Blog

  • Anne

Le Polypore des Pins




Autres noms : Fomitopsis pinicola ; Fome des pins ; Polypore marginé ;




Mycologie :


Avant de décrire le Polypore soufré dans son Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) Lyra Ceoltoir présente rapidement les Polypores lignicoles :


Ils montent, ils montent, ils montent, telles de petites marches imbriquées sur les troncs des arbres de la forêt. Les polypores lignicoles (qui poussent donc comme leur épithète l'indique, sur le bois) sont une vaste famille rassemblant plusieurs taxons distincts, parfois très différentes, qui ont en commun de présenter un hyménium parsemé de très nombreux pores (d'où leur nom, « poly » signifiant « plusieurs »). Nous ne pouvons naturellement pas aborder les quelques trois cents espèces présentes rien que sur le territoire français, nous nous restreindrons donc à trois des espèces emblématiques de cette famille, épousant la forme caractéristique d'une « console » poussant à la perpendiculaire des troncs d'arbres.


Vie de champignon : Le Polypore marginé (Fomitopsis pinicola, du latin fomes opsis, « qui a l'aspect d'un fomes » (1) et pinus cola, « habitant des pins ») doit son nom à la bordure rouge qui orne son chapeau au fur et à mesure de sa croissance, traçant une « marge » caractéristique. Très commun dans les forêts, où il pousse souvent en colonies formant de curieuses « marches d'escalier » sur les troncs, ce drôle de champignon peut atteindre de très grandes dimensions.

Son chapeau mesure en moyenne 10 à 40 centimètres de large sur 5 à 15 centimètres d'épaisseur, même si certains spécimens peuvent battre des records. Généralement de la forme d'un sabot de cheval, il peut aussi se montrer très aplati et présente un éventail de couleurs assez large, variables avec l'âge, allant du blanchâtre au gris noirâtre, en passant par le jaune orangé, le fauve et le brun rougeâtre. Les plus vieux sont parfois presque entièrement noirs, avec une mince bande rouge sur le pourtour. Le Polypore est sillonné. Ses parties les plus vieilles sont recouvertes d'une couche cireuse, noirâtre, brillante et rigide. Sa marge est obtuse, jaune orangé ou rouge.

Si son nom d'espèce, pinicola, marque sa préférence pour les pins, il ne se cantonne pas aux conifères et colonise quelques fois les feuillus. C'est un saprophyte, qui choisit par conséquent comme hôte les arbres morts ou malades, laissant les individus sains. Il est ainsi l'un des agents les plus précieux de la forêt, participant activement à la décomposition des végétaux et favorisant le cycle du carbone. C'est donc un nettoyeur indispensable à la santé de l'écosystème, un véritable « éboueur à bois mort », comme la plupart des autres membres de sa famille, qui ne doit donc jamais être éliminé des arbres sur lesquels il pousse. Ne croyez pas qu'il est un parasite blessant les troncs, c'est tout le contraire !

Contrairement à beaucoup de champignons, il ne disparaît pas à la fin de sa saison, mais croît d'années en année, en formant une nouvelle couche de tube chaque printemps, grandissant ensuite progressivement jusqu'aux premiers gels, avant de se mettre en repos durant l'hiver. Comme un arbre, sa croissance forme des cercles concentriques sur son chapeau qui permettent, en les comptant, d'estimer son âge.

Sa texture semblable à celle du liège et sa saveur terriblement amère en font un champignon immangeable, même s'il n'est pas toxique. Laissez-le donc vivre tranquillement sa vie d'escalier pour fées des bois.


Note : 1) Un « fomes » est un champignon lignicole en forme de console, dépourvu de pied, poussant directement sur les troncs d'arbres.

*

*


Vertus médicinales :


Christelle Francia, Françoise Fons, Patrick Poucheret et Sylvie Rapior, auteurs d'un article intitulé "Activités biologiques des champignons : Utilisations en médecine traditionnelle." (In : Annales de la Société d’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault, Société d’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault, 2007, 147 (4), pp. 77-88.) recensent les usages traditionnels des champignons :

​Usages traditionnels

​Espèces utilisées

​Lieux géographiques

Posologie, formes galéniques, renseignements complémentaires

​Références

Astringent

​Fomitopsis pinicola Polypore marginé

Amérique du Nord (indiens Bella Cola)

Broyé et utilisé en décoction dans les cas de gonorrhée.

Turner (1973)

Hémostatique

​idem

​Europe et Amérique du Nord

Employé pour arrêter les hémorragies.

Tyler (1977)

*

*




Symbolisme :


Dans son Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) Lyra Ceoltoir rend compte de son expérience magique avec les champignons :


Le Message de l'Autre Monde : « Plus haut, plus haut, plus haut... Qui a dit que la mort était une fin ? Regarde-moi, j'en fais une source de nourriture, un support, un tremplin pour m'élever, pousser grandir. Ce qui est mort ne peut pas disparaître sans laisser de traces. Il faut le décomposer, lentement, pour en tirer de quoi avancer, tut en aidant le reste, l'inutile, à retourner dans le terreau fertile de l'En-Dessous afin de nourrir le potentiel de vie dont regorge le cœur de notre Mère Terre. Telle est ma mission. Noble et exaltante, n'est-ce pas ? Et toi, que peux-tu entreprendre pour faire de la mort un vecteur de vie ? »


Dans le chaudron : La formation caractéristique de ces champignons, qui revêtent l'aspect d'un escalier féerique que l'on croirait créer pour permettre aux habitants des bois de monter à l'assaut des troncs, en fait de précieux ingrédients pour les sortilèges et les charmes d'élévation, de progression, d'évolution, de développement et d'accroissement. Les polypores marginé et du bouleau, par leur mode de croissance semblable à celle des arbres, poussent à leur confier des projets, des désirs ou des espoirs qui se développeront avec eux.

En tant que régulateurs de la vie végétale, ils sont naturellement liés au cycle de vie, mort et renaissance, et peuvent ainsi aider à travailler sur ces notions, notamment lors des processus de deuil ou de bannissement, pour laisser « mourir » symboliquement quelque chose devenu inutile ou néfaste, et, inversement, pour se relever d'une épreuve, entamer une nouvelle étape d'évolution, grandir spirituellement et mentalement, ou encore tourner la page sur une phase de l'existence.

Leur forme en console se prête également tout à fait à la magie sauvage et sylvestre, en particulier en lien avec les esprits forestiers et les membres du petit peuple. On peut se servir de leur surface relativement plane et solide pour dresser de petits autels éphémères et naturels en hommage à une entité des sous-bois, adresser des offrandes à la forêt ou à une divinité sylvestre, ou encore jeter des charmes sauvages en extérieur. Evidemment, on n'emploie pour cela que des outils et éléments strictement naturels et sans danger pour la vie sauvage : exit les bougies, le sel et les encens ; préférez les couronnes de feuilles, les calices en cupules de gland ou les pentacles en brindilles.


Sortilèges : L'Échelle des Fées : Confier un souhait à la Forêt

En grand secret, vêtu de couleurs sylvestres pour mieux vous fondre dans la végétation, rendez-vous dans une forêt chère à votre cœur, en quête d'un polypore amical (ou d'une colonie de ceux-ci !) Laissez-vous imprégner des énergies de la forêt ; marchez lentement, le plus silencieusement possible, et essayez de vous fondre dans le décor. Soyez à l'écoute des bruits des animaux, du vent dans les branches, des craquements de feuilles sous vos pas, du chant des oiseaux.

Laissez une offrande de lait au miel au pied de l'arbre sur lequel pousse votre allié champignon et ramassez une jolie feuille morte, assez grande pour y inscrire votre vœu à l'aide d'un fin bâtonnet trempé dans une encre naturelle, de la suie diluée dans un peu d'eau, par exemple peut faire l'affaire. Résumez votre souhait à un seul mot ou à un symbole et tracez-le sur votre feuille en le visualisant de toutes vos forces. Prenez celle-ci entre vos mains et adressez une prière à la forêt :


« Forêt profonde, belle et sauvage,

Je suis venu(e) sous tes branchages

Pour te demander humblement

D'exaucer mon vœu maintenant. »


Déposez la feuille sur le polypore, face écrite contre le chapeau du champignon, en pressant légèrement pour qu'elle y adhère Incantez :

« Voici mon souhait, que je confie

A toi, champignon, mon ami.

Sois remercié de tes bienfaits.

Toi, champignon, échelle de fée. »


Prenez un instant pour exprimer vos espoirs et votre gratitude, répétez la libation de lait au miel au pied de l'arbre et partez le cœur léger d'une vie antérieure dont vous auriez beaucoup à apprendre.


Petit champi deviendra Grand : Sortilège de Croissance

Si vous voulez faire croître quelque chose, comme un projet, une idée, une situation, rendez-vous dans une forêt en quête d'un polypore (marginé ou du bouleau) ou d'une colonie. Cherchez le champignon le plus amical, qui semble tout à fait disposé à vous écouter et prendre soin de votre demande, et prenez un instant pour le regarder, l'admirer, vous émerveiller de son étonnante croissance et de la capacité qu'il a de grandir chaque année. Comptez les nervures sur son chapeau, pour vous donner une idée de son âge. Utilisez ce nombre dans votre incantation, pour la lier au champignon, par exemple afin de déterminer le nombre de vers ou de répétitions.

Quand vous vous sentez prêt, déposez sur le champignon un symbole, de ce que vous aimeriez faire croître. Cela peut -être la carte de visite de votre entreprise, la photographie de votre couple, une description d'une idée que vous aimeriez développer, une pièce de monnaie ou un billet pioché dans votre portefeuille... Posez vos mains de part et d'autre du champignon, et adressez-lui votre souhait sous la forme d'une incantation. Cela pourrait ressembler à :

« Polypore, toujours plus grand.

Au chapeau chaque année croissant.

Je te confie dès aujourd'hui

(Votre souhait) pour qu'il soit grandi. »


Remerciez chaleureusement le champignon par une offrande, oblation, chanson, cheveux, sang...), récupérez le symbole et partez sans vous retourner.

Gardez le symbole comme amulette. Ne donnez à personne la carte de visite, ne dépensez pas la pièce o le billet, mais conservez-le à l'abri, et ressortez-le en répétant l'incantation de temps en temps, quand vous ressentez le besoin de donner un petit coup d'énergie à votre sortilège (mais pas trop souvent non plus, vous en épuiseriez le potentiel).

*

*




12 vues

Posts récents

Voir tout