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Champignons hallucinogènes

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 19 août 2016
  • 22 min de lecture

Dernière mise à jour : 1 juin



Documentaire Arte qui retrace le parcours de Gordon Wasson et explique sa thèse du champignon à l'origine de la religiosité ainsi que la postérité de ses recherches.



Étymologie :


Étymol. et Hist. 1934 adj. (Le Mois, mars-avr., 282 ds Quem. DDL t. 15). Composé de hallucino-, élém. tiré de hallucination* et de l'élém. formant -gène* ; cf. l'angl. hallucinogen, 1954 (ds NED Suppl. 2).


Étymol. et Hist. 1966 psychedelic (Les Rochers, 17 déc., 18 ds Höfler Anglic.); 1967 psychédélique (l'Express. 3-9 avril, 31c, ibid.). Empr. à l'angl. psychedelic, adj. proposé en 1956 par un correspondant de l'écrivain Aldous Huxley et popularisé par le psychologue amér. Th. Leary lorsqu'il répandit l'usage du L.S.D., notamment à partir de 1963 dans The Psychedelic review (v. NED Suppl.2); il s'agit d'une formation à partir du gr. ψ υ χ η ́ (v. psyché2) et δ η λ ο ́ ω « rendre visible, révéler » (suff. -ic, cf. fr. -ique).


Étymol. et Hist. 1951 (Piéron). Comp. des élém. formants psycho-* et -trope*.


Élém. tiré du gr. ψ υ χ(ο)-, lui-même de ψ υ χ η ́ « âme, esprit », servant à constr. de nombreux adj. et subst., en partic. de la lang. de la méd., de la pathol., dont le signifié a un rapport avec le psychisme, la psychologie.


Élém. tiré du gr. τ ρ ο ́ π ο ς « tour, direction », entrant dans la constr. de qq. adj. appartenant au vocab. sc.

A. − Qui se tourne vers, qui est orienté dans une direction caractérisée par le 1er élém.

B. − Qui se fixe ou agit électivement sur ce que désigne le 1erélém.; qui a une affinité pour ce qui est désigné par le 1er élément.

C. − Qui possède les propriétés physiques caractérisées par le 1erélém.


Lire également la définition des adjectifs hallucinogène, psychédélique et psychotrope afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Usages traditionnels :


Marcel Locquin dans Les Champignons (Presses Universitaires de France, collection Que sais-je ?, 1979) relativise la portée des hallucinogènes :


"Les syndromes hallucinogènes ou PSYCHOTROPIQUES : Ils ont tous une action sur le psychisme, qui peut être soit :

  • psychotonique avec stimulation psychique et visuelle, ou à un degré de plus :

  • psychomimétique avec mime de troubles mentaux, ou à un degré de plus :

  • psychodysleptique avec dépersonnalisation.


Il a été écrit tant d'articles, passionnellement et non scientifiquement motivés sur « drogues » hallucinogènes, qu'il convient auparavant de rappeler avec le Pr Jean Cheymol, directeur de l'Institut Pharmacologique de la Faculté de Médecine de Paris, quelques vérités essentielles : « Le mot hallucinogène est compris de tous, il est inutile de le remplacer par des mots plus savants : psychomimétique, psychodysleptique. Ces hallucinogènes perturbent l'activité mentale, modifiant l'état de veille - ce qui différentie hallucination et rêve - modifiant les notions de temps et d'espace, créant des illusions tantôt agréables, tantôt terrifiantes. Elles sont marquées par l'exagération des perceptions sensorielles, soit des couleurs, soit des sons, soit des formes, soit des mouvements, aboutissant à des modifications du comportement... Notons par contre la rareté des hallucinations olfactives, gustatives ou tactiles. Mais ces hallucinations valent en finesse, nuances, vigueur ce que vaut l'intellect du patient... La grande différence d'avec les phénomènes ressentis sous l'effet des hypnotiques ou des stupéfiants, est le maintien de la conscience, permettant à la mémoire d'enregistrer et de fournir - une fois l'épreuve terminée - des autoobservations détaillées. Ces psychoses provoquées remontent à la nuit des temps ».

Et le Pr Cheymol continue avec ceci : « On ne saurait admettre que traitant des hallucinogènes, l'on ne s'arrête pas quelques instants sur le plan toxicomanie qui défraye la grande presse... Il vaudrait mieux dire comme le demandent les experts français : toxitude que toxicomanie, car, si c'est une déplorable habitude, elle n'engendre pas de phénomènes d'abstinence quand on supprime la drogue nocive comme le font les stupéfiants Les pouvoirs publics ont réagi avec vigueur dans tous les pays. Mettant au premier plan le besoin de sévir contre les distributeurs et les utilisateurs, ils ont mis les hallucinogènes parmi les stupéfiants, pour la France au tableau B. C'est là une erreur pharmacologique incontestable, les hallucinogènes n'entraînant pas d'abstinence quand on les supprime. »"

Greg A. Marley, auteur d'un ouvrage intitulé Chanterelle dreams Amanita nightmares - The Love, Lore, and Mystique of Mushrooms (Copyright © 2010 by Greg A. Marley) consacre un chapitre aux champignons enthéogènes :

"ENTHEOGENES : Une nouvelle façon de voir les champignons hallucinogènes


To make this trivial world sublime,

Take half a gramme of phanerothyme.

ALDOUS HUXLEY


To fathom Hell or soar angelic,

Just take a pinch of psychedelic.

HUMPHRY OSMOND


Dans la plupart des cultures à travers le monde, les champignons sauvages sont surtout connus soit comme aliment, soit comme poison potentiel. Cependant, les champignons ont également été recherchés et utilisés par les peuples autochtones dans de nombreuses cultures à travers le monde pour leurs effets sur l'esprit : ils permettent d'ouvrir et d'élargir l'esprit lors de cérémonies religieuses et sont utilisés comme substances intoxicantes lors de célébrations. Sur presque tous les continents, des cultures aztèque et maya découvertes par les Espagnols lors de leur arrivée et de leur conquête au XVIe siècle à l'utilisation de la datura par les Grecs anciens, il existe des exemples de personnes utilisant des plantes et des champignons dans des pratiques religieuses et spirituelles afin de provoquer un état de conscience altéré qui les aide à accéder à la clarté d'esprit, à comprendre la volonté de Dieu ou à acquérir des connaissances pour guérir. Dans la plupart des cas, l'organisme vivant dont est issu le composé psychoactif est traité avec révérence et peut même être considéré comme un cadeau des dieux ou comme leur synonyme. De nombreux hallucinogènes puissants proviennent d'espèces de champignons indigènes.

Depuis le milieu du XXe siècle, on assiste à un regain d'intérêt pour la recherche sur les produits naturels psychotropes, le monde occidental ayant commencé à explorer les applications de ces puissants remèdes traditionnels. Les premiers adeptes occidentaux ont cherché à développer un langage pour désigner ces composés et les expériences qu'ils provoquent, afin de pouvoir commencer à parler de leurs effets et de leurs applications à un public plus large. Le diéthylamide de l'acide lysergique (LSD), une drogue synthétique initialement isolée à partir de l'ergot, a été l'une des premières drogues psychotropes étudiées de manière systématique en Occident. Le premier groupe de chercheurs modernes qui a cherché à comprendre et à décrire les effets du LSD a inventé le mot « psychotomimétique » pour désigner une drogue qui induit une psychose. Les psychiatres européens qui ont commencé à expérimenter l'utilisation des psychotomimétiques en thérapie ont utilisé le terme « psycholytique » (« qui détend l'esprit ») dans les années 1950 pour décrire une forme de thérapie, les composés utilisés dans cette thérapie et l'action souhaitée de ces composés. Les thérapeutes psycholytiques considéraient que le LSD, la psilocybine, la mescaline et d'autres agents avaient le potentiel de relâcher les défenses de l'ego et les utilisaient comme aide à la psychanalyse traditionnelle, en particulier avec les clients résistants. En 1957, le psychiatre britannique Humphry Osmond a inventé le terme « psychédélique » (« qui manifeste l'esprit ») afin d'éviter la stigmatisation de la maladie mentale souvent associée à la psychologie. Osmond voulait ramener « psyché » à la racine grecque du mot signifiant « âme » et s'est donc concentré sur l'action de ces drogues sur la perception de soi dans l'univers. Le terme « thérapie psychédélique » a été utilisé à la même période en Europe et en Amérique et reposait sur des doses plus élevées de LSD, puis d'autres hallucinogènes, comme moyen d'induire la prise de conscience, l'acceptation, la tolérance et une spiritualité profonde. Au cours des années suivantes, le terme « psychédélique » a été largement utilisé dans la culture pop pour désigner la musique, l'art et le mode de vie, ce qui l'a discrédité aux yeux des disciples d'Osmond.

Comme l'utilisation de composés psychotropes entraîne une altération des perceptions sensorielles, ces drogues ont été largement connues sous le nom d'hallucinogènes. Le mot « halluciner » vient du latin « allucinari », qui signifie errer mentalement ou tenir des propos incohérents, et est synonyme de verbes indiquant la folie ou le délire. Comme nous ne qualifions pas les chamans en état modifié de fous ou de psychotiques, ce terme semble inadéquat pour décrire le rôle traditionnel de ces puissants libérateurs d'âmes. Aldous Huxley, qui a décrit ses voyages sous l'influence de la mescaline dans Les Portes de la perception, a suggéré le nom « phanerothyme » - qui signifie rendre manifestes les émotions intenses - pour saisir la signification profonde de son

expérience sous l'influence de la mescaline. Dans un échange d'idées ludique avec Osmond, Huxley a écrit :


« Pour rendre ce monde insignifiant sublime,

prenez un demi-gramme de phanerothyme. »


À quoi Osmond répondit, faisant la promotion de ses propres idées :


« Pour sonder les profondeurs de l'enfer ou planer de manière angélique,

il suffit d'une pincée de psychédélique. »


Comme c'est probablement la première fois que vous rencontrez le terme « phanéroérothime », vous savez maintenant quelles sont les idées qui ont prévalu dans la recherche d'un langage pour nommer cette classe unique de composés.

Si le terme « psychédélique » désigne à l'origine les composés psychoactifs, il en est rapidement venu à désigner tout un mode de vie et un mouvement. En 1979, un petit groupe d'ethnobotanistes, d'ethnomycologues et d'autres spécialistes réputés pour leurs travaux sur la culture et l'usage des hallucinogènes ont inventé le terme « enthéogène » pour décrire les plantes, champignons et composés psychoactifs utilisés par les chamans et les prêtres dans le cadre de cérémonies traditionnelles ou par d'autres personnes cherchant à créer un cadre ritualisé similaire. Ils souhaitaient « proposer un nouveau terme qui serait approprié pour décrire les états de possession chamanique et extatique induits par l'ingestion de drogues psychotropes ».

Préoccupé par l'augmentation rapide de l'usage voire de l'abus populaires d'une variété de drogues psychoactives, notamment le LSD, la mescaline et la psilocybine tout au long des années 1960 et 1970, le groupe était convaincu qu'il fallait trouver une méthode pour désigner les composés psychoactifs qui faisait référence à leur usage ritualisé comme passerelles vers l'âme et l'illumination plutôt qu'à un simple usage récréatif. Le terme « enthéogène » vient des termes grecs « etheos », qui désigne le dieu intérieur, et « gen », qui est la racine du mot anglais « generative » (génératif) et qui évoque l'idée d'accéder au dieu intérieur ou de le devenir. Le penseur et écrivain influent Stanislav Grof, MD, a écrit à propos de sa propre expérience fondamentale après avoir utilisé des enthéogènes : « J'avais un parcours complètement athée lorsque j'ai découvert les enthéogènes. Pour moi, ma première expérience enthéogène n'a pas confirmé ou approfondi ce en quoi je croyais déjà ; elle a provoqué un revirement à 180 degrés. »

[...] L'abus des psychédéliques dans les années 1960 et 1970 a conduit à la fin des pratiques cliniques légitimes et de la recherche sur leurs applications potentielles dans divers contextes psychologiques. Les étapes lentes et délibérées vers la réhabilitation de la réputation de ces enthéogènes sont en cours, et l'avenir promet un grand potentiel pour leur utilisation afin d'aider les gens à donner un sens à leur vie et à trouver la paix avec leur monde.

[...] En tant que parent d'un adolescent, mon intention n'est pas de glorifier ou de magnifier l'usage de drogues hallucinogènes, ni d'encourager leur consommation dans des contextes non contrôlés. En même temps, je ne veux pas écarter le potentiel d'éveil personnel et de révélation de soi simplement à cause des excès d'une génération mal informée et irresponsable d'usagers récréatifs."

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Francis Martin dans son ouvrage intitulé Sous la forêt. Pour survivre il faut des alliés. (Éditions HumenSciences, 2019) nous parle de l'utilisation chamanique de certains champignons :


"La cueillette des champignons sauvages est une tradition très ancienne, qui remonte à la Préhistoire. Au cours de leurs pérégrinations, nos ancêtres, chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, consommaient plantes, fruits, baies et champignons pour se nourrir, mais aussi pour se soigner. Ils récoltaient sans aucun doute les coprophages qui émergeaient des bouses de mammouth. Leurs chamans les utilisaient pour guérir les multiples maux dont souffraient les hommes en ces temps difficiles. Ils étaient détenteurs d'un savoir puissant, capable de tuer ou de garder en vie. Ils (ou d'ailleurs le plus souvent elles) avaient des connaissances mycologiques et botaniques étendues, transmises oralement de génération en génération. Consommés lors des cérémonies sacrées, les champignons psychotropes leur ouvraient la porte du monde des esprits, leur assurant une domination sans partage du pouvoir religieux. De nos jours, ces traditions mycologiques sont perpétuées dans les tribus amérindiennes et sibériennes, ainsi que dans les sociétés incas et d'Amérique centrale. La récolte des champignons psychotropes a toujours été restreinte à quelques élus, limitant ainsi les risques d'addiction ou d'intoxication mortelle..."

G.C. Yian, B.M.S. Pitta et M.S. Tiébré, auteurs de "Champignons Sauvages Comestibles Et Pharmacopée Traditionnelle En Zone Forestière De La Côte D’Ivoire" (IOSR Journal Of Pharmacy And Biological Sciences, Volume 15, Issue 2 Ser. II (Mars-Avril 2020), pp. 35-45) proposent d'ajouter une espèce africaine à la liste des champignons hallucinogènes :


"Cette étude a aussi montré que l’espèce Coprinus africanus est considérée comme un champignon hallucinogène. Selon les personnes interrogées, l’effet hallucinogène se manifeste après la consommation d’alcool notamment du vin de palmier à huile. Cette observation corrobore les travaux qui ont mentionné que Coprinus africanus est considérée au Nigéria et au Bénin comme une espèce hallucinogène. Ces auteurs ont également noté que les individus après la consommation de ce champignon, doivent s’abstenir de boire de l’alcool."

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Usages modernes :


Dennis Ioffe, auteur de “Griby i Mukhi: A Historical Contextualization of the Esoteric Mushroom Religion of Moscow Conceptualism : Fungal Erotic Imagery of Entheogens and Insects.” (In : Religions, 2024 : n. pag.) étudie la place des champignons dans la culture slave :


"Au sens large, les « enthéogènes », dont l’étymologie signifie « générer le Divin en soi », ou souvent désignés comme « sacramentaux psychoactifs », constituent une catégorie spécifique de substances narcotiques dont l’usage historique s’étend sur différentes périodes et cultures (Shanon 2002 ; Hanegraaff 2013 ; Wasson et al. 1986). Ces substances sont employées depuis des siècles pour induire des expériences spirituelles, telles que des visions chamaniques, des états mystiques et des extases religieuses. Elles ont également inspiré la littérature et l’art, explorant les domaines de la spiritualité. Outre les conceptualistes russes, on peut citer de nombreux écrivains et poètes internationaux qui ont eu recours à des enthéogènes comme l’ayahuasca, la psilocybine et le peyotl, outils puissants pour accéder à des niveaux de conscience plus profonds et explorer la nature cachée de la réalité. Mon essai porte sur l’usage rituel psychédélique des champignons, tel qu’il s’exprime dans le conceptualisme ésotérique russe sur trois générations. Cette tradition fongique a donné naissance à de nombreux textes littéraires, objets artistiques et performances créatives (Ioffe 2020).

Vladimir Toporov, éminent chercheur russe, sémioticien, linguiste et historien de la culture, a, dans son article fondateur sur la mythologie des champignons et les thèmes religieux slaves (Toporov 2004 ; voir aussi Elizarenkova et Toporov 1970 ; Belova 1995), exposé les grandes lignes et les points centraux de ce débat. Les membres de tous les groupes du conceptualisme moscovite, dont les œuvres portent l'empreinte de ce que nous appelons la « religion des champignons », connaissaient manifestement l'ensemble des « représentations des champignons » décrites par Toporov. L'intérêt particulier de la scène underground russe pour toutes sortes de champignons et la mythologie qui leur est associée remonte à la révolution psychédélique des années 1960 et, en partie, 1970. Mon article récent sur les thèmes liés aux champignons et aux hallucinogènes dans le roman « L'Amour mythogène des castes » explore cette question en profondeur (Ioffe 2020). La fascination pour les champignons a même donné naissance à une discipline à part entière : l'ethnomycologie. La connaissance approfondie, au sein du milieu conceptualiste russe de Moscou et de Leningrad, des différentes théories des champignons de diverses origines historiques, y compris les travaux savants de R.G. Wasson et V.N. Toporov, est aujourd'hui généralement bien établie (Ioffe 2013, 2017, 2020 ; voir aussi Nekhoroshev 2021).

Mon précédent essai sur ce sujet (Ioffe 2020) propose un aperçu général de l'ethnomycologie, en analysant les contributions des chercheurs pionniers d'une nouvelle approche de l'étude des hallucinogènes d'origine fongique (tels que Richard Evans Schultes, Michael Harner, Roger Heim, Peter Furst, etc.) et, plus important encore, en explorant le rôle cultuel des champignons dans les pratiques et systèmes rituels et mythologiques. Un aspect crucial réside sans aucun doute dans la nature fongique potentielle du « soma », cette boisson distillée, élixir divin de bonheur et d'immortalité mentionnée dans les enseignements philosophiques anciens de l'humanité, notamment les Védas. Il convient de préciser que l'origine fongique du soma n'est qu'une des hypothèses existantes. Pour certains chercheurs, elle ne semble pas encore être l'explication la plus probable. Souvent, en s'appuyant sur les Védas, les chercheurs avancent l'hypothèse d'une origine végétale du soma (à partir de l'éphédra ou du chanvre). Le mot « soma » lui-même pourrait provenir d'un verbe signifiant « presser ».⁸ Le rituel de préparation du soma supposait que la plante dont il était censé être issu était trempée dans l'eau, puis pressée à l'aide de pierres, filtrée à travers un tamis en laine de mouton, diluée avec de l'eau, mélangée à du lait ou de l'orge, et enfin versée dans des récipients en bois. Pour certains critiques, il est vrai que cette recette ne ressemble pas forcément à une recette typique pour préparer une sorte de décoction de champignons.

Une analyse comparative du soma et d'autres substances fongiques constitue le fondement de l'étude conceptuelle et de la représentation créative de divers champignons, avec une attention particulière portée à l'amanite tue-mouches, identifiée par R.G. Wasson comme le dérivé probable du soma parmi divers champignons hallucinogènes. Wasson connaissait bien les traditions fongiques russes grâce à son épouse Valentina Pavlovna (Wasson et Wasson, 1957) et à son amitié avec Roman Jakobson, qu'il connaissait bien. Le professeur russo-américain Vyacheslav Vs. Ivanov se souvint plus tard que Jakobson lui avait raconté comment son ami proche, le banquier Wasson, avait persuadé Claude Lévi-Strauss, éminent linguiste et anthropologue français, de consommer les champignons dits « magiques ». Plus tard, Wasson admit que c'était Roman Jakobson qui, dès le milieu des années 1940, lui avait fait part de ses idées éclairées sur le rôle religieux des champignons dans la préhistoire des Européens. Selon Wasson, Roman Jakobson a continuellement diffusé ses idées sur les champignons, notamment des citations de livres, des noms dérivés de champignons et des dénominations rares et archaïques de champignons en Russie (Wasson et al. 1986 ; Wasson et Wasson 1957 ; Wasson 1956 ; voir aussi Nekhoroshev 2021).

Comme le souligne Christopher Partridge, Terence McKenna affirmait que les champignons hallucinogènes sont la clé de la compréhension de l'évolution de la conscience humaine dans son ensemble, qu'elle soit religieuse ou non. On pourrait même les comparer à une sorte de « gnose extraterrestre ». Ainsi, « des spores, ayant dérivé à travers l'immensité glacée de l'espace, se sont déposées dans le fumier de vache autour des communautés de nos ancêtres ». Par la suite, la consommation de ces champignons aurait introduit l'« étincelle divine » qui a conduit à l'émergence de la conscience humaine moderne, tant ésotérique qu'exotérique. « Il existe un facteur caché dans l'évolution de l'être humain… qui a fait émerger la conscience humaine à partir d'un singe bipède », un facteur « impliquant une boucle de rétroaction avec des plantes hallucinogènes » (McKenna, 1991). En d'autres termes, les champignons sont des « réservoirs de gnose végétale vivante » (McKenna, 1992). De plus, puisque « la psilocybine est une source de Gnose » (McKenna 1991, p. 97), elle permet de comprendre « la nature éternelle de l’esprit » et comment « le libérer du corps » (McKenna 1991, pp. 41-42). Ainsi, tandis que « le corps nous a conduits jusqu’à ce moment de libération », les psychédéliques nous permettent d’envisager « la transcendance du corps, l’émergence de la prison universelle gnostique de fer qui emprisonne la lumière : rien de moins que la transformation de notre espèce » (McKenna 1991, p. 95-96) (voir plus de contexte et de détails dans (Partridge 2019)).

Le rôle religieux des champignons, voire des champignons eux-mêmes, est indéniable, et plus encore leur dimension ésotérique. Le chapitre 29 de l’ouvrage paradigmatique d’Irénée, *Adversus Haereses*, offre l’une des premières comparaisons métaphoriques entre les religions ésotériques et les champignons : « … parmi lesdits Simoniens, une multitude de gnostiques surgit sous l’égide de Barbelo, et ils apparurent comme des champignons poussant de la terre où ils avaient été conçus » (*Super hos autem, ex his qui praedicti sunt Simoniani multitudo Gnosticorum Barbelo exsurrexit, et velut a terra fungi manifestati sunt, quorum principales apud eos sententias enarramus*) (Irénée 1907, p. 278-279). Il n’est évidemment pas possible, à partir d’une simple expression idiomatique, d’établir d’emblée un lien direct entre les enseignements gnostiques et les champignons eux-mêmes. Il pourrait s'agir d'une métaphore linguistique exprimée par une phraséologie locale particulière. La notion de « souterrain » désigne ici métaphoriquement l'origine diabolique des enseignements hérétiques, comparés aux champignons. Ceci illustre le rôle important que jouaient les champignons dans la vie quotidienne de l'époque. La condition humaine de cette ère acceptait aisément la possibilité même d'une telle comparaison transgressive : un champignon et un être vivant, et inversement.

[...]

Dans le cadre de cet essai, j'utilise généralement le terme évocateur d'enthéogènes, qui a attiré l'attention des chercheurs (entre autres) grâce aux travaux de Gordon Wasson. Comme le souligne Wouter Hanegraaff, le nom « enthéogène » semble avoir été forgé pour la première fois en 1979 « par un groupe d'ethnobotanistes et de spécialistes de la mythologie soucieux de trouver une terminologie qui reconnaisse l'usage rituel de plantes psychoactives rapporté dans divers contextes religieux traditionnels, tout en évitant les significations et connotations douteuses de termes courants, notamment « hallucinogènes » et « psychédéliques » » (Hanegraaff 2013). Ces substances induisent des états de conscience particuliers « dans lesquels ceux qui les consomment sont censés être “remplis”, “possédés” ou “inspirés” par une sorte d'entité, de présence ou de force divine » (Hanegraaff 2013). Cela pourrait remonter à Paracelse et à sa réflexion sur la « synthèse particulière du corps physique, de l’âme immortelle et de l’esprit sidéral (ou astral) » (Moran 2016). Évoquer les enthéogènes implique d’aborder le concept de magie naturelle et les nombreuses transformations qu’ont connues les idées de magie au fil des siècles (Hanegraaff 2012). Comme le soulignent de nombreux chercheurs, il est difficile de définir précisément ce qui distingue la religion de la magie. On pourrait toutefois affirmer que la magie tend à se développer sur un substrat religieux, telle une plante, et qu’elle est capable d’adopter des cérémonies religieuses et des noms divins (voir Luck 2006, p. 2 ; voir aussi Frankfurter 2019).

[...]

John Rush, quant à lui, propose une perspective extrêmement stimulante qui s'écarte des conceptions traditionnelles de Jésus-Christ. Refusant de fait de considérer Jésus comme un personnage historique réel, Rush semble suggérer que les premiers chrétiens le concevaient comme une représentation symbolique des expériences mystiques induites par des substances enthéogènes telles que les plantes et les champignons psychédéliques. Selon cette interprétation, le Christ n'était pas un individu ordinaire, mais plutôt la manifestation de quelque chose d'autre, une personnification des expériences spirituelles profondes facilitées par ces substances psychoactives. Ce point de vue implique que les représentations de Jésus dans l'art chrétien pourraient symboliser les expériences transformatrices, voire transcendantes, associées aux rituels enthéogènes, plutôt que de représenter un personnage historique au sens littéral. De plus, l'idée que Jésus symbolise l'aspiration psychédélique suggère une dimension spirituelle plus profonde au sein de la théologie chrétienne (Rush 2011). Elle invite à explorer l'influence potentielle des états de conscience modifiés sur le développement des croyances et des pratiques religieuses à travers l'histoire. En concevant Jésus comme une expression métaphorique du voyage psychédélique, nous pouvons potentiellement repenser notre compréhension des enseignements chrétiens et de leurs origines (Brown et Brown, 2016). Cette perspective psychédélique remet en question les interprétations conventionnelles du christianisme et encourage la recherche interdisciplinaire sur les intersections entre religion, conscience et divers états de conscience modifiés (Furst, 1990). Elle favorise un examen non conventionnel des contextes historiques et culturels dans lesquels les traditions religieuses sémitiques originelles ont émergé, éclairant la relation complexe entre spiritualité et substances psychoactives dans les sociétés humaines anciennes (Rush, 2011). Ce sujet semble être approfondi dans le Zohar, un livre mystique juif (diffusé pour la première fois par l'écrivain du XIIIe siècle Moïse de León, qui fait référence à Siméon ben Yochaï (Rashbi), un sage du IIe siècle originaire de l'ancienne Judée).


Zohar Sitrei Torah 1: 147b–148b (Le Voyage de Jacob)


« Le secret des secrets : De la chaleur accablante du midi d’Isaac,

des lieurs de vin, émergea un champignon, une grappe,

mâle et femelle ensemble, rouges comme une rose,

s’étendant dans de nombreuses directions et sur de nombreux chemins.

Le mâle est appelé Samaël,

sa femelle est toujours incluse en lui.

De même qu’il en est du côté de la sainteté,

il en est de même de l’autre côté :

mâle et femelle s’enlaçant.

La femelle de Samaël est appelée Serpent,

Femme de Prostitution, Fin de toute chair, Fin des temps.

Deux esprits mauvais unis : l’esprit du mâle est subtil ;

l’esprit de la femelle est diffus de multiples manières et sur de nombreux chemins,

mais uni à l’esprit du mâle. »

[...]

L'idée que Jésus ou d'autres figures symboliques religieuses soient liées aux champignons apparaît toujours aussi provocatrice et non conventionnelle, mais aussi, en tant que théorie, plutôt incongrue. De manière générale, les idées d'Allegro n'ont pas été acceptées par les chercheurs reconnus ni par les historiens des langues sémitiques et de la bibliologie. Dans son ouvrage universellement célèbre, Allegro affirmait (peut-être avec ironie) que divers aspects de la téléologie, de l'ontologie et de la théogonie chrétiennes, y compris le récit de Jésus lui-même, représentaient en réalité des allégories de cultes obscurs liés aux champignons et de rituels psychédéliques. Nombre de chercheurs remettent naturellement en question la suggestion d'Allegro selon laquelle le fondateur du christianisme pourrait être un champignon ou une projection hallucinogène de celui-ci. Ce rejet, en substance, relègue l'étude de la personnalité historique de Jésus-Christ au second plan. La question de savoir qui était Jésus et s'il a réellement existé demeure incertaine, un point souligné par un ouvrage important récemment paru, issu d'un grand congrès tenu à l'Université de Princeton (Charlesworth et al., 2014). De nombreux universitaires se sont penchés sur les fondements du christianisme et ont d'emblée écarté toute considération empirique stricte concernant les événements relatés dans les Évangiles. Les questions relatives aux miracles réellement accomplis par Jésus, à sa marche sur l'eau, à la transformation de l'eau en vin, à la guérison des lépreux, à la résurrection des morts, à l'expulsion des démons dans un troupeau de porcs (et à l'existence même des démons), et enfin à sa résurrection après le martyre, sont souvent éludées dans le discours académique."

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Symbolisme :


Selon Dennis Ioffe, auteur de “Griby i Mukhi: A Historical Contextualization of the Esoteric Mushroom Religion of Moscow Conceptualism : Fungal Erotic Imagery of Entheogens and Insects.” (In : Religions, 2024 : n. pag.) :


"John Allegro ne contredit pas fondamentalement les idées par ailleurs outrageusement stiobby de Sergueï Kouriokhine : « …Les anciens étaient perplexes face à la croissance du champignon sans graine, à la rapidité avec laquelle il apparaissait après la pluie et à sa disparition tout aussi rapide. Né d’une volve ou « œuf », il ressemble à un petit pénis, se dressant comme un organe humain en érection, et lorsqu’il déployait largement son feuillage, les anciens botanistes y voyaient un phallus portant le « fardeau » de l’aine d’une femme. Chaque aspect de l’existence du champignon était chargé d’allusions sexuelles, et dans sa forme phallique, les anciens voyaient une réplique du dieu de la fertilité lui-même. C’était le « fils de Dieu », sa substance était une forme plus pure du sperme divin que celle que l’on pouvait trouver dans toute autre forme de matière vivante. C’était, en fait, Dieu lui-même, manifesté sur terre. Pour le mystique, c’était le moyen divinement donné d’entrer au ciel ; Dieu était descendu dans la chair pour montrer le chemin vers lui-même. » « Lui-même » (Allegro 1973, p. 15). Le Dieu incarné est Jésus-Christ, tout comme son Père était le Logos-Verbe originel et omnipotent qui s’est également incarné en son temps. Comme indiqué précédemment, le champignon représente une manifestation de la chair d’un dieu ou de plusieurs dieux aux noms différents. La comparaison des champignons hallucinogènes avec le corps de Dieu est un thème récurrent dans la littérature contemporaine (voir également Furst 1990)."

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Littérature :

Martin Suter, auteur de La Face cachée de la lune (Dioegenes Verlag A.G. Zurich, 2000 ; Christian Bourgois Editeur, 2000 pour la traduction française) relate les aventures d'un quadragénaire qui découvre les champignons hallucinogènes :


"Urs Blank s'était préparé à une expérience méditative. Les allusions de Lucille, son ordre de ne rien absorber d'autre, la veille, qu'un bouillon de légumes léger, allaient eux aussi dans ce sens. Mais lorsque Joe expliqua les règles « pour ceux qui viennent pour la première fois », il comprit qu'il était tombé dans un cercle de consommateurs de champignons.

- Le rituel que nos allons suivre est aussi vieux que l'humanité elle-même. On a retrouvé des représentations rupestres au Sahara, les chamans de Sibérie utilisaient les champignons pour éclairer le chemin vers le monde intellectuel, les Aztèques, avec leurs champignons hallucinogènes, se mettaient dans un état qu'ils qualifiaient de rêve fleuri. Un apostat jésuite nommé John Allegro est même allé jusqu'à affirmer que l'origine du christianisme était un culte de l'amanite tue-mouches.

Joe parlait comme un guide voyage, il aurait pu débiter son texte en dormant.

- Comme tout ce qui ferait un peu avancer l'humanité, la consommation de champignons contenant de la psilocybine et de la spilosine est naturellement interdite chez nous. Je dois donc vous demander une promesse : ne dite rien à personne qui a organisé ce rituel et d'où proviennent les champignons.

Il attendit pour reprendre que tous les membres de la ronde aient hoché la tête avec zèle.

- Vous vous en tiendrez à mes instructions, vous ne quitterez le groupe qu'en cas d'urgence, vous agirez à vos risques et périls.

Il se le fit confirmer d'un hochement de tête par chaque personne présente. Urs Blank se demanda ce qu'il venait faire là-dedans.

Il se posa la même question en suivant à travers la forêt, Joe et le petit groupe de promeneurs pleins d'entrain. Il n'avait rien à voir avec ces gens. Même Lucille qui remontait le sentier forestier abrupt en bavardant, le souffle court, lui faisait l'effet d'une inconnue.

Ils atteignirent une clairière qui jouxtait une paroi rocheuse abrupte En haut, une chute d'eau dévalait l'avancée rocheuse et tombait dans un bassin. Un torrent y prenait naissance, qui traversait la clairière. au centre de celle-ci, on avait monté un grand tipi d'où s'élevait un mince filet de fumée. Un peu plus près de la cascade se trouvait un appentis en planches de bois brut, dont l'entrée était recouverte par une couverture de laine.

- Shiva ! appela Joe.

De la tente sortit une fille aux cheveux blond clair. Elle portait une robe en peau de chamois à longues franges, comme une squaw. Lorsqu'ils s'approchèrent, Blank vit qu'il s'agissait d'une vieille femme.

- Shiva, dit Joe. Notre guide.

Elle salua Blank de cette poignée de main significative que lui avait déjà donnée Joe.

Au milieu du tipi brûlait un feu contenu par un cercle de pierres grosses comme le poing. Ils s'assirent autour. Shiva leur donna les dernières instructions sur le ton d'une dame catéchiste. Elle prononça des phrases comme : « Tentez tous de mettre en sommeil l'instance interne qui critique et qui juge, de vivre ce processus sans vouloir le soumettre trop tôt à l'analyse. »

Blank éprouva immédaitement de l'antipathie pour Shiva. Il fut heureux d'entendre Joe lui demander de l'aider à transporter les pierres brûlantes de l'âtre jusqu'à la cabane en bois. Joe les jeta avec un tisonnier dans un vieux seau à charbon. Urs porta le récipient dans la cabane et le déversa dans le trou creusé en son milieu.

Le début du rituel dépassait ses pires craintes. Il venait de renverser le dernier chargement de pierres et sortait de la cabane avec le seau à charbon vide lorsque le groupe vint à sa rencontre. Ils étaient tous nus.

Urs Blank n'était pas prude S'il évitait les sauns publics et les plages naturistes, c'était pour des motifs esthétiques. Non pas pour épargner sa vue à autrui, mais pour s'épargner celle des autres. [...]

Entre deux déversements d'eau, Joe brûlait de la menthe, de l'origan, du romarin et du chanvre.

Blank se détendait. Lorsqu'au bout d'un demi-heure, ils plongèrent dans l'eau glacée du bassin naturel creusé sus la chute d'eau, il ne se souciait déjà plus d'avoir oublié sa serviette éponge dans la cabane.

Il se sentait frais et porpore losqu'ils revinrent dans le tipi chauffé et se rréhbillèernt. Il s'assit à côté de Lucille sur le sac de couchage et tenta, obéissant, de mettre en sommeil l'instance interne qui critique et qui juge. Cela se révéla plus nécessaire que jamais.

Shiva était installée derrière un petit autel orné de bougies allumées, d'un champignon de bronze, d'un brûleur à encens semblable à ceux de Lucille, d'une assiette contenant diverses herbes et résine, et d'un plateau couvert d'un tissu blanc.

Shiva murmura quelques formules et ôta le morceau de drap. Elle souleva le plateau bien au-dessus de sa tête, ferma les yeux, resta un instant immobile dans cette position, puis le remit à Joe. Il inspecta le plateau et le fit passer.

Urs Blank allait souvent tenter, à l'avenir, de se rappeler ce qu'il avait vu sur ce plateau. Pour lui, c'étaient des morceaux de plantes séchées. Des écorces, des légumes, des fruits ou encore - il en avait au moins l'impression - des champignons. Ils n'avaient ni forme, ni couleur, ni structure permettant d'identifier une plante en particulier. Ils ne se distinguaient les uns des autres - dans son souvenir - que par la taille. IL tendit le plateau à Lucile. Elle examina son contenu, lui fit un clin d'œil et se lécha les babines.

- Trois petits champignons secs contiennent à peu près un gramme de psilocybine, expliqua Shiva. Il en faut plus ou moins, selon son poids. (Elle lança un regard entendu à Pia et Edwin.) Moi, par exemple, j'en prends quatre.

Elle remplit un verre d'eau et y versa trois cachets. L'eau se mit à écumer, couleur orange.

- Vitamine C pure. Ca masque le goût et ça renforce l'effet.

Elle prit sur le plateau quatre morceaux brun noir, les mot dans la buche et commença à mâcher.

- Mâchez tant que vous le supportez.

Elle ferma les yeux et mâcha.

- Comme une chèvre, chuchota Blank à Lucille. Elle posa le doigt sur les lèvres.

Shiva mâchait, bras écartés, comme s'il s'agissait d'un périlleux numéro de funambule. Enfin, lorsque les premiers signes d'impatience devinrent perceptibles dans le tipi, elle attrapa le verre et but d'un trait. A partir de et instant, les champignons furent accessibles à tous."

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