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Le Blob

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 21 mai 2020
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 nov. 2025



Nom scientifique : Physarum polycephalum -


Pour en savoir plus sur les capacités d'apprentissage du blob, lire le communiqué du CNRS.


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Le 25 janvier 2022, j'ai reçu la bonne nouvelle : j'avais été sélectionnée pour l'expérience à grande échelle menée par Audrey Dussutour :


RÈGLES DE SÉLECTION SUIVIES PAR LE CNRS :

  • Les personnes résidant dans des pays ou territoires dans lesquels Physarum polycephalum et Badhamia utricularis n’ont pas été identifiés ont été automatiquement écartées afin d’éviter l’introduction d’une nouvelle espèce dans un pays ou territoire donné.


  • Les personnes qui ont refusé de s’engager à respecter le protocole ou à renvoyer les relevés au CNRS ont été automatiquement écartées.


  • Le CNRS a pris soin d’éliminer également tous les doublons (personnes qui ont complété le formulaire plusieurs fois)


  • Afin d’offrir une possibilité de participer au plus grand nombre, le CNR

  • S a décidé d’envoyer un seul kit blob par famille ou colocation sélectionnée. Le blob doublant de taille chaque jour il sera facile d’obtenir de nombreux blobs afin que tous les membres de la famille ou de la colocation puissent expérimenter.


  • À l’issue de cette première sélection, il restait encore plus de 22 000 volontaires. Le CNRS a alors effectué un tirage au sort aidé du blob. Chaque personne s’est vue attribuer aléatoirement un nombre entre 1 et 3. Le blob a ensuite été placé face à trois sources de nourriture de qualité équivalente (solution légèrement sucrée) labellisées par une gommette de couleur et un chiffre. Les deux premiers patchs de nourriture contactés par le blob ont été considérés comme les deux groupes sélectionnés, soit les groupes 2 et 3.



Le 30 mars 2022 :


Aujourd’hui, les sclérotes entament leur voyage jusqu’à vous ! Les 15 000 enveloppes viennent d’être livrées à notre prestataire et seront postées vendredi, ce qui signifie que vous devriez les recevoir entre le 6 et le 15 avril, en fonction des délais d’acheminement.

Si vous êtes absents ou si vous aviez prévu de faire l’expérience plus tard, pas d’inquiétude : les sclérotes peuvent rester plusieurs mois dans l’enveloppe avant d’être réveillés.

Par ailleurs, le nom de vos souches sera indiqué sur les sachets ; c’est une information à garder très précieusement !



Pénurie de matériel oblige : je n'ai pas pu mener l'expérience à bien... Déception.


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"Mycologie" :


Otto Schäfer-Guignier, dans une thèse intitulée La grâce du végétal : plantes et jardins dans une perspective protestante. (Religions. Université de Strasbourg; Universität Zürich, 2021) s'interroge sur l'intelligence du blob :


Les plantes sont-elles capables d’apprendre alors qu’elles ne disposent pas de tissu nerveux ? L’objection, compréhensible et fréquente, semble dépourvue de fondement dès lors que même des organismes unicellulaires ont cette faculté. C’est le cas chez un amibozoaire (eucaryote unicellulaire) des sous-bois, Physarum polycephalum SCHWEINITZ. Les promeneurs connaissent ce « myxomycète » appelé « blob » et dont les colonies mucilagineuses s’étalent sur du bois mort et frappent le regard par un jaune vif qui tranche avec l’ambiance en demi-teinte du milieu. Deux chercheurs de l’Université de Toulouse, Audrey Dussutour et David Vogel, ont montré que des cellules de Physarum non seulement apprennent à franchir un obstacle (une zone salée) pour parvenir à une ressource nutritive (des flocons d’avoine) mais communiquent même entre elles, en s’unissant, cette stratégie apprise.54 Nous sommes donc en présence d’un cas univoque d’habituation et même d’habituation communiquable à des organismes non habitués de la même espèce.

Si l’on transpose de telles observations sur le cas des végétaux pluricellulaires, la discussion sur leur intelligence porte essentiellement sur le degré de coordination à l’intérieur de l’organisme végétal : est-ce que l’intelligence est le fait des cellules seulement ou de l’organisme végétal tout entier ? À cet égard, le débat scientifique n’est pas encore clos.

Plus fondamentalement, l’expérimentation récente sur des organismes divers fait bouger les lignes entre les domaines traditionnellement séparés de l’inné et de l’acquis. Le développement de l’épigénétique prouve que le « programme génétique » conçu comme la matérialisation de l’inné est parfaitement modifiable chimiquement par des facteurs environnementaux et que ce phénomène est même essentiel pour l’adaptabilité des populations. Inversement, le fait que l’apprentissage se matérialise chimiquement, lui aussi, et que cette neurochimie au sens large s’observe déjà en l’absence de structures neuronales au sens strict, rapproche l’acquis de l’inné au niveau moléculaire. Sans perdre toute sa pertinence, la distinction de l’inné et de l’acquis se fluidifie au bénéfice d’un gradient entre la stabilité génétique et l’adaptabilité lente ou instantanée des organismes à leur milieu. Un concept, complexe de toute façon, comme celui de l’intelligence ne sort pas indemne de cette évolution des représentations : le Physarum capable d’apprendre est-il intelligent ? Sans doute. Ou est-il très souple épigénétiquement ? Sans doute aussi. On est en droit de penser que ces deux regards complémentaires sur la même réalité valent aussi pour les végétaux.

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Selon Pascal Ide, auteur d'un article intitulé "Pour une approche philosophique des champignons" (In : Revue des Questions Scientifiques, vol. 194, 2023, n°1-2, pp. 1-103) :


L’un des champignons les plus utilisés en laboratoire est le Physarum polycephalum, plus connu par son surnom, le « blob ». C’est un myxomycète (ou « moisissure visqueuse ») qui se caractérise par sa capacité à constituer des réseaux exploratoires composés de veines tentaculaires. Des chercheurs japonais les ont disposés dans des labyrinthes pour observer leur capacité à déterminer le chemin le plus court. Pour cela, ils ont reconstitué l’organisation du Grand Tokyo en introduisant dans une boîte de Petri d’un côté les flocons d’avoine et de l’autre des lumières. Or, le blob est attiré par les flocons et repoussé par la lumière. Les premiers représentaient donc les principaux centres et les seconds les montagnes. Les scientifiques ont constaté que, en une journée, les champignons avaient recréé quasiment à l’identique le réseau ferré du Grand Tokyo. Autrement dit, ils avaient trouvé le chemin le plus court et le plus efficace pour récupérer la nourriture. L’expérience a été confirmée avec des réseaux imitant les autoroutes des États-Unis ou les voies romaines (Nakagaki, Yamada & Tóth, 2000 ; Latty & Beekman, 2011 ; Adamatzky, 2016). Le comportement des blobs en particulier (Tero et al., 2010 ; Watanabe et al., 2011) et des fungi explorateurs de labyrinthes en général (Asenova et al., 2016) est si ingénieux qu’on utilise aujourd’hui leurs stratégies pour résoudre des problèmes mathématiques ou programmer des robots.

Dans Le Génie méconnu et discret des champignons (Éditions Albin Michel, 2024) Guillaume E. Lopez nous en apprend davantage sur cet étrange organisme :


La « fungal attitude » : ces organismes qui imitent les champignons - Le blob (Physarum polycephalum) est un organisme dont on a beaucoup entendu parler ces derniers temps : c'est un organisme qui joue au champignon sans en être un. Il s'agit en fait d'un myxomycète, qui signifie champignon fluant. Le blob adopte des traits comportementaux fongiques par sa morphologie de réseau, son attitude de chasse, etc. Cette grosse amibe unicellulaire présente des différences fondamentales avec les champignons, notamment celle d'ingérer la nourriture qu'elle cherche à digérer, là où les champignons digèrent directement dans le milieu extérieur en « crachant » des enzymes sur leur nourriture.

Il arrive que des challenges environnementaux identiques fassent converger l'attitude d'organismes complètement différents; Le blob n'est pas un champignon mais en a adopté les codes pour répondre à des problématiques identiques dans des conditions probablement similaires. Une branche de la biologie qui étudie le comportement des organismes (l'écologie comportementale) se fonde sur le fait que tous les organismes ont besoin pour vivre de trouver des solutions à ces problèmes de base que sont : obtenir de l'énergie et des nutriments, éviter de se faire manger ou tuer, propager sa descendance et répartir l'énergie entre ces différents paris de l'existence. A une problématique semblable, il peut y avoir une réponse semblable, même quand on appartient à un groupe distinct : c'est la convergence évolutive.

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