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  • Anne

Le Coquelicot





Étymologie :

  • COQUELICOT, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1545 coquelicoq (G. Gueroult d'apr. Delboulle ds DG) ; 1547 coquelicoz plur. (C. Estienne, De lat. et graec. nom. arbor., p. 55 ds Gdf. Compl.). Var. de coquerico (v. cocorico), attesté en 1339 au sens de « coq » (Inventaire de Charles VI ds Laborde) et utilisé pour désigner cette plante à fleur rouge par référence à la couleur de la crête du coq.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :

Lire la fiche Tela Botanica.


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Utilisation :


Selon Lionel Hignard et Biosphoto, auteurs de Fabuleuses histoires de graines (Éditions Belin, 2011),


" En examinant attentivement la dispersion des graines de coquelicot dont la capsule parsemée de petits trous laisse échapper les gaines à maturité, le savant autrichien Raoul Heinrich Francé, eut l'idée d'inventer la salière que l'on trouve aujourd'hui sur les tables."


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Symbolisme :

Selon le site http://pistar.chez.com/ de la druidesse Viviane Le Moullec voilà ce qu'on peut comprendre du coquelicot si on sait l'écouter attentivement :


"Comment les humains m'apprécient

Ma foi... ces derniers temps, ils ont eu tendance à oublier que mes éclatants pétales soignaient leur gorges et leur procurait un doux sommeil en tisane légère le soir.


Où me trouver ? Pour la tisane, c'est chez l'herboriste et pour le plaisir, on commence à me revoir dans les fossés, au bord des champs.


Mon portrait par moi-même Il y a 50 ans encore, les enfants transformaient mes fleurs en éphémères poupées, comme autrefois dans l'Antiquité où j'étais la Douce Dame du Paradis. Si vous m'aimez, je vous donnerai beaucoup d'amour en échange et beaucoup de beaux rêves aussi. La réalité n'est pas à la hauteur de vos espérances ? Mais savez-vous encore rêver ? Accueillez-moi dans votre cœur et je vous réapprendrai les chemins nocturnes de la vraie vie, celle que vous rêvez aujourd'hui et construirez demain... Vous ployez sous les conditions inhumaines de la vie d'aujourd'hui ? Laissez-moi vous réchauffer le cœur pour faire fondre la glace des tristes souvenirs et les transformer en chaleur fécondante d'émotions positives et libres."

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : La Fragilité ; La Beauté éphémère.


Savez-vous ? : Le mot coquelicot vent du vieux français "chant du coq". L'autre nom du coquelicot est la chaudière de l'enfer en raison de ses effets soporifiques. Les Celtes réduisaient les feuilles de cette fleur et mélangeait la poudre obtenue à la bouillie des bébés pour les endormir. Au Maroc, les femmes de certaines tribus berbères de l'Atlas pilent toujours les fleurs séchées de coquelicots pour en faire un fard à joues et du rouge à lèvres. ans la ville de Nemours, les fleurs de coquelicot entrent dans la composition de bonbons : les coquelicots de Nemours.


Usages : Symbole de fragilité, les fleurs de coquelicots ne s'offrent jamais car elles se fanent sitôt cueillies.


Légendes : Morphée, le dieu grec des songes, recevait, en offrande, des couronnes de coquelicots. Quant à Perséphone, déesse des moissons, elle renaît chaque printemps sous la forme d'un coquelicot.


Message : Rien n'est éternel."

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


" La fleur rubis annonce "une ardeur fragile" et recommande : "aimons-nous au plus vite". Avec ses fins pétales, elle apporte aussi un sommeil béat. Elle sait hâter l'oubli des chagrins, apaise et console. En prime, elle propose un don précieux, l'efficacité. Mais attention, il ne s'agit en aucun cas de confondre le coquelicot avec son grand frère le pavot, également membre de la famille des papavéracées, mais du genre infréquentable. le coquelicot est sain, lui. La preuve, les savants botanistes contemporains l'ont observé, le blé pousse mieux lorsqu'il se parsème de coquelicots.

Si nous traversons la Manche un 11 novembre, nous surprenons les Anglais portant à leur revers les "poppies", ces gros coquelicots de papier vendus au coin des rues, chaque année, depuis 1918. La foule anglaise, parée comme un seul homme de la fleur rouge, voilà un spectacle plus émouvant que bien des discours. La reine mère, qui l'accroche à son manteau comme le plus petit de ses sujets, exceptionnellement, ce jour-là, ne porte pas de fleurs à son chapeau.

En France, la petite fleur rouge a reçu le plus poétique des hommages, une chanson de Charles Trénet :


"Cœur des champs,

pas méchant

Coquelicot dans les blés,

Au soleil de la vie

Rougissante et ravie,

Ta p'tite âme me plaît.

Parfois, tout comme moi,

Tu suis les rails d'un train,

D'un train qui n'passe plus

Merveilleux ch'min plein

d'entrain

Le chemin des beaux jours,

Du soleil, des vacances,

Des poèmes, des romances,

coquelicot d'amour !"

Mot-clef : "L'urgence de la passion"

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Symbolisme celte :


Selon Philip et Stephanie Carr-Gomm dans L'Oracle druidique des plantes, Travailler avec la flore magique de la Tradition druidique (Editions Véga 2008) les mots clefs associés à cette plante sont :


en "position droite : Rédemption - Maternité - Souvenir

en position inversée : Langueur - Excès - Indifférence.


Le coquelicot, appelé aussi pavot des moissons, est probablement arrivé en Grande-Bretagne avec les premiers cultivateurs néolithiques. D'une hauteur d'environ 30 cm, avec des fleurs d'une écarlate vive, chaque plante produit en moyenne 17 000 graines, dont une bonne partie dorment pendant des années dans le sol avant de revenir à la vie.


La carte montre un coquelicot (Papaver rhocas) poussant à la saint-Jean. Au loin, on voit un tertre rond avec une entrée ouverte, symbolisant la tombe et la matrice : la mort et la Déesse Mère.


Sens en position droite. Comme la meilleure des mères, le coquelicot associe la vigueur à la tendresse de la plus belle manière. Il semble disparaître à tout jamais, pour ressortir un jour de nulle part, fleurissant sur les collines ou dans les champs, nous étonnant par sa beauté. Cette carte suggère la réapparition de quelqu'un ou de quelque chose que vous pensiez définitivement perdu.

Elle signale aussi qu'une qualité ou un sentiment auquel vous pensiez ne plus pouvoir accéder est de nouveau à votre portée. Parfois, les choses doivent être oubliées ou cachées pendant un moment avant de revenir comme une nouvelle aube pour vous surprendre. Et, ce faisant, une rédemption se produit. Juste comme on libère un investissement dont la valeur est arrivée à échéance, on peut parfois libérer une situation ou une relation en l'oubliant, en la laissant aller ou simplement en l'ignorant un moment pour qu'elle puisse se développer. Il faut savoir quand faire attention à quelque chose et quand ne pas s'en occuper. Certaines situations exigent de l'action, de la vigilance et même de la confrontation ; d'autres exigent d'oublier ou d'ignorer. Élever des enfants exige souvent de savoir laquelle de ces stratégies convient le mieux à un moment donné.


Sens en position inversée. Tout excès risque d'avoir un effet négatif. Le choix de cette carte signifie que vous risquez de vous laisser séduire par les bénéfices apparents de l'immunité aux difficultés de la vie. Il y a une raison à la défense psychologique du déni et tous les gens ont besoin de se protéger parfois de la dureté et de la douleur de l'existence. En fin de compte, nous devons être capables de trouver une source de confort, de bien-être et de protection dans notre essence ou notre spiritualité plutôt que dans un agent extérieur. La douleur chronique ou certaines autres perturbations doivent être traitées médicalement, mais il y a une distinction entre l'utilisation des substances pour des raisons médicales et l'auto-traitement ou la sédation addictives.

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La fleur de la vie et de la mort


Les pétales d'un coquelicot sont si délicats que vous ne pouvez pas en faire des bouquets. Nul ne connaît l'origine de cette plante, aussi vieille que l'agriculture, qui pousse partout où le sol a été labouré. Des graines de pavot ont été découvertes dans les tombes des pharaons égyptiens de la XIIe dynastie. Les archéologues ont trouvé des traces de pavot somnifère datant de 4000 av. J.C. sur des sites de l'ouest méditerranéen.

La couleur rouge sang du coquelicot, combinée à sa capacité étrange de rester dormant dans la terre pendant des décennies - seulement pour réapparaître comme une flamme cramoisie - a conduit naturellement à son association avec les idées de mort et de renaissance et avec la fertilité de la Déesse Mère. Avant l'apparition des pesticides, les coquelicots poussaient parmi les blés, renforçant ainsi davantage sa connexion avec la fertilité, avec la récolte et la renaissance cyclique.

Le pavot somnifère est arrivé en Grande-Bretagne plus tard que le coquelicot mais, en raison du climat, produit des quantités négligeables de narcotique. L'opium était très apprécié par les Perses, les Grecs et les Romains pour son puissant effet analgésique, et était souvent combiné avec la mandragore. Ces deux plantes faisaient l'objet d'un négoce entre l'Europe continentale et les régions plus froides de la Grande-Bretagne, et occupaient une place de choix dans la trousse médicale des druides.

Des siècles plus tard, les médecins de Myddfai utilisaient un anesthésiant contenant du jus frais de ciguë, de mandragore, de laitue sauvage, de lierre rampant, de panicaut maritime, de grand orpin et de pavot. Cette potion était versée goutte à goutte dans les narines du patient. La ciguë et la mandragore contribuent à l'effet anesthésiant, la laitue sauvage et le pavot sont des sédatifs légers et neutralisent certains des effets secondaires les plus déplaisants de cette puissante combinaison d'ingrédients. Les médecins recommandaient également les têtes écrasées de pavot infusées dans du vin pour induire le sommeil.

Symboliquement, le pavot unit le monde du sommeil et l'état de veille, la naissance et la mort - il peut agir comme sédatif et rester dormant pendant des années, et en même temps renaître rouge vif en été, incarnation de la vie vigoureuse.

Les plaisirs sont comme des coquelicots,

Vous attrapez la fleur, et elle se fane.

Tam O'Shanter."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"L'imaginaire protège efficacement ses archétypes des changements induits par la science et les techniques modernes. Depuis une trentaine d'années toutes les plantes réputées parasitaires ont été supprimées des cultures par l'utilisation de traitements chimiques sélectifs. Le rêve néglige superbement cette réalité nouvelle. Fruit d'une expérience pluri-millénaire, l'inconscient contemporain n’entend pas séparer le coquelicot de son écrin naturel : le champ de blé. Le mythe grec témoigne de l’ancienneté de l'association des deux végétaux puisque Cérès, dont l'attribut principal est la couronne d'épis, fait appel au pavot champêtre pour atténuer sa douleur après l'enlèvement de sa fille Proserpine. Dans plus des trois quarts des scénarios de rêve éveillé, c'est l'évocation du coquelicot qui déclenche l'apparition du champ de blé. La recherche d'une interprétation nettement distincte de l'un et de l'autre symbole serait donc une démarche vouée à l'échec.

Les pétales rouges du coquelicot s'ordonnent autour d'un cœur noir. Le rouge et le noir, le rouge et l'or, le blé : trois articles du Dictionnaire de la symbolique qui aideront le lecteur à pénétrer le sens du coquelicot.

Les taches rouges parsemant les blés évoquent l'image d'un sang de la terre. Fleur intense, à la fois violente et fragile, flagrante et éphémère, le coquelicot chante un hymne à la vie dont les accents éclatants sont peut-être une défense contre la peur de la mort. Rouge comme un sang chaud, offerte au soleil d'été, inséparable du blé mûr, la fleur ponctue une phase de plénitude qui précède l'inéluctable automne de la vie. Elle est comme une note triomphale sonnant l'apogée de la symphonie tragique qui s'accomplit entre la terre qui enfante et la terre qui ensevelit, entre la mère nourricière et la mère-mort. Derrière un blé, il y a toujours l'ombre de la faucheuse. Associé au blé, ce don de la terre, le coquelicot est aussi en corrélation étroite avec cette dernière. Pas seulement avec l'humus, pellicule dérisoire enveloppant la planète, mais avec la profondeur terrestre, les entrailles brûlantes et rougeoyantes du noyau central. Les deux tiers des coquelicots oniriques fleurissent dans les imaginations féminines. La rêveuse descend parfois dans la tige, s'insinue par les racines au plus profond de la terre. D'autres s'enfoncent dans la glèbe et, soudain métamorphosées en arbres, y plongent leurs propres racines. Thérèse osera aller jusqu'à la fournaise intérieure.

Plus qu'une simple métaphore poétique, l'image d'un coquelicot représentant le sang de la terre apparaît alors comme l'indice révélateur des forces les plus instinctuelles, de l'élan de vie le plus avide, le plus violent souvent, de la patiente ou du patient. Dans l'article concernant le blé et dans celui qui traite du rouge et du noir associés, d'importants développements concernent le lien à la mère-cosmique d'une part et aux pulsions de violence d'autre part. Il est aisé d'observer que, parmi les rêves pris en référence, beaucoup ont été produits par des personnes dont la relation à l'image maternelle était encore, à ce stade de leur cure, agressivement conflictuelle. Cette remarque est déterminante en ce qu'elle montre le coquelicot dans sa fonction de conjugaison des deux axes de traduction du symbole : le lien à la mère et la nature violente. Ne faudra-t-il pas, alors, prolonger la métaphore ? Sang de la terre, le coquelicot serait plus encore le sang de la nature. La fleur rouge de l'été prendrait racine dans la fournaise des sentiments violents refoulés. Il répandrait ses taches sur le manteau jaune des blés mûrs, symbole de la relation de tendresse à l'image maternelle, trahissant par là une intense ambiguïté. L'inconscient ne se trompe jamais dans l'élaboration d'une composition symbolique. Il ne suffit pas que la nature lui propose une image pour qu'il l'adopte. Il lui faut des valeurs profondes. Si l'imaginaire s'obstine à lier le blé et le coquelicot, les épis dorés et le rouge, c'est parce qu'ils expriment, ensemble, une symbolisation particulière. En l'occurrence, il s'agit de l'inconfortable rapport entre la rivalité œdipienne et le besoin d'amour vis-à-vis de la mère. Une psychologie qui s'insurge contre la violence extérieure s'interdit du même coup la reconnaissance de ses propres sentiments de violence. Quelles que soient les circonstances qui l'ont légitimée, cette attitude conduit inévitablement au refoulement des pulsions agressives. Cet état de fait peut être observé à travers bien des cures de patients juifs dont les parents ou les grands-parents ont subi les persécutions que l'on sait. Claire n'est pas juive mais elle a vécu une situation analogue. Sa mère fut déportée pour des raisons politiques dans l'un des camps où les conditions de survie étaient les plus cruelles. Claire est née quelques années après la libération d'une mère qui a gardé de son expérience de l'horreur, de sérieuses séquelles psychologiques. Les marques indélébiles ont alimenté un comportement morbide dont Claire a subi le poids durant toute son enfance. Une immense contradiction oppose ces empreintes de mort et de souffrance reçues par la rêveuse à la soif de réalisation d'une vie saine qui l'anime. Claire rayonne d'une vitalité généreuse qui perce à travers les ombres dont elle ne peut encore se défaire. Son rapport à l'image maternelle est furieusement ambivalent. A l'agressivité défensive qu'elle déploie vis-à-vis de la mère morbide se mêlent une volonté opiniâtre de compréhension, un élan de tendresse, régulièrement déçus. L'amour et le rejet, la vie et la mort, le jaune des blés et le coquelicot rouge et noir... le cinquième rêve de Claire est une illustration assez complète de la constellation symbolique dans laquelle s'inscrit la plante opiacée. "... Je vois un beau champ de blé... il est d'un beau jaune doré... il est bercé par une petite brise. Il fait très beau... ça fait penser à des vagues, comme une mer bruissante de paille... c'est très joli... je cherche des coquelicots... c'est très beau un coquelicot ! J'aime beaucoup la couleur et la texture des pétales... c'est un peu comme de la soie... on peut transformer une fleur de coquelicot en danseuse de flamenco, rouge et noir... les pétales sont comme du feu... c'est très très beau, c'est fragile aussi, c'est une fleur sauvage... je me vois habillée en rouge aussi, comme une fleur de coquelicot avec des chaussures rouges aussi. Je me mets à marcher en plein milieu du champ de blé... c'est un peu dommage parce que je l'écrase... je laisse une trace, un chemin... je n'ai pas la légèreté du coquelicot ! Je marche, je marche... je sors du champ. Je me retrouve, en rouge sur une route toute noire... goudronnée... je suis comme un personnage fictif qui arriverait sur la terre des hommes... y a plein de voitures... je suis décalée... j'arrive dans une ville, c'est New York... je me demande ce que je vais faire là, habituellement j'ai très peur des villes, de New York en particulier... là, j'ai pas de papiers, pas d'argent... des bouches d'aération qui fument... comme s'il y avait l'enfer sous cette terre quoi ! J'avance, pieds nus maintenant... impression que c'est ma robe qui me protège d'être triste... c'est la couleur du sang, de la vie, de quelque chose qui coule... je n'ai pas froid... il y a des torchères de pétrole... c'est une banlieue industrielle... impression que ça ne s'arrêtera jamais ce feu... je me dis que l'enfer, oui, c'est pas ailleurs que sur terre ! C'est pas la mort qui est infernale... je vois une rivière, avec un saule... je suis sur terre et maintenant je sais que je vais pouvoir me séparer du coquelicot. Là, il sera en sécurité, dans la nature, entouré de belles choses, et moi je vais pouvoir retrouver ma forme... j'arrache ma robe. Tout ce rouge redevient le coquelicot et moi je redeviens une personne... je suis bien et je me dis que ce coquelicot, il ne faudra jamais l'oublier... voilà !"

Ce n'est pas sans intention que nous avons désigné le coquelicot comme le sang de la nature. L'opposition qui transparaît dans le rêve de Claire entre la ville et la nature, entre le construit et le spontané, entre la justification intellectuelle et l'expression naturelle du sentiment se retrouve explicitement dans de nombreux scénarios où s'épanouit la fleur rouge. Quelques phrases du quinzième scénario d'Olivier, dont toute la cure se déroule sur un axe de réhabilitation du naturel, souligneront cette particularité du symbole : "Je survole une route sur laquelle serpente un flot de voitures... c'est le mouvement de la ville... le soleil tape... plus loin, je vois un motoculteur que quel'un pousse sur une terre très fertile, noir et rouge... une pluie torrentielle se met à tomber... là, c'est une énorme fourmi qui s'est engagée dans une carrière de pierre en exploitation... là, tout est taillé, travaillé, ordonné... elle sort de la carrière... elle arrive dans un champ de fleurs... ce sont des coquelicots... elle est dans un endroit très frais, très agréable.. Il y a beaucoup de verdure, pâquerettes, muguet... et, à nouveau, des embouteillages... des voitures, comme de grands serpents dans Paris..." Thérèse, réduite à la taille d'une fourmi dans un champ de coquelicots, sort du cœur d'une fleur. Elle est aussitôt menacée par une tondeuse conduite par une sorte d'homme-robot dont le crâne est en acier, la poitrine en bois et les pieds en glaise. La tondeuse de Thérèse, le motoculteur d'Olivier rappellent ces moissonneuses-faucheuses qui hantent les rêves de blé. Dans l'article "Blé" On lira même une séquence où c'est la Mort en personne qui conduit la faucheuse.

Thérèse, au terme du scénario, vit la plus intériorisante des séquences d'enfoncement dans la terre : "... je suis maintenant au centre de tous ces personnages en terre que j'ai façonnés. Et mes pieds deviennent des racines. Je deviens un arbre, un vieux chêne... je m'enfonce dans la terre, jusqu'à l'endroit le plus rouge, le plus chaud, dans une espèce de brasier... je souffre beaucoup, je suis brûlée... je deviens du charbon, un tronc noir... et puis, l'eau pénètre la terre, elle me nourrit... je revis. Par un effort monstrueux, je reviens à la lumière... c'est très douloureux mais plein d'espoir..."

Le coquelicot du rêve, complément onirique du blé, renvoie au cycle de la nature. Affirmation de vie, il dissimule mal l'angoisse de la mort. La faux, la moissonneuse, la tondeuse sont des symboles qui évoquent le sentiment ou la crainte de castration. Comment alors éviter d'observer que les quelques homes qui ont produit les rêves étudiés étaient tous, à ce stade de leur cure, frappés d'impuissance ? Comment ne pas remarquer que la plupart des femmes dont un rêve accueille le coquelicot avaient des préoccupations relatives à la procréation, à la transmission de la vie, à la chaîne des vies. Ceci explique l'abondance des images de racines dans ces scénarios. Dans l'article consacré à l'arbre, l'association des racines et de la succession généalogique est largement développé.

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La tache rouge du coquelicot n'est pas seulement le sang de la terre ! Elle est aussi celui du cycle naturel. Elle est liée à la mère dans les deux acceptions du terme : mère de la rêveuse ou rêveuse en tant que mère.

Au risque de porter atteinte à la poésie des métaphores, nous souhaitons rapporter une observation significative : l'une des patientes dont les rêves ont été soumis à l'étude allaitait son enfant depuis huit mois lorsqu'elle fit un scénario dans lequel le coquelicot joue un rôle majeur. Lors de la séance suivante, la rêveuse nous apprenait que ses règles avaient fait leur réapparition dès le lendemain du jour où elle avait produit ce scénario. C'était la première fois depuis dix-sept mois !

La vie, le sang, la nature, la violence, la fragilité, la castration, la mort ! Parmi les fleurs champêtres auxquelles il est associé, le coquelicot n'est pas la représentation la plus innocente. La praticien qui reçoit cette image examinera avec attention l'état de la relation de la rêveuse à sa mère et de son rapport à la procréation. Sur l'un de ces axes, dans huit cas sur dix, il cueillera les fruits de son investigation."

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Littérature :


Coquelicot


Coquelicot, Quand je pense Que je te parle Et que tu l'ignores, Que j'envie ta fierté, ton assurance, Ton absence d'hésitation, Ta certitude d'avoir gagné, De continuer à rayonner, J'ai de la peine à sentir Qu'on ne communique pas Avec ce que l'on aime, ou admire Et je me sens seul, Étranger à moi-même. Tu ne le sauras pas, Mais continue À m'éblouir.

Eugène Guillevic, "Coquelicot" in Quotidiennes - poèmes, novembre 1994 – décembre 1996, Gallimard, 2002.


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