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  • Anne

La Reine-Marguerite




Étymologie :

Étymol. et Hist. 1771 (Trév.). Comp. de reine* et de marguerite*.

Étymol. et Hist. I. 1. 1130-40 margerie « perle » (Wace, Ste Marguerite, 13 [ms. A] ds T.-L.) ; fin xiie-début xiiie s. margarite (Lapidaires anglo-norm. éd. P. Studer et J. Evans, IV, 290) ; ca 1340 marguerite (Le Tombel de Chartrose, éd. E. Walberg, XVIII, 330) ; 2. 1180-90 geter sa margerie entre les porciaux (Alex. de Paris, Alexandre, branche IV, 1613 in Elliott Monographs, n°37, p. 356) ; 1523 jeter, semer des marguerites devant les pourceaux (Lefèvre d'Étaples ds Kunze 1935, p. 87). II. 1. a) xiiie s. bot. flors des margerites « pâquerette » (Aucassin et Nicolette, éd. M.Roques, XII, 25) ; 1364 marguerite (Guillaume de Machaut, Le Dit de la marguerite, éd. A. Fourrier, 207) ; b) av. 1re moitié du xve s. margarite « grande marguerite » (Le Verger d'Amours ds Anc. Poésies fr., éd. A. de Montaiglon, IX, 283) ; 1543 marguerite blanche (Fuchsius, De historia stirpium, Paris, J. Bogard, f°355 v°, chap. 337) ; 1547 grande marguerite (R. Estienne, De Latinis et graecis nominibus arborum ... cum gallica eorum appellatione, p. 17) ; c) 1692 marguerite d'Espagne « chrysanthème des jardins » (La Culture des fleurs, Bourg, p. 72 ds Roll. Flore t. 7, p. 57) ; 2. 1694 mar. (Corneille) ; 3. 1841 « bloc rectangulaire dont le dessous bombé et strié sert à travailler le cuir » (Dict. de l'industr. manufacturière comm. et agric., X, 509, s.v. corroyage). Empr. au lat. class. margarita « perle », du gr. μ α ρ γ α ρ ι ́ τ η ς d'origine orientale (v. Chantraine) ; marguerite a éliminé la forme pop. margerie (supra) ; le sens de « fleur » s'est développé en fr. ; celui de « perle », fréq. au Moy. Âge a disparu sauf dans la loc. arch. jeter des perles aux pourceaux d'apr. la phrase de Matthieu VII, 6 : Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux (Neque mittatis margaritas vestras ante porcos).

Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 reïne « femme d'un souverain » (Roland, éd. J. Bédier, 634) ; 2. ca 1160 raïne « souveraine » (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 1524) ; 1559 Royne mère (Du Bellay, Divers jeux rustiques, éd. Ad. van Bever, p. 259) ; 1680 à la reine (Rich., s.v. pain) ; 3. a) ca 1145 reïne désigne la Vierge (Wace, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 117) ; b) 1377 royne de la fevre « celle qui tire la fève dans sa part de gâteau (le jour des Rois) » (Rec. Joursanvaux ds le Cabinet historique, 1871, p. 122) ; c) ca 1380 roine (du jeu d'échecs) (Jean Lefèvre, trad. La Vieille, éd. H. Cocheris, p. 80) ; 1690 reyne (d'un jeu de cartes) (Fur.) ; 4. a) ca 1250 reïne « celle qui domine » (Joufroi de Poitiers, éd. P. B. Fay et J. L. Grigsby, 226) ; b) 1907 reine-bicyclette « bicyclette » (Almanach Hachette pour 1908) ; 1911 petite reine (La Montagne, numéro 3, mars, p. 155 ds Quem. DDL t. 22) ; 5. 1751 reine « femelle féconde unique dans la ruche ou essaim, chez les abeilles » (Encyclop. t. 1, p. 18a). Du lat. regina « reine », dér. de rex, regis, roi*. Cf. le m. fr. regine « id. » 1465-92 ([Jean Molinet], Myst. de St Quentin, éd. H. Chatelain, 12608) − 1512, J. Marot, Poème inédit, éd. G. Guiffrey, vers 797, p. 111.


Lire également la définition du nom reine-marguerite afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Callistephus chinensis ; Amelle élégante ; Aster de Chine ; Grande Pâquerette d Espagne ; Janétoun ; Magrite-reine ; Reine Margot ; Reine-Marguerite.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) nous livrent leur vision de cette petite fleur :


Automne - Septembre

REINE MARGUERITE - VARIÉTÉ.

Quand on vit pour la première fois la reine marguerite briller dans nos parterres, on lui donna le nom d'astre chinois . Effectivement, ses belles fleurs rayonnent comme des astres et nous viennent de la Chine. Nous le devons au père d'Incarville, missionnaire, qui en envoya la graine vers 1730 au Jardin du Ro . On n'en obtint d'abord qu'une variété simple, et d'une couleur uniforme ; mais dans la suite la culture doubla, quadrupla et varia à l'infini les demi-fleurons satinés qui couronnent son disque. Une des plus belles variétés transforme les fleurons dorés de ses larges disques en tuyaux semblables à la peluche des anémones. On a supposé, bien à tort, que les Chinois ne connaissaient que la fleur simple et violette qui nous a d'abord été envoyée ; ils possèdent toutes les variétés que nous admirons, et ils savent même tirer parti de ces variétés pour former avec les reines marguerites, des décorations dont aucune expression ne saurait rendre l'effet harmonieux. Pour préparer ces décorations, ils cultivent ces fleurs dans des pots, puis ils séparent les couleurs, les nuances, les disposent avec un art infini, de manière qu'elles se développent en longs tapis, sans se séparer ni se confondre. Souvent ils doublent cet effet, en plaçant ce théâtre de fleurs au bord d'une pièce d'eau. J'ai voulu essayer cette décoration, dont un célèbre voyageur m'avait beaucoup parlé, mais il m'a manqué, pour en rendre tout l'effet, la profusion des fleurs, la variété des nuances dans la même couleur, et surtout cette admirable patience chinoise, qui ne connait point d'obstacles : cependant mon petit théâtre, qui était plutôt rayé que dégradé, plaisait à tous les yeux, et plusieurs personnes se sont étonnées, comme moi, qu'on n'ait rien tenté de semblable pour la décoration de nos jardins et pour celle de nos fêtes. Emblème de la variété, la reine marguerite doit à une heureuse culture ses principaux charmes ; c'est la main habile du jardinier qui a environné ses disques d'or de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Ainsi l'étude peut varier sans cesse les grâces d'un esprit naturel. Majestueuse et brillante, la reine marguerite n'est pas l'imprudente rivale de la rose, mais elle lui succède et vient nous consoler de son absence.

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Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


ASTER - ÉLÉGANCE.

Cette fleur n'est guère cultivée que comme plante d'agrément. - Elle comprend un grand nombre d'espèces à feuilles radiées. La plus remarquable est celle que l'on connaît sous le nom de reine-marguerite. - Elle nous vient de la Chine. C'est à la forme de leurs feuilles que ces fleurs ont dû leur nom : Aster, étoile.

Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), l'Aster de Chine (Callistephus chinensis) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Divinité : Nombreuses, tant en Grèce qu'à Rome

Pouvoir : Amour


On connaît aujourd'hui de très nombreuses variétés de reines-marguerites. Elles diffèrent par la taille, leur port pyramidal ou divergent, leurs fleurs tantôt de formes régulières, tantôt échevelées. Les coloris sont également variés. Celle dont nous parlons ici, l'Aster, est la reine-marguerite à fleurs simples, la seule semble-t-il que les Anciens aient connue. Elle ressemble à s'y méprendre au pyrèthre, avec toutefois un mode et une période de floraison entièrement différents.


Utilisation rituelle : La reine-marguerite à fleurs simples fleurit le jour même du 15 août. Cette particularité vaut à la plante un passé mythologique et symbolique prestigieux. Elle présidait aux Fêtes sextiles des Romains, cérémonies qui correspondaient aux secondes Céréales (culte et réjouissance en l'honneur de Cérès ! et que l'on célébrait pendant le dixième mois de l'année romaine. A l'origine, dans tout le monde latin, ce mois s'appelait sextilis. C'est l'empereur Auguste qui en changea la dénomination en celle d'Augustus, d'où est dérivé notre mois d'août. Plante sextile, puis plante auguste, la reine-marguerite devint, sans doute avec philosophie, plante de l'Assomption. Auguste, on le sait, ne voulait pas qu'on lui élève de temple ni qu'on lui rende un culte. Sur le plan religieux, l'Aster servait à honorer les nombreuses divinités agricoles et champêtres associées à Cérès. Sur le plan profane, la plante figurait à la première place dans les triomphes de l'empereur, Lorsque le christianisme fut implanté, les populations en firent la fleur qui accompagna Marie dans sa montée au Ciel. Une intéressante étude consisterait à examiner en parallèle les légendes antiques liées à cette fleur, pour les comparer aux légendes chrétiennes. Les secondes puisent-elles leur substance dans les premières ? Ou bien la tradition populaire d'Occident s'est-elle complètement détachée des anciens mythes ? Le cadre de ce livre ne nous permet malheureusement pas d'approfondir la question.

Un bouquet de reines-marguerites déposé pendant la nuit sur le rebord de la fenêtre d'une fille indique symboliquement qu'elle est la reine du village, qu'elle ne compte plus les soupirants qui briguent l'honneur de la conduire à l'église, mais qu'elle va devoir bientôt le décider et faire son choix.


Utilisation magique : Les fleurs d'Aster attirent l'amour. La plantation des pieds dans le jardin, ainsi que la cueillette, sont rigoureusement codifiées, comme le sont également les vœux qu'il faut prononcer aux différentes heures du jour ou de la nuit. Si les renseignements ne manquent pas sur l'utilisation de l'Aster de Chine dans la tradition occidentale, on sait fort peu de chose sur les rôles que lui attribuaient les prêtres-magiciens de l'Antiquité.

Le sire de Crocq, seigneur avare et dur, rentrant de la chasse plus tôt que d'habitude, trouva sa femme qui avait rempli son tablier de pains destinés aux pauvres du voisinage, et lui demanda ce qu'elle portait ? « Monseigneur, ce sont des reines-marguerites pour la Sainte Vierge », répondit-elle en tremblant. Le baron rabattit le tablier. Il s'en échappa une pluie d'Asters.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


La reine marguerite, qui fleurit tous les ans le jour même du 15 août, présidait pour cette raison aux fêtes romaines célébrées au cours de ce mois (appelé alors « sextilis » puis rebaptisé « augustus » par l'empereur Auguste), en l'honneur de Cérès, divinité de la Fertilité. Dans la tradition chrétienne, la fleur devient celle « qui accompagna Marie dans sa montée au Ciel ».

Un vieux récit (non daté) évoque le prodige suivant : un jour, une femme avait rempli son tablier de pains destinés aux pauvres ; surprise par son époux, le sire de Crocq, seigneur cupide et égoïste, qui lui demanda ce qu'elle portait, elle répondit : « Monseigneur, ce sont des reines-marguerites pour la Sainte Vierge. » Le baron, ayant rabattu le tablier, vit s'en échapper es plantes ci-nommées.

La reine-marguerite est censée attirer l'amour. Elle peut également, comme la marguerite et la pâquerette, servir d'oracle : pour savoir quelle sorte d'homme elle épousera, une jeune fille effeuillera la fleur en disant : « jeune homme, vieux, veuf », la dernière feuille devant désigner ce qui lui est réservé.

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Voir aussi Aster.

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