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Le Perfide

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • il y a 2 jours
  • 8 min de lecture



Étymologie :


  • ENTOLOMA : composition à partir du grec ancien ento ou endo ἐντό « en dedans, à l'intérieur », et loma, λῶμ(α), « frange ou bord, ourlet », soit « à marge involutée » (dans la jeunesse).


  • LIVIDUS : du latin lividus, « livide », pour rendre une couleur mêlée de grisâtre, de brunâtre et de bleuâtre.


  • JAUNET, -ETTE, adj. et subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1250 « légèrement jaune » (Doon de Mayence, 46 ds T.-L.); 2. a) 1539 jaulnet d'eau (L. Duchesne, In Ruellium de Stirpibus epitome, a Vijro); b) 1640 pop. « pièce d'or » (Oudin Curiositez). Dér. de jaune* ; suff. -et* ; cf. pour le sens 2b, l'a. fribourgeois janin (1420, doc. ds Gdf. t. 4, p. 640b).


Étymol. et Hist. 1. a) 2emoitié xes. perfides subst. c. suj. sing. « celui qui manque à sa parole » (St Léger, éd. J. Linskill, 153), attest. isolée ; à nouv. en 1611 subst. (Larivey, Fidelle III, 9, t. VI, p. 403) ; 1584 adj. (Ronsard, Discours de l'équité des vieux Gaulois, 13 ds Œuvres complètes, éd. P. Laumonier, t. 18, p. 75) ; b) 1653 spéc. la perfide Angleterre (Bossuet, Premier sermon pour la fête de la circoncision de N. S. prêché à Metz ds Œuvres, Versailles, 1816, t. 11, p. 469) ; av. 1817 la perfide Albion (Ximenez, L'Ere républicaine ds Poésies révolutionnaires et contre-révolutionnaires, Paris, 1821, t. 1, p. 160) ; 2. 1580 adj. « qui a le caractère de la perfidie » (Montaigne, Essais, I, 6, éd. P. Villey, p. 28 : perfide subtilité). Empr. au lat. perfidus « qui viole sa foi, trompeur (pers.); dangereux, non fiable (chose) », dér. de fides (foi*) au moyen du préf. per- indiquant ici la transgression, la déviation.


Lire également la définition des adjectifs substantivés jaunet et perfide afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Entoloma sinuatum - Entoloma lividum - Entolome livide - Faux meunier - Jaunet - Jaunet perfide - Videau -

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Mycologie :


Dans Champignons Magazine, un article du 29 octobre 2021, non signé, présente l'Entolome livide :


"On l’appelle parfois « Faux-Meunier », et pour cause : comme le comestible Clitopilus prunulus (de la même famille des Entolomataceae), il endosse un costume blanchâtre et sa chair exhale une odeur prononcée de farine. Son aspect charnu presque bonhomme cache pourtant un redoutable toxique, d’où son autre surnom de « Perfide ».


Une carrure de sportif dans un habit virginal soyeux, traînant derrière lui un parfum enjôleur. Du genre karatéka, et parfois même catcheur. Ses mensurations et ses qualités esthétiques séduisent mais c’est pour mieux tromper l’imprudent mycophage : l’Entolome livide est l’un des grands truands de nos sous-bois, l’un de ceux dont il faut absolument connaître les moindres manigances.

L’Entolome livide rôde assez souvent à la fin de l’été et jusqu’au milieu de l’automne dans les sous-bois de feuillus, notamment de Chênes et de Hêtres, sur les sols à teneur marquée en calcaire. Certaines années, il survient en troupes massives, comme pour mieux haranguer le promeneur qui pourrait se laisser convaincre par une telle prodigalité. La densité de sa blanche chair est tentante, tout comme la jolie teinte de ses lames échancrées et assez espacées, passant d’un jaune de beurre dans la jeunesse à un rose saumon au temps de la sporulation.


Sinistre réputation : Son chapeau arbore de fines fibrilles grises, parfois si denses qu’elles dessinent des ombres vernissées, au moins par plages. Changeant considérablement de forme au fil de la croissance du champignon, ce chapeau conserve toujours un aspect bossu. Généralement blanchâtre, ou disons beige, la cuticule se craquèle souvent en archipels grossiers par temps sec. Avec l’âge, l’entièreté du champignon peut jaunir. D’où l’un de ses noms vernaculaires de Jaunet. La littérature ancienne rapporte également qu’on le surnommait jadis Videau : un nom à rapprocher du latin viduo, qui signifie « rendre veuve » ou « dépeupler une ville »… Les Américains ne s’y sont pas trompé non plus en l’appelant Lead Poisoner (Maître Empoisonneur). Vade retro, Satanas !


Dangereux pour le foie : L’Entolome livide est l’un des principaux responsables du syndrome résinoïdien. Cette intoxication, qui est aussi provoquée par le Clitocybe de l’Olivier (Omphalotus olearius), le Tricholome tigré (Tricholoma pardinum) et d’autres espèces d’Entolomes, se manifeste par des symptômes gastro-intestinaux sévères tels que vomissements violents et diarrhée aiguë. Le tableau clinique initial ressemble à celui de l’Amanite phalloïde. Ces symptômes surviennent à partir de 30 minutes après l’ingestion mais peuvent être retardés de six à huit heures. Ils sont parfois accompagnés de vertiges et de désordres nerveux. Une atteinte du foie (liver en anglais, ça ne vous rappelle rien ?) n’est pas à exclure. On surveillera donc, outre les risques de déshydratation importante, l’état des enzymes hépatiques, qu’il peut dégrader. On a décelé parmi les toxines du champignon des substances particulièrement irritantes pour le tube digestif, notamment des dérivés terpéniques; d’autres restent encore inconnues. Si la guérison survient généralement au bout de 5 à 6 jours, il faut savoir que l’Entolome livide a déjà causé la mort de personnes affaiblies ou âgées.

C’est le plus souvent avec le Clitocybe nébuleux (Clitocybe nebularis) qu’on confond l’Entolome livide. Les différences entre les deux champignons sont pourtant nombreuses. Le premier possède des lames serrées et plus ou moins décurrentes, une sporée crème, un chapeau hygrophane et d’aspect un peu gras au toucher, une odeur écoeurante difficile à définir. L’Entolome livide, quant à lui, dispose d’un hyménophore pourvu de lames échancrées qui s’arrêtent à leur jonction sur le pied, une sporée rose, un chapeau qui reste sec, une odeur prononcée de farine… D’ailleurs, l’indigeste Clitocybe nébuleux, ce Griset de l’Est de la France, ne devrait plus figurer dans les menus tant il est mal toléré.

L’Entolome livide fait partie des rares espèces du genre Entoloma à développer des relations symbiotiques avec les arbres, tout comme son cousin, l’émacié Entoloma rhodopollium. Les autres Entoloma sont saprophytes.


Carte d’identité : [...]

  • Chapeau : 6 à 15 cm de diamètre, parfois jusqu’à 20 cm, d’abord globuleux, presque plan à la fin, voire déprimé. La cuticule est lisse et volontiers brillante dans la jeunesse, avant de devenir pruineuse et de se craqueler, de couleur variable : gris cendré, gris-jaune, ocre, gardant des plages blanchâtres.

  • Lames : évoluant du jaune de beurre au rose saumon en passant par toutes les nuances intermédiaires. Elles sont échancrées et assez espacées; leur arête est d’abord droite puis devient irrégulière et dentelée.

  • Pied : 6 à 15 cm, blanchâtre puis jaunâtre, robuste et charnu, presque obèse dans la prime jeunesse puis bulbeux pour devenir cylindrique à la fin. Le pied se courbe avec la maturité, d’où le nom de sinuatum (sinueux).

  • Chair : compacte, assez ferme et blanche. L’odeur de farine fraîche prend le nez, elle rancit avec l’âge.

  • Écologie : d’août à novembre, sur sol calcique, en présence de Chênes ou de Hêtres. Surtout commun à l’étage collinéen.

  • Spores : (8,5)9-11 x 8-9 micromètres, de forme polygonale, sporée rose foncé."

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Vertus médicinales :


Celal Bal, Hayri Baba, ilgaz Akata, Mustafa Sevindik, Zeliha Selamoğlu, Hassan Akgül, auteurs d'un article intitulé "Biological Activities of Wild Poisonous Mushroom Entoloma sinuatum (Boletales)." (In : KSU J. Agric Nat 25 (1) : pp. 83-87, 2022) montrent les propriétés de l'Entolome livide :


Résumé de l'étude : De nombreuses études menées ces dernières années ont montré que les composés naturels bénéfiques présents dans les champignons jouent un rôle très important dans le traitement de diverses maladies et l’élimination des facteurs pathogènes. Il a été rapporté que les champignons présents dans différents pays possèdent des activités biologiques. Dans cette étude, le niveau d’antioxydants (TAS), le niveau d’oxydants (TOS), ainsi que l’activité antibactérienne et antifongique de l’Entoloma sinuatum (Bull.) P. Kumm ont été déterminés. L’extrait d’éthanol de ce champignon a été obtenu à l’aide d’un appareil de Soxhlet. Les niveaux d’antioxydants et d’oxydants ont été déterminés à l’aide des kits Rel Assay TAS et TOS. De plus, l’activité antimicrobienne a été testée contre des souches bactériennes et fongiques à l’aide de la méthode de dilution sur gélose. À l’issue de ces études, la valeur TAS du champignon a été déterminée à 2,64 ± 0,15, la valeur TOS à 6,58 ± 0,23, et la valeur OSI (indice de stress oxydatif) à 0,25 ± 0,02. De plus, il a été établi que l’extrait éthanolique du champignon était efficace contre les bactéries à des concentrations de 200 et 400 μg/mL, et contre les champignons à une concentration de 50 μg/mL. En conséquence, il a été conclu que Entoloma sinuatum est un antioxydant et un agent antimicrobien naturel.


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Toxicité :


Marcel Josserand, dans un article intitulé "Quelques mots sur une récente intoxication par Entoloma lividum." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 12ᵉ année, n°2, février 1943. pp. 28-29) relate un cas d'empoisonnement sévère :


"La toxicité d'Entoloma lividum est connue depuis si longtemps qu'il semble bien inutile d'en rapporter un exemple de plus. Nous le ferons cependant, le plus brièvement possible, car cela nous donnera l'occasion de poser une ou deux remarques, notamment d'indiquer la quantité d'Entolome nécessaire pour causer une intoxication sérieuse.

Le 11-10-1942, M. T. cueillait un plat de champignons composé de Boletus edulis var. aereus, de quelques Agaricus campester et d'une troisième espèce qu'il prit pour une forme de Tricholoma aggregatum. M. T., retournant après guérison au lieu de la récolte, retrouva un bon nombre de sujets de cette troisième espèce et nous les montra. Il s'agissait d'Entolomes livides typiques, mais, lors de la première récolte, ils étaient jeunes et ne présentaient pas encore de rose aux lames, d'où la confusion, si facile et si classique d'ailleurs, avec T. aggregatum.

Les champignons furent mangés le 13-10-1942, vers 12 h. 30, par trois personnes, âgées, l'une de 61 ans, les deux autres de 30-35 ans, et provoquèrent les symptômes suivants que nous indiquons par ordre d'apparition : dès 13 h. 30, donc une heure seulement après l'ingestion, sensation intense de ballonnement ; nausées suivies de vomissements incoercibles ; sueurs froides ; diarrhée avec ou sans coliques ; faiblesse ; extrémités glacées. A ce moment, il est environ 17 h. Le docteur, appelé, est arrivé à 16 h. Éclairé par M. T. lui-même qui fit un diagnostic exact de l'espèce coupable, il prescrit du tanin, du benzo-naphtol et du charbon de bois à prendre le jour même et le lendemain. Les trois malades présentèrent une évolution sensiblement parallèle et tous trois furent remis au bout de deux à trois jours. On peut faire les remarques suivantes :


  1. Cet empoisonnement a donné le syndrome lividien typique, nullement le syndrome aberrant, sub-phalloïdien, que nous avons eu l'occasion de rapporter ici-même ;

  2. Il permet de fixer à peu près la posologie toxique d'E. lividum. Le plat comportait, nous l'avons dit, trois espèces, mais l'Entolome en constituait la plus grande part : 500/600 gr. Les pieds furent consommés et la cuticule ne fut pas enlevée ; il n'y a donc rien à retrancher de ce poids, du chef de la préparation. La cuisson fut complète, car les champignons furent d'abord cuits à l'eau pendant 15-20 m., avant d'être passés à la poêle pendant 10 m. L'eau de cuisson fut rejetée. Malgré cette précaution, une dose individuelle de 170 à 200 gr. suffit à donner un empoisonnement non mortel, certes — l'Entolome livide tue rarement — mais cependant grave, puisque les symptômes furent très accusés et les malades retenus au lit pendant deux jours ;

  3. Enfin — et ceci ne s'applique pas au seul lividum — ce cas montre une fois de plus le danger qu'il y a, même pour un mycologue quelque peu expérimenté, à consommer une espèce avant que son plein développement n'ait montré la totalité de ses caractères.


Résumé. — Des Entolomes livides, mépris pour Tricholoma aggregatum, ont provoqué un empoisonnement triple, non mortel, mais sérieux, à syndrome lividien typique, ceci à la dose individuelle de 170 / 200 gr.

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