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  • Anne

Le Pommier



Étymologie :

  • POMMIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1100 désigne l, puis plus rien.e bois de pommier hanstes de fraisne e de pumer (Roland, éd. J. Bédier, 2537) ; 2. 1121-34 désigne le fruit (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1355 ds T.-L.) ; fin xiie s. pomier sauvage (Lai de Guingamor, 638, ibid.) ; ca 1256 fleurs de pumiers (Régime du corps de Aldebrandin de Sienne, 160, 5, ibid.). B. 1680 «ustensile de métal où l'on met les pommes à cuire devant le feu» (Rich.). Dér. de pomme* ; suff. -ier* ; cf. le lat. médiév. pomarius, subst. masc. «pommier» (ca 795 Capit. de villis ds Nierm.). Le lat. class. pomarium signifie «verger» ; il est prob. à l'orig. des topon. du type Pommier : xiie s. Pomers, Isère (Dauzat-Rost. Lieux, 1978, p.539b), v. FEW t. 9, p. 159b.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Malus ;




Expressions populaires :


Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expression populaires bien connues :


Tomber dans les pommes : Voilà une expression imagée dont l'image est loin d'être évidente. Tomber dans les pommes, manière très usuelle de dire « s'évanouir, perdre connaissance », doit assurément son succès à l'absurdité de la proposition ; de quelles pommes s'agit-il ?.... Aucun des sens non-conventionnel du mot n'a un rapport même lointain avec cet affaissement passager ; la pomme fut surtout « la tête » en argot du XIXe siècle, d'où « ma pomme », moi, « c'est bien fait pour sa pomme », bien fait pour lui, « se sucer la pomme », s'embrasser, se donner des bécots. L'ancienne langue familière connaissait « aux pommes ! » pour très joli, parfait - rien de tout cela ne fournit la moindre indication sur la raison pour laquelle on dit si couramment tomber dans les pommes pour « tourner de l'œil ».

De plus, comme pour se dérober davantage à l'investigation, la locution est diaboliquement mal attestée par des textes. On possède par Chautard (La Vie étrange de l'argot) une date d'apparition : 1889, puis plus rien. Aucun des lexicographes des marges, ni Virmaître, ni Bruant, ni Hector France, pourtant très éclectique, ne la relèvent, et les écrivains de langue populaire ne l'emploient pas non plus. On peut tirer une première conclusion de cette absence ; ce n'est pas une locution argotique, le langage de la pègre a été trop bien passé au peigne fin. Comme ce n'est pas non plus une expression mondaine, il s'agit d'une zone interlope de la langue familière qui attire peu l'attention, la plus difficile à cerner, car elle n'apparaît ni dans les dictionnaires officiels - le Larousse de 1922 l'ignore encore - ni dans ceux de langue verte.

Encore si c'était une expression de Normandie, où toutes les pommes de la création se sont donné rendez-vous depuis le jardin d'Eden ! Mais pas du tout…. A un certain moment, ayant constaté que, dans la campagne normande, les gens parlant le dialecte disaient toujours paumé pour « pâmé », par un très ancien archaïsme, j'ai été séduit par l'interprétation de Dauzat, reprise par Maurice Rat, selon laquelle « le mot pâmes ayant vieilli, a été absurdement changé en pommes » - mais, à la réflexion, c'est là une hypothèse que rien n'appuie, et qui me paraît trop tirée par les cheveux. Il y a un monde entre les sons pôme (paume) et pomme - en outre, personne n'a entendu parler de « tomber dans les pômes », ni dans le bocage, ni ailleurs !

Mieux vaut, je crois, se tourner vers une façon de parler contenue dans une lettre de George Sand à Mme Dupin, être dans les pommes cuites (cité par Rey-Chantreau), « être dans un état de fatigue, d'usure ». Une abréviation de pommes cuites à pommes, ajoutant de l'absurde et du mystère, est entièrement vraisemblable, et dans l'ordre ordinaire de la formation des locutions Dans ce cas tomber va de soi, à la fois par le verbe de passage d'un état à un autre, « tomber malade », et par l 'image concrète de la personne qui s'écroule réellement en perdant connaissance ; elle « tombe en faiblesse ».

Or les pommes cuites ont une histoire : on les jetait autrefois sur les gens pour les conspuer. Philibert le Roux cite cette hyperbole : « On dit pour exagérer la faiblesse d'une place, qu'on l'abattrait à coups de pommes cuites. » Il existait un domaine privilégié pour le jet de pommes cuites, c'était le théâtre. Le public du XIXe siècle ne ressemblait absolument pas au public passif et muet du XXe siècle qui prenait son mal en patience en ingurgitant dans un ennui de qualité des choses lourdes qu'il regardait comme des purges culturelles. Quand il n'était pas content, le public populaire d'autrefois ripostait par des quolibets, des apostrophes grinçantes, puis il sifflait, hurlait, passait enfin aux actes en jetant aux comédiens atterrés des œufs pourris - les tomates furent longtemps un légume trop luxueux pour aller au théâtre - et le projectile idéal, vulgaire et abondant, les pommes cuites, ou pas cuites.

Dans un texte de 1880, Alphonse Karr évoque un événement théâtral survenu « dans une ville de province » (peut-être Étretat), vraisemblablement durant les années 1840 : « Il vint d Paris de nouveaux acteurs qui n'avaient pu, ce qui était mauvais, signer, prendre d'engagement ailleurs. Ils étaient détestables, on leur jeta des pommes dont quelques-unes seulement étaient cuites. » (Pendant la pluie, 1880).

Il y a là, en tout cas, en plus d'une concordance de dates, une grande logique.

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Botanique :

Lire la fiche proposée par le site des beaux jardins pour en savoir davantage.

Lire également la fiche extraite du site Tela Botanica sur le pommier sauvage.







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Utilisation et bienfaits :


Dans L'Effet guérisseur de l'arbre, les bénéfices émotionnel, cognitif et physique de la biophilie (2016), Clemens G. Arvay précise que :


"Pour Ruediger Dahlke, le tout est plus que la somme de ses parties. On le voit très bien dans l'alimentation. Si vous mangez une pomme, vous ingérez 10 milligrammes de vitamine C. Mais l'action anti-oxydante de la pomme correspond à 2300 milligrammes de vitamine C pure. C'est le "tout" de la pomme qui en fait sa valeur, et non la vitamine C isolée.

"Anti-oxydante" veut dire que la substance saine capte les radicaux libres qui se trouvent dans le corps. Les radicaux libres sont néfastes pour notre corps, car ils nuisent à l"ADN et sont cancérigènes. C'est en mangeant des anti-oxydants que nous les attrapons. Ce ne sont pas les quelques 2000 milligrammes de vitamine C de l'industrie pharmaceutique qui nous protègent du cancer, mais la pomme du jardin anti-cancérigène et se nombreuses substances, alors que le pomme en elle-même ne contient qu'un peu de vitamine C."

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Croyances populaires :


Selon Micheline Lebarbier, auteure d'un article intitulé "Des plantes adjuvants du Destin, entre amour et rivalité, dans deux villages du Nord de la Roumanie" (Huitième séminaire annuel d'ethnobotanique du domaine européen du Musée départemental ethnologique de Haute-Provence, Jeudi 22 et vendredi 23 octobre 2009) :


Les arbres fruitiers médiateurs

En dehors des veillées, les jeunes filles pouvaient aussi, pour amener à elles les garçons, secouer un arbuste ou un arbre comme elles souhaitaient secouer le garçon désiré en lui intimant l’ordre de venir. Elles lui adressaient le même type de menaces que ci-dessus. [voir l'article sur le chanvre]

[...]

Le rêve et les pépins de pomme

Les arbres fruitiers mais aussi leurs fruits pouvaient devenir des annonciateurs de mariages. Á Hoteni, les jeunes filles comptaient les pépins de la pomme qu’elles venaient de manger. Si leur nombre était pair, elles les mettaient sous l’oreiller afin, là encore, de rêver du futur mari ou d’un signe qui le désignerait. Comme, me dit-on en riant, il est rare de trouver une pomme avec un nombre pair de pépins, elles mangeaient des pommes à en être écœurées.

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Élixir floral du Dr Bach :


D'après Les Douze "Guérisseurs" et autres remèdes (1ère édition 1941, traduction française Centre Bach 2011) du Dr Edward Bach :


La fleur de pommier sauvage est "Ceci est le remède de purification. Pour ceux qui se sentent comme s'il y avait quelque chose de pas très net en eux-mêmes. Souvent c'est quelque chose de faible importance en apparence; dans d'autres cas il peut y avoir une affection plus grave qui est quasi ignorée face à cette seule chose sur laquelle ils se concentrent. Dans les deux cas, ils sont soucieux de se libérer de cette chose particulière qui est la plus importante à leurs yeux, et pour laquelle il leur semble si essentiel de trouver un remède. Ils sont abattus quand le traitement échoue. Étant un nettoyant, ce remède purifie les plaies si le patient a des raisons de croire que quelque poison y est entré qui doit en être expulsé.

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Dans les cartes des Fleurs du Dr Bach, Le Chemin de l'harmonie psychique (1997, traduction française Médicis-Entrelacs, 2001) de Mechthild Scheffer, on peut lire que la fleur de pommier sauvage est


"La fleur de la purification" qui permet d'évoluer "de l'obsession d'ordre... vers l'ordre intérieur". Si on est concerné par l'état d'âme négatif du découragement et du désespoir, on a besoin de la fleur de pommier sauvage, en particulier si "on se sent intérieurement ou extérieurement souillé, impur ou infecté. Tendance à ergoter sur des détails."

Dans ce cas, on peut se poser les questions suivantes et méditer sur les réponses proposées :


Quelle est la vérité que je dois mieux comprendre ?

L'ordre divin et la perfection divine ne sont pas statiques ; c'est au contraire un processus en éternel mouvement où chaque élément se modifie en permanence. Ce qui paraît parfait aujourd'hui (par exemple une nouvelle maison), était encore imparfait il y a peu de temps (chantier). Mais bientôt cette perfection diminuera (usure). Plus on se détache des détails extérieurs plus on vibre à l'unisson avec les rythmes et schémas d'ordre supérieur, et plus ces schémas peuvent s'ancrer en nous et organiser aussi notre environnement.


Quelle est la décision qui pourra me reconnecter avec mon Guide intérieur ?

Je me décide à renoncer à mes conceptions étroites d'ordre et de pureté ; je me décide à reconnaître de plus en plus les principes supérieurs de l'ordre cosmique et de vibrer à l'unisson avec lui.


Ces signes me permettent de voir que mon potentiel positif de Crab Apple s'accroît :

Je parviens à gérer avec moins de rigidité les apparentes imperfections de la vie quotidienne et aussi celles de mon corps. Je reconnais de plus en plus les principes d'ordre supérieur et je parviens à m'en réjouir."

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Selon le site http://lesouffledessimples.com/, la fleur de pommier pourrait s'exprimer ainsi :


Si l'hiver vous me croisez, vous verrez mon écorce ridée, crevassée, couverte de tâches de lichen et certainement vous me regarderez comme un vieillard.

Mais ne vous méprenez pas : j'ai en moi assez de courage pour vaincre les difficultés et atteindre mon objectif. S'il faut que je me batte, j'en suis capable. Avec l'arrivée du printemps, j'entre dans une énergie vitale puissante, je ceints ma tête de fleurs nacrées rose tendre, je suis alors jeune naïf ou vieux romantique.

Je danse dans un printemps sans fin ma sensibilité, mes fleurs flottent sur des étoiles vertes, coupes pures remplies d'amour.

Ce royaume et ces trésors, je l'offre : Pomme.


La pomme sauvage est verte et âpre au goût, mais elle est très résistante. Ces petites pommes traversent tout l'hiver sans pourrir. Symbole de santé, de purification et de pureté ainsi que de connaissance.

Ses racines superficielles l'exposent aux vents qui peuvent l'abattre.

L'écorce est crevassée, irrégulière, ridée et susceptible de s'écailler, signe d'une énergie erratique diffusée dans la peau. Elle est souvent couverte de mousse et de lichens.


Par son élixir :

"Etant un dépuratif, ce remède purifie les blessures si le patient a des raisons de croire que quelque poison est entré en lui et qu'il doit être extrait." Ed. Bach

Drainage et nettoyage du corps et de l'âme entrent en mouvement. La honte se dissout, le détail perd son attraction maniaque, la conscience de la globalité rassurante et prometteuse de vie s'épanouit. Nous retrouvons ancrage sur terre sans colère.


Mots-clefs : Guérison – Purification – Incarnation."

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Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on découvre que :


"La pomme est symboliquement utilisée en plusieurs sens apparemment distincts, mais qui, plus ou moins, se rejoignent : ce sont la pomme de Discorde attribuée par Pâris ; les pommes d'or du Jardin des Hespérides, qui sont des fruits d'immortalité ; la pomme consommée par Adam et Ève ; la pomme du Cantique des Cantiques qui, figure, enseigne Origène, la fécondité du Verbe divin, sa saveur et son odeur. Il s'agit donc, en toutes circonstances, d'un moyen de connaissance, mais qui est tantôt le fruit de l'Arbre de Vie, tantôt celui de l'Arbre de la Science du Bien et du Mal : connaissance unitive conférant l'immortalité, ou connaissance distinctive provoquant la chute. Alchimiquement la pomme d'or est un symbole du soufre.

Le symbolisme de la pomme lui vient, affirme l'abbé E. Bertrand, de ce qu'elle contient en son milieu, formée par les alvéoles qui renferment les pépins, une étoile à cinq branches... C'est pour cela que les initiés en ont fait le fruit de la connaissance et de la liberté. Et donc, manger la pomme cela signifiait pour eux abuser de son intelligence pour connaître le mal, de sa sensibilité pour le désirer, de sa liberté pour le faire. Mais comme il est toujours arrivé, la foule du vulgaire a pris le symbole pour la réalité. L'enclosement du pentagramme, symbole de l'homme-esprit, à l'intérieur de la chair de la pomme symbolise, en outre, l'involution de l'esprit dans la matière charnelle. Cette observation est déjà mentionnée dans l'Ombre des Cathédrales, de Robert Ambelain : La pomme, même de nos jours, dans les écoles initiatiques, est le symbole imagé de la connaissance, car, coupée en deux (dans le sens perpendiculaire à l'axe du pédoncule), nous y trouvons un pentagramme, traditionnel symbole du savoir, dessiné par la disposition même des pépins....

[...]

Fruit qui entretient la jeunesse, symbole de renouvellement et de perpétuelle fraîcheur, Gervasius raconte comment Alexandre le Grand, en cherchant l'Eau de vie dans l'Inde, a trouvé des pommes qui prolongeaient jusqu'à 400 ans la vie des prêtres. Dans la mythologie scandinave, la pomme joue le rôle de fruit régénérateur et rajeunissant. Les dieux mangent des pommes et restent jeunes jusqu'au ragna rök, c'est-à-dire jusqu'à la fin du cycle cosmique actuel.

Suivant l'analyse de Paul Diel, la pomme, par sa forme sphérique, signifierait globalement les désirs terrestres ou la complaisance en ces désirs. L'interdit prononcé par Yahvé mettrait l'homme en garde contre la prédominance de ces désirs, qui l'entraînent vers une vie matérialiste par une sorte de régression, à l'opposé de la vie spiritualisée, qui est le sens de l'évolution progressive. Cet avertissement divin donne à connaître à l'homme ces deux directions et à choisir entre la voie des désirs terrestres et celle de la spiritualité. La pomme serait le symbole de cette connaissance et de la mise en présence d'une nécessité, celle de choisir."

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Selon Ted Andrews dans Le Monde enchanteur des Fées (1993, 2006, traduction française Janine Renaud 2012),


"Le pommier est doté de plusieurs attributs féeriques. C'est le foyer de l'une des grandes créatures fantastiques du monde féerique - la licorne. D'ordinaire, la licorne vit sous le pommier. Au printemps, les fleurs de pommier attirent une multitude de fées des fleurs qui procurent un vif sentiment de bonheur aux personnes qui se trouvent autour. L'esprit de cet arbre connaît les secrets de la jeunesse et de la beauté éternelles. Il prend souvent l'aspect d'une séduisante jeune femme capable d'ouvrir le cœur à un nouvel amour.".

​ Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Éditions Larousse Livre, 2000) :


Il est clair que les Chrétiens ont fait un amalgame entre la figue, le véritable fruit du jardin d'Eden, et la pomme. Ainsi, si l'on se réfère aux texte biblique de la Genèse, c'est la figue qui est le fruit défendu, et non la pomme. Et ce n'est pas non plus d'une feuille de vigne dont se sont ceints Adam et Ève après avoir goûté de ce fruit, mais d'une feuille de figuier (Genèse, 3, 7). Toutefois, les Chrétiens d'Europe ne furent pas les seuls à remplacer la pomme par la figue, et le pommier par le figuier. En Inde, certains auteurs transformèrent en pommier l'Arbre de Vie, le figuier reliant la terre au ciel, auquel font allusion les Upanishad, surnommé "l'Arbre des béatitudes" qui s'avère donc l'équivalent de l'arbre d'Eden.

Toutefois, en Inde comme en Europe, cette transposition symbolique ne résultait pas d'une confusion ou d'une ignorance des textes originels. Elle fut réalisée intentionnellement par ds auteurs qui virent dans la pomme un fruit plus universel que la figue. Il est vrai que nos lointains ancêtres, les cueilleurs du néolithique, qui se nourrissaient beaucoup de fruits, étaient déjà friands des pommes sauvages. Par ailleurs, il faut bien voir aussi dans cette interprétation du fruit originel l'empreinte de la culture grecque.

En effet, la pomme joue un rôle important dans de nombreuses légendes mythiques grecques. Elle est associée aux aventures, mésaventures te exploits de certains dieux et demi-dieux de la mythologie, et pas des moindres. L'une de ces légendes, qui illustre parfaitement l'amalgame ou l'analogie que l'on put faire entre la vigne et le pommier, concerne Dionysos : le récit et les croyances qui s'y rattachèrent durant les trois siècles qui précédèrent notre ère eurent une très grande influence sur le christianisme primitif, tout comme celles qui furent attribuées au mythe d'Orphée. Selon cette légende, donc, c'est Dionysos, le dieu grec de la vigne, du vin et de l'extase, qui a créé la pomme pour l'offrir à Aphrodite. A ce geste symbolique - qui renverse toutefois les rôles établis dans a légende mythique d'Adam et Ève, puisque c''st Dionysos qui offre la pomme à Aphrodite, et non l'inverse - fut accordée ensuite une connotation érotique. Mais la pomme n'est pas seulement le fruit de l'amour, selon les Grecs. En effet, selon une autre légende mythique Éris ou la Discorde, la sœur et la compagne d'Arès, jeta une pomme d'or, surnommée la pomme de la discorde, à Pâris, devant l'assemblée des dieux, qu'il dt alors remettre aussi à Aphrodite. Enfin, lors des noces de Zeus te d'Héra, Gaïa, la Terre, offrit des pommes à la mariée, symboles de la fécondité, qui furent plus trad gardées, puis dérobées par les Hespérides, les déesses de la Nuit, et se révélèrent à l'origine du Onzième Travail d'Héraklès.

Dès lors, si l'on s'inspire de toutes ces légendes au centre desquelles se trouve la pomme, on comprend comment ce fruit devint le symbole de l'amour charnel, de la discorde, de la fécondité, et comment elle fut aussi à l'origine de nombreuses convoitises.Ce sont donc tous ces sentiments contradictoires qui se rattachent à la pomme, et qu'elle évoque lorsqu'elle apparaît dans un rêve. N'oublions pas non plus que dans le conte de Blanche-Neige, dont l'origine remonte à la nuit des temps, c'est après avoir mordu dans une pomme empoisonnée que la jeune fille s'endort dans un sommeil semblable à la mort. Les vertus de la pomme, symboliques bien sûr, sont donc très ambiguës...


Il était une fois un arbre dont le fruit sensuel et généreux devint, pour les peuples d'Europe, puis dans l'esprit des Chrétiens et des Catholiques, celui du péché, remplaçant en cela le fruit originel qui, si l'on en croit le récit de la Genèse, était une figue, bien sûr. C'est ainsi que le fruit de la sagesse et de la révélation devint celui du péché et de la faute originelle et prit l'aspect d'une pomme, et que le figuier du Jardin d'Eden, situé plus sûrement dans la région du Tigre et de l'Euphrate qu'au cœur de l'Europe, se transforma en pommier fleuri, le serpent tentateur enroulé autour de son tronc. Et comme les idées reçues ont la vie dure, et qu'elles deviennent ainsi plus vraies que la vérité historique, le pommier règne au paradis depuis des siècles, et Ève fait toujours croquer la même pomme à Adam. Mais il est vrai qu'en d'autres temps, ce fut une pomme que la déesse Éris, dont le nom signifie "discorde", avait lancée à Aphrodite, Athéna et Héra, et que c'est à la première, la plu sensuelle de toutes, que Pâris la donna. Il est vrai aussi qu'aux Jardins des Hespérides, les pommes d'or offraient l'immortalité à qui pouvait en goûter la chair. Alors, après tout, il n'est pas très étonnant que la pomme ait été assimilée au fruit du bien et du mal, et que le pommier ait été considéré comme l'Arbre de Vie."

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Pomme (Pyrus) : "Que dire de ce fruit dont tout le monde reconnaît aisément l'arbre de taille moyenne ?


Propriétés médicinales : Manger une pomme pelée et râpée est un excellent remède pour soulager la diarrhée. Un jeûne, pendant lequel on consomme deux pommes râpées par jour, est excellent pour désintoxiquer l'organisme à la condition toutefois de ne pas dépasser trois jours. Pour soulager les douleurs dues aux rhumatismes, une infusion de pelures de pomme séchées s'avère excellente. Galien, un médecin de l'Antiquité, suggérait le cidre comme tonique.


Genre : Féminin.


Déités : Vénus ; Apollon ; Athéna ; Aphrodite ; Diane ; Zeus.


Propriétés magiques : Amour ; Guérison ; Longévité.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Il est dit que quiconque brûle quotidiennement une petite quantité s'assure une vie longue et heureuse.

  • La pomme est utilisée pour attirer l'amour ou pour assurer une réconciliation entre les couples.

POMME DE LA RÉCONCILIATION

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle rouge

  • de l'encens de pomme

  • une grosse pomme rouge

  • du miel

  • un petit morceau de papier blanc

  • du ruban rouge, assez long pour entourer trois fois la pomme

Rituel :

Allumez votre chandelle et l'encens, puis inscrivez votre nom et le nom de la personne avec laquelle vous désirez vous réconcilier. Évidez soigneusement la pomme tout en faisant bien attention de ne ps percer le fond et conservez-en le dessus pour la refermer. Placez votre morceau de papier dans le fond et remplissez la cavité avec du miel. refermez la pomme et entourez-la trois fois de votre ruban en disant :


J'ai inscrit nos noms sur le papier Ton cœur et le mien sont maintenant alliés.


Enterrez la pomme dans le jardin."

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Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013) Michel Pastoureau s'attache à retracer l'histoire de la perception visuelle, sociale, culturelle de cette couleur en Occident, de l'Antiquité au XIXe siècle. C'est aussi l'occasion d'évoquer d'autres éléments de la symbolique liées à la couleur verte ou à son antonyme médiéval, la couleur rouge. Ainsi :


"La couleur verte des poisons est relativement rare avant la fin du Moyen Âge. A l'époque féodale, les boissons et aliments empoisonnés sont plutôt rouges ou noirs. Ainsi la pomme porteuse de venin, qui se rencontre dans plusieurs romans de chevalerie (Gauvain, neveu et héritier du roi Arthur, faillit à deux reprises en être victime) et que l'on retrouve à l'époque moderne dans différents contes de fées (Blanche-Neige par exemple) : elle est immuablement rouge. Une pomme verte n'est pas une pomme empoisonnée, c'est simplement une pomme acide."

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Symbolisme celte :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Dans les traditions celtiques, la pomme est un fruit de science, de magie et de révélation. Elle sert aussi de nourriture merveilleuse. La femme de l'Autre Monde qui vient chercher Condle, le fils du roi Conn aux cent batailles, lui remet une pomme qui suffit à sa nourriture pendant un mois et ne diminue jamais. Parmi les objets merveilleux, dont la quête est imposée par le dieu Lug aux trois fils de Tuireann, en compensation du meurtre de son père Cian, figurent les trois pommes du Jardin des Hespérides : quiconque en consomme n'a plus ni faim ni soif, ni douleur, ni maladie et elles ne diminuent jamais. Dans quelques contes bretons, la consommation d'une pomme sert de prologue à une prophétie.

Si la pomme est un fruit merveilleux, le pommier (Abellio, en Celte) est lui aussi un arbre de l'Autre-Monde. C'est une branche de pommier que la femme de l'Autre-Monde, qui vient chercher Bran, lui remet avant de l'entraîner par-delà la mer. Emain Ablach en irlandais, Ynys Afallach en gallois (l'île d'Avallon), autrement dit la pommeraie est le nom de ce séjour mythique, où reposent les rois et les héros défunts. Dans la tradition brittonique, c'est là que le roi Arthur s'est réfugié en attendant de revenir délivrer ses compatriotes gallois et bretons du joug étranger. Merlin, d'après les textes, enseigne sous un pommier. C'était chez les Gaulois un arbre sacré comme le chêne."

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Selon Sabine Heinz, auteur des Symboles des Celtes (1997 ; traduction française Guy Trédaniel Éditeur : 1998),


"Le pommier est l'arbre le plus fréquemment mis en rapport avec l'Autre Monde. Il est signe de vie / d'immortalité et en tant que tel, ses fruits sont souvent la seule nourriture des héros, tout comme le saumon. Mais il est aussi le symbole de l'amour : Connola ne vécut pendant un mois que de la pomme de son amant qui ne diminua jamais de volume.

La pomme est une partie du dédommagement que les fils de Turenn durent offrir à Lug après avoir tué son père Cian :


Les fils de Turenn devaient aller chercher pour Lug les pommes du jardin d'Hisberna. Ces pommes n'étaient pas seulement d'une merveilleuse beauté, elles possédaient aussi des propriétés mystérieuses : elles avaient la couleur de l'or pur et le goût du miel. Quand un guerrier blessé ou un homme malade à mourir en mangeait, il retrouvait immédiatement la santé. En outre, elle ne diminuait jamais de volume quand on en mangeait ; elle restait grosse et parfaite. Ces pommes aidaient aussi chaque héros à accomplir les exploits qu'il souhaitait ; il jetait une pomme devant lui et la pomme revenait. L'un des trois frères de Turenn, Brian, se servit d'une pomme pour conquérir une célèbre lance : il la lança au front du roi de Pezar, de sorte que la pomme transperça le cerveau du roi et le tua.


Lorsque Maildun, au cours de son voyage, dut surmonter de dangereuses aventures, ce furent, outre les saumons, les pommes qui lui sauvèrent la vie plus d'une fois :


Il passa avec ses compagnons devant une île au milieu de laquelle poussait un merveilleux pommier. Ses branches étaient si longues qu'elles passaient au-dessus de la colline et descendaient jusqu'au lac. Maildun s'empara d'une des branches lorsqu'ils s'approchèrent de l'île. il caressa cette branche tout le temps qu'il fit le tour de l'île, ce qui lui prit trois jours et trois nuits. Il trouva finalement sept pommes. Les voyageur les emportèrent ; chaque pomme suffit à leur donner à manger et à boire pendant quarante jours et quarante nuits. Ils continuèrent leur voyage et arrivèrent un jour près d'une île où des animaux rouges, qui ressemblaient à des porcs, et des oiseaux mangeaient des pommes. Maildun accosta après que tous les animaux furent partis dormir et, avec l'aide de ses hommes, il chargea son bateau d'autant de pommes qu'il pouvait contenir.


Les pommes d'or, les arbres d'argent ou de cristal et ceux remplis d'oiseaux chanteurs ont des parallèles dans la Bible et dépassent probablement la tradition originelle, tout comme les arbres qui brûlent en partie ou totalement, mais qui ne se consomment cependant pas. L’île aux pommes, en gallois Ynis Avallach, est Avallon où Artus trouve son dernier repos."

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Selon Thierry Jolif auteur de B. A.- BA Mythologie celtique, (Éditions Pardès, 2000),


"La pomme est par excellence le fruit d'immortalité, de science et de sagesse. Elle symbolise l'Autre Monde ; pour s'en convaincre, il n'est que de lire Les Aventures de Cormac dans la Terre de Promesse. En effet, dans ce récit, le roi Cormac rencontre un étranger, un grand guerrier qui "avait à l'épaule une branche d'argent avec trois pommes d'or" et qui lui dit qu'il venait "d'un pays où il n'y a que la vérité et où il n'y a ni âge, ni déclin, ni obscurité, ni mal, ni envie, ni jalousie, ni haine, ni méchanceté". Le guerrier était Lug et le pays, l'Autre Monde, le sid. Lug offrira, au terme d'une alliance, la branche au roi Cormac qui, en l'agitant devant ses gens, les endormit.

D'après Le Monde extraordinaire des Druides, écrit par Run Futthark (nouvelle édition 2017),


"Avallon, l'île aux pommiers, est vraiment un lieu étrange, un autre univers. C'est ici que l roi Arthur vient soigner ses blessures, alors même qu'il est mortellement blessé (ce qui ne manque pas de poser problème, car comment soigner un homme mort ?). L'allégorie démontre la réalité de la vie après la mort, postulat inébranlable chez les Celtes.

Cela confirme en tout cas à quel point notre logique n'est plus adaptée à ces régions invisibles.

Avallon est bien proche du jardin des Hespérides, où l'on cueille les pommes d'or. Ce fruit symbolise la connaissance druidique, et c'est sous un pommier que Merlin prodigue son enseignement. Le pommier est l'un des arbres sacrés des druides - celui de la sagesse - , qui sont au nombre de sept, chiffre dont le symbole n'échappera à personne. Une pomme cueillie en Avallon permet d'attirer les mortels vers l'île, ce qui arrive à Conle Caem, fils du roi de Tara, auquel une femme donne une pomme pour l'entraîner dans le monde invisible, où il s'en nourrit pendant un mois (ce qui, même pour un mois lunaire, fait beaucoup pour un fruit)."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Les arbres qui s'imposent par une fréquence d'apparition élevée dans le rêve éveillé sont peu nombreux. Cinq d'entre eux seulement atteignent le seuil à partir duquel les informations recueillies sont suffisantes pour justifier une analyse et la rédaction d'un article particulier. Le pommier se situe en dernière position dans ce petit groupe, derrière le palmier, le sapin, le peuplier et le chêne. Les ouvrages traitant du symbolisme accordent peu d'attention au pommier. Faudrait-il en déduire que l'arbre auquel fut confiée la charge de porter le fruit du Bien et du Mal est devenu, dans l'imaginaire contemporain, une image négligeable ? Les résultats de l'exploitation des rêves s'opposent à cette conclusion. S'il n'apparaît qu'en cinquième position parmi les arbres qui constituent la base du vocabulaire d'images, dans la classe des grands végétaux, il est, de très loin, le premier des arbres fruitiers. On peut même affirmer qu'il est l'image onirique de l'arbre porteur de fruits. De fruits et de fleurs. Une observation s'impose au fil de la recherche : la rêveuse ou le rêveur, emportés dans la dynamique de l'imaginaire, affichent souvent leur désir de voir un pommier couvert – en même temps - de fleurs et de fruits. Le symbole paraît répondre au besoin de réunir, en une vision instantanée, le printemps et l'été, la promesse et la réalisation, la jeunesse et la maturité, l'espérance et la paix. Cela sous le signe de la profusion. Dans le vocabulaire d'images, peu de mots expriment avec une telle force l'abondance, les potentialités, la plénitude des capacités créatrices. Peut-être aussi le danger de dispersion dans la recherche de réalisation des désirs multiples, l'appétit sans limite devant les fruits de la vie.

Le pommier n'est donc pas une image secondaire. Il est le seul arbre auquel l'imaginaire confie la mission de rassembler les valeurs oniriques de l'arbre, des fleurs et des fruits ! L'analyse statistique montre que les images qui sont en corrélation forte avec le pommier sont réparties sur de nombreuses familles de symboles. Toutes ont une forme en rapport avec le déploiement circulaire. Le paon, la sphère, la lyre, la marguerite, le hublot, la bicyclette, composent un ensemble de figures hétérogènes dont le seul point commun est de rappeler le cercle. Dans les articles consacrés à la marguerite, au cercle, aux cercles concentriques et à la spirale, nous exposons le refus de l'imaginaire de se laisser emprisonner dans la vision d'un cercle arrêté ! L'onirisme veut une circonférence en devenir. Sitôt imaginé, un cercle accomplit son destin de mouvement circulaire expansif et s'épanouit dans la dynamique spiralique. Celle-là représente le principe organisateur qui inscrit les impulsions de l'invisible dans les formes du monde sensible et restituent ces dernières au Rien de l'apparence. Le pommier offrant ses fleurs et ses fruits dans toutes les directions de l'espace apparaît comme un centre de diffusion. Il se prête à plusieurs niveaux de lecture. Au premier degré, il est image d'expansion, de propagation continue de la vie par les scissions successives de l'unique dans la dualité. Au second degré, il suggère le risque de dispersion, voire d'égarement dans es contradictions. Au troisième, il peut être vu comme un agent de la tentation. L'arbre de la connaissance du bien et du mal est à l'origine du développement de la conscience mentale. Celle-là s'épanouira dans la simplicité qui mène à la sagesse ou se perdra dans le labyrinthe inépuisable des fausses justifications intellectuelles. Le pommier du rêve assume les connotations généalogique et maternelle de l'arbre, le sens de l'inexorable fanaison de la fleur, la représentation de la fonction nourricière du fruit. En charge de tant de valeurs, le pommier servira de multiples besoins de la dynamique onirique. Il s'offrira comme guide à la psychologie réfugiée dans les hauteurs de la sublimation et qui doit se rapprocher de la terre. Il se manifestera souvent dans un rôle d'antidote de la peur. Il sera le témoin agissant de la réhabilitation de pulsions refoulées. Il participera à ces résurrections printanières de l'âme que sont certaines scènes de renaissance symbolique.

Le jardin du Paradis, lieu d'innocence originelle, était nécessairement planté dans une terre immatérielle ! Un arbre qui se développe sur une abstraction ne saurait que faire de racines. Le pommier est le seul arbre onirique qui n'est jamais explicitement enraciné ! Et si le serpent de la Genèse, enroulé autour du tronc était une représentation compensatoire des racines absentes ? Le serpent s'identifie à la racine comme à la terre dont celle-là tire sa substance. Gaston Bachelard résume ses recherches sur l'image reptilienne en une phrase décisive : "Le serpent est la racine animalisée."

Quelle étrange vision que celle d'un arbre portant ses racines enroulées autour du tronc ! L'arbre appelant une inévitable projection anthropomorphique, voilà suggérée l'image d'une personne dont les jambes seraient nouées autour du tronc... comment mieux dire la volonté de nier le besoin de « conserver les pieds sur terre » ? Un court extrait du neuvième rêve de Dominique montrera que la métaphore d'un pommier figurant une distanciation excessive des impératifs terrestres n'est pas le produit d'une spéculation mentale quelque peu fragile : « … Le train s'est arrêté dans la campagne... je descends... j'arrive près d'un arbre... c'est un pommier... je cueille une pomme et je la mange... aussitôt, je vois des bergers montés sur des échasses... ils ont les pieds au sec. Je fais comme eux... là, je vois une fleur : une grande marguerite... elle s'envole... elle est partie dans l'espace... » Dans l'article consacré à la marguerite, nous montrons que ce symbole manifeste une tendance exagérée à l'abandon dans la dynamique centrifuge, expression de l'entropie. Quelle meilleure façon de s'isoler de l'eau et de la terre que de monter sur des échasses ? A la lumière de ce qui précède, les images proposées par le trente et unième rêve de Cédric prendront sens. Le rêveur éprouve la nécessité de distinguer le pommier des autres arbres fruitiers dont il ne précisera même pas les espèces. Deux actes révèlent le désir de rétablir une relation plus objective au monde, à la terre : nourrir les serpents et labourer la prairie pour y semer le blé : « … C'est dans une île... déserte... il y a une grande prairie... avec des arbres fruitiers... il y a un pommier au milieu... plusieurs gros serpents arrivent dans cette prairie... ils dévorent tous les fruits qui sont sur les arbres, mais ils ne touchent pas au pommier... ou, plutôt ils aimeraient toucher au pommier mais l'arbre est trop haut pour qu'ils puissent atteindre les feuilles. J'arrive dans la prairie, je monte dans le pommier... je coupe quelques branches... pas le tronc mais quelques branches pour que les serpents puissent se nourrir... je redescends de l'arbre t je me mets à labourer la prairie... j'y plante différentes graines... ce qui donne assez rapidement du blé... j'arrose le pommier... » Dans la suite du scénario, Cédric s'aperçoit qu'il n'était pas sur l'île qu'il avait imaginée mais sur un corps immense, à hauteur du nombril. Il évoque le lien ombilical, ce qui renvoie aux connotations maternelle et originelle du pommier.

La sève du pommier onirique est un lait maternel que l'arbre offre par son fruit. Il n'est pas de peur qui puisse résister à la puissance de cet antidote naturel. Peut-être fallait-il qu'Adam croquât la pomme pour se prémunir contre l'angoisse engendrée par son exil dans le monde ? Cette approche inattendue de la symbolique du pommier surprendra. Nous venions de rédiger les trois dernières phrase et nous nous apprêtions à les illustrer par une séquence du huitième rêve de Delphine, lorsque nous fûmes interrompus par l'arrivée d'un jeune homme, Gwenaël, qui allait apporter la plus stupéfiante des confirmations de la pertinence de notre proposition. Nous plaçons ce témoignage involontaire dans sa réalité temporelle précise parce que celle-là en accentue le caractère probant. Qu'on accepte cependant de lire au préalable les mots de Delphine. Un personnage indéfini se substitue à la rêveuse qui se sert de ce stratagème pour extérioriser son angoisse. Les pommiers de Delphine sont au cœur d'un rapport ambivalent à la mère, lié à la peur et au désir de vivre :

« … Maintenant, tout est dévasté... une reine du ciel propose de l'aider... il a accepté... il est habité par la peur... il en a marre de cette peur !... Il écrase le mot peur de son talon... on lui donne à boire. Il n'a pas faim, mais il boit, il boit ! Comme s'il avait une soif !... quand il a bu, il se sent mieux... il se lève et s'en va... il n'a plus de peur... c'est comme après une réconciliation... il se sent mieux à l'intérieur de lui... il voudrait s'asseoir dans un champ avec des pommiers en fleur... il voudrait attendre que les pommiers donnent des fleurs, des fruits, pour croquer les fruits... il voudrait dormir sous les pommiers... oh, là, là ! Ce serait formidable ! Mais il ira dans un lit... la chaleur du lit et la chaleur du nid, c'est pareil !... » A travers de telles images, il était possible de sentir que le jus de la pomme se confond, dans l'imaginaire, avec un lait maternel capable d'étancher une soif inextinguible, une soif originelle. « La sève du pommier est un lait maternel que l'arbre offre par son fruit. » En écrivant cette phrase nous craignions de céder à quelque inspiration dépassant les fondements objectifs que constitue l'analyse des rêves dont nous disposions C'est à ce moment précis que nous reçûmes Gwenaël. Après une nuit d'insomnie, sous l'influence de médicaments, le jeune homme était dans un état alarmant de nervosité anxieuse. Au cours du dialogue d'accueil, Gwenaël butait sur les mots, entremêlant les idées et ses mains étaient affectées d'un tremblement permanent. Avant de commencer le rêve, il exprima sa crainte de ne pas voir d'images. Le scénario rejoint pourtant ceux qu'il serait souhaitable de rapporter dans leur totalité. En voilà quelques extraits, dont les premiers mots :

« … je vois une gargouille... une gar... mais pas... elle est en forme de tête de lion... je vois le porche d'une cathédrale ou d'une église, avec... de chaque côté de l'entrée, un énorme biberon rempli de lait... on voit très bien les tétines... donc, ils sont de chaque côté de ce porche... là... […] Là, je me vois, tout petit, j'étais très très blond … » Le scénario se déroule pendant près de vingt-cinq minutes. Gwenaël rencontre un vieil homme, un sage très âgé, assis dans un fauteuil, avec, à côté de lui, sur un guéridon, un cobra vivant. Une éclipse de lune, décrite avec beaucoup de détails, attire l'attention sur la confusion des projections concernant le couple parental : « C'est un croissant de lune, qui pleure parce que le soleil l'écrase... et puis, l'éclipse se passe, la lune brille à nouveau... là, je vois un cercueil encore ! Un très beau cercueil, avec un crucifix dessus... le cercueil est dans un trou et c'est dans un pré... un pré boueux, très très boueux... y a rien autour ! Rien, rien, rien ! Que ce cercueil ! Ah, si ! Il y a maintenant quelques pommiers qui apparaissent ! Ah ! Ce paysage ! C'est très joli même ! Si, si ! Je vois tous les prés, le paysage est devenu magnifique... ce qui gâche tout, c'est un squelette... il a une fourche à deux dents dans la main, pas un trident... le paysage ! … Je suis toujours dedans... mais il y a un tremblement de terre là... mais pas effrayant hein ! Tout tremble, tout tremble... et c'est alors que s'élèvent... il y a deux seins... deux seins de femme, roses, d'un rose bébé, je dirais !... Qui s'élèvent comme des montagnes et c'est ça qui fait trembler la terre... et c'est ça... c'est monstrueux quoi, comme des montagnes quoi... »

Plus de trente minutes séparent l'apparition des deux seins sortis de la terre de celle des deux biberons placés de chaque côté du porche de la cathédrale, sur les socles qui soutiennent habituellement d'autres saints ! Il est permis de douter de l'intentionnalité de certains jeux de mots de l'inconscient, il n'est pas acceptable d'imputer à une coïncidence pure la production dans un même rêve, de ces biberons et de ces seins géants nés sous le signe du pommier ! Gwenaël apportait à notre audace intuitive une validation décisive. Interrogé sur ce qu'il ressentait à l'issue de son rêve, le jeune homme répondit : « Fatigué, mais soulagé ! Détendu... voyez : mes mains ne tremblent plus du tout ! » Au fil du scénario, on relève dix fois le chiffre 2. La langue bifide du serpent,les fruits de la connaissance du bien et du mal : le pommier est un lieu de rencontre de la dualité principe créateur et e la dualité chemin d'égarement.

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Le praticien à l'écoute du rêve accordera au pommier l'attention requise par les grands serviteurs de la dynamique d'évolution. Arbre, le symbole renvoie aux sources généalogiques et appelle l'analyse de la vision que le rêveur ou la rêveuse portent sur leur ascendance, au-delà du couple parental. Dans cette direction, on rencontrera, par exemple, la crainte nourrie par le patient d'une transmission héréditaire de tel ou tel handicap psychique. Porteur de fruits, le pommier, plus que n'importe quel arbre, peut exprimer un puissant besoin de réconciliation avec la mère. Les fleurs dont il se couvre au printemps sont à la fois promesse de vie, agent de renaissance et rappel du caractère inexorable d'un destin en accomplissement. L'image du pommier peut exprimer la nécessité de rompre avec une propension excessive à la sublimation. Elle rouvre alors les chemins de la terre. Enfin, le symbole est un antidote à la peur. Il délivre des angoisses existentielles. Il aide l'âme qui le rencontre à se dégager des critères réducteurs de la conscience. Sous le regard du vieux sage ou du serpent – les deux archétypes sont de même nature -, elle atteindra l'univers où le bien et le mal se rejoignent dans l'absolu d'une Connaissance qui n'est pas du monde sensible.

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Ogham :


Lire la fiche dédiée à l'Ogham Quert.

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Mythes et légendes :


Selon Aurore Petrilli auteur d'un article intitulé "Le trésor du dragon : pomme ou mouton ?" (paru In: Gaia : revue interdisciplinaire sur la Grèce Archaïque, numéro 16, 2013. pp. 133-154) :


[...] Le pommier, quant à lui, est un arbre d’allure plus modeste. Cependant, il est lié à la fois à la sagesse et à l’immortalité. Manger ses fruits apporte, selon les croyances, des connaissances considérées comme défendues ou même l’immortalité, comme il semble que ce soit le cas pour les pommes d’or des Hespérides. Toujours à double tranchant, ce don est parfois susceptible de devenir un piège. En effet, les mêmes pommes, vecteur d’immortalité pour Héraklès, deviennent un poison mortel pour Typhon alors que celui-ci s’attendait à recevoir d’elles une guérison totale (Graves, 1964, p. 114). Contrairement au chêne, le pommier n’est pas l’arbre totem d’une divinité particulière. Ici, il fait simplement partie des cadeaux de mariage d’une divinité féminine à une autre.

[...]

De nombreux éléments font qu’on associe facilement les deux mythes, mais rien ne fait plus sens que la mise en rapport des objets qui en sont les principaux ingrédients : les pommes et la peau de mouton. Les objets comme les hommes sont investis de pouvoirs particuliers. On leur prête des vertus thérapeutiques, comme pour les pharmaka et autres produits actifs, ou bien des effets plus discrets ou spirituels mais tout aussi importants. C’est le propre de l’objet magique. Les pommes d’or des Hespérides et la Toison d’or peuvent être considérées comme telles car si elles n’ont pas d’effets physiques visibles sur qui les portent, elles n’en sont pas moins chargées d’un fort potentiel énergétique et symbolique. Finalement, l’objet en question n’est pas le but de la quête mais il est définitivement un moyen, une clef pour ouvrir une porte vers un autre état. Revenons en arrière, à l’origine de ces deux éléments, avant qu’ils ne deviennent des agents indispensables, afin de comprendre les causes de cette transformation. Celle-ci ne se limite pas à la sphère du visible, à la matière dont ils sont faits.

[...]

Une pomme ou un mouton : l’ambiguïté du grec

Le grec, très étrangement, emploie le même mot pour désigner deux concepts différents : les pommes et les troupeaux de brebis. Le terme τὸ μῆλον (τὰ μῆλα), sert donc deux réalités d’où une ambiguïté qui date d’ailleurs de l’Antiquité et ne découle pas seulement d’un problème de traduction contemporaine. Chantraine sépare les deux acceptions du mot (Chantraine, 1977, p. 694-695). Celui qui désigne le fruit, sert à nommer non seulement la pomme, mais également très souvent le coing ou encore tout fruit d’un arbre qui ressemble à une pomme. La distinction entre pommes, coings, oranges, abricots se fait grâce à un adjectif suivant le mot pomme (1). Ce terme aurait ensuite été emprunté par le latin sous la forme mālum, mēlum. L’autre acception du terme est plus courante au pluriel et signifie « petit bétail », moutons et chèvres. Il est utilisé à plusieurs reprises dans l’Odyssée ( XII, 301 ; XIV, 105). Étymologiquement parlant, il est à rattacher à l’irlandais et au gallois mil qui désigne également un petit animal. Cette racine se retrouve aussi dans le germanique māla (vache) et le néerlandais maal (jeune vache). L’arménien, quant à lui, adopte la forme mal (mouton). La confusion entre ces μῆλα de types variés est sensible chez plusieurs auteurs qui parlent, à la fois de pommes et de troupeaux de brebis, dans l’épisode qui mène Héraklès jusque chez les Hespérides. C’est Diodore qui s’embrouille le plus dans ses explications en abordant le sujet deux fois de suite. Premièrement, il propose les deux versions : soit il s’agit de pommes, soit de moutons ; deuxièmement, il ne parle plus que de moutons en expliquant que les poètes surnommaient les moutons du nom de pomme parce que ceux-ci avaient une couleur dorée. Par conséquent, ils les auraient appelés pommes d’or. L’histoire rapportée par Diodore était déjà connue par Palaiphatos (Histoires incroyables, XVIII ), au IVe ou au IIIe siècle av. J.-C, et elle est notamment répertoriée par Belfiore ( Belfiore, 2010, p. 192). Bien plus tard, aux alentours du IXe siècle apr. J.-C., le Premier Mythographe du Vatican, dans sa tentative de compilation des mythes grecs, a lui aussi repris cette explication avec autant de maladresse. Même si l’on sent comme un flottement dans ce que semblent penser certains auteurs antiques, cela renforce l’impression que l’on a de similitude des mythes et d’assimilation : même situation, même gardien, même trésor.


L’objet en lui-même est-il bien ce que l’on croit ?

Les assertions de Diodore et de Palaiphatos sur les moutons à la robe dorée comme les pommes ne suffisent pas à nous convaincre de la validité de la théorie. Il réside dans ce rapprochement une ambiguïté qui dépasse la seule association des deux objets par l’entremise de la couleur qui semblait pourtant suffire dans l’Antiquité comme raison valable. Même Diodore ne semble, en définitive, pas plus convaincu que cela. D’autres raisons plus profondes sont à l’œuvre qui ont sans doute contribué à la confusion entre des pommes et des moutons dans l’esprit de Diodore, comme chez d’autres auteurs de l’Antiquité.

[...]

Qu’est-ce qu’une pomme ? C’est là toute la question ! Contrairement à ce que nous avons pu dire concernant le mouton qui finalement ne pose pas de gros problème de compréhension, le débat semble lancé sur cette question de la pomme qui paraîtrait pourtant aller de soi. Ce fruit intervient plus d’une fois dans la mythologie grecque. Outre les fameuses pommes d’or du jardin des Hespérides, il y a aussi la non moins célèbre pomme de discorde jetée, lors des noces de Thétis et de Pélée, au milieu des déesses et portant l’inscription « à la plus belle », qui fut à l’origine de la querelle que Pâris fut chargé d’arbitrer pour le plus grand malheur de Troie. Ce fruit était également d’or. Autre légende très célèbre, celle d’Atalante. Cette impétueuse jeune femme refusant le mariage avait décrété qu’elle ne se marierait qu’avec l’homme qui parviendrait à la battre à la course, qui était sa spécialité. De nombreux prétendants échouèrent lamentablement, mais Milanion – ou Hippomène – usa d’un stratagème imparable. Muni de trois pommes d’or au départ de la course, il les laissa tomber derrière lui sur le stade une à une. Au bout de son premier tour, Atalante eu le regard attiré par une première pomme, puis une seconde, puis une troisième. Elle s’arrêta à chaque fois pour les ramasser, fascinée, et ainsi perdit la course.

Même si ces fruits interviennent relativement souvent dans les mythes, il subsiste une ambiguïté fondamentale concernant l’objet « pomme » tout autant que le mot « pomme ». La pommité de la pomme ne va pas de soi. En effet, dans l’Antiquité et comme nous avons pu le constater dans la définition du mot, tout fruit plutôt rond, dont la chair renferme un noyau dur et provenant d’un arbre est appelé pomme. Et Macrobe de préciser : « Ils appellent noix tout fruit qui, étant dur à l’extérieur, renferme intérieurement un corps bon à manger ; et ils appellent pomme tout fruit qui, étant extérieurement bon à manger, renferme dans l’intérieur un corps dur » (Saturnales, II, 15). Dans ce cas, il est bien difficile de dire à quel fruit on a vraiment affaire. La notion philosophique d’objectivité fait irruption dans le débat. Les chercheurs remettent en question ce que l’on appelle généralement une « pomme » dans les mythes, qu’ils soient grecs ou non. La confusion, en l’occurrence, est tout à fait possible avec trois autres fruits que l’on trouve en Méditerranée : l’orange, le coing et la grenade. Il existe plusieurs raisons à cela : la provenance géographique, l’étymologie, la couleur, la forme, ce sur quoi ils poussent…

Pour les Grecs, la pomme est le fruit de l’amour et d’Aphrodite. On l’offre traditionnellement à son amoureux(se), ou à des futurs époux. L’exemple le plus évident est justement le cadeau offert à Héra pour ses noces avec Zeus : le fameux arbre aux pommes d’or, dont les fruits seront bientôt dérobés par Héraklès. Et n’oublions pas celles qu’Atalante ramassa et qui la condamnèrent au mariage (Belfiore, 2010, p. 820-823). D’une couleur allant du jaune au rouge, la pomme est le fruit par excellence. Bonne pour la santé, elle dispense aussi sagesse et connaissance.

Les agrumes comme l’orange, et peut-être aussi dans une moindre mesure le citron (Belfiore, 2010, p. 298-299), sont susceptibles d’être confondus avec les pommes. Bien qu’originaire de Chine, l’orange s’est facilement implantée dans le bassin méditerranéen grâce à son climat favorable. Son nom est équivoque puisque le grec l’appelle littéralement « pomme d’or » : χρυσοῦν μῆλον (Alexandre, 1935, p. 676). Même si, visuellement, il est difficile de confondre une pomme et une orange, il est aisé de se fourvoyer à la lecture d’un texte évoquant des « pommes d’or ».[...]

Le vol des pommes/grenades serait peut-être à rattacher à cette perte symbolique de sa vie d’homme qui se concrétisera plus tard sur le bûcher de l’Œta. C’est, en somme, un pas de plus vers sa renaissance en tant qu’immortel. En définitive, si les grenades, les coings et les oranges peuvent physiquement être confondus avec des pommes, il est impossible que les auteurs aient pu prendre ces fruits pour des moutons. La confusion est donc bien verbale et les artistes ne s’y sont, eux, pas trompés.

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), le pommier est également "l'arbre de l'immortalité".


Sus aux chapardeurs : Dans les vergers de Grande-Bretagne, le plus vieux pommier a droit aux honneurs du propriétaire des lieux. C'est en effet dans cet arbre que résiderait l'Apple tree man, le gardien qui veille sur la fertilité de tous les fruitiers présents autour de lui.

Pour bénéficier chaque année d'une excellente récolte, il est d'usage de se rendre au pied de l'arbre vénérable avec du cidre et des pommes grillées le jour de l’Épiphanie. Il faut manger et boire à la santé de l'esprit bienfaiteur puis arroser les racines du pommier avec la boisson restante. Ce rituel se termine parfois par des coups de feu tirés en l'air afin de faire peur à d'éventuelles sorcières qui pourraient avoir trouvé refuge sur les branches. Notez que tout cela ne servirait à rien si lors de la récolte suivante, on ne laissait pas la dernière pomme sur l'arbre pour l'Apple tree man ...

Encore faut-il pour cela refréner sa gourmandise, chose que les enfants ont bien du mal à faire ! Pour cette raison, peut-être le folklore britannique compte deux gardiens de pommier veillant spécifiquement sur cette tranche d'âge. Citons ainsi le Colt-pixie, un lutin prenant l'apparence d'un cheval et qui s'en prend violemment aux chenapans volant des pommes dans les vergers du Somerset. Plus large d'esprit, l'Awd goggie du Yorshire protège uniquement les fruits verts des pommiers.


Jeu macabre : Dans certain endroits d'Angleterre, le Old Roger est le gardien des pommiers, reconnaissable à ses joues bien rouges. un jeu enfantin mêle à cette croyance à la coutume celte qui préconisait de planter un tel fruitier sur les tombes afin de conduire les âmes au paradis. tous les participants, à l'exception de deux joueurs restant debout, s'assoient en rond autour d'un enfant jouant le rôle d'un mort dénommé Old Roger. Quant aux deux premiers, ils symbolisent un pommier et une vieille dame ramassant les fruits. Comme le Old Roger veille sur ses biens, il court après la voleuse pour l'assommer. Si elle est attrapées, elle tombe à terre et prend la place du mort.


Le bonhomme de Fatouville : Près du Havre, sur la côte de Fatouville, se dressait jadis un gros pommier dont toutes les branches étaient recourbées vers le tronc à l'exception d'une seule qui s'étendait tel un bras pour désigner un point vers l'horizon. cette forme étrange est à l'origine de la légende que voici. AU XVIIIe siècle, la Seine changea soudainement de lit, obligeant les navigateurs à redoubler de prudence pour ne pas s'échouer sur les bancs de sable. Un vieux matelot à la retraite, connaissant parfaitement le secteur, montait chaque jour sur la côte afin de guider les bateaux. Mais l'homme âgé, sentant un jour la mort venir, supplia le Seigneur de lui trouver un successeur. C'est alors que le bâton qui l'aidait à marcher prit racine et grandit jusqu'à former un superbe pommier dont la silhouette rappelait un marin. Tel un phare, l'arbre servit longtemps de point de repère aux matelots et les habitants des environs venaient en prendre soin.


La dame du Balandrau (Dauna du Balandraou), fée pyrénéenne vivant près d'Argelès-Gazost, offrait des pommes d'or et un rameau de son arbre aux jeunes hommes qu'elle souhaitait préserver de la mort."

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Littérature :


La Fleur de Pommier


Joli rossignol et fleur de pommier,

Si la neige tombe au mois de Juillet,

Joli rossignol et fleur de pommier,

C’est que le soleil en Janvier brillait,

Joli rossignol et fleur de pommier.


Robert Desnos, "La Fleur de Pommier" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Dans l'arbre privé de fruits et de feuilles Qui déjà se lasse

Des rameaux jouant pour ne pas trop voir Le soleil couchant

Une pomme est restée Au milieu des branches.

Et rouge à crier Crie au bord du temps.

Eugène Guillevic in Carnac - éditions Gallimard, 1961.

Qu’est-ce qu’il y a donc de plus rond que la pomme ?

- Si lorsque tu dis : rond, Vraiment c’est rond que tu veux dire, mais la boule à jouer Est plus ronde que la pomme ;

mais si, quand tu dis : rond, C’est plein que tu veux dire, plein de rondeur Et rond de plénitude,

Alors il n’y a rien de plus rond que la pomme.

Eugène Guillevic in Sphère - éditions Gallimard, 1963.

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