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Les Nondas

Photo du rédacteur: Anne
Anne
1 janv. 2021
21 min de lecture

Dernière mise à jour : 23 sept.




Ethnomycologie :


Selon Jacques Barrau auteur d'un article intitulé "Observations et travaux récents sur les végétaux hallucinogènes de la Nouvelle-Guinée." (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 9, n°3-6, Mars-avril-mai-juin 1962. pp. 245-249) :


"[...] Ceci nous ramène aux hallucinogènes car, dans ces hautes terres de la Nouvelle-Guinée, des champignons sont aussi utilisés par les autochtones pour provoquer des hallucinations.

Gitlow mentionna pour la première fois cet usage en 1947, Officier dans l'armée de l'air américaine, il avait fait un bref séjour pendant la dernière guerre dans la région du Mont Hagen et y avait rencontré un missionnaire catholique, le Père Ross, de la Société du Verbe Divin, qui lui fournit la plupart des éléments d'un mémoire que publia l'American Ethnographical Society. Entre autres renseignements le Père Ross, l'un des premiers explorateurs de la région du Mont Hagen et l'un des plus anciens résidents européens de cette région, signala à Gitlow l'utilisation de champignons hallucinogènes dits Nonda dans le parler local.

Singer identifia en 1958 l'un des champignons néo-guinéens réputés hallucinogènes, un Russule, mais il fallut attendre les travaux de Reay [en 1959 et 1960] pour mieux connaître l'usage de ces champignons, leurs effets apparents sur l'organisme humain et leur importance dans la psycho-sociologie locale, ceci dans Le cas des habitants de la vallée du Wahgi, près du Mont Hagen.

Reay nota que la consommation occasionnelle de ces champignons paraissait surtout destiné à provoquer une catharsis sociale; autrement dit, sous l'influence vraie ou auto-suggérée des champignons Nonda, les autochtones, hommes et femmes, peuvent, sans risque de sanction échapper temporairement aux contraintes des us et coutumes locaux et ainsi se « purger » d'inhibitions sociales.

Quel est le rôle exact des champignons Nonda dans cette affaire ? Il est bien difficile de le dire pour l'instant. Mon ami le docteur Jamieson qui fut médecin résident dans la région en question et étudia quelques cas de « folie Nonda » m'a dit qu'elle paraissait souvent ou en partie simulée ou auto-suggérée. On a noté en effet [Reay (10)] que, par exemple les hommes, ayant ingéré volontairement les champignons en question, manifestent une apparente, violente et surprenante agressivité à l'égard des gens de leur propre clan. Cependant, cette violence est bien rarement meurtrière et paraît comme raisonnablement limitée par le sujet lui-même... Tout se passe comme si l'ingestion de champignons fournissait une excuse admise à une mauvaise conduite temporaire plus ou moins symbolique. Il est probable que cette croyance en les vertus hallucinogènes de certains champignons n'est pas sans fondement physique encore ce dernier reste-t-il à découvrir et ceci est aussi vrai des autres plantes hallucinogènes.

Quant à l'identité des champignons Nonda, on ne la connaît guère ; Dorothy Shaw, mycologue du Service de l'Agriculture du Territoire de Papouasie et Nouvelle-Guinée, m'a dit que les échantillons qui ont pour l'instant été soumis à l'identification correspondaient à des champignons très divers : Armillaires, Polypores, Russules...

M. le Professeur Roger Heim, Directeur du Muséum National d'Histoire Naturelle, prépare actuellement une expédition en Nouvelle-Guinée pour étudier sur place ces champignons réputés hallucinogènes ; il faudra attendre les résultats de cette mission pour savoir de quoi il s'agit au juste."

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Adrien Bolay, auteur d'un article intitulé "Les champignons hallucinogènes." (Bulletin du Cercle vaudois de botanique., 1972, vol. 13, pp. 21-30) évoque lui aussi ce mystérieux champignon Nonda :


"Les champignons hallucinogènes sont d'un emploi régulier en Nouvelle-Guinée australienne, chez les Papous de la tribu des Kuns qui vivent sur les bords de la rivière Wahgi. Les Kumas, très mycophages, connaissent les propriétés hallucinogènes de quatre espèces différentes de champignons qu'ils appellent "nonda" .

Ces champignons semblent appartenir aux Agarics et poussent sur des troncs morts ou des débris de feuilles pourries dans la forêt.

D'après Marie Reay, citée par Heim (1963), les effets des "nonda" se traduisent par une vision double des objets, accompagnée de frissonnements intenses, avec aphasie intermittente, Les répercussions qu'exercent les champignons ne sont pas les mêmes sur les hommes que sur les femmes. Le comportement caractériel des premiers se traduit rapidement par une tension, une excitation violente, tandis que celles-ci ne livrent tout d'abord que les signes d'une sorte de douce innocence. Les hommes courent, furieux, saisissent leurs lances, leurs flèches et leurs arcs, et sortent afin de terroriser la communauté, poursuivant et dirigeant leurs armes contre tous ceux qu' ils voient.

Les scènes durent deux jours. Pendant la première journée, Ies femmes affectées par I'action des champignons se détendent dans leurs maisons, tout en racontant avec force ricanements des aventures à la fois réelles et imaginaires. Le matin du second jour, elles demandent à leurs maris de les parer ; les hommes choisissent leurs plus belles plumes, les plus précieux ornements et les fixent sur leurs compagnes, qui commencent danser en formations correspondant aux clans masculins. Cette scène porte le nom de "daad" .

C'est la seule occasion permettant aux femmes de danser comme les hommes et comme leurs sœurs non mariées. Après la danse, elles reprennent leurs rires, leurs vantardises qui s'appliquent à des exploits sexuels, et elles flirtent outrageusement avec les hommes du clan de leurs maris. Les filles non mariées somment les hommes de faire preuve d'audace à leur égard.

Les récentes analyses de Heim (1963) n'ont pas apporté la preuve que les champignons '"nonda" soient réellement hallucinogènes ou alors cette propriété proviendrait de stances encore inconnues. Cet auteur émet l'hypothèse d'une coïncidence entre une excitation hystérique collective saisonnière de la tribu Kuma d'une part, et l'utilisation des champignons d'autre part ; les champignons serviraient en quelque sorte d'excuse à un comportement anormal. II est également concevable que 1'autosuggestion ajoute sa pesée à une action hallucinatoire."

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Sur le site de Benjamin Thomas, Ethnobotany and Anthropology, on trouve l'article suivant (traduction google) :


"Histoire : L'usage du champignon nonda a été signalé pour la première fois dans la région du mont Hagen, dans les Hautes Terres de l'Ouest, par le père William A. Ross (1936 : 351). Ce prêtre catholique américain de la Congrégation du Verbe Divin (S.V.D.), installé dans la vallée de Wahgi depuis 1933, notait que « le gingembre [Zingiber spp. (Zingiberaceae)] appelé kobena et une sorte de champignon sauvage appelé nonda » étaient les seuls « quasi-narcotiques ou stimulants » utilisés dans la région du mont Hagen (1936 : 351). Selon Ross (1936 : 351), « le champignon sauvage appelé nonda rend celui qui le consomme temporairement fou. Il entre dans une crise de frénésie. Des décès ont même été recensés suite à son usage. Il est consommé avant de partir tuer un autre indigène, ou lors de périodes de grande excitation, de colère ou de chagrin. » L'anthropologue américain Abraham L. Gitlow mentionne également l'usage d'un type de champignon sauvage appelé nonda, provenant de la région du mont Hagen (1947 : 18). La description qu'en fait Gitlow (1947 : 18) est similaire à celle de Ross (1936 : 351). Selon Gitlow, « ce champignon sauvage provoque des accès de frénésie et peut même entraîner la mort. On le consomme avant de partir tuer un ennemi, ou en cas de colère, de chagrin ou d'excitation » (1947 : 18). La description originale du champignon nonda par Ross (1936 : 351) a également été reprise dans plusieurs publications (Vicedom et Tischner, 1943-1948 ; Wasson et Wasson, 1957 ; Dobkin de Rios, 1984). Les ethnomycologues pionniers Valentina Pavlovna Wasson et R. Gordon Wasson ont pris connaissance du récit du père Ross sur les champignons nonda dans la vallée de Wahgi et ont décrit les effets des champignons nonda dans leur œuvre épique Mushrooms Russia and History (1957).

Le mycologue américain Rolf Singer (1958) a alors identifié le nonda comme une nouvelle espèce, Russula nondorbingi Singer [Russulaceae]. Singer avait examiné des spécimens de nonda envoyés aux Jardins botaniques royaux de Kew, en Angleterre, par Dorothy Shaw, du Département de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche de Papouasie-Nouvelle-Guinée (Shaw 1972). Selon Singer (1958), le nonda provoquait des mycétismes cérébraux. Singer ne s'est cependant jamais rendu dans la vallée de Wahgi pour collecter des champignons nonda.

Début octobre 1954, l'anthropologue australienne Marie Reay observa que certains Kuma vivant près de Minj, dans la vallée centrale de Wahgi (district des Hautes Terres occidentales, Nouvelle-Guinée), se mirent soudainement à « dérailler » (1959 : 188). Les Kuma attribuèrent ce comportement à la consommation d'un champignon ressemblant à un champignon, le nonda (Reay 1959 : 188). Le nonda était consommé par les Kuma toute l'année, mais à certaines périodes, il provoquait « … une folie passagère chez certains » (Reay 1959 : 188). Marie Reay mentionna pour la première fois l'usage du champignon nonda par les Kuma dans sa monographie The Kuma : Freedom and Conformity in the New Guinea Highlands (1959 : 188-190). Un bref rapport ethnographique de Reay (« La folie des champignons dans les hautes terres de Nouvelle-Guinée ») parut dans la revue Oceania en 1960 et traitait de l’usage du champignon apparemment hallucinogène nonda chez les Kuma (1960). Reay avait initialement identifié de manière informelle quatre variétés de nonda associées à l’apparition de cette « folie des champignons » chez les Kuma : le tuaadwa (blanc à tige jaune) ; le kermaikip (rouge à tige blanche) ; le ngam-kindjkants (orange) et le ngam-ngam (orange à tige centrale violette) (1960 : 137 ; voir Heim 1963b : 197-198). Heim identifia les quatre types de nonda décrits par Reay (1960 : 137) comme des espèces de Boletus : B. nigroviolaceus Heim [Boletaceae] (tuaadwa) ; B. nigerrimus Heim [Boletaceae] (kermaikip) ; B. kumaeus Heim [Boletaceae] (ngamp-kindjkants) ; et B. reayi Heim [Boletaceae] (ngam-ngam) (1963a ; 1963b ; Emboden 1972 : 26). Heim et R. Gordon Wasson décidèrent d'« explorer Minj et la région du mont Hagen afin de poursuivre leurs observations et de collecter les espèces concernées » (Heim 1972 : 171). Heim et Wasson passèrent trois semaines dans la vallée de Wahgi en août et septembre 1963 avec Reay et collectèrent et identifièrent des champignons nonda associés à la « folie des champignons » de Kuma (Heim & Wasson 1964 ; 1965). Ils collectèrent et identifièrent ainsi onze espèces de nonda associées à cette « folie des champignons » : Boletus flammeus Heim [Boletaceae] (nonda ulné Kobi) ; B. kumaeus Heim [Boletaceae] (nonda ngamp kindjkants) ; B. manicus Heim [Boletaceae] (nonda gegwants ngimbigl) ; B. nigerrimus Heim [Boletaceae] (nonda kermaipip) ; B. nigroviolaceus Heim [Boletaceae] (nonda tua-rua) ; B. reayi Heim [Boletaceae] (nonda ngam-ngam) ; Heimiella anguiformis Heim [Boletaceae] (nonda mbolbe) ; Russula agglutinata Heim [Russulaceae] (mousse nonda) ; R. kirinea Heim [Russulaceae] (kirin) ; R. maenadum Heim [Russulaceae] (mousse nonda) ; et R. pseudomaenadum Heim [Russulaceae] (nonda wam) (Heim 1972 : 171-172). Heim et Wasson (1965 : 20) ont conclu que « … les champignons – ou du moins la plupart d’entre eux – ne semblent pas provoquer d’effets physiologiques conduisant à la folie », établissant ainsi que ces espèces de nonda n’avaient pas de propriétés hallucinogènes (cf. Heim 1972).


Données ethnobotaniques : Le champignon B. manicus est mentionné dans plusieurs ouvrages de vulgarisation sur les plantes psychoactives (Emboden 1972 ; 1979 ; Schultes & Hofmann 1979 ; 1992 ; Ott 1993 ; 1996 ; Rätsch 1998). Le nom kuma de ce champignon, nonda gegwants ngimbigl ou nonda gegwants nyimbil, signifie littéralement « pénis gaucher », en raison de la forme de son pied qui, pour les Kuma, rappelle celle d'un pénis (Reay 1977 : 67-68). Les Kuma croyaient également que ce champignon devait être cueilli de la main gauche (Reay 1977 : 68).

Le champignon B. manicus est l'une des six espèces considérées comme responsables du komugl taï et du ndaadl chez les Kuma (Heim 1972 : 171). Le komugl taï est « l'état des personnes prétendument affectées par les champignons… [et] signifie une “folie tremblante” » (Reay 1977 : 55). Ce terme fait également référence à un culte du cargo de 1949 auquel les Kuma ont participé (Reay 1977 : 55). En yu wi (yoowi), la langue des Kuma, komugl signifie « oreille » et aussi « surdité » (Reay 1977 : 55 ; Heim et Wasson 1965 : 15). Dans d'autres régions de Papouasie-Nouvelle-Guinée où surviennent également des épisodes de folie passagère, le terme local désignant cet état signifie souvent aussi « surdité » (Clarke 1973 : 199). Chez les Kuma, le terme komugl désigne toute forme d'incapacité à comprendre, y compris la folie, qu'elle soit permanente ou temporaire (Reay 1977 : 55 ; Heim & Wasson 1965 : 15). Komugl se traduit littéralement en tok pisin (pidgin) par « longlong » (« fou » ou « folie ») (Reay 1977 : 55). Taï est le nom kuma du paradisier de Raggiana (Paradisaea raggiana). Cependant, dans le contexte du culte du cargo et de la « folie des champignons », taï signifie « frissonnant » (Reay 1977 : 56). Cette interprétation serait basée sur le frissonnement du mâle du paradisier de Raggiana, qui déploie son plumage (Heim & Wasson 1965 : 15 ; Reay 1977 : 56). Komugl taï signifie donc littéralement « surdité frissonnante » en yu wi (yoowi).

Le terme « ndaadl » (daad) désigne l’état des femmes Kuma pendant le komugl taï et nomme également la danse qu’elles exécutent (Reay 1960 : 139). Les femmes Kuma ne consommaient généralement pas de B. manicus (Reay 1977 : 67). Cependant, ce champignon pouvait affecter aussi bien les hommes que les femmes. En 1965, Reay (1977 : 67-68) a observé une femme qui aurait consommé du nonda gegwants nyimbil (B. manicus). Cette femme est devenue agressive, à l’instar des hommes atteints de komugl taï ; elle s’est emparée d’une lance et a menacé d’autres femmes (Reay 1977 : 67-68).


Chimie et Activité : Il a été rapporté que B. manicus contient des substances indoliques (Heim 1965 ; 1972 ; 1978 ; Ott 1993 : 422 ; Rätsch 1998 : 688) [1]. Albert Hofmann a décelé des traces de trois substances indoliques dans B. manicus (Heim 1965 ; 1978 ; Ott 1993 : 298 et 422 ; 1999). Heim (1972 : 173) a émis l'hypothèse que ces substances indoliques « [...] pourraient être psychotropes ». En conséquence, Heim a réalisé trois essais biologiques avec B. manicus (Heim 1965 ; 1972 ; 1978). Trois essais utilisant de « faibles doses » (inférieures à 60 mg (Ott 1993 : 298)) de B. manicus ont été tentés par Heim, qui a estimé que « [...] les quantités étaient insuffisantes pour permettre de tirer des conclusions définitives » (Heim 1972 : 173). Toutefois, lors du second essai, l'ingestion d'une poudre obtenue en broyant la chair de B. manicus a été suivie de « [...] l'apparition de plusieurs visions lumineuses et fugaces au cours d'un rêve » (Heim 1972 : 173 ; voir Heim 1965 ; 1978).


Effets connus : On a signalé que B. manicus possédait « ... des propriétés quelque peu toxiques » (Schultes & Hofmann 1979 : 36). La preuve de la présence de substances indoliques chez B. manicus peut être trouvée dans la description des effets tant auditifs que visuels des champignons « nonda » (Reay 1977). Après avoir ingéré une espèce de nonda, très probablement la variété gegwants nyimbil (B. manicus), des hommes Kuma ont eu des « hallucinations lilliputiennes » [sic] mettant en scène des démons de la brousse volant autour de leur tête (Reay 1977 : 59). Ces démons « bourdonnaient » autour de leur tête. Un homme Kuma ayant consommé du nonda a rapporté que ces démons produisaient également un « ... bruit étrange et terrible "à l'intérieur de ses oreilles", qu'il interprétait comme un démon de la brousse lui donnant des gifles sur les oreilles » (Reay 1977 : 59). La psilocybine et d'autres tryptamines provoquent souvent un bourdonnement similaire (Beach 1996-1997 : 13). Les Kuma considéraient les démons de la brousse comme des « ... créatures minuscules, bidimensionnelles et souvent transparentes... [et] ... identifiaient toujours les personnages de dessins animés... sans hésitation et avec certitude comme des représentations de démons de la brousse ». Les démons de la brousse des Kuma étaient perçus (vus, entendus ou ressentis) comme ayant une taille allant jusqu'à la longueur de l'avant-bras d'une personne et pouvaient être soit gros, soit minces. Toutefois, lors du komugl tai, les démons de la brousse étaient censés avoir à peu près la même taille et les mêmes proportions que les abeilles sauvages (Reay 1977 : 59 n.7). L'ethnopsychiatre B. G. Burton-Bradley (1970) a affirmé que les hallucinations de démons de la brousse induites par le nonda chez les Kuma étaient « ... plus bizarres » que toute autre description de démons de la brousse ailleurs en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Des « hallucinations lilliputiennes » [sic] ont également été observées lors de l'usage récréatif de certaines tryptamines (O'Rorke 1998 : 32). Sur la base de ces observations ethnographiques, je suppose que B. manicus pourrait contenir un ou plusieurs constituants psychoactifs.


Note. [1] Une espèce non identifiée de Boletus (section Ixocomus, groupe Nudi), connue sous le nom de « Namanama », a été récoltée dans la région du mont Hagen en 1963 (Gellert et al. 1973 : 689-670 ; Rätsch 1998 : 688). Ce champignon était connu localement pour posséder une « activité hallucinatoire » impliquant une « vision multiple ou inversée » (Gellert et al. 1973 : 689). Les tests pharmacologiques visant à détecter une activité de type LSD, mescaline ou psilocybine se sont révélés négatifs (Gellert et al. 1973 : 690). Des acides aminés (alanine, glycine, valine, leucine, isoleucine, thréonine, acide L-2-amino-4-méthylhex-5-énoïque et méthionine) ainsi que des stéroïdes (ergostérol, stéroïde A, stéroïde B) ont été isolés à partir de cette espèce de Boletus (Rudzats et al. 1972 ; Gellert et al. 1973 ; Gellert et al. 1978)."


Références :




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Jean-Marie Pelt, auteur de Drogues et plantes magiques (Librairie Arthème Fayard, 1987) s'intéresse également aux rituels relatifs à ce champignon mystérieux :


"Célébrations rituelles en Nouvelle-Guinée


Les Papous de la tribu des Kuma en Nouvelle-Guinée australienne mettent autant d’ardeur à rechercher des hallucinogènes que les Indiens du Mexique. R. Heim!? rapporte que sous l'influence de champignons, nota- ment des bolets et des russules, ils manifestent de brus- ques et violents accès de fureur, accompagnés de danses, voire d’exhibitions érotiques. À la différence des Psi- locybe mexicains, ces champignons peuvent être consommés crus ou cuits, ce qui exclut la présence de psilocybine, détruite par la chaleur. Très curieursement, ne serait pas halluciné qui veut : l’action hallucinogène de ces champignons, les «nondas», ne frapperait que quelques individus du groupe, surtout des femmes, et les Kuma admettent que cette aptitude est héréditaire. La folie qui résulte de cette consommation les disculpe de tout acte délictueux qui pourrait être commis sous l’effet de la drogue.

Les manifestations varient avec le sexe : violentes, par- fois meurtrières chez les hommes, elles sont plus modé- rées chez les femmes. Sous l’empire des nondas, celles-ci retrouvent pour un moment une liberté sexuelle que leur statut quotidien interdit et, comme le rapporte Marie Reay, «flirtent outrageusement avec les hommes du clan de leurs maris ».

La signification de ces rites reste mystérieuse : quel est le rôle exact de ces champignons? Sont-ils réellement actifs ou servent-ils simplement de prétexte à un com- portement anormal? Ne peut-on y voir, comme le sug- gère R. Heim, «une coïncidence entre quelque épisode saisonnier d’une excitation hystérique collective d’une part, la croissance et l’utilisation des champignons d’autre part»? En tout cas, les champignons suspects identifiés au Museum d'histoire naturelle de Paris ne semblaient pas devoir être incriminés. « Ce n’est pas la mycologie, mais la mythologie qui est en cause», disait R. Heim. En revanche, J. Barrau signale, dans une zone de Nouvelle-Guinée peu éloignée du pays Kuma, l'emploi de plantes supérieures censées produire un d’excitation mentale avec hallucinations assez similaire. Il est donc difficile de préciser l’exact responsable des perturbations psychiques observées chez ces tribus primitives. Mais, ici comme ailleurs, la drogue est partout.

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Symbolisme :


André Dhôtel dans Rhétorique fabuleuse (Paris, Éditions Garnier, 1983) consacre un chapitre entier au "Vrai mystère des champignons". Les Nondas n'échappent pas à son œil amusé :


"Tout de même, dans le domaine légendaire, demeure une féerie apparemment indiscutable, propre à confondre les savants, celle des champignons hallucinogènes.

Voyons donc de quoi il s’agit, nous dit le démon.

Certains champignons, par l’étonnant retour d’un langage créateur, procurent des visions d’une exceptionnelle pureté, et qui sont indiscutablement détachées du monde. C’est Roger Heim qui nous en livre les secrets.

En Nouvelle-Guinée, on consomme un peu au petit bonheur des champignons appelés nonda qui rendent les hommes furieux, mais les femmes heureuses et innocentes. Les femmes mariées ont alors le droit de danser, après quoi « elles flirtent outrageusement avec les hommes du clan de leur mari ». Soumises à un régime de fidélité sévère, elles peuvent alors en toute candeur se détendre un peu, sans que personne proteste, puisqu’elles sont sous l’empire du champignon tout-puissant. Il est reconnu que ce champignon n’inspire pas tous les individus, mais qui empêche les femmes de faire semblant d’être inspirées ? En tout cas c’est déjà la défaite des procédés analytiques et des règles connues, en somme une libération exemplaire.

Ce n’est pas d’ailleurs une simple idée, comme on dit."

Une publication de Biologie Université sur Facebook daté du 3 janvier 2026 fait état d'une nouvelle identification du champignon nonda :


" Un champignon qui fait voir des elfes ? Un champignon sauvage peu connu, Lanmaoa asiatica, provoque des hallucinations très particulières : des personnes miniatures, appelées hallucinations lilliputiennes, qui semblent marcher, sauter ou nager dans le décor réel.

Observé dès 1934 en Papouasie–Nouvelle-Guinée, où il est nommé nonda, ce champignon est aussi vendu en Chine (Jian shou qing) et connu aux Philippines sous le nom Sedesdem.

Les effets incluent stupeur, changements d’humeur et peuvent durer jusqu’à deux jours.

Selon le Natural History Museum of Utah, bien que son identification scientifique soit récente, son usage pourrait remonter à l’Antiquité chinoise, avec des mentions dans un texte taoïste du IIIᵉ siècle.

Fait étonnant : contrairement aux champignons hallucinogènes classiques à la psilocybine, Lanmaoa asiatica appartient à une autre famille, et son mécanisme psychotrope reste inexpliqué, avec des effets plus proches du LSD que des psychédéliques traditionnels.


Source : Li WW, Pires SM, Liu ZT, et al. Analysis of epidemiology and clinical characteristics of Lanmaoa asiatica poisoning. 2023.

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Sur le le blog officiel du GrowShop Alchimia, on peut en apprendre davantage sur ce champignon Lanmaoa asiatica grâce à un article daté du 19 mars 2026 :


"Lanmaoa Asiatica : L'étrange champignon qui vous fait voir des lutins


Le Lanmaoa Asiatica est un champignon consommé depuis des millénaires en Chine qui provoque des hallucinations de petits êtres lorsqu'il est insuffisamment cuit. Le plus surprenant : trois cultures de trois continents différents décrivent les mêmes visions sans avoir eu le moindre contact entre elles. La science moderne confirme qu'il ne contient aucun composé psychoactif connu. Le responsable reste un mystère.


De minuscules êtres qui peuplent les profondeurs des forêts, que seuls les plus observateurs peuvent apercevoir. Ils sont d'une nature espiègle et malicieuse, toujours enclins à la farce et à la tromperie. Cette définition te dit sûrement quelque chose : on les appelle communément des lutins, et récemment, on a découvert un champignon qui les révèle. Bon, récemment, ce n'est pas tout à fait le mot… mais avec notre forte vision scientifique occidentale, tout ce que nous ne connaissions pas de ce côté de la planète est une découverte récente — demandez donc à nos amis américains —, puisqu'en Chine, ce sont des champignons utilisés depuis la nuit des temps.

Le nom scientifique de cet étrange champignon est Lanmaoa Asiatica, et dans le Yunnan, en Chine, on l'appelle communément jian-shou-qing, en raison de sa fameuse lividité bleue au toucher et non, il n'appartient pas à la famille des Psilocybe.

Si tu es un peu familier avec le monde des substances psychédéliques, tu penses sûrement qu'il s'agit d'un article tendancieux, que ce champignon contient probablement de la psilocybine, du muscimol, voire de l'acide lysergique, et que tu es tombé dans un clickbait en bonne et due forme. Soyons honnêtes, c'est la première chose qu'a pensé le rédacteur de cet article en voyant internet se remplir de gros titres à ce sujet, mais la réalité est tout autre.

Chronologie de la lanmaoa asiatica : Ce champignon, scientifiquement baptisé en 2014 sous le nom de Lanmaoa Asiatica, est présent depuis des millénaires dans le savoir populaire chinois : le texte le plus ancien décrivant des champignons qui, mal cuisinés, provoquent des visions de « Xiao ren ren » (traduit par petites gens), provient d'un écrit taoïste du IIIe siècle. On y rapporte ceci :


« Consommé cru, il permet à la personne de "voir une petite personne" et "d'atteindre la transcendance immédiatement". »


Et le plus étrange de tout, c'est que depuis le tout premier texte, les mêmes visions ou hallucinations sont rapportées. Nous sommes habitués aux psychédéliques comme la psilocybine ou le LSD, voire le muscimol mentionnés précédemment, qui produisent des effets similaires entre utilisateurs, mais chacun avec des visions et des récits différents. Ce n'est pas le cas ici : tout le monde décrit les mêmes effets — la vision de petits hommes.

Ce n'est que dans les années 30-50 qu'apparaissent les premiers rapports d'explorateurs décrivant ce phénomène en Papouasie. Ces rapports arrivent entre les mains de qui de droit, un certain Gordon Wasson. Ce banquier et mycologue revenait de l'effervescence d'avoir fait découvrir le Psilocybe Cubensis à la société occidentale grâce à María Sabina, et il s'aventura dans le monde des fameux jian-shou-qing.

C'est en 1963 que cet aventurier de 65 ans entreprit son voyage en Papouasie, avec pour objectif de découvrir le composé à l'origine de ces étranges hallucinations. Il réussit à collecter des échantillons et les envoya au laboratoire d'Albert Hoffman pour analyse, mais ils ne parvinrent à identifier aucun alcaloïde connu. En effet, ce grand duo de la psychédélie — pour ne pas dire le plus grand — ne réussit pas à percer le mystère.

1991. C'est l'année où l'on commence à enregistrer officiellement, et de plus en plus fréquemment, des cas d'hallucinations lilliputiennes dans les hôpitaux régionaux du Yunnan, en Chine, après la consommation de certains champignons bleus. Ce fait ramène le sujet sur le devant de la scène, les mycologues de la région réalisant que sous le nom jian-shou-qing se cachent des dizaines d'espèces mélangées. Mais ce n'est qu'en 2014 que deux mycologues publient dans la revue Fungal Diversity la description scientifique définitive. Ils créent un nouveau genre : Lanmaoa.

Aux yeux du grand public cependant, il restait aussi invisible qu'avant ; en dehors des curieux qui l'avaient goûté, personne n'était au courant de l'existence de ce champignon, du moins jusqu'à un événement qui allait tout changer : le phénomène viral.

L'ancienne secrétaire au Trésor des États-Unis s'est rendue à Pékin en 2023 et a relaté son expérience avec ces champignons : « J'étais avec un grand groupe de personnes qui ont organisé le dîner et commandé les plats. Il y avait un délicieux plat de champignons. Je ne savais pas que ces champignons avaient des propriétés hallucinogènes… Je l'ai appris après. » Comme elle le précise ensuite, elle n'a subi aucun de ces effets, car les champignons avaient été cuisinés correctement, mais ce titre a fait le tour du monde.

À partir du moment où ce type de champignons est devenu viral, des institutions comme le Natural History Museum of Utah et des laboratoires en Chine ont lancé des projets de spectrométrie avancée confirmant leur absence totale de psilocybine, et par conséquent, un approfondissement du mystère qui persiste encore aujourd'hui.


Trois continents, un même scénario : Si le texte taoïste du IIIe siècle était déjà étrange, attends d'entendre la suite.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, les communautés locales consomment depuis des générations un champignon sauvage qu'elles appellent nonda. Dans la Cordillère Nord des Philippines, les peuples autochtones ont le sedesdem, et ils appellent les figurines qu'ils voient ansisit. Trois cultures séparées par des milliers de kilomètres, sans contact entre elles, décrivant indépendamment la même chose : des personnes minuscules, vêtues de vêtements colorés, défilant sur les surfaces, escaladant les meubles, se faufilant sous les portes.

Cela réfute l'hypothèse de la construction culturelle. Les Chinois n'ont pas inventé le mythe pour qu'il se propage ensuite : chaque culture est parvenue à la même conclusion de son côté. La base est chimique et neurologique, pas folklorique.

Et attention, car aucun de ces peuples ne recherchait délibérément l'effet psychoactif. Ces champignons ont toujours été consommés comme aliment, appréciés pour leur saveur umami. Les visions étaient un effet secondaire inattendu lorsque la cuisson n'était pas suffisante. Rien à voir avec l'usage rituel ou récréatif que nous associons aux psychédéliques classiques.


Décrypter le mystère de la Lanmaoa Asiatica, ou du moins essayer : Dans toute bonne histoire, il faut un protagoniste un peu fou, et dans celle-ci, nous l'avons : Colin Domnauer, chercheur à l'Université de l'Utah et au Musée d'Histoire Naturelle de l'Utah. Cet homme a entendu parler de la Lanmaoa asiatica quand il était étudiant et, selon ses propres mots, l'idée qu'il puisse exister un champignon provoquant des visions de conte de fées lui a paru si extravagante qu'il n'a pas pu s'empêcher d'en devenir obsédé.

Et quand nous disons obsédé, nous ne plaisantons pas. En 2024, il s'est rendu aux Philippines après avoir appris que là-bas aussi, des cas d'un champignon aux mêmes effets avaient été signalés. Il a collecté des échantillons, les a analysés génétiquement et, bingo : il s'agissait exactement de la même espèce que la chinoise, bien que d'aspect légèrement différent — plus petite et de teinte rosée, contrairement au rougeâtre de sa cousine continentale. La nature fait ce qu'elle sait faire de mieux : nous trollifier. En décembre 2025, l'équipe de Domnauer a bouclé la boucle initiée par Wasson soixante ans plus tôt en se rendant en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour chercher les mêmes échantillons que celui-ci n'avait pu déchiffrer.


Le composé actif fantôme : que sait-on à son sujet ? C'est ici que les choses deviennent vraiment passionnantes pour les mordus de chimie — et nous savons que chez Alchimia, il y en a quelques-uns.

Ce que les analyses d'Hoffman suggéraient déjà dans les années 60, la spectrométrie moderne l'a confirmé : il n'existe aucun composé psychoactif connu. Zéro. Rien. Le champignon, en théorie, ne devrait faire planer personne. Et pourtant, chaque saison des champignons — de juin à août —, un seul hôpital du Yunnan traite des centaines de cas d'hallucinations lilliputiennes.

Ce que l'on sait, c'est que le composé responsable — quoi qu'il soit — est thermolabile : il se détruit par la chaleur. C'est pourquoi, dans les restaurants de fondue aux champignons du Yunnan, les serveurs mettent un minuteur de 15 minutes et te préviennent avec le plus grand calme : « ne mangez pas avant que l'alarme sonne, sinon vous pourriez voir des petites gens ». Comme ça, comme s'ils te disaient que le café est chaud. D'ailleurs, les restaurants de la région ont développé tout un protocole de cuisson et de service qui inclut l'interdiction d'accompagner le plat d'alcool.

Autre donnée importante : les effets sont inhabituellement longs. On parle de 12 à 24 heures, avec certains cas ayant nécessité une hospitalisation d'une semaine. Rien à voir avec les 4 à 6 heures d'un voyage à la psilocybine. Domnauer lui-même, malgré des années de recherche sur ce champignon, reconnaît qu'il n'a toujours pas osé le goûter cru en raison de la durée et des possibles effets secondaires — délire, vertiges prolongés. Quand le chercheur n'ose pas, ça en dit long.


Ce que dit la science la plus récente : L'équipe de Domnauer a réussi à faire reproduire par des extraits chimiques du champignon, chez des souris, un schéma comportemental cohérent avec ce qui est décrit chez les humains : d'abord, une période d'hyperactivité frénétique, suivie d'une stupeur prolongée durant laquelle elles bougent à peine. Cela confirme qu'il existe une activité neuroactive réelle et mesurable, et non de la suggestion ou du folklore.

En 2025, une étude présentée au Congrès Européen de Radiologie (ECR) par IRM fonctionnelle sur des patients intoxiqués par la Lanmaoa asiatica a révélé des anomalies significatives dans le réseau du mode par défaut et le réseau frontopariétal — des zones du cerveau étroitement liées à l'attention, la mémoire et le traitement cognitif. Le champignon produit un effet concret et cohérent dans le cerveau ; nous ne savons simplement pas quelle molécule en est responsable.

De plus, une étude métabolomique publiée dans Food Science & Nutrition (2025) a analysé les profils plasmatiques de 20 patients intoxiqués par rapport à des sujets sains, ouvrant une nouvelle voie pour comprendre les mécanismes de toxicité au niveau métabolique. La recherche s'accélère.


Et maintenant ? Situation actuelle et perspectives. La course pour isoler ce composé fantôme est lancée. Les laboratoires de l'Utah et du Yunnan fractionnent les extraits du champignon, tentant de séparer et tester chaque molécule jusqu'à trouver la coupable. S'ils y parviennent — et cela semble être une question de temps plutôt que de possibilité —, nous serions face à la découverte d'une classe entièrement nouvelle de substance psychoactive. Pas un dérivé de quelque chose de connu, pas un cousin éloigné de la psilocybine : quelque chose de totalement inédit.

Et cela ouvre des questions fascinantes qui vont bien au-delà de la mycologie récréative : pourquoi le cerveau humain génère-t-il une hallucination aussi spécifique et universelle ? Quel mécanisme neurologique produit la perception concrète de personnes minuscules et non, par exemple, de couleurs, de motifs ou d'entités abstraites ? Ce composé inconnu pourrait-il nous apprendre quelque chose de fondamental sur la façon dont le cerveau construit la perception de la réalité ?

En attendant, la Lanmaoa asiatica continue de se vendre tranquillement sur les marchés de Kunming, entre les étals de légumes et d'épices, comme on vend des tomates à La Boquería. Un champignon délicieux, à la saveur umami, apprécié par des millions de personnes… qui cache en son sein l'un des plus grands mystères non résolus des neurosciences modernes.

Les lutins, apparemment, essayaient de nous dire quelque chose depuis des millénaires. Il suffisait que quelqu'un les mange crus pour les entendre."

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