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  • Anne

Le Lactaire poivré




Étymologie :

  • LACTAIRE, adj. et subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1610 fig. « qui produit du lait » (Flor. Raemond, Naissance de l'hérésie, 544 ds Delb. Notes : « Cette mere Eglise..., c'est la colonne lactaire ou tous bons enfants chretiens viennent pour succer le dous lait de sa sainte doctrine ») ; 1704 colonne lactaire « colonne à Rome, au pied de laquelle on exposait les enfants abandonnés » (Trév.) ; 2. 1800 « qui a du lait » (Boiste) ; 3. 1816 « champignon » (A. P. de Candolle, Essai sur les propriétés médicales des plantes, 332-3 ds Quem. DDL t. 12). Empr. au lat. lactarius « qui a rapport au lait ».


Lire également la définition de lactaire pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Lactarius piperatus ; Agaric poivré ; Auburon ; Vache-blanche ; Laiteux poivré ; Lactaire des charbonniers ; Chavane ; Lamburon ; Lateron ; Latyron ; Poivrette ; Pebré ; Sabadelle ; Roussette.

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Mycologie :

Selon Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013), "une fois séché et réduit en poudre, on peut utiliser ce lactaire comme du poivre.


Des mycologues perplexes : Comme la plupart des lactaires, l'auburon laisse couler un lait blanc à la moindre blessure. Parfois très abondant ns les bois, on a pu dire de lui qu'il se développe "comme pousse toute mauvaise herbe, avec la furie du mal" ! Sa chair et son lait sont en effet piquants, comme du poivre ou du piment, ce qui le rend pratiquement immangeable. Il était pourtant couramment consommé en Allemagne, en Russie et dans certaines régions de France. Les mycologues étaient donc perplexes à son égard. certains d'entre eux, peut-être par simple prudence vis-à-vis de leurs lecteurs, le présentaient comme un "poisons dangereux". Aujourd'hui encore, la FAO hésite à trancher : "De nombreux rapports affirment qu'il est comestible et le confirment comme aliment en Turquie, cependant il est signalé comme vénéneux en Chine." En réalité, même s'il est loin d'être délicieux, il perd une bonne partie de son âcreté à la cuisson.


Herbe à verrues : La chélidoine, l'héliotrope et bien d'autres plantes sont qualifiées d'herbe aux verrues, mais jamais un mot sur le lactaire poivré. Pourtant, autrefois, les paysans du Languedoc appliquaient le lait du lactaire poivré sur les verrues pour les sécher.


Du lait et de la chitine : Son lait paraissait de nature à fournir une médication intéressante. Ainsi, des médecins l'ont préconisé, adouci par du sirop de guimauve, contre les calculs de la vessie et la tuberculose. Comme l'affirmait en 1810 Henri Braconnot (1780-1855), directeur du Jardin des Plantes, "il est permis à tout esprit raisonnable de douter de l'efficacité d'un pareil moyen" !

Ce chimiste avait extrait du champignon une substance blanche et fade qui lui rappelait le spermaceti des cachalots : "Voilà donc le blanc de baleine ou l'adipocire, qui jusqu'à présent n'avait été trouvé que dans la tête des cétacés, et qui parait faire partie constituante des champignons." Il avait aussi isolé une autre substance, la fongine, qui lui semblait propre à ce règne. Ce composé est en effet très important puisque il est le principal constituant de leurs membranes cellulaires, aujourd'hui appelé chitine.


Fifrelins : En Suisse allemande, le lactaire poivré se nommait pfifferling, de pfeffer, le poivre. Mais le mot signifiait également "pas grand-chose", par exemple dans l'expression das ist keinen Pfifferling wert, "ça ne vaut rien". On raconte que les soldats du régiment des Suisses de Versailles auraient popularisé cette formule en francisant le pfifferling en fifrelin, rappelant ainsi la valeur dérisoire de ce champignon !


Empirisme : A la fin du XVIIIe siècle, le docteur André Dufresnoy, médecin de l'hôpital militaire de Valenciennes, produisait l'opiat antituberculeux de Lepecq de la Clôture à partir du lactaire poivré. Il y ajoutait de la conserve de roses, du blanc de baleine, des yeux d'écrevisses, de la fleur de soufre, avec un peu de miel de Narbonne pour le goût.

Selon le docteur Jean Louis Alibert, médecin à l'hôpital Saint-Louis, "le nom absurde de cette recette annonce assez qu'elle est l'ouvrage de l'empirisme".

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