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  • Anne

La Pholiote du peuplier




Étymologie :

  • PHOLIOTE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1903 (Nouv. Lar. ill.). Empr. au lat. sc. pholiota (E. M. Fries, Systema mycologicum, 1821, t. 1, p. 240), formé du gr. φ ο λ ι ́ ς « écaille de reptile ».


Lire également la définition du nom pholiote afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Cyclocybe aegerita ; Agrocybe du peuplier ; Albarelle du Vexin ; Aloumère ; Aubadero ; Aubarasse (Bordeaux) ; Bolet de salzé ; Champignon de Saule ; Champignon du Saule ; Oulouméro ; Peuplier ; Peupline ; Pibolada ; Pibolade ; Piboulada ; Piboulado ; Pivoulade ; Pivoulado ; Rangole ; Sahuquère ; Sahuquero ; Sauzenada ; Sauzenado ; Souccharel ; Souchette ;


Dans Le Français parlé à Bordeaux (Éditions des Régionalismes, 2013) Jean Bonnemason nous apprend l'origine du nom bordelais de la Pholiote du peuplier :


Aubarasse est le nom donné ici au pholiote du peuplier, ce champignon qui pousse comme une oreille sur les souches (peupliers, sureaux, saules)

Aubarasse vient du gascon aubar (latin albus : blanc) qui désigne le saule. Par extension, le mot désigne également, plutôt de façon moqueuse, l'oreille humaine.

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Mycologie :

 Julien Costantin, auteur d'un Atlas des champignons comestibles et vénéneux (Éditions Frédérique Patat, 1933)

Julien Costantin, auteur d'un Atlas des champignons comestibles et vénéneux (Éditions Frédérique Patat, 1933) décrit ainsi la Pholiote du peuplier (Pholiota cylindracea ou Pholiota attenuata) :


Le chapeau est blanc crème, puis ocracé ou brun clair, surtout au centre, souvent aréolé, crevassé. Le pied est cylindrique ou atténué à la base, glabre, blanc ou ocracé pâle. Les feuillets adhèrent au pied ou sont un peu décurrents, d'abord blanc crème, puis ocracé brunâtre. La chair est blanche, d'odeur et de saveur agréables.


On trouve ce champignon au printemps, en été et en automne sur les souches de Peuplier et de Saule.

 

Christian Deconchat et Jean-Marie Polèse, dans leur ouvrage intitulé Champignons : l'encyclopédie. (Éditions Artémis, 2002) proposent une fiche descriptive très claire :


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Usages traditionnels :


Le Dr Lucien-Marie Gautier, auteur de Les Champignons considérés dans leurs rapports avec la médecine, l'hygiène publique et privée, l'agriculture et l'industrie (Librairie J. B. Baillière et fils, 1884) mentionne une technique de culture de la Pholiote du peuplier :


Il faut , en effet , n'accepter qu'avec réserve les assertions de quelques auteurs, qui affirment :

[...]

3° Que, pour obtenir l'Agaric atténué (Agaricus attenuatus), il suffit de frotter des rondelles de peuplier, fraîchement coupées, avec les lames broyées de ce Champignon parvenu à maturité, d'enterrer au printemps ces rondelles, en mettant en dessus la surface ainsi frottée, dans un endroit frais et bien aéré et de les recouvrir de quelques centimètres de terre. Les champignons y pousseraient, d'après les expériences de Desveaux, en ayant soin de faire de légers arrosages pendant les fortes chaleurs, dès le commencement jusqu'à la fin de l'automne. Ce procédé, beaucoup plus rationnel que le précédent, aurait fourni à ce savant mycologiste jusqu'à huit ou neuf récoltes dans certaines années humides.

Auguste Saint-Hilaire dit avoir cultivé avec le même succès, et par le même procédé, l'Agaric ægérite.

 

Selon Julien Costantin, auteur d'un Atlas des champignons comestibles et vénéneux (Éditions Frédérique Patat, 1933) :


Il est comestible, on le mange dans le Midi à Montpellier et à Toulouse. On en connaît trois variétés. La frome à chapeau crevassé, la forme à pied cylndrique (cylindracea), la forme à pied atténué en bas (attenuata).

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Raphaël Larrère, auteur d'un article intitulé "Les champignons sauvages." (In : Communications, 76, 2004. Nouvelles figures du sauvage. pp. 83-107) confirme cet usage ancestral de la culture de la Pholiote du peuplier :


La pholiote du peuplier (Agrocybe œgerita) est sans doute le plus vieux champignon « domestiqué » en Europe. Pline l'Ancien rapporte que, pour s'en procurer, on enfouissait des souches de peupliers dans le sol en les saupoudrant d'un terreau contenant des écorces broyées de ces arbres; en maintenant une certaine humidité, on obtenait des pholiotes.. Au XVIe siècle, la méthode se serait améliorée. Ainsi, des rondelles de troncs de peuplier étaient frottées avec des champignons frais, recouvertes de terreau contenant de l'écorce, puis enfouies au printemps dans unsol humide (ou irrigable) et chaud. La récolte s'effectuait en automne. La méthode est encore utilisée de nos jours en Italie, mais elle est aussi remplacée par une culture en containers, sur déchets organiques; avec inoculation par des souches de mycélium sélectionnées.

[...]

Dans tous les cas évoqués, la démarche fut identique. Systématisation d'observations minutieuses, acquisition et comparaison de savoir-faire, interprétation des régularités et des accidents permirent de saisir progressivement les conditions de nutrition et d'environnement favorables au développement du mycélium recherché (et défavorables à ses éventuels compétiteurs). Le même empirisme permit de déterminer les variations de milieu qui enclenchent la pousse des carpophores. C'est ainsi qu'avaient procédé Chinois et Japonais pour les champignons qu'ils appréciaient le plus (pour leurs qualités alimentaires ou pour d'autres vertus), c'est ainsi que les Italiens parvinrent à cultiver la pholiote du peuplier, et c'est ainsi que nous avons le champignon de Paris.

Si la culture s'est cantonnée au seul champignon de Paris en Occident (et accessoirement à la pholiote du peuplier en Italie), c'est que les Européens (à l'exception des Anglais, dont la mycophobie est proverbiale) appréciaient principalement les champignons des bois : truffes, amanites des Césars, cèpes, girolles, lactaires... champignons mycorhiziens, qui vivent en symbiose avec des arbres.. Or il est autrement plus complexe, comme nous le verrons, de s'assurer de leur présence et de maîtriser leur fructification que de connaître les caractéristiques adéquates du substrat et d'observer les conditions d'ambiance favorables à l'obtention de champignons saprophytes.

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Littérature :


Antoine Volodine, auteur de Dondog (Éditions du Seuil, 2002) évoque brièvement la Pholiote du peuplier :


... elle est à présent couchée dans l'inexistence. Elle repose et se décompose sous la terre indifférente, elle n'a plus de statut organique, elle n'est plus rien la maîtresse de Dondog n'est même plus une Pholiote du peuplier.

[...]

Elle gît sous le moisi de la terre et sous les champignons, elle gît sous les champignons qui portent des noms admirables, sous les pholiotes et les agarics, sous les russules fétides, les russules noircissantes, les russules de fiel,...

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