Blog

  • Anne

Le Tournesol




Étymologie :

  • TOURNESOL, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1360 tournesol « substance tinctoriale de couleur bleue » (doc. ds Comptes de l'argenterie des rois de France, éd. L. C. Douët d'Arcq, p. 291) ; 2. 1606 torne sol « héliotrope » (Junius, Nomencl., p. 97 ds Gdf. Compl.) ; 1671 tournesol (Pomey). Empr. à l'ital. tornasole, att. dep. déb. xive s. (Dino Compagni d'apr. DEI), comp. de torna, de tornare (tourner*) et de sole « soleil » (v. ce mot). Voir FEW t. 13, 2, p. 76b et p. 78a.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, à l'entrée tournesol on peut lire :


"le nom commun de l'héliotrope indique assez son caractère solaire, lequel résulte d'ailleurs, non seulement d'un tropisme bien connu, mais encore de la forme radiée de la fleur.

En Chine, le tournesol est une nourriture d'immortalité. Il fut notamment utilisé comme tel par Kouei-fou ; sa couleur changeante pourrait être en rapport avec les orients, et le caractériserait donc lui-même comme héliotrope."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Le tournesol « Grand Soleil » est une plante très bénéfique : en avoir dan son jardin attire la chance. En Espagne, s'ils sont au nombre de onze, les tournesols éloignent les insectes qui s'attaquent aux melons.

Les graines de Grand Soleil favorisent la fécondation d'une femme souffrant de stérilité et, dans certaines régions d'Europe centrale, particulièrement en Hongrie et en Tchécoslovaquie, promettent un garçon à celle qui, en début de grossesse, en dépose sur le rebord de sa fenêtre.

En Haute-Provence, un collier de graines de tournesol enfilées par une veuve le jour des Morts protège des maladies infantiles. Les fumigations de la plante sont censées, notamment dans le nord de l'Italie, purifier la chambre d'un enfant malade. On en faisait manger aux enfants belges pour qu'ils aient une belle voix et une bonne vue.

Selon une croyance américaine, si l'on grave un vœu sur le cœur d'une fleur de tournesol sur pied et si, lorsqu'elle se fane à l'automne, on peut toujours y distinguer les mots que l'on y a écrits, cela signifie que le vœu se réalisera avant la fin de l'année.

Le jus des tiges donne la sagesse, tandis qu'en Chine la plante est une « nourriture d'immortalité ».

On croit également que « si on hypnotise un sujet en brandissant une tige de cette plante il dira toute la vérité. Si on l'interroge sur un vol, il décrira les malandrins ».

En Colombie britannique, les Indiens thomsons attribuent, semble-t-il, au tournesol « le pouvoir qu' a le soleil de grimper par-dessus le sommet des montagnes et celui de se lever de bonne heure le matin ». Avant d'en manger les premières racines de la saison, il faut leur adresser cette prière, au risque de devenir paresseux : « Je t'avertis que j'ai l'intention de te manger. Puisses-tu toujours m'aider à bien monter, afin que j'atteigne toujours les sommets des montagnes, que je ne sois jamais maladroit ! Je te demande ceci, Racine du Tournesol. Tu es la plus puissante de toutes dans les mystères ».

*

*

Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : L'Arrogance.


Savez-vous ? : Le tournesol aurait été introduit en France sous François Ier et poussait déjà dans les jardins du roi. C'est la plus grande fleur du règne végétal : son diamètre peut atteindre soixante centimètres et sa tige deux à trois mètres de hauteur. Pour s'épanouir, le tournesol a besoin de capter le maximum de lumière et de chaleur, c'est pourquoi il suit la rotation du soleil. Le Pérou et l'Etat du Kansas (USA) l'ont choisi comme emblème. Le peintre Vincent Van Gogh coucha sur sa toile la plus belle représentation de cette fleur. Oscar Wilde portait régulièrement un jeune tournesol à la boutonnière.


Usages : La graine de tournesol sert à fabriquer de l'huile et de la margarine. Pendant les longues soirées d'été, les Orientaux et les Maghrébins consomment les graines de tournesol grillées et salées (glibettes ou petits cœurs) pour faire passer le temps.


Légende : Les Incas utilisaient le tournesol dans les cérémonies religieuses car il était le symbole sacré du soleil. Des disques d'or représentant la fleur du tournesol, ont été retrouvés ;lors des fouilles dans les sites archéologiques Incas au Pérou. Les Indiens d'Amérique utilisaient toutes les parties du tournesol : la fibre des tiges servait pour le tissage , les pétales donnaient une belle teinture jaune et les graines pressées fournissaient une huile alimentaire.


Message : Vous êtes si orgueilleuse."

*

*

D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Le soleil - qui se nomme également tournesol - a une réputation d'orgueil, d'arrogance, d'amour de si, d'indifférence, enfin de richesse trompeuse. Et même d'abandon. Mais que ceux qui ont eu un jour assez de personnalité pour l'offrir en bouquet se rassurent. Le temps est venu de réexaminer ce jugement sévère.. Goûter le charme d'une fleur aussi candide, aussi bon enfant, qui pousse par champs entiers, une fleur alimentaire puisqu'on en extrait de l'huile, représente, plutôt qu'un geste de fierté, une preuve de simplicité et de confiance.

Celui qui arrive à un rendez-vous ou à une soirée son bouquet géant à la main se donne tout entier, avec une certaine naïveté et sans crainte de la moquerie. Il a raison, son geste le distingue et fait plaisir. En effet, la solide plante qui, de l'aube au coucher, se tourne vers le soleil, comme aimantée, se montre, dans la maison, particulièrement décorative

Mêlée à d'autres fleurs, elle peut composer des arrangements qui ne passent pas inaperçus. En somme, l'accueil fait à la fleur d'or donne une excellente occasion de se reconnaître, de se découvrir des affinités et de tester des sentiments naissants.

Le soleil enchante les peintres. Il revient en leitmotiv sur les plus beaux tableaux de Gustav Klimt, peintre viennois du début du siècle qui renouvela l'art du "champ aux mille fleurs". Sa teinte d'exotisme sous le pinceau de Gauguin et de drame sous celui de Van Gogh. Grisé par sa profusion dans le paysage provençal, Vincent écrit à son frère Théo en 1888 qu'il va les peindre "avec l'entrain d'un Marseillais mangeant sa bouillabaisse". Ignorant que, l'année suivante, tout "entrain" disparu, il les ferait tournoyer follement."

Mot-clef : "La simplicité des rois"

*

*




Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Le soleil d'octobre, encore ardent, répand sa lumière sur le parc, au cœur de la palmeraie de Marrakech. Coïncidence ? A l'instant où, l'exploration des rêves concernés achevée, nous entamons la rédaction de cet article, les garnitures brillantes des transats, d'un éclatant jaune tournesol, semblent échanger avec l'astre lumineux une relation complice. Ces longues rangées de minces matelas jaunes, tous tournés vers le soleil pur mieux en recevoir les rayons, composent une vision qui s'inscrit avec un surprenant à-propos dans ce que l'imaginaire mettra en corrélation, de la façon la plus évidente, avec le tournesol.

Le nom de tournesol est porteur de plusieurs ambiguïtés. La première vient de ce qu'une telle appellation induit l'idée d'une fleur qui se tournerait constamment vers le soleil pour mieux s'offrir au rayonnement bienfaisant. L'héliotropisme du tournesol, objectivement, n'est pas très sensible ! Il est vrai que toutes les fleurs d'un champ de tournesols adoptent une orientation unique, le plus souvent dans la direction du soleil levant, mais elles ne modifient guère cette position, ni dans le cours de la journée, ni durant la période de floraison. Quoi qu'il en soit, il faudra bien reconnaître que l rêve dédaigne cette incertitude botanique et qu'il existe bel et bien un héliotropisme onirique du tournesol.

Dans le dynamisme de l'imaginaire, lorsqu'une réalité rêvée est opposée à la réalité concrète, c'est toujours le rêve qui dit le réel.

Une deuxième ambiguïté se dévoile au fil des investigations. Elle repose sur la composition même du terme tournesol. Celle-là veut-elle désigner une fleur qui se tourne vers le soleil, ainsi que le suggèrent presque tous les dictionnaires, ou exprime-t-elle l'idée d'un mouvement cyclique qui rappellerait la course du soleil ? Plus encore, ne s'agirait-il pas de suggérer une orbe imaginaire si vaste qu'elle se confondrait avec le désir de tourner autour d'un soleil ? Devant tant de rêves qui témoignent de ces potentialités symboliques, il n'est pas possible de s’abstenir de les considérer.

Le tournesol étant aussi communément appelé "soleil", l’ambiguïté s'épaissit encore, car que déduire d'un symbole qui peut exprimer la volonté de capter les rayons du soleil ou révéler l'aspiration à tourner autour de l'astre, auquel, de surcroît, il s'identifie lui-même ?

Une fois de plus, le rapprochement systématique d'un nombre significatif de rêves dans lesquels apparaît le symbole devait déranger les conclusions auxquelles nous nous étions arrêtés sur la foi d'observations isolées les unes des autres. Déranger n'est peut-être pas le terme le mieux approprié. Compléter serait plus juste car la recherche ne met pas en cause l'interprétation que nous donnions, avant elle, du tournesol rêvé. L'étude nous a cependant montré que cette traduction était incomplète.

Les spécificités formelles du tournesol sont multiples. Lorsqu'on a reconnu le rôle déterminant de la forme dans l'aptitude d'une image à se prêter à des projections symboliques, on ne peut plus refuser au tournesol de figurer parmi les représentations dignes d'une attention soutenue.

Le "soleil" est l'une des fleurs les plus grandes, sinon la plus grande, des régions occidentales. Elle couronne d'un jaune offensif une très haute tige. Le cœur du tournesol libère, à maturité, un nombre impressionnant de graines. Sa fleur est un grand cercle aux pétales rayonnants, qui correspond à la figuration caricaturale que trace spontanément un jeune enfant pour représenter l'astre diurne. Toutes ces caractéristiques vont contribuer à a formation de la symbolique du tournesol et donc alimenter l'imaginaire qui s'empare de sa lumière d'or.

Nous souhaitons souligner l'influence de la forme circulaire du symbole. D'une part en raison de l’insistance avec laquelle cette forme s'impose dans de nombreuses séquences de rêves, mais aussi parce qu'elle est à l'origine de ce que nous avons nommé précédemment l'héliotropisme onirique du tournesol. Lorsqu'il est admis que cette fleur est d'abord un cercle, on comprend pourquoi elle est nécessairement, dans l'imaginaire, une fleur qui tourne. Dans l'article consacré au cercle, il est démontré que cette figure, dans l'onirisme, n'est qu’exceptionnellement une représentation statique. L'imaginaire qui produit un cercle est tout de suite emporté dans un mouvement circulaire, un mouvement tournant. Il est particulièrement aisé de montrer que, non seulement la vision d'un tournesol entraîne l'imagination dans le mouvement circulaire, mais que c'est aussi, très souvent, l'évocation d'un cercle en mouvement qui précède et déclenche l'apparition de la fleur.

Le deuxième scénario de la cure de Dominique présente une chaîne d'associations remarquablement illustrative : le patient exprime son rêve depuis vingt minutes lorsqu'il produit la séquence suivante : "... Là, il y a deux chiens, un noir et un blanc, et... derrière un bureau, je vois une femme qui porte des lunettes... maintenant, le ciel est bleu... le soleil se lève à l'horizon... il diffuse une lumière jaune... je vois la planète Saturne... et elle semble tourner sur elle-même dans l'espace... [long silence]... c'est la nuit... le lune se lève... la lune éclaire l'horizon... je vois un paon qui fait la roue... et... une coiffure de chef indien... [long silence]... il y a un moulin, une roue à aube qui brasse l'eau... qui tourne et brasse l'eau... cette roue devient une roue de chariot, qui avance, tiré par un cheval... il avance dans le désert... il avance, jusqu'à une montagne qui s'écarte pour le laisser passer... puis... une fleur de tournesol, puis tout un champ de tournesols... le chariot avance au travers du champ..."

La cure de Dominique est particulièrement intéressante comte-tenu de la relation du rêveur à l'image d'un père disparu. Cette séquence illustre aussi de façon très pure l'enchaînement des visions. Entre les lunettes et le tournesol, cinq images exprimant la cinétique circulaire se succèdent, obéissant à la logique des associations de formes sous l'impulsion de la dynamique d'évolution.

Pourquoi avons-nous choisi d'inclure dans cette citation la phrase insignifiante en apparence concernant la femme aux lunettes ? Parce qu'une étroite corrélation, mise en évidence dans l'introduction du Dictionnaire de la symbolique apparente les lunettes la bicyclette et la chouette. Nous avons montré que le lien qui rapproche ces trois symboles est leur commune structure formelle, essentiellement composée de deux cercles. Nous le rappelons ici, parce qu'on observe également une association exceptionnelle entre la chouette ou le hibou et le tournesol.

Deux explications peuvent être avancées pour éclairer cette observation. La première est, bien entendu, le fait que toutes ces images reposent sur une structure circulaire. La seconde, qui n'est peut-être qu'un prolongement de la première, c'est qu'un rapport existe aussi entre l’œil ou les yeux d'une part et la chouette, le tournesol et les lunettes d'autre part.

L’environnement imaginaire de chacun de ces symboles est imprégné par l'idée de mieux voir ou d'être mieux vu. Il est infiniment probable qu'elles expriment toutes, d'une façon ou d'une autre, une phase d'activation et d'élargissement du champ de conscience.

L'image du tournesol s'épanouit surtout dans l'âme féminine. deux scénarios sur trois, parmi ceux dans lesquelles apparaît le symbole, ont été produits par des femmes. Le quatorzième rêve de Véronique, tellement limpide, va permettre de comprendre pourquoi. Ce scénario, véritable cas d'école illustrant la prise de conscience des mécanismes de l'oedipe chez une jeune fille de vingt ans est repris, en raison de son exemplarité, dans plusieurs des articles du dictionnaire. Autour du tournesol, le désir d'exister sous le regard du père, la sanction immanente du double sentiment de culpabilité, lié au désir incestueux pour le père et la rivalité vis-à-vis de la mère, vont inspirer une séquence que, seul, l’inconscient pouvait produire !

Véronique, dans le désert, rencontre un "pharaon" qui lui propose de résoudre "trois devinettes", "comme dans je ne sais plus quelle histoire" ! En fait une lucidité croissante impose à Véronique de se placer dans la situation d'Œdipe interrogé par le Sphinx, mais la conscience se refuse encore à l'admettre et l'amusant déplacement des termes est, à lui seul, définitivement convaincant. La rêveuse ajoute : « Pour répondre à la dernière question, j'ai amené devant le pharaon le soleil et la lune... et je sais que j'ai bien répondu. » A partir de ce moment, Véronique s'autorise à voir des images qui illustrent on ne pourrait plus clairement l'ensemble des mécanismes pervers de l'œdipe : « ... bon !... Je suis encore trop butée pour vouloir discuter avec mes parents et... puis mes parents sont trop raides aussi, trop rigides... et, tout à coup,; le soleil se met à briller très très très fort.?.. et tout commence à fondre et moi, j'ai l'impression que ça s'arrange... enfin tout... il n'y a que nous dans le désert, mais... commence à fondre et à se mélanger au sable... et je me retrouve grain de sable... et là... j'ai l’impression d'avoir une... de voir beaucoup mieux et même d'être un œil... enfin de voir et de comprendre beaucoup mieux... et il se met à pleuvoir très fort, et tout commence à germer dans le désert et à pousser et je deviens une fleur... enfin j'étais une graine de fleurs et 'ai l'impression d'être un peu... un tournesol, ou un truc comme ça, qui se tourne vers le soleil... et là, j'ai... enfin... j'ai beaucoup une sensation de bien-être [long silence]... mais... brusquement, la nuit tombe et toutes les plantes se recroquevillent et deviennent noires, carbonisées et, partout, tout le sol est noir... les fleurs sont... enfin, ont l'air d'être mortes... et la nuit devient froide... et y a juste la lune qui éclaire... enfin, qui brille de froideur... et là, je me retrouve en train de marcher... j'ai retrouvé ma taille normale... je marche sur un sol dur et gelé, tout noir... »

A partir de cet instant, la flamme d'une bougie tenue par une main invisible va guider la rêveuse jusqu'au bord d'un marécage, où elle livrera combat contre un énorme rat. Vaincu, celui-ci révélera sa véritable nature : c'était le Prince blanc. En compagnie du Prince délivré, Véronique montera dans une barque blanc et or qu'un navigateur dirigera en se référant aux étoiles.

La séquence que nous avons reproduite exprime le drame œdipien de la fille qui s'identifie au tournesol pour mieux capter l'attention paternelle, on pourrait écrire : pour mieux susciter le désir du père. Le bonheur est de courte durée car la culpabilité vis-à-vis de la mère, exprimée par la lune froide, réduit tout en cendres. Cela nous tait apparu dès la première écoute du rêve, voici plus de dix ans. Ce qui nous avait échappé, et que le rapprochement des contenus de nombreux scénarios contenant le tournesol a subitement révélé, c'est la délivrance de l'animus qui n'est possible qu'ne raison de la dissolution de l'œdipe. Tant que la jeune fille reste prisonnière de la projection sur l'image paternelle, elle est dans l'incapacité de dissocier sa propre composante masculine de celle-là. Il en découle une inaptitude à réaliser l'autonomie de pensée et cette situation bloquée alimente le rat-névrose, seigneur du marécage.

Ainsi, face au large cercle jaune du tournesol, le praticien avisé ne devra pas se satisfaire d'avoir détecté un indice d'ébranlement de l'édifice œdipien, il lui faudra prolonger son investigation jusqu'aux signes de réalisation de l'animus, cette démarche concernant autant les hommes que les femmes. Dans le cas de Dominique, une identification au rôle du père disparu produisait une situation similaire avec, pour conséquence, la même impossibilité de réaliser l'autonomie de l'animus.

Le rêve de Véronique attire l'attention sur plusieurs autres thèmes habituellement associés au tournesol : la jeune fille, avant d'être la fleur, devient une graine qui va germer dans le désert. Faut-il aller jusqu'à voir, dans l'insistance avec laquelle la graine apparaît près du tournesol rêvé, le désir, décrit par les psychanalystes, d'engendrer un enfant du père? Ce n'est pas impossible.

Plusieurs scénarios suggèrent une autre interprétation : la lourde fleur solaire,prisonnière de ses racines, exprimerait la situation d'une psychologie figée par ses aspirations œdipiennes. La graine représentant la seule possibilité de déplacement territorial de la fleur, son évocation serait un indice de progression, d'élargissement du champ de vision, ce que Véronique confirme explicitement lorsqu'elle affirme : « Je suis devenue une graine, j'ai l'impression de mieux voir, de mieux comprendre. » Cela renvoie à l'association entre l’œil ou les yeux, la chouette et le tournesol.

Dans le désert de Véronique, « tout se met à germer ». Cette remarque rejoint le fait que le tournesol déclenche souvent l'évocation d'une floraison abondante et soudaine. Cela peut concerner d'autres fleurs de la même espèce aussi bien que des petites fleurs de prairies, vigoureuses et colorées. Tout se passe comme si la fixation œdipienne avait jusqu'alors empêché l'éclosion de mille potentialités et que la prise de conscience qui s'effectue autour de la vision du tournesol restituait la liberté d'évolution.

*

Les rêves pris en référence soulignent non seulement la fréquence mais l'importance qualitative du noir et du blanc associés. L'ombre et la lumière, le mal et le bien, l'inconscience et la lucidité ! La chouette aux yeux immenses ouverts sur la nuit, le tournesol, gros œil jamais rassasié de soleil... Par-delà le désir d'exister sous le regard du soleil-père, le tournesol ne serait-il pas aussi l'indice d'une quête de la lumière ?

La plupart des axes de traduction du symbole et beaucoup d'images recueillies dans les rêves conduisent à l’œil, c'est-à-dire à la conscience, à l'éveil. Faut-il ajouter que la seule image d'un tournesol sous la forme d'une fleur coupée a été produite par un homme aveugle depuis vingt ans ?

Devant ce symbole, le praticien saura qu'il est en présence de l'un des signes les plus sûrs de l'ébranlement de l'édifice œdipien. Il se montrera attentif aussi à tout ce qui peut confirmer une intégration de l'animus. En tout état de cause il soupçonnera à bon escient une activation psychique favorisant un agrandissement du champ de conscience et, partant, des aptitudes à la créativité.

*

*




Littérature :


Tournesol


La voyageuse qui traverse les Halles à la tombée de l'été

Marchait sur la pointe des pieds

Le désespoir roulait au ciel ses grands arums si beaux

Et dans le sac à main il y avait mon rêve ce flacon de sels

Que seule a respiré la marraine de Dieu

Les torpeurs se déployaient comme la buée

Au Chien qui fume

Où venaient d'entrer le pour et le contre

La jeune femme ne pouvait être vue d'eux que mal et de biais

Avais-je affaire à l'ambassadrice du salpêtre

Ou de la courbe blanche sur fond noir que nous appelons pensée

Les lampions prenaient feu lentement dans les marronniers

La dame sans ombre s'agenouilla sur le Pont-au-Change

Rue Git-le-Cœur les timbres n'étaient plus les mêmes

Les promesses de nuits étaient enfin tenues

Les pigeons voyageurs les baisers de secours

Se joignaient aux seins de la belle inconnue

Dardés sous le crêpe des significations parfaites

Une ferme prospérait en plein Paris

Et ses fenêtres donnaient sur la voie lactée

Mais personne ne l'habitait encore à cause des survenants

Des survenants qu'on sait plus dévoués que les revenants

Les uns comme cette femme ont l'air de nager

Et dans l'amour il entre un peu de leur substance

Elle les intériorise

Je ne suis le jouet d'aucune puissance sensorielle

Et pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendres

Un soir près de la statue d'Etienne Marcel

M'a jeté un coup d’œil d'intelligence

André Breton a-t-il dit passe


André Breton, « Tournesol » in Clair de Terre, 1923.

*

*

Le Soleil


Soleil en terre, tournesol,

Dis-moi qu’as-tu fait de la lune ?

Elle est au ciel, moi sur le sol,

Mais nous avons même fortune

Car sur nous-mêmes nous tournons

Comme des fous au cabanon.


Robert Desnos, "Le Soleil" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

*

Dans Smoke (Édition originale, 1995 ; traduction française Éditions Payot & Rivages, 2000), roman policier qui dénonce les manipulations génétiques et les mensonges de l'industrie du tabac, Donald Westlake, avec son humour habituel utilise le tournesol dans une métaphore inattendue :


- Ces deux toubibs cinglés, couina Jack IV, doivent savoir, n'est-ce pas, comment l'on fabrique un homme invisible en mélangeant ces deux formules ?"

Surpris, ces mains se transformant en tournesols,, Mordon répondit : "Eh bien, oui, je suppose qu'ils savent.

- Bon, il n'y a qu'à leur demander de nous en faire un. Continuons à chercher l'original mais fabriquons une copie."

Les tournesols grandirent. "Ils pourraient le faire, n'est-ce pas ?" Là, les tournesols piquèrent du nez. "Mais qui ? demanda Mordon. Qui pourrait prendre un tel risque et se retrouver comme ça ?

- L'une des choses que l'argent m'a enseigné, grésilla Jack IV, c'est que si vous en avez suffisamment, il y aura quelqu'un pour se porter volontaire. Et il me faut un homme invisible, sacrebleu ! J'en ai besoin immédiatement !

*

*


747 vues