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  • Anne

La Tête-de-Moine




Étymologie :


Selon Lyra Ceoltoir autrice d'un Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) :


Sa tête est-elle en pente ou en entonnoir ? C'est en tout cas le débat entre les deux noms de genre de ce charmant champignon, puisque ce sont respectivement les significations de « clitocybe » et d'« infundibulicybe ». Depuis 2003, le champignon a en effet été renommé sois l'impulsion d'un mycologue finnois, Harri Harmaja. De « pentu » (du grec klitys, « pentu, penché » et kybé, « tête », à cause de ses lames inclinées), voilà notre clitocybe passé en entonnoir (infundibulum, en latin). Quant à « geotropa », il vient du grec, désignant « la terre », et tropos « la direction » (de tropê, « se retourner »). Une tête penchée vers la terre, un entonnoir dirigé vers le sol ? Il y a de quoi s'emmêler les pinceaux... ou plutôt se prendre la tête.


Autres noms : Infundibulicybe geotropa ; Clitocybe géotrope ; Mousseron (Besançon) ;

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Mycologie :


Lyra Ceoltoir décrit ainsi le Clitocybe géotrope dans son Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) :

Vie de champignon : Pour ne rien arranger, ce champignon est si différent au stade juvénile et à l'âge adulte qu'on a parfois cru qu'il s'agissait de deux espèces différentes ! A la naissance, son chapeau, qui atteint 8 à 20 centimètres de diamètre à maturité, épouse une forme de cloche avec un large mamelon, d'où son surnom de « tête-de-moine », le juvénile évoquant la tête tonsurée d'un religieux. En grandissant, celui-ci se retourne presque comme une chaussette, en se déprimant. Le mamelon se retrouve alors au fond d'une forme en entonnoir. sa marge enroulée finit par se relever en ondoyant, lui donnant une silhouette particulièrement élégante. La surface du chapeau est lisse, de teps en temps légèrement feutrée, crème ou beige, oscillant souvent vers le brun clair cannelle ou l'ocre pâle. Ses lames, d'un beige crème, sont fines et forcément décurrentes, serrées et inégales. Son pied épouse la forme d'un quille dans sa jeunesse avant de s'affiner en s'élançant au fil de sa croissance pour mesurer de 6 à 15 centimètres de haut sur 1 à 3 de diamètre. Presque cylindrique, il devient spongieux avec l'âge, mais reste épais et fort, d'une couleur analogue à celle du chapeau. Sa chair blanche, dense et ferme, dégage une odeur assez agréable, évoquant l'herbe coupée ou de foin, qui peut s'avérer écœurante.

Il pousse en automne, parfois tard dans la saison (du moins, jusqu'aux premières gelées), tant dans les prés que les bois clairs de feuillus et les clairières aérées, où il lui arrive de former les fameux ronds de sorcière. Comestible, il n'est pas particulièrement inoubliable et peut se révéler coriace, raison pour laquelle on ne choisit que les sujets jeunes (avant que leur chapeau ne se retourne), dont on ôte le pied.

Il est si strict, si droit dans son maintien qu'on le croirait au garde-à-vous. Certains artistes, le peintre Roland Cat en tête, dans son tableau La Maison vide (1983), l'ont pour cette raison immortalisé dans leurs œuvres, tant sa silhouette est reconnaissable. Toutefois, c'est sa tendance à former des ronds de sorcière qui fait sa renommée. On le dit alors tabouret pour les fées et les sorcières venues la nuit danser leurs folles sarabandes ; après tout, il faut bien qu'elles reposent leurs pieds fatigués !

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Symbolisme :


Dans son Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) Lyra Ceoltoir rend compte de son expérience magique avec les champignons :


Dans le Chaudron : Les spécimens adultes les plus creusés font de merveilleux calices improvisés pour les rituels sauvages. Il suffit de remplir délicatement le chapeau d'eau, et voilà une coupe forestière parfaite (1). Pour cette raison, on associe volontiers le clitocybe géotrope à l'élément Eau et à ses diverses attributions : intuition, sentiments, émotions, mais aussi passage vers les autres mondes, en particulier le royaume des esprits.

Sa propension à former des ronds de sorcière renforce d'ailleurs cette dernière association, puisque ces formations circulaires sont souvent considérées elles-mêmes comme des lieux de passage, des espaces entre les mondes. Le clitocybe géotrope est donc un champignon tout indiqué pour toutes les formes de magie liminale, ainsi que pour le travail avec les fées et les esprits des lieux. Ramassé sur un rond de sorcière, il apporte également puissance et vitalité accrues à tout charme auquel on l'incorpore. Une vraie dose de vitamine C magique !

Le Message de l'Autre Monde : « Je suis le cercle, je suis la porte. Je suis l'étape par laquelle il te faudra passer si tu veux pénétrer les mystères de l'univers. Ce ne sera pas facile, je ne te le cache pas, et, comme moi, tu devras te métamorphoser, entreprendre une profonde transformation qui te mettra littéralement la tête à l'envers. Il te faut changer de point de vue, apprécier le monde à travers d'autres yeux que ceux que la nature a creusés sur ton visage, et accepter que ce que tu vois n'est pas nécessairement la vérité. Du moins, pas la vérité tout entière. N'aie pas peur, mais ne fonce pas la tête baissée non plus. Ce passage demande du temps, de l'humilité et un profond respect. Commence par tenter de t'en montrer digne, et bientôt, les signes te montreront la voie. »


Sortilèges. Les quatre Éléments : Trouver son Équilibre

Lors d'une célébration forestière, ramassez une jolie pierre ou une plaque de mousse (pour la Terre), une plume perdue par un oiseau (pour l'Air), un morceau de silex ou d'amadouvier (pour le Feu) et installez-vous à proximité d'un grand pied de clitocybe géotrope (pour l'Eau), que vous laisserez en terre pour vous en servir de calice. Installez-vous de manière à placer le champignon à l'ouest par rapport à votre position et remplissez délicatement son chapeau d'un peu d'eau. Disposez la pierre ou la mousse au nord, la plume à l'est, le silex ou l'amadou au sud.

Appelez les éléments de la façon qui vous parle le plus (en invoquant les élémentaux, les Seigneurs des Tours de Garde (2) ou simplement les vertus des points cardinaux (3) à votre convenance), de préférence en traçant un cercle widdershins (pour la même raison que dans le rituel précédent) et installez-vous confortablement au centre du cercle que vous venez de tracer. Sentez le ciel au-dessus de vous, le sol en dessous, les deux reliés par les troncs et les branches des arbres qui vous entourent comme autant de gardiens protecteurs.

Respirez profondément en chassant progressivement les pensées parasites qui peuvent surgir dans votre esprit. Prenez votre temps. Une fois que vous vous sentez réellement ici et maintenant, levez un bras vers le ciel, plaquez l'autre main sur le sol et sentez la connexion entre ces deux espaces e a priori distincts, mais en réalité étroitement mêlés. Vous vous tenez au milieu de ces mondes, à la frontière entre les royaumes, et y marchez comme un funambule, ni totalement ici ni totalement là-bas. Telle est votre place, tel est votre rôle. honorez le par une prière ou une déclaration de votre invention, en utilisant votre nom de sorcier, si vous en avez un.

Tendez l'oreille, mais pas celle de votre tête. Ouvrez l'œil, mais pas l'un de ceux de votre visage. Percevez ce que vos sens habituels ne parviennent à sentir, et laissez parler votre intuition. Peut-être recevrez-vous un message, peut-être pas ; peu importe. Vous êtes quoi qu'il en soit précisément là où vous devez être.

Remerciez les éléments et envoyez-les dans l'ordre inverse de leur appel. Laissez les objets là où vous les avez disposés sur le sol et partez marcher quelques instants dans la forêt avant de rentrer vous ancrer chez vous.

Notez précieusement vos rêves dans les nuits à venir. Certains pourraient bien s'avérer riches en symboles et en révélations.

Le Rond de sorcière : Si vous avez la chance de tomber sur un rond de sorcière tracé par des clitocybes géotropes, faites neuf circumambulations le long de son pourtour externe dans le sens inverse des aiguilles d'une montre (« widdershins »), pour signifier que l'espace intérieur appartient à un autre monde et à se détacher donc du nôtre tant sur le plan physique que spirituel et temporel.

Avec grand respect, agenouillez-vous au bord du cercle et demandez la permission de cueillir quelques champignons (jamais plus de neuf). Si cette permission vous est accordée, récoltez les Clitocybes et adressez une généreuse offrande à la Terre pour son sacrifice, que vous répandrez là encore sur le cercle extérieur. N'entrez pas à l'intérieur du cercle, en signe de respect ; du moins, pas le premier jour. Si vous souhaitez pratiquer la magie à l'intérieur, revenez plusieurs jours de suite (au moins trois) en signe de dévotion et pour montrer votre motivation : oui, entrer dans un rond de sorcière se mérite.

Faites sécher les champignons au four ou à l'air libre, près d'une source de chaleur, et utilisez-les pour tracer de puissants cercles magiques lors de vos rituels ou pour dynamiser vos sortilèges, en ajoutant une pincée de champignons séchés à vos sachets, potions, charmes et préparations. Utilisez-les avec sagesse et parcimonie. Il ne faut jamais abuser des bonnes choses !


Notes : 1) Pour un usage rituel, naturellement. Pas question de boire dans un champignon, pour des raisons d'hygiène évidentes.

2) Dans certaines traditions de magie cérémonielle, les points cardinaux sont gouvernés par des entités astrales appelées Seigneurs des Tours de Garde, hérités des traditions de la kabbale.

3) Il s'agit des qualités que l'on attribue traditionnellement aux points cardinaux : par exemple stabilité pour la Terre, émotion pour l'Eau, communication pour l'Air et vitalité pour le Feu. Les traditions et perceptions sont multiples et propres à chacun.

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Voir aussi : les Ronds de sorcière ;

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