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  • Anne

Le Coquelicot



Étymologie :

  • COQUELICOT, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1545 coquelicoq (G. Gueroult d'apr. Delboulle ds DG) ; 1547 coquelicoz plur. (C. Estienne, De lat. et graec. nom. arbor., p. 55 ds Gdf. Compl.). Var. de coquerico (v. cocorico), attesté en 1339 au sens de « coq » (Inventaire de Charles VI ds Laborde) et utilisé pour désigner cette plante à fleur rouge par référence à la couleur de la crête du coq.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Chaudière du diable ; Ponceau ; Rose de Cérès.




Botanique :

Lire la fiche Tela Botanica.




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Utilisations :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot nous apprend que :


Une amusette très répandue consiste à faire éclater avec bruit sur le front ou sur la main les fleurs du coquelicot arrangées d'une certaine façon beaucoup de noms y font allusion les compagnons blancs, les silènes enflés, la nielle des blés, servent à des divertissements analogues.

[...] Madame de Genlis décrivait, il y a une centaine d'années, un jouet tout aussi facile à fabriquer et vraisemblablement ancien : On fait du coquelicot épanoui une charmante petite poupée les pétales forment l'habillement et les bras an moyen des fils qui les attachent ; la petite tête fait le visage, le haut de cette tête forme une calotte, les étamines font une jolie fraise ou collerette autour du visage. Une gravure représente ce joujou, que connaissent encore les enfants d'Ille-et-Vilaine : ils retournent les pétales du coquelicot pour en faire un jouet qu'ils appellent un enfant de chœur ; en d'autres pays il a des noms tels que madone, moine, Guillaume. La tête du coquelicot fait, de même que celle du pavot, un hochet pour tes enfants ; on retrouve ce joujou en plusieurs pays.

[...] Aux environs de Paris, avant l'éclosion de la fleur du coquelicot, dont par un phénomène bizarre, les pétales enroulés dans les boutons se trouvent, être sur le même pied complètement blancs ou complètement rouges, les enfants jouent entre eux à deviner quelle sera la couleur du bouton cueilli, et s'interrogent ainsi : Poule ou coq ?Celui qui dit poule, gagne si les pétales sont blancs, celui qui dit coq s'ils sont rouges. En d'autres pays on dit simplement rouge ou blanc et lui fait éclater les boutons sur le front.

Selon Lionel Hignard et Biosphoto, auteurs de Fabuleuses histoires de graines (Éditions Belin, 2011),


"En examinant attentivement la dispersion des graines de coquelicot dont la capsule parsemée de petits trous laisse échapper les gaines à maturité, le savant autrichien Raoul Heinrich Francé, eut l'idée d'inventer la salière que l'on trouve aujourd'hui sur les tables."

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Aux environs de Dihan, c'est Dieu qui, pour punir le coquelicot trop fier de sa beauté a permis au diable de le toucher ; ses doigts ont produit les taches noires que l'on voit au fond de la corolle.

[..] En Wallonie, on fait éclater la foudre en ramassant des coquelicots.

[...] Les plantes qui constituent une protection contre l'orage sont assez nombreuses : tantôt elles sont efficaces par elles-mêmes, tantôt on croit que leur vertu est augmentée par une cérémonie religieuse. Il semble toutefois qu'elle est intervenue, surtout au début, pour christianiser une antique observance païenne. [...] En Wallonie, où le coquelicot porte les noms de Fleur du tôni (Liège), fleur di tonir, tonir, tonoire, on en met dans la charpente sous le toit.

[...] Un médecin du XV1e siècle rapporte ainsi un préjugé qui n'a pas été relevé de nos jours ; on dit aux enfants que la fleur du pavot rouge, qu'on nomme lagagne en Languedoc (de ce qu'elle fait venir les yeux rouges et chassieux, à qui les regarde fort attentivement s'il a les yeux tendres et délicats, comme a un enfant) que le manier de la dite fleur fait pisser au lit.

[...] En Haute-Bretagne, on leur dit [aux enfants] que s'ils s'amusent à trop manier les coquelicots ils gagneront le feu sauvage.

[...] En Anjou, les jeunes mariés désireux de savoir de quel sexe sera leur premier-né prennent un bouton de coquelicot, séparent les deux sépales, et les pétales reployés s'échappent de cette espèce de corselet ; si les pétales sortants sont divisés et affectent vaguement la forme des deux jambes d'un pantalon, le premier-né sera un garçon si, au contraire, ils restent unis et présentent la forme d'un tablier, ce sera une fille.

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Symbolisme :


Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


COQUELICOT - REPOS.

Espèce de pavot. Ses fleurs ont constamment quatre pétales rouges avec une tache noire à l'onglet. Les coquelicots doubles donnent plusieurs variétés de couleurs, tant pleines que mélangées. Les fleurs de pavot sont légèrement somnifères.

Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi le Coquelicot :

Mot clef : Excentricité fantasque


Midi chauffe et sèche la mousse ;

Les champs sont pleins de tabourins ;

On voit dans les champs une lueur douce,

Des groupes vagues et sereins.


Là-bas, à l'horizon, poudroie

Le vieux donjon de Saint-Louis ;

Le soleil dans toute sa joie

Accable les champs éblouis.


L'air brûlant fait, sous ses haleines

Sans murmures et sans échos,

Luire en la fournaise des plaines

La braise des coquelicots. [...]


On voit au loin les cheminées

Et les dômes d'azur voilés ;

Des filles passent, couronnées

De joie et de fleurs, dans les blés.


Victor Hugo (1802-1885), "Jour de fête aux environs de Paris".


Dans le langage des fleurs, le Coquelicot exprime généralement l'extravagance fantasque ; pourtant, il appartient au genre Papaver, qui regroupe tous les Pavots, et ces plantes ont pour valeur emblématique l'oubli, l'apaisement et le sommeil.

Si le Coquelicot représente l'excentricité et l'inconstance, c'est peut-être parce que sa tige est très fine et que la fleur frémit au moindre souffle, ou bien parce qu'elle passe et se fane très vite. C'est une plante d'été, amoureuse des lieux ensoleillés, des talus et des prairies sèches, qui apprécie les champs de céréales, de blé en particulier.

Les Romains l'appelaient parfois Rose de Cérès, en hommage à la déesse des Moissons, censée la faire pousser. Celle-ci était d'ailleurs représentée portant une corbeille d'épis entremêlés des fragiles fleurs rouges. Dans la mythologie grecque, Déméter, divinité agraire, buvait des décoctions de Coquelicot pour apaiser son chagrin, provoqué par le rapt de sa fille Perséphone par Hadès, le dieu des Enfers.

Les Coquelicots, en raison de leur couleur vive - on prétend qu'elle a le pouvoir de donner mal à la tête -, ont également mérité le nom de Chaudière d'enfer et de Ponceau (qui signifie simplement "rouge"). Mais le nom classique de la plante évoque le coq et sa crête écarlate : coquelicot vient de "coquerico", ancienne graphie de "cocorico".

Claude Monet, dans son célèbre tableau Les Coquelicots, traduit admirablement l'intense vibration que ces fleurs solaires introduisent sur le vert des prairies.

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Selon le site http://pistar.chez.com/ de la druidesse Viviane Le Moullec voilà ce qu'on peut comprendre du coquelicot si on sait l'écouter attentivement :

"Comment les humains m'apprécient : Ma foi... ces derniers temps, ils ont eu tendance à oublier que mes éclatants pétales soignaient leur gorges et leur procurait un doux sommeil en tisane légère le soir.


Où me trouver ? Pour la tisane, c'est chez l'herboriste et pour le plaisir, on commence à me revoir dans les fossés, au bord des champs.


Mon portrait par moi-même : Il y a 50 ans encore, les enfants transformaient mes fleurs en éphémères poupées, comme autrefois dans l'Antiquité où j'étais la Douce Dame du Paradis. Si vous m'aimez, je vous donnerai beaucoup d'amour en échange et beaucoup de beaux rêves aussi. La réalité n'est pas à la hauteur de vos espérances ? Mais savez-vous encore rêver ? Accueillez-moi dans votre cœur et je vous réapprendrai les chemins nocturnes de la vraie vie, celle que vous rêvez aujourd'hui et construirez demain... Vous ployez sous les conditions inhumaines de la vie d'aujourd'hui ? Laissez-moi vous réchauffer le cœur pour faire fondre la glace des tristes souvenirs et les transformer en chaleur fécondante d'émotions positives et libres."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Le coquelicot, petit pavot sauvage de couleur rouge, est comme ce dernier l'emblème du repos et de l'oubli ou encore de la consolidation "car le sommeil endort le chagrin". Selon une légende grecque, la fleur fut créée pour Déméter, déesse de la Fertilité et de la Terre cultivée, qui était si épuisée par la recherche de sa fille Perséphone, enlevée par Hadès, qu'elle ne s'occupait plus de faire pousser le maïs. Le dieu du Sommeil lui offrit des coquelicots pour la faire dormir : lorsqu'elle fut reposée, elle put enfin se consacrer à la précieuse céréale. Les Anciens croyaient d'ailleurs que la présence de coquelicots dans un champ était indispensable à la prospérité du maïs.

Un petit sachet de graines de coquelicot glissé sous l'oreiller favorise le sommeil et promet des rêves agréables. En Roumanie, celui qui se couche près de la plante s'endort. Quelques graines dans un morceau de tissu blanc provoquent gaieté et bonne humeur. Le coquelicot, qui stimule également la créativité, est l'amulette idéale des écrivains et des artistes.

Pour savoir si l'on est aimé, on fait claquer un pétale de coquelicot dans ses mains : l'intensité du bruit indique celle du sentiment. En Anjou, pour connaître le sexe de leur futur enfant, les jeunes mariés séparent les deux pétales d'un bouton de coquelicot et examinent la conformation des pétales qui s'en sont échappés. S'ils sont divisés, on peut parfois y deviner la forme des deux jambes d'un pantalon, signe que le premier-né sera un garçon. Ce sera une fille si les pétales demeurent unis et ressemblent à un tablier.

Probablement à cause de ses propriétés narcotiques - qui dort n'est plus maître de lui-même -, le coquelicot, comme le pavot, est parfois maléfique : en Angleterre, il ne faut pas en avoir chez soi et il faut même éviter d'en cueillir. D'ailleurs, le tonnerre éclate quand on ramasse des coquelicots, disent les Anglais et les Belges. Toutefois, placé dans la charpente sous le toit, un coquelicot protège de la foudre.

En France aussi, la plante inspire quelque méfiance. Ne raconte-ton pas dans les environs de Dinan que jadis, Dieu, pour punir le coquelicot de la fierté que lui inspirait sa beauté, permit au diable de porter la main sur cette fleur ? Le démon y a laissé son empreinte pour l'éternité : ce sont les taches noires que l'on voit fréquemment au fond de la corolle du coquelicot.

Dans le Midi, regarder trop fixement un coquelicot rend les yeux rouges et chassieux. Un enfant qui en touche aura des crises d'incontinence urinaire. En Haute Bretagne, c'est le feu sauvage que l'on risque en maniant ces fleurs de façon immodérée.

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : La Fragilité ; La Beauté éphémère.


Savez-vous ? : Le mot coquelicot vent du vieux français "chant du coq". L'autre nom du coquelicot est la chaudière de l'enfer en raison de ses effets soporifiques. Les Celtes réduisaient les feuilles de cette fleur et mélangeait la poudre obtenue à la bouillie des bébés pour les endormir. Au Maroc, les femmes de certaines tribus berbères de l'Atlas pilent toujours les fleurs séchées de coquelicots pour en faire un fard à joues et du rouge à lèvres. ans la ville de Nemours, les fleurs de coquelicot entrent dans la composition de bonbons : les coquelicots de Nemours.


Usages : Symbole de fragilité, les fleurs de coquelicots ne s'offrent jamais car elles se fanent sitôt cueillies.


Légendes : Morphée, le dieu grec des songes, recevait, en offrande, des couronnes de coquelicots. Quant à Perséphone, déesse des moissons, elle renaît chaque printemps sous la forme d'un coquelicot.


Message : Rien n'est éternel."

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


La fleur rubis annon