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  • Anne

L'Ail



Étymologie :

  • AIL, AULX, subst. masc.

Étymol. ET HIST. − 1165-1170 « plante liliacée dont le bulbe d'odeur forte, est utilisé en cuisine », emploi fig. pour désigner une valeur minime (Benoit de Ste Maure, Troie, éd. Joly ds Gdf. Compl. : Ne li valurent puis deus alz). Du lat. allium « id. » dep. Plaute, TLL s.v., 1619, 46.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


Lire la présentation très claire sur le site de l'université Pierre et Marie Curie de Jussieu.


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Croyances populaires :


Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Dès la plus haute antiquité, l'ail, originaire d'Asie centrale, passait pour magique. Les prêtres de Babylone s'en servaient pour composer des philtres et pour éloigner les mauvais esprits. Dans l’Égypte ancienne, il faisait partie des divinités et était considéré comme un puissant toxique, capable de protéger des maladies. On trouve d'ailleurs son image sur la pyramide e Gizeh et les ouvriers de la Grande Pyramide en consommaient quotidiennement sur ordre du pharaon Kheops. Les Égyptiens suspendaient également de l'ail au cou des enfants, à cause de ses puissantes vertus vermifuges.

Arabes, Juifs, Romains, Grecs n'ignoraient pas les propriétés de l'ail. Pour renforcer leur résistance et leur courage, les athlètes, les lutteurs et les gladiateurs en consommaient ou se passaient sur le corps de la purée d'ail tandis que les paysans romains le considéraient comme une panacée. L'armée romaine, dont les légionnaires mangeaient également de l'ail avant de combattre, le prit d'ailleurs pour emblème. Nous retrouvons cet usage en pleine Renaissance : "à la bataille de Pavie, les arquebusiers espagnols étaient dopés à l'ail lorsqu'ils enfoncèrent l'aile droite de l'armée de François Ier".

Dans L'Odyssée, Hermès donne de l'ail à Ulysse pour le mettre à l'abri des méfaits de Circée qui avait transformé ses compagnons en pourceaux. Mais les prêtres grecs, qui surnommaient l'ail "rose puante" à cause de l'odeur qu'il confère à l'haleine, interdirent l'entrée des temples à ceux qui en mangeaient (pareille interdiction intervint aussi à Rome dans les temples de Cybèle). En Grèce, toujours, l'ail jouait un grand rôle dans le culte d'Hécate, divinité infernale.

Les propriétés exceptionnelles de l'ail, qui l'ont fait considérer comme une panacée, ont traversé le temps. C'est probablement son caractère magique par excellence qui a donné naissance à une légende anglaise selon laquelle il est né des premiers pas faits par Satan quand il fut chassé du paradis.

Reprenant les convictions des Anciens, les Français reconnurent à l'ail le pouvoir de fortifier, de rendre courageux, de protéger des maladies contagieuses et des vermines. Nostradamus l'utilisait même contre la peste. On dit que le grand-père d'Henri IV frotta les lèvres du futur roi, à sa naissance, avec une gousse d'ail pour qu'il profitât de ses bienfaits et fût notamment préservé de l'ivresse, la plante aidant en effet les buveurs à tolérer les abus d'alcool. Au Moyen Âge, on recommandait même d'utiliser l'ail pour rendre vigoureux et fort un coq "lent et niais" en lui en faisant manger ou en lui en frottant la crête.

L'ail a gardé les vertus vermifuges que lui attribuaient les Égyptiens : un collier de trois ou sept gousses, et parfois un bracelet de même composition, triomphent des oxyures, du ténia et autres vers. On peut également frotter le ventre ou l'oreiller du malade de pelures d'ail. En Vendée et dans le Morbihan, on avait recours aux colliers d'ail en période d'épidémie de croup.

Il fut longtemps un remède aux maux de dents, d'une part parce qu'on croyait autrefois que les dents étaient attaquées par un vers, par conséquent, si l'ail agissait sur le ténia, il devait venir à bout du "vers de la dent" ; d'autre part parce que sa gousse ressemble à une canine. On en faisait des cataplasmes à appliquer sur la dent, des bracelets, ou encore on en mettait dans l'oreille, du côté opposé à celui de la dent douloureuse.

Dans tout l'Hexagone, on affirme que l'ail consommé le matin, à jeun, est particulièrement efficace et que ses effets sont prodigieux au mois d'avril. Selon une coutume héritée des Romains, la veille de la Saint-Jean, les Provençaux jettent des gousses d'ail dans de la cendre chaude et les servent aux enfants le lendemain à déjeuner, pour les mettre à l'abri toute l'année de la fièvre et des sortilèges. Probablement pour les mêmes raisons, dans le Périgord, avant la plantation d'un arbre de mai qui annonce la fête du solstice d'été, il est d'usage de se frotter les dents avec de l'ail et d'y passer une pièce d'or, opération censée également attirer l'argent, voire la richesse. Absorbé le Ier mai, l'ail préserve des maux de dents et de la fièvre.

Appliqué en onguent sur le ventre d'une femme, il l'aide à accoucher, et éloigne le risque d'hémorragie. frotté sur les verrues ou les cors, de préférence le vendredi du premier quartier de lune, l'ail les fait disparaître. Il remédie aux insomnies (poser des feuilles d'ail sur le sol près de son lit). Dans le Lubéron, on passe, sur la partie malade d'un individu, de l'ail que l'on brûle ensuite dans des braises de bois de châtaignier. Dans la région de Montpellier, de l'ail pilé appliqué sur le pouls de chaque matin était un remède au paludisme tandis qu'en Corrèze, l'ail passé neuf fois dans le feu de la Saint-Jean guérissait de la rage.

En Sicile, trois signes de croix sur de l'ail chasse un polype. En Italie et aux Antilles, un collier de treize gousses, porté treize jours, soigne la jaunisse à condition de se débarrasser de l'amulette la dernière nuit à un carrefour, en la jetant par-dessus la tête, et de rentrer chez soi sans se retourner. Au Japon, on suspend de l'ail pour protéger ceux qui souffrent d'engelures et de bronchites. Les Tziganes, eux, l'utilisent contre la goutte :


  • On le hache soigneusement ; on prend un morceau de laine, où l'on dépose d'abord quelques franges de tablier en laine, puis de l'ail, puis du poivre rouge et enfin le blanc haché de sept œufs d'une poule noire. On en fait une compressez dont on entoure le pied malade. Pendant la cure, il faut aussi manger beaucoup d'ail, le matin de bonne heure, neuf jours de suite.


Les Anciens recouraient à l'ail pour savoir si une femme pouvait ou non enfanter. Hippocrate partageait cette croyance dont Littré rapporte la recette : "Gousse d'ail, la nettoyer, en ôter les peaux, l'appliquer en pessaire et voir le lendemain si la femme sent par la bouche ; si elle sent, elle concevra, sinon non." Notons aussi que selon une croyance très vivace au XVIe siècle, manger des aulx favorise la conception des garçons et en donner aux coqs les rendent "amoureux". Toutefois, l'ail est réputé également protéger la chasteté des femmes.

Ses nombreux pouvoirs magiques sont à limage de ses propriétés reconnues par la phytothérapie (traitement des maladies par les plantes ou leurs extraits). L'ail est en effet classé parmi les plantes qui tuent parasites et bactéries et l'on découvre aujourd'hui ses nombreuses vertus, notamment pour le système cardio-vasculaire. mais si, cultivé et domestiqué, il inspire la plus grande confiance, il n'en va pas de même pour l'ail sauvage que les Poitevins ne touchent jamais, de peur de s'empoisonner ; de même, ne pèlent-ils jamais l'ail la veille de son utilisation car il perdait son pouvoir.

Au XVIe siècle, de l'ail attaché sur les arbres fruitiers en éloignait les oiseaux. On affirmait aussi à l'époque que le loup ne faisait aucun tort aux brebis si celle qui ouvrait la marche portait autour du cou de l'ail sauvage. La croyance en son pouvoir de faire fuir les serpents est encore plus ancienne et remonte à l'Egypte pharaonique. A l'heure actuelle encore, "les bergers des Karpates, avant de traire pour la première fois leurs brebis, se frottent les mains avec de l'ail béni, afin de protéger le troupeau contre les morsures de serpents."

L'ail est également et surtout réputé repousser les maléfices, le mauvais œil dans les pays méditerranéens, et les mauvais esprits. Les désenvoûteurs le recommandent toujours. En Grèce comme en Turquie, le nommer suffit parfois à conjurer le mauvais sort.

"Il n'y a pas si longtemps", dit-on, l'équipe de football espagnole se mit à perdre la plupart des matches qu'elle livrait. certains de ses membres, croyant à l'origine surnaturelle de ces mauvais résultats, plantèrent de l'ail près des buts : "soit l'ail, malheureusement, n'eut aucun effet, soit la malédiction était trop puissante, le fait en que cette équipe descendit de catégorie."

Pour se mettre à l'abri des mauvaises fées, Roger de Lafforest recommande de manger de l'ail ou d'en placer sur sa table de chevet avant le coucher. En Suède, une gousse attachée au cou des bestiaux les protège des méfaits des méchants latins, les trolls. Paradoxalement, les Juifs de l'ancien Empire ottoman, qui reconnaissaient toutefois le pouvoir de l'ail contre le mauvais œil, croyaient que le démon s'en servait pour faire mourir les hommes, et que sa queue était la propriété des génies.

Les films fantastiques en ont fait aussi la terreur des vampires. Pour qu'il agisse contre les "buveurs de sang", il doit se présenter sous la forme d'une tresse pendue au mur, à une porte ou une fenêtre, et composée d'un nombre impair de gousses. En Europe centrale, on accroche un bouquet d'ail à la tête du lit.

L'ail est également efficace contre la malchance, d'où sa présence à bord des bateaux, ou encore la coutume sicilienne d'en répandre dans toutes les pièces d'une maison neuve. On dit également qu'il protège dans les voyages et qu'il agit "contre les tempêtes, les avalanches, les bandits et les monstres. En sanscrit, on appelle cette plante bhutagna, c'est-à-dire tueur de monstres." En Extrême-Orient, il repousse les âmes perdues.

Rêver d'ail signifie "nécessité de repos", "et peut-être le port d'un chandail", l'origine de ce mot venant des marchands d'ail ambulants qui autrefois criaient "Marchands d'ail" ou "Chand d'ail". "Comme ils portaient habituellement un vêtement tricoté, le nom de "chandail" est resté pour désigner ce vêtement".

L'ail peut permettre de faire des prévisions météorologiques : si les gousses sont durs à peler, l'hiver sera mauvais (croyance provençale) et, à l'averse, "Ail mince de peau, hiver court et beau". Un dicton affirme par ailleurs que "planter de l'ail au commencement de la lune, c'est vouloir obtenir autant de gousses dans une tête qu'il y a de jours depuis la pleine lune."

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D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012),


"On connaît les petits-déjeuners au pain grillé, au bacon ou aux œufs brouillés, mais on connaît moins les accros de l'ail ingurgité de bon matin ! Et pourtant, rien de tel que l'ingestion - en nombre s'(il vous plaît ! - de gousses d'ail parfumées à souhait pour bien démarrer sa journée. Et oui, le bulbe porterait chance à toute personne avisée l'ayant dégusté dès son réveil... Vous êtes aussi allergique que moi à l'ail ? Pas d'inquiétude, vous pouvez vous rabattre sur d'autres méthodes. Les Viennois se contentent par exemple de garder sur eux une gousse d'ail cuite dans le feu de la Saint-Jean pour se porter chance. Terriblement plus sympathique, non ? Une autre astuce porte-bonheur, à réaliser lors de chaque déménagement, consiste à placer des gousses dans toutes les pièces du nouveau logis comme le faisaient les Siciliens.


Un chaperon répugnant : Au temps de la Grèce antique, seules le femmes avaient le droit de participer aux Thesmophories, fêtes traditionnelles célébrant la déesse de l'agriculture. Durant cette période et vraisemblablement une semaine auparavant, l'acte de chair était interdit à la gente féminine se prêtant aux cérémonies. Pour rester chaste et faire fuir tout prétendant, elles usaient de plusieurs artifices dont l'ingestion d'ail qui confère une odeur jadis détestée par les Grecs.


Le bonheur est dans le lit ! L'ail, un tue l'amour ? Pas si sûr car si l'on en croit certaines traditions, le bulbe posséderait des vertus aphrodisiaques incomparables. Rien de tel pour redonner vigueur à un homme âgé ou éreinté par les joies de l'amour. Ce qui explique pourquoi dans certaines régions de France, les jeunes mariés se voyaient amener une soupe aillée au beau milieu de leur nuit de noces. En prévention de leurs ébats, les futurs époux du Moyen-Orient, convaincus des bienfaits du bulbe, glissaient le jour de leurs noces une gousse d'ail à la boutonnière.


De l'ail pour du blé : Pour ne jamais manquer d'argent, rien de plus simple. Il suffirait d'acquérir de l'ail le jour de la Saint-Jean comme le faisaient les Italiens de Bologne. Une autre période propice serait le jour de plantation de l'arbre de mai, arbre coupé dans la forêt et planté sur la place des villages pour célébrer le retour du printemps. Les habitants du Périgord avaient ainsi coutume de passer une gousse d'ail puis une pièce en or sur leurs dents avant que l'arbre ne soit fiché en terre.


C'est pas du jeu ! Il faut croire que le foot, le rugby et l'ail font bon ménage vu les pratiques superstitieuses qui ont eu cours ces derniers temps. Commençons par les Napolitains qui, en 1987, ont fait appel à trente magiciens pour que leurs joueurs, dont Maradona, remportent la victoire sur l'équipe de Platini. Après avoir chanté un hymne à la Juventus, les sorciers ont brûlé de l'encens et lancé des gousses d'ail sur le terrain. Tout cela prête à sourire, il n'empêche que les Napolitains, peut-être par effet psychologique on vous l'accorde, ont remporté la coupe ! Plus près de nous, le 24 septembre 2011, les Nude Blacks, célèbres rugbymen jouant tous leurs matchs dénudés, se sont opposés dans une ambiance bon enfant et avec moult pastiches, aux "Vampires roumains"... Une semaine avant la rencontre, les Nude Blacks placèrent des gousses d'ail sur la ligne d'en-but. Bien leur ne prit, car malgré l'évacuation d'un des leurs dans un cercueil ( après avoir été mordus au cou par un joueur roumain portant bien entendu des lunettes noires pour se prémunir du soleil), ils gagnèrent la partie ! Mais si l'on se réfère à Annie Holmes, auteur en 1993 d'un dictionnaire des superstitions, l'ail n'est pas toujours synonyme de chance. Déplorant ses mauvais résultats, une équipe espagnole de football aurait planté de l'ail près de ses buts. Mais le subterfuge n'eut pour autre effet que la descente de catégorie des joueurs..


Le parfait garde du corps : Est-ce la forte odeur de l'ail, véritable repoussoir pour de nombreux nez, ou les multiples enveloppes entourant ses gousses qui ont persuadé nos anciens des pouvoirs de protection infaillibles de l'ail ? Toujours est-il qu'aucun malheur ne pourrait advenir à celui qui porte de l'ail sur lui. Les voyageurs d'antan en étaient intimement persuadés. Muni de ce talisman végétal, ils ne redoutaient ni avalanche ni tempête ni voleur ni créatures monstrueuses, tels les fantômes.


Stick magique : Henri IV [était] un grand amateur d'ail depuis sa naissance. A l'époque, la bouche de chaque enfant béarnais venant au monde était systématiquement frottée avec de l'ail. Par ce geste, les parents pendaient procurer une bonne santé et de la force à leur enfant. Le goût immodéré d'Henri IV pour l'ail semble avoir pris sa source dès sa naissance. Lorsque son grand-père présenta un bulbe d'ail sur sa bouche, il est dit que le nouveau-né rapprocha ses lèvres comme pour téter.


Ô mon bateau... Certains avancent que la présence d'ail sur un navire est la garantie d'un voyage sans obstacles. Or, une autre croyance stipule que tout marin tenant la barre et ayant consommé de l'ail rend inopérante l'aiguille de sa boussole.


Anti-vampires : L'ail est sans doute l'ennemi les plus emblématique des vampires. En Roumanie, les paysans de Transylvanie répandaient de l'ail devant toutes les ouvertures de leur maison ou frottaient ces dernières avec un bulbe. Quelle que soit la méthode choisie, le résultat attendu était le même : dégoûter tout vampire et strigoi (démon roumain également assoiffé de sang) afin qu'ils passent leur chemin. En Europe centrale, un collier d'ombelles d'ail ou un bouquet de bulbes attachés ensemble à la tête du lit a également le pouvoir de repousser les buveurs de sang. En revanche, si l'ail placé au même endroit, est tressé, il est destiné à écarter les maladies. Quand on vous disait que l'ail avait mille vertus .


L'ail médecin : Les Égyptiens de l'Antiquité avaient déjà deviné les nombreux bienfaits médicinaux de l'ail. Tous les ouvriers œuvrant à la construction de la Grande Pyramide devaient, sur ordre du pharaon, consommer quotidiennement ces bulbes pour renforcer leur système immunitaire et se prémunir des épidémies. Célébré pour ses capacités fortifiantes et préservatrice de nombreux maux, l'ail traversa les frontières et les siècles en répandant ici et là superstitions et pratiques. Vantées au Moyen Âge et à la Renaissance pour refouler les miasmes des maladies contagieuses, tels le choléra ou la peste, les vertus préventives de l'ail furent chaudement recommandées. Durant l'épidémie de peste de 1619, Charles de L'Orme, médecin de Louis XIII, ne manqua jamais, entre autres stratagèmes, de placer de l'ail dans sa bouche avant de sortir. Dans les Andes, les mères avaient pour habitude de frotter vigoureusement leurs nouveaux-nés avec un bulbe d'ail dans chaque main. Cette opération, réalisée tout en prononçant leur nom à l'oreille des petits, avait pour fonction d'écarter les maladies. En France, chaque enfant de Provence mangeait à la Saint-Jean de l'ail cuit la veille sous les cendres chaudes. Grâce à ce subterfuge, ils ne craignaient ni maladies ni les forces du mal. Encore une qualité attribuée à cette plante décidément indispensable !

Complicité de vol : Grâce à un vinaigre de leur composition, notamment composé d'ail, quatre voleurs pillèrent plusieurs logis contaminés de la ville toulousaine touchée entre 1628 et 1631 par la peste, sans contracter le mal.

Sortilèges : les Grecs accordaient une telle puissance à l'ail qu'ils pensaient parer tous les sortilèges en prononçant le nom de la plante. En Inde, on se fiait davantage à la présence devant sa porte de quelques gousses d'ail accompagnées de citrons et de piments, pour éloigner les mauvais esprits. Terminons ce petit tour du monde avec les Albanais qui, chaque Mardi gras, entouraient le cou de leur progéniture avec un collier de gousses d'ail pour les protéger des sorcières particulièrement actives en ce jour.


Animaux : Vous croyiez avoir fait le tour des vertus protectrices de cette plante ? Détrompez-vous ! Outre sa capacité supposée à faire fuir les serpents, l'ail serait capable d'épargner les toréadors entrant dans l'arène. Une gousse d'ail discrètement portée sur leur personne saurait en effet détourner les mauvais coups de corne.


Les bêtes aussi : L'ail étendrait ses pouvoirs protecteurs sur les humains comme sur les animaux. Tout troupeau de brebis mené par une bête portant une gousse d'ail sauvage à son cou ne pourrait être ainsi attaqué par un loup.

En Suède d'autrefois, ce n'était pas les loups que l'on redoutait mais les lutins malveillants et les trolls. Les premiers sont connus pour se rendre la nuit venue dans les écuries afin de chevaucher et épuiser les chevaux tandis que les trolls raffolent du lait de vache. Heureusement, une gousse de la précieuses plante passée autour du cou de chaque élément du cheptel permettait d'éviter de telles visites nocturnes !"

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Symbolisme :


Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Un bouquet d'ail accroché à la tête du lit ou collier de fleurs d'ail éloignent les vampires, selon une tradition d'Europe centrale. Déjà Pline note que l'ail éloigne les serpents et protège de la folie. En Sibérie, selon les croyances des Bouriates, l'approche des âmes des femmes mortes en couches, et qui reviennent la nuit persécuter les vivants, reconnaît à l'odeur d'ail qu'elles répandent. Les Batak de Bornéo accordent à l'ail le pouvoir de retrouver les âmes perdues. Le même auteur rapporte que dans les anciennes coutumes du Var (à Draguignan), des gousses d'ail étaient rôties sur les feux de la Saint-Jean, allumés dans toutes les rues de la ville ; ces gousses étaient ensuite partagées entre tous les foyers. L'Antiquité classique concédait à l'ail certaines vertus dont on retrouve les traces dans le folklore grec contemporain. Ainsi lors des Thesmophories, aussi bien que dans la Scirophorie, les femmes mangeaient de l'ail, cette plante passant pour faciliter la pratique de la chasteté, imposée pendant la durée des fêtes ; du reste, les Grecs détestaient l'ail. Mais la croyance la plus persistante, dans le bassin méditerranéen et jusqu'en Inde, est que l'ail protège contre le mauvais œil. Pour cette raison, on retrouve en Sicile, en Italie, en Grèce et en Inde des bouquets de tête d'ail attachés de laine rouge. En Grèce, le seul fait de prononcer le mot ail conjure les mauvais sorts.

Lors de fêtes rituelles du renouveau, à caractère dionysiaque, célébrées encore de nos jours en Thrace grecque, et récemment analysées par l'ethnographe Katerina J. Kavouri, le principal personnage de la cérémonie, qui comprend des ordalies avec marche sur des braises ardentes, porte à la main un chapelet d'ail.

De nos jours encore, les bergers des Karpates, avant de traire pour la première fois leurs brebis, se frottent les mains avec de l'ail béni, afin de protéger le troupeau contre les morsures des serpents.

Dans toutes ces pratiques, l'ail se révèle comme un agent protecteur contre des influences néfastes ou des agressions dangereuses. Les anciens Égyptiens en avaient fait un dieu, peut-être l'anti-serpent, à cause de son odeur. A Rome, il était interdit d'entrer dans le temple de Cybèle à ceux qui venaient de consommer de l'ail. Horace fulmine dans une de ses épodes de violentes imprécations contre l'ail. Sans doute encore à cause de l'odeur. Comme il entrait dans la nourriture ordinaire des soldats romains, l'ail était devenu un symbole de la vie militaire."

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Dans le Petit Larousse des symboles (Éditions Larousse, 2006) établi sous la direction de Nanon Gardin et de Robert Olorenshaw, on apprend que :


Que ce soit en Europe, en Afrique ou en Asie, c'est depuis la nuit des temps que l'ail est chargé de pouvoirs magiques, et notamment celui de repousser le mal, qui peut prendre la forme du mauvais œil, d'une malédiction, d'un serpent ou d'un vampire.


Une liliacée magique...

Les Égyptiens croyaient qu'un fantôme tuait les enfants endormis en aspirant leur haleine. Une gerbe d’ail attachée au lit prévenait contre les attaques de cette créature malfaisante. En Europe, la première référence à cette liliacée magique et malodorante se trouve chez Homère, qui nous raconte dans l’Odyssée comment la magicienne Circé transforme les marins grecs, arrivés sur son île, en pourceaux. Seul Ulysse, héros de l’épopée, parvient à échapper au sort de ses hommes grâce aux conseils d’Hermès et aux pouvoirs de l’ail jaune.

Les Grecs avaient aussi l’habitude de poser des gerbes d’ail aux carrefours, lieux dangereux à la croisée des chemins, pour se prémunir contre les pouvoirs d’Hécate, habitante des enfers et déesse lunaire de la nuit, de l’obscurité et des malédictions.

Les Romains guérissaient des morsures venimeuses par l'ail et croyaient que la plante éloignait les serpents. Pour empêcher un serpent de sortir de son trou, une petite gousse d’ail à l’entrée suffisait.

indispensable pour lutter contre les vampires…

Grâce au célèbre roman de Bram Stocker, Dracula, nous associons l’ail à la lutte contre le vampirisme. Mais Stocker n’invente rien quant aux croyances populaires. En Transylvanie, les paysans enduisaient d’ail les fenêtres et les portes de leur maison, voire les cornes de leur bétail, pour chasser les Strigoi ou vampires. Si l’on était persuadé qu’un défunt courait le risque de se transformer en vampire, on mettait de l’ail dans tous ses orifices, pratique qui empêchait en même temps l’âme de revenir habiter le corps. D'autres peuples balkaniques, comme les Serbes, croyaient que la nuit du Mardi gras était particulièrement menaçante et dangereuse. Ils dormaient donc avec des têtes d’ail sous l’oreiller.

Ce n’est pas seulement le bulbe et la gousse de la plante qui repoussent le mal. Dans Dracula, le professeur Van Helsing s’efforce de protéger Miss Lucy des avances sanguinaires du comte Dracula en mettant des fleurs d’ail dans sa chambre et autour de son cou. Encore une fois, Bram Stocker ne se trompait pas, car en Transylvanie ce sont les tiges et les fleurs de la plante qu’utilisent les habitants d’origine hongroise pour se défendre contre le vampires.

et contre le mauvais œil

Les pouvoirs magiques de l’ail sont loin d’avoir disparu de nos contrées. Dans certaines îles grecques, comme à Rhodes, on murmure le mot skondo (« ail » en grec) si l’on rencontre quelqu’un sur son chemin qui pourrait porter la guigne. Il faut ensuite cracher trois fois sur sa propre personne. Les paysans d’Europe centrale affirment qu’un bouquet d’ail tressé à la tête du lit éloigne les maladies : le remède serait aussi efficace qu’une croix. En Italie, on met de l’ail près des berceaux pour éloigner les sorcières et les démons.

Cependant, même l’emploi de l’ail n’est pas sans danger. En 1973, dans la ville anglaise de Stoke-on-Trent, on trouve le cadavre d’un homme d’origine polonaise. Les médecins légistes découvrent une tête d’ail dans sa gorge. Le pauvre était mort en s’étouffant ; ses proches déclarèrent qu’il mettait régulièrement de l’ail dans sa bouche pour éloigner les vampires...

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi l'ail, "dont les origines remontent aussi loin que l'Antiquité.


Propriétés médicinales : Les chinois de l'Antiquité se servaient de l'ail pour traiter la lèpre, la tuberculose ainsi que l'anémie. A une certaine époque, on s'en servait pour soigner la coqueluche en frottant la poitrine afin de la libérer de la congestion. Manger de l'ail régulièrement est censé alléger les douleurs arthritiques et rhumatismales. retenons aussi que jusqu'à la Première Guerre mondiale, le jus de cette plante était utilisé comme antiseptique pour nettoyer les plaies et les coupures et pour protéger contre l'infection.


Genre : Masculin.


Déités : Hécate, Mars.


Propriétés magiques : Protection, guérison, exorcisme.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS :

  • Il est reconnu folkloriquement que l'ail protège des vampires et autres créatures de la nuit, mais il assure aussi une protection contre toutes les influences néfastes et négatives.

  • Durant les rites pour honorer Hécate, on mangeait de l'ail et on en laissait à la croisée des chemins en offrande la déesse.

RITUEL POUR ATTIRER LA PROTECTION :

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle verte

  • l'encens d'oliban

  • une pincée de poudre d'ail

  • une pièce de un centime

  • un petit sac de cuir

Rituel :

Pendant le cycle croissant de la lune, allumez la chandelle verte et l'encens d'oliban. Dans un petit sac de cuir, placez la pièce de monnaie et la poudre d'ail, puis passez le sac dans la fumée de l'encens sept fois en disant :


Qu'Hécate m'entende

Que sous son auspice je me rende

Afin que ma protection soit assurée

Contre les présences visibles et invisibles.


Gardez le petit sac sur vous.

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Mythes et légendes :


Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014) :


"L'ail est "un répulsif de choc", un véritable "compagnon de chambrée". Ainsi, "La nuit et ses ténèbres peuvent être source de grands tourments pour les dormeurs vulnérables que nous sommes. Chacun sait que les heures sombres sont propices aux vampires et que l'on peut se défendre de leur soif de sang avec de l'ail. Mais l'on connaît moins les aptitudes de cette plante à chasser de nombreux autres êtres malfaisants. Le Fouleur et autres créatures de cauchemar provoquent de mauvais rêves et une sensation d'oppression en s'installant de tout leur poids sur les personnes endormies. Celles-ci perdent dès lors la faculté de bouger et de crier... Le nom de ces êtres a beau varier en fonction des pays, on reconnaît ces perfides par la similitude de leurs actions. Les Anglo-Saxons du XIe siècle préconisaient de réunit de l'ail, de l'encens et de la bétoine pour se prémunir par exemple de la venue de la Mahr.

En France, on craignait davantage les mauvaises fées. Consommer de l'ail avant de se mettre au lit passait pour un moyen efficace de repousser ces dames. Des t^tes d'ail déposées sur la table de chevet ou dans les berceaux avec un peu de sel en Bigorrre avaient le même effet protecteur. Les roumains plaçaient également de l'ail près de leurs nourrissons. Ainsi, la Mère de la forêt ne pouvait ni dérober le sommeil des enfants pour le donner aux siens, ni enlever les chérubins pour les échanger avec sa progéniture.

Dans le Nord de la France, accrocher une tresse d'ail à une poutre de son logis permettrait de chasser les croquemitaines que sont Marie Gravette et les Latusés. La première vit parfois dans les caves mais plus souvent dans les mares et les étangs où elle s'empare des enfants s'approchant trop près de l'eau. Les seconds sont des lutins ayant trouvé refuge dans les plafonds ou vieux parquets grinçants. ils sont connus pour enlever les enfants désobéissants à leurs parents.

Les adultes ne sont pas moins à l'abri d'êtres féeriques, surtout en Roumanie où les Rusalii, de vieilles fées laides et méchantes, se montrent uniquement durant la semaine de la Pentecôte. Gare à celui qui ose travailler aux champs durant ces sept jours ou extraire de l'eau des puits durant ces sept nuits. Les Rusalii lui couperaient les mains ou les pieds à moins qu'elles ne préfèrent lui crever les yeux ou le rendre fou... Pour e prémunir de leur cruauté, le plus simple consiste à porter à sa ceinture de l'ail dès la veille de la Pentecôte. Quelques bulbes accrochés au toit ou à la porte de sa maison ne sont pas de trop pour lutter contre ces terribles fées !

Gardes du corps : Sur l'archipel indonésien des Moluques, les habitants ne sortaient jamais en soirée et encore moins la nuit, sans s'être munis d'un couteau, de morceaux de bois et d'ail ou d'oignon. Seule la réunion de ces trois éléments pouvait, selon leurs croyances, les mettre à l'abri des nombreux esprits maléfiques ayant coutume de rôder dans l'obscurité.

En Italie, la sorcière Befana distribue des cadeaux aux enfants pour l’Épiphanie. Les enfants sages ont droit à des bonbons tandis que les garnements retrouvent notamment de l'ail et des morceaux de charbon dans leurs chaussettes."

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