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  • Anne

La Collybie




Étymologie :

  • SOUCHETTE, subst. fém.,

Souchette, subst. fém., attest. a) 1564 [éd.] « souche d'un tout jeune arbre » (Ch. Estienne, L'Agriculture et maison rustique, f°62 v°), b) 1904 « variété de champignon » (Nouv. Lar. ill.) ; dimin. de souche, b ainsi nommée parce qu'elle pousse sur les souches.

=> souchette : Sorte de collybie poussant sur les souches. (selon le Dictionnaire du Français Plus, 1988).


Le terme latin vient du grec kollubos, qui signifie "petite pièce de monnaie" et qui été donné à cette famille en raison de la minceur de leur chapeau.


Autres noms : Gymnopus fusipes ; Bolet d'Alzino ; Cassenado ; Cassinado ; Champignon d'Yeuse ; Collybie à pied en fuseau ; Frigoulo ; Peboulado ; Piboulado ; Pivoulade d'Eouse ; Saüsenado ; Saussenado ; Souchette ;

Gymnopus hariolorum ; Collybie des devins ;

Rhodocollybia butyracea ; Collybie beurrée ; Collybie savonneuse ;

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Mycologie :


Dans son Atlas des champignons comestibles et vénéneux de la France et des pays circonvoisins. (Doin Éditeurs, 1888) Charles Richon nous propose une description de la Souchette (Collybia fusipes) :


Chapeau ferme, élastique, convexe-plan, plus ou moins mamelonné, lisse, d'un jaune fauve se fonçant avec l'âge, à contour souvent irrégulier ; stipe plein puis creux, coriace, strié-cannelé, gonflé vers sa partie médiane et aminci de la jusqu'à la base qui est fusiforme radicante, noirâtre dans celte partie et supérieurement de la couleur du chapeau ; lamelles presque libres, larges, ondulées, distantes, d’un ton jaunâtre pâle, souvent maculées de taches rousses après la maturité ; spores blanches, piriformes, apiculées.

Odeur nulle ; saveur très agréable.

Été, automne. Fréquent sur les vieilles souches dans tous les bois de chênes.

Espèce comestible, très recommandée, mais pour le chapeau seulement, lorsqu'il est jeune et détaché du stipe.


Sauf quelques erreurs de détail, la description que Vaillant a donnée, le premier, de ce Champignon est assez caractéristique. « Je l'ay trouvé, dit il , dans les bosquets de Versailles le 6 juin 1707, sur les racines des arbres pourris. Il en naist ordinairement plusieurs d'une même racine. Leur pédicule a environ 4 pouces de haut, et est également gros dans toute sa longueur ; son diamètre est d'environ 3 lignes , plein et non pas creux, de couleur de bois. Il soutient une teste taillée à peu près comme une birette de jésuite ou un bonnet de bedeau, large de 2 pouces ou 2 pouces et demi, gaudronnée sur les bords ; le centre de ce chapiteau ou bonnet est élevé en mamelon orangé, le reste est couleur de bois. Ses feuillets sont à peu près de la même couleur, un peu plus foncée. Il en part 3 ou 4 de la marge, qui se réunissant se terminent à un seul qui va aboutir au pédicule en se courbant. Ces feuillets ont environ 2 ou 3 lignes de large, et la chair du bonnet n'en a pas une tout au plus.)

 

Sur le site https://www.carpophore.ch/, on trouve une fiche détaillée sur la collybie des devins :


fiche_collybia_hariolorum
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Tandis que le site Mycocharentes en propose une sur la Collybie à pieds tordus que célèbre Yves Paccalet en bas de page :

Collybie à pied tordu
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Bienfaits thérapeutiques :


Pierre Malzy, auteur d'un article intitulé "Quelques plantes du Nord Cameroun et leurs utilisations". (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 1, n°5-6, Mai-juin 1954. pp. 148-179) a exploré les connaissances de trois ethnies du Cameroun :


La majorité des champignons médicinaux recensés sont aussi comestibles. Ainsi les populations Nagot surtout les Holli utilisent certaines espèces de champignons sauvages pour guérir des maladies. Par exemple la maladie d’épilepsie est guérie par l’espèce Collybia sp. Cette espèce de champignon est aussi utilisée lorsque des boutons indésirables apparaissent sur le corps, elle est également utilisée contre les poux de cheveux, la même espèce est utilisée dans la dentition des enfants c’est-à-dire dès les premières apparitions de dent chez les enfants. [...] . Il est important de souligner que les Fon ne détiennent aucune connaissance des champignons sur le plan médicinal, seul les Nagot et les Holli mais c’est surtout les Holli qui sont les vrais détenteurs du savoir des champignons utilisés en médecine. Les valeurs d’usages calculées nous confirment que les champignons médicinaux sont plus connus et plus utilisés par les Holli comparé autres ethnies (Nagot, Fon).

[...]

Processus d’usage médicinal :

  • Maladie d’épilepsie : L’espèce Collybia sp. encore appelée Dabôboun qui signifie protection est celle utilisée pour guérir cette maladie. On le mélange avec d’autres feuilles qu’on brûle pour transformer cela en poudre. La poudre une fois obtenue, est mise dans du savon. Ainsi le soufrant en se lavant avec ce savon trouvera guérison à sa maladie.

  • Problème de dentition chez les enfants : L’espèce Collybia sp. est utilisée dans la guérison de cette maladie. On mélange l’espèce avec du Sodabi. Ensuite on imbibe un coton dans le mélange puis on essuie la gencive des enfants. Cela permet d’éviter aux enfants de faire de la diarrhée, d’avoir la fièvre, le vomissement.

  • Maladie de Poux : L’espèce utilisée ici contre cette maladie est Collybia sp. Le processus aboutissant à la guérison de cette maladie est la suivante : on remplit une calebasse d’eau puis on met le champignon en question dans l’eau, puis on laisse l’eau pendant quelques jours. Ensuite on mouille les cheveux de cette eau. Ceci tue tous les poux, ainsi le soufrant est soulagé.

  • Boutons sur le corps (galle etc.) : C’est toujours l’espèce Collybia sp. qui est utilisée dans ce cas. On remplit également une calebasse avec de l’eau puis on met le champignon en question dedans et on laisse l’eau séjourner pendant quelques jours comme précité. Ensuite on passe cette eau sur le corps. Ceci permet au soufrant d’être guéri.

 

Collybie
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Marie Rampin, dans sa Thèse d'exercice en Pharmacie intitulée Champignons "médicinaux" : de l'usage traditionnel aux compléments alimentaires. (Université Toulouse lll - Paul Sabatier, 2017), présente ainsi la collybie à pied velouté =>

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Usages traditionnels :


Charles Richon, auteur d'un Atlas des champignons comestibles et vénéneux de la France et des pays circonvoisins. (Doin Éditeurs, 1888) rend compte d'usages de nos ancêtres :


Paulet ne fait pas un grand éloge des qualités ali mentaires de cette espèce. Il se contente de dire que, donné à plusieurs reprises aux animaux, ce Champignon ne les a jamais incommodés et qu'il ne le croit pas malfaisant. A propos de l’Agaricus socialis de De Candolle, qui n'est qu'une forme de la Souchette, Cordier dit que c'est un Champignon comestible, en grande réputation dans le bassin pyrénéen, mais dont on ne mange que le chapeau, le pied étant coriace. M. Quélet le qualifie de très bon, quoique coriace. Nous nous permettrons de recommander tout particulièrement cette espèce que nous considérons comme étant d'excellente qualité. Récoltée jeune, on en pourra goûter crue la partie centrale du chapeau : on sera fort étonné du goût agréable de Champignon que cette partie, mâchée, laissera quelque temps dans la bouche. Un plat de jeunes chapeaux, simplement cuits au beurre avec sel et poivre, est réellement délicieux : nous lui trouvons toute la saveur d'un excellent plat de Pleurotes (Oreille de Peuplier, Oreille de Chardon, etc. ) . Nous n'avons pas besoin de dire que le pied ou stipe doit, dans tous les cas, être rejeté. Par malheur, en approchant de la maturité, ce Champignon devient coriace et perd une grande partie de ses bonnes qualités. Il est souvent alors attaqué par une moisissure fort curieuse, le Mucor fusiger, qui en se développant sous le chapeau le rend amer et détestable au goût.

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Symbolisme :


Une des collybies (Gymnopus hariolorum) a pour nom vernaculaire "collybie des devins", ce qui nous invite à suivre la piste de la divination, une des trois activités principales du chamane.

 

Dans un article intitulé "Quelques plantes du Nord Cameroun et leurs utilisations". (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 1, n°5-6, Mai-juin 1954. pp. 148-179) Pierre Malzy s'intéresse notamment à l'utilisation des champignons sauvages sur le plan magico-religieux :


Pour apporter la chance dans leur vie, les populations locales utilisent l’espèce Collybia sp.. Ainsi ils mettent l’espèce dans une jarre avec des feuilles qu’ils récoltent dans la nature, puis ils brûlent l’ensemble qui devient de la cendre. Ensuite ils mettent cette cendre dans du savon, et chaque jour ils se lavent avec le savon ainsi préparé. Cela apporte la chance dans la vie de celui qui se lave avec ce savon. Comme on l’a dit plus haut l’espèce est utilisée par les marchands. Ces derniers font calciner l’espèce plus d’autres feuilles pour l’obtention de la cendre. Ainsi les marchands se scarifient une petite partie au niveau de la tête puis mettent une petite quantité de cendre dedans. Ce processus permet d’attirer beaucoup de clients vers ceux qu’ils le font.

Les espèces « oludèrè », Marasmius sp, Collybia sp. et Psathyrella tuberculata sont utilisées pour amener quelqu’un à aimer un autre contre son gré comme on l’a affirmé plus haut. Sur ce plan d’autres utilisent l’espèce « oludèrè » pendant que d’autres utilisent Marasmius sp. ou Collybia sp. ou Psathyrella tuberculata. Le processus consiste à associer une des espèces avec les grains de Aframomum melegueta « atayéré : » puis on brûle l’ensemble et on obtient de la cendre noire qu’on met dans du miel sur lequel on prononce le nom de la personne qu’on aimerait attirer puis on prend quelques gouttes de cuillerée. [...] Ce (...) processus permet d’amener quelqu’un à aimer un autre sans sa volonté. Notons que ces pratiques sont exécutées par les hommes afin d’attirer les femmes vers eux.

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque une collybie particulière :

9 août

(Fontaine-la-Verte)


Une collybie à pied tordu dans l'herbe, près du prunier qui meurt : ô l'étrange champignon ! La spirale torturée de sa colonne supporte un chapeau retroussé, éviscéré, garni de lamelles effrangées comme une charpie.

L'espèce a été soumise à la question. Elle a la beauté des martyrs. Sainte Blandine dans l'arène.


(N.B. Moi qui ai été baptisée dans l'église Sainte-Blandine (Lyon, 2e arrondissement), je ne peux qu'être sensible à cette petite collybie sacrifiée...).

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