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  • Anne

Le Bidaou




Étymologie :

  • TRICHOLOME, , subst. masc.

Dans l'article "TRICH(O)-, TRICH(I)-,(TRICH-, TRICHO-, TRICHI-), élém. formant" Élém. tiré du gr. θ ρ ι ́ ξ, τ ρ ι χ ο ́ ς « poil, cheveu », entrant dans la constr. de termes sc. dont le signifié a un rapport avec les poils, les cheveux et, en sc. nat., avec les cils.

  • tricholome (-lome, du gr. λ ω ̃ μ α « frange »), subst. masc.,, Genre de champignons basidiomycètes, comportant de nombreuses espèces comestibles`` (Lar. encyclop.).La disposition sur une circonférence (...) des Tricholomes de la Saint-Georges dans les prés (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 2, 1931, p. 162).

Autres noms : Tricholoma auratum et/ou Tricholoma esquestre ; Canari ; Chevalier ; Jaunet ; Tricholome chevalier ; Tricholome doré ; Tricholome équestre.

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Mycologie :


Fiche extraite de la thèse de Nicolas Felgeirolles soutenue le 2 Juillet 2018 à Montpellier et intitulée La Mycologie dans le bassin alésien ; enquête auprès des pharmaciens d'officine et solutions apportées pour consolider leurs compétences sur les champignons :


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Lyra Ceoltoir décrit le Tricholome équestre dans son Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) de la manière suivante :


Qu'a-t-il donc d'équestre, ce champignon trapu au gros chapeau irrégulier ? Son aspect n'évoque guère quoi que ce soit d'équin, mais c'est du côté de son histoire qu'il faut fouiller, car il était anciennement réservé, nous dit la tradition, à la table des chevaliers, et ne pouvait être dégusté par les paysans. Ces derniers devaient se contenter de champignons de moindre prestance, tels que le bolet des bouviers, par exemple (Suillus bovinus). Cavaliers et gardiens de troupeaux en mangent pas à la même table, n'est-ce pas ? Il s'agirait de ne pas mélanger les torchons et les serviettes.


Vie de champignon : Cet orgueil n'est pas resté impuni, puisqu'aujourd'hui, le tricholome équestre n'est plus réservé à la table de personne. En effet, s'il est resté classé au rang des comestibles recherchés jusque dans les années 1990, plusieurs cas de graves intoxications, suite à une consommation excessive l'ont fait déchoir de son piédestal. Contenant des principes actifs parfois responsables de chocs anaphylactiques ou de rhabdomyolyses (dégradation des cellules des muscles squelettiques, qui libèrent alors leur contenu dans le sang), parfois mortels, dus à une surconsommation, le tricholome équestre est en effet loin d'être inoffensif, et son commerce a été interdit par un décret le 19 septembre 2005. Voilà notre tricholome devenu soudainement bien... pédestre.

Il se reconnaît assez facilement à son chapeau de 8 à 10 centimètres de diamètre d'abord hémisphérique, puis convexe au fil de sa croissance, parfois creusé au centre et à la marge irrégulière, ondulée, parfois striée. La cuticule est d'un jaune vif pouvant virer à l'olivâtre, se couvrant avec l'âge des squames ocre qui lui donnent un aspect fibrilleux. Ses lames sont larges et serrées, inégales, d'un jaune oscillant entre le citron et le soufre. Son pied trapu, de 8 à 10 centimètres de haut, de même couleur que le chapeau, s'épaissit souvent à sa base.

Sa chair est ferme, dense et épaisse, blanche tirant sur le jaune sous la cuticule et dans le pied. Il ne dégage pas d'odeur particulière, sauf les sujets les plus âgés, qui exhalent parfois une vague odeur terreuse. sa saveur est douce et agréable, ais on en déconseille vivement la consommation à cause des risques d'intoxication qu'il représente, d'autant que celle-ci peut être insidieuse : il faut vingt-quatre à soixante-douze heures aux principes actifs pour agir, et les troubles ne se manifestent pas sur la sphère digestive, rendant le lien de cause à effet parfois difficile à établir. Les symptômes comportent notamment des douleurs musculaires, en particulier dans les épaules et les hanches, une fatigue inhabituelle et des sueurs froides, qui doivent alerter immédiatement.

Le Tricholome équestre pousse généralement en compagnie des conifères (avec une petite préférence pour les pins et les épicéas), plus rarement sous les feuillus, du début de l'automne jusqu'à l'hiver, la plupart du temps en petits groupes Il affectionne particulièrement le littoral et se fait lus rare à l'intérieur des terres.

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Croyances populaires :


Frédéric Duhart, dans un article intitulé « Contribution à l’anthropologie de la consommation de champignons à partir du cas du sud-ouest de la France (XVIe -XXIe siècles) », (Revue d’ethnoécologie [En ligne], 2 | 2012) :


[...] À la charnière des XXe et XXIe siècles, Cantharellus lutescens et C. tubaeformis connurent un retournement de statut tout aussi remarquable dans les secteurs maritimes de la grande pinède landaise. Jusqu’alors, les ramasseurs de champignons qui parcouraient ces étendues sablonneuses à la recherche de bidaous (Tricholoma auratum) avaient superbement ignoré ces deux espèces de chanterelles. Tout changea à la faveur d’une curiosité vis-à-vis des belles récoltes réalisées par quelques mycophages pionniers, de la révélation d’une valeur marchande par une apparition régulière de ces Cantharellus sur les étals des grandes surfaces de la région et du déclassement inattendu du bidaou. Au début des années 2000, ces deux chanterelles étaient devenues des espèces systématiquement recherchées et largement consommées… par des cueilleurs de champignons dont la plupart laissaient désormais les bidaous pourrir sur place.

Ce désintérêt pour Tricholoma auratum résulta d’un basculement de statut aussi complexe que soudain. Au tout début du XXIe siècle, la consommation du bidaou constituait un fait admis de longue date par les populations installées dans la vaste pinède landaise. Deux cents ans plus tôt, avant même que cette immense forêt ne naquît, ce champignon était localement très employé. Dans les années 1840, le bidaou était d’un grand usage à La Teste, une localité où il abondait à la fin de l’automne sur le sable mobile des dunes. Il était considéré comme un champignon de qualité moyenne, comme « une espèce bonne quoique un peu moins délicate que l’agaric ordinaire ou champignon de couche » pour reprendre les mots de Jean-François Laterrade, l’un des naturalistes qui furent les plus indulgents à son égard mais qui eut la rigueur de signaler qu’il devait être cueilli en prenant garde aux grains de sable qui pouvaient s’intercaler entre ses lames (1851 : 297-298). S’il n’était pas suffisamment raffiné pour être mis à l’honneur sur les meilleures tables, le bidaou possédait des qualités suffisantes pour constituer un champignon sans prétention d’un bon rapport qualité/prix. Aussi trouvait-il saisonnièrement une place sur les marchés situés au plus près des lieux où il était ramassé en quantité. Fort commun dans les landes boisées de l’Albret, il était régulièrement apporté sur le marché de Nérac en ce milieu du XIXe siècle (Lespiault 1845 : 33). Les dunes du Pays de Buch formant partie de l’arrière-pays immédiat de Bordeaux, il s’en faisait même des « envois assez considérables » vers la capitale girondine (Léveillé 1848 : 120). Par la suite, le goût pour le bidaou se maintint. Ce tricholome resta un élément familier du paysage alimentaire des mois de novembre et décembre, un plaisir saisonnier que la réalisation de conserves appertisées puis la congélation permirent de faire durer une bonne partie de l’année. L’automne finissant, il resta normal de le chercher comme il resta normal de l’employer dans certaines recettes ou d’en manger (Daney 1992 : 46). Lorsqu’en 1992, une rhabdomyolyse faucha un individu qui avait consommé des bidaous, une banale et dramatique confusion entre Tricholoma auratum et Cortinarius splendens fut d’abord suspectée (Zetlaoui & Lenoble 2004 : 222). Avec douze intoxications dont trois mortelles liées à la consommation de bidaous enregistrés entre 1992 et 2000 en Aquitaine, il apparut évident que l’inexpérience d’un ramasseur ne pouvait pas tout expliquer et que Tricholoma auratum était bien impliqué dans ces troublantes affaires (Bedry & alii 2001 : 798-799 ; Massard 2003 : 17-20). Alors que les spécialistes se penchaient sur les possibles causes des intoxications par un bidaou consommé depuis plusieurs siècles, les autorités appliquèrent un principe de précaution. En juin 2004, il fut publié un arrêté précisant que l’importation, la mise sur le marché à titre gratuit ou onéreux de ce champignon était suspendue pour une durée de un an. En septembre 2005, cette mesure fut prolongée par un décret qui interdit lesdites actions (JO, 20/06/2004 & 21/09/2005). Chez le commun des ramasseurs et des mangeurs de bidaous, quelques articles de la presse locale faisant écho aux préoccupations des chercheurs avaient commencé à semer le doute dès 2001. Au mois d’octobre, cette année-là, Sud-Ouest avait notamment publié un papier titré « Le bidaou peut être mortel ». Les prises de positions du législateur n’en eurent que d’autant plus d’effets. Elles dépouillèrent en outre la cueillette des tricholomes d’une grande partie de son sens, puisque ceux-ci ne pouvaient plus être donnés à des connaissances ou même servis à des amis. Les nombreux champignons qui pourrissent depuis chaque automne en des bois où ils étaient passionnément recherchés quelques décennies plus tôt montrent que le bidaou a cessé d’appartenir à la catégorie des espèces bonnes à manger aux yeux de la grande partie de ceux qui l’appréciaient hier. Naguère trait d’appartenance à la communauté locale, sa consommation tend désormais à marquer une certaine marginalité au sein de celle-ci.

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Dans un article du Sud-Ouest de Raphaëlle Talbot intitulé "Landes : savez-vous ce qu’est le bidaou ?" et publié le 23/08/2018, on en apprend davantage sur ce champignon :


Un indice : ce n’est pas un bidet ou la sensation d’avoir le ventre bien rempli

Son nom scientifique est le tricholoma esquestre, on peut aussi le trouver sous la dénomination de chevalier, canari ou jaunet. Haut de 10 centimètres, le bidaou est reconnaissable par son chapeau de 5 à 10 centimètres de couleur jaunâtre. Le champignon a des lamelles et pousse dans le sable des dunes, à l’ombre des pins. Il apparaît dans les aiguilles d’où il peut avoir du mal à émerger. Parfois, seul son chapeau est visible. « Sa chair est blanchâtre avec une légère odeur de farine », décrit Gérard Lacoste, président de la Confrérie du bidaou de Biscarrosse. Cette dernière existe depuis les années 1980 et après une coupure d’activité pendant dix ans, tout a repris de plus belle en 2011. Les membres défendent leur champignon corps et âme. Ils ont participé, avec d’autres confréries, à la Fête de la mer du 15 août. Le champignon se cueille pendant l’automne et l’hiver sur toute la côte. Une autre confrérie existe d’ailleurs à Carcans, en Gironde.

Certains le mangent avec de la viande, simplement revenu avec de l’ail et du persil. Gérard Lacoste, lui, préfère « faire revenir les champignons dans du vinaigre avec du thym et du laurier. Puis mettre dans un bocal et arroser d’huile d’olive. Le tout se conserve six mois et c’est très bon à l’apéro. » En cette fin de mois d’août, il ne lui reste d’ailleurs aucun pot. Le gourmet s’impatiente de pouvoir repartir à la cueillette. Il se souvient du temps où il ramassait des paniers entiers de bidaou et regrette qu’il y en ait de moins en moins.


Champignon mortel : Mais attention, le champignon a été déclaré non comestible. Il est même mortel. Le 27 novembre 2014, le mycologue Michel Thorin rappelait dans nos colonnes les cas de personnes ayant contracté des lyses musculaires avant de décéder, suite à la consommation de bidaou. L’Agence de l’alimentation Nouvelle-Aquitaine décrit le champignon comme « toxique et comestible ».

« Le bidaou ne présente pas de danger particulier s’il est consommé occasionnellement. »

L’habitude culinaire est encore vive dans les foyers landais. Gérard Lacoste ne pousse pas à la consommation mais ne compte pas s’arrêter. « J’en ai toujours mangé et je ne suis pas mort. »

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Symbolisme :


Dans son Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) Lyra Ceoltoir rend compte de son expérience magique avec les champignons :


Dans le chaudron : En raison de son poison à l'action particulièrement inhabituelle et retorse et de sa longue association avec la classe sociale la plus prestigieuse au détriment des classes inférieures, le tricholome équestre est fréquemment associé à la tromperie, à la dissimulation la sournoiserie et à l'hypocrisie, ainsi qu'au culte des apparences, à l'orgueil et à la prétention. il n'en est pas maléfique pour autant, puisqu'il peu au contraire entrer dans la composition de sortilèges visant à la bannir ces attitudes, en servant de vaisseau entre le sorcier et e qu'il cherche à faire cesser.

Dans une optique plus positive, il est aussi vecteur d'ascension sociale et peut entrer dans la composition des sortilèges d'évolution (promotion au travail, obtention d'un concours ou d'ne récompense...) à condition que celle-ci soit méritée par le travail er l'implication du demandeur et que celui-ci veille à ne pas user de sa position pour opprimer ses subalternes (auquel cas, le retour de boomerang promet d'être aussi violent qu'une intoxication eau tricholome !).


Le Message de l'Autre Monde : « Je suis l'orgueil. Certes, je ne suis pas infondé : c'est le mérite, la prestance, le pouvoir qui me donnent naissance. Néanmoins, tout est question de dosage, et s'il n'y a qu'un pas entre remède et poison, il n'y en a qu'un seul également entre fierté et prétention. être fier de soi n'est certes pas une tare, bien au contraire. Une tâche accomplie, un exploit, un acte sortant de l'ordinaire mérite d'être célébré et de remplir leur hôte de confiance en lui-même. Cependant, quand la gloire en vient à rejeter des bolets des bouviers dans l'assiette de ses voisins, nous voilà basculés d u côté de la pédanterie mal placée. Nul ne devrait jamais blasonner plus haut que son écu, n'est-ce pas ? »


Sortilège : Descends de ton piédestal

Y a-t-il plus agaçant que quelqu'un qui se vante à longueur de journée d'un acte qu'il n'a accompli qu'à moitié, voire pas du tout, et ne fait que tirer à lui une couverture qui ne lui appartient pas ? pour remettre un tel personnage à sa place, faites appel au pouvoir du tricholome équestre. pas d'inquiétude, il n'est pas question ici d'agir sur quelqu'un sans son accord, aussi désagréable et hypocrite soit-il. Ce sortilège fait simplement en sorte de faire la lumière sur la vérité et de faire apprécier à sa juste valeur (souvent bien inférieure !) le comportement d'une personne nuisible.

Partez en quête de tricholomes équestres et cueillez (avec sa permission), le plus gros, le plus grand et le plus fier de ceux que vous trouverez. remerciez la Terre de son don par une offrande appropriée. De retour chez vous, expliquez en une phrase les agissements que vous souhaitez bannir : rappelons-le, c'est bien l'attitude qui est visée par le sortilège, non la personne qui s'en rend coupable. Par exemple, si vous voulez agir sur un collègue qui obtient de l'avancement au travail au détriment des autres en volant leurs réalisations et en s'attribuant tous leurs mérites, ne notez pas le nom de ce charmant individu, mais écrivez plutôt : « La malhonnêteté qui dérobe le mérite de ceux qui travaillent réellement d'arrache-pied. » Résumez cette phrase à deux ou trois mots-clefs, puis à un symbole ou un sigil. Gravez-les soigneusement sur le chapeau du champignon.

Disposez le tricholome sur une feuille de papier cuisson et enfournez-le dans un four à basse température (environ 50°C de préférence à chaleur tournante ; toutefois étant donné que vous n'utiliserez pas le champignon pour la cuisine, ne vous affolez pas si votre four est traditionnel. Cela fonctionnera quand même.) pendant environ deux heures. Le champignon va se racornir et diminuer drastiquement de talle avec l'évaporation de son eau.

Laissez-le refroidir, puis rendez-vous dans un lieu élevé (au sommet d'une colline, d'un immeuble, d'un monument, etc.). Brandisse le champignon et jetez-le de toutes vos forces en contrebas, en récitant une incantation pour affirmer votre volonté, par exemple :


« Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place

Sur les agissement de (nom de l'orgueilleux) que la lumière se fasse ! »


Partez sans vous retourner.

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