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  • Anne

Le Bouton d'or


Article initié par Marie-Claire.


Étymologie :

  • RENONCULE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1549 ranuncule (J. Meignan, Hist. des plantes, LXXXVII ds Gdf. Compl.). Empr. au lat. ranuncula, prop. « petite grenouille » (bot. chez Pline, v. André Bot. ; en gr. β α τ ρ α ́ χ ι ο ν chez Dioscoride). Ce nom vient de ce que la plupart des espèces de ce genre habitent les lieux marécageux (v. Roll. Flore t. 1, p. 39).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


Pour connaître les particularités de la famille des renoncules, consulter le document extrait du site http://www.plantes-botanique.org/famille_ranunculaceae :


Famille : Renonculacées

Origine : Europe à l’ouest de l’Asie

Période de floraison : de mai à août

Couleur des fleurs : jaune d’or

Type de plante : plante à fleur herbacée, adventice

Type de végétation : vivace

Type de feuillage : caduc

Hauteur : 20 à 30 cm

Toxicité : comestible sec ou cuit, mais toxique frais. médicinale avec précaution


Le bouton d’or est une petite fleur jaune que tout le monde connait, un terme utilisé depuis des générations pour qualifier une petite fleur simple et dorée, qui pousse dans les prairies. Mais plusieurs espèces de renoncules se rassemblent sous ce nom d’usage, proches et difficiles à différencier : notamment, la renoncule acre, Ranunculus acris et la renoncule rampante, Ranunculus repens, dont les fleurs se ressemblent. Botaniquement parlant, le véritable bouton d’or est la renoncule acre, moins répandue, et surtout non envahissante.

Selon François Couplan et Eva Styner dans Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques (Editions Delachaux et Niestlé, 2013), les renoncules peuvent se classer en trois catégories :


- plantes aquatiques à fleurs blanches

- plantes terrestres à fleurs blanches ou rosées

- plantes terrestres à fleurs jaunes "les boutons d'or"

De très nombreuses espèces possèdent des feuilles caractéristiquement découpées en 3-5 lobes réunis à la base , mais certaines ont des feuilles entières, allongées ou élargies. La plupart ont des pétales munis d'une écaille à la base.

Toutes les renoncules sont à considérer comme toxiques, en particulier la renoncule sardonique, la renoncule vénéneuse des hautes montagnes et la renoncule scélérate. Les renoncules les plus répandues sont la renoncule âcre, la renoncule rampante et la renoncule bulleuse, toutes à fleurs jaunes.


Confusions possibles : entre les différentes espèces de la nombreuse famille des Renonculacées.


Toxicité : toutes les renoncules sont irritantes et toxiques à des degrés divers. La plus dangereuse est la renoncule sardonique, utilisée comme poison dans l'Antiquité (elle provoquait dans la mort une crispation particulière du visage, le sourire "sardonique") et la renoncule vénéneuse, qui servait autrefois à empoisonner les pointes des flèches. On raconte que les mendiants utilisaient au Moyen-Age la renoncule scélérate pour frotter leurs membres avec la plante fraîche afin de provoquer des ulcérations et d'attirer ainsi la pitié des passants.

Dans la plupart des cas, les troubles consécutifs à l'ingestion se limitent à l'irritation violente des muqueuses buccales et du tractus intestinal.


Composition : toutes les espèces renferment en quantité variable un hétéroside de lactose, le ranunculoside, libérant par hydrolyse une substance vénéneuse, la protoanémonine, qui disparaît au séchage. Elles contiennent aussi des saponosides.


Utilisations alimentaires : les feuilles de ficaire, peu âcres, sont potentiellement comestibles. La base renflée de la tige de la renoncule bulbeuse peut être consommée après trempage et cuisson à l'eau. Sa saveur n'est pas désagréable et elle est nutritive.

Particularité du bouton d'or :

La Renoncule rampante est toxique lors qu’elle est fraîche : lorsqu’elle est écrasée, donc mâchée, elle libère des enzymes qui elles-mêmes ouvrent les vésicules stockant l’anémonine, une toxine irritante au toucher, et provoquant des indigestions, inflammation du tube digestif et diarrhée. C’est un stratagème pour se protéger de la prédation, cette réaction chimique rend la plante amère, et les animaux l’évitent. Une fois sèche ou cuite la plante perd sa toxicité. Elle peut donc être incorporée dans le foin pour les animaux.

Elle possède également la particularité d’inhiber la croissance des plantes voisines, surtout des fabacées (par exemple le trèfle). Du point de vue médicinal, la plante peut être utilisée pour un usage analgésique.

Lorsque les populations ont connu la disette, cette plante était consommée cuite, de manière à perdre sa toxicité.


site http://www.aujardin.info/plantes/ranunculus-repens.php

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Les scientifiques s'en mêlent

«T'aimes le beurre ?» : un jeu enfantin consistant à mettre un bouton-d'or sous le menton d'un camarade avant d'affirmer que le reflet sur la peau «prouve» qu'il l'aime a été élucidé par des scientifiques de l'université de Cambridge.

Ce "jeu" vient des temps pas si lointains où le beurre était baratté dans les campagnes où les superstitions fleurissaient. Il était d'usage de croire que si l’on mangeait le premier bouton d’or aperçu au printemps, le beurre serait bon toute l’année ; si l'on déposait dans le pot à lait les trois premières renoncules trouvées, le beurre serait bien jaune ; si on touchait le menton de la fermière avec un bouton d’or et que cela laissait des traces jaunes, son beurre serait réussi...


Rayonnement comparable à un miroir :

Le renoncule (Ranunculus repens) est surnommé bouton-d'or en français, «buttercup» en anglais, «Butterblume» en Allemand, et «boterbloem» en néerlandais soit «fleur de beurre» pour le reflet jaune, semblable au beurre, qu'il produit lorsqu'on l'approche de la peau. «Les scientifiques s'intéressent à son fonctionnement depuis plus d'un siècle», explique la célèbre université britannique dont l'article est publié dans le journal Interface de la Royal Society, équivalent de l'Académie française des sciences.

Les départements de physique et de botanique de Cambridge ont découvert que la structure très particulière des pétales explique l'exceptionnel rayonnement du bouton-d'or, d'une intensité comparable à un miroir. Les cellules des pétales sont constituées de deux surfaces extrêmement plates, séparées par une couche d'air. La réflexion de la lumière par la surface lisse des cellules et par la couche d'air double l'éclat du pétale, ce qui explique que le bouton-d'or réfléchisse davantage la lumière que toute autre fleur.

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Un éclat pour séduire les insectes :

Les chercheurs de Cambridge ont également découvert que le bouton-d'or réfléchissait une dose importante de rayonnement ultraviolet, auxquels les abeilles et les autres insectes pollinisateurs sont très sensibles. L'éclat du bouton-d'or serait destiné à séduire les insectes, qui vont permettre à la fleur de se reproduire, indépendamment du jeu enfantin en vogue dans de nombreux pays, dont le Royaume-Uni et la France.

«Bien que maints facteurs, comme l'odeur et la température, influencent la relation entre les pollinisateurs et les fleurs, l'aspect visuel est un élément majeur de communication», a expliqué Silvia Vignolini, de l'université de Cambridge. «Notre recherche offre un aperçu passionnant à la fois sur un jeu d'enfants et sur la façon dont les fleurs attirent les insectes pollinisateurs», résume Beverley Glover, du département botanique, dans le communiqué de l'université.

site http ://www.20minutes.fr/sciences/842630-20111214

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Propriétés médicinales :


Le bouton d'or comme toute la famille des Renonculacées contient un alcaloïde puissant et, pour cette raison, il n'est pas utilisé en phytothérapie mais, malgré sa toxicité, notre jolie fleur est un petit trésor de soleil concentré.

En élixir floral, en teinture mère ou en homéopathie, il ne présente aucun danger. La teinture mère et les granules homéopathiques se préparent avec la plante entière fraîche et fleurie.

La force du bouton d'or : sa simplicité et son énergie à se tenir droit.


Propriétés thérapeutiques

- Vésicante et rubéfiante

- Antispasmodique et analgésique


Constituants

Saponines ; Anémonine ; Protoanémonine ; Amidon ; Sels minéraux.


Indications thérapeutiques

Utilisé dans tous types de douleurs associées à des pathologies inflammatoires de la sphère ORL ou dermatologique :

Maux de tête ; Douleurs rhumatismales ; Névralgies ; Rhinopharyngites ; Rhinites type allergique ; Maladies virales comme le zona, l'herpès, la varicelle.


Toxicité

- Brûlures des muqueuses, particulièrement nasales, oculaires et digestives.

- Nausées et vomissements.

- Convulsions, insuffisance circulatoire et respiratoire selon la toxicité plus ou moins sévère de l'espèce ingérée.

La toxicité des plantes les moins toxiques disparaît lorsque la plante sèche ou lorsqu'on la fait cuire. La renoncule sardonique, la renoncule scélérate et la renoncule vénéneuse sont les espèces les plus toxiques.

Dans la Revue de l'histoire de la pharmacie (1947-n°118-p.202), le Dr Paul Delaunay présente les méfaits du bouton d'or ou les dangers de la phytothérapie :


"Les prieurs-curés de Germond en Vendée tenaient les registres baptistaires et mortuaires de leur paroisse avec étude, zèle et soin. Et l'on y trouve mention de l'imprudence du chirurgien François Denis, lequel, pour avoir appliqué sans précautions et nimis largâ manu, de la renoncule pilée sur les jambes oedèmatiées du R.P. Chalmette, envoya son client de vie à trépas. Pour que nul n'ignorât cette impérétie, le prieur Corraud donna à ses ouailles lecture publique de l'acte mortuaire, ainsi conçu :


"Le 13 juillet 1738 a été inhumé dans le tombeau des prieurs, à droite du chœur, dans l'église de Germond, Anne Chalmette, prieur, après avoir reçu tous les sacrements et avec une résignation admirable, quoique dans de grandes souffrances causées par l'ânerie (sic) du chirurgien F. D... de cette paroisse, qui lui appliqua des oignons de bouton d'or pilés sur ses jambes pour les faire fluer, ce qui les lui brûla entièrement, et ce en présence de toute la paroisse, qui n'a néanmoins pas signé."

E.P. Corraud, prieur


(D'après Ricochon : Un révulsif d'autrefois. La prescription du chirurgien François Denis, de la paroisse de Germond ; in L'Union médicale des praticiens français, 1947, pp 123-126)

On a utilisé jadis les propriétés vésicantes des feuilles de Ranunculus acris L et Ranunculus bulbosus L. L'ingestion de ces plantes fraîches serait dangereuse pour le bétail. Le document précité atteste qu'elles ne sont pas moins toxiques pour les moines Augustins

"Le bouton d'or apporte estime de soi et confiance à ceux qui doutent d'eux-mêmes, qui se sous-estiment, qui ne savent pas s'apprécier à leur juste valeur. Apporte ouverture et confiance chez les tempéraments timides et réservés.

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Symbolisme :


Selon Ted Andrews, dans Le Monde enchanteur des Fées (1993, 2006),


"La fée de cette fleur éprouve tant de compassion et d'empathie pour les humains qu'elle ne souhaite que nous aider à découvrir nos dons et la manière de les exploiter durant notre vie actuelle. Cette fleur et sa fée nous font bénéficier de leurs grandes vertus thérapeutiques et de leur immense compréhension de la condition humaine. C'est pourquoi elles contribuent à nous faire redécouvrir notre valeur personnelle. Elles nous font voir les occasions qui s'offrent à nous et nous indiquent de nouvelles voies à emprunter."

Le bouton d'or dans le langage des fleurs exprime la joie d'aimer et, en général, la joie.

Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


A l'entrée bouton d'or : La consultation augurale par effeuillage peut s'opérer avec un bouton d'or (procédé utilisé notamment en Wallonie) : on interroge la fleur comme on le ferait avec une pâquerette en disant : "il (elle) m'aime, un peu, beaucoup..."

Les petits Anglais et les petits Bretons placent sous le menton de leurs camarades un bouton d'or ; si une lueur jaune apparaît, cela signifie qu'ils aiment le beurre ! Ce petit jeu innocent mais néanmoins entaché de superstition s'explique par le rapprochement de la couleur de la fleur et de celle du beurre, rapprochement évident dans la croyance voulant que celui qui mange le premier bouton d'or rencontré au printemps est certain d'avoir du bon beurre ou de ne pas en manquer de l'année.


A l'entrée renoncule : Cette plante est surtout associée à des interdits ; on racontait aux enfants que s'ils touchaient les renoncules des champs, les poulets de la ferme en mourraient aussitôt 'Cher). Ceux qui en portaient à la bouche risquaient de redevenir sales la nuit (Liège).

Pour preuve de sa mauvaise réputation, dans l'Aube, à certaines dates, on répandait les fleurs derenoncule des champs devant la porte des maris trompés.

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion 2000) :


"La renoncule, souvent mécontente, mérite bien son nom qui vient du latin ranunculus, grenouille en colère. Elle estime qu'elle a des reproches à faire et ne craint pas de les formuler. Blanche, elle s'étonne : "pourquoi vous détourner de moi ?" et avertit : "un ennemi vous guette, prenez garde". Jaune d'or, elle n'y va pas par quatre chemins. "Vous êtes ingrat(e)". Rouge, elle se montre lucide : "vous méconnaissez mon amour". Prudente, elle signale cependant : "n'essayez pas de me joindre, on nous surveille !"

Nette et sans détour, la renoncule porte bien son surnom, fleur de l'impatience. D'où lui vient-il donc ? Au XIXe siècle, l'auteur anonyme du manuel La Flore galante, qui faisait alors autorité, fournit cette curieuse explication : "Son fond jaune, parfois violacé, ressemble assez bien au teint bilieux et couperosé des personnes qui se livrent facilement à l'impatience. C'est de là, probablement que lui est venue son acception emblématique". On peut évidemment préférer d'autres interprétations plus scientifiques. Ou, à défaut, plus plaisantes.

Impatiente ou pas, la renoncule nous a donné le gentil bouton d'or qui étoile nos prairies. Elle nous est arrivée de Palestine dans les bagages du roi Louis IX, revenant de croisade. Toujours parce qu'on lui reproche son impatience, on la nomme aussi "renoncule scélérate"'. Pas de doute, cette fleur a du caractère.


Mots-clefs : "Franche et impatiente".

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Symbolisme celte :


Le 1er mai est la fête de Beltaine, fête du feu et de la lumière solaire dans la tradition celte. C'est la fête rituelle en l'honneur du renouveau et de la lumière rayonnante qui marque sa victoire définitive sur les ténèbres de l'hiver. C'est en premier lieu la fête de la fertilité soulignant la renaissance de la nature où les fleurs sauvages honorent cette renaissance en se préparant à éclore dans toute leur splendeur. Le bouton d'or fait partie de ces fleurs lumineuses que les femmes cueillent en bouquet dans les forêts pour les offrir au feu de Bélénos et de Belisama.


site http://calendrier.celtique.free.fr/

Le bouton d'or était connu pour ses propriétés apotropaïques (du grec apotropein, « détourner »). Il était d'usage de déposer des bouquets suspendus dans les maisons, sur le rebords des fenêtres, sur les escaliers extérieurs pour conjurer le mauvais sort et/ou détourner les influences maléfiques.


Thierry Jigourel, Sagesse celtique, éditions Hachette

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Mythes et légendes :


Le bouton d'or est l'un des attributs d'Héphaïstos dieu grec du feu et des métaux au même titre que le marteau, l'enclume, la béquille et l'âne.


- Racine et ramille ! Saxifrage et tisane d'herbes ! Aux noms de Pan, Mab, Artémis, Ahrianrad, Dannan et mon nom car moi, Titania suis votre reine, revenez déposer votre lumière, ouvrez les portes du pays éternel ! Bouton d'or et églantine ! Ressuscitez et revenez !


Didier Fédou, Les terres de légendes, "Amalric sur les chemins de ses rêves" , éditions Didier Fédou (2014)


Le petit bouton d'or se trouve dans un champ appelé "Champ des lumières". Ce champ est enfermé dans une toute petite boîte à musique. Les elfes s'en servent pour se guider la nuit...

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Erin go bragh !


Boyle de Boylagh n’avait qu’une fille, la princesse Aileen, dont la beauté était en grand renom et par terre et par mer. Sa mère étant morte quelques heures avant sa naissance, on confia la garde et l’éducation de l’enfant au roi son père. De bonne heure on lui avait appris à monter le coursier le plus rapide de l’Irlande, et rien de plus charmant que de voir la princesse dans une robe d’or et d’argent sur son poney richement caparaçonné, ses yeux bleus étincelants de santé et de plaisir, tandis que ses longs cheveux, d’un blond cendré, folâtraient sur son manteau à riantes couleurs. Toujours quelques rares spécimens de chiens chasseurs – l’orgueil de la maison de Boylagh – l’accompagnaient dans ses courses, les uns piquant de l’avant en courant, les autres tirant de l’arrière comme pour provoquer les tendres paroles d’encouragement de leur maîtresse.

Cependant, la renommée de la princesse s’était étendue de plus en plus loin ; de la cour du roi son père à toutes les différentes parties de son pays, le nom de la princesse Aileen s’était répandu dans tout le reste de l’Europe. Au point que tous les mois, au moins un riche prétendant avec sa suite venait offrir ses hommages à la belle dame. Chacun chantait son pays, sa famille princière et les faits de valeur qu’il avait accomplis, mais la princesse ne les entendait même pas. Enfin se présenta un jour à la cour de Boyle de Boylagh un ménestrel errant de race celtique.

C’était un jour de fêtes et de chansons appelé la Saint-Patrice en l’honneur du grand libérateur d’Erin. De tous pays, beaux chevaliers et belles dames étaient accourus auprès de la princesse dont c’était le jour de l’anniversaire de la naissance, pour lui dire de tendres choses. Le ménestrel errant, perdu dans la foule, demanda qu’on lui permît d’accorder sa harpe et de faire entendre un chant de son pays en présence de la princesse et de ses hôtes. Le prince se prit de rire de ce rustre mal peigné qui avait l’audace de se joindre à l’assemblée joyeuse et d’entrer en lice avec des maîtres en poésie, tels que ceux qui avaient chanté avant lui. Mais la princesse intervenant : « Les ménestrels étrangers chanteront-ils mes louanges, dit-elle, sans que nul fils d’Erin ne fasse entendre les accords de sa harpe ? Que ce barde celtique soit le dernier qui me rende honneur », et elle appela le ménestrel d’Erin qui, ployant le genou avec toute la grâce d’un prince devant cette reine de beauté, chanta ce poème :

« Pourquoi quitterais-tu le beau pays d’Érin pour t’en aller errer au loin ?

« Pourquoi quitterais-tu le vallon verdoyant, si moelleux sous tes pieds, avec ses marguerites et ses boutons d’or qui n’ont de sourire que pour toi ?

« Pourquoi quitterais-tu les ruisseaux gazouillants qui, les premiers, t’ont appris à chanter ? Le bruit des fleuves étrangers feront gémir ton cœur au souvenir des ruisseaux de ton enfance.

« Pourquoi quitterais-tu la tombe encore fraîche de ta mère en la confiant à des soins étrangers ? Peux-tu l’apporter avec toi par-delà les mers ? Ah ! comme elle est lourde la main de l’étranger !

« Pourquoi quitterais-tu les princes d’Érin qui se suspendent à tes lèvres et ne jurent que par ta chasteté, pour des étrangers qui ne recherchent que ta beauté ? La beauté meurt, le squelette le dit partout. L’amour seul est durable. Écoute bien ! Ton ménestrel veut te prévenir avant de te laisser... »

Il y avait des larmes dans les yeux de la princesse et la tristesse remplissait son âme. Ses yeux rencontrèrent ceux du ménestrel..., un éclair brilla pour un moment et l’un et l’autre se révélèrent les profondeurs de leur cœur. Le Prince Royal était irrité de ce qu’en un jour de fête comme celui-ci un ménestrel avait osé jeter une note triste, et ordonna qu’il fût immédiatement chassé de la cour.

Peu de jours après, la princesse était devenue extrêmement morose et triste. Les plaisirs de la chasse et de la compagnie qui l’entourait ne lui disaient plus rien. Le prince s’en aperçut et, croyant que sa fille aimait le brave chevalier espagnol Bolivar, il voulut mettre un terme à ses chagrins en hâtant le jour du mariage. On commença à faire de grands préparatifs pour l’événement prochain, tandis que la princesse apportait à tout la plus profonde indifférence.

Un soir, après avoir entendu de sa vieille nourrice le récit détaillé des Fées et de leurs danses éthérées, la princesse Aileen, accompagnée d’une bonne fidèle, laissa vers minuit le château de son père pour mettre à l’épreuve les tableaux fantastiques de sa nourrice. À la pointe du jour, elle s’assit sous un arbre touffu pour pleurer sur son mariage prochain.

Tout à coup on entendit les sons d’une musique lointaine et bientôt une multitude de petits hommes et de petites femmes vêtus de rouge et de bleu s’élevèrent à travers l’herbe verte et commencèrent à danser en chantant une ronde joyeuse sur le gazon. La princesse, profondément effrayée, pressait sa bonne de revenir au château, mais le Roi des Fées, comme s’il eut deviné sa pensée, ordonna à ses chevaliers et ses dames de se joindre les mains et de former un cercle autour de l’arbre touffu, rendant impossible toute tentative d’évasion. Après quoi, le Roi s’avança vers la princesse en chantant : « Quand l’amour est absent, l’hymen est triste : épouse-moi et sois bonne fée à ton tour. »

À l’instant, la bonne se signa ; mais comme la princesse, dans son étonnement, avait oublié de le faire, le Roi la toucha du bout de sa baguette magique. Ce fut alors que retentit un grand bruit de voix et de rires perlés, puis vinrent des sons de trompettes et la princesse disparut dans un nuage blanchâtre.

C’était le matin ; les ténèbres descendaient petit à petit du ciel gris d’Irlande. Perchée sur les genêts dorés, la grive redisait à sa compagne la chanson première qui lui avait gagné son cœur ; le merle à bec jaune avait accordé sa flûte d’artiste tandis que plus haut encore, l’alouette jetait dans l’espace sa prière matinale.

Tout à coup, la bonne s’éveille en sursaut. Où était sa jeune maîtresse ? Était-ce un rêve ? Plût au ciel que cela fût ! Car la princesse s’en était allée et pour toujours vers le pays des fées. Avec une malédiction sur les lèvres pour le chevalier espagnol et un soupir à l’adresse du ménestrel errant, la bonne se leva à la hâte pour aller donner l’alarme au château.

Ce fut alors qu’une voix de femme murmura à son oreille : « Je suis la bonne fée-reine : le roi en aime une autre ; il fait la cour à notre princesse. Rompez le charme. Le jour de la Saint-Patrice la princesse traversera le Barnes Gap. Le roi lui-même sera son coursier. Qui pourra tenir les rênes et faire sortir du bout de son poignard quelques gouttes de sang, rompra le charme magique et obtiendra la main de la belle et noble dame. »

La nouvelle fut portée au prince qui dépêcha des courriers dans toutes les parties du pays pour proclamer la nouvelle que le chevalier qui le premier pourrait rompre le charme fatal, aurait la main de sa fille. Plus de mille chevaliers répondirent à cet appel et dès l’aube de la Saint-Patrice, la vallée était remplie de gentilshommes suivis de nobles dames qui les poussaient de l’avant. Se détachant des rangs et le dernier de tous, venait le prince O’Boyle décidé de ramener sa fille ou de mourir.

À la pointe du jour, lorsque le son du cor se fait entendre, les chevaux se cabrent et les cavaliers se penchent en avant, préparés pour le choc qui doit perdre ou gagner une princesse. Bientôt on vit venir un coursier tout blanc allant plus vite que le vent, vomissant le feu par les narines et hennissant plus fort et avec des sons plus aigus que ceux des tempêtes sifflant dans le grand bois de sapins. Sur son dos, on voyait la princesse Aileen qui, les bras étendus, implorait sa délivrance. Il y eut un choc, puis un autre, mais en vain. Coursier après coursier furent désarçonnés.

Ce fut alors qu’un jeune homme courut au-devant du cheval enchanté, se jeta en face et empoignant son col d’une main, introduisit de l’autre son poignard jusqu’à la garde dans la chair frémissante.

Un cri sauvage, puis un nuage de fumée, et le cheval blanc, avec ses narines vomissant le feu, disparut. La princesse était dans les bras du prince Roderich O’Donnel, le ménestrel errant, celui qui avait chanté : « Pourquoi quitterais-tu le beau pays de l’Irlande pour t’en aller errer au loin... »


Traduit de l'anglais par Robertine Barry, Fleurs champêtres, 1892.

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Poésie :

Le bouton d'or


On parle souvent des roses, du muguet, des bleuets

Mais une petite fleur dont on ne parle jamais

Dans les prés, chaque année, pousse et pousse encore

C'est une renoncule qu'on appelle bouton-d'or

Une petite fleur aux cinq pétales d'or

Qui avec ses amies, brillent comme un trésor

Mettent de la gaieté dans les fossés, les champs

Pour le bonheur des yeux des Petits et des Grands

Allons nous promener ce beau matin d'été

Et cueillons pour Maman un beau et gros bouquet

De ces jolies fleurs jaunes comme le beurre ou le miel

Qui remplira son cœur de rayons de soleil

Et pour vous amuser, comme tous les enfants,

Sous le menton d'une sœur, d'un ami, d'un parent

Approchez cette fleur et s'il change de couleur

Dites-lui, simplement " Toi, tu aimes le beurre"

Sauvageonne si belle que tant de personnes aiment !

Il fallait un poème pour cette fleur suprême.

Maurice Carême

L'Eglise en fleurs


« …Les clochettes sonnaient la messe. Tout ce petit temple béni Faisait à l’âme une promesse Que garantissait l’infini. J’entendais, en strophes discrètes, Monter, sous un frais corridor, Le Te Deum des pâquerettes, Et l’hosanna des boutons d’or. Les mille feuilles que l’air froisse Formaient le mur tremblant et doux. Et je reconnus ma paroisse ; Et j’y vis mon rêve à genoux. J’y vis près de l’autel, derrière Les résédas et les jasmins, Les songes faisant leur prière, L’espérance joignant les mains


Victor Hugo, "L'Eglise en fleurs" in Chansons des rues et des bois, 1885.

Pour connaître d'autres poètes qui ont écrit sur notre humble petite fleur des bois et des champs, cliquez sur le lien.

Le Bouton d'or

Un beau bateau, chargé jusqu’au sabord

De cent millions de boutons d’or,

Vient de Chine ou San-Salvador.

Le roi Nabuchodonosor

Il brait, il mange, il boit, il dort,

Il n’aura pas de boutons d’or.


Le Renoncule


Coco Bel-Œil,

Marchand de couleurs

Et de cerfeuil,

Ho ! Coco Bel-Œil

Dis-moi le nom de cette fleur ?

C’est la renoncule

Pour ma sœur Ursule,

Pour mon frère Hercule

C’est la renoncule.


Robert Desnos, "Le Bouton d'Or" et "Le Renoncule" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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