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  • Anne

La Dent-de-lion


Étymologie :

  • PISSENLIT, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Mil. xve s. pissenlit (Évangiles des Quenouilles, Paris, P. Jannet, 1855, p. 40) ; 2. 1862 expr. manger des pissenlits par la racine (Hugo, Misér., t. 1, p. 686). Comp. de pisse (forme du verbe pisser*), de la prép. en* et de lit*. Cette plante est ainsi nommée en raison de ses propriétés diurétiques.

Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion sur le symbolisme de la plante.


Autres noms : Taraxacum Officinalis ; Chandelle ; Chopine ; Cochet ; Couronne-de-moine ; Dent-de-lion ; Doudou ; Fleur des beaux garçons ; Fleurion d'or ; Florin d'or ; Florion d'or ; Groin-de-porc ; Horloge du berger ; Lait d'âne ; Laitue de chien ; Pichaulit ; Pisse-en-lit ; Pistelon ; Tête de moineau ; Tête de moine (parce qu'il est chauve quand il a perdu ses aigrettes) ; Salade de taupe.

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Botanique :


Selon Jean-Marie Pelt, auteur d'un ouvrage intitulé Des Légumes (Éditions Fayard, 1993) :


Le pissenlit est l'une de nos herbes les plus communes, car, non content de régner en maître sur les prairies, les chaumes, les friches, les talus, il va jusqu'à s'insinuer entre les pavés des places de nos villes. Ses feuilles découpées en lobes aigus lui ont valu le nom spécifique de « dent de lion ». C'est à ses merveilleux capitules de fleurs jaune d'or,, juchés au sommet d'un pédoncule creux et souple, qu'il doit le nom de « fleurion d'or ». Après la formation par chaque fleur d'un petit fruit sec, surmonté d'une fine aigrette en forme de parachute, la belle collection de ces aigrettes au sommet de la hampe lui vaut le nom de « chandelle ». Depuis que Pierre Larousse en fit l'emblème de son œuvre, l'essaimage des airettes au moindre souffle de bise ou de vent reste une image familière qui orne les livres où s'écrit l'histoire de la langue française. Quand toutes les aigrettes ont disparu, il ne reste plus que le réceptacle bombé, nu, et c'est alors que le pissenlit s'appelle « tête de moine ». Le nom de « pissenlit », regroupant tous les autres, évoque les incontestables propriétés diurétiques de la plante. Reste le latin Taraxacum : cette racine proviendrait du grec et évoquerait l'action salutaire du pissenlit dans les maladies des yeux, fort contestable au demeurant.

En raison de son amertume, le pissenlit fut d'abord une plante médicinale et ensuite seulement une salade. Parmi bon nombre d'indications thérapeutiques, hétéroclites et discutables, on relèvera cependant une indication constante du pissenlit dans les maladies du foie et des reins ; amer comme la bile, il est, de fait, un excellent draineur et un bon diurétique.

La culture du pissenlit en tant que légume remonte à la Renaissance et se pratique surtout en France ; mais l'on récolte toujours le pissenlit sauvage. La plante possède une puissante racine pivotante pouvant atteindre 30 cm de profondeur ; elle est inscrite à la pharmacopée. Riche en inuline, proche de celle de la chicorée - on l'a d'ailleurs utilisée comme succédané de celle-ci -, elle entre dans de nombreuses compositions de tisanes dépuratives. Quant aux feuilles, elles contiennent des vitamines B et C ainsi qu'un principe amer identique à celui de la chicorée.

Laitue, chicorée, pissenlit, toutes ces salades appartenant à la famille des astéracées (ex-composées) sont chimiquement apparentées. Ces plantes se caractérisent par leur amertume, par la haute teneur en inuline de leurs racines et par leurs effets favorables sur les sphères hépatobiliaire et hépatorénale ; d'où des propriétés diurétiques, cholagogues, cholérétiques.

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Composition nutritionnelle : lire le détail

Analyse nutritionnelle : idem.

 

D'après Lionel Hignard et Alain Pontoppidan, auteurs de Les Plantes qui puent, qui pètent, qui piquent (Gulf Stream Éditeur, 2008) :

"Le pissenlit porte de longues feuilles dentelées. Il pousse en très grand nombre dans les prairies. Au printemps, au milieu du vert des prés, une multitude fleurs jaunes éclosent puis donnent naissance à des plumets légers que le vent emporte. Le pissenlit est une plante à latex, dont le lait ne brûle pas la bouche. Il est juste un peu amer.


Pourquoi fait-il ça ? Le latex du pissenlit a pour effet de repousser les limaces et les escargots, qui se contente de manger les vieilles feuilles un peu pourries du dessous. Par contre, les lapins, les vaches ou les chevaux en raffolent et le pissenlit s'en trouve plutôt bien car plus il est brouté, mieux il repousse !


Salade de pissenlits : Le pissenlit se mange en salade, surtout quand les feuilles sont jeunes et tendres. Il est délicieux avec de l'huile d'olive et des petits lardons grillés. Mais les enfants, eux, le trouvent souvent bien trop amer. Dommage, car le pissenlit est bon pour la santé, même s'il a tendance à donner envie de faire pipi (on peut l'écrire d'ailleurs "pisse-en-lit" !


Des pneus en pissenlit : Le latex du pissenlit devient extensible en durcissant. Il pourrait même servir à faire des élastiques, ou des balles de caoutchouc. En Russie, on a essayé de l'utiliser pour fabriquer du caoutchouc. Mais on a abandonné car les pissenlits étaient trop difficiles à récolter."

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Bienfaits thérapeutiques :


Le pissenlit est essentiellement utilisé pour ses propriétés diurétiques comme son nom l'indique. Selon le site de la Société Française d'Ethnopharmacologie (SFE), "C’est une petite plante très commune dans toutes les régions tempérées du monde dont les racines sont traditionnellement utilisées comme dépuratifs, cholagogues et cholérétiques mais aussi pour ses effets diurétiques. Les racines s’emploient en décoction et les feuilles en infusion."

 

Pissenlit et cancer : Selon une étude menée par Siyaram Pandey, professeur de l’université de Windsor au Canada, les racines de pissenlit seraient bien plus efficaces que la chimiothérapie. Ainsi, les effets cytotoxiques de l’extrait de racine de Pissenlit pourrait tuer jusqu’à 96% des cellules de la leucémie myélomonocytaire chronique (forme de cancer du sang) 48 heures seulement après assimilation.


Pour en savoir davantage, lire l'article publié sur le site de l'université de Windsor.

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Usages traditionnels :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


Le collet et les feuilles du pissenlit, Taxacum officinale, du Liondent, Léontodon hastile, des crépides, Crepis virens et taraxacifolia, et dans les montagnes, du Crepis aurea (ces cinq dernières plantes cueillies au printemps avant la croissance des tiges ou des hampes), servent à faire une salade fort appréciée dans le peuple (1) et sont vendues sous le nom de Dents de lion. On leur attribue une grande vertu dépurative, probablement parce que c'est la première herbe mangeable à bon marché qui paraisse à la fin de l'hiver.


Note : 1) Pendant le séjour de l'armée de Bourbaki en Suisse, les soldats récoltaient de vraies cargaisons de pissenlits et les mangeaient en salade, au grand étonnement des habitants qui ne le mangeaient que cuit et qui, malgré l'exemple donné, sont restés fidèles à leurs habitudes. (Christ in litt.)

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Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot nous apprend que :


L'action de souffler sur les graines légères, qui sert à des consultations amoureuses, constitue aussi un jeu. Les enfants prennent une boule de pissenlit, puis l'un deux souffle dessus, puis toujours les uns après les autres ; celui qui soufflera le dernier brin aura gagné. [...] En Berry et dans une partie de la Sologne, on appelle amoureux du Berry les graines légères de pissenlits que le vent propage dans les campagnes aux mois d'août et de septembre. Les jeunes filles les attrapent quand elles le peuvent, elles les placent dans leur corsage en disant : Encore un de pris. C'est une allusion à l'amoureux qu'elles pourront attraper au vol, quand elles auront l'âge de se marier.

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


La friction d'une plante sur le mal est aussi efficace peur faire disparaître ces excroissances [les verrues]. Au XVIe siècle, on conseillait de frotter le porion du lait d'une fueille de pissenlit, il en sèche plus tost.

[...] En Haute-Bretagne et dans la Beauce, si toutes celles [les aigrettes] du pissenlit s'envolent, on est très aimé ;s'il en reste quelques-unes, on l'est un peu moins ; l'affection est faible si la plupart résiste au souffle ; En Wallonie, on pose diverses questions en rapport avec l'amour et la destinée en soufflant, à chaque parole, sur un capitule de pissenlit : le mot sur lequel il se trouve complètement dégarni de ses graines donne l'explication attendue. La jeune fille qui veut savoir combien elle a de galants souffle par trois fois vigoureusement leur nombre est celui des aigrettes qui restent. En Provence, la jeune fille souffle sur une tige garnie de ces petites graines ailées, que l'on appelle Anges autant il en reste, autant d'années la séparent du mariage ; si toutes volent, elle se mariera bientôt si toutes résistent, le mariage est bien loin ; la même épreuve se fait en Haute-Bretagne avec le pissenlit et dans le Bocage normand si l'aigrette s'envole tout entière le mariage est prochain, s'il en reste, on devra attendre autant d'années qu'il faudra s'y reprendre de fois pour faire disparaître les grains.

En Haute-Bretagne et dans la Beauce, pour savoir combien l'on a d'années à vivre, on souffle sur le pissenlit en graine : le nombre d'aigrettes en indique le chiffre ; il dit aussi aux jeunes femmes des Côtes-du-Nord combien elles auront d'enfants. Les enfants wallons ont donné le nom d'horloge à la tête du pissenlit, parce qu'elle leur sert à .déterminer l'heure ; ils soufflent dessus jusqu'à ce que toutes ses graines aient disparu ; le chiffre est marqué par le nombre de fois que l'on, aura eu à souffler pour les éliminer toutes. En Haute-Bretagne, on souffle trois fois ; le chiffre de celles qui restent donne la réponse ; s'il y en a de cassées, ce sont des demi-heures ou des quarts d'heures ; la même consultation est pratiquée en Beauce. En Ille-et-Vilaine et dans les Côtes-du-Nord, elle est employée par ceux qui ne se rappellent plus s'ils ont dit leurs prières le matin ; si on enlève toutes les graines, c'est qu'on est en règle. Aux environs de Dinan, les enfants qui, en route, réussissent à les faire envoler, croient que leur mère les attend avec impatience et leur ménage une surprise. Une consultation analogue est usitée en Savoie, où la fleur de pissenlit s'appelle Inà (lune). Lorsque les enfants s'amusant à la campagne craignent que leurs parents n'aient besoin d'eux pour quelque petit service, ils soufflent très fort sur cette lune si tous les pétales s'envole, leurs parents les réclament et il faut partir au plus tôt sinon, et quand bien même il ne resterait qu'un seul pétale, ils continueront leurs jeux sans inquiétude.

[...] Les plantes semblent ne jouer qu'un rôle secondaire dans les songes. En Franche-Comté, la jeune fille curieuse de voir en rêve celui qui sera son mari doit placer sous son oreiller, avant de se coucher, une feuille intacte de pissenlit.

[...] En Poitou, l'enfant aplatit à un bout le tuyau du pissenlit qui commence à fleurir, et s'il respire fortement, et qu'il ne passe pas d'air entre les lèvres et le bout de ce tuyau, il doit faire entendre un son.

 

Il est courant de faire un vœu lorsque l'on souffle sur les pistils de ce petit génie. Le rituel est similaire à celui de la lampe à huile, de l'étoile filante ou du bouton d'or.

Dans le calendrier républicain français, le 26e jour du mois de ventôse, est officiellement dénommé jour du Pissenlit.

Wikipédia

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Une tradition ancienne voulait que le pissenlit en fruit servit de présage aux jeunes filles à marier : les jeunes filles d'autrefois soufflaient sur la tête du pissenlit pour faire s'envoler toutes ses graines. Autant de fois elles soufflaient, autant d'années elles attendront un époux...

Les magiciens se frottent le corps de décoction de pissenlit afin d'être bien accueilli partout et d'obtenir tout ce qu'ils désirent.

http://viagallica.com/

 

Selon Ernest Small et Paul M. Catling dans Les Cultures médicinales canadiennes, (Conseil national de recherches Canada, NRC Research Press, 2000) :


"On peut prédire de combien de pouce grandira un enfant au cours de la prochaine année en mesurant la plus grande tige de pissenlit qu'il peut trouver."

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) nous livrent leur vision de cette petite fleur :


Eté - Août

PISSENLIT OU DENT DE LION - ORACLE.

Portez-vous vos pas dans la plaine, sur la pente des collines, ou sur le haut des montagnes, regardez à vos pieds, vous ne tarderez pas à y découvrir des rosaces de verdure toutes couvertes de fleurs dorées, ou de sphères légères et transparentes. Déjà vous reconnaissez cet ami de votre enfance ; c'est le pissenlit, c'est l'oracle des champs ; partout on peut le consulter. Les pissenlits, comme les enfants des hommes, sont généralement répandus sur le globe ; on les trouve dans les quatre parties du monde, sous le pôle et sous l’équateur, aux bords des eaux et sur les rochers arides ; partout ils se présentent à la main qui veut les cueillir, ou à l'ail qui veut les consulter ; leurs fleurs, qui se ferment et qui s'ouvrent à certaines heures, servent d'horloge au berger solitaire ; et ses houppes emplumées lui prédisent le calme ou l'orage :

Il lit au sein des fleurs, il voit sur leur feuillage

Les desseins de l'autan, l'approche de l'orage.


Mais ses boules légères servent encore à de plus doux usages. Vit-on loin de l'objet de sa tendresse, on détache avec précaution une de ces petites sphères transparentes ; on charge chacun des petits volants qui la composent d'une tendre pensée ; puis on se tourne vers les lieux habillés par la bien-aimée, on souffle, et tous ces petits voyageurs, messagers fidèles, portent à ses pieds vos secrets hommages. Desire-t- on savoir si cet objet si cher s'occupe de nous comme nous nous occupons de lui, on souffle encore ; et s'il reste une seule aigrelte, c'est la preuve qu'il ne nous oublie pas ; mais cette seconde épreuve, il faut la faire avec précaution ; on doit souffler bien doucement ; car, à aucun âge, pas même à l'âge brillant des amours, il ne faut pas souffler trop fort sur les douces illusions qui embellissent la vie.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Pissenlit - Oracle et Présomption.

La fleur du pissenlit sert aux mêmes usages que celle de la marguerite. La petite sphère qui forme son fruit et qui se disperse au moindre souffle, dit aussi aux amants leur constance ou leur inconstance, selon qu’elle résiste ou ne résiste pas à l’épreuve qu’on lui fait subir.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


PISSENLIT - ORACLE.

Les oracles annoncés par votre ordre, 0 Seigneur, sont fondés sur la justice, rien n'en peut corrompre la vérité.

Psaumes : CXVIII, 138.

 

Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


PISSENLIT - ORACLE.

L'espèce la plus commune, le pissenlit dent-de-lion, se trouve en abondance dans les prés et les lieux herbeux et incultes. Ses pousses se mangent en salade dans les premiers jours du printemps, ou cuites comme la chicorée. Qui ne se rappelle les boules légères du pissenlit qui pousse dans les prés et que nous aimions à consulter quand nous étions enfants ? ... Désire-t-on savoir si un ami absent s'occupe de nous comme nous nous occupons de lui, dit madame Delatour, on souffle sur ces aigrettes légères, et s'il en reste une seule, c'est une preuve qu'il ne nous oublie pas ; mais celle épreuve, il faut la faire avec précaution ; on doit souffler bien doucement, car, à aucun âge, pas même à l'âge brillant des amours, il ne faut souffler trop fort sur les légères illusions de la vie.

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Emma Faucon, autrice d'un ouvrage intitulé Le langage des fleurs. (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) rapporte les équivalences de l'Horloge de Flore :


Il est des fleurs qui s'ouvrent invariablement à la même heure ; les horticulteurs profitent de cette horloge naturelle pour régler leur temps, et les amoureux emploient ce moyen pour indiquer le moment où ils passeront sous les fenêtres de celle à qui ils offrent leurs vœux.


Trois heures du soir - Le pissenlit taraxacoïde.


L'autrice étudie ensuite le symbolisme des plantes selon le langage des fleurs traditionnel :


Pissenlit - Oracle.

Sa fleur est composée de capitules terminaux, à fleurons jaunes ; les aigrettes s'étalent à la maturité, et forment par leur réunion une tête globuleuse, qui, dans le langage familier, s'appelle chandelle. Cette petite sphère se disperse au moindre souffle, et les jeunes gens la consultent pour savoir dans combien d'années ils se marieront. On mange les feuilles et les racines du pissenlit en salade.

Le pissenlit est encore l'horloge des champs.

« Les fleurs, qui se ferment et qui s'ouvrent à certaines heures, servent d'horloge au berger, et ses houppes emplumées lui prédisent le calme ou l'orage . » (AIMÉ MARTIN.)

Son nom vient de ses qualités diurétiques.

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Jacques Lefrêne (pseudonyme d'Elie Reclus), auteur de Physionomies végétales, Portraits d'arbres et de fleurs, d'herbes et de mousses (In : Plant Physiognomie, 1931 ; Éditions Héros-Limite, 2012) s'appuie sur la description botanique de la plante pour en déduire des traits symboliques :


Il croît partout et fleurit dans toutes les saisons. C'est une fleur omniprésente et qui, souvent, couvre d'immenses étendues.

Cette fleur, qui est un soleil, devient une voie lactée, un monde d'astres, après la floraison. Elle passe de vert en jaune et en gris-bleu. Tout en elle est unité et radiation, les feuilles aussi bien que la fleur et le fruit. Le pissenlit représente une idée complète et harmonique ; il se révèle partout comme une incarnation de l'unité et constitue une image éloquente de la perfection dans la beauté et dans la simplicité.

Rien ne ressemble plus au soleil. En contemplant une prairie des Alpes, on a comme la vision de cieux immenses, avec des milliers de constellations et des millions de soleils. Le créateur biblique ne verrait pas plus beau en jetant un regard sur la vastitude des mondes. Le ciel bleu est parsemé de lambeaux de nuages blancs, s'élevant au-dessus de montagnes blanches aussi, découpées de bleu encore. Les colosses des Alpes ne sont que de petites réductions de figures météorologiques, affectant des formes plus verticales, plus déchirées, un peu plus blanches, un peu plus bleues.

Les prairies en fleur, d'un vert argenté, donnent l'impression de neige ensoleillé, brillant sur un brouillard doucement éclairé par la lune. Le vert abondant fait valoir le jaune des boutons d'or et des pissenlits. C'est le vert du bouleau : doux, frais, pur, innocent. Hier, il n'était que le brouillard vert qui s'était arrêté entre les branchilles violâtres. Maintenant, c'est un vert suave, au milieu duquel s'élèvent les troncs blancs tachetés de noir. On dirait de grands serpents dont les écailles de velours et d'argent se redressent dans les herbes. Là-dedans aussi nous remarquons l'antithèse du pommier et du poirier. Le poirier aux feuilles pâles, le pommier aux feuilles plus vertes ; le poirier aux fleurs toutes blanches, le pommier aux fleurs roses ; le poirier avec son grand élan vertical, le pommier avec son jet horizontal sont deux frères qui ne cessent de se contredire.


Le pissenlit, roi de la prairie, évoque l'idée de radiation ; cette Composée est l'image de l'état harmonique. Ses feuilles sont radiantes ; le pissenlit radie, il va du centre à la circonférence et revient de la circonférence au centre. C'est son jeu vital. D'abord, les feuilles partent du centre, se relèvent un peu sous la pression des herbes environnantes qui voudraient aussi se faire jour. Au milieu, on aperçoit une verrue, un nœud plat, vert foncé ; c'est la fleur future. Les feuilles lancéolées sont façonnées sur le terrible modèle de la lance barbelée, qui entre largement et ne peut ressortir qu'en déchirant les tissus. Mais elles sont inoffensives, ces feuilles, et ne blessent pas le moindre insecte ; on les mange, et la salade de pissenlit a une amertume légère et salutaire, un petit goût sauvage. Sur le centre de la plante, un peu de lait est répandu, qui ressemble au lait de laitue.

La verrue vert-foncé, presque noirâtre, se soulève un peu, puis monte, monte sur une hampe florale, une colonne creuse, blanc verdâtre, toujours plus blanche, garnie en haut de duvet caressant : pour empêcher quoi ? pour protéger comment ? La fleur future. C'est une intention, mais quelle est la réalité ?

Ce bouton est enveloppé par un double calice vert, avec reflet blanchâtre en dehors, mais au second calice le vert aboutit au violet. De nombreuses nuances s'offrent dans chaque partie de la plante, aux divers phases de croissance et de développement. Il y a une diversité extrême ; il ne s'agit que de regarder beaucoup, de prendre intérêt, de jeter des regards affectueux, de saluer avec respect et sympathie.

Donc, le pissenlit monte, monte sa colonne à la hauteur, ou à peu près, des plus hautes feuilles. Entre temps, la verrue a changé de forme. C'est un gland maintenant, avec une multitude de raies longitudinales ; ce sont les centres du second calice. Au sommet, une tache violette ferme bien le cœur du pissenlit. Ce cœur est fermé avec une puissance extraordinaire de concentration et pourtant il va s'ouvrir tout à l'heure et ne se ferme si bien que pour mieux s'ouvrir, quand le moment sera venu. Il s'entr'ouvre au milieu de la tache violette un point jaune éclatant, un œil de lumière Et cet œil s'élargir, s'élargit.

J'ai remarqué, un matin, que toutes les fleurs s'ouvrent par le côté Est et le côté Sud - le côté le plus près du soleil - ce qui prouverait que ces petites plantes ont une sensibilité inimaginable. Elles se rapprochent pour avoir davantage et mieux. Elles y gagnent le billionième du milliardième de rien du tout, ou de presque rien. Mais pourquoi le font-elles ? Tandis qu'elles sont pleinement épanouies du côté du Midi, quelques-unes au Nord sont encore fermées, ne sont pas réveillées, dorment encore, ne sont pas nées. Celles qui se sont levées les premières sont aussi les premières à se flétrir, à se relever en sens contraire.

Le moment le plus beau, c'est celui de la première floraison. On voit un léger arc de cercle, qui grandit jusqu'au demi-cercle, presque trois quarts de cercle. Les pétales s'abaissent, les pissenlits se relèvent. On leur fait place. Au milieu se trouve la multitude de folioles, de pistils et d'anthères formant masse solide comme cœur d'artichaut. C'est un globe entamé aux deux pôles ; on en a enlevé une calotte, une lentille ; sur la branche, se dessinent comme des rosaces, des guillochures formées d'une multitude de points disposés régulièrement, suivant des lignes pointillées, comme les guillochures des montres.

A chaque minute, à Chaque instant, se détache une foliole, un pistil du bourgeon central. Entre le bourgeon et la foliole, il y a comme un brouillard léger, avec des entrelacements de circonférences, des arabesques de cercles, qui se coupent et s'unissent ; il y a des ronds d'or sur un étang violet. Ces cercles sont produits par la coupure oblique. Les languettes renferment les pistils qui sont entourés chacun par les cinq anthères qui forment un seul corps.

La fleur est simple ; chaque fleur est si tranquille, est tout à fait chez soi et veut sa part de lumière, de chaleur, du monde entier, dans le minimum d'espace. On a tant admiré les cellules hexagonales des ruches ! qu'on admire donc ces fleurs composées ou Synanthérées, qui reflètent l'idéal du communisme, qui forment l'image de l'Etat. Dans une telle fleur, on peut voir tout un monde.


Le jaune, c'est la lumière par excellence. Les pétales du pissenlit sont jaunes, mais les étamines sont orange. Quand le rouge s'y met, on pense à chaleur et à passion. L'orange enthousiaste évoque l'admirable élan des idéalistes.

Quand tout finit par s'être développé, il n'y a plus de centre apparent en quelque sorte. Cette fleur soleil est comme le grand soleil du ciel, dans lequel on ne distingue plus rien. La splendeur du pissenlit, son moment de beauté suprême, est avant son complet développement. Après, la fleur procède en sens contraire ; elle s'est expandue au possible en trois quarts de globe ; maintenant toutes les folioles rentrent. Des étoiles apparaissent, dont les rayons sont plus longs que d'autres ; les pétioles n'ont plus leur fraîcheur ; les pistils sont encore debout, ils rougeoient. La fleur est plus orange qu'avant. Le calice horizontal remonte toujours, toujours ; mais enfin il se ferme, d'abord sous forme d'une glande plutôt deux fois plus large en haut qu'en bas ; ensuite, cela devient un pain de sucre, formé par deux lignes concaves. Ce pain de sucre s'empaquette en spirale et, alors, la tige prend un aspect plus violacé. Un nouveau travail intérieur se prépare. Le pissenlit se cache ; il rentre, comme la chrysalide, dans la profondeur de l'organisme pour son œuvre énorme. De nouveau, la fleur fermée se gonfle : les graines se forment avec leurs aigrettes, d'abord serrées comme étoffe de parapluie, qui poussent en haut la masse d'étamines mortes. On dirait une quenouille de soie jaune. Les languettes se détachent comme des calottes. Tout naturellement, elles montent, montent, et quand elles sont montées au plus haut, elles tombent, n'ayant plus de base.

Ainsi les empires, les capitaines, les rois, les empereurs, les villes et l'Etat...

Ce mouvement va de la circonférence au centre ; c'est la graine centrale qui est la dernière formée, de même la dernière étamine était celle qui semblait dominer et de qui toutes les autres semblaient procéder.

Le pissenlit offre aussi parfois une tendance à former des jumeaux. Deux tiges soudées paraissent, et alors la plante parle d'abondance, de facilité, de complaisance.

La fleur de pissenlit sur sa tige rappelle le palmier rayonnant. La semence, avec son aigrette comme de verre filé, reproduit la forme de la plante. Sur un bel exemplaire, on compte cent cinquante graines environ ; à vingt fleurs sur le pied, cela fait trois mille graines, un nombre respectable. Si l'on réfléchit que le nombre de plantes demeure à peu près stationnaire, on est obligé de reconnaître que, sur trois mille graines, une seule arrive à bien.

Le parfum du pissenlit, chose délicate et subtile, pour les petits hurbecs, pour les charançons qui le mangent, pour les abeilles qui viennent butiner. Ce sont des nuages d'encens, des amas de lumière zodiacale.

Pour nous autres, montagnes d'os et de chair, qui, pour les pissenlits, appartenons à la catégorie des grands monstres animaux, ce parfum est à peine perceptible, vapeur légère, saisissable par moments, insaisissable à d'autres, tantôt agréable à notre odorat, tantôt désagréable. Mais pour les cirons, pour toutes les petites limaces gluantes et grises, qui se vautrent avec délices dans cette corolle orangée, qui boivent à flot ce lait épais et crémeux, c'est de l'opium sucré.

Parmi les boutons d'or d'un jaune plus brillant, plus verni, nuance chrome, dans le brouillard léger d'un vert blanchâtre des ombellifères et les reflets de fer rouillé des oseilles, le pissenlit est une personnalité caractérisée.

Il est magnifique, mais sans orgueil. Bon, large, doux, facile, il est essentiellement bon prince, l'idéal du sympathique dans la bonne acception du mot, comme Bacchus était sympathique.

Il se réjouit de lui-même sans avoir des autres la moindre envie ; il est heureux de soi, de tous et de tout. Pourquoi ne serait-il pas plus heureux, puisqu'il se sent parfait ? Il n'est pas jaloux de la rose qui appartient à un monde tout autre. Il n'est même pas jaloux de son cousin Leontodon de l'automne, maigre, ambitieux, aristocratique et tout autrement distingué. Il le trouve joli, il le loue de bon cœur, mais pourquoi l'envierait-il ? L'autre a un je ne sais quoi qu'il n'a pas, un je ne sais quoi qui a bien son mérite, mais lui a son je ne sais quoi qui a son mérite aussi, et il a de plus ce certain je ne sais quoi, indéfinissable, que els uns croient la raison suprême, que d'autres estiment absolument irrationnel, et qu'on appelle être heureux.

Ivre de soleil, ivre de lui-même, ivre de tout, ivre de lumière et de chaleur, l'œil humide d'une coupe du généreux vin de Chiraz, Hafiz eût écouté une poésie du panthéiste Djelaleddin Rumi :


Je suis la fleur et je suis le soleil qu'elle regarde et qui la regarde ; je suis la dix-millionième fleur perdue dans la prairie et je suis aussi l'astre des cieux, roulant de vastitude en vastitude ; je dans se dans les tourbillons des constellations ; je jouis à la fois de ma petitesse infinie et de ma grandeur colossale. Je suis un monde de fleurs moi-même, tout un système floral ; à moi seule, je m'appelle Légion. Je suis la Composée. Je suis tout un Cosmos, un système d'Ordre, de Liberté, de Beauté, d'Egalité, de Fraternité. Je suis une Communauté, comme les Polypes, les Salpes, les Ascidies, les fourmilières et les ruches : mais je suis en même temps la ruche et les abeilles, la fourmilière et les fourmis, en même temps la fleur et les fleurettes, en même temps la République et tous ses citoyens. Je suis en même temps le soleil des cieux et la fleur dans laquelle il se reproduit, en même temps le grand soleil du grand univers et le pissenlit du bord de la route, Taraxacum officinale.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), Pissenlit (Taraxacum dens leonis) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Jupiter

Élément : Air

Divinité : Hécate

Pouvoirs : Divination ; Vœux ; Stimule les esprits.


Utilisation magique : Pour savoir combien d'années vous vivrez, soufflez les graines de la tête du Pissenlit. Vous vivrez autant d'années qu'il restera de graines. Pour savoir l'heure : soufflez trois fois de la même manière que précédemment. Le nombre de graines restantes vous indiquera l'heure.

Pour envoyer un message à une personne aimée, soufflez sur la tête du Pissenlit, dans la direction de celle-ci, et en visualisant votre message. Le Pissenlit, enterré dans l'angle nord-ouest de la maison, apporte des vents favorables.

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Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi le Pissenlit :


Mot clef : Oracle

Prédit me fut que devais fermement

Un jour aimer celui dont la figure

Me fut décrite, et, sans autre peinture,

Le reconnus quand vis premièrement.


Puis le voyant aimer fatalement,

Pitié je pris de sa triste aventure,

Et tellement je forçai ma nature,

Qu'autant que lui aimai ardentement


Qui n'eût pensé qu'en faveur devait croître

Ce que le Ciel de destins firent naître ?

Mais quand je vois si nubileux apprêts,


Vents et cruels et tant terribles orages,

Je crois qu'étaient les infernaux arrêts

Qui de si loin m'ourdissaient ce naufrage.


Louise Labé (v. 1525 - v. 1565).


Tous les enfants aiment souffler sur les boules plumeuses des Pissenlits ; les graines, portées par une sorte de petit parachute, se dispersent au vent et se répandent dans les cheveux, sur les vêtements. Si l'on fait un vœu et que l'on souffle toutes les graines en une seule fois, il sera exaucé... C'est pourquoi, le Pissenlit est un symbole d'oracle et de divination. Ces boules de graines lui ont valu, dans certaines régions, d'être appelé "Couronne de moine".

Cette plante médicinale porte également le nom de Dent de lion, parce que ses feuilles dentées évoquent les mâchoires du roi des animaux. Autrefois peu apprécié en matière culinaire, le Pissenlit a vu cette mauvaise réputation confirmée par l'usage, en recevant les sobriquets de Salade des chiens ou Salade des taupes.

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Selon le site http://1001symboles.net/ :


"Le pissenlit est le symbole de la mort et de la résurrection. Cependant, il symbolise aussi la diffusion du savoir.


La mélancolie de la mort et la lumière divine : Le pissenlit est aussi appelé "dent de lion" en raison de la découpure de ses feuilles. Aussi, son goût amer évoque la mélancolie de la mort. Cependant, ses fleurs solaires et printanières rappellent la lumière divine et la promesse de la résurrection.

La diffusion du savoir : Le pissenlit se caractérise par ses graines qui ont la particularité de s'éparpiller au gré du vent. Aussi, depuis 1876, il représente le logo [1] des éditions Larousse, dont la devise est : "Je sème à tout vent". Ainsi, le pissenlit symbolise la diffusion du savoir. D'ailleurs, l'ambition des fondateurs de la librairie Larousse en 1852 était : "Instruire tout le monde et sur toutes les choses".


1. Logo des dictionnaires Larousse = l'image représente une femme soufflant sur les aigrettes de pissenlits, symbole de « la connaissance semée à tout vent ».



 

Ernest Small et Paul M. Catling dans Les Cultures médicinales canadiennes, nous apprennent que :


"Les Iroquois attachaient à la racine du pissenlit un symbolisme de nature sexuelle. Lorsqu'on trouvait une racine dont une branche évoquait la forme d'un pénis, on pouvait la lancer par derrière en prononçant le nom de la personne désirée. De même on pouvait faire bouillir une paire de racines poussant entremêlées, puis se laver le visage et les doigts avec l'eau de cuisson, ce qui était censé rendre sexuellement irrésistible.