, font avec trois Agaricus muscarius une préparation qui donne la mort en douze heures à l'homme le plus robuste. Plusieurs Champignons de nos climats sont tout aussi dangereux ; il en est qui renferment une liqueur si âcre qu'une seule goutte mise sur la langue y produit une escarre. Cependant les Russes, durant leurs longs carêmes, se nourrissent presque entièrement de Champignons, et nous-mêmes nous regardons ceux de couches comme un mets très friand ; cependant ils doivent toujours inspirer des soupçons, et il faut, avant de s'en servir, les exposer à la chaleur de l'eau bouillante ; cette précaution leur enlève leur âcreté, et leur ôte tout parfum s'ils ne sont pas d'une bonne espèce.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Champignon - Soupçon.

A cause de la difficulté de distinguer le champignon comestible du champignon vénéneux.

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Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


CHAMPIGNON - MÉFIANCE.

Nom générique d'une famille nombreuse de plantes sans organes sexuels apparents, d'une consistance molle, spongieuse ou coriace, dénuées de feuilles et de racines, et dont la forme et la couleur varient beaucoup. Bon nombre de champignons sont vénéneux.

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Champignon - Soupçon.

Le champignon est un végétal parasite. Il est difficile de distinguer un champignon vénéneux de celui qui est bon à manger. Malgré l'infaillibilité prétendue de certains chercheurs de champignons, on voit à chaque instant des familles entières mourir empoisonnées par des champi gnons sauvages. Le mieux à faire est de s'abstenir de tous ceux qui ne sont pas vendus sur les marchés ; ils doivent être souçonnés de propriétés vénéneuses .

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Dans son Nouveau Langage des fruits et des fleurs (Benardin-Béchet, Libraire-Éditeur, 1872) Mademoiselle Clémentine Vatteau poursuit la tradition du Sélam :


CHAMPIGNON : Défiance ; Soupçon.

Certains champignons constituent un poison des plus violents. Les habitants de la Sibérie ont le secret de faire avec trois champignons, une préparation qui donne la mort en douze heures à l'homme le plus robuste.

Un champignon disait : « Soumis aux lois des cieux,

« Végéter en butte à l'orage

« Entre deux points mystérieux

« Où commence et finit un rapide passage ;

« Ignorer où l'on va, d'où l'on vient, ce qu'on est,

« Pourquoi l'on meurt, pourquoi l'on naît ;

« Jouer, sans le comprendre, un rôle sur la terre,

« A sa postérité léguer tout ce mystère ;

« Enfin, être aujourd'hui, ne plus être demain,

« Souvent pour satisfaire au bon plaisir d'un autre,

« Du champignon c'est le destin ! »

« Tu te plains de ton sort, repartit un Humain :

- « Il est pourtant semblable au nôtre. » Anatole de MONTESQUIOU.

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Louis Planchon dans Les champignons comestibles et vénéneux de la région de Montpellier et des Cévennes aux points de vue économique et médical. Impr. centrale du Midi, 1883 nous rappellent quelques croyances anciennes :


Passons donc en revue, le plus rapidement que nous pourrons, tous les caractères distinctifs qu'on a successivement invoqués :

Notons d'abord pour mémoire les vieilles superstitions des anciens, qui se méfiaient de tout Champignon ayant poussé près d'un clou rouillé, d'un drap moisi, d'un arbre toxique. Le voisinage d'un trou de serpent rendait aussi le Champignon malfaisant ; aujourd'hui encore, j'ai souvent entendu des paysans affirmer que le contact d'une « mauvaise bête » est la cause des propriétés toxiques du Champignon.

A côté de ces préjugés grossiers, il faut placer les quelques essais dont on parle partout, ce qui ne leur donne pas une valeur plus grande. Voici les principaux :

  • Le blanc d’œuf qui prendrait, par l'ébullition avec des Champignons vénéneux, une couleur plombée ;

  • La moelle de jonc qui noircirait dans les mêmes conditions ;

  • Les petits oignons blancs qui, eux aussi, deviendraient noirs ;

  • La cuiller d'étain, la bague d'or, la pièce d'argent, qui révéleraient par la couleur qu'elles prennent la toxicité des Champignons.

M. Cordier a fait ces essais sans résultat. Le moindre défaut de tous ces prétendus indices est d'être absolument inexacts.

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Selon Roland Desrosiers (1978) auteur d'un article intitulé "Notes sur l'usage de quelques plantes chez les Indiens Squamish (Colombie-Britannique)" (in Anthropologie et Sociétés, 1978, vol. 2, n°3, pp. 139-156),

[...]

  • [usage] droit [(qui ouvre la femme)] : les champignons ne sont pas mangés et n'ont pas d'usages connus.

  • [usage] dérivé [(qui referme la femme)] : le terme les désignant signifie "parapluie pour une personne morte". [...]

Commentaire :

  • "parapluie d'une personne morte" contraste avec "balançoire des morts", expression qui désigne le chèvrefeuille (Ionicera ciliosa, Pursh.) D. C.), une plante qui n'a pas d'usage connu de manière certaine. Nous pensons que le trait pertinent est ici "faire disparaître" ou "faire apparaître"

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Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on apprend que :


Le champignon, et plus particulièrement en Chine l'agaric (ou amadouvier), est un symbole de longévité. La raison en est peut-être que, après séchage, il se conserve très longtemps. Il figure dans les attributs du dieu de longévité. Les Immortels le consomment, associé à la cannelle, à l'or ou au jade. Ils en obtiennent, écrit Wang Tc'ong, la légèreté du corps.

Par ailleurs, l'agaric (ling-tche) est censé ne prospérer que dans la paix et le bon ordre de l'Empire. Sa végétation est donc le signe d'un bon usage du mandat céleste.

Certains textes anciens le considèrent en outre comme un philtre d'amour.

Sur un tout autre plan, la cosmologie taïe fait du champignon, en raison de la forme en dôme de son chapeau, une image du Ciel primordial.

Tchouang-tseu (chapitre 2) considère en outre la multiplicité des champignons nés d'une même humidité comme l'image des modalités impermanentes de l'être, apparitions fugitives d'une seule et même essence.

Chez les Dogon, les champignons sont symboliquement associés à la paroi de l'abdomen et aux instruments de musique. On frotte la membrane des tambours avec une poudre de champignons carbonisés pour leur faire donner de la voix.

Pour les Orotch, peuple Toungouse de Sibérie, les âmes des morts sont réincarnées dans la lune sous forme de champignons et rejetées sur terre sous cette forme.

Pour certains peuples bantou du Congo central, le champignon serait également un symbole de l'âme. On parle chez les Lulua du champignon de la cour et du champignon de la brousse pour évoquer le monde des vivants et celui des morts. Un sage ajoute : un champignon dans la cour et un champignon dans la brousse sont un même champignon. Toutes ces croyances ont un point commun, elles font du champignon le symbole de la vie régénérée par la fermentation, la décomposition organique, c'est-à-dire la mort."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Parce que les champignons poussent de manière spontanée, Porphyre les appelait « fils de dieux ». Des siècles plus tard, à l'inverse, cette caractéristique et la propriété vénéneuse de certains espèces ont entraîné un grande méfiance ; les champignons furent même parfois associés à la sorcellerie. Dans le Maine, où « aucun paysan ne consentirait à en manger », ces végétaux surnommés « pis de chien » étaient considérés comme le « venin de la terre » ou encore comme « son mauvais sang qui sort en pustules ». Dans cette région comme en Ille-et-Vilaine, on ne laissait pas les vaches avaler les champignons mous dans la croyance qu'ils avaient été déposés par les sorciers soutireurs de beurre. Dans la Loire-Atlantique, on prétendait que « là où les sorciers [avaient] dansé, un champignon pouss[ait] sous chacun de leurs pas ». Dans les Landes également, ces créatures maléfiques donnaient naissance au « Lou Pousoun », champignon vénéneux : « De même que les petits chiens, les sorcières n'étant pas toujours très délicates laissant parfois des traces de leur passage ».

Certains surnoms de champignons montrent bien leurs accointances démoniaques : le boletus satanas, bolet satan mais non mortel, fut longtemps apprécié des sorciers qui l'utilisaient dans leurs maléfices. L'amanite tue-mouches, vénéneuse également, prend parfois le nom de « diablehou », qui désigne en Béarn un lutin.

Ces végétaux, très sensibles à la fascination, ne supportent pas le regard de l'homme, capable de les faire moisir et périr (Périgord). Les morilles (Poitou) et les cèpes (Gironde) ne croissent plus dès qu'on les a aperçus.

Selon une croyance de certaines régions d'Europe, tout champignon qui pousse à proximité d'un métal, fer, cuivre, etc., devient vénéneux. « Cette croyance tient sans doute à l'usage peut-être aussi superstitieux, de jeter une pièce de métal dans l'eau où l'on fait bouillir les champignons, avec l'idée que la substance vénéneuse des champignons, dès qu'on les cuit, s'attache immédiatement aux corps métalliques ». Dans le même ordre d'idées, le cèpe qui se développe sur « une guenille ou un morceau de cuir », devient dangereux pour la consommation, dit-on en Gironde.

Casser par inadvertance une amanite rougeâtre provoque de violentes pluies.

D'un point de vue médicinal, les vesses-de-loup ou lycoperdons entrent dans une recette, originaire des Vosges, destinée à arrêter une hémorragie : « Versez dans un demi-setier de vin rouge une bonne poignée de la poudre noire que renferment les vieilles vesses-de-loup, ajoutez un peu de cannelle à ce breuvage et faires le prendre tiède au blessé ; la plaie se fermera en quelques instants ».

Pour trouver beaucoup de champignons, mettre sa chemise à l'envers ou, pour ce qui concerne les morilles, dire beaucoup de mensonges (Eure-et-Loir). Sachez également que « rencontrer sous ses pas un beau champignon tout rosé est toujours signe de veine ».

En Chine, le champignon, qui, séché, se conserve très longtemps, est symbole de longévité. Chez les Thaïs, « en raison de la forme en dôme de son chapeau, il est une image du Ciel primordial ».

Pour les Indiens d'Amérique centrale, les champignons vénéneux sont des symboles phalliques : « Ils en répartissent de plusieurs sortes sur les autels dressés en plein air, ou bien ils en entourent la natte où couchent les femmes. Ces rites visent un double but : accroître la fertilité des champs, et augmenter la fécondité de la tribu ».

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Raphaël Larrère, dans son article intitulé « Champignons sauvages : initiations et savoirs », (Ethnologie française, vol. vol. 34, n°3, 2004, pp. 463-469) évoque la magie liée aux champignons :


Les champignons sont mystérieux. L’essentiel de leur vie se passe sous terre (underground disent les anglophones) à l’abri des regards indiscrets. Certains, comme les truffes, fructifient même dans le sol, si bien que nul ne crut Pietro Antonino Micheli lorsqu’il identifia, en 1729, ces concrétions que l’on nommait volontiers « excréments de la terre » à une fructification d’ascomycète. Quand, de la vie souterraine du mycélium, poussent des « carpophores », cette fructification est fantasque, surprenante, évanescente... comme un « caprice de la nature ». Ces champignons si étranges peuvent introduire à un monde mystérieux. Comme il se trouve que certains d’entre eux ont des vertus psychotropes, il est tentant d’en faire les agents d’un voyage dans l’au-delà du rationnel. On peut, à l’inverse, s’investir dans le savoir, partir non point pour un voyage psychédélique, mais à la découverte d’un monde mystérieux. Comme le monde à découvrir est immense et qu’il réserve à chaque pas des surprises, le savoir fera appel à l’imagination plus qu’à l’imaginaire, à la gamberge plus qu’au rêve. De ces deux attitudes témoignent deux œuvres littéraires. La première, britannique, écrite en 1865, demeure un best-seller : Alice au pays des merveilles (que Lewis Caroll avait voulu intituler Alice Underground). La seconde, plus discrète (comme le sont les champignons), est un ouvrage d’André Dhôtel intitulé Rhétorique fabuleuse (1983).

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Claude Lévi-Strauss, dans « Dis-moi quels champignons... », (In : La lettre du Collège de France, Hors-série 2 | 2008, pp. 38-40) nous apprend que :


Sur la base d’indications fragmentaires des chroniqueurs du XVIe siècle, V.P. et R.G. Wasson ont retrouvé des rites hallucinatoires utilisant d’autres champignons, toujours pratiqués dans plusieurs régions du Mexique, et ils y ont pris part en compagnie du professeur Heim. L’hypothèse de nos auteurs est qu’aux temps pré-historiques ou proto-historiques, l’usage des champignons hallucinogènes a été connu de l’humanité entière et que le tabou des champignons, ou l’intérêt passionnel éprouvé à leur égard (quelle autre manifestation parisienne pourrait s’enorgueillir de la ferveur joyeuse qui règne sur la grande exposition de champignons, organisée chaque automne, par M. Heim, au Muséum ?) sont une survivance d’un très ancien culte.

L’amanite tue-mouches – champignon hallucinatoire par excellence de l’Europe – n’est-elle pas, avec son chapeau rouge tacheté de blanc, le symbole même du poison et de la sorcellerie dans l’imagerie traditionnelle ? Or, il est au moins douteux qu’elle tue les mouches, et son principe actif, la muscarine, ne résiste pas à la cuisson. Plusieurs langues européennes (et africaines) l’associent bien aux mouches ; mais d’autres, comme l’anglais, voient en elle le « siège du crapaud » (toadstool). Ne serait-ce pas, demandent V.P. et R.G. Wasson, parce que le crapaud d’une part, les mouches et la vermine de l’autre, sont considérés comme des animaux diaboliques ? Au cours d’une très curieuse digression philologique (et qui doit encore attendre sa confirmation), ils rapprochent le Diable, le « Pied-Bot », de deux termes dialectaux d’une région de la France comprise entre le Forez et la Franche-Comté : bo, bot, pour crapaud, et botet pour champignon. De façon plus décisive, ils semblent avoir établi l’énorme aire de diffusion de la racine indo-européenne qui a donné naissance au latin fungus. Elle s’étend de l’Atlantique au Pacifique, recouvrant ainsi toute l’Eurasie. On va moins loin, dans l’espace et dans le temps, avec les études d’iconographie, bien que V.P. et R.G. Wasson aient consacré des trésors de goût et d’ingéniosité à étudier, pour la première fois, la place du champignon dans l’art : depuis les fresques de Pompéi jusqu’à Gainsborough et à Granville, en passant par Jérôme Bosch, Arcimboldo et les peintres de la Renaissance flamande... Parmi les quatre-vingt-deux planches hors texte qui illustrent l’ouvrage, il faut faire une mention spéciale des aquarelles inédites de Fabre, qu’il avait renoncé à publier, par crainte que l’imprimeur ne trahisse les nuances, et dont un choix admirable est ici offert, reproduites à la main et au pochoir.

Voilà de quoi réjouir l’esthète. Quant au moraliste, il s'interrogera sur l’étrange coïncidence entre pays mycophiles et pays mycophobes d’une part, ceux du pacte Atlantique et du pacte de Varsovie de l’autre. N’est-il pas curieux, de ce point de vue, que les deux pays les plus mycophiles d’Europe occidentale (bien que très loin derrière la Russie) soient la France et l’Italie, où l’extrême-gauche est particulièrement puissante ? Qu’en Espagne même, la forteresse de la mycophilie soit justement la Catalogne ? Quel beau rêve, pour l’ethnologue et le préhistorien, d’imaginer que les frontières politiques et idéologiques du monde moderne se modèlent encore sur le contour de failles, recoupant les civilisations depuis des millénaires ! Gobineau serait comblé ; mais Marx aussi pourrait y trouver son compte, puisque le parti des hommes, pour ou contre les champignons (qui subsistent dans l’économie moderne, comme un des derniers produits sauvages objet de collecte et de ramassage), n’est pour l’humanité qu’une des façons, moins insignifiante qu’il ne semble, de choisir et d’exprimer le type de rapports qu’elle entretient avec la nature, et le monde.

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Francis Martin dans son ouvrage intitulé Sous la forêt. Pour survivre il faut des alliés. (Éditions HumenSciences, 2019) nous parle de l'utilisation chamanique des polypores et autres champignons :


Moins connue [que leur usage comme combustible] est l'utilisation des polypores comme masques tribaux primitifs pour les cérémonies chamaniques. Il y a quelques années, j'ai eu la chance de découvrir la magnifique collection « Dans le blanc des yeux : masques primitifs du Népal » de Marc Petit, au musée du quai Branly. J'ai été fasciné par l'intense étrangeté de ces masques sculptés dans de gros polypores : gueules de monstres et de démons portées par les sorciers, lors des fêtes ou des rituels chamaniques dans les villages reculés de l'ancien royaume du Mustang, au Népal. Ces masques sont travaillés dans les plus grosses consoles de Ganoderme plat (Ganoderma applanatum), de Faux Amadouvier (Phellinus igniarius) ou d'Unguline marginée, récoltées sur de très vieux arbres. Le fructifications étaient évidées, ne laissant que la croûte supérieur, très dure, dans laquelle les yeux et la bouche étaient sculptés. J'avais l'impression de me trouver face à de vieux guerriers burinés par les vents et le soleil. Des consoles de polypores étaient également taillées et utilisées comme masques rituels par les tribus algonquines d'Amérique du Nord. Ils étaient considérés comme l'une des manifestations des puissants esprits logés dans les arbres les plus anciens. De même, le premier roi des Ouïghours ne serait-il pas né d'un champignon nourri de la sève des arbres ? Chez les Toungouses de Sibérie, les âmes des morts sont réincarnées sous forme de champignons et renvoyées ainsi sur la Terre par la foudre.

[...]

La cueillette des champignons sauvages est une tradition très ancienne, qui remonte à la Préhistoire. Au cours de leurs pérégrinations, nos ancêtres, chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, consommaient plantes, fruits, baies et champignons pour se nourrir, mais aussi pour se soigner. Ils récoltaient sans aucun doute les coprophages qui émergeaient des bouses de mammouth. Leurs chamans les utilisaient pour guérir les multiples maux dont souffraient les hommes en ces temps difficiles. Ils étaient détenteurs d'un savoir puissant, capable de tuer ou de garder en vie. Ils (ou d'ailleurs le plus souvent elles) avaient des connaissances mycologiques et botaniques étendues, transmises oralement de génération en génération. Consommés lors des cérémonies sacrées, les champignons psychotropes leur ouvraient la porte du monde des esprits, leur assurant une domination sans partage du pouvoir religieux. De nos jours, ces traditions mycologiques sont perpétuées dans les tribus amérindiennes et sibériennes, ainsi que dans les sociétés incas et d'Amérique centrale. La récolte des champignons psychotropes a toujours été restreinte à quelques élus, limitant ainsi les risques d'addiction ou d'intoxication mortelle...

Progressivement, à force d'observations et d'expérimentations réitérées, les hommes se sont mis à cultiver certaines espèces de décomposeurs afin de s'en assurer n approvisionnement plus régulier. La myciculture est née en Chine, il y a bien longtemps. De vieux grimoires qui circulaient dans l'empire du Milieu, sous la dynastie Song (960-1127), décrivent la culture du Lentin du chêne (Lentulina edodes), ou shiitake. Bien d'autres espèces de champignons lignicoles sont été domestiques au cours des siècles Pour les Chinois, les champignons sont les « fruits de la terre », qui naissent de la rencontre entre le principe essentiel terrestre, le Jing, et l'humidité des nuages. C'est pourquoi leur pharmacopée les pare de mille vertus, et que les Chinois les consomment quotidiennement, frais ou séchés, dans les soupes, le riz ou le thé. Les stars des officines sont le shiitake (autrefois réservé aux empereurs, et dont la production atteint actuellement plus de 1 400 000 tonnes par an), mais aussi le champignon chenille (Ophiocordyceps sinensis), ou encore l'Oreille de Judas (Auricularia auricula-judae).

Ils sont même mentionnés dans le plus ancien ouvrage sur les herbes médicinales, Le Classique de la matière médicale du laboureur céleste (Shen nong ben cao jing), daté d'environ 2800 av. J.-C. Toujours à la pointe de l'innovation quand il s'agit de produire en masse des champignons comestibles, les scientifiques chinois viennent de développer un protocole de culture à grande échelle des morilles.

En Europe, la domestication des champignons n'est décrite dans les livres qu'à partir du XVIIe siècle. Le premier à avoir été cultivé est l'Agaric bisporé (Agaricus bisporus), ou Champignon de Paris - aujourd'hui consommé par millions de tonnes. Avant de se retrouver en tranches fines sur votre napolitaine, il fructifie sur un compost à base de fumier de cheval. Sur les 100 000 espèces de champignons recensées, 1 500 sont consommées régulièrement u utilisée comme remèdes dans la médecine traditionnelle européenne. Et seule une douzaine est cultivée de façon industrielle ; tous ces mycètes sont des décomposeurs, parmi lesquels le Champignon de Paris, le Shiitake mais aussi les pleurotes, la volvaire et la Pholiote du peuplier. les procédés de production se ressemblent : ils reproduisent les processus naturels de dégradation du bois ou de la matière organique. Il faut produire le « blanc de champignon » en très grande quantité, préparer le substrat artificiel à base de compost, de paille, ou de copeau de bois, l'inoculer et favoriser la croissance du mycélium, avant de déclencher une poussée de fructifications synchrone à volonté.

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Arnaud Riou dans L’Oracle du peuple végétal (Guy Trédaniel Editeur, 2020) classe les végétaux en huit familles : les Maîtres, les Guérisseurs, les Révélateurs, les Enseignants, les Nourricières, les Artistes, les Bâtisseurs et les Chamans.


Les Nourricières : la Pomme de terre, la Vigne, le Blé, le Riz, l’Epinard, la Laitue et le Champignon. Les Nourricières alimentent la Terre et ses habitants.

[…]

Telle est ma vocation, mon talent et mon pouvoir.

Je nourrirai l’humanité.


Les Nourricières : Elles nourrissent l’humanité sur les cinq continents. Elles se sont acclimatées aux différents sols, aux conditions météorologiques. Elles se sont laissées domestiquer pour nous offrir leurs fruits, leurs feuilles, leurs racines. Elles nous ont livré leurs secrets pour les cuisiner et mettre en valeur leur goût, le secret de leurs qualités médicinales. On les appelle Salades, Tomates, Carottes, Epinards. Elles sont Céréales, Riz, Blé, Maïs. Elles sont sucrées, amères, salées. Elles se consomment fraîches, séchées, cuites. Elles puisent dans la terre, les oligo-éléments, les vitamines qui font leur richesse. Elles nous ont livré les secrets de leur reproduction, de leur culture. Si l’on prend soin d’elles, elles permettront aux sept milliards d’humains de vivre et de se nourrir sur cette terre. C’est pourquoi les plantes Nourricières méritent notre gratitude infinie.

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Plonge dans les profondeurs de ton être,

Tu y trouveras ta lumière.

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Accueillir le Champignon dans L'Oracle du peuple végétal, c'est s'éloigner du Soleil, descendre dans les caves, les champignonnières, les sous-sols, c'est chercher sous les feuilles mortes d'automne, se perdre dans l'ombre des sous-bois, goûter l'humidité, suivre les odeurs organiques de terre, d'humus, de moisissure. S'ouvrir aux Champignons, c'est descendre en soi, s'offrir de l'intimité, de la poésie, c'est aussi accueillir un monde complexe, intelligent, subtil, ambivalent, c'est avancer pas à pas en restant prudent tant les Champignons sont différents les uns des autres. Entre le petit Champignon de Paris, à la nature innocente et à la peau diaphane, le Cèpe de Bordeaux en forme de bouchon de champagne, la somptueuse Morille, les Bolets gourmands cachés sous les feuilles, la personnalité épicée des Girolles, ou la peau noire des Trompettes-de-la-Mort que l'on cueille après les pluies fortes d'été, tant de personnalités, de clans se côtoient qu'il est difficile de faire des généralités concernant les Champignons. C'est probablement dans cette famille que l'on trouve les tempéraments les plus divers. Les Truffes raffinées savent se faire désirer et se cachent au pied des Chênes truffiers pour ne réserver leur faveur qu'aux plus méritants. Elles seront vendues jusqu'à 1 000 euros le kilo. Mais les Champignons, ce sont aussi les Amanites phalloïdes qui provoquent une hémorragie mortelle, les Anges de la mort qui tuent une personne sur deux qui les goûterait sans les reconnaître. Quant aux Ailes d'ange, elles provoquent une mort par endormissement. Ces champignons mortels fréquentent les mêmes forêts et ont parfois presque les mêmes apparences que les Champignons les plus prisés. C'est pourquoi cette famille du peuple végétal exige une expertise, un discernement et une connaissance pour entrer dans sa communauté. La culture des Champignons débute au XIXe siècle. Le Rosé de Paris, le Petit gris, la Pleurote s'invitent partout où la lumière est assez tamisée et l'humidité constante. Les catacombes, les carrières ou les chantiers du métro parisien seront alors de grands terrains de développement pour ces êtres de la nature. S'il veut le domestiquer, le myciculteur devra être constant et utiliser une température stable, un faible éclairage, un compost généreux, une ventilation régulière. Si les Champignons peuvent pousser aussi facilement et spontanément sur les composts, le marc de café ou les peaux de melon abandonnées, les règles pour une culture régulière sont très précises. C'est pourquoi il aura fallu attendre que la science s'intéresse à ses modes de reproduction pour que la myciculture se développe. Mais sur d'autres continents, le Champignon a toute une histoire. Le Champignon poussait à l'air libre en Chine et au Japon. Les Grecs le domestiquaient deux siècles avant J.-C. Le Champignon sort de terre en automne, c'est la période de déclin. Les journées raccourcissent. Le Champignon est donc symbole de mort et de renaissance. Il rappelle la forme du sexe de l'homme, totem phallique de puissance masculine. Il symbolise une facilité de reproduction. Pour les druides, la culture des Champignons est assurée sur un plan invisible par le petit peuple. Les lutins, les gnomes aident le Champignon à pousser davantage la nuit, pour mieux rencontrer mystère, magie, et ambiguïté. Aller aux Champignons, c'est s'habiller en couleur d'automne pour s'immerger et se camoufler dans le mystères des sous-bois. Il faut alors se confondre avec son environnement mordoré, jaune et verdâtre pour plonger dans la magie de la forêt et en accueillir la richesse et les paradoxes.


Mots-clés : L'ombre - L'humidité - Les savoirs perdus - La connaissance - La complexité - L'aboutissement - L'étude - Les extrêmes - La perversion - Le chamanisme - L'ambivalence - Les mystères - La contagion - Le discernement - La magie blanche - La magie noire - La sexualité - La reproduction -


Lorsque le Champignon vous apparaît dans le tirage : C'est toujours une ouverture au grand mystère, car pour comprendre ce peuple, il faut abandonner ses complexes, les limites de sa raison et plonger dans une richesse insoupçonnée. Rencontrer le Champignon, c'est faire preuve d'humilité, de discernement et de gratitude. Les messages du Champignon sont si nombreux qu'on pourrait s'y perdre. Quand on rencontre le Champignon, on commence par se taire, observer, être attentif, éviter un jugement hâtif ! C'est pour cette raison que lorsque le Champignon vous apparaît, il vous signale l'opportunité d'une initiation. La diversité des Champignons reflète notre propre diversité. C'est pourquoi le Champignon vous invite à regarder si vous êtes en paix avec toutes vos facettes mystérieuses. Il vous invite à plonger dans les profondeurs de votre nuit pour y trouver l'essence et l'inspiration. Vous intéressez-vous à votre perversion, à votre chaos intérieur, à votre goût du pouvoir ? Êtes-vous conscient de votre force destructrice ? Ce n'est pas en affichant sa lumière qu'on éclaire le monde, mais en plongeant et en acceptant notre ombre avec bienveillance. En vous accompagnant dans les zones sombres de votre personnalité, le Champignon vous aide à en trouver le suc. Le Champignon vous parle de reproduction. Il peut s'agir d'une difficulté physique à se reproduire, mais aussi à accoucher d'un projet. Recevoir la présence du Champignon, c'est un cadeau pourvu qu'on accepte sa magie. S'ouvrir à la magie, se détendre et explorer l'espace entre les mots d'un enseignement qui ne peut être dit.


Signification renversée : Dans sa signification renversée, le Champignon peut vos parler d'une infection, d'une allergie. Les mycoses sont d'autres formes de Champignons qui vous interrogent sur une question de territoire, de difficulté à poser ses limites et d'envahissement. D'autres Champignons sont hallucinogènes, et le Champignon renversé vient vous parler de ces hallucinations. Parfois vous pouvez être illusionné par vos propres croyances et visions et provoquer un grand nombre d'émotions et de cataclysmes internes qui ne reposent sur aucune base objective. Enfin, le Champignon renversé vient vous parler d'empoisonnement. Il existe différentes sortes d'empoisonnement. Il peut s'agir d'un empoisonnement relationnel, psychique ou émotionnel. Dans tous les cas, le Champignon renversé vous invite à oser vous rencontrer dans la totalité. En lâchant le contrôle, le connu, le Champignon vous aidera à incarner la puissance de votre incarnation.


Le Message du Champignon : Sais-tu me reconnaître ? Bien sûr, tu m'as repéré entre les branchages des sous-bois et te prépares déjà à me cueillir pour me manger. Mais es-tu sûr que je ne suis pas vénéneux ? Peut-être, au contraire, m'évites-tu dans le doute de peur que je sois vénéneux. Beaucoup d'entre nous nous ressemblons, et il te faut pour nous distinguer prendre le temps de nous connaître chacun. Fais confiance à ton intuition et étudie notre personnalité. L'étude et l'intuition conjuguées sont les voies de la connaissance.. Apprends en observant et vérifie ne lisant. Alterne ces deux sources de connaissance, jour après jour. Nous avons parfois tant de certitudes sur des sujets quotidiens sans en être vraiment certains. De quoi es-tu sûr ?Si tu m'accueilles dans ton cœur, je t'accompagnerais à descendre en toi, , dans tes sous-bois perdus. Il y a tant d'espace en toi encore inexploré. peut-être t'es-tu plus intéressé à la partie la plus noble de ta personnalité. Mais ce n'st pas elle qui brille le plus. Ce n'est pas d'elle que tu apprendras le plus. Aie confiance à descendre en toi, à plonger dans tes profondeurs, et tu te reconnaîtras dans ta totalité.


Le Rituel du Champignon : Vous allez poser une question à l'esprit du Champignon avant de réaliser cette expérience. vous n'aurez besoin pour cette expérience que d'un Champignon de Paris et d'une feuille blanche. Posez une question en méditant quelques minutes. Puis prenez le Champignon délicatement. Il est important que le pied ne soit pas lavé et que vous ayez laissa la terre dessus. Délicatement, ôtez le pied et posez la tête du champignon, es pores en contact avec une feuille de papier. Vous laisserez la tête pendant deux jours idéalement à la cave, dans un garage, mais surtout sans lumière du jour. L'expérience peut fonctionner dans un placard ou dans une armoire. Au bout de deux jours, soulevez le Champignon et laissez l'(image tracée par les stries du Champignon. Vous pouvez voir un visage, un objet, une lettre. Appuyez-vous spontanément sur la première image, car c'est la bonne.

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Antoinette Charbonnel et Lyra Ceoltoir, autrices de L'Oracle de la Magie forestière (Éditions Arcana sacra, 2021) nous donnent leur vision des champignons :


Même si beaucoup d'espèces peuvent être cueillies au printemps et en été, l'image populaire que nous avons du champignon est qu'il pousse en automne, dans le silence humide et feutré des sous-bois. Et pour cause, la grande majorité de ces curieux compagnons chapeautés se plaît en effet émerger dès que s'enfuit la belle saison, pour peu que le sol soit assez humide pour en permettre la croissance. Car nous n'avons pas affaire à des végétaux ordinaires A vrai dire, nous n'avons pas affaire à des végétaux du tout ! Car les champignons ne sont autres que des moisissures, issues du vaste règne des Fungi, au même titre que celles qui fleurissent vilainement sur les joints humides de nos salles de bains ou que le jolie morsure bleuâtre qui donne tant de saveurs à nos fromages dits « bleus ». Une famille aussi tentaculaire qu'un mycélium sous une couche d'humus !


Le mystère des champignons : Les moisissures ont ceci de particulier qu'elles ne peuvent pas transformer les substances inorganiques en nourriture et doivent donc subsister à partir d'autres organismes vivants. Pour cela, deux solutions : soit elles décident de conserver leur source de nourriture vivante et s'y fixent en parasites, soit elles se nourrissent de la décomposition d'un organisme mort, et sont ainsi appelées des saprophytes. derrière cette image peu ragoûtante et quelque peu sinistre, on peut déjà deviner l'origine de leur association étroite avec les mondes souterrains et le rôle de lien entre les espèces que représentent les champignons.

Mais au fait, qu'est-ce qu'un champignon ? En fait, ce terme ne devrait plus être utilisé, car il désigne aujourd'hui un taxon que les découvertes scientifiques ont rendu obsolète. Mais les habitudes sont difficiles à perdre (en bien des domaines d'ailleurs, il suffit de voir la tête de quelqu'un à qui vous allez apprendre que le haricot vert dans son assiette est en réalité un fruit) et malgré son inexactitude scientifique, le terme est encore très employé aujourd'hui. Stricto sensu, un champignon est un eucaryote pluri ou unicellulaire, englobant plusieurs familles (les fameux Fungi, mais aussi les oomycètes, les chytridiomycètes et les mycétotzoaires, mais promis, on ne vousen voudra pas si vous ne vous en souvenez pas). Leurs cellules sont particulières, pourvues d'une paroi très résistante, chitineuse ou cellulosique, et puisent les nutriments utiles en absorbant les molécules organiques directement dans le milieu où le champignon pousse. Ces cellules ne possèdent pas de chlorophylle, ni de plastes, ce qui permet une variétés de couleurs plus étendue que les végétaux.

Techniquement pour être un vrai champignon, il faut que l'organisme appartienne au groupe taxonomique des eumycètes (c'est ainsi que nous devrions les appeler, mais avouons que « champignon » est un terme plus sympathique), qui existe sur notre planète depuis environ 450 millions d'années (l'apparition des premiers représentants de cette famille eut lieu durant la période géologique appelée Silurien, et ils ont depuis colonisé tous les milieux, jusqu'aux eaux douces et marines, puisqu'on estime qu'environ 1 500 espèces de champignons marins existent). Leur histoire est presque aussi vaste, dense et mystérieuse que leur mode de vie !

Car les champignons que nous voyons blottis sur le sol de la forêt ne sont que la partie émergée de l'iceberg ; il s'agit en quelque sorte du fruit (appelé le sporophore, puisque son rôle est de propager les spores, l'équivalent des graines, du champignon) d'un organisme souterrain beaucoup plus étendu, parfois immense, appelé le macromycète, composé d'un vaste réseau de filaments très fins, souvent très denses, le fameux mycélium. Notre sporophore est généralement formé d'une silhouette en deux parties, d'un pied surmonté d'un chapeau, mais certains sont bien plus originaux que cela, et prennent des formes évoquant le corail (comme les clavaires), de calices (comme les pézizes), de boules (les vesses-de-loup) ou encore d'organes humains, oreilles, langues et même cerveaux !).

Le mot « champignon » est issu de l'ancien français champignuel, connu au XIIIe siècle, lui-même provenant du bas-latin campinolius, signifiant poétiquement « petit produit des campagnes » ou « qui pousse dans les champs ». Le nom anglais, mushroom, est quant à lui issu d'une espèce particulière de champignon des prés, le mousseron (sans doute issu du latin mucor qui signifie simplement « moisissure » et du grec mykès qui désignait les champignons en général). On ne sait pas exactement s'ils sont consommés depuis longtemps en tant qu'aliments, mais les découvertes archéologiques ont prouvé leur proximité avec l'homme : en 1991, on a en effet retrouvé dans le sac d'Ôtzi, un homme ayant vécu vers 2 500 AEC, deux polypores du bouleau et de l'amadou. Si l'usage du premier est incertain (on pense avant tout à un emploi médicinal), le second est bien connu comme allume-feu.

Mais le champignon, s'il nourrit et soigne, effraie aussi depuis l'aube des temps à cause de ses propriétés toxiques et hallucinogènes, très largement détenues par de très nombreuses variétés. Son mode de vie est également longtemps resté un mystère, puisqu'il a fallu attendre le XVIIe siècle et l'invention du microscope pour découvrir l'existence des spores, dont le rôle dans la propagation et reproduction, li, ne sera connu qu'un siècle plus tard. Linné lui-même ne sut qu'en faire dans sa classification, et les mit par défaut dans une catégorie de plantes qu'il appela les cryptogamia, les « plantes dont les noces ne sont pas publiques » !

Et ils seront considérés comme des plantes primitives (voire « dégénérées » !) jusqu'au milieu du XXe siècle avant qu'enfin, en 1969, Robert H. Whittaker leur accorde enfin un règne bien à eux, celui des Fungi ? Mais les découvertes les plus récents concernant la générique remettent aujourd'hui en cause l'existence de ce règne individuel : au niveau de l'ADN moléculaire, les vrais champignons seraient en effet de proches parents des animaux alors que les pseudo-champignons, eux, se rapprocheraient des plantes ! Depuis 2013, on considère ainsi les champignons comme un ensemble artificiel, polyphylétique, rassemblant des organismes liés par des caractères communs, mais susceptibles d'en évoluer encore. Aujourd'hui, le mystère reste donc bien épais concernant la véritable nature de ces organismes fascinants.


La magie des champignons : Rien d'étonnant donc à ce qu'ils suscitent fascination, étonnement, incompréhension et même méfiance. Ils sont pour la plupart, incultivables car on ne peut comprendre le fonctionnement de leur symbiose avec le biotope (seules quelques rares espèces, comme les champignons de Paris ou les pleurotes, peuvent être cultivées artificiellement, les autres restant invariablement indomptables) et reproduire l'étendue de leur mycélium (dont certains font partie des plus grands organismes vivants de la planète). On sait en tout cas que beaucoup apprécient la présence de certains végétaux (le cèpe des pins, comme son nom l'indique, recherche la présence des conifères, l'amanite tue-mouches se trouve souvent non loin des bosquets de bouleaux...) ou de certains types de terrains.

Comme les arbres, les champignons jouent un rôle important, fondamental même, ans l'écosystème Certains aident à éliminer les feuilles mortes ou les arbres morts. D'autres parasite, peuvent affaiblir un arbre jusqu'à la mort, et jouent ainsi un rôle de régulateurs de la végétation. La symbiose entre les arbres et les champignons (les seconds permettant aux premiers de vivre dans un environnement propre, les premiers cultivant l'humidité indispensable aux seconds) est essentielle, et doit être gardée à l'esprit lorsque l'on entreprend un travail magique avec eux, notamment dans l'optique de les associer en fonction de leurs dépendances mutuelles.

Depuis Ötzi, au moins, on sait que les champignons appartiennent à notre pharmacopée et à notre alimentation. Et si le mystère de leur croissance a rendu perplexe bien des naturalistes, les mythologies, elles, y ont trouvé pléthore d'explications.

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Symbolisme celte :


L'Esprit magique des champignons

Ce texte est un chapitre extrait du Traité pratique de Magie celte (Éditions Trajectoire, 2001) écrit par Marc Questin :

La mycologie est à la fois une science et un art qui permet d'élargir l'horizon conceptuel, la sensation esthétique, la vision subjective de notre intime relation avec le sens (l'intelligence) de l'univers.

La connaissance des champignons est un sentier original qui nous conduit sensiblement vers la Connaissance de soi et du réel. Cette méthode empirique, infiniment subtile, sous-entend une approche phénoménologique de l'esprit ancestral des forêts et des plantes. Cette voie d'accès à la Terre-Mère résonne en l'être comme un appel, tel un chant lancinant et venu de nulle part, qui accompagne sa renaissance et sa sortie à la lumière.

Un grand nombre d'espèces n'est toujours pas identifié ni répertorié. Notre ignorance est abyssale en ce qui concerne les propriétés médicales, olfactives ou diététiques des espèces recensées. Quant à l'histoire, au symbolisme, pour ne rien dire de la dimension proprement ésotérique d'un tel sujet, des pans entiers de connaissance demeurent cachés.

Une vraie passion qui se fait gnose, telle est cette quête des champignons, de leurs mystères et de leur force. Cette symbolique élémentaire nous transfigure en profondeur car elle accorde au jeu des sens une prise directe avec le monde.

Le Soma des temps védiques semble toujours inaccessible. Un explorateur habile peut néanmoins retrouver ce légendaire Soma, au même titre que l'Ambroisie de la Grève antique, après bien des épreuves et des rites de passage.

Le corps humain sécrète une chimie particulière. Les compostions moléculaires de notre organisme sont parfois identiques à celles des plantes psychotropes. La Science commence à découvrir les étonnantes similitudes qui existent entre le corps humain et le règne végétal.

Comprendre le champignon équivaut à faire acte d'humilité et à descendre au plus profond de l'infiniment petit afin de retrouver la véritable grandeur de l'homme. C'est un monde souterrain, de sous-bois mystérieux, de forêts embrumées, où résonnent les couleurs nostalgiques de l'automne.

La perception du champignon reconstruit la mémoire de l'homme. Les souvenirs inutiles sont remis à leur place. On se concentre sur l'essentiel dans une vision d'éternité qui doit beaucoup à l'éphémère. Le champignon n'est-il pas une plante psychopompe qui permet le passage de la lumière (la vie terrestre superficielle) à une autre lumière, celle-ci plus sombre et souterraine ?

Le monde des champignons précède celui de la pensée. Il appartient davantage au monde préhistorique, à l'univers unicellulaire, aux forces obscures et méconnues d'un Invisible supra-humain.

Le champignon est un univers à lui tout seul. Les êtres humains le côtoient régulièrement, puisqu'ils le cueillent, le mangent, l'étudient, l'analysent.

L'univers des champignons est traditionnellement lié à celui des lutins, des gnomes et des elfes. En nous penchant d'un peu plus près sur le contenu des contes de fées, nous découvrons des vérités qui sont tangibles et efficaces, capables d'ouvrir dans la conscience les grands tiroirs de l'inconnu.

Quel est le sens de l'univers, de notre vie, de tout destin ? Ces questions simples, élémentaires, aussi vitales dan leur logique qu'un raisonnement présocratique, le mycologue peut y répondre dès lors qu'il sait de toute son âme à quel point notre Terre (le pouvoir de la Vouivre) construit nos sens au fil du temps.

[...] De même, en ce qui concerne la mycologie, soyez extrêmement prudent avec les champignons.

Apprendre à les connaître et à les observer (je parle ici des plans subtils) demande parfois plusieurs années. Il faut savoir être patient, réfréner ses désirs et développer son intuition. La connaissance mycologique demeure une excellente école de familiarisation avec les énergies secrètes de la nature. Si vous allez vers la nature, si vous l'aimez, la respectez, elle vous rendra votre attention en vous comblant de ses bienfaits.

[...] La perception de l'infiniment petit et des esprits de la nature favorisent la "reliance" de notre monde imaginal et du cosmos intemporel. L'ambroisie célestielle et la sève tellurique communient dans la jungle les symboles sumériens, chaldéens et hittites. Les champignons sont traversés par des messages subliminaux. Des chercheurs aussi passionnants que Théodore Monod, André Leroi-Gourhan ou Maurice Maeterlinck étaient conscients de cette richesse des mondes perdus et souterrains.

Quand on s'approche du champignon, dans une traque silencieuse, enveloppée de mystère, notre esprit réalise la présence d'un ailleurs, d'un autre lieu inhabituel. Est-ce la beauté des formes ou des couleurs qui nous entraîne ainsi vers davantage de liberté ? Il semblerait que la réponse soit d'ordre purement métaphysique. Cette recherche du sens caché modifie inexorablement notre perception de la réalité. La mycologie est avant tout une science qui englobe aussi bien les perspectives mythologiques que les connaissances secrètes des guérisseurs opératifs. Car qu dit "champignons" dit aussi "sorcellerie" et retour aux racines, aux origines d'un art de vivre. La notion habituelle de progrès s'en trouve bouleversée. Le mycologue traditionnel poursuit sa que^te en dehors du temps. Il découvre peu )à peu des fonctions souterraines, des mécanisme inexpliqués, le pourquoi de ses rêves et des mythes légendaires.

Ici s'instaure une royauté, une maîtrise claire, toujours sereine, quelque chose comme la paix, le bonheur ou la joie.

Ces petites plantes presque animales ont le pouvoir d'apprivoiser cette part magique qui est en l'homme.

Le chercheur joue le jeu. Il s'attend... au meilleur. C'est une ascèse vraiment plaisante, un travail passionnant de spéléologie mentale et tellurique, une intrépide exploration au cœur des lois du microcosme.

Le monde des champignons fonctionne alors comme un miroir. Il nous renvoie nos propres peurs, nos résistances et nos limites. Il affûte par cela notre goût de l'effort et notre propension à la lucidité. Car combien, l'homme semble petit face aux mystères de l'univers ! La mycologie relativise l'importance des activités humaines, car nous touchons à l'essentiel, à mesure que nous progressons dans la connaissance familière de ces petits êtres en sympathie avec les forces de l'invisible et du cosmos.

N'oublions pas les contes de fées et les légendes de notre enfance qui prennent, alors, un visage neuf sous l'éclairage de cette passion. Les mythes s'éclairent à la lumière de cette gnose originelle. On comprend d'autant mieux les principes archaïques, à la manière d'un ethnologue qui prend parti pour sa tribu. Du champignon d'Alice au village des Schtroumphs, notre inconscient d'enfant ludique enregistrait les saintes images d'un archétype universel.

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Selon Pierre Dubois et René Hausman qui ont écrit et illustré L'Elféméride, Le grand légendaire des saisons - Automne-Hiver (2013),


"Si les filandres appartiennent au monde aérien et lumineux, aux rêveries d'infinis, les champignons d'automne, à l'inverse, ramènent aux royaumes souterrains, au mystère du sous-bois, aux essences intérieures et secrètes. pour les trouver, il faut non seulement se pencher, mais respecter certains rituels que l'antique mémoire instinctivement répète. Il faut un tant soir peu connaître leurs habitudes, les atmosphères propices à leur apparition, le lieux où les dénicher - que l'on grade pour soi -, savoir les cueillir et les reconnaître, respecter leurs changeants et capricieux territoires. Se plier aux exigences de leur cache-cache. d'aucuns n'hésitent pas à prétendre que l'on trouve les champignons comme on peut apercevoir les fées - du coin de l’œil - en cherchant ailleurs. Il y a toujours quelque chose du hasard, de la surprise, teinté de ravissement.

Même le simple mousseron des prés demande du respect. Là où hier il était, demain il n'y sera plus si on a négligé de lui demander la permission de le cueillir en récitant la formulette :


"Champignon, petit champignon,

Fais-moi trouver tes compagnons."


Souvent ils poussent en rond sur les cercles que les Belles dames et Demoiselles ont, sur l'herbe et la mousse, laissé en dansant. Ou bien ils se pressent l'un derrière l'autre sur leur promenade. Ceux-ci sont fermes et frais, jolis d'aspect, pourtant il est recommandé de toujours se méfier car un sournois caraquin peut toujours les imiter.

Les champignons indiquent les lieux maudits et les lisières de Féerie. Entre ombre et lumière ou confondus aux deux... Entre la cruelle amanite tue-mouches, l'agressif et lubrique phallus à l'affût d'assaillir bergers-bergères, et l'agréable et sage coulemelle, l'excellent et dodu cèpe... processionnent un grand nombre de champignons des limbes ; ni comestibles, ni vénéneux, sans saveur, mais pas sans esprit..."

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014), les champignons sont les "compagnons du Petit Peuple".

Dénominations fantastiques : Le vaste monde des champignons a toujours fasciné les humains. Leur croissance rapide, leur apparence parfois étrange, leur toxicité et leur pouvoir hallucinogène éventuels font de ces organismes des spécimens de la nature hors norme, presque ma que les superstitions les aient associés au Petit Peuple.

Les elfes, lutins, fées et nains sont d'ailleurs très souvent représentés perchés sur des champignons ou dansant à leurs côtés. En Angleterre, plusieurs organismes de ce type portent des noms illustrant cette tradition. Retenons ainsi la "casquette de l'elfe", la "selle de la dryade", le "capuchon du Pixie" ou le "bâton jaune des fées", tant d'appellations faisant référence à divers usages. quant à la trémelle mésentérique, elle doit son surnom de "beurre de sorcière" à sa couleur jaune et sa consistance gélatineuses. Les Ellylon, de minuscules lutins translucides vivant dans les vallons du pays de Galles, en sont très friands.

Parlons également de certains cercles de fées et ronds de sorcières où la concentration de plusieurs champignons poussant en cercle dans les prés a de quoi surprendre.. Avant que la science n'explique ce phénomène naturel par le mycélium, la tradition britannique attribuait ce mystère aux fées dansant en rond. Lorsque la fatigue se faisait sentir, les demoiselles s'asseyaient un instant sur les organismes dodus avant de reprendre de plus belle leur occupation favorite.

Mais en France comme en Autriche, cette bizarrerie de la nature trouvait plus fréquemment son origine dans la ronde infernale pratiquée par les sorcières durant la nuit. Leurs crapauds étaient censés vivre sous les étranges champignons leur servant par ailleurs de sièges quand ils sortaient à l'air libre. Craignant que ces éléments naturels ne soient ensorcelés, les paysans d'Ille-et-vilaine empêchaient leurs vaches de les manger pour éviter que le beurre ne disparaisse dans leurs fermes. Qu'ils soient cercles de fées ou ronds de sorcières, ces phénomènes marqueraient l'emplacement d'un trésor enterré mais il est impossible de le dénicher sans l'aide de l'ne des deux créatures citées...

De fins connaisseurs : Le Sotré est un lutin de Lorraine facilement reconnaissable au collier de champignons séchés qu'il garde en permanence autour du cou. Pour peu que l'on se montre bon avec lui, ce passionné indique volontiers les endroits où ces éléments poussent en nombre. Une fois la récolte effectuée, il est fortement conseillé de déposer son panier dans la grange où réside le Sotré. Vous pouvez vous fier à lui en toute confiance pour trier votre cueillette. Durant la nuit, il jettera tous les vénéneux sur un tas de fumier. Les gnomes n'aiment pas la pluie. A la moindre goutte tombée du ciel, ils se réfugient sous un champignon qui leur tient lieu de parapluie. très doués, ils sont capables de réaliser des greffes de façon à obtenir des champignons d'une taille exceptionnelle et à la saveur incomparable.

Apparence trompeuse : L'Amanite tue-mouches est facilement reconnaissable à son chapeau rouge pointillé de blanc. Mais il est en revanche très aisé de confondre ce champignon avec certains lutins qui imitent à merveille sa forme. Dans le Béarn, le Diablehou s'affiche sous son apparence tandis que les Oakmen d'Angleterre dont nous parlons plus loin portent un bonnet ressemblant à s'y méprendre au chapeau de l'organisme vénéneux.

Plein les yeux : Le psilocybe fer de lance, Psilocybe semilanceata, a un chapeau pointu ressemblant à celui du lutin. Des lutins et autres bizarreries on peut en voir à profusion, car ce champignon fait partie des hallucinogènes et renferme des substances indoliques proches du LSD.

Sur l'île d'Yeu, ce sont les follets qui sont jugés responsables de la croissance des champignons dans lesquels ils habitent."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"Peu d'auteurs se sont attachés à élucider le symbolisme [onirique] des champignons. il s'agit pourtant d'une composante non négligeable de l'imaginaire puisque sa présence touche 3.5% des séances de rêve éveillé, ce qui place le champignon au quatorzième rang des végétaux, sur les quatre-vingt-sept symboles répertoriés dans cette famille. Une analyse superficielle, prenant en référence la forme de certains champignons, pourra conclure à la signification phallique du symbole. Dans quelques cas, ce sens paraît d'ailleurs justifié. Cependant, sur les deux cent mille espèces de champignons connues, un très petit nombre présentent une forme phalloïde. Il est rare, aussi, que le patient décrive une espèce précise de champignons.

Avant tout autre considération, le champignon du rêve est une image colorée. Dans la grande majorité des cas, il s'agit d'un champignon au large chapeau en forme de parapluie, généralement rouge, avec des points blancs. Si le champignon peut être soupçonné d'entretenir un rapport avec les aspects actuels de la problématique, la nature de cette relation se révélera bien différente de ce que l'on aurait pu déduire de la forme du végétal. Le champignon imaginaire, deux fois plus présent dans les rêves des femmes que dans ceux des hommes, renvoie obstinément au couple de couleurs : rouge et blanc.

Catherine voit, dans son deuxième rêve, "... une grande grille, comme dans les châteaux... c'est un peu à l'abandon, fouillis... il y a des champignons rouge et blanc, rouge avec des points blancs... un pied blanc, un pied petit... le chapeau rouge est beaucoup plus grand... j'entends le chant du vent..."

Estelle commence son rêve par la vision d'un vaste panorama, en Arizona... : "... je vois des montagnes, rouges, sur un ciel clair avec des nuages, de gros nuages blancs... Il y a de grands cactus... et je vois un ballon, une montgolfière... je suis dedans, au-dessus du désert... je descends au-dessus d'un village d'Indiens... le ballon, il est blanc et il y a des dessins rouges dessus, des cercles, des ronds, des gros ballons rouges... je suis descendue... les enfants sont heureux, ils mettent le doigt sur les ronds rouges... il y a aussi un grand arbre, très grand, pas haut mais rond, avec un tronc large... et au-dessous, il y a d'énormes champignons... j'ai l'impression d'être dans un film de Walt Disney tellement tout est parfait !..."

Dans la plupart des rêves où apparaît le champignon, il y a une accumulation d'images associant ainsi le rouge et le blanc. Une très forte corrélation existe entre le champignon imaginaire et le dessin animé. L champignon du rêve, bien plus qu'un végétal, est une image dessinée. Blanche-Neige est sans doute la figure la plus célèbre de l'univers des contes et du dessin animé. La jeune fille au teint blanc comme la neige et aux lèvres rouges comme le sang, conformément au vœu fait par sa mère avant la naissance, symbolise la jeune fille pubère, encore enveloppée du blanc de l'innocence mais déjà atteinte par le rouge du sang imposé par son destin de femme. L'association du personnage de Blanche-Neige et du champignon rouge à points blancs n'a donc rien de surprenant.

Le rouge exprime l'implication dans la vie, le désir, l'amour, la passion, le sentiment, la violence, la fécondité, la vie. Le blanc dit l'innocence, la réserve, la pureté, la sauvegarde, l'intégrité, le gel, l'isolement, la stérilité, la mort. Le champignon rouge et blanc qui surgit avec constance au bord des chemins où s'avance Blanche-Neige est significatif de toues les contradictions de l'âge pubertaire. De cet âge où le plaisir d'accéder au monde adulte affronte la nostalgie de l'innocence, où le plaisir trouble du désir se heurte aux craintes d'agression, ou l'insouciance enfantine le dispute à la conscience responsable, où la confiance en la vie bute sur la révélation de la mort, où la spontanéité des jeux se brise sur les multiples interdits.

Éphémère, séduisant et dangereux, le champignon se prête aussi, par sa nature, à la représentation d'élans contradictoires. C'est probablement la deuxième séance d'Anne-Marie qui réunit le plus d'éléments susceptibles de conduire à l'interprétation la plus profonde du symbole. Le rêve se déroule depuis quinze minutes lorsque la patiente exprime cette séquence :

"J'ai maintenant l'impression d'être devenue immense... mais ça n'est pas du tout quelque chose qui m'oppresse... non... je suis devenue comme... comme... comme Blanche-Neige, avec les lacets, là sur le devant... (c'est bizarre ! Je pensais "Chaperon Rouge" et j'ai dit "Blanche-Neige" comme si ça s'imposait !)... et c'est un peu comme si j'étais en train de me promener dans une forêt... y a des champignons qui me paraissent très grands... rouges... avec des taches blanches sur le dessus.... le champignon s'est transformé en parachute et je suis en train de filer dan l'air, à l'horizontale... je suis attirée.. très très fort... au-dessus de la terre, comme par un gigantesque aspirateur... vers... une espèce de source lumineuse... [...]

... Et puis voilà... ça fait penser aussi à des larmes... ça a la forme d'une larme, ou d'une goutte de sang... ça me fait penser à ma mère... le jour de la mort d'un de mes frères... près de la tombe... elle n'avait pas du tout pleuré... je n'avais pas compris son attitude si froide... je l'avais jugée sévèrement... je n'ai compris que très longtemps après... Je retrouve le temps d'avant la mort de mon frère... il y avait des sentiments, de l'émotion, de la gaieté... après, c'était interdit... le monde était devenu de pierre..."

D'autres rêves associent de manière aussi percutante le rouge et le blanc qui conduisent le patient à réexpérimenter une situation traumatisante liée à la mort d'un proche, frère, sœur, mère ou père. Parmi les patients ayant évoqué le champignon dans un ou plusieurs de leurs scénarios, 75% avaient subi l'une de ces ruptures tragiques.