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  • Anne

Les Insectes





Étymologie :

  • INSECTE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1553 (P. Belon, Observations, II, 34 ds R. Philol. fr. t. 43, p. 193). Empr. au lat. insecta de même sens, plur. neutre de insectus, part. passé de insecare, de secare « couper », calque du gr. τ α ̀ ε ́ ν τ ο μ α plur. neutre du gr. ε ́ ν τ ο μ ο ς « entaillé ».


Lire également la définition du nom insecte afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Croyances populaires :


Selon Grażyna Mosio et Beata Skoczeń-Marchewka, auteurs de l'article "La symbolique des animaux dans la culture populaire polonaise, De l’étable à la forêt" (17 Mars 2009) :


”Oh, quelle diversité de vers y-a-t-il, ma mère ! Pour chacun d’eux, j’enlèverais ma chaussure et je le tuerais. Aucun ne me plait absolument” (Olędzki 1963: 105) – une habitante des Kourpie exprimait ainsi actuellement son opinion sur les insectes. On peut y dénoter la crainte résultant des anciennes croyances. Selon celles-ci les insectes, êtres capables de voler, peuvent quitter ce monde et avoir des contacts avec les forces impures et avec les âmes. Avant 1929 le maire de Dzików Jan Słomka écrivit dans ses mémoires: “s’il y avait des insectes dans le puits de quelqu’un (...), on disait qu’une femme y avait puisé de l’eau avant ses relevailles, ce qu’on prenait pour une grande vengeance et un péché” (Słomka 1983 : 132). Il faut préciser que dans la culture populaire traditionnelle la femme avant la cérémonie religieuse des relevailles, c’est-à-dire de sa purification, était également considérée comme un être impur, autour duquel se concentraient des puissances nocives. Selon les anciennes croyances, les âmes des défunts et des vivants – pendant leur sommeil prenaient l’apparence d’insectes, de papillons par exemple. Dans la région de Żywiec “quand on laboure et qu’on voit dans le champ un insecte, il est interdit de le tuer, parce que c’est une âme en pénitence” (Moszyński 1967 : 549). Dans la région de Siedlce il existait un préjugé disant que l’âme sous forme d’insecte, jetée dans un poêle avec un morceau de bois, “piaule” sous le feu (Moszyński 1967 : 549)."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Ce groupe de symboles, plus radicalement que tout autre, permet de mesurer la distance qui sépare le savoir du sentir, les catégories savantes de l'intellect rationalisant des formes sensibles à travers lesquelles s'exprime l'imaginaire. Les classements raisonnés de l'entomologiste lui permettent de maîtriser un peuple divisé en plus de cent mille espèces. L'explorateur des rêves, au terme de ses longues expéditions dans toutes les zones de l'imaginaire, sait que celui-là satisfait l'essentiel de ses besoins à l'aide d'une demi-douzaine de ces animaux.

Dans l'ordre de leur fréquence d'apparition sur la scène onirique, les acteurs es plus en vue sont le papillon, la fourmi, l'araignée, la libellule, le scarabée, la coccinelle. L'abeille s'intercalerait au quatrième rang mais le rêve l'associe rarement au mot "insecte'". Au fil des scénarios, on trouvera ça ou là quelques mouches, scolopendres ou lucanes. Il demeure que les six invertébrés que nous avons signalé assurent 90% des associations observées avec le terme insecte. Pourquoi consacrer un article particulier à cette famille générique et ne pas s'en tenir à l'interprétation séparée de chacun des quelques symboles qui la composent ? La plupart des auteurs qui ont traité du symbolisme ont évité cette approche globale. Celle-là me paraît pourtant justifiée par deux arguments complémentaires.

D'une part, dans beaucoup de scénarios, le mot "insecte" est prononcé sans plus de précision, ce qui oblige à remarquer que l'inconscient tient compte de caractéristiques communes à l'ensemble des espèces entrant dans cette vaste famille. D'autre part, il est facile de déterminer les caractéristiques objectives communes à tous les insectes et qui favorisent des projections psychologiques spécifiques.

La propriété majeure, commune à tous les insectes, est le passage, au cours de leur vie, par les stades visibles, tranchés, connus de la métamorphose. La chenille qui s'enferme dans le cocon et qui en sort sous la forme ailée du papillon multicolore s'inscrit, dans la psyché de chaque enfant, non seulement comme la manifestation du merveilleux, mais comme la preuve du merveilleux ! Nulle action miraculeuse de la fée ou de la sorcière ne put être réputée impossible quand la nature commet sus les yeux de l'enfant l'acte magique de la trans-formation ! Le cocon est avant tout l’œuf à l'intérieur duquel s'accomplit le mystère de la métamorphose. Il n'y a pas de différence subjective entre l’œuf alchimique, la chrysalide et la dynamique du rêve. Ce sont trois dimensions de la magie.

La magie ! Ce thème revient dans de nombreux articles du Dictionnaire de la symbolique. La magie peut se définir comme l'effet perceptible d'une cause indéterminée. L'insecte est magie en ses métamorphoses. Le rêve aussi ! Le processus de transformation qui s'accomplit pendant la séance de rêve éveillé et dont les images reçues portent témoignage est l'effet perceptible de l'action insaisissable de l'influx nerveux sur l'état des neurones. Le succès de toutes les thérapies qui font appel à la visualisation repose pour l'essentiel sur la dynamique de l'imaginaire. L'image, alors, se fait magie.

Lorsqu'il apparaît dans le rêve, l'insecte exprime le plus souvent la disposition grandissante du patient à s'en remettre à cette dynamique, dont il ressent les effets positifs sans en comprendre le mécanisme.

Mais la magie n'échappe pas à la loi d'ambivalence. Elle a son versant clair et son côté sombre. La magie blanche et la magie noire étendent jusqu'au profond du rêve leur compétition de toujours.

L'insecte peut attester la confiance du rêveur dans un processus d'évolution auquel il apporte une adhésion naïve, dans le sens le plus positif du qualificatif. Il peut aussi dénoncer l'espérance d'une solution de la problématique exonérée d'un authentique engagement dans la démarche.Nous avons montré, dans Le Test de l'Arche de Noé, que les insectes composent, avec les batraciens - eux aussi soumis à la métamorphose -, la foule inévitable de toutes les "nuits du sabbat", des réunions sulfureuses placées sous le patronage diabolique. L'insecte, c'est aussi le grouillement, l'agitation, la fébrilité, qui signent l'inconfort de la nervosité névrotique.

Foule agitée, mouvements désordonnés des pattes, autant d'images qui trahissent l'insecte dans son rôle de propagandiste de la persévérance dans les attitudes contraires au sens de la vie. Les rêves, comme les textes littéraires, ne manquent pas de scènes qui démasquent l'appartenance de l'insecte au monde satanique ou - si l'on préfère - à l’univers de la névrose. Deux exemples vont illustrer la ressemblance entre les images oniriques et celles de la littérature. On connaît cette nouvelle de Kafka, La Métamorphose, dans laquelle un homme, enfermé dans un mode de vie qui l'étouffe, finit par se transformer en un gros insecte allongé sur le dos et qui agite désespérément ses pattes. Anne, depuis le début de sa cure, exprime obstinément une attente consciente relative à la solution d'un conflit de couple. Ses rêves ne tiennent aucun compte de cette demande et tendent à lui propose des axes d'évolution vis-à-vis desquels elle développe de solides résistances. Le dix-neuvième scénario commence par ces mots : « Je vois le crâne de Maurice [son ami]... j'associe à cette image des hurlements de nouveau-né ! Je ne supporte pas d'entendre cirer les bébés... là... j'ai ne image horrible ! Un animal, une espèce de gros insecte, couché sur le dos... il agite ses pattes... je suis habituellement très sensible aux insectes mais là, je prends un piquet et je le plante dedans... tout ça c'est noir ! C'est des images de tension, de violence... mais je n'ai pas envie d'avoir pitié... »

Ces quelques phrases ne révèlent rien d'autre que le tumulte psychologique, le malaise, engendrés par le refus de comprendre que la solution du problème de couple passe par la réduction des tensions intérieures de la rêveuse. Un bref extrait du second scénario de Delphine résonne comme l'écho douloureux d'un poème de Verlaine dans lequel al bouche de l'un des personnages exhale des insectes noirs. A l'époque où Delphine fait ce rêve, sa problématique est activée par le choc de la disparition récente d'un proche : « ... Là, c'est un insecte, qui vole... à la fois autour tout est blanc et il y a des motifs très édulcorés, des tons très pastel... c'est indescriptible... y a rien là... quelques genres de papillons ou de vers à soie, dans un nuage... là, maintenant, c'est vraiment atroce ! Je vois maman, comme sur sa photo de mariage... qui regarde... la bouche de papa... non ! C'est une espèce de trou noir et il y a plein d'insectes, de mouches, qui entrent et sortent... elle regarde là-dedans... maintenant je vois un portrait... c'est une tête de mort... non ! pas vraiment... et je vois un oiseau dans une espèce de nid et... dans le nid... j'ai cru que c’était un squelette, mais c'est un insecte, zen train de se gratter les côtes... »

Ces deux exemples mettent l'emphase sur le versant sombre de la symbolique de l'insecte. Un rêve de Suzanne, dont nous utilisons des séquences dans plusieurs articles, offre une magnifique illustration du rôle positif de la métamorphose, incarné par ce dernier. Dans ce scénario, le cocon devient le lieu transitoire, matriciel, où se prépare l'éveil de la psyché : « ... Les rayons de la lune sont comme un voile argenté qui vient du ciel... je m'enroule dan ce voile argenté... je m'enroule, m'enroule, m'enroule... jusqu'à devenir un cocon... un énorme cocon de soie blanc et argenté... et moi, dedans, je dors, comme une chenille, mais je ne suis pas une chenille ! Je suis une femme, blottie dans un cocon... je dors d'un sommeil infini, d'un sommeil de gestation. Et... comme le ver à soie, je sors de mon cocon... et peut-être que j'ai des ailes qui me poussent et je sens qu'il y a quelqu'un qui me regarde sortir de mon cocon, quelqu'un d'amical... ce sont des ailes très belles, diaprées, avec du bleu, de l'agent, du rouge aussi... je suis devenue une femme-papillon et je vais me poser sur un roseau... le paysage a changé... j'attends... je crois que je vais m'envoler... voilà !»

Ce passage termine un rêve d'une richesse symbolique exceptionnelle, entièrement inspiré par la dynamique de transformation. Le nid, l’œuf, sont fréquemment associés à l'insecte. Il est une autre association, moins évidente mais très signifiante : l'été. Cette corrélation, qui passe aisément inaperçue, pourrait suggérer une réflexion importante. Le froid de l'hiver engourdit l'insecte, le réduisant à une survie végétative. Le froid exerce sur l'âme le même effet paralysant. L'évolution psychologique, comme tous les processus de la vie, exige la chaleur de l'été. Épanouissement, mûrissement et pourrissement ne s'accompliront qu'au temps de l'insecte, dans la chaleur de l'été. On pourrait aller jusqu'à démontrer que la métamorphose a besoin d'un air bourdonnant, bruissant.

Bruissant ! Faut-il voir dans ces quelques réflexions l'explication du fait que la corrélation la plus forte avec l'insecte est le bruit ? Le bruit, quel que soit son mode d'expression, sauf l'harmonie musicale ! Anne associait au crâne de son ami les hurlements de bébé. Le bruissement d'ailes, le bruit de la rue, les cris du bébé les battements du cœur, les sons de toutes sortes accompagnent les apparitions de l'insecte onirique. Un passage du dix-septième scénario de Cédric montrera que ces rapprochements ne relèvent pas du hasard : « ... J'entends les battements d'un cœur... mais aussi le tic-tac d'une horloge et des bruits de pas... et, soudain, un condor m'enlève... il m'emporte jusqu'à son nid... il me dépose tout contre un œuf énorme... j'entends les battements d'un cœur, à l'intérieur... et il y a un deuxième œuf dans lequel j'entends le tic-tac d'ne pendule... et un troisième, d'où viennent les bruits de pas... [...] Je suis dans une forêt... j'ai vu des biches et des cerfs... j'ai prélevé du sang de la biche pour e l'inoculer... j'entends ds bruits d'insectes, qui s'amplifient, des bruits de mouches qui font un vacarme insupportable... »

Si l'on fait abstraction des contenus de la problématique de Cédric qui induisent ces images, il reste à constater l'étroite imbrication du bruit, de l’œuf et de l'insecte.

Dans les articles correspondant respectivement à chacun des sept compères que l'imaginaire choisit habituellement pour représentants de l'immense famille des insectes, papillon, fourmi, araignée, abeille, libellule, scarabée, coccinelle, on trouvera quelques rappels de ce qui précède. Dans chacun de ces articles sont également développés les aspects de la traduction spécifiques à l'animal étudié.

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Lorsque le rêve évoque une foule d'insectes indéterminés ou l'un de ces invertébrés sans en préciser l'espèce, le praticien qui reçoit l'image assurera sa traduction si son approche tient compte des grandes orientations suivantes :

  • la constitution de l'insecte, comme l'étymologie de son nom, dirige l'attention sur la forme. La forme dont les sections, tête, thorax, abdomen, suggèrent l'idée de pièces mécaniques assemblées, souvent en contradiction avec les canons de l'harmonie esthétique ;

  • l'insecte rêvé est souvent l'expression du difforme. La difformité, la fébrilité, la voracité, le grouillement, autant de caractéristiques qui apparentent le symbole au monde satanique. De ce point de vue, l'image est une représentation de la stagnation névrotique ;

  • l'insecte n'est pas seulement forme ou difformité. Il exprime surtout la transition de forme, la métamorphose. Celle-là, en fonction des autres éléments du rêve, peut dénoncer la tentation de la guérison sans l'effort d'introspection, l'attente d'une solution magique de la problématique ou participer activement, comme dans le scénario de Suzanne, à la dynamique d'évolution. En d'autres termes, l'insecte peut être le dénonciateur du recours à la magie noire ou l’opérateur de la magie blanche.

S'il observe les matériaux proposés par le rêve à travers cette approche simplificatrice, l'interprète ne sera pas en grand risque de se tromper.

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Littérature :


Insectes

M'éloignant davantage vers l'ouest, je vis des insectes à neuf segments avec des yeux énormes semblables à des râpes et un corsage en treillis comme les lampes des mineurs, d'autres avec des antennes murmurantes ; ceux-ci avec une vingtaine de paires de pattes, plus semblables à des agrafes ; ceux-là faits de laque noire et de nacre, qui croustillaient sous les pieds comme des coquillages ; d'autres hauts sur pattes comme des faucheux avec de petits yeux d'épingle, rouges comme ceux des souris albinos, véritables braises montées sur tiges, ayant une expression d'indicible affolement ; d'autres avec une tête d'ivoire, surprenantes calvities dont on se sentait tout à coup si frères, si près, dont les pattes partaient en avant comme des bielles qui zigzaguaient en l'air.

Enfin il y en avait de transparents, carafes qui par endroits seraient poilues ; ils avançaient par milliers, faisant une cristallerie, un étalage de lumière et de soleil tel, qu'après cela tout paraissait cendre et produit de nuit noire.


Henri Michaux, "Insectes" in "Mes Propriétés", La Nuit remue, Gallimard, 1935.

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Dans son roman policier Sous les Vents de Neptune (Éditions Viviane Hamy, 2004), Fred Vargas utilise l'insecte à des fins métaphoriques :


"Attelé à sa seconde pile le lendemain, le commissaire sentait un léger trouble bourdonner en lui comme un insecte coincé dans son corps, qui vrombissait entre ses épaules et son ventre. Une impression assez familière. Rien à voir avec les malaises qui l'avaient éreinté lors de la remontée du juge en torpille. Non, juste ce modeste insecte bruissant, un petit rien qui se cognait de-ci de-là comme une contrariété boudeuse exigeant son attention. De temps à autre, il ressortait sa fiche cartonnée, sur laquelle il avait ajouté les astuces de Mordent quant à la meilleure manière d'irriter les fantômes. Et il la parcourait, les yeux dans le beurre, comme avait dit le barman de L'Écluse.

Un léger mal de tête le propulsa vers la machine à café vers cinq heures. Bien, se dit Adamsberg en frottant son front, je tiens l'insecte par les deux ailes. Cette cuite de la nuit du 26 octobre. Ce n'était pas la cuite qui bourdonnait, mais bien ces foutues deux heures et demie d'oubli. La question revenait, vibrante. Qu'est-ce qu'il avait bien pu fabriquer durant tout ce temps sur le sentier de portage ? Et que pouvait lui importer ce minuscule fragment de vie échappé ? Il avait classé ce brin manquant au rayon de la mémoire poreuse, pour cause d'imbibation alcoolique. Mais, de toute évidence, ce rangement ne satisfaisait pas son esprit et le brin manquant ne cessait de sauter hors de son rayon pour venir le harceler discrètement."

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