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  • Anne

Le Champignon crottin de cheval




Étymologie :

  • PISOLIT(H)E,(PISOLITE, PISOLITHE), subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1765 pisolite «pierre qui semble composée d'un amas de petits corps globuleux de la grosseur d'un pois» (Encyclop. t. 12); 2. 1768 pisolithe « grain calcaire de la grosseur d'un pois » (Valm.); 1832 pisolite (Raymond). Comp. de piso-, élém. tiré du lat. pisum « pois » (v. ce mot) et du suff. -lithe*.


pisolithus est donc composé du latin pisum, "pois" et du grec lithos "pierre" ; il signifie ainsi : (à logettes contenant) des pierres comme des pois…

arrhizus, veut dire "sans racines".


Lire également la définition du nom pisolithe afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Pisolithus arhizus ; Boule de teinture ; Champignon crottin d'âne ; Pied d'homme mort ; Pisolithe des sables ; Pisolithe du teinturier ; Pisolithe sans racine ; Pisolithe tinctorial ; Truffe bohémienne ; Truffe de Corse ;

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Mycologie :


Dans son ouvrage intitulé Les Champignons considérés dans leurs rapports avec la médecine, l'hygiène publique et privée, l'agriculture et l'industrie (Libraire J. B. Baillière et fils, 1884) Dr Lucien Marie Gautier propose la description suivante :


Polysac à pied épais (Polysacum crassipes (1), de Candolle).


Caractères. —Conceptacle irrégulièrement sphérique ou oblong, coriace, épais, parfois bosselé ; surface glabre ou parfois fibrilleuse, soyeuse, de couleur d'abord blanche, puis gris sale, brunâtre. Gleba formée de logettes brillantes, de couleur variant suivant l'âge, renfermant chacune une masse pulpeuse jaune d'abord, puis brunissant lorsqu'elle devient pulvérulente. Pédicule quelquefois court, mais en général remarquable par ses grandes dimensions, gros, épais, plein, lacuneux, pouvant atteindre une hauteur de 15 à 20 centimètres, en grande partie souterrain et divisé à sa base en plusieurs grosses ramifications.


Habitat. Été et automne ; dans les terrains sablonneux, dans le midi et aussi dans l'ouest de la France, car nous l'avons trouvé dans le Maine. Il n'est pas très rare dans l'Est et dans les environs de Paris. Commun en Italie.


Note : 1) Crassipes : crassus, épais ; pes, pied.

 

Pisolithus arhizus
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Jean-Louis Jalla propose une fiche d'identification :



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Selon Francis Martin, auteur de Sous la forêt, pour survivre il faut des alliés (Éditions humenSciences, 2019) :


Les fructifications des pisolithes sont faciles à reconnaître : surgissant le plus souvent d'un sol sableux, elles sont constituées d'une masse globuleuse, brune, large de 15 à 20 centimètres, prolongée en un pseudo-pied s'enfonçant dans le sol. En fait, la fructification du pisolithe ressemble à un crottin desséché et, à cause de son aspect peu engageant, il est connu sous le vocable de « champignon crottin d'âne ». C'est en suivant la trace des éléphants à travers les broussailles que nous eûmes la chance de récolter plusieurs beaux spécimens de pisolithes, sous el couvert des doussiés.

[...]

De retour dans notre laboratoire en forêt d'Amance, nous allions tenter de reconstruire la filiation entre les pisolithes africains et une centaine d'autres pisolithes récoltés en Amérique, en Europe et en Asie. Autrement dit, nous voulions établir les relations de parenté entre une douzaine de lignées de pisolithes, ayant peuplé les différentes continents et conclu un pacte avec des dizaines d'espèces d'arbres, depuis l'éclatement des anciens supercontinents. L'ADN de chacun des pisolithes fut promptement extrait afin de séquencer et comparer les séquences « code-barres » [...] Toutes les espèces de pisolithes ayant un ancêtre commun, chacune d'elles était supposée avoir des liens de parenté plus ou moins proches avec les autres. Nos allions les débusquer grâce aux mutations accumulées au cours des millénaires. Et ces mutations devaient être d'autant plus nombreuses que les lignées de pisolithes s'étaient séparées depuis longtemps. On pourrait lire cette histoire dans l'ADN, grâce à des logiciels informatiques dédiés qui construisent un arbre phylogénétique - une version sophistiquée de l'arbre généalogique de la famille Pisolithus.

L'analyse phylogénétique de plus d'une centaine de pisolithes révéla un secret de famille bien gardé. Le Pisolithe des teinturiers (Pisolithus tinctorius), le soi-disant champignon cosmopolite, bourlingueur et capable de s'acoquiner avec tous les arbres de la planète, était une fait un consortium d'une dizaine d'espèces différentes ! Pisolithus tinctorius était associé aux pins et aux chênes de l'hémisphère nord, alors que les pisolithes établissant des ectomycorhizes avec les eucalyptus, originaires d'Australie formaient un groupe bien distinct de nouvelles espèces. Les taxonomistes australiens se firent un plaisir de nommer ces nouvelles espèces : Pisolithus albus, Pisolithus hypogaeus, Pisolithus marmoratus ou Pisolithus microcarpus. Le psiolithe que nous avions récolté sous les doussiés constituait également une espèce inédite, spécifique du complexe d'espèces formés par les pisolithes, ces données nous permettaient de mieux comprendre l'évolution de la symbiose au sein de ce groupe de mycètes. Les différentes espèces nouvellement répertoriées présentaient de fortes spécificités d'hôte. Elles avaient évolué séparément, après la séparation des continents, et établi des relations privilégiées avec les arbres de leur zone géographique.

Cette spécificité d'hôte était illustrée de faon particulièrement remarquable par l'échantillonnage réalisé dans la station forestière de Gede. Des pisolithes avaient été récoltés sous les doussiés autochtones et les pins et eucalyptus exotiques, à quelques dizaines de mètres les uns des autres. Les spores des différents pisolithes se répandaient sans aucun doute sur tout le territoire de la station ; les réseaux mycéliens issus des racines mycorhizées devaient vraisemblablement s'étendre sur de grandes distances, franchissant aisément la piste qui séparait la plantation d'eucalyptus de la pinède. Eh bien non ; le test ADN était sans ambiguïté : doussiés, gommiers et pins n'hébergeaient qu'une et une seule espèce de pisolithes. A chaque arbre son partenaire spécifique : aucun mélange, un apartheid symbiotique strict malgré une proximité spatiale favorisant les accouplements illégitimes.

Des recherches menées à l'université occidentale de Sydney, en Australie, par Jonathan Plett et son équipe viennent de révéler que ces relation symbiotiques exclusives sont contrôlées par de petites protéines de communication, que libèrent les filaments du champignon dans les premières heures de contact physique avec des radicelles de son arbre hôte. Chacune des espèces de pisolithes doit disposer d'une panoplie spécifique de ces protéines (un trousseau de clés moléculaires) afin de pouvoir coloniser son partenaire. Encore plus fort : si l'on donne, par génie génétique, le trousseau de clés d'un pisolithe d'eucalyptus au pisolithe des pins, ce dernier peut alors dialoguer avec les radicelles de l'eucalyptus et y former la symbiose.

[...]

Un jour de septembre 1988, la comparaison des « cartes protéiques » confirma notre hypothèse : la synthèse d'une centaine de protéines chez le chapoignon et chez la plante hôte était modifiée dès les premières heures de contact, mais le résultat le plus stupéfiant était l'apparition de protéines de symbiose ; des protéines dont la synthèse était déclenchée chez le pisolithe uniquement lors de l'interaction. Nous étions en proie à cette exaltation qui saisit les chercheurs lorsqu'ils ont l'impression d'avoir découvert une nouvelle piste. Nous espérions que, parmi ces protéines de symbiose, se trouvaient les clés qui ouvraient les portes du dialogue entre le mycète et la plante et autorisaient le champignon à pénétrer dans la racine entre les cellules de son hôte. Mais plus de vingt-cinq années d'efforts allaient être nécessaires pour comprendre comment certaines de ces portéines de communication contrôlaient la mise en place de la symbiose et la compatibilité symbiotique. Comme disait Gaston Bachelard, « celui qui trouve sans chercher est celui qui a longtemps cherché sans trouver ».

Aujourd'hui, nous savons que le développement de la symbiose chamboule les programmes génétiques de la plante et du champignon. Parmi les milliers de programmes génétiques codés par les génomes de l'arbre et du champignon, un sous-ensemble de programmes, déclenchés lors de l'interaction physique des deux partenaires, conduit à la réorganisation des cellules, à une nouvelle organisation spatiale des tissus racinaires et fongiques et à un nouveau métabolisme coordonné entre les partenaires. Mais il ne suffit pas que certaines cellules modifient leur destinée pour créer les nouveaux tissus symbiotiques. Les contraintes de l'environnement imposent une coordination des programmes génétiques entre toutes les cellules végétales et fongiques, afin d'aboutir à une structure harmonieuse et fonctionnelle. Les cellules puent alors se reconnaître, communiquer, échanger des signaux, se rencontrer, s'assembler et coopérer. Des signaux, des batteries de gènes de symbiose, des gènes régulateurs, des commutateurs moléculaires et des protéines de communication organisant la chorégraphie de cette symbiose. Nombre de ces danseurs, qu'ils soient signaux, gènes ou protéines, sont désormais connus. Par exemple, après des années d'effort, nos collègues de Toulouse ont découvert les signaux libérés par les champignons mycorhiziens capables de déclencher la symbiose, les « facteurs Myc » - pour « mycorhizes ». Ces médiateurs chimiques, agencement complexe de lipides et de sucres, stimulent la formation des mycorhizes et interagissant avec des récepteurs situés sur la surface des cellules des radicelles de la plante hôte. Cette interaction médiateur-récepteur déclenche une chaîne d'événements moléculaires et chimiques, qui déterminent le développement des structures symbiotiques. Les cellules de la plante hôte se réorganisent et « autorisent » l'installation des filaments fongiques dans la racine.

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Usages traditionnels :


Dr Lucien Marie Gautier, auteur d'un ouvrage intitulé Les Champignons considérés dans leurs rapports avec la médecine, l'hygiène publique et privée, l'agriculture et l'industrie (Libraire J. B. Baillière et fils, 1884) nous apprend que :


Propriétés. — On le mange en Italie quand il est jeune. Dans certaines contrées, on se sert de sa poussière pour teindre les tissus en violet.

Desportes, dans sa Flore de la Sarthe et de la Mayenne, décrit un Polysacum brevipes qu'il considère, à tort croyons-nous, comme une variété du précédent, car nous avons vu que le Polysacum crassipes a parfois, quoique exceptionnellement, un pédicule assez court.

 

Sur le forum du site Mycodb, on peut lire ces quelques renseignements offerts par Jean-Pierre :


Il est également appelé Pisolithus tinctorius, et était utilisé pour teindre des étoffes, tant il est riche en pigments, du pied jaune aux spores brunes. Il va vous dorer les mains.

Les italiens, fous de champignons l'ont essayé en cuisine ; dans un livre de Guiseppe Pace de 1977, L'ATLANTE DEI FUNGHI... ils en disent que c'est un bon comestible jeune, goûteux et très parfumé, et qu'il est intéressant à utiliser comme condiment. Sûrement les pâtes ou le riz prennent au passage une agréable couleur safranée. Faut-il l'essayer ? En France on est plus discret... Une tranche fine ferait pourtant une belle décoration d'assiette.

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Monique et Claudie dans un article du 16 octobre 2018 publié sur le site du Groupe Nature de Faverges ajoutent cette précision :


Il n’a aucun intérêt culinaire, mais des lanières découpées dans de jeunes exemplaires et séchées pourraient être ajoutées à un potage ou à une sauce pour les aromatiser et les colorer en jaune …

 

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