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  • Anne

La Plante


L'esprit des plantes, documentaire ARTE.



Étymologie :

  • PLANTE, subst. fém.

Étymol. et Hist. A. 1273 «plantation, vigne récemment plantée» (Aumonieres, Arch. Haute-Saône, H 27 ds Gdf.). B. 1. 1532 «exemplaire du règne végétal» (Grammaire de G. Du Wes, éd. F. Génin, Paris, 1852, p. 1053 d'apr. Ch. Schmitt ds R. Ling. rom. t. 43, p. 29) ; 1542 (Gesner, Catalogus plantarum latine, graece, germanice et gallice, f+90 vo, 91 ro, 140 vo, 141 ro) ; 2. 1668 p. oppos. à arbre «végétal non ligneux» (La Fontaine, Fables, II, I, 11 ds Œuvres, éd. H. Régnier, t. 1, p. 130) ; 3. 1685 p. métaph. (ici, en parlant d'une pers.) (Bossuet, Oraisons funèbres, Anne de Gonzague, éd. J. Truchet, p. 259). A plus prob. déverbal de planter* qu'issu du lat. planta, -ae (v. FEW t. 9, p. 21b et note 6). B empr. au lat. médiév. planta, -ae qui apparaît chez Albert Le Grand (De vegetabilibus et plantis, p. 27, Opera Omnia, t. 10 ds FEW t. 9, p. 19b, v. aussi W. V. Wartburg ds Essais de philol. mod., 1951, Paris, 1953, p. 102) pour exprimer la notion gén. de «exemplaire du règne végétal» alors qu'en lat. class. planta, -ae, déverbal de plantare (planter*) ne désignait qu'une bouture à planter, puis un jeune plant, à côté de herba qui ne recouvrait que partiellement la notion actuelle de plante puisqu'il excluait les végétaux désignés par arbor «arbre».


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"La plante symbolise l'énergie solaire condensée et manifestée.

Les plantes captent les forces ignées de la terre et reçoivent l'énergie solaire. Elles accumulent cette puissance ; d'où leurs propriétés guérisseuses ou vénéneuses et leur emploi dans la magie.

En rapport avec le principe vital mâle, elles signifient la croissance, au sens du Psaume 144, 12. Nos fils seront comme des plantes qui croissent dans leur jeunesse.

Les plantes portent leur semence. Certaines, telle l'hysope, exercent un rôle purificateur.

Les plantes symbolisent aussi la manifestation de l'énergie en ses formes diverses, comme la décomposition du spectre solaire en couleurs variées. En tant que manifestation de la vie, elles ont inséparables de l'eau, tout autant que du soleil.

Les liens unissant les deux symboles des eaux et des plantes sont faciles à comprendre. Les eaux sont porteuses de germes, de tous les germes. Les plantes - rhizomes, arbustes, fleurs de lotus - expriment la manifestation du Cosmos, l'apparition des formes. Ce qu'exprime le symbole Lotus (ou Rhizome) sortant des eaux (ou d'un emblème aquatique) est la procession cosmique elle-même. Les eaux y représentent le non-manifesté, les germes, les latences ; le symbole floral représente la manifestation, la création cosmique. La plante, premier degré de la vie, symbolise surtout la naissance perpétuelle, le flux incessant de l'énergie vitale.

Dans la tradition védique, si les plantes ont des vertus médicinales, c'est qu'elles sont elles-mêmes des dons du ciel et les racines de la vie. On les invoque comme des divinités :


A l'origine étaient les eaux

et les Plantes du Ciel :

... les Plantes

qui appartiennent à tous les Dieux,

les redoutables,

celles qui donnent la vie aux hommes...

Puissent les plantes aux mille feuillages,

me délivrer de la mort, de l'angoisse !

(Atharva, 8-7)"

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Dans un article intitulé « Histoire savante et "pensée sauvage" dans les nomenclatures botaniques en Europe », paru dans la revue Civilisations (Vol. 36, No. 1/2, Ethnologies d'Europe et d'ailleurs (1986), pp. 349-363), Renaud Zeebroek précise les liens entre l'appellation des plantes et la pensée populaire :


[...] La série de noms que nous venons d'énumérer [à propos de l'Achillée] est formée sur une base d'éléments provenant de catégorie très diverses : animal, humeur (le sang), activité sociale (charpentier) et anti-sociale (ensorceler), agent surnaturel (saint), etc. Etrange catalogue, qui n'est pas sans évoquer, mais de manière inversée, le système des appellations totémiques étudié par Levi-Strauss, même si ce rapprochement ne concerne que le mécanisme mis en jeu pour "nommer" : dans les deux cas un rapport d'analogie est établi entre un élément du règne naturel et l'ordre social ou surnaturel.

Si les règles de structuration des systèmes de nomination présentent de fortes ressemblances d'une société à l'autre, le contenu du code, la valeur prêtée à ses éléments constitutifs, dépend de la culture qui les met en jeu. De ce point de vue, l'Europe occupe une place à part. Sans doute est-elle due essentiellement à la coexistence entre une culture savante, écrite, et une culture populaire, orale. Cette spécificité est renforcée par le syncrétisme qui s'est produit entre le vieux fonds polythéiste et un christianisme de plus en plus dominant au fil des siècles.

Cette historie troublée, le savoir sur les plantes la reflète fidèlement. Enraciné chez les Grecs, nourri d'apports romains et celtes, il fructifia au Moyen Âge et reçut des greffes arabes avant d'atteindre son apogée à la Renaissance, pour être enfin rejeté du côté des superstitions avec l'avènement de la pensée classique. Aussi pouvons-nous difficilement éviter le détour historique indispensable pour éclairer le système complexe des appellations "populaires" et la conception du monde qui la fonde.

Certes, la culture orale des siècles passés est définitivement hors d'atteinte, mais les médecins-botanistes de toutes les époques y ont largement puisé pour rédiger leurs traités. Comme Homère et Hésiode ont mis en forme des récits de la tradition orale, Hippocrate, Théophraste ou Pline ont systématisé des connaissances bien établies à leur époque. Leurs textes font de nombreuses allusions aux "magi", ces praticiens qu'ils critiquaient autant qu'ils s'en inspiraient.

[...]

Trait universel sans doute, en Europe comme ailleurs, nous voyons les plantes médicinales se situer dans un espace polarisé entre l'influence solaire, positive, qui préside à un usage bienfaisant de leurs propriétés et une influence lunaire, ambivalente qui gouverne l'emploi des plantes dangereuses à des fins magiques. Cette opposition va structurer tout le champ occupé par les simples en Europe. Leur connaissance, leur culture, se partagera bientôt entre les monastères, qui étudieront principalement leurs vertus thérapeutiques, et les spécialistes villageois, sages-femmes, rebouteux, craints et respectés pour leurs connaissances, qu'en Occident l'Inquisition pourchassera comme sorciers lorsque le Christianisme en viendra à normaliser les pratiques rurales.

[...]

Toutes ces Histoires des plantes mêlent en un texte la description morphologique, le symbolisme, les usages et les légendes. Dans ce cadre de pensée, les propriétés médicinales et magiques forment un tout indissociable. Décrire l'aspect d'une plante, c'est déjà évoquer les signes qu'elle porte, faire apparaître sa marque, annonciatrice de ses vertus. Ce sont les lois de la similitude, de l'analogie qui guident ce décryptage, qui suggèrent les rapprochements signifiants.

Cette manière de "voir" le monde, mêlant observation et interprétation d'une manière indissociable, a régné sans partage sur l'Europe jusqu'à la fin de la Renaissance. Paracelse la théorisa et l'intégra à la culture savante. Ce médecin-alchimiste, qui ne fut pas sans susciter de nombreuses controverses, se distingue de ses contemporains par une connaissance approfondie des savoirs populaires. "Le plus clair de son savoir provenait - il le dit lui-même - de ces vieilles femmes demi-sorcières, qu'il rencontrait sur son chemin ; des pratiques populaires ; des recettes traditionnelles ; des moyens employés par les barbiers de village ; des méthodes de laboratoire dont se servaient les mineurs, les fondeurs d'or et d'argent" (Koyré, p. 80).

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


« Autrefois, lorsque les plantes descendirent du ciel, elles disaient : "Par nous, tout homme qui tiendra encore à la vie sera guéri de son mal" » (hymne védique, connu sous le nom de Chant du Médecin).

La magie des plantes est attestée depuis la plus haute antiquité. Les Grecs attribuaient aux dieux et aux héros de la mythologie la découverte du pouvoir des plantes ; Pythagore faisait du Soleil le père des plantes et de la Lune, leur mère. Hermès, dieu bénéfique et Hécate, déesse maléfique, présidaient à l'herboristerie magique. Les magiciennes comme Médée ou Circée recouraient fréquemment aux plantes pour effectuer leurs enchantements. Les plantes, particulièrement les aromates qui favorisaient la communication avec les dieux, jouaient également un rôle essentiel dans les rites religieux.

Les druides se servaient aussi de plantes aromatiques pour leur médecine magique.

Le Moyen Âge a repris la plupart des connaissances des Anciens, notamment celles de Dioscoride (De Medica materia), de Galien ou d'Hippocrate et de Pline (contenues dans son Histoire naturelle), qui prétendait que toute herbe cueillie en bordure de l'eau, avant le lever du soleil, avait un pouvoir magique, en raison de la rosée qui s'y déposait.

Selon Matthiole, médecin du XVIe siècle : « Le grand Maître de l'Univers, qui n'a rien jeté à l'aventure […] a donné à chaque espèce des qualités différentes pour réparer les fâcheuses brèches que le péché a faites dans notre chair ». Les Guérisseurs (certains étant spécialisés dans la connaissance des plantes) et sorciers recouraient aux plantes.

Pour les Bretons, certaines plantes ont été créées par le diable, comme le chardon, la ciguë, l'ivraie (plante qui gêne la croissance des céréales), le carex (ou laîche, plante vivace très commune au bord des eaux et dans les marais), et la cuscute (plante parasite). Ils disent aussi que lorsque Dieu fit la vigne, le diable chercha à l'imiter mais ne put créer que la ronce, quand Dieu fit le genêt et le rosier, le diable créa l'ajonc et l'églantier (ou rosier du diable).

En règle générale, la flore diabolique est constituée de végétaux munis d'épines, de plantes vénéneuses, et de mauvaise herbes. Plusieurs plantes passent également pour funestes à cause de la couleur sombre de leurs feuilles, de leurs fruits, ou de leurs fleurs.

Une tradition veut aussi que les mauvaises herbes viennent d'une malédiction de Dieu lorsque Adam lui désobéit : l'homme aura beau les arracher, il n'en sera jamais délivré.

Le folklore mentionne des herbes maudites, appelées « herbes d'égarement », « herbes de fourvoiement » ou « herbes de la détourne » : celui qui la foule ne peut retrouver son chemin (voir fougère, lycopode, mandragore, plantain). En Normandie, la « malherbe » (espèce non déterminée) rend maussades les personnes qui ont été en contact avec elle : à un homme de mauvaise humeur, on demandait encore au début du siècle : « Sur quelle herbe avez-vous marché ? »

Les « herbes de la Saint-Jean », qui faisaient fuir les démons, protégeaient des sorts et des maladies, devaient leur pouvoir au fait que la Saint-Jean (24 juin) était un jour magique par excellence. Le dicton « employer toutes les herbes de la Saint-Jean » signifiait que l'on avait utilisé tous les soins possibles pour guérir une personne ou fait tous les efforts nécessaires pour la réussite d'une entreprise. Selon une croyance du XVe siècle, celle qui donnait à son mari une soupe d'herbes cueillies à cette date était assurée qu'il ne la quitterait pas.

Les sorciers n'ont que vingt-quatre heures pour faire leur récolte d'herbes magiques : de l'Angélus de midi du 23 juin au lendemain même heure. Les plus puissantes sont celles qui ont été cueillies dans la nuit de Saint-Jean, à minuit.

Pour qu'une blessure cesse de saigner, on recommande de couper en deux un brin d'herbe et d'appliquer les morceaux, en forme de croix, sur la plaie. Selon un rite du Tarn, le fiévreux doit se lever de bon matin et, en marchant à reculons, se rendre dans un pré, y arracher, sans la regarder, une poignée d'herbe et la jeter derrière lui. S'il part en courant sans se retourner, « sa fièvre passe au diable ».

Chez les Juifs d'Orient, les aromates préservent du mauvais œil.

Les plantes, auxquelles on attribue des sentiments (ne dit-on pas qu'il faut leur « parler » ?), doivent être averties de la mort d'un membre de la famille : si on ne drape pas les pots en noir ou si on ne leur met pas un morceau de crêpe noir, elles risquent de se faner et de dépérir. On peut également leur murmurer la nouvelle.

Selon une croyance du XVe siècle, « si on s'abstient de torcher son derrière avec des herbes, des feuilles ou des verdures qui ont poussé sur terre, on n'aura jamais mal au dos ni aux reins. Celui qui agit ainsi n'aura jamais de coliques en sa tête mais en ce lieu il aura souvent sa chemise dorée ».

En Europe, voir une feuille à l'envers par terre est de mauvais augure. Les plantes qui fleurissent sur le toit des maisons portent chance mais l'herbe ou la mousse doivent être arrachées car elles sont maléfiques.

La floraison des plantes hors saison annonce un hiver rude, de nombreuses maladies et morts.

Quand les chiens et les chats mangent de l'herbe, il va pleuvoir (Angleterre).

Selon un dicton : « Plantes qui grainent se sèment en croissant, / Plantes qui racinent se sèment en défaillant. » On dit aussi : « Sème, pour la rendre féconde. / En pleine lune plante ronde ».

sachez enfin que chaque signe astrologique est associé à une plante :

Bélier = lavande

Taureau = rose

Gémeaux = origan

Cancer = lilas

Lion = cyclamen

Vierge = jacinthe

Balance = verveine

Scorpion = bruyère

Sagittaire = violette

Capricorne = narcisse

Verseau = muguet

Poissons = glycine.

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Eliot Cowan, auteur de Soigner avec l'Esprit des Plantes, Une voie de guérison spirituelle (Édition originale 2014 ; traduction française Éditions Guy Trédaniel, 2019) raconte plusieurs histoires de guérison dont il a fait l'expérience à partir du moment où il est entré sur la voie de la Guérison avec l'Esprit des plantes :


"Ne serait-il pas tout aussi utile de prendre en considération notre relation avec les plantes ? La chose la plus frappante dans cette relation, c'est que nous avons besoin d'elles, mais qu'elles n'ont pas besoin de nous. Nous autres humains sommes totalement dépendants des plantes pour satisfaire tous nos besoins : les combustibles, les abris, les vêtements, les soins, de nombreux produits pétrochimiques, et bien sûr la nourriture (même la viande est faite de plantes). en revanche, les communautés de plantes se débrouillent très bien sans les humains. Il semble que nous n'offrions aux plantes que souffrance, destruction, et menace d'extinction.

Il y a ici une sorte de choc en retour karmique. Nous détruisons les forêts et les fondations de la vie végétale : le sol, l'air, l'eau, et les rayons du soleil. Ce n'est pas seulement meurtrier, c'est aussi suicidaire. Dans ces circonstances, la générosité sans fin des plantes à notre égard est absolument remarquable. Qu'est-ce qui rend les plantes si généreuses ? Et qu'est-ce qui nous rend si brutaux ?

Quelque part en chemin, nous avons perdu l'expérience de l'unité. Nous vivons en affirmant le mensonge pathétique que nous serions différents de tout le reste. C'est un mensonge parce que c'est la même conscience qui scintille dans le cœur de toute chose. Et ce mensonge est pathétique parce qu'il nous condamne à mener une vie stérile et aliénée.

La différence engendre l'indifférence. Si vous pensez que vous n'êtes pas la forêt, vous serez plus enclin à l'exploiter ou à en laisser d'autres l'exploiter pour vous.

De leur côté, les plantes ne sont pas dans l'illusion qu'elles sont séparées du reste de la création. Observez comment chaque plante interagit avec le sol, l'air, les minéraux et les insectes. Tout ce qui l'entoure est enrichi par sa présence et en bénéficie. Les plantes vivent en harmonie avec la nature. L'on pourrait même dire que les plantes sont la nature. De cette union provient leur incroyable générosité à notre égard et à l'égard de tous leurs prochains.

[...]

Regardez ce que les plantes font quand on le leur demande : toute la société humaine est une sorte de sous-produit de la générosité des plantes. L'histoire de l'espèce humaine montre que les plantes nous ont fourni tout ce que nous leur avons demandé. Notre société apprécie le confort, et c'est donc ce que nous sommes allés chercher dans le monde des plantes. Le confort est une chose merveilleuse, à développer autant que faire se peut, mais qui n'apporte guère de satisfaction. Si nous pouvions oublier un instant la quête du confort et demander aux plantes de nous aider à trouver la joie, la richesse humaine et le sens de la vie, y a-t-il une raison de penser qu'elles refuseraient de partager ces valeurs avec nous, comme elles l'ont fait avec tout le reste ?

Tous les êtres jouissent de l'union extatique avec la nature. La vie sans extase n'est pas la vraie vie et ne vaut pas la peine d'être vécue. Sans extase, l'âme devient rabougrie et pervertie, l'esprit devient corrompu, et le corps souffre. L'union extatique avec la nature est nécessaire à la santé ; elle est nécessaire pour survivre. Penser que les plantes sont juste des créatures stupides qui ne connaissent pas l'extase est pure ignorance, ou sottise arrogante et tragique.

[...]

Quelle est la bonne façon de s'adresser à une plante ? Cela a en partie à voir avec le fait que nous comprenions qu'une plante a des racines. Une plante vit dans un endroit précis, avec sa terre, sa pluie, son soleil et son air. C'est avec tous ces éléments qu'elle accomplit la magie de sa croissance. Les plantes nous apprennent que, si nous voulons entrer dans la nature, il faut le faire là où l'on est, parce que c'est le seul endroit où l'on peut rencontre la nature. Il s'ensuit que, si vous voulez demander à une plante de vous emmener dans la bénédiction de la nature, il est préférable de le faire avec une pante qui vit près de chez vous. Le grand acupuncteur anglais J. R. Worsley a écrit : "Les plantes locales ne sont pas dix fois plus puissantes ou cent fois plus puissantes. Les plantes locales sont mille fois plus puissantes que les plantes exotiques." Et le professeur Worsley n'exagérait pas.

Une femme a décrit son premier traitement avec l'aide des esprits des plantes (locales) comme "la ramenant à un endroit où elle n'avait jamais été auparavant". Ces mots me laissèrent perplexe : comment pouvait-elle revenir à un endroit où elle n'était jamais allée ? Puis j'ai compris ce que cela voulait dire. Nous sommes une partie de la nature, mais combien d'entre nous vivent réellement dans la nature ? Que nous habitions des huttes en terre ou des gratte-ciel n'est pas la question. Ce dont il est question, c'est de la joie de vivre la danse de la création sur un pied d'égalité avec tous les autres êtres. Ce qui signifie que nous soyons à nouveau là où nous vivons déjà, avec la terre, la pluie, le soleil et l'air - juste comme nos frères et sœurs les plantes.

[...]

La sagesse ancestrale disait que l'endroit où pousse le remède fait partie du remède. Les plantes ont des racines ; elles appartiennent au territoire où elles poussent spontanément. Elles s'y nourrissent des minéraux et des restes des plantes, des animaux et ds humains. Et elles se nourrissent aussi de l'esprit et de la finalité du lieu où elles vivent. Elles incarnent et partagent le remède du lieu.

[...]

Le soin avec l'esprit des plantes est un rite magico-religieux dans lequel les dieux des plantes accordent leur grâce. Comment cette grâce est-elle invoquée ? Certaines personnes utilisent le chant, d'autres utilisent des pilules ou des potions ; d'autres encore imposent leurs mains, agitent des plumes, ou dansent. Qui sait combien d'autres méthodes attendent peut-être d'être découvertes ou redécouvertes ?

Quelle que soit la méthode utilisée, les esprits sont invités à aider le patient entrer dans le rêve de nature ; cela n'a rien à voir avec combattre la maladie. Pour nous, il n'existe rien de tel qu'une plante bonne pour l'arthrite, la migraine, la dépression ou le cancer. Quel que soit le remède que l'esprit d'une plante vous offre, c'est cela qu'elle fera pour vos patients. Comme les Indiens Matsés d'Amazonie l'ont expliqué à Peter Gorman, si vous voulez utiliser une plante pour soigner, il faut d'abord en rêver, sinon elle ne fonctionnera pas pour vous. Il est rare que deux personnes fassent exactement le même rêve. Et il est rare que deux personnes utilisent la même plante exactement de la même façon.

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[dans un chapitre particulier, l'auteur retranscrit les entretiens qu'il a eu avec des guérisseurs par l'esprit des plantes. Voici la méthode de Don Enrique Salmon] :


Eliot : Comment t-y prends-tu pour te mettre dans un état intérieur où tu peux recevoir ces communications des plantes ? Enrique : J'essaye de trouver un endroit tranquille où je peux me relaxer quelques heures. Ça peut être chez moi, mais c'est mieux à l'extérieur, car du coup je ne suis pas distrait par autre chose. Je bois un peu de tisane de la pante, et je la cherche. C'est quelque chose de curieux : je travaille avec des plantes qu ont été cueillies, mais les esprits à l'intérieur restent vivants. Je bois un peu de la tisane, et j'attends que quelque chose se passe. Parfois, je fais cela juste avant d'aller dormir, et j'attends un rêve. Ou bien je le fais au milieu de la journée et je reste assis là à fredonner un petit chant sacré. Je ferme les yeux et l'esprit vient à moi. Dans mon cas, il ne ressemble pas à une personne, en général ce sont des animaux. L'animal vient, et je l'entends dire en raramuri : "Salut, comment ça va ? Voici qui je suis, as-tu des questions ?" Je pose alors mes questions et ils répondent. Parfois ils me disent : "Oh, je ne peux pas te dire ça maintenant" ou bien "Tu n'es pas prêt pour ça maintenant" ou "Peut-être quand tu auras 50 ans, maintenant tu es trop jeune" ou quelque chose de ce genre. Mais ce sont en général de bons messages qui m'aident à comprendre comment utiliser une plante. Parfois aussi ils ne disent pas grand-chose, mais de toute façon c'est toujours une expérience très positive.

Eliot : Est-ce une méthode que tu as mise au point toi-même, ou est-ce ton grand-père qui t'a montré comment faire ?

Enrique : Ma grand-mère m'a montré comment elle faisait, mais d'une façon différente. Elle parlait à la plante vivante, la touchait, et restait juste assise là. J'ai développé une autre façon de faire parce que j'étais dans l'armée, puis au collège, et que je n'avais pas le temps d'aller à la campagne à la rencontre des plantes. C'est comme cela que j'ai découvert que les esprits restent dans les plantes après qu'on les a cueillies et qu'elles ont séché. Pas pour très longtemps toutefois, car au bout de huit mois peut-être ils ne sont plus là. Et j'ai aussi inclus le chant dans ma pratique. Ça c'est quelque chose que j'ai appris de mon grand-père, qui avait toujours l'habitude de chanter. Ainsi j'ai intégré ce que j'ai appris de mes deux grands-parents. C'est quelque chose qui marche bien pour moi - qui est très puissante.

Eliot : Lorsque tu utilises le pouvoir guérisseur des esprits des plantes, est-ce que ton patient boit ou mange toujours de cette plante ?

Enrique : Parfois les esprits me disent aussi de combiner plusieurs plantes dans un mélange à fumer rituellement.

Eliot : A fumer par toi ?

Enrique : Oui, à fumer par moi et à souffler sur le patient. L'esprit de la pante apparaît alors avec une forme visible et rentre dans le patient pour le rendre plus fort.

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Mythologie :

Eliot Cowan, auteur de Soigner avec l'Esprit des Plantes, Une voie de guérison spirituelle (Édition originale 2014 ; traduction française : Éditions Guy Trédaniel, 2019) raconte plusieurs histoires de guérison dont il a fait l'expérience et explicite les vertus des plantes en fonction de l'Esprit qui les habite. A la fin de son ouvrage, il raconte également cette histoire :


"L'histoire sacrée raconte qu'avant le début du monde, les êtres divins qui deviendraient plus tard les plantes ont proposé un marché à d'autres êtres divins destinés à devenir les humains. Un petit nombre de plantes accepterait d'endurer la domestication, pour nourrir et soutenir la vie des humains, et, en contrepartie, le peuple des plantes a demandé à être cultivé, préparé et mangé avec respect, dignité et gratitude. Le peuple des humain accepta l'accord et promit d'en respecter les termes."

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