Le Chaga
- Anne

- 12 mars 2022
- 10 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 juil.
Étymologie :
POLYPORE, subst. masc.
Étymol. et Hist. 1790 (J.-J. Paulet, Traité des champignons, I, 512 ds R. Ling. rom. t. 42, p. 452). Empr. au lat. sc. mod. polyporus « id. » 1729 (P. A. Micheli, Nova Plantarum Genera, 129 d'apr. NED Suppl. 2), formé de l'élém. gr. π ο λ υ-, de π ο λ υ ́ ς « nombreux » et du gr. π ο ́ ρ ο ς « pore, passage ».
Lire également la définition du nom polypore afin d'amorcer la réflexion symbolique.
Autres noms : Inonotus obliquus - Inonote oblique - Polypore incrusté - Polypore oblique - Tchaga -
Propriétés médicinales :
Selon Christelle Francia, Françoise Fons, Patrick Poucheret et Sylvie Rapior, auteurs de l'article intitulé "Activités biologiques des champignons : Utilisations en médecine traditionnelle." (Annales de la Société d’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault, Société d’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault, 2007, 147 (4), pp. 77-88.), les qualités thérapeutiques de l'Inonotus obliquus sont les suivantes :
Usages traditionnels | Espèces Utilisées | Lieux géographiques | Posologie, formes galéniques | Références |
Anticancéreux | Inonotus obliquus Tchaga ou Chaga | Russie Sibérie | Administré en infusion. Se trouve à la Pharmacopée russe depuis 1955 sous le nom de Befunginum. Utilisé comme anticancéreux. | Roy (1977) Guérin et Réveillère (1987) Vaidya et Rabba (1993) |
Anti-inflammatoire | Inonotus obliquus Inonotus oblique Tchaga | Russie | Sous forme de liquide brun obtenu après extraction et filtration. Utilisé dans les gastrites chroniques. | Vaidya et Rabba (1993) |
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Marie Rampin, propose une synthèse des vertus thérapeutiques du Polypore oblique dans Champignons "médicinaux" : de l'usage traditionnel aux compléments alimentaires. (Thèse d'exercice en Pharmacie, Université Toulouse lll - Paul Sabatier, 2017, pp. 60-61) :
"L’usage thérapeutique des champignons semble très ancien. En effet ceux-ci étaient déjà utilisés pour soigner au chalcolithique, période de la protohistoire comprise entre le néolithique et l’âge de bronze. Ötzi, l’homme des glaces, découvert en 1991 dans les Alpes italiennes nous en apporte la preuve. Ötzi, est un Homo sapiens sapiens vieux d’environ 5300 ans, mort à l’âge de 46 ans certainement des suites d’une attaque humaine. Son équipement a était relativement bien conservé par les glaces. Vêtements, armes, ainsi que divers autres objets ont été retrouvés. Dans ses bagages en écorces, les traces de trois champignons « médicinaux » différents ont été retrouvées : du polypore du bouleau (Piptoporus betulinus), de l’amadouvier (Fomes fomentarius) et du chaga (Inonotus obliquus) (Aquaron, 2005 et 2008). [...]
Le chaga quant à lui est reconnu pour ses propriétés anti-inflammatoires, anti-allergiques et anti-oxydantes. On ne sait pas quel usage Ötzi en faisait mais il est probable qu'il l'utilisé pour soigner certains de ses nombreux autres maux : tendinite, calculs biliaires, athérosclérose, maladie de Lyme retrouvés à l'autopsie (Aquaron, 2005 et 2008).

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Selon Narimane Fradji, autrice de Analyse transcriptomique de deux souches fongiques québécoises Inonotus obliquus et Armillaria sinapina. (Thèse de doctorat. Université du Québec à Trois-Rivières, 2019) :
"Le chaga se trouve dans les forêts tempérées du subarctique d'Amérique du Nord et d'Eurasie. On le trouve notamment au Canada, au nord des États-Unis, au Kazakhstan, en Sibérie, en Ukraine, au Japon, en Corée du Sud, en Chine, ainsi qu'au nord et à l'est du continent européen (Géry et al. 2018a ; Mishra et al. 2013 ; Lee, Hwang, and Yun 2009). Ce champignon se distingue des autres en raison de sa forme de conque. Celle-ci est constituée de bois et de mycélium qui se forme sur le bouleau après infection, due à une croissance invasive du champignon (Glamoclija et al. 2015a). La littérature rapporte que les extraits de chaga ont souvent été utilisés en médecine traditionnelle notamment en Chine, en Corée, en Russie et dans les pays baltes en raison de leurs activités présumées antibactériennes, hépatoprotectrices, anti-inflammatoires, antitumorales et antioxydantes, ainsi que comme agent gastroprotecteur et hépatoprotecteur. Ces propriétés ont été confirmées par plusieurs récentes qui ont démontré le potentiel thérapeutique des molécules bioactives présentes dans Inonotus obliquus pour prévenir et guérir le cancer, les maladies cérébrales, vasculaires, etc. Il a été démontré que les extraits de chaga avaient un effet cytotoxique sur les cellules cancéreuses de la lignée PLP2 U251, ainsi que sur d'autres lignées cellulaires cancéreuses et qu'ils ont des effets inhibiteurs sur la prolifération des cellules cancéreuses du côlon. De plus, des études in vitro ont montré que les extraits de chaga étaient non-toxiques et surtout avaient des activités antivirales, antioxydantes, et anti-inflammatoires. Une mise en lumière de propriétés protectrices de type probiotiques dans la fraction mélanine de chaga in vitro a également été réalisée (Hu, Teng, et al. 2017 ; Glamoclija et al. 2015a ; Parfenov et al. 2019 ; Mishra et al. 2013 ; Lee et al. 2009 ; Youn et al. 2009 Duru et al. 2019 ; Lee et al. 2019 ; Zhao et al. 2018 ; Rzymowska 1998)."
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Usages traditionnels :
Selon le site Aujardin.info :
"Le Chaga était traditionnellement utilisé par les paysans en Russie, broyé et infusé il remplaçait le thé. L'écrivain russe Alexandre Soljenitsyne cite cette utilisation dans son livre « Le pavillon des cancéreux », en 1963. Les taux de cancer dans ces populations consommant ce Polypore paraissant nuls, ses propriétés anti-tumorales en auraient alors été déduites."
Dans L'univers des champignons (Éditions des Presses de l'Université de Montréal, 2012) de Jean Després, on apprend un usage alimentaire similaire à celui constaté en Russie :
"Le Polypore oblique ou chaga (Inonotus oliquus) est bouilli par les Cris de l'Ouest du Canada pour en tirer une boisson."
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D'après G. Gaudreau, A. Ribordy, F. X. Ribordy & M. Tremblay, auteurs de "Fomes fomentarius." (in Acfas-Sudbury, 2005) :
"Précisons enfin que plusieurs polypores ont servi à allumer et à préserver le feu. Il faut nommer plus particulièrement le polypore du bouleau (piptoporus betulinus), le polypore oblique (inonotus obliquus) et le ganoderme aplani (ganoderma applanatum). Il semble néanmoins qu’en Europe, ce soit le fomes fomentarius qui ait été le plus utilisé."
Dans un article intitulé "Évaluation des méthodes d’obtention de feu en situation de survie en forêt boréale." (Environnement, Risques & Santé, 2019, vol. 18, no 2, p. 160-170), Manu Tranquard confirme cet usage du polypore oblique :
"Les amadous naturels utilisés – i.e. les matériaux combustibles servant à l’allumage initial d’un feu – ont été les suivants : champignon chaga (Inonotus obliquus), écorce de bouleau blanc (Betula papyrifera Marshall), fibre d’écorce de thuya occidental (Thuja occidentalis L.), ces espèces étant présentes en foret boréale."
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Littérature :
Dans l’ouvrage Le Pavillon des cancéreux (Éditions , 1968) de Andréï Soljenitsyne, un certain docteur Vera Kornilievna Gangart découvre l’usage que le paysan ouzbek fait du champignon chaga dans une région du monde où pour ainsi dire le cancer ne sévit pas :
"— Dites voir, camarade, murmura le type aphone qui occupait le lit de Diomka, vous aviez commencé à nous parler de ce champignon qui pousse sur les peupliers...
[...]
« Camarades, camarades ! disait-il d’une voix rauque et qui faisait mal pour lui. Plus de ces horreurs ! Nous sommes assez anéantis par nos maladies ! Mais vous, camarade... — et il s’avança encore entre les lits, tendant une main presque implorante (l’autre était pressée contre sa gorge) vers Kostoglotov ébouriffé et juché sur son rebord de fenêtre, comme vers une divinité — vous, camarade, vous aviez commencé a nous dire des choses si intéressantes sur ce champignon des peupliers. Continuez donc, s’il vous plait !
— Vas-y, Oleg, continue ton histoire de champignon », demanda Sigbatov en se joignant a cette prière.
Même le Coréen Ni, a la peau cuivrée, et qui avait tant de peine a remuer sa langue, dont une partie avait disparu avec le précédent traitement, tandis que le reste était maintenant tuméfié, même Ni joignit ses balbutiements informes a cette prière.
Et les autres aussi imploraient.
[...]
« Raconte tout dans ordre, Oleg ! » demanda Sigbatov avec un pauvre sourire d’espoir.
Quelle envie il avait de guérir ! en dépit d'un traitement accablant, qui durait des mois et des années et qui, de toute évidence, était sans espoir — guérir ! guérir comme ¢a, tout a coup, et définitivement ! Guérir cette plaie dans le dos, se redresser, marcher d’un pas décidé, se sentir à nouveau viril et jeune! Bonjour, docteur Dontsova ! Vous voyez, je suis guéri !
Comme tous les autres, il avait envie d’entendre parler du médecin-miracle et de son reméde, inconnu des médecins d’ici.
Qu’ils en conviennent, ou qu’ils le nient, tous, tant qu’ils étaient, croyaient au fond de leurs âmes, que le médecin-miracle ou quelque rebouteux, ou encore quelque bonne femme guérisseuse, existait bel et bien quelque part et qu’il suffisait de savoir où, de se procurer leur remède, et ils seraient sauvés... ! -
C’était impossible, ca n’était vraiment pas possible que leur vie fut condamnée !
Nous avons beau nous moquer des miracles tant que nous sommes en bonne santé, en pleine force et en pleine prospérité, en fait, dès que la vie se grippe, dès que quelque chose l’écrase et qu'il ne reste plus que le miracle pour nous sauver — eh bien, ce miracle unique, exceptionnel, nous y croyons !
Et Kostoglotov, qui faisait sienne l’interrogation avide de ses camarades qui l’écoutaient, tendus de tout leur être, se mit à parler avec emportement et même il croyait davantage à ce qu'il disait en cet instant qu'il n’avait cru à la lettre lorsqu’il l’avait lue pour lui-même.
« Si tu veux tout savoir depuis le début, Charaf, eh bien, voilà ! Du docteur Maslennikov, je savais par le malade dont je vous ai parlé que c’était un ancien médecin de zemstvo, du district d’Aleksendrov, près de Moscou. Que pendant des dizaines d’années, il avait exercé dans le même hôpital (c’était la coutume, autrefois). Et qu'il avait remarqué que, bien qu’on parlât de plus en plus du cancer dans les revues de médecine, lui, il n’avait jamais de cancers chez les paysans qu'il soignait. Pourquoi donc ? » [...]
« Il se mit à chercher, il se mit à chercher, répétait Kostoglotov qui, ordinairement, ne répétait rien, mais y trouvait maintenant du plaisir, et il découvrit la chose suivante : c’est que, dans sa localité, les paysans, pour faire des économies sur le thé, avaient coutume de faire infuser non du thé, mais un champignon de bouleau appelé « tchaga ».
— Ah oui ! interrompit Poddouiev, c'est le mousseron des bouleaux. » (Car même le désespoir auquel il s’était lui-même condamné et dans lequel il s’était enfermé ces jours derniers, même un tel désespoir ne résistait pas à cette lumiére qu’était la promesse d’un remède si simple et si accessible.)
Ici, tous ceux qui les entouraient étaient des méridionaux. Non seulement ils n’avaient jamais vu de mousseron, mais encore jamais aperçu de vrai bouleau, et, par conséquent, ils étaient bien incapables de comprendre ce dont parlait Kostoglotov.
« Non, Ephrem. Ce n’est pas le mousseron. D’ailleurs, ce n’est même pas un champignon, c’est le cancer des bouleaux. Si tu te rappelles, on trouve sur les vieux bouleaux des sortes de... on appelle ca des verrues ; ce sont d’horribles excroissances, on dirait des sortes d’échines, c’est noir par-dessus et marron à |’intérieur.
— Alors, c’est l’amadouvier ? reprenait Ephrem. Autrefois, c’est avec lui qu’on faisait du feu.
— Peut-étre bien. En tout cas, Maslennikov eut l’idée Suivante : est-ce que ce n’était pas cette « tchaga » qui depuis des siècles immunisait les paysans russes contre le cancer, sans qu’eux-mémes le sachent ?
— Autrement dit, ils font eux-mêmes leur propre prophylaxie », lança le jeune géologue, avec un hochement de tête approbateur. On l’empêchait de lire depuis le début de la soirée, mais c’était une conversation qui en valait la peine.
« Seulement, c’était pas suffisant de deviner, vous comprenez, il fallait tout vérifier. Il fallait passer encore des années et des années à observer ceux qui buvaient cet ersatz de thé et ceux qui n’en buvaient pas. Et puis, il fallait aussi faire boire la drogue à ceux qui avaient des débuts de tumeur, autrement dit, prendre sur soi de les priver des autres remèdes. Et puis encore décider, à l’aveuglette, à quelle température faire infuser la drogue, à quelle dose l’administrer, s'il fallait faire bouillir ou non, combien de verres en boire, et s’il n’y aurait pas des conséquences néfastes, et à quel genre de tumeur cela convenait davantage... Tout cela lui a demandé...
— Mais maintenant ? maintenant ? » s’inquiétait Sigbatov.
[...]
« Mais est-ce que ce traitement est reconnu ? A-t-il été approuvé par une quelconque instance ? »
Du haut de son rebord de fenêtre, Kostoglotov répondit avec un sourire :
« Pour ce qui est des instances, je n’en sais rien. La lettre (il agita dans l’air une petite feuille jaunâtre, — couverte d’une écriture serrée, a l’encre verte), la lettre est du genre précis : comment s’y prendre pour piler et dissoudre le produit. Mais, à mon avis, si la chose était déjà reconnue par les différentes instances, les infirmières nous auraient déjà distribué nos rations du breuvage. I] y aurait un tonneau dans l’escalier. Et ça ne serait pas la peine d’écrire à Aleksandrov.
[...]
Kostoglotov, lui-même, qui était à l’origine de tout cela, n’avait, néanmoins, personne à qui s’adresser en Russie pour chercher ce champignon. Les uns étaient déjà morts, les autres dispersés ; il y en avait d’autres encore à qui il était délicat de s’adresser ; et puis d’autres qui étaient des citadins bornés, qui ne sauraient jamais trouver cette sorte de bouleau et encore moins la « tchaga » sur le bouleau. La plus grande joie qu'il pût imaginer à présent, c’était de partir lui-même, comme un chien malade qui va en quête de l’herbe inconnue qui le sauvera, de partir pour plusieurs mois dans le fond des forêts, d’arracher cette « tchaga » des troncs, de la piler, de la faire cuire sur des braseros, de la boire et de guérir comme un simple animal. Errer des mois entiers dans la forêt et ne pas connaitre d’autre souci que celui-ci : guérir.
[...]
Kostoglotov replia bruyamment la lettre et ajouta : « Il mentionne aussi qu’il existe de soi-disant préparateurs de « tchaga », tout bonnement des gens entreprenants qui en font la cueillette, la sèchent et l’expédient contre paiement. Seulement, ils prennent cher : quinze roubles le kilo et il en faut six kilos par mois.
[...]
« Je voudrais encore vous demander ceci, Léon Leonidovitch, avez-vous entendu parler du champignon de bouleau, de la tchaga ?
— Oui, confirma volontiers ce dernier.
— Et qu’en pensez-vous ?
— C'est difficile à dire. J’admets que certains types de tumeurs locales puissent y être sensibles. Celles de l’estomac, par exemple. A Moscou, en ce moment, on ne parle que de ça. On dit que dans un rayon de deux cents kilomètres il n’y a plus moyen d’en trouver, toutes les forêts ont été ratissées. »"
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