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Champignons hallucinogènes



Documentaire Arte qui retrace le parcours de Gordon Wasson et explique sa thèse du champignon à l'origine de la religiosité ainsi que la postérité de ses recherches.



Étymologie :


Étymol. et Hist. 1934 adj. (Le Mois, mars-avr., 282 ds Quem. DDL t. 15). Composé de hallucino-, élém. tiré de hallucination* et de l'élém. formant -gène* ; cf. l'angl. hallucinogen, 1954 (ds NED Suppl. 2).


Étymol. et Hist. 1966 psychedelic (Les Rochers, 17 déc., 18 ds Höfler Anglic.); 1967 psychédélique (l'Express. 3-9 avril, 31c, ibid.). Empr. à l'angl. psychedelic, adj. proposé en 1956 par un correspondant de l'écrivain Aldous Huxley et popularisé par le psychologue amér. Th. Leary lorsqu'il répandit l'usage du L.S.D., notamment à partir de 1963 dans The Psychedelic review (v. NED Suppl.2); il s'agit d'une formation à partir du gr. ψ υ χ η ́ (v. psyché2) et δ η λ ο ́ ω « rendre visible, révéler » (suff. -ic, cf. fr. -ique).


Étymol. et Hist. 1951 (Piéron). Comp. des élém. formants psycho-* et -trope*.


Élém. tiré du gr. ψ υ χ(ο)-, lui-même de ψ υ χ η ́ « âme, esprit », servant à constr. de nombreux adj. et subst., en partic. de la lang. de la méd., de la pathol., dont le signifié a un rapport avec le psychisme, la psychologie.


Élém. tiré du gr. τ ρ ο ́ π ο ς « tour, direction », entrant dans la constr. de qq. adj. appartenant au vocab. sc.

A. − Qui se tourne vers, qui est orienté dans une direction caractérisée par le 1er élém.

B. − Qui se fixe ou agit électivement sur ce que désigne le 1erélém.; qui a une affinité pour ce qui est désigné par le 1er élément.

C. − Qui possède les propriétés physiques caractérisées par le 1erélém.


Lire également la définition des adjectifs hallucinogène, psychédélique et psychotrope afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Usages traditionnels :


Marcel Locquin dans Les Champignons (Presses Universitaires de France, collection Que sais-je ?, 1979) relativise la portée des hallucinogènes :


Les syndromes hallucinogènes ou PSYCHOTROPIQUES : Ils ont tous une action sur le psychisme, qui peut être soit :

  • psychotonique avec stimulation psychique et visuelle, ou à un degré de plus :

  • psychomimétique avec mime de troubles mentaux, ou à un degré de plus :

  • psychodysleptique avec dépersonnalisation.


Il a été écrit tant d'articles, passionnellement et non scientifiquement motivés sur « drogues » hallucinogènes, qu'il convient auparavant de rappeler avec le Pr Jean Cheymol, directeur de l'Institut Pharmacologique de la Faculté de Médecine de Paris, quelques vérités essentielles : « Le mot hallucinogène est compris de tous, il est inutile de le remplacer par des mots plus savants : psychomimétique, psychodysleptique. Ces hallucinogènes perturbent l'activité mentale, modifiant l'état de veille - ce qui différentie hallucination et rêve - modifiant les notions de temps et d'espace, créant des illusions tantôt agréables, tantôt terrifiantes. Elles sont marquées par l'exagération des perceptions sensorielles, soit des couleurs, soit des sons, soit des formes, soit des mouvements, aboutissant à des modifications du comportement... Notons par contre la rareté des hallucinations olfactives, gustatives ou tactiles. Mais ces hallucinations valent en finesse, nuances, vigueur ce que vaut l'intellect du patient... La grande différence d'avec les phénomènes ressentis sous l'effet des hypnotiques ou des stupéfiants, est le maintien de la conscience, permettant à la mémoire d'enregistrer et de fournir - une fois l'épreuve terminée - des autoobservations détaillées. Ces psychoses provoquées remontent à la nuit des temps ».

Et le Pr Cheymol continue avec ceci : « On ne saurait admettre que traitant des hallucinogènes, l'on ne s'arrête pas quelques instants sur le plan toxicomanie qui défraye la grande presse... Il vaudrait mieux dire comme le demandent les experts français : toxitude que toxicomanie, car, si c'est une déplorable habitude, elle n'engendre pas de phénomènes d'abstinence quand on supprime la drogue nocive comme le font les stupéfiants Les pouvoirs publics ont réagi avec vigueur dans tous les pays. Mettant au premier plan le besoin de sévir contre les distributeurs et les utilisateurs, ils ont mis les hallucinogènes parmi les stupéfiants, pour la France au tableau B. C'est là une erreur pharmacologique incontestable, les hallucinogènes n'entraînant pas d'abstinence quand on les supprime. »

 

Francis Martin dans son ouvrage intitulé Sous la forêt. Pour survivre il faut des alliés. (Éditions HumenSciences, 2019) nous parle de l'utilisation chamanique de certains champignons :


La cueillette des champignons sauvages est une tradition très ancienne, qui remonte à la Préhistoire. Au cours de leurs pérégrinations, nos ancêtres, chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, consommaient plantes, fruits, baies et champignons pour se nourrir, mais aussi pour se soigner. Ils récoltaient sans aucun doute les coprophages qui émergeaient des bouses de mammouth. Leurs chamans les utilisaient pour guérir les multiples maux dont souffraient les hommes en ces temps difficiles. Ils étaient détenteurs d'un savoir puissant, capable de tuer ou de garder en vie. Ils (ou d'ailleurs le plus souvent elles) avaient des connaissances mycologiques et botaniques étendues, transmises oralement de génération en génération. Consommés lors des cérémonies sacrées, les champignons psychotropes leur ouvraient la porte du monde des esprits, leur assurant une domination sans partage du pouvoir religieux. De nos jours, ces traditions mycologiques sont perpétuées dans les tribus amérindiennes et sibériennes, ainsi que dans les sociétés incas et d'Amérique centrale. La récolte des champignons psychotropes a toujours été restreinte à quelques élus, limitant ainsi les risques d'addiction ou d'intoxication mortelle...

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Littérature :

Martin Suter, auteur de La Face cachée de la lune (Dioegenes Verlag A.G. Zurich, 2000 ; Christian Bourgois Editeur, 2000 pour la traduction française) relate les aventures d'un quadragénaire qui découvre les champignons hallucinogènes :


Urs Blank s'était préparé à une expérience méditative. Les allusions de Lucille, son ordre de ne rien absorber d'autre, la veille, qu'un bouillon de légumes léger, allaient eux aussi dans ce sens. Mais lorsque Joe expliqua les règles « pour ceux qui viennent pour la première fois », il comprit qu'il était tombé dans un cercle de consommateurs de champignons.

- Le rituel que nos allons suivre est aussi vieux que l'humanité elle-même. On a retrouvé des représentations rupestres au Sahara, les chamans de Sibérie utilisaient les champignons pour éclairer le chemin vers le monde intellectuel, les Aztèques, avec leurs champignons hallucinogènes, se mettaient dans un état qu'ils qualifiaient de rêve fleuri. Un apostat jésuite nommé John Allegro est même allé jusqu'à affirmer que l'origine du christianisme était un culte de l'amanite tue-mouches.

Joe parlait comme un guide voyage, il aurait pu débiter son texte en dormant.

- Comme tout ce qui ferait un peu avancer l'humanité, la consommation de champignons contenant de la psilocybine et de la spilosine est naturellement interdite chez nous. Je dois donc vous demander une promesse : ne dite rien à personne qui a organisé ce rituel et d'où proviennent les champignons.

Il attendit pour reprendre que tous les membres de la ronde aient hoché la tête avec zèle.

- Vous vous en tiendrez à mes instructions, vous ne quitterez le groupe qu'en cas d'urgence, vous agirez à vos risques et périls.

Il se le fit confirmer d'un hochement de tête par chaque personne présente. Urs Blank se demanda ce qu'il venait faire là-dedans.

Il se posa la même question en suivant à travers la forêt, Joe et le petit groupe de promeneurs pleins d'entrain. Il n'avait rien à voir avec ces gens. Même Lucille qui remontait le sentier forestier abrupt en bavardant, le souffle court, lui faisait l'effet d'une inconnue.

Ils atteignirent une clairière qui jouxtait une paroi rocheuse abrupte En haut, une chute d'eau dévalait l'avancée rocheuse et tombait dans un bassin. Un torrent y prenait naissance, qui traversait la clairière. au centre de celle-ci, on avait monté un grand tipi d'où s'élevait un mince filet de fumée. Un peu plus près de la cascade se trouvait un appentis en planches de bois brut, dont l'entrée était recouverte par une couverture de laine.

- Shiva ! appela Joe.

De la tente sortit une fille aux cheveux blond clair. Elle portait une robe en peau de chamois à longues franges, comme une squaw. Lorsqu'ils s'approchèrent, Blank vit qu'il s'agissait d'une vieille femme.

- Shiva, dit Joe. Notre guide.

Elle salua Blank de cette poignée de main significative que lui avait déjà donnée Joe.

Au milieu du tipi brûlait un feu contenu par un cercle de pierres grosses comme le poing. Ils s'assirent autour. Shiva leur donna les dernières instructions sur le ton d'une dame catéchiste. Elle prononça des phrases comme : « Tentez tous de mettre en sommeil l'instance interne qui critique et qui juge, de vivre ce processus sans vouloir le soumettre trop tôt à l'analyse. »

Blank éprouva immédaitement de l'antipathie pour Shiva. Il fut heureux d'entendre Joe lui demander de l'aider à transporter les pierres brûlantes de l'âtre jusqu'à la cabane en bois. Joe les jeta avec un tisonnier dans un vieux seau à charbon. Urs porta le récipient dans la cabane et le déversa dans le trou creusé en son milieu.

Le début du rituel dépassait ses pires craintes. Il venait de renverser le dernier chargement de pierres et sortait de la cabane avec le seau à charbon vide lorsque le groupe vint à sa rencontre. Ils étaient tous nus.

Urs Blank n'était pas prude S'il évitait les sauns publics et les plages naturistes, c'était pour des motifs esthétiques. Non pas pour épargner sa vue à autrui, mais pour s'épargner celle des autres. [...]

Entre deux déversements d'eau, Joe brûlait de la menthe, de l'origan, du romarin et du chanvre.

Blank se détendait. Lorsqu'au bout d'un demi-heure, ils plongèrent dans l'eau glacée du bassin naturel creusé sus la chute d'eau, il ne se souciait déjà plus d'avoir oublié sa serviette éponge dans la cabane.

Il se sentait frais et porpore losqu'ils revinrent dans le tipi chauffé et se rréhbillèernt. Il s'assit à côté de Lucille sur le sac de couchage et tenta, obéissant, de mettre en sommeil l'instance interne qui critique et qui juge. Cela se révéla plus nécessaire que jamais.

Shiva était installée derrière un petit autel orné de bougies allumées, d'un champignon de bronze, d'un brûleur à encens semblable à ceux de Lucille, d'une assiette contenant diverses herbes et résine, et d'un plateau couvert d'un tissu blanc.

Shiva murmura quelques formules et ôta le morceau de drap. Elle souleva le plateau bien au-dessus de sa tête, ferma les yeux, resta un instant immobile dans cette position, puis le remit à Joe. Il inspecta le plateau et le fit passer.

Urs Blank allait souvent tenter, à l'avenir, de se rappeler ce qu'il avait vu sur ce plateau. Pour lui, c'étaient des morceaux de plantes séchées. Des écorces, des légumes, des fruits ou encore - il en avait au moins l'impression - des champignons. Ils n'avaient ni forme, ni couleur, ni structure permettant d'identifier une plante en particulier. Ils ne se distinguaient les uns des autres - dans son souvenir - que par la taille. IL tendit le plateau à Lucile. Elle examina son contenu, lui fit un clin d'œil et se lécha les babines.

- Trois petits champignons secs contiennent à peu près un gramme de psilocybine, expliqua Shiva. Il en faut plus ou moins, selon son poids. (Elle lança un regard entendu à Pia et Edwin.) Moi, par exemple, j'en prends quatre.

Elle remplit un verre d'eau et y versa trois cachets. L'eau se mit à écumer, couleur orange.

- Vitamine C pure. Ca masque le goût et ça renforce l'effet.

Elle prit sur le plateau quatre morceaux brun noir, les mot dans la buche et commença à mâcher.

- Mâchez tant que vous le supportez.

Elle ferma les yeux et mâcha.

- Comme une chèvre, chuchota Blank à Lucille. Elle posa le doigt sur les lèvres.

Shiva mâchait, bras écartés, comme s'il s'agissait d'un périlleux numéro de funambule. Enfin, lorsque les premiers signes d'impatience devinrent perceptibles dans le tipi, elle attrapa le verre et but d'un trait. A partir de et instant, les champignons furent accessibles à tous.

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