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Le Chapeau de Sorcière




Autres noms : Gymnopilus junonius - Flammule remarquable - Gros Jim - Gymnopile remarquable - Pholiote remarquable -




Mycologie :


Steve Andrews, auteur de Herbs of the northern shaman. (John Hunt Publishing, 2010 - traduction personnelle) précise les vertus hallucinogènes du chapeau de sorcière :


Le "Grand Jim qui rit" est un champignon psychoactif largement répandu qui pousse en grappes sur des arbres en décomposition, de vieilles souches de feuillus ou de conifères voire directement sur le sol, à partir de bois enterré. On le trouve du début de l'été jusqu'aux premières gelées.

Le "Grand Jim qui rit" contient des quantités variables de psilocyne et de psilocybine, qui provoquent une intoxication hallucinogène. Au Japon, om il est connu sous le nom de « waraitake », ce qui signifie "le champignon qui fait rire". On dit qu'il aurait poussé un groupe de religieuses et de prêtres bouddhistes, qui avaient mangé par erreur un peu de ce champignon, à rire et à danser autour d'une ville. Le chapeau de ce champignon mesure de 7 à 42 cm de diamètre, est convexe, de couleur orange vif, brun orangé ou brun rougeâtre et a une surface sèche et écailleuse. Ses spores sont de couleur rouille, il a un goût amer, se colore de rouge avec de l'hydroxyde de potassium et devient vert lorsqu'il est cuit à la poêle.

On dit que les spécimens de ce champignon qui proviennent de l'est de l'Amérique du Nord ou du Japon sont davantage susceptibles de contenir de la psilocybine que les champignons similaires trouvés dans l'ouest des États-Unis ou en Europe.

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Usages traditionnels :


Selon Aymon de Lestrange, auteur d'un article intitulé « De l’usage de quelques plantes hallucinogènes chez les voyageurs, les écrivains, les artistes et les médecins (in « Addictions : drogue, création, conscience augmentée », n° spécial de la revue Inter : art actuel (Québec), n°123, mai 2016, pp. 43-47) :


 En Chine et au Japon est attesté l’usage très ancien de “champignons qui font rire” dénommés xiaojun en Chine et waraitake au Japon. La plus ancienne mention en Chine date du IIIème de notre ère, elle est due à l’écrivain chinois Zhang Hua dans son recueil de contes Bowuzhi (Recueil de divers sujets). Au Japon, on les trouve mentionnés au XIème siècle dans un recueil de contes le Konjaku Monogatarishū (Recueil de contes du passé). Selon les botanistes il s’agirait de variétés de champignons hallucinogènes de type Gymnopilus junonius (ou Spectabilis) ou Panaeolus papilionaceus (ou campanulatus).

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Symbolisme :


Selon les recherches de Carole Chauvin-Payan qu'elle communique dans le préprint de l'article intitulé "Les noms populaires des champignons dans les populations européennes mycophobes" (Quaderni di Semantica, Perspectives de la sémantique, 2018, pp. 159-189) :


Selon Ginzburg et Klaniczay les démons et les magiciens ont fait partie des mêmes systèmes et croyances archaïques qui ont précédé et déterminé à divers égards la sorcellerie européenne. Les démons ont pu être appréhendés par la suite comme des sorciers noirs et les magiciens comme des sorciers blancs. Les sorciers blancs, chamans ou guérisseurs, étaient à la fois estimés et craints par les populations locales. Ils pouvaient être estimés de par leur connaissance des végétaux et des animaux qui leur donnaient la capacité de soigner les habitants, mais ils étaient surtout très craints de par leurs pratiques de guérison et de par leur médication qui contenaient des substances végétales ou animales vénéneuses et dangereuses pour l’homme. La crainte et la méfiance des habitants vis-à-vis des guérisseurs et de leurs pratiques se sont manifestées au travers de la nomination du champignon.

[...]

Si les termes sorcière ou diable sont utilisés dans certaines dénominations de champignon du fait de leur forme, couleur et odeur, il arrive souvent que les sorcières, démons ou diables apparaissent dans les dénominations de champignons lorsqu’ils font partie de la pharmacopée des guérisseurs. [...] Si l’on s’appuie sur les craintes populaires et sur la condamnation de l’église concernant l’emploi de substances dangereuses et les personnes administrant ces substances, on peut comprendre l’utilisation des désignations Chapeau de sorcière pour nommer le champignon.

[...]

C’est par la succession de ces différents événements que les attitudes mycophobes seraient apparues et de là l’utilisation de désignations péjoratives et offensantes où sorcières, démons ou diable interviennent telles que Chapeau de sorcière, Lanterne du diable, Pan de demonio. Pour nommer les champignons vénéneux ou l’ensemble des champignons, les populations européennes mycophobes ont très souvent désigné le champignon par des tabous linguistiques selon la conception de Frazer [1898]. La dangerosité, la vénénosité du champignon ne sont pas nommées, mais sont suggérées par l’emploi de termes liés aux excréments tels que pisse ou merde ou par l’emploi d’anthroponymes liés à la sorcellerie. L’utilisation de ces anthroponymes correspondrait au stade ‘anthropomorphique chrétien’ [Alinei : 1983]. Leur 16 présence dans les noms des champignons montre l’influence que la religion chrétienne a eu chez certaines populations européennes quant à l’appréhension des rites et des personnes utilisant les champignons.

 

La glande surrénale droite est parfois appelée « chapeau de sorcière » ou encore « chapeau de gendarme », elle est de forme pyramidale et chapeaute le pôle supérieur du rein. On peut supposer que l'analogie formelle soulignée par la dénomination vernaculaire, pourrait permettre, en vertu de la loi traditionnelle des signatures, d'établir un lien symbolique entre le champignon qui fait rire et la surrénale droite.

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