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  • Anne

L'Ail




Étymologie :

  • AIL, AULX, subst. masc.

Étymol. ET HIST. − 1165-1170 « plante liliacée dont le bulbe d'odeur forte, est utilisé en cuisine », emploi fig. pour désigner une valeur minime (Benoit de Ste Maure, Troie, éd. Joly ds Gdf. Compl. : Ne li valurent puis deus alz). Du lat. allium « id. » dep. Plaute, TLL s.v., 1619, 46.

Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Allium sativum ;


Botanique :


Lire la présentation très claire sur le site de l'université Pierre et Marie Curie de Jussieu.

Jean-Marie Pelt, auteur de Des légumes (Librairie Arthème Fayard, 1993) nous en apprend davantage sur l'histoire et les propriétés de l'ail :


On se souvient de Maître Jacques qui ne savait s'il lui fallait, pour écouter les instructions de son maître Harpagon, revêtir sa souquenille de cuisinier ou sa livrée de cocher. De même, faut(il aborder l'ail coiffé du bonnet blanc du maître queux ou du bonnet noir du docteur ? Écrire sous l'inspiration de messire Gaster ou au nom d'Esculape ? Ce végétal appartient, en effet, à l'art culinaire au même titre qu'à l'art médical, et sa réputation, établie sur des traditions ancestrales, a remarquablement résisté à l'atteinte des siècles.

Ail viendrait du mot celtique all qui signifie chaud, brûlant, allusion aux propriétés de la plante. Originaire des steppes de l'Asie centrale, il fut cultivé en Chine, en Mésopotamie et en Égypte depuis les temps les plus reculés. Les Chinois désignent l'ail par un signe unique, ce qui est ordinairement l'indice d'une espèce spontanée ou très anciennement connue. Vers 2600 avant Jésus-Christ, Khéops, deuxième souverain de la IVe dynastie pharaonique, entreprit la construction de la plus grande des pyramides de Gizeh. Le chantier mobilisa 100 000 hommes, relevés tous les trois mois pour mener à bien cette gigantesque entreprise. Des aulx étaient offerts comme provision aux ouvriers et, explique Hérodote, - « on a gravé sur la pyramide, en caractères égyptiens, combien on a dépensé pour les ouvriers en radis, en oignons et en aulx. Celui qui interpréta cette inscription me dit que cette dépense se montait à 1 600 talents d'argent ». Malheureusement pour les amateurs d'ail, son crédit augmenta à tel point qu'il finit par prendre place parmi le Panthéon égyptien ; on put alors invoquer son nom et celui de l'oignon dans les sermons, mais défense fut faite d'y goûter !... Interdiction qui ne s'imposait pas aux Hébreux, soumis au joug de l'Égypte, et qui, en pérégrination dans le désert du Sinaï, regrettèrent tant « les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et les aulx du pays d'Égypte ». dès leur arrivée en Palestine, les Hébreux mirent à profit leurs connaissances sur la culture de l'ail, acquises en Égypte, pour cultiver ce légume sur vaste échelle, notamment pour le régal des moissonneurs.

L'époque gréco-romaine conféra à l'ail une double réputation : celle d'un condiment, voire d'un mets de choix, mais que son odeur excluait des tables aristocratiques ; et celle de fortifier l'ardeur des combattants. On lit, dans Les Acharniens d'Aristophane, la plainte de Diceopolis, qui se croit perdu et incapable de garder sa vigueur parce qu'on lui a volé son ail : « Ah ! malheureux, dit-il, je suis perdu. Les Odomantes m'ont volé mon ail, voulez-vous bien me rendre mon ail... - Misérable, lui répond Théodorus, garde-toi d'attaquer les hommes qui ont mangé de l'ail ! ».

Mais l'ail n'était point prisé de la sorte dans toute la Grèce antique. Ainsi, l'entrée du sanctuaire de Cybèle était interdite à qui en avait mangé. S'étant endormi dans le temple de la mère des dieux après avoir transgressé cet interdit, le philosophe Stilphon vit en songe Cybèle lui dire : « Tu es philosophe, Stilphon, et cependant tu violes les lois sacrées ! » Et lui de répondre : « Donne-moi donc de quoi manger, et je ne me nourrirai plus d'ail ! »

Dans la Rome antique, l'ail était devenu une nourriture ordinaire de la plèbe et surtout des soldats romains, au point qu'il devint un symbole de la vie militaire.

On se souvient de la naissance d'Henri IV : à peine venu au monde, son grand-père Henri d'Albret se fit donner une gousse d'ail « dont il frotta ses petites lèvres, lesquelles se fripèrent l'une contre l'autre comme pour sucer ». Ravi de ces signes de vigueur précoce, Henri d'Albret s'écria : « Va ! Va ! Tu seras un vrai Béarnais ! » La consommation d'ail était, il est vrai, en ce temps mais aujourd'hui encore, particulièrement abondante dans tout le Midi, dont l'aïoli reste l'un des premiers symboles alimentaires. Et les musulmans qui rencontrèrent les croisés furent plus épouvantés par leur forte odeur d'ail que par leurs clinquantes armures.

L'ail est une curiosité botanique. Comme ses cousins et cousines l'oignon, l'échalote, le poireau, la ciboule et la ciboulette, il appartient à la famille des liliacées. Ses fleurs sont donc construites selon l'architecture propre au lys et à la tulipe : six pièces colorées, six étamines et, au centre, un ovaire à trois loges formé par la concrescence de trois feuilles modifiées et réduites. Mais si les fleurs de la tulipe comme celles du lys, sont somptueuses, les fleurs de l'ail, en revanche, sont minuscules. Ces fleurs sont enfermées avant la floraison dans une grande bractée membraneuse munie d'une longue pointe ; chaque fleur est portée par un long pédoncule et ne fleurit pratiquement jamais, tout au moins sous le climat français. Curieusement, ces fleurs sont souvent remplacées par de minuscules bulbilles L'ail, dont les fleurs fleurissent si difficilement, et qui donne très rarement des graines, a inventé ce moyen de multiplication par voie végétative non sexuée. Bulbilles ou petits bulbes sont aptes à donner naissance, quand ils sont mis en terre, à de nouveaux pieds d'ail.

L'autre voie de reproduction, également asexuée, est le caïeu. Caïeu est le nom scientifique pour « gousse ». Le bulbe en produit de 12 à 16, tassés les uns contre les autres, enveloppés dans une tunique membraneuse blanchâtre. Ces caïeux sont disposés sur un plateau commun et chacun est recouvert à son tour d'une coriace tunique.

On distingue généralement les variétés sans hampe florale, où la reproduction s'effectue entièrement par les « gousses », des variétés avec hampe florale porteuse de nombreuses bulbilles aériennes, entremêlées de fleurs stériles. Ces variétés ne comportent que de 4 à 10 gousses, plus grosses et plus fragiles. La reproduction se fait au printemps par culture soit de gousses, soit de bulbilles aériennes qui donneront un petit bulbe la première année, puis un bulbe composé l'année suivante.

Les variétés sont peu nombreuses, fait assez rare pour un légume aussi anciennement cultivé. Cela est dû probablement au fait que la plante ne fleurit pour ainsi dire jamais dans nos régions et qu'elle se multiplie exclusivement à l'aide de caïeux, ce qui supprime la possibilité de variations et d'améliorations par voie sexuée. Mais on peut rapprocher de l'ail trois espèces voisines : l'échalote, la ciboule et la ciboulette, les deux dernières étant cultivées pour leurs familles consommées comme fines herbes.

Fortement antiseptique, l'ail servait à la préparation d'un vinaigre dit « des quatre voleurs » : lors de la grande peste qui sévit à Marseille en 1726, quatre voleurs se protégèrent de la contagion grâce à ce remède qui leur permettait, dit-on, d'aller piller sans crainte les maisons où sévissait le fléau. A ces propriétés antiseptiques, fongicides et bactéricides, s'ajoutent les effets vermifuges particulièrement nets dans la lutte contre les nématodes comme l'ascaris. Ces propriétés sont dues à la présence d'une huile essentielle volatile, l'aliine, qui, sous l'effet d'une enzyme spécifique, dégage de l'alicine, responsable de la forte odeur sulfurée de l'ail ; c'est cette odeur qui lui valut, à travers toute son histoire, et sa renommée et sa suspicion auprès des fins gourmets. Mais l'ail est aussi un médicament des voies respiratoires et de l'hypertension, qu'il corrige. Il possède enfin des propriétés diurétiques attribuables au fructosane ainsi qu'à l'essence qu'il contient. Des travaux récents ont mis en évidence les propriétés de l'ail comme hypocholestérolémiant : les taux de cholestérol et de triglycérides sanguins sont, grâce à lui, significativement abaissés. D'où un effet heureux sur l'artériosclérose et l'hypertension, déjà signalé.

On l'utilisait jadis comme antiseptique dans diverses maladies, la peste et le choléra notamment ; ses indications ont subsisté jusqu'à nos jours, mais avec des finalités moins ambitieuses. L'ail entre dans la composition d'antiseptiques pulmonaires, de vermifuges, de médicaments hypotenseurs et anticholestérolémiants. On peut dire que ses états de service sont aussi brillants dans l'alimentation qu'en médecine où son honorabilité n'est plus à mettre en cause. L'ail médicament vaut bien l'ail aliment !

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :

Des conséquences fâcheuses se produisent parfois quand on n'observe pas l'espèce de tabou traditionnel dont certaines espèces sont l'objet. En Poitou, on ne doit peler ni ail ni échalottes, ni pommes de terre le soir pour les faire cuire le lendemain, parce que ceux qui les mangeraient ne pourraient guérir s'ils venaient à être mordus par un. chien enragé.

[...] [Le Soir de la Saint-Jean], En Provence on jetait dans la cendre chaude des gousses d'ail que les enfants mangeaient à déjeuner pour être préservés de la fièvre ; elles portaient aussi bonheur et garantissaient des sortilèges. Dans le Mentonnais elles sont efficaces contre la fièvre, et dans le Var contre bien d'autres maladies ; dans la Corrèze les ails passés neuf fois dans le feu sacré guérissent Ies douleurs de ventre.

[...] En Poitou pour avoir beaucoup d'argent, on mange le premier mai un brin d'ail, et on se frotte les lèvres avec une pièce de vingt francs ; l'ail tout seul, d'après les paysans tourangeaux, préserve de la fièvre celui qui en mange ce jour-là.

[...] D'après la croyance mentonnaise, un peu d'ail sur le berceau d'un enfant le préserve des maléfices.

[...] On disait au XVIe siècle que le loup ne faisait aucun tort aux brebis si on avait lié un ail sauvage au cou de la première qui va devant.

[...] Plusieurs espèces exercent sur ceux qui les portent une influence favorable en Haute-Bretagne on attache au cou des enfants un collier de gousses d'ail pour les préserver des vers en Morbihan et en Vendée on les a aussi employées au moment des épidémies de croup.

[...] Au XVIe siècle les aulx étaient bons à la peste.

[...] Au XVIe siècle, le vulgaire croyait qu'en mangeant des aulx on engendrait des enfants mâles et en Haute-Bretagne on en donne aux coqs pour les rendre amoureux.

[...] Dans les Landes, si lors d'une demande, l'un des parents présente au jeune homme une gousse d'ail sur une assiette, il n'y a plus qu'a se retirer.

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Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :

Dès la plus haute antiquité, l'ail, originaire d'Asie centrale, passait pour magique. Les prêtres de Babylone s'en servaient pour composer des philtres et pour éloigner les mauvais esprits. Dans l’Égypte ancienne, il faisait partie des divinités et était considéré comme un puissant toxique, capable de protéger des maladies. On trouve d'ailleurs son image sur la pyramide de Gizeh et les ouvriers de la Grande Pyramide en consommaient quotidiennement sur ordre du pharaon Khéops. Les Égyptiens suspendaient également de l'ail au cou des enfants, à cause de ses puissantes vertus vermifuges.

Arabes, Juifs, Romains, Grecs n'ignoraient pas les propriétés de l'ail. Pour renforcer leur résistance et leur courage, les athlètes, les lutteurs et les gladiateurs en consommaient ou se passaient sur le corps de la purée d'ail tandis que les paysans romains le considéraient comme une panacée. L'armée romaine, dont les légionnaires mangeaient également de l'ail avant de combattre, le prit d'ailleurs pour emblème. Nous retrouvons cet usage en pleine Renaissance : "à la bataille de Pavie, les arquebusiers espagnols étaient dopés à l'ail lorsqu'ils enfoncèrent l'aile droite de l'armée de François Ier".

Dans L'Odyssée, Hermès donne de l'ail à Ulysse pour le mettre à l'abri des méfaits de Circée qui avait transformé ses compagnons en pourceaux. Mais les prêtres grecs, qui surnommaient l'ail "rose puante" à cause de l'odeur qu'il confère à l'haleine, interdirent l'entrée des temples à ceux qui en mangeaient (pareille interdiction intervint aussi à Rome dans les temples de Cybèle). En Grèce, toujours, l'ail jouait un grand rôle dans le culte d'Hécate, divinité infernale.

Les propriétés exceptionnelles de l'ail, qui l'ont fait considérer comme une panacée, ont traversé le temps. C'est probablement son caractère magique par excellence qui a donné naissance à une légende anglaise selon laquelle il est né des premiers pas faits par Satan quand il fut chassé du paradis.

Reprenant les convictions des Anciens, les Français reconnurent à l'ail le pouvoir de fortifier, de rendre courageux, de protéger des maladies contagieuses et des vermines. Nostradamus l'utilisait même contre la peste. On dit que le grand-père d'Henri IV frotta les lèvres du futur roi, à sa naissance, avec une gousse d'ail pour qu'il profitât de ses bienfaits et fût notamment préservé de l'ivresse, la plante aidant en effet les buveurs à tolérer les abus d'alcool. Au Moyen Âge, on recommandait même d'utiliser l'ail pour rendre vigoureux et fort un coq "lent et niais" en lui en faisant manger ou en lui en frottant la crête.

L'ail a gardé les vertus vermifuges que lui attribuaient les Égyptiens : un collier de trois ou sept gousses, et parfois un bracelet de même composition, triomphent des oxyures, du ténia et autres vers. On peut également frotter le ventre ou l'oreiller du malade de pelures d'ail. En Vendée et dans le Morbihan, on avait recours aux colliers d'ail en période d'épidémie de croup.

Il fut longtemps un remède aux maux de dents, d'une part parce qu'on croyait autrefois que les dents étaient attaquées par un ver, par conséquent, si l'ail agissait sur le ténia, il devait venir à bout du "ver de la dent" ; d'autre part parce que sa gousse ressemble à une canine. On en faisait des cataplasmes à appliquer sur la dent, des bracelets, ou encore on en mettait dans l'oreille, du côté opposé à celui de la dent douloureuse.

Dans tout l'Hexagone, on affirme que l'ail consommé le matin, à jeun, est particulièrement efficace et que ses effets sont prodigieux au mois d'avril. Selon une coutume héritée des Romains, la veille de la Saint-Jean, les Provençaux jettent des gousses d'ail dans de la cendre chaude et les servent aux enfants le lendemain à déjeuner, pour les mettre à l'abri toute l'année de la fièvre et des sortilèges. Probablement pour les mêmes raisons, dans le Périgord, avant la plantation d'un arbre de mai qui annonce la fête du solstice d'été, il est d'usage de se frotter les dents avec de l'ail et d'y passer une pièce d'or, opération censée également attirer l'argent, voire la richesse. Absorbé le Ier mai, l'ail préserve des maux de dents et de la fièvre.

Appliqué en onguent sur le ventre d'une femme, il l'aide à accoucher, et éloigne le risque d'hémorragie. frotté sur les verrues ou les cors, de préférence le vendredi du premier quartier de lune, l'ail les fait disparaître. Il remédie aux insomnies (poser des feuilles d'ail sur le sol près de son lit). Dans le Lubéron, on passe, sur la partie malade d'un individu, de l'ail que l'on brûle ensuite dans des braises de bois de châtaignier. Dans la région de Montpellier, de l'ail pilé appliqué sur le pouls de chaque matin était un remède au paludisme tandis qu'en Corrèze, l'ail passé neuf fois dans le feu de la Saint-Jean guérissait de la rage.

En Sicile, trois signes de croix sur de l'ail chasse un polype. En Italie et aux Antilles, un collier de treize gousses, porté treize jours, soigne la jaunisse à condition de se débarrasser de l'amulette la dernière nuit à un carrefour, en la jetant par-dessus la tête, et de rentrer chez soi sans se retourner. Au Japon, on suspend de l'ail pour protéger ceux qui souffrent d'engelures et de bronchites. Les Tziganes, eux, l'utilisent contre la goutte :

  • On le hache soigneusement ; on prend un morceau de laine, où l'on dépose d'abord quelques franges de tablier en laine, puis de l'ail, puis du poivre rouge et enfin le blanc haché de sept œufs d'une poule noire. On en fait une compressez dont on entoure le pied malade. Pendant la cure, il faut aussi manger beaucoup d'ail, le matin de bonne heure, neuf jours de suite.

Les Anciens recouraient à l'ail pour savoir si une femme pouvait ou non enfanter. Hippocrate partageait cette croyance dont Littré rapporte la recette : "Gousse d'ail, la nettoyer, en ôter les peaux, l'appliquer en pessaire et voir le lendemain si la femme sent par la bouche ; si elle sent, elle concevra, sinon non." Notons aussi que selon une croyance très vivace au XVIe siècle, manger des aulx favorise la conception des garçons et en donner aux coqs les rendent "amoureux". Toutefois, l'ail est réputé également protéger la chasteté des femmes.

Ses nombreux pouvoirs magiques sont à limage de ses propriétés reconnues par la phytothérapie (traitement des maladies par les plantes ou leurs extraits). L'ail est en effet classé parmi les plantes qui tuent parasites et bactéries et l'on découvre aujourd'hui ses nombreuses vertus, notamment pour le système cardio-vasculaire. mais si, cultivé et domestiqué, il inspire la plus grande confiance, il n'en va pas de même pour l'ail sauvage que les Poitevins ne touchent jamais, de peur de s'empoisonner ; de même, ne pèlent-ils jamais l'ail la veille de son utilisation car il perdait son pouvoir.

Au XVIe siècle, de l'ail attaché sur les arbres fruitiers en éloignait les oiseaux. On affirmait aussi à l'époque que le loup ne faisait aucun tort aux brebis si celle qui ouvrait la marche portait autour du cou de l'ail sauvage. La croyance en son pouvoir de faire fuir les serpents est encore plus ancienne et remonte à l’Égypte pharaonique. A l'heure actuelle encore, "les bergers des Karpates, avant de traire pour la première fois leurs brebis, se frottent les mains avec de l'ail béni, afin de protéger le troupeau contre les morsures de serpents."

L'ail est également et surtout réputé repousser les maléfices, le mauvais œil dans les pays méditerranéens, et les mauvais esprits. Les désenvoûteurs le recommandent toujours. En Grèce comme en Turquie, le nommer suffit parfois à conjurer le mauvais sort.

"Il n'y a pas si longtemps", dit-on, l'équipe de football espagnole se mit à perdre la plupart des matches qu'elle livrait. certains de ses membres, croyant à l'origine surnaturelle de ces mauvais résultats, plantèrent de l'ail près des buts : "soit l'ail, malheureusement, n'eut aucun effet, soit la malédiction était trop puissante, le fait en que cette équipe descendit de catégorie."

Pour se mettre à l'abri des mauvaises fées, Roger de Lafforest recommande de manger de l'ail ou d'en placer sur sa table de chevet avant le coucher. En Suède, une gousse attachée au cou des bestiaux les protège des méfaits des méchants latins, les trolls. Paradoxalement, les Juifs de l'ancien Empire ottoman, qui reconnaissaient toutefois le pouvoir de l'ail contre le mauvais œil, croyaient que le démon s'en servait pour faire mourir les hommes, et que sa queue était la propriété des génies.

Les films fantastiques en ont fait aussi la terreur des vampires. Pour qu'il agisse contre les "buveurs de sang", il doit se présenter sous la forme d'une tresse pendue au mur, à une porte ou une fenêtre, et composée d'un nombre impair de gousses. En Europe centrale, on accroche un bouquet d'ail à la tête du lit.

L'ail est également efficace contre la malchance, d'où sa présence à bord des bateaux, ou encore la coutume sicilienne d'en répandre dans toutes les pièces d'une maison neuve. On dit également qu'il protège dans les voyages et qu'il agit "contre les tempêtes, les avalanches, les bandits et les monstres. En sanscrit, on appelle cette plante bhutagna, c'est-à-dire tueur de monstres." En Extrême-Orient, il repousse les âmes perdues.

Rêver d'ail signifie "nécessité de repos", "et peut-être le port d'un chandail", l'origine de ce mot venant des marchands d'ail ambulants qui autrefois criaient "Marchands d'ail" ou "Chand d'ail". "Comme ils portaient habituellement un vêtement tricoté, le nom de "chandail" est resté pour désigner ce vêtement".

L'ail peut permettre de faire des prévisions météorologiques : si les gousses sont durs à peler, l'hiver sera mauvais (croyance provençale) et, à l'averse, "Ail mince de peau, hiver court et beau". Un dicton affirme par ailleurs que "planter de l'ail au commencement de la lune, c'est vouloir obtenir autant de gousses dans une tête qu'il y a de jours depuis la pleine lune."

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D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012),

"On connaît les petits-déjeuners au pain grillé, au bacon ou aux œufs brouillés, mais on connaît moins les accros de l'ail ingurgité de bon matin ! Et pourtant, rien de tel que l'ingestion - en nombre s'il vous plaît ! - de gousses d'ail parfumées à souhait pour bien démarrer sa journée. Et oui, le bulbe porterait chance à toute personne avisée l'ayant dégusté dès son réveil... Vous êtes aussi allergique que moi à l'ail ? Pas d'inquiétude, vous pouvez vous rabattre sur d'autres méthodes. Les Viennois se contentent par exemple de garder sur eux une gousse d'ail cuite dans le feu de la Saint-Jean pour se porter chance. Terriblement plus sympathique, non ? Une autre astuce porte-bonheur, à réaliser lors de chaque déménagement, consiste à placer des gousses dans toutes les pièces du nouveau logis comme le faisaient les Siciliens.


Un chaperon répugnant : Au temps de la Grèce antique, seules le femmes avaient le droit de participer aux Thesmophories, fêtes traditionnelles célébrant la déesse de l'agriculture. Durant cette période et vraisemblablement une semaine auparavant, l'acte de chair était interdit à la gente féminine se prêtant aux cérémonies. Pour rester chaste et faire fuir tout prétendant, elles usaient de plusieurs artifices dont l'ingestion d'ail qui confère une odeur jadis détestée par les Grecs.


Le bonheur est dans le lit ! L'ail, un tue l'amour ? Pas si sûr car si l'on en croit certaines traditions, le bulbe posséderait des vertus aphrodisiaques incomparables. Rien de tel pour redonner vigueur à un homme âgé ou éreinté par les joies de l'amour. Ce qui explique pourquoi dans certaines régions de France, les jeunes mariés se voyaient amener une soupe aillée au beau milieu de leur nuit de noces. En prévention de leurs ébats, les futurs époux du Moyen-Orient, convaincus des bienfaits du bulbe, glissaient le jour de leurs noces une gousse d'ail à la boutonnière.


De l'ail pour du blé : Pour ne jamais manquer d'argent, rien de plus simple. Il suffirait d'acquérir de l'ail le jour de la Saint-Jean comme le faisaient les Italiens de Bologne. Une autre période propice serait le jour de plantation de l'arbre de mai, arbre coupé dans la forêt et planté sur la place des villages pour célébrer le retour du printemps. Les habitants du Périgord avaient ainsi coutume de passer une gousse d'ail puis une pièce en or sur leurs dents avant que l'arbre ne soit fiché en terre.


C'est pas du jeu ! Il faut croire que le foot, le rugby et l'ail font bon ménage vu les pratiques superstitieuses qui ont eu cours ces derniers temps. Commençons par les Napolitains qui, en 1987, ont fait appel à trente magiciens pour que leurs joueurs, dont Maradona, remportent la victoire sur l'équipe de Platini. Après avoir chanté un hymne à la Juventus, les sorciers ont brûlé de l'encens et lancé des gousses d'ail sur le terrain. Tout cela prête à sourire, il n'empêche que les Napolitains, peut-être par effet psychologique on vous l'accorde, ont remporté la coupe ! Plus près de nous, le 24 septembre 2011, les Nude Blacks, célèbres rugbymen jouant tous leurs matchs dénudés, se sont opposés dans une ambiance bon enfant et avec moult pastiches, aux "Vampires roumains"... Une semaine avant la rencontre, les Nude Blacks placèrent des gousses d'ail sur la ligne d'en-but. Bien leur ne prit, car malgré l'évacuation d'un des leurs dans un cercueil ( après avoir été mordus au cou par un joueur roumain portant bien entendu des lunettes noires pour se prémunir du soleil), ils gagnèrent la partie ! Mais si l'on se réfère à Annie Holmes, auteur en 1993 d'un dictionnaire des superstitions, l'ail n'est pas toujours synonyme de chance. Déplorant ses mauvais résultats, une équipe espagnole de football aurait planté de l'ail près de ses buts. Mais le subterfuge n'eut pour autre effet que la descente de catégorie des joueurs..


Le parfait garde du corps : Est-ce la forte odeur de l'ail, véritable repoussoir pour de nombreux nez, ou les multiples enveloppes entourant ses gousses qui ont persuadé nos anciens des pouvoirs de protection infaillibles de l'ail ? Toujours est-il qu'aucun malheur ne pourrait advenir à celui qui porte de l'ail sur lui. Les voyageurs d'antan en étaient intimement persuadés. Muni de ce talisman végétal, ils ne redoutaient ni avalanche ni tempête ni voleur ni créatures monstrueuses, tels les fantômes.

Stick magique : Henri IV [était] un grand amateur d'ail depuis sa naissance. A l'époque, la bouche de chaque enfant béarnais venant au monde était systématiquement frottée avec de l'ail. Par ce geste, les parents pendaient procurer une bonne santé et de la force à leur enfant. Le goût immodéré d'Henri IV pour l'ail semble avoir pris sa source dès sa naissance. Lorsque son grand-père présenta un bulbe d'ail sur sa bouche, il est dit que le nouveau-né rapprocha ses lèvres comme pour téter.

Ô mon bateau... Certains avancent que la présence d'ail sur un navire est la garantie d'un voyage sans obstacles. Or, une autre croyance stipule que tout marin tenant la barre et ayant consommé de l'ail rend inopérante l'aiguille de sa boussole.

Anti-vampires : L'ail est sans doute l'ennemi les plus emblématique des vampires. En Roumanie, les paysans de Transylvanie répandaient de l'ail devant toutes les ouvertures de leur maison ou frottaient ces dernières avec un bulbe. Quelle que soit la méthode choisie, le résultat attendu était le même : dégoûter tout vampire et strigoi (démon roumain également assoiffé de sang) afin qu'ils passent leur chemin. En Europe centrale, un collier d'ombelles d'ail ou un bouquet de bulbes attachés ensemble à la tête du lit a également le pouvoir de repousser les buveurs de sang. En revanche, si l'ail placé au même endroit, est tressé, il est destiné à écarter les maladies. Quand on vous disait que l'ail avait mille vertus .

L'ail médecin : Les Égyptiens de l'Antiquité avaient déjà deviné les nombreux bienfaits médicinaux de l'ail. Tous les ouvriers œuvrant à la construction de la Grande Pyramide devaient, sur ordre du pharaon, consommer quotidiennement ces bulbes pour renforcer leur système immunitaire et se prémunir des épidémies. Célébré pour ses capacités fortifiantes et préservatrice de nombreux maux, l'ail traversa les frontières et les siècles en répandant ici et là superstitions et pratiques. Vantées au Moyen Âge et à la Renaissance pour refouler les miasmes des maladies contagieuses, tels le choléra ou la peste, les vertus préventives de l'ail furent chaudement recommandées. Durant l'épidémie de peste de 1619, Charles de L'Orme, médecin de Louis XIII, ne manqua jamais, entre autres stratagèmes, de placer de l'ail dans sa bouche avant de sortir. Dans les Andes, les mères avaient pour habitude de frotter vigoureusement leurs nouveaux-nés avec un bulbe d'ail dans chaque main. Cette opération, réalisée tout en prononçant leur nom à l'oreille des petits, avait pour fonction d'écarter les maladies. En France, chaque enfant de Provence mangeait à la Saint-Jean de l'ail cuit la veille sous les cendres chaudes. Grâce à ce subterfuge, ils ne craignaient ni maladies ni les forces du mal. Encore une qualité attribuée à cette plante décidément indispensable !


Complicité de vol : Grâce à un vinaigre de leur composition, notamment composé d'ail, quatre voleurs pillèrent plusieurs logis contaminés de la ville toulousaine touchée entre 1628 et 1631 par la peste, sans contracter le mal.


Sortilèges : les Grecs accordaient une telle puissance à l'ail qu'ils pensaient parer tous les sortilèges en prononçant le nom de la plante. En Inde, on se fiait davantage à la présence devant sa porte de quelques gousses d'ail accompagnées de citrons et de piments, pour éloigner les mauvais esprits. Terminons ce petit tour du monde avec les Albanais qui, chaque Mardi gras, entouraient le cou de leur progéniture avec un collier de gousses d'ail pour les protéger des sorcières particulièrement actives en ce jour.

Animaux : Vous croyiez avoir fait le tour des vertus protectrices de cette plante ? Détrompez-vous ! Outre sa capacité supposée à faire fuir les serpents, l'ail serait capable d'épargner les toréadors entrant dans l'arène. Une gousse d'ail discrètement portée sur leur personne saurait en effet détourner les mauvais coups de corne.

Les bêtes aussi : L'ail étendrait ses pouvoirs protecteurs sur les humains comme sur les animaux. Tout troupeau de brebis mené par une bête portant une gousse d'ail sauvage à son cou ne pourrait être ainsi attaqué par un loup. En Suède d'autrefois, ce n'était pas les loups que l'on redoutait mais les lutins malveillants et les trolls. Les premiers sont connus pour se rendre la nuit venue dans les écuries afin de chevaucher et épuiser les chevaux tandis que les trolls raffolent du lait de vache. Heureusement, une gousse de la précieuses plante passée autour du cou de chaque élément du cheptel permettait d'éviter de telles visites nocturnes !"

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