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  • Marie-Claire

Le Bouleau, l'arbre des chamans



Étymologie :

  • BOULEAU, subst. masc.

Étymol. ET HIST. − 1516 (Ordonn. des rois de Fr., 172 ro [1547] Delb. dans Quem.) ; 1518, janv. bouilliau (Edit de Fr. Ier sur la conserv. des forêts dans Gdf. Compl.) ; av. 1619 bouleau (O. de Serres, 800, ibid.). Dér. de l'a. fr. boul, bououl « id. » (1215, Arch. K 28, pièce 3 dans Gdf.) utilisé encore dans quelques dial. (FEW t. 1, p. 346a) ; suff. -eau* (cf. Nyrop t. 3, § 197, 2o), peut-être pour éviter une confusion avec boule* (REW3) ; l'a. fr. est issu d'un lat. vulg. *betullus pour le class. betulla « id. » d'orig. gaul. (voir IEW, p. 480 et Ern.-Meillet).

Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Nom latin : Betula pendula Roth

Nom allemand : Hängebirke, Weissbirke

Nom anglais : Common Birch, Silver

Nom italien : Betulla comune


Autres noms : Betula alba ; Aulne blanc ; Arbre de la sagesse ; Bédula ; Béolle ; Béou ; Béoule ; Béta ; Betou ; Bian ; Biole ; Biôle ; Biolle ; Bioul, ; Biscus ; Blanc ; Bois à balais ; Bois blanc ; Bou ; Bouillard ; Boulard ; Boule ; Bouleau blanc ; Boule ; Boulin ; Boulinée (rejet de bouleau) ; Bouliot (petit bouleau) ; Bouyane ; Brèl ; Fédula ; Pëtou ; Sceptre des maîtres d'école ;

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Toponymie :


- Betullus, gaulois ; Bislée (55054) ; Bolay ; Bôle ; Boulais ; Boulay (53038) ; Boulay (88067) ; Boulay-Moselle (57097) ; Bouleyres ; Boulez ; Boulier ; Bulle (25100) ; Bulles (60115) ; Bully ? (69) ; En Boulez ; Es Biozau ; La Boulaz ; La Boulaye (71046) ; , Le Boulay (37030) ; Le Boulay-Morin (27099) ; Le Boullay-Mivoye (28054) ; Le Boyllay-Thierry (28055) ; Le Boullay-les-Deux-Eglises (28053) ; Le Boule ; Les Boules ; Les Buloz, Verrens-Arvey (73312).


- Biola, patois ; Biol (38044) ; Biolat ; Biolay ; Biolayre ; Biole ; Biolec ; Biolet ; Biolettes ; Bioley ; Biolla ; Biollaire ; Biollay ; Biollaz ; Biolle ; Biollet (63041) ; Biollex ; Biolley ; Biolleyre ; Biolyre ; Biou ; Bioulaz ; Bioule (82018) ; Bioux ; La Biole ; La Biolée ; La Biolle (73043) ; Le Biolet ; Le Crêt Biolley ; Les Biolettes ; Les Bioley-de-Brignon ; Les Biollaires ; Les Biollay ; Les Biolles ; Les Bioux .


- Bès, gaulois ; Bessais-le Fromental (18029) ; Bessamorel (43028) ; Bessan (34031) ; Bessans (73040) ; Bessay (85023) ; Bessay-sur-Allier (03025) ; Besse (24039) ; Besse (15269) ; Besse (38040) ; Besse (63038) ; Besse (83018) ; Besse-en-Chandesse (63038) ; Bessède ; Bessède-de-Sault (11038) ; Besset (09052) ; Bessette ; Bessey (42018) ; Bessey-en-Chaume (21065) ; Bessey-la-Cour (21066) ; Bessey-lès-Cîteaux (21067) ; Bessière ; Bessières (31066) Bessières (31109) ; Bessins (38041) ; Bessines (79034) ; Bessines-sur-Gartempe (87014) ; Embesse ; La Besseyre-Saint-Mary (43029) ; La Besse ; La Bessée ; La Petite Bessais ; Labécède-Lauragais (11181) ; Labessette (63183) ; Labesserette (15084) ; Labessière-Candeil (81117) ; Le Bès ; Le Bessat (42017) ; Le Bez (81031) ; Tortebesse (63433).


- Birko, germanique ; Berc (48024) ; Bercenay-en-Othe (10037) ; Bercenay-Le Hayer (10038) ; Berche (25054) ; Berchères-Saint-Germain (28034) ; Berck-sur-mer ; Birch ; Birchgrove ; Birk ; Birkholz...

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Botanique :


Selon Philippe Domont et Édith Montelle, auteurs de Histoires d'arbres : des sciences aux contes (Éditions Delachaux et Niestlé 2003, réédition 2014) :


"Le Bouleau, l'arbre de la purification"

Son nom français, le bouleau verruqueux le doit aux verrues résineuses incrustées sur ses rameaux. Son nom latin, Betula pendula, évoque les fines branches qui pendent si délicatement dans les villes et les jardins. De nos jours, le bouleau profite doublement de la présence humaine : non seulement, il s'est fait adopter pour sa beauté dans les zones construites mais il sait aussi exploiter les revers de la civilisation : c'est un "profiteur" de l'exode rural.

Arbre pionnier, il est l'un des premiers végétaux ligneux à annoncer le retour de la forêt en s'avançant dans les paysages ruraux abandonnés par l'agriculture. Les propriétés remarquables de son bois pourraient même lui valoir un rôle plus important dans l'aménagement des forêts : bien gérés, les peuplements de bouleaux sont très accueillants, favorables à la diversité des espèces et produisent un bois de haute qualité.

Symbole de la purification printanière, du renouveau de la nature, le bouleau est l'arbre de la connaissance des Finno-Ougriens et des chamans sibériens qui tirent une boisson fermentée de sa sève qu'ils nomment eau ou sang.

Un coucou est perché sur sa plus haute branche et prédit l'avenir.

Son écorce blanche, support imputrescible d'écriture, a de tout temps frappé l'imagination des hommes dans les pays nordiques où il illumine la nuit boréale et les sombres forêts d'épicéas

Protecteur des jeunes filles et garant des mariages, il procure espérance dans l'avenir.

Ses verges souples et solides ont fait entrer la sagesse dans bien des cerveaux rétifs ; réunies en faisceaux, elles représentent la force de ceux qui sont solidaires ; attachées en balais, elles chassent les maladies et la vieille année, préparant la route à l'année nouvelle et au retour du jour.


Bel arbre à voir et à observer. Le port gracieux du bouleau verruqueux, allié à la blancheur de son écorce, en fait l'un des favoris des parcs, des allées et des jardins privés. A l'automne, les feuilles sont d'un magnifique roux doré, capable en montagne de concurrencer les flamboyants mélèzes. Lorsqu'il croît en solitaire, le bouleau laisse pendre ses rameaux comme un saule pleureur. Mais lorsqu'il est entouré de concurrents qui commencent à lui faire de l'ombre, il semble se ressaisir et prend un plan plus horizontal, afin de mieux capter la lumière.

Les bouleaux sont des plantes monoïques, qui portent les deux sexes sur le même pied. Les chatons femelles, petits et verts, sont d'abord dressés, au début du printemps, alors que les longs chatons mâles pendent, bourrés de pollen. Une fois la fécondation réalisée avec l'aide du vent, les chatons femelles s'alourdissent en cônes allongés, changent de direction et de couleur et pendent à leur tour, bruns, remplis d'innombrables petites graines ailées. Les anciens chatons mâles sèchent et disparaissent. Seul point sombre au tableau, le pollen du bouleau crée de fortes allergies chez les personnes prédisposées.

L'écorce des jeunes bouleaux est encore beige cuivrée. Elle devient blanche par la suite et se détache en lanières horizontales. Avec l'âge, l'écorce se fissure et noircit à partir du pied de l'arbre. L'espèce se reconnaît donc de fort loin. Mais on peut parfois la confondre avec le bouleau pubescent (Betula pubescens), espèce qui fréquente surtout le bord des étangs et des rivières, les tourbières, les landes tourbeuses et le grand Nord. Pour les distinguer, il suffit d'observer les jeunes rameaux. Les feuilles et les bourgeons du bouleau pubescent sont poilus et ne présentent pas de verrues résineuses. De plus, les branches ne pendent pas, même s'il pousse solitaire. Par ailleurs, l'écorce du bouleau pubescent est d'un blanc moins pur, un peu jaunâtre ou rosé.


Rustique et pionnier. Rustique, extrêmement résistant au froid, le bouleau forme de grands peuplements à l'est et au nord de l'Europe. Il survit même au Groenland, sous forme arbustive. Il est également familier des montagnes où il grimpe jusqu'à la limite des forêts. Il s'accommode de tous les types de sols et il est répandu partout, sauf dans la fange méditerranéenne, où il n'apparaît qu'en altitude. En forêt, sous les climats tempérés, il se mélange par pieds isolés ou en bouquets aux autres arbres, mais il est vite étouffé si la lumière lui manque.

Comme les trembles, les saules et les aulnes, le bouleau est paré d'un caractère pionnier. Il est parmi les premiers à s'implanter sur les pâturages abandonnés, parmi les éboulis de rochers ou dans les lieux ravagés par un coup de vent ou un incendie. Précoce, il fructifie dès l'âge de dix ans. Ses innombrables graines ailées, dont dix mille pèsent un gramme, sont facilement emportées par le vent. Un individu adulte peut en produire un kilo, ce qui fait -malgré le faible taux de germination compris entre 10 et 20 %- plus d'un million de bouleaux potentiels emportés chaque année dans les airs. Par ailleurs, la reproduction s'opère aussi par drageons et par rejet de souche.

La forêt recule dans le monde et avance en Europe. La forêt recule à l'échelle planétaire, car les populations des pays en développement augmentent et avec elles notamment les besoins en terre cultivables. Les défrichements font reculer la forêt au rythme très rapide de 0,5 à 1 % par an dans les régions les plus touchées. Mais l'inverse se passe en Europe, surtout en montagne : la forêt avance. Depuis plusieurs décennies, à l'ouest comme à l'est, les surfaces agricoles diminuent, les villes s'étendent et la forêt progresse. A l'exode rural répond l'avancée silencieuse, mais immédiate des zones boisées. Cette dynamique n'a pas changé au cours des millénaires. Dès que l'homme part, la forêt nous rappelle que nous vivons tous dans des clairières.

Bouleau en tête, la forêt reprend la place des paysages ruraux traditionnels, défrichés autrefois par la hache et le feu et habités pendant des siècles. Cette reconquête, si elle se fait sans bruit, n'en est pas moins explosive. En Suisse, la surface forestière augmente de 4% tous les dix ans soit l'équivalent des forêts du canton de Zurich. L'augmentation est faible en plaine, mais elle atteint presque 1% par an en région de montagne. En France, l'ordre de grandeur est le même. Entre 1991 et 2000, la surface forestière s'est étendue de 68 000 ha par an. Sur quinze ans, cela représente en surface la forêt des Landes.


S'en va le paysan, s'en va le paysage. Pour se réapproprier les terrains autrefois défrichés par l'homme, villes et villages compris, la forêt n'a pas besoin d'aide. Elle dispose de troupes d'assaut spécialisées : on voit d'abord arriver les arbrisseaux et les arbustes, par exemple des ronces, des noisetiers ou des prunelliers. Puis surgissent bien vite aussi des arbres pionniers ou post pionniers comme les bouleaux, les saules ou les trembles, constamment à la recherche de terrain sans société d'arbres établie. Ils précèdent de quelques dizaines d'années - c'est très peu pour la nature qui a tout son temps - les arbres sédentaires, qui s'installent à leur tour pour beaucoup plus longtemps, notamment sous forme de hêtraies, de chênaies, de pessières ou de sapinières.

Le plus grand danger lié à ce phénomène est la perte de paysages richement structurés, comportant des lisières, des bosquets, des arbres dans les pâturages, une alternance de paysages cultivés et boisés. Les régions qui perdent leurs paysans perdent la diversité de leurs paysages. Sans faucheuses et sans charrue, tout devient forêt. Or il faut pouvoir sortir de la forêt pour aimer y entrer. Dans un paysage banalisé, ni l'habitant, ni le visiteur ne se sentent à l'aise et ils finissent par l'abandonner.

L'écorce support d'écriture. Sous son apparence fragile, l'écorce des bouleaux est d'une durabilité à toute épreuve, en raison des goudrons qu'elle contient. Il n'est pas rare que le bois de l'arbre soit pourri en grande partie, alors que l'écorce qui le recouvre est encore intacte, laissant subsister de l'arbre une silhouette trompeuse. Cette résistance à la pourriture a permis aux archéologues russes des découvertes historiques de première importance dans le sous-sol de Novgorod, ville située à 400 km à l'est de Moscou. Des centaines de documents intacts en écorce de bouleau furent en effet récupérées à partir de 1951 à plusieurs mètres de profondeur, dans des couches archéologiques allant du XI au XIVème siècle. Les textes, relatifs à l'histoire économique et sociale, au droit, à la diplomatie, à l'éducation, sont gravés au stylet sur la face intérieure de l'écorce. Écrits en vieux russe, ces textes ont grandement contribué à la connaissance de cette époque, y compris sous l'aspect linguistique. L'écorce de bouleau, grossièrement préparée, était un support d'écriture bon marché et utilisé entre autre par les grands propriétaires fonciers pour communiquer avec leurs intendants et paysans dispersées sur un immense territoire. On écrivait aussi à l'encre, sur des feuillets minces détachés de l'écorce, mais ces textes-là n'ont pu se conserver qu'au sec.

Le bouleau a ainsi joué dans les pays nordiques un rôle de support de communication à l'instar du palmier ou du papyrus dans les pays chauds ou de l'écorce d'havoha traditionnellement employée dans la fabrication du papier malgache. Betula pourrait venir du sanskrit bhurga, arbre dont l'écorce est utilisée comme support d'écriture.

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Usages et artisanat traditionnels :


Dans la tradition orale des peuples autochtones, le bouleau est une figure emblématique et mythique : selon une légende atikamekw, le bouleau a fait don de sa robe, son écorce, pour permettre aux humains de fabriquer tout ce dont ils ont besoin et pour qu'ils comprennent le lien qui les unit à leur environnement.


Objets en écorce de bouleau. L'écorce de bouleau blanc est utilisée pour la fabrication de canoës, de porte-bébés, de paniers, pour l'emballage des aliments qui se gardent plus longtemps au contact de l'écorce ; autrefois on s'en servait pour couvrir les habitations, pour l'écriture et le dessin. Le bois du bouleau sert à la fabrication de raquettes, de toboggans, de pagaies, de cadres pour les tambours, de manches de hache ou de couteaux, de bâtons et de cadres pour les tipis et les huttes de sudation. Feuilles, écorces, sève et bois sont utilisés en médecine traditionnelle.

Cette technique traditionnelle Atikamekw fait appel à un ensemble de savoirs écologiques collectifs et de savoir-faire liés au territoire ancestral.


Le mordillage de feuilles d'écorces. Cette pratique ancestrale consiste à réaliser des pochoirs sur feuilles d'écorces de bouleau, inspirant par la suite les différentes formes de décoration d'objets traditionnels. Depuis plusieurs siècles, les femmes des communautés des peuples autochtones se réunissent pour créer des œuvres d'art avec leurs dents.

Raclage de l'écorce pour obtenir des motifs. L'écorce de bouleau se compose de plusieurs couches, allant du blanc crème au brun foncé (partie interne appelée cambium, qui colle à l'arbre). L'écorce est d'abord mouillée et le motif dessiné, l'artisan gratte l'intérieur ou l'extérieur du motif à l'aide d'un couteau.

La fabrication de canoës. La fabrication de canoës d'écorce est une pratique très ancienne, présente bien avant l'arrivée des colons européens en terre d'Amérique et développée par les Amérindiens. Ces canoës étaient largement utilisés par les coureurs des bois sur les routes des fourrures. Aujourd'hui, les canoës d'écorce servent à l'exposition dans les musées ou ailleurs, plus rarement à des activités de loisirs et de sport. Des canoës en fibre de verre ou d'autres matériaux modernes très durables ont remplacé ces embarcations fragiles. La fabrication et l'entretien de canoës d'écorce selon les techniques traditionnelles sont des pratiques marginales mais qui permettent de perpétuer une tradition ancestrale et d'en faire un patrimoine.

Toitures et cordages, chaussures et tannages. Dans les régions froides, pauvres en espèces ligneuses, le bouleau a joué pendant des millénaires un rôle de premier plan, si bien qu'on a parlé de civilisations du bouleau. Les usages de l'écorce étaient multiples : toit de maisons, ceintures, paniers, nattes, cordes, boîtes. Certains de ces usages rappellent ceux de l'écorce de tilleul dans les pays tempérés. On rapporte aussi qu'au Kamtchatka et en Scandinavie, on mangeait autrefois l'écorce de bouleau mélangée à des œufs de poissons en cas de disette.

Comme il n'y a pas de chêne en Laponie, c'est l'écorce de bouleau, riche en tanins, qui servait à tanner les peaux. Elle donnait aussi par décoction une teinture brune pour la laine. Les pêcheurs imprégnaient de même leurs filets afin de les faire durer plus longtemps. L'huile distillée à partir de l'écorce sert à imprégner les cuirs et à donner son odeur caractéristique au cuir de Russie.

On introduisait des plaques d'écorce entre les semelles des souliers pour qu'ils tiennent plus chaud aux pieds et ne prennent pas l'humidité. On en faisait aussi des torches, dont la lumière était très vive en raison de la présence de goudrons.


Un bois sous-estimé. Le bois des bouleaux verruqueux et pubescents est esthétique, résistant et souple. Il pourrait être mis davantage en valeur aujourd'hui. De couleur blanche, ce beau bois ressemble à l'érable. Il se polit bien, se tourne, se déroule ; sa flamme est claire et sans fumée. D'anciennes utilisations illustrent bien son potentiel ; dans le Nord, on en faisait des manches d'outils, des skis, des meubles, des cercles de tonneaux, des allumettes et bien sûr du bois de chauffage. Lorsqu'il était assez dur, on en construisait même des roues de chars. Dans les pays tempérés, il était le plus communément utilisé pour fabriquer des sabots car son bois est léger.

Un renouveau de l'usage du bois de bouleau se dessine peut-être. Ce bois, peu durable à l'extérieur, est parfait pour la fabrication des panneaux de fibres et pour le déroulage de fines feuilles de placage haut de gamme. D'autre part, ses qualités le prédestinent aussi à l'ameublement et aux petites charpentes. Il faudrait cependant améliorer encore la régularité de l'approvisionnement du marché et la qualité des grumes.

Douloureux rameaux, mais douce sève. Avec les jeunes tiges, on faisait des cercles de tonneaux, avec les brindilles des balais, avec les feuilles fraîches ou sèches, du fourrage pour les troupeaux. Les infusions de feuilles, de bourgeons ou d'écorces permettaient de lutter contre les rhumatismes, la fièvre, l'hydropisie et la goutte et elles sont toujours en vente. Les rameaux du bouleau, souples et parsemés de verrues protubérantes, étaient aussi l'instrument de punitions sévères, à l'école et à la maison. D'où la remarque d'un botaniste au début du XIXème siècle, à propos du bouleau : "La verge qui tombe sur les épaules du criminel doit-elle servir également à punir les étourderies de la jeunesse ?" Il semble que cette utilisation a donné au bouleau son surnom "d'arbre de la sagesse".

La sève ascendante du bouleau servait à préparer un sirop qui remplaçait souvent le sucre. On perçait l'aubier, puis on introduisait une gouttière, d'où la sève s'écoulait dans un récipient. Lorsqu'on voulait ménager l'arbre (s'il n'était pas trop loin de la maison), on arrêtait la ponction après une semaine environ. Sinon, en pleine forêt, on abattait l'arbre et on recueillait la sève jusqu'à ce qu'elle s'arrête de couler. On buvait cette boisson au printemps et on la faisait fermenter. Les bière ou vin obtenus, d'autant plus agréables qu'ils étaient parfois enrichis de feuilles de cassis, d'écorce de citron ou d'orange, se conservaient alors jusqu'à l'été. "La sève du tronc du bouleau est, de toutes les substances végétales, celle qui fournit le meilleur moyen d'imiter le vin de Champagne qu'on falsifie à Londres et à Hambourg avec diverses baies" nous apprend le Dictionnaire d'agriculture de Rosier (1821). Il semble cependant que le bouleau n'a jamais menacé la suprématie de la véritable appellation contrôlée !


L'arbre aux balais. Le balai est instrument de culte dans la plupart des religions, où il est utilisé pour la purification symbolique du temple. En balayant, le prêtre chasse les mauvais esprits. Dans certaines régions de France, les jeunes balaient les rues avec des balais à la Saint Sylvestre pour chasser l'esprit de la vieille année.

Le bouleau était surnommé le sceptre du maître d'école, car c'est avec des verges de bouleau que les enseignants faisaient entrer la science dans les têtes rétives. Ils balayaient les mauvais diables qui empêchaient l'enfant d'étudier, faisant place nette pour la connaissance qu'ils désiraient lui inculquer. Les consuls romains étaient mis en place au début de l'année, accompagnés de douze licteurs portant les insignes du pouvoir exécutif : des faisceaux (ou balais) de branches de bouleau réunies par une courroie rouge, signe de leur sévérité et de leur incorruptibilité.

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Fabrication du brai de bouleau :

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Dans la société, une des fonctions essentielles du chaman est la guérison de la maladie, car celle-ci n'a jamais une cause naturelle, elle est provoquée "par l'introduction d'un principe nocif et par la perte de l'âme, et le chaman aura donc à assurer la double tâche d'extraire l'un et récupérer l'autre", ce qui nécessite le voyage dans l'autre monde auprès des dieux, pour demander leur appui, présenter les sacrifices ou les offrandes et obtenir la libération de l'âme, voyage ascensionnel que le chaman effectuera en jouant du tambour jusqu'à ce qu'il atteigne la transe, et en escaladant le bouleau. En qualité d'intermédiaire avec le surnaturel, il est aussi le garant du bon fonctionnement du groupe, il doit veiller à l'abondance du gibier et du poisson, ainsi qu'à l'accroissement du bétail. Sa raison d'être est toujours de venir "au secours de ceux qui souffrent de la maladie ou de la faim", et "c'est ainsi que toutes les légendes d'origine motivent l'apparition sur terre du premier chaman, né pour secourir une humanité qui, sans lui, serait submergée et impuissante. C'est parfois le grand dieu qui l'aurait créé dans cette intention et il a une origine semi-divine. Cependant, le chaman n'hésitera pas à se dresser contre la divinité s'il la voit indifférente, laissant régner le mal ou même le favorisant. Désigné par les esprits, le chaman défendra d'abord les intérêts de l'humanité".

Jacques Brosse, Mythologie des arbres (Édition de poche Payot et Rivages, 1993).

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Médecine verte :


Selon Doris et Sven Richter dans Le message des arbres, Guérison holistique grâce aux élixirs des arbres (Éditions Ambre 2007), la médecine verte des arbres est une médecine pour le corps, l'âme et l'esprit. Elle agit à partir du niveau spirituel, en descendant vers le niveau corporel, et guérit progressivement les troubles physiques. Les auteurs proposent un questionnaire permettant l'identification de l'élixir d'arbre adapté qui sera son miroir en nous.

Une grande quantité d'eau, issue des glaciers et longtemps congelée, circule dans tous les bouleaux du monde. Cela faisait longtemps que cette eau n'avait plus parcouru ce circuit consistant à monter, descendre, se détacher de la terre et se mêler à la lumière. Au lieu de cela, elle avait dû rester figée en état de glace jusqu'à ce qu'elle puisse enfin fondre et reprendre son chemin. C'est ainsi que les bouleaux collectent l'eau après l'avoir absorbée. Mais le processus semble ensuite différent de celui des autres arbres : c'est comme si le bouleau ne voulait plus restituer cette eau