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  • Anne

L'Amanite panthère



Autres noms : Amanita pantherina ; Agaric dartreux ; Agaric panthère ; Crapaudin gris ; Fause golmelle ; Fausse golmotte ; Faux missie (Lorraine) ; Grapaoudin gris (Hérault) ; Lera negra (Nice) ;



Mycologie :


Lyra Ceoltoir décrit ainsi l'Amanite panthère dans son Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) :

Il suffit de jeter un coup d'œil à son chapeau pour comprendre ce qui lui a valu son nom : d'un beau brun tirant parfois sur le gris, il est parsemé de flocons blancs qui ne sont as sans évoquer, en effet, le pelage moucheté d'une panthère. Cette particularité rend l'amanite panthère extrêmement difficile à repérer sur le sol des sous-bois, où elle sait se camoufler aussi efficacement que le félin homonyme.


Vie de champignon : L'amante panthère pousse de la fin de l'été jusqu'à la fin de l'automne, de préférence sous les feuillus, même si elle ne dédaigne pas les conifères. Son apparence est assez proche de celle de sa cousine, l'amanite tue-mouches (Amanita muscaria), mais elle s'en distingue par un chapeau qui, outre sa couleur différente reste toujours convexe. D'une dizaine de centimètres de diamètre, il est parsemé de « flocons » blancs, qui ne changent jamais de couleur. Ce sont les résidus de la volve dans laquelle le champignon a commencé sa vie, comme toutes les amanites. Alors que les autres espèces voient leurs « pois blancs » tourner au jaunâtre ou au brun-gris avec l'âge, ceux de l'amanite panthère restent d'un blanc pur jusqu'à sa décrépitude. C'est d'ailleurs l'un des critères qui permettent de la distinguer de ses cousines, comme l'amanite épaisse (Amanita spissa) ou l'amanite rougissante (Amanita rubescens). Son pied, de 8 à 12 centimètres de haut en moyenne, est blanc, de même que ses lames et son anneau.

Sa toxicité est assez proche de celle de l'amanite tue-mouches, quoique plus violente, puisqu'elle contient jusqu'à trois fois plus de toxines qu'elle. Les cas de mortalité sont rares, mais les dégâts sur l'organisme peuvent être dramatiques : son poison agit très rapidement, environ une demi-heure après l'ingestion, et provoque des douleurs abdominales, des troubles digestifs très violents, une sensation d'ivresse accompagnée de délires psychotropes dissociatifs (furieux ou joyeux, selon les sujets) sous l'action de l'acide iboténique et du mucimole. Si elle fut parfois utilisée comme hallucinogène dans un but chamanique de transe extatique, peu furent ceux qui réitérèrent l'expérience, tant l'empoisonnement est chaotique. Mieux vaut donc la laisser loin de nos assiettes !

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Symbolisme :


Carole Chauvin-Payan dans le préprint de l'article intitulé "Les noms populaires des champignons dans les populations européennes mycophobes" (Quaderni di Semantica, 2018, Prospettive della semantica / Perspectives on Semantics / Perspectives de la sémantique / Perspectivas de la semántica, pp.159-189 ) rend compte de l'aversion ressentie envers certains champignons :


En Espagne un certain nombre de dénominations issues de la forme latine CACĀRE "chier" sont présentes. [...] La forme linguistique Cacaforra attestée en Galice est construite à partir de CACĀRE et de forrar "tapisser un mur", peut être comprise comme « fourreau de merde ». Cette forme est utilisée pour désigner l’ensemble des amanites. Ainsi, l’amanite panthère AMANITA PANTHERINA est nommée Cacaforra marxa ; l’amanite jonquille AMANITA GEMMATA est nommée Cacaforra dourada ; l’amanite printanière AMANITA VERNA se nomme Cacaforra branca ; l’amanite phalloïde est nommée Cacaforra da morte. Ces différentes désignations nommant les champignons par le terme "merde" sont très péjoratives et sont, à notre sens, le reflet d’une attitude très mycophobe. Selon Pavlovna et Wasson [in Lévi-Strauss, 1973 : 265], nos attitudes d’attraction ou de répulsion vis-à-vis des champignons reflèteraient de très anciennes traditions, remontant aux temps néolithiques, voire même aux temps paléolithiques. Ces anciennes traditions auraient d’abord été refoulées par les invasions celtiques et germaniques, puis par l’arrivée du christianisme. Ces changements successifs ont très certainement amené l’apparition de nouvelles dénominations faisant intervenir les démons, les sorcières ou le diable.

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Dans son Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) Lyra Ceoltoir rend compte de son expérience magique avec les champignons :


Le Message de l'Autre Monde : « Je suis le sauvage. Tu me crains, n'est-ce pas ? tu as raison. Je suis un félin invisible sous les frondaisons, un prédateur qui rôde, silencieux et furtif, attentif, à l'affût. Néanmoins, je ne suis pas un danger pour toi si tu sais te rappeler que tu es toi-même un prédateur. Vois comme les animaux fuient à ton approche. Bois comme les oiseaux se taisent au son de ta voix. Vois comme il est difficile pour toi d'approcher la biche au fond des bois. Tu ne leur veux pas de mal, pourtant. Tu viens en ami, je le vois bien. Je suis ainsi, moi aussi. Peut-être devrais-tu tenter de marcher dans d'autres traces que les tiennes, abandonner tes chaussures d'homme pour les sabots fendus d'un chevreuil ou les griffes acérées d'un écureuil. Après tout, c'est ainsi que l'on apprend. »


Dans le chaudron : Son nom, son aspect et sa toxicité la lient au Sauvage, et elle peut ainsi être employée, en magie, pur le travail avec les esprits animaux (la fameuse animal-ombre en tête), mais aussi pour entrer en contact avec les esprits forestiers, naturels, des lieux, des guides spirituels, etc. (en somme, tous ceux qui sont en connexion profonde avec la Terre et les instincts primaires), ou les honorer. Il serait naïf et imprudent de l'utiliser à outrance ; elle reste le fauve des champignons, et, en tant que tel, est plutôt incontrôlable, d'un usage délicat et mérite respect et prudence. Pour cette raison, elle est déconseillée aux débutants, et on ne saurait trop recommander de prendre le temps d'apprendre à la connaître et à la comprendre avant de l'approcher, notamment à cause de sa tendance à faire ressortir chez celui qui l'utilise ses instincts les plus bas, ses pulsions, son côté brut, y compris et surtout quand on préfère les occulter... Soyez donc bien certain d'être prêt à faire face à votre ombre, car vous prenez le risque de ne pas aimer ce que l'amanite panthère vous mettra sous les yeux !


Cela dit, utilisée avec sagesse et parcimonie, elle est une alliée de choix sur la voie de la découverte et de la connaissance de nos aspects sauvages justement ; de nos ombres, du travail que nous pouvons mener sur notre inconscient et notre animalité, sur les facettes de notre personnalité refoulées par la société et la bien-pensance. En raison de sa toxicité, qui diminue un peu à la dessication, on ne l'emploie que séchée, par exemple dans la composition de sachets charmes ou de fumigations, avec toujours énormément de prudence : on en met très peu et on l'utilise uniquement en extérieur, surtout pas par voie orale. S'empoisonner pour provoquer des hallucinations délirantes n'a jamais fait évoluer personne positivement !


Sortilège : La panthère sous l'oreiller : Pour aider à découvrir son animal-ombre

Lors d'une balade en forêt, cueillez une petite amanite panthère que vous aurez dénichée sans la chercher. Oui, c'est difficile, mais le travail sur l'animal-ombre (1) demande de se détacher de son égo. Le meilleur moyen d'y parvenir est ainsi de ne pas avoir d'attentes, d'espoirs ou de fantasmes. Vous devez donc renoncer à trouver une amanite pour que sa magie suive le droit chemin. Ce rituel sera totalement imprévisible et peur prendre plusieurs années avant d'être possible. Peu importe : votre amanite se manifestera à vous quand vous serez prêt à la recevoir, pas avant. Si, un jour, alors que vous étiez plutôt en quête d'une famille de trompettes-de-la-mort pour vous mitonner une petite omelette, sans penser à rien d'autre qu'à votre estomac, et que vous tombez fortuitement sur une amanite panthère alors que vous étiez à mille lieues de songer à votre animal-ombre à cet instant, c'est que le moment est venu.

Cueillez-la avec respect, remerciez-la par quelques mots de gratitude et une offrande appropriée (libation, de votre boisson ou votre sang, cheveux de votre tête...) De retour chez vous, disposez-la sur un papier absorbant propre sur un radiateur et laissez-la sécher quelques semaines, en l'oubliant soigneusement.

Une fois qu'elle sera bien sèche, glissez-la dans un sachet de soie noire que vous aurez cousu vous-même (le plus simple fera l'affaire) et placez le tout sous votre oreiller. Récitez en boucle dans votre esprit une incantation jusqu'à vous endormir :


Panthère, Panthère, révèle-moi

L'animal-ombre qui suit mes pas.


Notez bien vos rêves à votre réveil, ils contiendront des indices au sujet de l'identité de votre animal-ombre (voire, vous le révèleront directement). Vous pouvez réitérer le rituel si vous ne parvenez pas à vous souvenir de vos rêves lors de la première nuit.

Si vous avez le moindre doute, rappelez-vous que l'on aime rarement son animal-ombre au premier abord et qu'il nous déçoit souvent. Rien de plus normal, quand on sait que l'on s'aime soi-même généralement assez peu pour se trouver irréprochable. Faites des recherches sur l'animal qui vous sera révélé, regardez des documentaires, essayez de vous en rapprocher ; vous apprendrez énormément de choses sur vous-même.


Note : 1) L'animal-ombre est la représentation allégorique et métaphorique de l'être profond d'un individu sous la forme d'un animal , destiné à en incarner et représenter toues les facettes, bonnes comme mauvaises. Il est souvent appelé improprement « totem » dans la littérature New Age, mais ils 'agit d'une appropriation déformée et sélective d'une spiritualité amérindienne.

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