Le Lampion des bois
- Anne

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Étymologie :
LAMPION, subst. masc.
Étymol. et Hist. 1. 1510 « lanterne de bateau » (Compte des dépenses faites pour la mise en état et le ravitaillement de quatre galères, par Pierre de Rollot, ms B 2551, Arch. Bouches-du-Rhône, fo166 ds J. Fennis, La Stolonomie, Amsterdam, 1978, p. 373) ; 2. 1750 « lanterne vénitienne » (Voltaire, Corresp., éd. Th. Besterman, t. 18, lettre 3610, p. 112) ; 3. 1826 « chapeau à trois cornes » ([Balzac], Petit dict. critique et anecdotique des enseignes de Paris, pp. 79-80 ds Quem. DDL t. 16). Empr. à l'ital. lampione « grosse lanterne » (xviies. ds Batt.), dér., à l'aide du suff. augm. -(i)one, de lampa « lampe », lui-même empr. au fr. lampe*.
LANTERNE, subst. fém.
Étymol. et Hist. I. 1. a) Ca 1100 « sorte de boîte à parois plus ou moins transparentes dans laquelle on place une source de lumière » (Roland, éd. J. Bédier, 2643 : Asez i ad lanternes e carbuncles) ; ca 1210 vendre vecies por lanternes (Guiot de Provins, Bible, éd. J. Orr, 2628) ; d'où b) 1585 au plur. « propos sans importance, fadaises » (N. du Fail, Contes et Discours, éd. J. Assézat, II, 81) ; 2. a) 1613 lanterne vive (M. Régnier, Satire XI ds Œuvres, éd. J. Plattard, p. 97) ; 1685 lanterne magique (Fur.) ; b) 1878 oublier d'éclairer sa lanterne « omettre un point important pour se faire comprendre » (Lar. 19eSuppl. qui cite J. Loiseleur) ; 3. a) 1689, 13 avr. « réverbère qui servait à l'éclairage des rues » (Mme De Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, 9, 17) ; ,,vx`` ds Besch. 1845 ; d'où b) 1789 « potence » (Mounier, Exposé, 26 oct., Arch. Parl. 1re sér., t. IX, p. 568, col. 1 ds Brunot t. 9, p. 882, note 1) ; 4. 1835 « appareil d'éclairage adapté à l'avant d'un véhicule » (Balzac, Ferragus, p. 66). II. 1. 1508 « ornement en forme de lanterne et à jour qui surmonte une pièce de vaisselle » (Inv. génér. des meubles à MgrMonsieur le Légat ds A. Deville, Comptes... du Château de Gaillon, p. 503) ; 2. 1546 arch. « sorte de tribune d'où l'on peut voir et entendre sans être vu » (J. Martin, trad. Fr. Colonna, Songe de Poliphile, 88 ro [Kerver] ds Quem. DDL. t. 7) ; 3. 1559 id. « dôme vitré placé au-dessus d'un édifice pour en éclairer l'intérieur » (Amyot, Péric. 28 ds Littré); 4. 1611 « pignon d'un engrenage » lanterne a pagnon (Cotgr.) ; 5. 1660 « cuiller qu'on remplit pour en charger le canon » (Oudin Fr.-Esp.) ; 6. 1805 « appareil masticateur des oursins » (Cuvier, Anat. comp., t. 3, p. 329) ; 1828 lanterne d'Aristote (Mozin-Biber t. 2). Du lat. lanterna « lanterne », empr. au gr. λ α μ π τ η ́ ρ. Le sens I 2 b p. allus. au singe de la fable de Florian, Le Singe qui montre la lanterne magique ds Fables, 1792, p. 80 dans laquelle celui-ci invite les spectateurs à admirer des images qu'ils ne peuvent voir, puisqu'il a oublié d'allumer la lanterne.
Espèceset noms vernaculaires : Cribraria cancellata - Lanterne grillagée ? -
Cribraria mirabilis - Lanterne merveilleuse -
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Myxomycétologie :
Diane Thora, autrice d'un article intitulé "Cribraria mirabilis - Prachtlantaarntje." (In : Sporen, 2021, p. 11.) décrit la lanterne merveilleuse en ces termes (traduction à l'aide de Deepl.com) :
"Description : Au niveau macroscopique, les petits fructifications sur le tronc sont à peine visibles en raison de leur couleur rouge-brun à brun-violet et de leur faible hauteur. Leur emplacement au bas du tronc, près du sol de la forêt, rend leur visibilité encore plus difficile. Les sporocarpes sont de couleur brun rouge foncé à noir, avec un pédoncule pouvant atteindre 2 mm de hauteur. Ils sont (presque) sphériques, avec un diamètre de 0,5 à 1 mm, et de couleur brun rouge avec des reflets violets. Les pédoncules foncés, de couleur brun rouge, s'amincissent à la jonction avec le sporocarpe, ce qui les fait plier sous le poids de celui-ci. Ces tiges sont rainurées et souvent tortueuses et entrelacées. Le péridium brillant disparaît et, après la libération des spores, il reste une petite coupe péridiale brillante et un réseau péridial composé de nervures qui se transforment en un réseau à leur extrémité supérieure, sans présence de nœuds épaissis.
Microscopie : Le réseau péridial se caractérise par 20 à 30 côtes épaissies recouvertes d'un côté de granules de dictydine violets. Il s'agit de granules microscopiques, généralement sphériques, qui n'apparaissent que chez les genres Cribraria, Dictydium et Lindbladia. Les côtes partent de la base du sporocarpe, à environ mi-chemin pour former un réseau irrégulier. Les côtes principales y sont reliées par un réseau secondaire de fils hyalins. La petite coupe péridiale ou disque basal est brillante et parsemée de grains de dictydine violets d'environ 1 µm de diamètre. Les spores rondes, légèrement épineuses, présentent également un ou plusieurs grains. Les spores mesurent 5,5-7 µm de diamètre et ont une couleur rouge pâle à la lumière transmise;
Détermination : Avec les caractéristiques mentionnées ci-dessus, on peut assez facilement identifier les myxomycètes néerlandais de NannengaBremekamp (1974) comme étant Cribraria mirabilis. L'espèce ressemble quelque peu à Cribraria cancellata (Batsch) Nann.-Bremek. Cependant, chez ce taxon, le réseau péridien compte 40 à 50 côtes qui s'étendent jusqu'au sommet du sporocarpe, sans se transformer en réseau dans la partie supérieure. Cette dernière espèce a généralement également un pédoncule plus long.
Écologie et répartition : Karhilah et al. (2016) mentionnent 127 registres répartis sur plusieurs continents à travers le monde. Le taxon a une forte préférence pour le bois de conifères pourri. La base de données FUNBEL ne contient qu'une seule observation enregistrée dans la province d'Anvers, à Zoerselbos Zoersel (IFBL : C5.13.00, 18-06-1994), observé par Myriam de Haan. Sur myxo.be, elle indique comme substrat un tronc couché et pourri de Pinus sylvestris. Lors de cette découverte, les corps fructifères se trouvaient en grands groupes, recouvrant toutes les faces du substrat. Ing (1999) souligne que si la majorité des espèces de Cribraria ont été trouvées sur du bois de conifères, cela n'est certainement pas une caractéristique exclusive. Le 15 août 2021, à Wijshagen (Oudsbergen), le Prachtlantaarntje a de nouveau été trouvé sur un tronc d'épicéa écorcé, accompagné de Physarum album (Knikkend kalkkopje)."
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Symbolisme :
Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (Éditions Seghers, 1969) :
"LANTERNE : 1. Dès l'origine, les lanternes (toro) avaient plus qu'un but ornemental dans les temples et sanctuaires japonais. Elles étaient symboles d'illumination et de clarté de l'esprit. Depuis l'époque Muromachi (1333-1573) où se développèrent l'art des jardins et la cérémonie du thé, les lanternes occupèrent une place prépondérante dans l'esthétique et devinrent un élément indispensable du jardin japonais. Les commerçants en offrent aux temples bouddhistes pour attirer la prospérité sur leur commerce et les militaires pour favoriser la victoire de leurs armes.
2. La tradition occidentale connaît aussi la tradition de la lanterne des morts, qui brûle toute la nuit près du corps du défunt ou devant sa maison ; elle symbolise l'immortalité des âmes au-delà des corps périssables."
Contes et légendes :
Dans les archives mycéliennes de la forêt, on trouve trace du récit qui donne à ce petit myxomycète son appellation vernaculaire car il existe une version boisée du conte celtique de Jack O'Lantern, le conte de "Jacquot le fade à la lanterne" :
"Jacquot était un petit fade qui ne pensait qu'à lui et que rien ne pouvait émouvoir, ni les pleurs des mousses écrasées ni les douleurs des fougères piétinées. Toujours il ne recherchait que son propre intérêt. Son insensibilité lui valut bientôt le rejet de l'ensemble des fades de la forêt, conscients qu'il fallait se protéger d'un tel individu à ce point auto-centré.
Si Jacquot ne s'émouvait point, on ne peut en revanche, en tant que lecteur qu'être ému par ce petit fade devenu solitaire par sa faute et qui noyait son ennui dans les liqueurs sécrétées par certaines plantes au petit bistrot en bordure de la clairière des fades.
Un jour, Jacquot est abordé par un personnage très beau mais à coup sûr très retors qui lui demande son âme en échange de merveilleux pouvoirs. L'œil de Jacquot s'allume aussitôt à la pensée de pouvoir réaliser toutes ses volontés. Mais Jacquot, non content de ne penser qu'à lui - ou peut-être pour cette raison - est aussi un personnage très pingre. Il profite de l'occasion pour demander à ce personnage étrange de payer ce qu'il doit au lutin-tavernier avant d'accepter le pacte. Le personnage accepte et se transforme en pièce d'or pour honorer la dette de Jacquot.
A la vue de la pièce qui brillait sur le comptoir dans la pénombre de la taverne, Jacquot est pris d'une envie de posséder plus forte que la prudence et s'empare de l'or qu'il empoche aussitôt. Cela vaut signature... Mais on dit qu'il avait toujours dans sa poche un talisman fait de champignon et de racine pour conjurer le sort. Le diable, parce que c'était lui, se trouve alors piégé dans la petite poche du fade de laquelle il ne peut ressortir !
Le diable parlemente alors avec Jacquot et tous deux parviennent à un accord : Jacquot a encore une année devant lui avant que le premier ne vienne lui réclamer son âme s'il accepte de le libérer. Marché conclu.
Mais l'année écoulée, le diable se retrouve face à Jacquot, toujours aussi fermé à tout ce qui n'est pas lui-même et usant de ses pouvoirs à son seul profit. Le diable lui réclame son âme que bien sûr Jacquot n'est pas prêt à céder. Il réfléchit rapidement quand son regard tombe sur un petit prunellier dont les fruits semblent mûrs. « Je te suis à l'instant, lui dit Jacquot, mais ne voudrais-tu pas me cueillir un de ces petits fruits afin que je puisse me régaler pendant le trajet ? » Le diable accepte de monter sur les épaules du petit fade pour atteindre les fruits et Jacquot en profite pour tracer un ogam sacré sur le tronc du prunellier qui enchaîne le diable à l'arbre !
Coincé à nouveau, le diable accepte cette fois pour être libéré de ne jamais venir réclamer l'âme de Jacquot. Croyant avoir berné le malin et satisfait de lui-même au plus haut point, Jacquot poursuit sa vie sans intérêt encore quelques années avant de mourir d'une beuverie plus grande encore qu'à l'accoutumée.
Evidemment, en raison de toute sa mesquinerie, l'entrée du Paradis lui est refusé. Mais celle de l'Enfer également puisqu'il a arraché la promesse du diable de ne jamais lui prendre son âme ! « Où vais-je aller alors ? » se lamente Jacquot, toujours préoccupé par son sort. « Retourne d'où tu viens ! » lui répond le diable de manière incisive.
Dans la forêt, c'était l'hiver glacial ; il faisait grand nuit, un froid terrible et le vent soufflait des rumeurs et des soupirs effrayants. Jacquot pris de panique quémanda un peu de lumière auprès du diable, qui, pour une fois attendri - ou n'était-ce qu'un effet miroir ? - lui lança une braise venue des Enfers.
Jacquot la prit délicatement et l'installa dans ce qui ressemblait à un petit champignon glacé qu'il trouva sur un tronc de sapin abattu au sol par une rafale plus déterminante qu'une autre. Ainsi se confectionna-t-il une sorte de lanterne qui l'accompagne désormais dans son errance éternelle au milieu des ténèbres forestières, petite bonté du diable qui rappelle sans cesse que son originelle déchéance..."
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Arts visuels :
Le concept de Champidragons vient d'un challenge artistique imaginé par Chane, Sifhel, Svandendragon et Coliandre élaboré entre 2020 et 2021 sur les réseaux sociaux.
Le principe : durant le mois d'août, imaginer un design de dragon à partir d'une liste de 31 champignons.

Emeline Ternisien alias sendafalbala a répondu avec brio à l'appel de ce challenge en choisissant le medium de l'aquarelle et en postant ses dessins sur Instagram :
C'est au tour du Cribraria Cancellata de se présenter, ce dragon est très compliqué à trouver. La plupart de ses muscles et os sont translucides laissant apparaître ses organes et ses veines.
Lorsqu'il chasse il diminue son afflux sanguin et devient quasiment invisible.
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