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  • Anne

Le Chêne



Étymologie :

  • CHÊNE, subst. masc.

Étymol. et Hist. Fin xie s. judéo-fr. chasne, chaisne, chesne (Raschi Blondh., § 199 et 607) ; 1160 chasne (Enéas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 1921) ; ca 1170 chaidne (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 18) ; 1177-88 chaisne, chesne (Chr. de Troyes, Perceval, éd. W. Roach, 6528-6529) ; ca 1225 désigne le bois tiré de cet arbre chainne (G. de Coinci, éd. V. F. Koenig, I Mir. 11, 1466) ; 1600 chesne-vert (O. de Serres, 794 et 795 ds Littré). L'a. fr. chasne est issu de *cassanus attesté sous la forme casnus (866 ds Nierm. ; v. aussi Du Cange t. 2, p. 203c) prob. d'orig. gaul. (REW3, n°1740) ou pré-gaul. (v. FEW t. 2, p. 461b). D'apr. Ascoli ds Archivio glottologico italiano, t. 11, pp. 425-427 *cassanus serait le représentant gaul. du gr. κ α ́ σ τ α ν ο ς (châtaigne*), v. aussi Hubschmid fasc. 2, p. 104. Les formes chaisne, chesne sont plus prob. issues d'un croisement avec fraisne, frêne (v. G. Tuaillon cf. bbg.) que d'un type *caxinu (Fouché, p. 816 ; v. aussi Cor., s.v. quejigo) ; chêne-vert est composé de chêne et de vert*.

  • GLAND, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Av. 1105 judéo-fr. glant (Gl. de Raschi, 548, p. 76 ds T.-L.) ; ca 1165 la glant ici, valeur coll. (G. d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 430) ; 2. 1538 anat. (J. Canappe, 14e Livre de la Méthode thérapeutique de Galien ds Fr. mod. t. 18, p. 271) ; 3. arg. 1901 (d'apr. Esn.). Du lat. glans, glandis, fém. « gland de chêne » et p. anal. terme d'anatomie.

Lire aussi la définition de chêne et de gland pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Quercus robur ; Arbré ; Cassé ; Châgne ; Chassaing ; Chôssi ; Glandier ; Gorric ; Kêne ; Raouré ; Robre ; Roubé ; Roure ; Tann ; Tsâgno.

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Botanique :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes et s'interroge plus particulièrement sur l'influence des plantes sur les humains :

En vérité, il est bien des manières d'aimer les arbres. Saint Bernard disait avoir plus appris d'eux que des livres. Quant à Lucrèce, il pensait que la musique de la flûte avait pris naissance dans les bois profonds. François Mauriac, lui, embrassait les chênes de son parc, collant son corps à leur écorce et les enserrant dans ses bras. Il renouait ainsi avec la primauté du chêne, que l'Antiquité gréco-romaine considérait comme oraculaire : en regardant le vent faire trembler ses feuilles, on pouvait connaître le dessein des dieux. Et bienheureux les mortels, empereurs ou généraux victorieux, que l'on couronnait de chêne ! C'était reconnaître leur quasi-divinité D'ailleurs, les généraux français portent encore sur le képi de leur tenue d'apparat une couronne de feuilles de chêne.

 

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Fleurs de Bach :

D'après Les Douze "Guérisseurs" et autres remèdes (1ère édition 1941, traduction française Centre Bach 2011) du Dr Edward Bach :


La fleur de chêne est préparée "Pour ceux qui luttent et se battent avec force pour se rétablir ou faire face aux choses du quotidien. Ils continueront d’essayer une chose après l’autre, même si leur cas peut paraître désespéré. Ils continueront à se battre. Ils sont mécontents d’eux-mêmes si la maladie les empêche de faire leur devoir ou d’aider les autres. Ce sont des gens courageux, qui se battent contre de grandes difficultés, sans perdre espoir et sans diminuer leurs efforts."

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Selon Mechthild Scheffer, auteure du coffret de cartes Les Fleurs du Dr Bach, le chemin de l'harmonie psychique (1997, traduction française : Médicis-Entrelacs, 2001), la fleur du chêne est "la fleur de l'endurance" qui nous guide dans le processus de transformation "du batailleur par obligation... vers le guerrier pacifique".


Message de la carte :

Quelle est la vérité que je dois mieux comprendre ?

Il est parfaitement juste de remplir ses obligations dans la vie et de tenir les engagements pris envers d'autres. L'engagement suprême consiste cependant à accomplir la décision prise envers son Moi supérieur pour la réalisation de son propre plan de vie. En faisant totalement confiance à son guide intérieur et en développant de manière équilibrée toutes les parties de son être, on sera à même d'accompli ses obligations avec plus de joie et de facilité.

Quelle est la décision qui pourra me reconnecter avec mon Guide intérieur ?

Je prends fondamentalement la décision de coopérer avec mon Moi supérieur et de tenir compte de toutes les impulsions que je ressens intérieurement. l'accomplissement de mes obligations sera don un poids moindre pour moi.

Ces signes me permettent de voir que mon potentiel positif de Oak s'accroît :

J'aurai une conception moins "acharnée" de la vie. Je ne me mettrai plus autant sous pression moi-même. J'organiserai ma vie de manière plus créative.


État d'âme négatif : Découragement et désespoir : On se sent comme un combattant abattu et épuisé, qui continue néanmoins courageusement sans jamais abandonner.

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Roger Tanguy-Derrien, auteur de Rudolph Steiner et Edward Bach sur les traces du savoir druidique... (L'Alpha L'Oméga Éditions, 1998) s'inspire du savoir ancestral pour "récapituler de la manière la plus musclée les informations sur les élixirs" :


Si vous portez de lourdes responsabilités, vous êtes dignes de confiance. Si vous portez des fardeaux très lourds sans vous plaindre. Si vous êtes un travailleur persévérant qui continue malgré les rechutes, gardant toujours espoir ; si votre obstination vous mène à l'épuisement ; si vous acceptez des charges alors que vous avez des difficultés pour assumer ; si vous arrivez à la limite de votre endurance ; si vos problèmes de santé vous rendent mécontents et abattus car ils entravent votre train-train quotidien ; si vous tentez quelque chose d'impossible, voire de désespéré, alors n'hésitez pas à faire appel à l'élixir de Chêne. Pourquoi ?

Car sa croissance est majestueuse et calme. Il lui faut 60 à 80 ans pour produire ses premières fleurs. A cet âge, il est noueux car il a rencontré déjà de nombreuses vicissitudes. Il exprime la lutte dynamique dune vie qui ne jaillit pas facilement en ligne droite. Ses châtons dissimulent sa fleur toute petite, humble et cachée. On remarquera plus facilement toute la gent animalière qui vit de sa substance et de sa structure (on compte parfois 400 espèces d'insectes). Pour se faire autant vampiriser, il manifeste une grandiose vitalité. Mais ne lui faisons aucun reproche, il aime cela.

La mythologie grecque nous apprend que la masse d'Hercule est faite de chêne. Dans de nombreuses traditions, cet arbre symbolise solidité et longévité. Ces qualificatifs lui donnent une signature Saturne-martienne. Chêne et force s'expriment en latin par le même mot : robur qui exprime aussi bien la force morale que physique. C'est auprès d'un chêne qu'Abraham reçoit les révélations de Yahvé. Attirant la foudre, il est l'arbre de la communication entre le ciel et la terre. Dans le Tarot, il correspond au nombre 16. Sitôt de retour de son odyssée, Ulysse vient consulter le feuillage divin du grand chêne de Zeus (14, 327 ; 19, 296). La Toison d'or, gardée par le dragon, était suspendue à un chêne qui avait valeur de temple. Pour les druides le chêne symbolise l'hospitalité et le temple. Saint Louis rend la justice sous un chêne. Il se sent ainsi assuré d'être en conformité avec la justice divine. Fait contradictoire, c'est pourtant lui qui fait campagne pour détruire les mythes païens et les vierges noires qui se trouvaient sur ces lieux druidiques.

Deux éléments prédominent chez le chêne : le calcium et le tanin. Il est une véritable fabrique de calcium (son écorce contient pas moins de 90% d'oxyde de calcium). Un calcium qui est d'autant plus assimilable par la présence du tanin. C'est pourquoi nous conseillerons cet élixir aux femmes enceintes, aux enfants fragiles et dont la croissance ne se déroule pas bien ; dans tous les cas d'hémorragies, de coagulation sanguine, de saignements, d'ulcères, de crachements de sang, de sang dans les urines, de saignements de nez, de diarrhées, de règles surabondantes, d'incontinence d'urine, de varices, d'eczéma. En même temps, cet élixir vous rendra encore plus courageux et plus perspicace devant n'importe quelle épreuve. Vous serez étonné de la solidité de votre système nerveux. Et cela vous le devez à ce merveilleux principe calcique contenu dans la fleur de Chêne.


Mots-clés : chêne avec un ch comme charges... trop lourdes. Robur comme robuste physiquement et psychiquement.

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Histoires d'arbre :

Je vous invite à découvrir les trois épisodes de la série d'Arte qui nous rendent familiers en les individualisant des arbres merveilleux :

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Croyances populaires :


Paul Sébillot, auteur de Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (Éditeur Lafolye, janv. 1892) relève des traditions liées à la vie humaine :

- Dans l'étang aujourd'hui desséché de Ligouyer, près de Bécherel, il y avait un chêne qui avait poussé à quelque distance du bord sur une petite butte de terre. Les garçons ou les filles qui voulaient se marier dans l'année allaient se frotter contre ce chêne ; pour y arriver, il fallait se mettre dans l'eau, au moins jusqu'aux genoux. [...]


– On voyait autrefois dans les landes entre Dingé et Lanrigan (Ille-et-Vilaine) trois chênes placés en triangle assez près les uns des autres ; pour se guérir de la fièvre, il suffisait de passer entre ces arbres ; l'opération était parfois difficile, l'espace étant très resserré ; il fallait que des personnes secourables tirassent fortement sur celui ou celle qui subissait l'opération.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) nous livrent leur vision de cet arbre majestueux :


Automne -Octobre.

LE CHÊNE - HOSPITALITÉ.

Les anciens croyaient que le chêne, né avec la terre, avait offert aux premiers hommes de la nourriture et un abri. Cet arbre, consacré à Jupiter, ombrageait le berceau de ce dieu, lorsqu'il prit naissance en Arcadie, sur le mont Lycée. La couronne de chêne, moins estimée par les Grecs que la couronne d'or, paraissait aux Romains la plus désirable des récompenses. Pour l'obtenir il fallait être citoyen, avoir tué un ennemi, reconquis un champ de bataille, et sauvé la vie à un Romain. Scipion l'Africain refusa la couronne civique, après avoir sauvé son père à la journée de Trebie : il refusa celte couronne, car son action portait en elle-même sa récompense. En Épire, les chènes de Dodone rendaient des oracles ; ceux des Gaules couvraient les mystères des druides. Les Celtes adoraient cet arbre : il était pour eux l'emblème de l'hospitalité, vertu qui leur fut si chère qu'après le titre de brave, celui d'ami et d'étranger était à leurs yeux le plus beau des titres. Les hamadryades , les fées et les génies n'enchantent plus nos sombres forêts ; mais l'aspect d'un chêne majestueux nous remplit encore d'admiration, de respect et de crainte. Plein de jeunesse et de force, lorsqu'il élève sa tête altière, et qu'il étend ses bras immenses, il parait comme un protecteur, comme un roi. Dépouillé de verdure, immobile, frappé de la foudre, il ressemble au vieillard qui a vécu dans les siècles passés, et qui ne prend plus part aux agitations de la vie. Les vents impétueux luttent quelquefois contre ce fier athlète : d'abord il murmure, mais bientôt un bruit sourd, profond, mélancolique, sort de ses robustes rameaux. On écoute, et on croit entendre une voix confuse et mystérieuse, qui explique les vieilles superstitions du monde. En Angleterre, on a vu un seul chêne couvrir de son ombre plus de quatre mille soldats. Dans le même pays, auprès de Shrewsbury, le chêne royal, encore tout verdoyant, rappelle les malheurs de Charles II, fugitif au milieu de son royaume. Ce prince trouva un abri, un sauveur ; mais son père n'en trouva point ... Horrible souvenir qui rappelle, hélas ! que l'Angleterre n'a pas été seule altérée du sang des rois ... Et pourtant on montre encore, à la porte de Paris, dans le bois de Vincennes, la place occupée jadis par le chêne sous lequel saint Louis, semblable à un tendre père, venait s'asseoir pour rendre la justice à son peuple.

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Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Chêne - Hospitalité.

Les premiers hommes se sont abrités sous les vastes rameaux du chêne et se sont nourris de son fruit. Le chêne sert de refuge aux oiseaux et aux bergers pendant l’orage et prête son ombre hospitalière aux danses des villageois dans les jours de fête.

 

Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


CHÊNE - HOSPITALITÉ.

Ayez une charité persévérante les uns pour les autres , car la charité couvre la muliitude de péchés. Exercez entre vous l'hospitalité sans murmure ; que chacun de vous, selon le don qu'il a reçu, rende service aux autres comme de fidèles dispensateurs des grâces qui prennent toutes les formes de Dieu.

1 Pierre VIII, 10.

Les forêts et les bois ont toujours été et sont encore aujourd'hui le sanctuaire de la végétation. Que de fleurs sur les buisons, que de guirlandes sous les arbustes, que de fleurs et de parfums à leurs pieds ! Le muguet odorant y dérobe ses clochettes d'ivoire et leurs charmantes variétés. Les plantes de la plaine y acquièrent une vie et une fraicheur qu'elles n'avaient pas ; c'est là enfin que la nature ne perd jamais ses droits et que sa voix consolante, mais sincère, se fait tou jours entendre au cœur. Or, ce sont en grande partie les chênes qui formaient ces vastes forêts dont celles qui nous restent ne sont que des portions échappées à la hache de la destruction. C'était sous leur voûte épaisse qu'un peuple superstitieux allait consulter ces oracles si renommés des chênes de Dodone, etc.

DU CHÊNE

Le Chêne est le plus beau comme le plus robuste des habitants de nos forêts ; c'est son image qui s'offre d'abord à la poésie quand elle veut peindre la force qui résiste, comme celle du lion pour exprimer la force qui agit. Son nom latin robur indique cette vigueur qui caractérise le chêne. Le chêne est l'arbre par excellence, le plus grand, le plus vivace et le plus utile, le plus commun et le plus nécessaire des arbres indigènes à l'Europe et à l'Amérique du Nord ; à lui seul il pourrait presque suppléer tous les autres et dans beaucoup d'usages il ne pourrait être remplacé par aucun. On est en droit de dire qu'il chérit la France puisqu'il l'a toujours habitée, qu'il y offre plus que partout ailleurs des tiges plusieurs fois séculaires et d'une grosseur extraordinaire, des cimes majestueuses élancées à plus de 35 mètres de hauteur.

Les deux principales espèces de chêne qui forment le fond de nos plus riches forêts sont le chêne pédonculé et le chêne yeuse ou chêne vert.


Chêne à grappes : Ce chêne est un des plus beaux arbres de nos forêts. Il se fait remarquer par sa haute tige, par ses formes robustes, par sa cime ample et majestueuse ; son tronc est revêtu d'une écorce épaisse raboteuse, brune à l'extérieur et rougeâtre intérieurement. Les Grecs avaient consacré cet arbre au plus puissant des dieux qui en avait agréé l'hommage : quercus jovi ... placuit, dit Phèdre. Ses rameaux tressés en couronne ornaient chez les Romains le front du citoyen distingué par ses vertus civiques, surtout de celui qui avait sauvé la vie d'un patriote. Le chêne ne devait ces honneurs, ce culte de reconnaissance, qu'à sa qualité précieuse. Les hommes ont trouvé de tout temps une ressource assurée contre la disette dans les glands de quelques espèces. On retrouve encore aujourd'hui dans la Grèce et l'Asie-Mineure des chênes à glands doux ; ceux connus sous le nom de ballote se vendent sur les marchés de Bone, de Constantine, d'Alger et de plusieurs autres villes de Barbarie. On mange ces fruits crus ou grillés, comme nos châtaignes dont ils ont presque la saveur ; ils font, pendant une partie de l'année, la nourriture de plusieurs peuplades de Maures et d'Arabes. Ces chênes sont encore dans quelques contrées de l'Espagne et du Portugal, l'objet d'un commerce assez lucratif. Il se fait une grande consommation de leurs glands, et Bosc dit les avoir vu vendre sur le marché de Burgos avec le même débit que la châtaigne en France. Les glands qui ne peuvent servir de nourriture à l'homme sont destinés à l'alimentation de plusieurs animaux domestiques.

[...]

RÉFLEXION.

La cordialité est un effet de la charité et un fruit de l'amour divin uni à celui du prochain. C'est une saillie de ceur par laquelle on fait voir qu'on est bien aise d'être avec son frère, avec un pauvre, avec le prochain.

(Saint Vincent de Paul, Maximes et conseils ).

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Chêne - Hospitalité.

Le chêne était autrefois consacré à Jupiter, dieu des voyageurs. C'est en invoquant le nom redouté du maître des dieux que l'étranger, égaré ou menacé par l'orage, demandait l'hospitalité qui ne lui était jamais refusée. C'est aussi sous l'ombrage épais du chêne que s'abritent une foule d'oiseaux.


Là du plaisir tout a la forme,

L'arbre a des fruits, l'herbe a des fleurs,

On entend dans le chêne énorme

Rire les oiseaux querelleurs.

Et le ciel est plein de lumière,

Et le ciel est plein de zéphyrs.

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Dans son Nouveau Langage des fruits et des fleurs (Benardin-Béchet, Libraire-Éditeur, 1872) Mademoiselle Clémentine Vatteau poursuit la tradition du Sélam :


CHÊNE : Force ; Hospitalité.

Les anciens croyaient que le chêne, né avec la terre, avait offert aux premiers hommes la nourriture et l'abri, aussi fut-il de tout temps en vénération parmi les peuples. Ce qui est vrai, c'est que le chêne produit les glands, dont quelques espèces ont offert de tout temps aux hommes une ressource assurée contre la disette.

Cet arbre est à bon droit l'emblème de l'hospitalité, quel plus agréable ombrage peut observer le voyageur pour se livrer au repos ?

« Ah ! disait un jour Napoléon à Sainte-Hélène, à un de ses compagnons, M. de Las Cases, que ne sommes-nous libres au bord de l'Ohio ou du Mississipi, entourés de nos familles et de quelques amis... Sentez-vous quel plaisir nous aurions a parcourir sans fin et de toute la vitesse de nos chevaux ces vastes forêts d'Amérique. Mais ici, sur ce rocher, c'est à peine s'il y a de quoi faire un temps de galop, je ne puis que tourner dans mon cercle d'enfer. Puis, rentrant au moment où les rayons du soleil tropical brûlaient son front, il se réfugiait sous la tente que lui avait fait dresser sir Malcolm ; mais, sous cette ombre sans charme, un chêne ! un chêne ! s'écriait-il, et il demandait avec passion qu'on lui rendit le feuillage de ce bel arbre de France. » THIERS.

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D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant :


"Arbre sacré dans de nombreuses traditions, le chêne est investi des privilèges de la divinité suprême du ciel, sans doute parce qu'il attire la foudre et qu'il symbolise la majesté : chêne de Zeus à Dodone, de Jupiter Capitolin à Rome, de Ramowe en Prusse, de Perun chez les Slaves. La massue d'Hercule est de chêne. Il indique particulièrement solidité, puissance, longévité, hauteur, au sens spirituel autant que matériel.


Le chêne est, en tout temps et en tout lieu, synonyme de force : c'est, de toute évidence, l'impression que donne l'arbre à l'âge adulte. D'ailleurs, chêne et force s'expriment en latin par le même mot : robur, qui symbolise aussi bien la force morale que la force physique.

Le chêne est la figure par excellence de l'arbre ou de l'axe du monde, tant chez les Celtes qu'en Grèce, à Dodone. C'est encore le cas chez les Yakoutes sibériens.

On note en outre que, tant à Sichem qu'à Hebron, c'est auprès de chênes qu'Abraham reçut les révélations de Yahvé : le chêne jouait donc, là encore, son rôle axial, qui en faisait l'instrument d'une communication entre le Ciel et la Terre. Dans l'Odyssée, Ulysse vient consulter deux fois, sur son retour, le feuillage divin du grand chêne de Zeus. (14, 327 ; 19, 296). La Toison d'or, gardée par le dragon, était suspendue à un chêne : celui-ci avait valeur de temple.

D'après un passage de Pline l'Ancien, qui s'appuie sur l'analogie du grec (drûs), le nom des druides est en relation étymologique avec le nom du chêne ; d'où la traduction homme de chêne, qui a souvent réussi à s'introduire jusque dans l'érudition moderne. Mais le nom du chêne est différent dans toutes les langues celtiques, y compris le gaulois (dervo). Le rapprochement est symboliquement valable cependant, en ce sens que les druides, étant donné leur qualité sacerdotale, ont droit à la fois à la sagesse et à la force. Le chêne symbolise en effet ces deux valeurs. Adoré par les Celtes, il était aussi pour eux, par son tronc, par ses larges branches, par son feuillage touffu et par son propre symbolisme, l'emblème de l'hospitalité et l'équivalent d'un temple."


A l'entrée "Gland", on peut lire : "se rattache à la symbolique de l’œuf : abondance, prospérité, fécondité. Transposé du plan matériel et au plan spirituel, il figure au bout du cordon rouge qui entoure le chapeau des cardinaux, aux chapiteaux des colonnes, dans les blasons, etc. Émergeant de son enveloppe grenue, il symbolise la naissance, la sortie du sein maternel ; puis, à une seconde phase, lors de l'érection, la manifestation de la virilité ; enfin, par couple, il n'est plus que l'image sexuelle de l'homme. Mais au sens spirituel, comme dans les attributs religieux, il désigne la puissance de l'esprit et la vertu nourrissante de la vérité, cette vérité qui vient de deux sources : la nature et la révélation."

 

Lire aussi le document tiré de http://docplayer.fr/12389896-L-edelweiss-un-symbole.html

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Chêne rouvre (Quercus robur) a les caractéristiques suivantes :


On connaît au moins trois cents espèces de Chênes ! Parmi les variétés européennes à feuilles caduques, la plus commune est le Rouvre, si toutefois l'on peut parler d'une espèce : les botanistes regroupent, en effet, sous ce nom deux arbres différents !

Le Chêne noir, dit aussi Chêne à feuilles sessiles (Quercus sessiliflora). Ses feuilles sont brillantes, comme vernies ; les glands paraissent collés aux branches.

Le Chêne mâle, dit aussi Chêne pédonculé (Quercus pedunculata). Ses feuilles sont mates. Les glands se balancent, suspendus à un long pédoncule.


Genre : Masculin

Planète : Soleil

Élément : Feu

Divinité : Zeus-Jupiter ; Thor ; Dag, personnification du jour dans la mythologie scandinave ; il parcourt la terre sur un char tiré par le cheval Skinfax (le Crépuscule) qui illumine la terre et l'atmosphère ; Daira-Perséphone ; Hermès -Mercure ; Mithra, « le Médiateur » qui ménage les rapports des hommes avec les dieux dans l'antique religion mazdéïste ; Cybèle ; l'Hécate simple.

Pouvoirs : Protection ; Santé ; Gains matériels ; Puissance créatrice ; Fécondité ; Chance.


Utilisation rituelle : Phryxus, roi de Béotie, et sa sœur Hellé sont enlevés par un bélier à toison d'or qui leur fait traverser un bras de mer où Hellé se noie (l'Hellespont). Phryxus parvient à tuer le bélier à toison d'or et suspend sa dépouille aux rameaux d'un Chêne, au-dessus d'un autel consacré à Zeus-Jupiter. C'est cette toison légendaire que Jason voulait conquérir. Le vieux Chêne jupitérien, gardé par un énorme dragon, joue un rôle essentiel dans l'épopée des Argonautes.

Le Chêne ne se trouve en Grèce que dans quelques régions montagneuses du Nord : Thessalie, Epire, Macédoine, Thrace ; mais ce sont justement les régions où avaient séjourné d'abord les tribus grecques. De là vient que cet arbre joue un certain rôle dans la mythologie hellénique. C'était l'arbre sacré de Zeus. On racontait que les premiers hommes s'étaient nourris de glands. On donnait une couronne de Chêne aux vainqueurs des jeux Néméens. Les Chênes qui entouraient le sanctuaire de Zeus à Dodone, en Epire, jouaient un rôle important dans la divination : les prêtres rendaient les oracles en interprétant le bruit du vent dans le feuillage sacré. A Rome aussi, le Chêne était consacré à Jupiter, et fournissait les rameaux dont on tressait les couronnes civiques. Enfin, l'on sait la place que tenaient les Chênes dans la religion des Gaulois. Aucune cérémonie druidique ne pouvait être célébrée en un lieu qui en était dépourvu. C'est sans doute en souvenir de ces origines que l'arbre continua à être vénéré en France tout au long du Moyen Age, et même plus tard. Les statues (idoles christianisées) étaient traditionnellement sculptées dans du bois de Chêne. C'est souvent sous ces arbres qu'avaient lieu les sabbats de sorcières.


Utilisation magique : Un arbre qui vit si longtemps (presque autant, pense-t-on, que le châtaignier), qui possède une telle force naturelle, ne pouvait qu'exciter l'imagination des chamans et des magiciens. Les paysans croyaient apercevoir des nymphes ou autres dryades en train de se faufiler sous l'écorce...

Pour vivre très vieux, préservé de la maladie comme des douleurs, il faut mâcher chaque matin quelques glands crus en visualisant ses ancêtres sur quatre générations.

Brûler du Chêne dans les poêles ou dans la cheminée est sain : c'est une odeur que la maladie ne supporte pas. Quand un important bûcher de ce bois se trouve stocké près de la maison, les esprits n'approchent pas.

Un gland posé sur le rebord de chaque fenêtre empêche la foudre de tomber.

Si vous récoltez les feuilles encore vertes d'un Chêne abattu, et en ramenez suffisamment pour faire une litière, vous pouvez aborder le plus rude hiver sans crainte : vous n'attraperez jamais le moindre refroidissement.

Si vous .plantez un gland à la lune de la moisson (forte déclinaison lunaire qui accompagne l'équinoxe d'automne), une rentrée d'argent non négligeable ne saurait tarder. Pour guérir un enfant de la hernie, il faut fendre un Chêne et faire passer l'enfant trois fois dedans ; le père et la mère doivent être chacun d'un côté de l'arbre.

Si un fiévreux est mis en présence d'un Chêne par un sorcier, l'arbre se met à trembler et dépérit ; mais le malade est guéri (Corrèze).

Certaines âmes sont condamnées à faire pénitence jusqu'à ce qu'un gland, ramassé le jour anniversaire de leur mort, soit devenu un plant de Chêne propre à un bon usage utile (Vendée).

Les pièces d'or que distribuent un peu trop généreusement certains personnages rencontrés au sabbat se transforment le lendemain en feuilles de Chêne. Un jour, un berger-sorcier fut condamné à un louis d'amende ; le juge qui encaissa ce louis s'aperçut bientôt qu'il n'était qu'une feuille de Chêne.

Vouloir faire entrer une idée sérieuse dans la tête d'une femme, c'est comme si vous vouliez planter un Chêne dans une coquille d'œuf.

Pour préserver les vaches de la cocotte (fièvre aphteuse), on leur mettait au cou des colliers de Chêne (Beauce). Pour se débarrasser d'un sort qu'une sorcière vous a jeté, il faut uriner dans une bouteille verte, y mettre cinq feuilles de Chêne et cacher la bouteille sous le lit ; la sorcière viendra implorer son pardon au lever du jour (Danemark).

Une fille qui prend plaisir à manier des glands sera portée plus tard à satisfaire son mari manuellement.

« Tu serois propre à juger en hyver qui sont les Chasnes masles et fumelles : quand il gellera à pierre fensdre mets-toi tout nud contre cet arbre-cy ou celui-là, et si tu fientes contre ce sera une fumelle.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) : "Imaginez un arbre divin et sacré, symbole de force et de sagesse, planté au centre du monde et reliant le Ciel et la Terre. Les Grecs en avaient fait l'arbre tutélaire de Zeus. Ainsi , le premier temple consacré au dieu des dieux de l'Olympe n'était autre qu'une forêt de chênes, située à Dôdôné, une ville de l’Épire, dans le pays des Molosses, où l'on se rendait pour interroger l'oracle de Zeus, mais aussi celui d'Aphrodite. C'était alors la voix de Zeus lui-même qui répondait par le truchement du bruissement des feuilles des chênes sacrés, remuées par le vent. Selon la légende mythique grecque toujours, la massue d'Héraklès était en bois de chêne.

Les Celtes, quant à eux, adoraient le chêne. Leurs prêtres, les druides - que l'on surnommait les hommes du chêne (en réalité le nom druide est issu du celtique druvids, qui signifiait "très savant") - cueillaient le gui, la fleur du chêne, au nouvel an. Il symbolisait alors une nouvelle vie, une régénération, l'immortalité de l'âme. Toutefois, il est bon de préciser que la fleur de chêne es rarissime. En trouver dans une forêt de chênes était donc quasi miraculeux. Le druide partait alors en quête du gui le sixième jour après la Nouvelle Lune, et si'il revenait bredouille, c'était un mauvais présage pour le village celte ou gaulois.

Enfin, le gland, le fruit du chêne, fut souvent considéré comme un symbole de fécondité et de prospérité. Car nos ancêtres savaient que c'était à partir de la graine contenue dans ce petit fruit qu'un nouveau chêne qui deviendrait plusieurs fois centenaire pouvait naître."

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007 ; traduction française : Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :


Message des arbres :

Nous venons du cœur de Dieu. Nous n'avons rien

à apprendre et beaucoup à offrir. Nous avons été ensemencés

sur la Terre pour le bien du règne humain et animal, incluant

les oiseaux et les insectes, et pour nourrir la planète elle-même,

physiquement, émotionnellement et spirituellement. Nous

diffusons l'amour et la guérison pour vous.


Le chêne : Presque tout le monde connaît le chêne et comprend qu'il est fort et stable. J'ai la chance de vivre près de grands chênes centenaires. Je les serre dans mes bras et je colle mon dos contre leur tronc quand je le peux. Je peux presque sentir leur sagesse, leur force et leur endurance se répandre dans tout mon corps. Ils sont vraiment extraordinaires !

Au fil des ans, les humains ont abattu tant de vieux chênes sages qu'l en reste moins pour faire le travail que beaucoup ont fait dans le passé. Non seulement il y a moins de chênes, mais il y a plus de travail à faire. Ils se sentent fatigués et souvent découragés. Chaque fois que vous en appréciez un, cela les aide tous à accomplir leur mission divine.


VISUALISATION POUR AIDER LES ARBRES

  1. Aménagez un espace où vous pourrez vous détendre sans être dérangé.

  2. Faites appel à l'archange Purlimiek, l'ange de la nature, et sentez sa belle énergie vert-bleu.

  3. Permettez à n'importe quel arbre d'apparaître dans votre esprit.

  4. Bénissez-le et remerciez-le d'être venu vers vous.

  5. Demandez au rayon doré du Christ de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  6. Demandez au feu lilas de la Source de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  7. Demandez à l'énergie protectrice bleu foncé de l'archange Michaël de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  8. Demandez à la lumière aigue-marine de la sagesse féminine divine de l'ange Marie de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  9. Demandez à la lumière argentée de l'archange Sandalphon de l'équilibre et de l'harmonie de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  10. Prenez un moment pour invoquer toutes les énergies qui vous attirent et voyez-les se déverser dans l'arbre.

  11. Imaginez les couleurs qui s'écoulent d'une racine à l'autre en connectant le réseau d'arbres et en dynamisant les lignes ley.

  12. Ouvrez les yeux ensachant que vous avez aidé les arbres.

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le chêne (Quercus alba) : "C'est un arbre majestueux qui pousse dans les forêts tempérées de l'Europe et de l'Amérique du Nord.


Propriétés médicinales : L'écorce de cet arbre est un astringent et un tonique qui peut servir de façon tant interne qu'externe. De façon interne, on s'en sert sous la forme d'un lavement qui soulage les hémorroïdes et autres problèmes rectaux. On peut aussi s'en servir sous forme de douche vaginale pour soulager les problèmes de menstruation ou sous forme de douche urinaire pour traiter les problèmes de sang dans les urines. Une infusion peut réduire la fièvre et soulager les irritations de la bouche et de la gorge ; on s'en sert alors sous la forme de gargarisme.


Genre : Masculin.


Déités : Thor - Zeus - Jupiter - Odin - Pan.


Propriétés magiques : Protection - Magie solaire - Fertilité mâle - Argent - Vitalité - Chance - Guérison.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • L'utilisation du chêne, en magie remonte au temps des druides et même de l'Antiquité, car c'était aussi l'arbre sacré des Romains. Porter sur soi un gland de chêne indiquait que l'on était un disciple des dieux Jupiter, Zeus ou Odin. On se servait de l'écorce pulvérisée comme encens pour honorer ces dieux lors du festival du solstice d'été alors que le soleil est à son zénith.

  • Pour attirer la chance, prenez deux petites branches de chêne de longueur égale et nouez-le en croix avec un bout de laine rouge, ce qui représente l'équilibre et l'harmonie.

RITUEL POUR ATTIRER LA PROTECTION

C'est un rituel très simple que l'on effectue le jour, sous les branches d'un chêne lorsque le soleil brille. Il s'agit d'un ancien rituel druidique qui s'effectuait ordinairement au solstice d'été, alors que le soleil est à son plus haut - qu'il est le plus chaud - et que le chêne accorde sa fraîcheur.

Tendez votre figure vers le soleil à travers les branches du chêne, sentez ses rayons vous pénétrer et réchauffer votre corps en même temps que l'ombre des feuilles vous entoure. La lumière et la chaleur sont là, ais vous êtes complètement protégé par les branches du chêne. Visualisez les branches de l'arbre qui vous entoure comme ne armure verte qui vous protège et bloque toute influence négative, mais qui laisse passer les rayons du soleil et les influences positives. Recueillez- vous et dites :


Ô chêne majestueux, roi des forêts et des bois

Enveloppe mon corps et mon âme de ta protection

Afin que les forces du mal ne puissent m'atteindre

Et que jour et nuit je me sente protégé.

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Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013), Michel Pastoureau nous apprend que :


"Tout verger est construit comme un espace symbolique, et [que] chaque plante qui s'y trouve possède sa signification propre. Celle des fleurs varie beaucoup selon les époques et les régions et prend en compte plusieurs particularités : la couleur, le parfum, le nombre de pétales, l'aspect des feuilles, les dimensions des unes et des autres, l'époque de la floraison, etc. Quelques idées peuvent néanmoins être dégagées pour le Moyen Âge central : Le lis est symbole de pureté et de chasteté, [...] De même, les arbres sont toujours signifiants. Le chêne (rare au verger) est un arbre de pouvoir et de souveraineté..."

 

Sylvie Verbois, auteure de Les arbres guérisseurs : Leurs symboles, leurs propriétés et leurs bienfaits (Éditions Eyrolles, 2018) transcrit le message que lui inspirent les arbres :

Mot-clé : Revenir à soi.

Élément : Eau ; Feu.

Émotion : Mélancolie ; Colère.


Je suis renaissance et longévité, puissance et soutien. Je vous apporte ma force tranquille, venez vous reposer près de moi, je vous offre l'hospitalité à l'ombre de mon ample feuillage. Je suis un temple naturel, laissez-vous aller au calme et au silence. Je vous protège de vous, je viens ôter les masques que vous avez endossés, la confusion de vos pensées et le désarroi. Je repousse les foudres intérieures qui assaillent votre esprit, en éloignant emportements fortuits et flambées émotionnelles. Je dépose dans le cœur de votre corps quiétude et soulagement. Je redonne verticalité à votre âme, et vous unifie. Je vous ramène à vous.

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Symbolisme celte :

On peut lire dans Les Traditions celtiques (1ère édition 1945 ; réeditions Dangles 2011) de Robert Ambelain que :


"Notre Démiurge celtique, c'est Esus, reflet matériel d'HU KADARN. En effet, le chêne, dans la tradition celtique, est l'emblème de HU, mais Esus est lui-même couronné de chêne... Le chêne est l'attribut de noblesse, conféré au meilleur de la Cité, et le laurier n'est l'apanage que du vainqueur. Concluons donc que le chêne, l'art de construction (la Cité), et l'idée "démiurgique" incluse dans le mythe de l'Architecte des Mondes, chère aux platoniciens, sont des images liées les unes aux autres dans le domaine de la Symbolique.

[...]

Dans la symbolique celtique, le Père, "OIW" a pour attribut l'If, symbole de Sagesse ; le Fils HU a pour image le Chêne, attribut de la Force. A KARIDWEN est donné le Bouleau, image de la Beauté, et de l'Amour."

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Selon Sabine Heinz, auteure des Symboles des Celtes (édition originale, 1997 ; traduction française : Guy Trédaniel Éditeur, 1998),


"Le chêne, déjà important chez les romains et les grecs, est pour les Celtes l'un des principaux arbres. On ne sait pas définitivement s'il faut traduire le mot druide par "sage du chêne" ou par "sage fiable". Le mot gallois pour druide, derwydd, est plus clair puisqu'il signifie "homme du chêne". Les noms celtiques en rapport avec le chêne sont Derva, Dervaci, Dervinus, ainsi que Querqueni qui est le nom d'une tribu.

Son bois solide convient très bien pour la fabrication de ce qu'on soumet à de fortes pressions ; les chariots, les routes et surtout les bateaux. On sait que les chênes peuvent devenir très vieux ; c'est pourquoi, lorsqu'on compare l'âge de choses très anciennes, on les prend comme référence.

En hiver, leurs glands nourrissent hommes et bêtes ; quand on les mange crus, ils agissent sur le psychisme. dans le monde entier, on les utilise dans ce but, que ce soit pour naviguer entre les mondes et / ou accéder à d'autres connaissance, prendre conscience de certaines choses, se laisser inspirer, fuir la réalité pour quelques instants (comme c'est le cas aujourd'hui avec les drogues) ou se donner (apparemment) courage et confiance en soi. Les tanins curatifs du chêne ont certainement joué un rôle important en cas de faiblesse et de maladies stomacales et intestinales.

A la fonction curative est peut-être venue s'ajouter la fonction protectrice qui ne se limitait pas au soleil et à la pluie. Ces facteurs, ajoutés à la dureté et la longévité du bois, ont-ils été déterminants pour le choix effectué lors de la construction des tombes ? Il est intéressant de réfléchir au lien entre le chêne, le porc et le chiffre sept. Le sept est le chiffre du porc et fait de lui l'animal de l'Autre Monde dans la tradition propre aux Celtes insulaires. Les porcs se nourrissent principalement de glandes. Il est possible que ce soit la raison première de l'importance accordée aux glands. Dans Le Combat des arbres, on lui consacre une strophe très brève :


Le chêne est rapide ;

ciel et terre tremblèrent devant lui.

Il est un courageux portier devant l'ennemi.

Son nom est une aide.

Saint Colomban vénérait encore le chêne puisqu'il faisait construire ses cloîtres près des chênaies. Dans les Annales d'Ulster, on a noté que la mort des chênes en 1146 et 1178 fut un grand malheur. Pour l'héraldique, les chênes restent également très importants et sont souvent mis en relation avec des signes de navigation.

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D'après Jean Markale, auteur du Nouveau Dictionnaire de Mythologie celtique (Éditions Pygmalion - Gérard Watelet, 1999),


Le chêne est un "arbre sacré chez tous les Celtes - et bien d'autres peuples. Pline l'Ancien rapporte que les druides coupaient du gui sur un chêne, ou sur tout autre arbre considéré symboliquement comme un chêne. Le chêne représente la force vitale divine, mais contrairement à ce que laisse entendre Pline, le mot "druide" ne peut provenir du nom celtique du chêne (dervo ou cassano)."

 

Thierry Jolif, auteur de B. A.- BA Mythologie celtique (Éditions Pardès, 2000), nous apprend que :


"Selon une assertion de Maxime de Tyr (Dissertations VIII, 8), le chêne est, pour les Celtes, la "représentation visible de la divinité". Pour qui s'est peu ou prou intéressé à la religion celtique, le chêne est invariablement relié au nom des druides, à la suite de l'étymologie hasardeuse de Pline, qui fit dériver le nom des druides de celui de cet arbre. Finalement, il est aujourd'hui couramment accepté que l'étymologie exacte se déduirait du nom du "savoir" , celtique *vid-. Néanmoins, il est tout à fait possible d'accepter l'existence d'une ancienne étymologie analogique qui porterait non sur le préfixe *dru- et le nom du chêne *dervo-, mais bel et bien sur le rapport entre le nom du savoir, *vidsu- et celui du bois, *vidu-. Le bois était donc, dans la conception celtique, le support naturel de la science, du savoir et de la connaissance. Le symbolisme du chêne réside bien là.

S'il est souvent perçu, de nos jours, comme un emblème de la force et de la longévité, nous devrions nous souvenir que la force première et hiérarchiquement supérieure fut, pour les Celtes, celle du savoir druidique. Le chêne fit certainement partie des essences utilisées dans les sanctuaires naturels des Celtes. Faut-il rapprocher ce fait de ce qui est dit au chapitre II de la Volsunga Saga :

"Le roi Volsung fit construire un édifice conçu de manière à comprendre un grand chêne dont les branches s'épanouissaient magnifiquement sur le toit, tandis que le plus bas le tronc se dressait à l'intérieur de l'édifice ; et les hommes appelèrent le dit arbre Branstock."


Sans doute pas de façon aussi directe, car nous ne possédons pas de description écrite aussi nette des sanctuaires celtiques, mais il semble toutefois que la tradition celtique ait, comme de nombreuses autres, conçu l'arbre comme un pilier cosmique reliant le ciel et la terre.

De plus, si nous en revenons à la phrase de Maxime de Tyr, il est alors possible, dans un cadre plus général, de la comparer avec ce que nous enseigne le Rig-Véda (X, 31, 7 et X, 81, 4) :


"Quel que fut l'arbre à partir duquel ils façonnèrent le Ciel et la Terre ?"


et avec la réponse qu'apporte le Taittirîya Brâhmana (II, 8, 9, 6) :

"Le bois était Brahma, et Brahma était l'arbre, à partir duquel ils façonnèrent le Ciel et la terre : je tiens à te le dire, gens de compréhension, là se tient Brahma, qui supporte le monde."


Nous retrouvons bien ici la représentation visible de la divinité" ainsi que la signification de l'axe du monde."

p. 102 : "Les noix, les glands et les noisettes sont traditionnellement considérés comme des fruits de connaissance et de sagesse. Dans Le Voyage de Cormac au Pays de la Promesse, il est dit que les neuf coudriers de Buan laissaient tomber leurs fruits dans une source où cinq saumons les saisissaient, puis jetaient les coquilles dans cinq ruisseaux dont le bruit était plus doux que toute mélodie.

Le saumon symbolise la connaissance, et la source qui se trouve dans l'Autre Monde est bien évidemment la source primordiale, la source de toute vie. Extraite du Dindshenchas métrique, cette strophe est sans aucun doute plus évocatrice qu'un long discours :


"Du suc des noix, ce n'est pas une chose vulgaire, furent faites les coquilles d'inspiration qui descendent à tout moment des ruisseaux au flot vert." (Traduction Christian-J Guyonwarc'h, in Les Druides, Ouest-France, 1986, chapitre troisième, II, 8, Le chêne, le sorbier et le coudrier ; l'if et le pommier, p. 152)."

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Dans L'Oracle du peuple végétal (Guy Trédaniel Éditeur, 2020) Arnaud Riou classe le chêne parmi les Maîtres ou le Bosquet des Druides qui se définit ainsi :


La famille des Maîtres comprend le Chêne, le Bouleau, le Houx, le Noisetier, le Pommier, le Saule et l’Aulne. Ils ont une fonction régulatrice et inspirante auprès du peuple végétal, du peuple animal et des humains. Ces arbres étaient déjà reconnus par les druideste regroupés dans le Bosquet des Druides.

Lorsque le disciple est prêt,

Le maître apparaît.


Dans la nature, les arbres aiment se rejoindre, se compléter, s'inspirer, se protéger. Leur place, qui peut sembler aléatoire, est en fait très cohérente sur un plan invisible. Dans la tradition celtique, sept arbres sacrés se retrouvent pour former ensemble le Bosquet des Druides Ils se réunissent et forment un cathédrale végétale à travers laquelle chacun peut exprimer au mieux son énergie. Ces arbres au nombre de sept sont le Bouleau, l'Aulne, le Saule, le Chêne, le Houx, le Noisetier et le Pommier. Lorsque dans la forêt, ils sont réunis en cercle, ils tiennent conseil et constituent le « bosquet druidique », lieu sacré, magique. Ce cercle végétal devient alors place d'initiation puissante, où les druides apprennent puis enseignent les secrets du monde de l'invisible. Le Bosquet des druides se positionne souvent près d'une source, d'une rivière ou d'une zone tellurique importante où toutes les connaissances cachées des arbres deviennent claires et accessibles aux initiés qui savent où se placer.


Le monde sera juste

à tes yeux

Lorsque tu auras apaisé

ce qui en toi

mérite de retrouver son équilibre.

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De tous les arbres Maîtres, le Chêne incarne mieux que n'importe lequel de ses frères la puissance, la majesté, l'invincibilité, la dignité, la force et la constance. Il abrite sous son feuillage dense et généreux ceux qui viennent recevoir ses enseignements, sa protection ou simplement son hospitalité. Il est signe de longévité, de dignité et de justice. Le Chêne est canal d'équilibre entre la terre et le ciel. Pour cette raison, Saint Louis s'installait sous son ombrage à Vincennes pour y rendre la justice. Il canalisait la sagesse de cet arbre Maître comme le faisaient les druides qui y captaient les messages célestes. On retrouve la forme particulière de ses feuilles sur les képis des commissaires de police, des préfets ou gradés de l'armée française. Car par sa stabilité, le respect qu'impose sa stature, le Chêne nous inspire à retrouver la justice en nous, le droit chemin et l'alignement. C'est au pied d'un Chêne qu'Abraham reçut les révélations de Yahvé au moment du départ vers l'Exode. C'est sous un Chêne encore que Jeanne d'Arc écoutait les voix célestes. C'est en Chêne que Zeus transforma Philémon en hommage à sa piété. Symboles de robustesse, les termes « Chêne » et « Force » se traduisent en latin par robur, qui décrit autant la force physique que la force morale. Héraclès tailla sa massue invincible dans les branches d'un Chêne. Le tronc de cet arbre Maître se reconnaît les yeux fermés. Son écorce granuleuse et crevassée rappelle la peau d'un vieillard qui aurait traversé les siècles. Elle est utilisée dans différentes onguents médicinaux pour ses vertus guérisseuses. Par sa richesse en tanin, son écorce est astringente. Elle soigne l'eczéma et autres maladies de la peau, mais aussi les inflammations de l'œil, la gangrène et les angines. Les ouvriers qui manipulaient l'écroce de Chêne pour le tannage des peaux souffraient rarement de tuberculose. Le Chên-Liège offre son écorce aux bouchons. Quant à ses fruits, els glands, ils nourrissent les habitants de la forêt, les sangliers, les écureiuls et les chevreuils. La farine de gland était utilisée en période de disette au Moyen Âge. Le Chêne est l'arbre des druides. L'étymologie de druide se rapproche du grec drus et du gaulois derus, qui vient de Chêne; Le druide serait l'homme du Chêne, le Connaisseur de l'Arbre du Monde. La puissance du Chêne, ses imposantes racines et ses branches larges et très feuillues en font un instrument de communication idéale entre le ciel et la terre. Du temps des druides, les forêts étaient comme des cathédrales dans lesquelles le Chêne, souvent habité par des nymphes, tenait la place de l'autel. Le Chêne est un arbre auprès de qui les druides cueillent le gui et à travers duquel ils reçoivent les oracles des divinités. Parmi les plus beaux Chênes, notons le Chêne du Bout du Lac à Doussard en Haute-Savoie, le Chêne Guillotin, âgé de 1 200 ans, à Brocéliande en Bretagne. Son nom druidique est le Chêne d'Éon de l'Étoile. Enfin, plus discret mais inspirant, le Chêne du Moulin de Beaupré, âgé de 300 ans, inspire les groupes de méditation qui se rendent à ses pieds.


Mots-clés : La sagesse ; la robustesse ; la lignée familiale ; la généalogie ; la protection ; la reconnaissance ; la justice ; la stabilité ; la transmission ; le pouvoir la loi ; le jugement ; le droit ; la loyauté ; le respect ; la maturité ; le druidisme.


Lorsque le chêne vous apparaît dans le tirage : Le chêne est le grand patron des arbres Maîtres. Il vous appelle à l'essentiel. Il vous parle de votre légende personnelle. Intantanément, il vous révèle, vous réveille, vous rassure, vous sécurise. Lorsqu'il vous apparaît, c'est un envouragement à suivre votre voie, à oser affirmer votre essence. Le Chêne vous offre sa protection au moment de vous engager dans un projet éthique en vous appuyant sur vos valeurs. Le Chêne est un support, un soutien, l'appui de vos aînés et celui de votre lignée. Le Chêne vous aide à ne pas déroger à vos valeurs et à votre loyauté. Il vous renvoie à votre intention, à ce qui vous tient profondément à coeur. Le Chêne peut vous aider à vous reconnecter à votre arbre généalogique. Cet arbre Maître apporte soutien, protection et légitimité. Le Chêne peut prévenir d'un mariage, d'une rencontre ou d'un nouveau partenariat. Lorsque votre réputation est attaquée, lorsque vos projets sont menacés et d'une façon générale lorsque vous doutez de vous et de votre légitimité, le Chêne vous aide à revenir à votre essence pour retrouver la force et l'énergie créatrice. C'est l'arbre du renouveau, des grandes naissances, des grandes décisions et des vocations assumées.


Signification renversée : Lorsque le Chêne vous apparait dans le tirage dans sa position renversée, il peut vous alerter sur le manque de droiture ou d'éthique de certains projets pour lesquels vous envisagez de vous associer. Développer vos branches n'est possible que si vos racines sont solides et profondes. Le Chêne peut vous alerter sur le risque de procès, de contrôle ou de dénonciation, le Chêne étant lié à la justice. Il peut éclairer sur une procédure de divorce ou de séparation. le Chêne renversé peur annoncer des drames familiaux, des questions d'héritage ou de spoliation. Enfin, lorsqu'il est renversé, le Chêne peut vous signaler que vous agissez pour de mauvaises raisons et que vos motivations sont trop superficielles. Le Chêne vous aide alors à revenir à l'essentiel de vos valeurs et de votre identité. Le Chêne vous rappelle qu'œuvrer pour servir ses valeurs, c'est développer votre rayonnement autant dans le monde visible qu'invisible.


Le message du chêne : Je suis le Chêne. Je suis le Maitre incontesté du Bosquet des druides et appartiens avec mes frères Pommier, Bouleau, Noisetier, Saule, Aulne et Houx à la famille des arbres Maîtres. En ce jour, je t'apporte ma protection, car tu m'as trouvé. Choisi par Zeus, je ne crains pas la foudre, car ma nature puissante et mes racines profondes ont intégré la justice du ciel et la justice des hommes. S'adosser contre mon tronc, c'est recevoir l'alignement de ta lignée et la verticalité nécessaire à ton humanité. Vois-tu pour retrouver ta puissance, tu auras besoin de révéler ton humilité. Aie l'humilité de t'adresser simplement contre mon corps pour réactiver ta force et ton inspiration. J'ai percé le secret de l'énergie et de la droiture et le partage avec toi. Aujourd'hui, les hommes utilisent mon bois pour leurs sculptures et leurs tonneaux. Ma nature est généreuse. Je t'inspire à affirmer pleinement le Maître en toi. Ose voir ta vie en grand. Affirme ta majesté, ta dignité, ta loyauté par-dessus tout Sois loyal avec ton âme, alors le monde t'apparaîtra comme étant juste avec toi. Affirme au monde la grandeur de ton humanité. Reviens à ce qui fait ton essence.


Le rituel du chêne : Je me relie au Déva des Chênes, arbre Maître du Bosquet des Druides. Je visualise dans mon dos ma lignée. Les hommes, mes pères, grands-pères, arrière-grands-pères et toute la lignée des hommes à ma droite. Ma mère, mes grands-mères, arrière-grands-mères et toutes les femmes de ma lignée sur ma gauche. Chacun de mes ancêtres se tient debout et m'envoie son énergie à travers les paumes de ses mains. Toute ma lignée m'envoie la lumière de la connaissance. Je visualise dans les premières générations de ma fratrie un Chêne ancêtre bien planté dans le sol et bien ouvert au ciel. C'est lui qui diffuse la lumière de la cohérence, de la cohésion de l'union et de l'amour.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Éditions Albin Michel, 1995),


Le projet d'aller à la rencontre de l'image du chêne dans les rêves ne s'inscrit pas d'emblée parmi les aventures prometteuses ! Quelle surprise espérer de ces chemins trop faciles qui ne semblent pouvoir conduire qu' des conclusion banales ? Tout n'a-t-il pas été dit sur ce seigneur du monde végétal ? Arbre sacré en de nombreuses régions de la terre, un chêne paraît toujours prêt à couvrir de ses frondaisons majestueuses quelque cérémonie druidique. Un chêne pensé est tout de suite plusieurs fois centenaire. C'est un arbre que l'on désire éternel. Pourtant, le chêne rêvé ne se place pas dans le même rapport au temps. C'est même à partir de cette observation que se développera l'essentiel de la signification du symbole. Le chêne fournit sans doute l'image la plus communément représentative de l'arbre. Il exprime la puissance du végétal, déployée dans sa double croissance aérienne et souterraine. Il symbolise un élan de vie qui s'alimente au ciel et dans la terre. La force est l'interprétation la plus courante, la seule d'ailleurs, que proposent les auteurs qui font porter leurs investigations sur les références culturelles.

Si l'analyse du contenu des rêves ne dément pas une telle traduction, elle apporte des éclairages qui l'enrichissent de façon déterminante. La place du chêne, dans l'imaginaire des patients européens qui constituent la presque totalité des sources de la base de données, n'est pas celle que l'on pourrait supposer. Le terme générique arbre peut être noté dans près de 27% des séances, ce qui est une fréquence considérable. Le palmier, suivie de très près par le sapin, apparaît dans 6% des rêves, ce qui reste important. Le chêne n'est présent que dans 2% des scénarios. Cette convocation peut surprendre. Cette rareté relative classe en contrepartie le symbole dans le groupe des images dont les significations sont très spécifiques.

Les deux familles de symboles qui fournissent les corrélations les plus nombreuses avec le chêne sont les animaux et le groupe des images de l'eau. Cela renvoie clairement à la connotation féminine et maternelle qui domine la symbolique de l'arbre. Le chêne, autant et plus que toute autre espèce d'arbre, a vocation de représenter l'image maternelle, d'une part, et de réaliser, d'autre part, une liaison vivante entre le besoin d'accomplissement terrestre et les aspirations spirituelles. Il est, en plus, une symbolisation incontestable de la force.

De quelle force s'agit-il ? Il sera bon de se rapporter au symbolisme général de l'arbre et de se rappeler que celui-ci est la fois expressif de croissance et de fixité. Premier stade de vie apparente, le végétal est avant tout une manifestation de la croissance. Dès lors, le mot force, isolé, se comporte non comme une traduction satisfaisante du chêne, mais comme un obstacle à l'approfondissement du symbole. Il faut avoir achevé l'exploration habituelle des rêves pour acquérir la conviction que le chêne imaginaire ne peut s'interpréter qu'à partir de la notion de force vitale. Ainsi qualifiée, l'idée de force associée à l'arbre prendra tout son sens. Il sera facile de démontrer qu'il ne s'agit pas d'une petite querelle réduite aux nuances, mais de la clef qui conduira jusqu'à la compréhension complète de l'image du chêne.

Le vingt et unième scénario d'Armelle contient des réflexions et des images qui éclaireront de façon décisive ce qu'il s'agit de découvrir. Ce rêve appellerait une reproduction intégrale, malheureusement impossible compte tenu de sa longueur... Nous nous efforcerons d'en rapporter les éléments majeurs : « … Je vois la campagne tout autour... un horizon sans limite... une charrette qui progresse sur un chemin interminable... une pierre qui bloque la roue et c'est l'accident !... Mas ça repart... ça repart toujours... une pierre qui coince, c'est un incident de parcours... je sens qu'il y avait une puissance de vie,une ténacité, une vitalité très très forte... le moteur de la vie... à la limite, plus il y a d'accidents et plus c'est renforcé... c'est de la force... à l'état pur ! Et un jour, la charrette va finir sur un amas de débris... elle a fait son temps... je pense au chêne aussi... qui, à un moment donné, se casse, je pense à la rigidité du chêne qui, à un moment donné, se brise... et ça aussi c'est sans importance ! D'autres ont pris racine... et, pour couper le fil de la vie, il faudrait tout déraciner... Je sens que pour moi, c'est important d'être enracinée, d'être dans la terre, d'être présente aux événements... importance de mes racines, de mes origines familiales... être dans une chaîne... dans une succession... et d'être la suite de quelque chose... et ce besoin vital d'assurer une suite aussi... je suis reliée, fatalement, à... mes géniteurs... je descends d'eux... je revois le chêne... je vois les deux branches et moi je suis en dessous... ça forme un Y et moi je suis une branche oblique et il me faut me relier à quelqu'un pour continuer la chaîne... enfin... je vois un losange... et le coup de ciseaux... celui qui arrête le chêne... heu... la chaîne... comme la ligature des troncs... il y a rupture de la chaîne... y a un trou... parce qu'à côté, y en a d'autres qui continuent... c'est comme un tricot... je pense à ce trou... je n'aime pas sentir ça... c'est comme un trou que j'ai dans mon ventre... un vide qui s'est créé de pas procréer... »

Quand le chêne devient chaîne par la grâce d'un lapsus, quand la chaîne se rompt par le jeu d'un second lapsus qui ligature des troncs au lieu des trompes... le chêne devient ce qu'il sera pour tous les rêveurs, au plus profond de leur imaginaire : un arbre généalogique ! Tous les indices convergeront pour confirmer cette spécificité du symbole... aucun autre arbre ne propose une forme qui se prêterait mieux à la représentation des ramifications vitales.. la force du chêne, c'est la force de la vie. Branche aînée, branche cadette, branche morte... autant d'images qui font des branches les bras d'une lignée. Armelle associe au chêne la charrette qui va par les chemins, se heurte à des obstacles, les surmonte et se renforce dans les épreuves jusqu'à l'étape finale. Plus du tiers des patients qui évoquent le chêne imaginaire introduisent ainsi le char, la charrette, le chariot, la diligence, dans le même rêve ! Le plus souvent, la charrette est titrée par deux chevaux ou deux bœufs et cet attelage représente alors les parents du rêveur... ceux qui l'ont précédé dans la chaîne de la vie. La lettre Y, sur laquelle des commentaires d'Armelle projettent un éclairage suffisant, se retrouve dans d'autres rêves, à proximité du chêne. Il est intéressant de rappeler aussi qu'autrefois le mot succès désignait la pousse printanière du bourgeon terminal d'un jeune arbre planté quelques mois plus tôt. Succession et succès ont la même origine. Quels savants cheminements de l'influx nerveux a-t-il fallu pour produire la convergence entre l'évocation du chêne et le besoin exprime par Armelle d'être dans une succession ?

Après toutes ces observations, le lecteur apprendra sans surprise que les patients qui ont produit les rêves pris en référence ont tous, sans exception, ou été de jeunes orphelins de père ou de mère, ou se trouvaient à l'époque de leur rêve, dans une situation leur interdisant la procréation. Armelle cumulait les deux propositions. De très nombreux rêves de chênes mettent en évidence le sentiment de rupture de la chaîne de la vie associée au chêne. Ce dernier semble avoir pour vocation de porter cette idée de rupture, mais aussi de parcours à accomplir pour atteindre ce qu'il faut bien appeler la fin d'un cycle vital. Le rêve ne connaît pas de palmier mort ni de sapin desséché ! L'arbre mort, l'arbre creux, l'arbre torturé, l'arbre sec sont presque toujours un chêne. Le tronc brisé, la branche rompue, appartiennent au chêne. Des Chênes qu'on abat de Malraux un géant déraciné de La Fontaine, les images de chênes qui connaissent une fortune littéraire sont toujours reliées à cette notion de rupture. Il est bien difficile de choisir entre tous les exemples qui s'offrent pour illustrer le lien entre le chêne et la chaîne généalogique. C'est peut-être le onzième rêve de Dominique, qui possède de nombreux points communs avec celui d'Armelle, qui sera, pour cette raison, le plus convaincant. Dominique a perdu son père lorsqu'il avait dix ans. Vingt ans plus tard, il n' pas trouvé l'assurance qui lui permettrait d'envisager de fonder une famille : « … Je vois un chariot conduit par un homme, un nomade, quelqu'un qui n'a pas de point d'attache... un oiseau virevolte autour de la carriole... à l'intérieur, il y a une statue de sirène. Tout ça a quelque chose de statique... le chariot s'est arrêté dans une vallée. Je suis sur la colline, très très haut, vraiment au sommet... je peux voir tout l'horizon, les quatre points cardinaux... en bas, il y a une rivière... j'y dévale... mais un mur s'abat en amont et empêche l'eau de s'écouler... c'est comme quelque chose de tari... une coupure, une rupture... quelque chose qui a entravé la marche des choses... […] Là je vois un tournesol... la pluie tombe et l'eau du ciel vient fertiliser le sol... e les tournesols se multiplient... ça forme maintenant de petits ruisseaux... et puis il y a un chêne, assez desséché... un des ruisseaux aboutit à ce chêne. Je suis au pied du chêne... j'attendais la venue de l'eau... l'eau alimente le chêne et moi en même temps... ce qui me fait me redresser... et je serre le chêne dans mes bras. Je communie avec lui en fait... je suis UN et lui est UN... et je vois une cigogne qui se pose sur une branche de l'arbre... et qui tient un linge dans son bec... un linge qui est un réceptacle ou... c'est un berceau en fait !... Et dedans il y a un enfant qui pleure... je le prends dans mes bras et je le baptise avec l'eau du ruisseau... impression de voir un enfant qui lui ressemble qui s'en va au fil de l'eau... impression de l'avoir débarrassé de quelque chose... de l'avoir purifié... une cloche tinte et un ange me tend la main... nous sommes séparés par la rivière mais il va m'aider... m'aider à reconstruire un lien... » La rivière tarie symbolise l'interruption du fil de la vie. Cette image renvoie à la disparition du père de Dominique. Mais la force de vie est indestructible. D'autres ruisseaux se forment, Dominique communie avec le chêne que leur cours alimente, et la cigogne participe au départ dans la vie du bébé, le nouveau maillon dans la chaîne des successions. D'autres rêves présentent des éléments très originaux qui confirment le sens du symbole. Le plus émouvant est sans doute celui de Cédric, orphelin de père et désabusé par la révélation que ce père disparu n'était pas le sien, ni celui de certains de ses frères et sœurs. Il en résulte pour Cédric une grande confusion, un sentiment de désordre généalogique. Au cours de son cinquante et unième rêve, il a des mots très lourds : « … ma colonne vertébrale croule sous le poids du désordre... » Le scénario se poursuit par une violente altercation qui oppose Cédric à sa mère. Puis éclate le besoin de se constitue des repères généalogiques parmi lesquels il inclura même le thérapeute : « … je vois maintenant un très très grand chêne millénaire, superbe, où j'aperçois quelques personnes que je respecte, dont vos, mon grand-père maternel et quelques personnages historiques qui me disent de laisser tomber ce que j'ai sur le dos... ce que je fais immédiatement et qui me permet de me redresser... et de plus en plus de personnes arrivent sous ce chêne, dans une ambiance d'enthousiasme... » Une autre vision, très particulière, établit de façon incontestable le lien entre le chêne et la chaîne de générations. Philippe, quarante-deux ans, orphelin de père à huit ans accomplit une traversée de l'espace jusqu'à une planète uniquement formée de végétation : « … une végétation qui s'autogénère... les chênes prennent leurs racines dans les feuilles des autres chênes et cela constitue une immense sphère entourée d'une lumière qui vient de partout... » Quand le chêne se fait chaîne aussi spontanément, dans une image qui échappe à tout soupçon de pollution par des clichés culturels, il semble bien que l'on puisse conclure.

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Devant le chêne imaginaire, l'analyste devra se souvenir que le symbole est d'abord un arbre, c'est-à-dire une image de nature féminine, maternelle, image qui favorise aussi la projection d'un élan d'harmonisation entre les aspirations terrestres et le besoin d'accomplissement spirituel. Ces valeurs seront rarement absentes de la dynamique qui se déploie dans le rêve. Mais le praticien devra toujours, face au chêne du rêve, soupçonner que quelque chose d'important se joue à travers le scénario observé, par rapport aux ascendants du rêveur ou par rapport à son désir de descendance. Il y aura lieu de s'interroger sur les obstacles qui peuvent s'opposer à la réalisation du besoin de procréer. Ces obstacles sont de natures très variées : insuffisances physiologiques, absence de partenaire ou inhibitions psychologiques en relation avec la disparition précoce d'un ascendant direct. Le vent qui joue dans les feuillages du chêne a toujours une révélation à faire sur l'un de ces points.

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Mythologie :


Le Glossaire théosophique (1ère édition G.R.S. MEAD, Londres, 1892) d'Helena Petrovna Blavatsky propose plusieurs entrées relatives au chêne :


CHENE SACRE. Chez les Druides le chêne était l'arbre le plus sacré, et ainsi également chez les anciens Grecs, si nous pouvons ajouter foi à Phéréxydes et à sa Cosmogonie, qui nous parle du chêne sacré "dans les branches exubérantes duquel un serpent (c'est-à-dire la Sagesse) habite, et ne peut être délogé". Chaque peuple possède ses propres arbres sacrés, les Hindous entre tous.


DONAR (scandin.), ou Thunar, Thor. Dans le Nord, le Dieu du Tonnerre ; c'était le Jupiter Tonans de Scandinavie. Comme le chêne était l'arbre de Jupiter, on le trouvait aussi consacré à Thor, et ses autels étaient ombragés de chêne. Thor ou Donar était le fils d'Odin "le Dieu Tout-Puissant du Ciel", et de Mère Terre.

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D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


CHENE (Quercus aesculus). — Le chêne mériterait à lui seul tout un livre explicatif, tellement son rôle mythologique et légendaire est important dans la tradition européenne. Il résume, en effet, tous les attributs mythologiques qui appartiennent, dans les Légendes orientales, à l’açvattha, au cèdre, au palmier, au cyprès, au pin. Le plus vaste, le plus fort, et, comme on l’a dit, le plus utile des arbres, est devenu, en Europe, le roi de la végétation (1). La place d’honneur que l’aigle et le lion ont occupée parmi les animaux revient, parmi les végétaux, au chêne (2). De même que, dans l’açvattha indien, on a reconnu l’image du ciel abritant la terre, le chêne, à cause des proportions gigantesques qu’il a pu atteindre sur le sol européen, a été représenté par la tradition européenne comme l’arbre cosmogonique et anthropogonique par excellence. Socrate jurait par le chêne, l’arbre divin des oracles et, par conséquent, l’arbre de la sagesse (3). On sait que Zeus l’avait adopté comme son arbre de prédilection, et on ne s’en étonne point. Une fois que le chêne représente le ciel sombre et nuageux, la place naturelle du dieu de la foudre et du tonnerre est au milieu du chêne (4). C’est dans le ciel nuageux, c’est dans le mystère céleste qui enveloppait le dieu de la lumière, que les premiers croyants de la Grèce sont allés consulter l’oracle divin, l’oracle d’Apollon et de Zeus. La première réponse de l’oracle a été donnée par le tonnerre. Le premier temple de Jupiter à Dodone a été une forêt de chênes. C’est par le bruit des feuilles de son chêne, qui s’agitaient sans être remuées par le vent, que Zeus annonçait aux hommes sa volonté suprême. De même, les oracles de Praeneste étaient rendus par des lettres sculptées sur le chêne (5). Zeus qui tonne dans le nuage, Zeus qui fait remuer les feuilles de son chêne, Zeus qui parle par son chêne, Zeus dont la volonté est exprimée par des lettres mystérieuses qui se montrent sculptées sur son chêne, sont quatre différentes images poétiques de la même conception naturelle.

Pline nous apprend, ce que d’ailleurs la science moderne admet aisément, que, dans la création, les chênes ont précédé les hommes. Nous avons dit que les Grecs appelaient les chênes, les premières mères. Rien d’étonnant que, les chênes ayant précédé les hommes, les pères des hommes, les dieux, ainsi que les abeilles qui symbolisent l’âme immortelle44, aient habité les chênes. C’est dans le tronc vide d’un chêne que les Dioskures helléniques se cachent de leurs ennemis. Ici, le chêne semble représenter l’arbre de la nuit, où le soir va se cacher, d’où sort tous les matins la lumière du jour. C’est le même chêne, sans doute, auquel était suspendue la toison d’or cherchée en Orient par les Argonautes (6). L’aurore ou la dame verte du printemps, représentée par Médée, la belle magicienne, et le soleil, représenté par le jeune et beau Iason, se retrouvent dans le ciel oriental, après avoir voyagé toute la nuit, ou tout l’hiver, dans un navire sur lequel la fille de Zeus, la sage déesse Athènè, une forme elle-même plus élevée de l’aurore, avait prudemment placé un copeau du chêne de Dodone, pour garantir les Argonautes du naufrage. Il est fort curieux maintenant d’observer que la même superstition consacrée par l’ancien mythe hellénique existe encore, légèrement modifiée, dans la campagne de Rome et en Toscane ; seulement il ne s’agit plus ici, comme de raison, d’un orage de mer, d’un naufrage, mais d’un orage terrestre. M. Vannuccini, ingénieur à Scansano, dans la province de Grosseto, m’apprend qu’à Sorano, dans la campagne de Rome, il n’y a pas encore quinze ans, une jeune bergère, surprise par l’orage, se réfugia sous un chêne, et pria la madone. Pendant qu’elle priait, une dame lui apparut ; grâce à cette dame, la pluie ne tomba point sur le chêne, et la jeune bergère retourna chez elle sans avoir reçu une seule goutte de pluie. On cria tout de suite au miracle. Le curé appela d’abord chez lui la jeune bergère, et puis la fit mener dans un couvent de Rome, où l’on prépare sans doute sa canonisation. C’est ainsi qu’il y a deux siècles, une bergère toscane, la bienheureuse Giovanna de Signa, fut canonisée. Dans le district de Lastra à Signa, entre Malmantile et Ginestra, on montre encore un chêne que le peuple adore. On raconte qu’un jour la bergère Jeanne, surprise par l’orage, rappela autour d’elle les pâtres et les brebis, et enfonça dans le sol son bâton de bergère. (Cf. Tilleul et Oléandre.) A l’instant même, surgit du sol un chêne qui abrita sous ses branches pâtres et brebis. Personne ne fut mouillé ; pour ce beau miracle, Jeanne fut canonisée ; près du chêne, on dressa une petite chapelle en l’honneur de la Vierge. Maintenant, les téméraires qui montent sur le chêne de Jeanne pour en couper des branches peuvent être sûrs que l’arbre les renversera ; il est cependant permis de détacher des branches quelques petites pousses pour les garder dans les maisons ; par ce talisman, on est, dit-on, garanti de tous les orages, pourvu que, devant cette touffe de chêne sacré, on invoque ainsi le nom de Jésus et de Marie :


Col nome di Gesù e di Maria,

Questa tempesta la vada via.


A Chieti, dans les Abruzzes, on cueille des feuilles du chêne sur lequel la fondre est tombée, et on les confie comme un talisman infaillible aux pauvres recrues qui partent pour la guerre (7). On prétend que, grâce à ce talisman, les soldats ne seront point atteints par les boulets. La théorie homéopathique, similia similibus, a affecté profondément le mythe. Où la foudre est tombée une fois, pense-t-on, elle ne tombera plus : son action est neutralisée par le chêne déjà frappé ; la foudre est l’arme divine : par analogie, l’on pense qu’aucune autre arme ne tombera sur un objet sur lequel l’arme divine elle-même n’a plus aucun pouvoir. Est-ce encore pour éloigner la foudre qu’en Allemagne on place une branche de chêne sur le dernier chariot de la moisson ?

Les anciens Grecs attribuaient le déluge de Béotie aux querelles de Zeus et de Héra ; dès que les pluies cessèrent, on vit s’élever sur la terre une statue en chêne, comme symbole de la paix conclue entre le roi des dieux et sa femme. Le chêne fut, dit-on, le premier arbre qui poussa sur la terre, et vraisemblablement ne donna pas seulement le miel (l’ambroisie de l’açvattha indien ; on sait que madhu « le doux » en sanscrit, désigne le miel et l’ambroisie) et le gland (d’où le nom de balanophagi donné aux premiers hommes (8), pour la nourriture, mais aussi pour la génération.

Le gland, disaient les anciens, excite Vénus. Fécond par excellence, on reconnut en lui non pas seulement un fécondateur parmi les arbres, mais le fécondateur des hommes. Dans un conte populaire anglais, on trouve le gland du chêne, en relation intime avec la génération de l’homme ; un follet chante : « Il n’est pas encore né, le gland d’où sortira le chêne, dans lequel on taille le berceau pour l’enfant meurtrier. » (On sait qu’Indra, Zeus, le héros solaire, en somme, est né parricide.) Il est évident que dans le conte anglais le berceau est une image poétique de l’enfant lui-même, et que le gland du chêne s’identifie ici avec le gland de l’homme. La mythologie scandinave fait du chêne ou du frène les premiers hommes : ainsi la fiction populaire latine accueillie par Virgile supposait les premiers hommes « duro de robore nati ». Les Arcadiens, de même, croyaient avoir été des chênes avant de devenir des hommes. En Piémont, pour éloigner les questions indiscrètes des petits enfants, on leur apprend qu’ils sont nés dans les bois, sous une souche d’arbre et, précisément, sous un vieux chêne.

Le chêne est donc l’arbre anthropogonique, par excellence, de la tradition européenne (9). D’après la superstition italienne, germanique, tchèque, serbe, etc., c’est une bûche de chêne que, la veille de Noël, pour la renaissance annuelle du soleil sauveur du monde, du Christ sauveur, il faut placer sur le feu. Hanté d’abord par les dieux brillants du paganisme, le chêne est devenu le refuge privilégié des madones et des saints adorés dans les campagnes. Mme Coronedi-Berti a constaté, d’après Toselli, chez les habitants de Bologne, c’est-à-dire dans une région anciennement celtique et, par conséquent, druidique, le culte spécial des chênes. Au XIVe siècle, lorsqu’on pava la place Beccadelli de Bologne, un vieux chêne s’y élevait encore. Non seulement le chêne était vénéré ; mais, par un reste, sans doute, d’un ancien usage celtique, toutes les réunions importantes du peuple devaient se tenir à l’ombre de l’arbre bienaimé. Dans les anciennes processions religieuses, les enfants de Bologne portaient des couronnes d’olivier et de chêne ; les soldats, les jours de parade, font encore de même. Dans les campagnes on voit souvent des images de la Vierge suspendues à un tronc de chêne ; l’image prend même parfois son nom de l’arbre auquel elle se trouve attachée ; on l’appelle donc près de Bologne la maduneina dla querza ou dla róuvra (c’est-à-dire la petite madone du chêne). Dans un livre populaire sur les miracles de la Vierge, imprimé à Bologne en l’année 1679, je trouve la légende qui suit : « Dans une chapelle, on avait oublié une petite statue de la Vierge : un pâtre pieux l’enleva et la plaça dans le trou d’un liège (quercus suber) devant lequel, pour faire honneur à la Vierge, il se rendait tous les jours et jouait de la flûte. Le vol ayant été dénoncé, le pâtre fut saisi et condamné à la mort. Mais, pendant la nuit, grâce à la madone, la statue et le pâtre revinrent à leur arbre bien-aimé. Les gendarmes se rendirent une seconde fois près du liège et essayèrent de ramener le pâtre fuyard ; mais, malgré tous leurs efforts pour s’éloigner de l’arbre, après avoir longuement marché, ils demeuraient toujours à la même place. « Ils attribuèrent alors ce fait étrange à un miracle de la Vierge, devant laquelle ils se prosternèrent, tout en demandant excuse au pâtre. » Saint Ronan ou Renan, de même, un saint fort entêté, ne veut point quitter ses vieux chênes. C’est M. Ernest Renan, un saint manqué lui-même (10), qui nous l’apprend dans ses Souvenirs d’enfance. A la mort du saint, « tous les chefs étaient assemblés dans la cellule autour du grand corps noir, gisant à terre, quand l’un d’eux ouvrit un sage avis : “De son vivant, nous n’avons jamais pu le comprendre ; il était plus facile de dessiner la voie de l’hirondelle au ciel que de suivre la trace de ses pensées ; mort, qu’il fasse encore à sa tête. Abattons quelques arbres ; faisons un chariot où nous attellerons quatre bœufs. Laissons-les le conduire où il voudra qu’on l’enterre.” Tous approuvèrent. On ajusta les poutres, on fit les roues avec des tambours pleins, sciés dans l’épaisseur des gros chênes, et on posa le saint dessus. Les bœufs, conduits par la main invisible de Renan, marchèrent droit devant eux, au plus épais de la forêt. Les arbres s’inclinaient ou se brisaient sous leurs pas avec des craquements effroyables. Arrivés enfin au centre de la forêt, à l’endroit où étaient les plus grands chênes, le chariot s’arrêta. On comprit ; on enterra le saint, et on bâtit son église en ce lieu ». Dans aucun pays d’ailleurs on ne s’attend à trouver le culte du chêne aussi répandu que dans la Gaule des Druides, où les chênes ont dû, pendant assez longtemps, tenir lieu de maisons, où le dieu Teute lui-même était représenté sous la forme d’un chêne. Le culte du chêne, pour le Druide, était l’équivalent du culte de sa propre maison, de son temple, de son pays (11). Le roi saint Louis administra encore la justice sous le chêne de Vincennes. Les Gaulois, le jour du danger, se rassemblaient, au son d’une timbale, autour des chênes (12). Le chêne ne donnait pas seulement aux Gaulois le toit, le gland, le miel, mais encore le gui, auquel ils attribuaient, ainsi que les Scandinaves, des propriétés magiques merveilleuses.

Au commencement de l’année, écrit M. Chéruel (13), le chef des Druides cueillait avec une faucille d’or le gui sacré, auquel, d’ailleurs, on attribue, d’après Linné (14), une origine mystérieuse. Dans quelques provinces de la France, on conserva pendant longtemps l’usage d’aller cueillir du gui du chêne, que l’on regardait comme un talisman. Les enfants demandaient des étrennes en criant : Au gui l’an neuf ! La cérémonie de la récolte du gui par les Druides est décrite par le même auteur d’une manière plus détaillée, au mot Gui : « Le gui de chêne était une plante sacrée par les Druides, et ils allaient en grande pompe cueillir le gui le sixième jour ou plutôt dans la nuit de la sixième lune après le solstice d’hiver où commençait leur année. Ils appelaient cette nuit nuit mère. Le chef des Druides cueillait le gui avec une faucille d’or ; les autres Druides vêtus de tuniques blanches, le recevaient dans un bassin d’or, qu’ils exposaient ensuite à la vénération du peuple. Comme on attribuait au gui les plus grandes vertus, et entre autres des propriétés curatives merveilleuses, ils le mettaient dans l’eau et distribuaient cette eau lustrale à ceux qui en désiraient, pour les préserver ou les guérir de toutes sortes de maux. Cette eau était aussi regardée comme un remède souverain contre les maléfices et sortilèges. Cet usage druidique se perpétua sous diverses formes dans presque toutes les parties de la France. Plusieurs textes des conciles ou synodes attestent qu’aux XVe et XVIe siècles, on se livrait encore dans les campagnes à des fêtes qui rappellent la cérémonie du gui sacré, et qu’on appelait guilanleu, ou auguilanneuf (gui de l’an neuf). »

Pline d’ailleurs nous avait déjà largement renseigné sur le culte druidique du gui de chêne : « Nihil habent Druides, écrivait-il, visco et arbore in qua gignatur, si modo sit robur, sacratius. Jam per se roborum eligunt lucos, nec ulla sacra sine ea fronde conficiunt, ut inde appellari quoque, interpraetatione Graeca, possint Druides videri. Enimvero quicquid adnascatur illis, e coelo missum putant, signumque esse electae ab ipso deo arboris. Est autem id rarum admodum inventu, et repertum magna religione petitur. Et ante omnia, sexta luna, quae principia mensium annorumque his facit, et saeculi post trigesimum annum quia jam virium abunde habeat, nec sit sui dimidia, omnia sanantem appellantes suo vocabulo. Sacrificio epulisque rite sub arbore praeparatis, duos admovent candidi coloris tauros, quorum cornua tunc primum vinciuntur. Sacerdos, candida veste cultus, arborem scandit. Falce aurea dementit. Candido id excipitur sago. Tunc demum victimas immolant, precantes ut suum donum deus prosperum faciat his quibus dederit. Foecunditatem eo poto dari cuicumque animali steriliarbitrantur, contraque venena omnia esse remedio. » D’après le livre attribué à Albert le Grand (15), le gui de chêne ouvre toutes les serrures : « Decima herba a Chaldaeis dicitur Luperax, a Graecis Esifena, a Latinis viscus querci ; et crescit in arboribus, transforata arbore. Haec herba cum quadam alia herba quae dicitur Martegon, id est, sylvium, ut scribitur lingua Theutonica, omnes seras aperit ; et, si praedictum compositum in ore alicujus ponatur, et cogitetur de aliquo, si debet accidere, corde infigitur, si autem non, corde resilit. » L’usage populaire du Canavais (en Piémont) et des paysans de la Lombardie d’aller le matin de la Saint-Jean quérir sur les feuilles de chêne la prétendue huile de saint Jean, à laquelle on attribue spécialement la propriété de guérir les blessures faites par des armures tranchantes, est sans doute encore un reste de superstition celtique.

Les pays germaniques, qui avaient consacré le chêne au dieu Thunar, ont aussi conservé longtemps le culte du chêne, même après que Boniface, l’apôtre des Allemands, à Geismar sur le Weser, eut fait déraciner le chêne consacré au dieu du tonnerre. Rien de plus instructif, à ce propos, que le long récit du pape Pie II concernant le moine Jérôme : « Postremo, écrit-il, alios populos adiit qui sylvas daemonibus consecratas venerabantur, et inter alias unam cultu digniorem putavere. Praedicavit huic genti pluribus diebus fidei nostrae aperiens sacramenta, denique ut sylvam succideret imperavit. Ubi populus cum securibus adfuit, nemo erat, qui sacrum lignum ferro contingere auderet. Prior itaque Hieronymus, assumpta bipenni, excellentem quandam arborem detruncavit. Tum secuta multitudo, alacri certamine, alii serris, alli dolabris, alii securibus sylvam dejiciebant. Ventum erat ad medium nemoris, ubi quercum vetustissimum et ante omnes arbores religione sacram et quam potissime sedem esse putabant percutere aliquandiu nullus praesumpsit. Postremo ut est alteraltero audacior increpans quidam socios, qui lignum rem insensatam percutere formidarent, elevata bipenni, magno ictu, cum arborem caedere arbitraretur, tibiam suam percussit atque in terram semianimis cecidit. Attonita circum turba flere, conqueri, Hieronymum accusare, qui sacram Dei domum violari suasisset. Neque jam quisquam erat qui ferrum exercere auderet. Tum Hieronymus illusiones daemonum esse affirmans, quae deceptae plebis oculos fascinarent, surgere quem cecidisse vulneratum diximus imperavit et nulla in parte laesum ostendit, et mox ad arborem, adacto ferro, adjuvante multitudine, ingens onus cum magno fragore prostravit, totum nemus succidit. Erant in ea regione plures sylvae pari religione sacrae. Ad quas dum Hieronymus amputandas pergit, mulierum ingens numerus. plorans atque ejulans, Vitoldum adit, sacrum lucum succisum queritur et domum Dei ademptam, in qua divinam opem petere consuevissent ; inde pluvias, inde soles obtinuisse ; nescire jam quo in loco Deum quadrant, cui domicilium abstulerint. Esse aliquos minores lucos, in queis Dii coli soleant, eos quoque delere Hieronymum velle. » Cette complainte des femmes allemandes sur la destruction des chênes, demeure de leurs dieux, me semble très éloquente et nous représente assez vivement la ténacité du culte superstitieux des arbres chez les peuples germaniques. Pour sauver les chênes sacrés, les Allemands du moyen âge, non seulement pleuraient et priaient, mais ils recouraient à la ruse. L’évêque Othon de Bamberg, en l’année 1128, étant en mission à Stettin, y trouva encore des temples païens près d’un chêne et d’une source. Il songea naturellement à les démolir ; mais, pour ménager les paysans de Stettin par trop effarouchés, il fallut en venir à une espèce de compromis. Dans la vie d’Othon écrite par Hebrard, le regretté Mannhardt a lu ce qui suit : « Erat praeterea ibi quercus ingens et frondosa et fons subter eam amoenissimus, quam plebs simplex, numinis alicujus inhabitatione sacram existimans, magna veneratione colebat. Hanc etiam episcopus quum, post destructas continas, incidere vellet, rogatus est a populo ne faceret. Promittebant enim nunquam se ulterius, sub nomine religionis, nec arborem illam colituros, nec locum, sed solius umbrae atque amoenitatis gratia, quia hoc peccatum non sit ; salvare illam potius quam salvari ab illa se velle. Qua suscepta promissions : « Acquiesco, inquit episcopus, de arbore ». C’était tout ce qu’on voulait. D’après la croyance populaire germanique (16) aidée et entretenue, en grande partie, par l’Église, ces mêmes arbres, depuis qu’il n’est plus permis d’y chercher des dieux, sont la plupart hantés maintenant par des démons ou êtres malfaisants qui éloignent du chêne ce même peuple qui allait autrefois se prosterner devant lui.

Chez les Lettes, le chêne est représenté comme un arbre solaire. D’après leurs chants populaires, dès sa naissance, la fille du soleil a été promise par son père au Fils de Dieu. Mais lorsqu’elle fut en âge de se marier, le soleil, au lieu de la donner au Fils de Dieu, la livra à la lune, en priant le dieu Perkun (le dieu de la foudre) de prendre part à la noce. Alors Perkun frappa le chêne. Le sang du chêne jaillit sur le drap en laine de Marie. Un autre chant populaire s’exprime ainsi : « Je comptais les étoiles ; le seul astre du matin manquait ; il courait après la fille du soleil. Perkun parcourait le ciel, en se querellant avec le soleil. Le soleil n’obéissait point à Perkun. Il avait vendu sa fille à l’astre du matin. Perkun frappa le chêne d’or ; la fille du soleil pleura amèrement, en ramassant les branches d’or. Toutes les branches étaient là ; la seule branche du sommet manquait ; elle la retrouva après quatre ans. » Un troisième chant ajoute quelques détails intéressants : « La lune emmène la fille du soleil ; Perkun suit la noce ; sautant par la porte ouverte, il brise le chêne d’or ; le sang du chêne jaillit sur le rocher sombre ; la fille du soleil demeura trois ans sur les branches. » Un quatrième chant revient sur le même mythe, en y ajoutant une nouvelle image solaire : « L’astre du matin faisait sa noce ; Perkun chevauche par la porte, et il brisa le chêne vert. Le sang du chêne coula et jaillit sur mes habits et sur ma petite couronne. Ainsi pleurait la fille du soleil, et elle ramassa, pendant trois ans, les feuilles détachées : Ma mère, où dois-je laver mes habits, pour en effacer le sang ? — Ma fille, ma petite, va à l’étang, dans lequel neuf ruisseaux coulent. — Ma mère, où dois-je faire sécher mes habits ? — Ma fille, dans les jardins où poussent neuf rosiers ? — En quel jour, ma mère, devrai-je remettre mes habits blanchis ? — Fille, le jour où neuf soleils brilleront. »

Le mythe de Kutsa, dans le Rigveda, nous fait déjà assister à une ancienne querelle entre Indra, le dieu de la foudre, et le soleil : une fois Indra frappe la roue du chariot solaire ; une autre fois, il brise le chariot de l’aurore ; et on peut croire qu’Indra aussi, comme Perkun, se vengeait par jalousie, puisque plusieurs passages védiques nous représentent Indra comme un ami et protecteur de l’aurore. La célèbre légende d’Apâlâ dans le Rigveda fait du dieu Indra un véritable chevalier amoureux de l’aurore. Les chants populaires lettiques ajoutent un nouvel éclat et intérêt au mythe indien, en le ranimant par une légende végétale.

A propos du mythe des Lettes, M. Mannhardt fait encore mention de l’arbre de Dieu, du Taaras ou chêne cosmogonique finnois, aux branches d’or, couvrant le ciel ; d’après le Kalevala, le chêne planté par le fils du soleil aurait été déraciné par un nain sorti de la mer et devenu géant. Cet arbre aux branches d’or qui couvre le ciel semble être ici l’aurore elle-même ; le nain est le soleil qui chasse l’aurore, en déracinant l’arbre qui la représente, le soir à l’occident, le matin à l’orient. La légende esthonienne fait de ce chêne un arbre bienheureux, un arbre de l’abondance, tel qu’étaient le pommier des Hespérides et l’açvattha védique. De ses branches sortent des berceaux, des tables, des maisons merveilleuses, et surtout la maison de bain de son propre frère qui viendra avec une hache le terrasser. La fenêtre de cette maison est la lune elle-même ; sur le toit le soleil s’amuse et les étoiles dansent. Le docteur Mannhardt compare ici très à propos à ce chêne celui de l’île de Bujan, une espèce de paradis terrestre dans la tradition populaire russe : sur le chêne de l’île de Bujan le soleil va se coucher tous les soirs ; du sommet de ce chêne il se lève tous les matins ; le chêne est habité par la vierge divine Zarjá (le nom russe de l’aurore) et gardé par le dragon Garafena. Eh bien, qu’en pensent messieurs les adversaires systématiques de la mythologie comparée ? Avons-nous ou n’avons-nous pas le droit de parler d’arbres solaires ?

A Pron, les chênes consacrés à la divinité étaient entourés par une espèce de bâtisse, qui rappelle les contines de la Prusse orientale. Cet endroit était le véritable sanctuaire de toute la contrée, et avait son prêtre, ses fêtes et ses sacrifices. Les cérémonies achevées, le peuple se rassemblait avec le prêtre et le chef du tribunal. Mais la cour, le sanctus sanctorum où s’élevait le chêne sacré, était réservé au prêtre, aux sacrificateurs, aux personnes menacées de mort qui y cherchaient un asile. A l’exemple des dieux qui se rassemblaient sous l’arbre universel (personnification du ciel) pour décider du sort de l’humanité, le tribunal des anciens Slaves, ainsi que celui des anciens Gaulois et des anciens Germains, se tenait sous un vieux chêne. L’arbre, personnification de la sagesse suprême, l’arbre spécialement duquel sortaient les réponses du Zeus dodonien, le chêne, devait inspirer aux juges la vérité dans les sentences. Constantin Porphyrogénète affirme que les anciens Russes, en arrivant à l’île de Saint-Georges, accomplissaient leurs sacrifices sous le grand chêne, devant lequel le peuple et le prêtre chantaient un Te Deum ; après quoi le prêtre distribuait des branches de chêne au peuple. Dans la province de Toula, lorsqu’on coupe les bois, les paysans vont encore à la recherche des vieux chênes qui s’élevaient près d’une source ; et ayant enlevé l’écorce de leurs branches, ils la trempent dans la source, pour la garder ensuite soigneusement dans leurs maisons comme le meilleur préservatif contre le mal de dents. Ailleurs, au premier coup de tonnerre, on appuie le dos contre le tronc d’un chêne, et on croit, par là, se garantir de tous les maux. Dans l’Ukraine, la semaine des Rois, appelée la semaine verte, on érige sur une grande place un mât de chêne, avec une roue attachée au sommet ; on entortille autour de la roue des herbes, des fleurs, des rubans ; autour du mât on plante des branches de bouleau ; on fait des jeux, on s’amuse et on chante ce qui suit :


Chêne sec, détords-toi,

La glace te couvrira.

— Je ne crains pas la glace,

Le printemps viendra :

Il me détordra.


Quoi de plus évident que cette évocation du printemps par le chêne ? Ainsi que le coucou annonçait aux paysans romains l’arrivée du printemps, ainsi que les paysans romains, lorsqu’ils entendaient au mois de mars gronder le tonnerre, étaient avertis que la belle saison arrivait, l’arbre du dieu de la foudre, l’arbre nuageux, l’arbre orageux d’Indra, de Zeus, de Perkoun ou Peroun, le chêne, évoquait, chez les Slaves, le retour de la nouvelle année.

Nous avons vu que, dans l’île de Bujan de la tradition russe, le chêne est évidemment un arbre solaire ; le ciel doré de l’Orient et de l’occident est représenté par cet arbre ; mais le ciel n’est pas toujours couvert de rayons d’or lorsque les nuages ou les ténèbres le couvrent, le ciel devient un arbre orageux. Le chêne se rencontre donc dans les légendes héroïques russes parfois sous la forme d’un arbre solaire, parfois en sa qualité d’arbre de l’orage. Le brigand Soloveï (Rossignol) bâtit son nid sur sept chênes ; on l’appelle Rossignol, parce qu’il siffle d’une manière effrayante et irrésistible et, par son sifflement, fait trembler toute la terre ; Rossignol personnifie évidemment le vent de l’orage. Ilia Muromietz (ÉIie de Mourom), le héros solaire par excellence, l’Hercule de l’épopée russe, pendant le combat, aime, comme Indra et comme Zeus, à se cacher ou à se déguiser. Il n’est plus alors le dieu lumineux, mais le dieu drapé du nuage comme d’une cuirasse, le dieu guerrier. Ilia, cependant, le même qui, avec son seul poignet, aurait pu arracher tous les chênes de la forêt, le même qui, dans un combat contre le géant Rossignol, avec une seule flèche avait brisé un chêne en mille morceaux (évidente représentation de la foudre qui déchire le nuage), a peur d’un héros plus fort que lui, Sviatogor, et, saisi de crainte, monte sur un chêne pour échapper à ses poursuites. De même, dans un hymne védique, on nous représente Indra, le dieu de la foudre, fuyant par crainte d’un ennemi mystérieux (peut-être de son ombre), après sa victoire sur le monstre Ahi.

La couronne civique des Romains était tressée avec des feuilles de chêne : « Civica (corona), écrit Pline (XVII, 4), lignea primo fuit, postea magis placuit ex esculo Jovi sacra. » Pline nous assure aussi que les deux chênes qui s’élevaient près de l’autel de Zeus dans le voisinage d’Héraclée avaient été plantés par Héraclès lui-même. La statue de la victoire d’Herculanum tient une couronne de chêne à la main. Dans l’ouvrage Herculanum et Pompéi, par H. Roux aîné, je trouve la description de deux candélabres symboliques avec des ramifications ou des branches sur lesquelles, comme sur un arbre, se tiennent deux oiseaux ; comment ne pas reconnaître dans ces deux oiseaux les colombes prophétiques des chênes de Dodone, les deux oiseaux qui hantent l’arbre de l’ambroisie, le pippala védique, et qui causent entre eux ?

Une petite chanson populaire piémontaise communiquée par M. Nigra au professeur Mannhardt parle de trois poules sur un chêne et de trois coqs dans un château, qui doivent invoquer le soleil et le beau temps :


Sol, mirasol,

Tre galiñe s’una rol,

Tre gai ant un castel,

Preghé Dio c’ a fassa bel

(Le coq et la poule semblent aussi, par leur chant, préluder aux amours des hommes, dans une autre chanson piémontaise, qui commence ainsi :

Canta il gallo,

Risponde la gallina,

Madama Donesina

Si mette alla finestra

Con la corona in testa, etc.


A l’origine il devait être question d’une seule poule et d’un seul coq, ainsi qu’il est question d’un seul chêne et d’un seul château ; par l’affection du peuple bien connue pour le nombre trois, on a dû inventer trois poules et trois coqs. Ce coq et cette poule prophétiques me semblent de la même famille mythologique que les colombes de Dodone et les kapotâs védiques. Indra aime à se transformer en faucon, Zeus en aigle ; le soleil est souvent représenté comme un oiseau d’or. Une énigme populaire russe représente le soleil ainsi : « Il existe sur un vieux chêne un oiseau, que ni le roi, ni la reine, ni la plus belle vierge ne peuvent attraper. » Le nuage ou la nuit qui cache le soleil, le chapeau qui rend le héros invisible, se retrouvent dans le conte populaire anglais de Tom Pouce sous la forme d’une simple feuille de chêne. Dans un autre conte populaire anglais, le jeune héros s’empare de l’épée lumineuse qui doit tuer le sorcier Gruagach, en frappant le roi des fenêtres de chêne, c’est-à-dire en déchirant les nuages, ou les ombres de la nuit. Dans un grand nombre de contes populaires qui se rattachent à la légende italienne de Çakuntalâ, le jeune prince de soleil quitte la jeune fille, sa fiancée, encore mal habillée, et la prie de l’attendre près d’un étang dominé par un arbre, jusqu’à ce qu’il revienne lui apporter des habits de noce. L’hymne védique dit que l’aurore se pare pour le soleil. Le prince Soleil veut embellir sa bien-aimée l’Aurore. C’est ainsi qu’Indra, trouvant laide et malade la jeune fille Apâlâ, se charge de la guérir et de l’embellir pendant la nuit, sans doute pour l’épouser, belle et resplendissante de toute la beauté de l’aurore, à la pointe du jour. En attendant que le prince revienne (c’est-à-dire que la nuit sombre passe et que le matin apporte à l’aurore sa robe de noce), la jeune fille monte sur un arbre, qui se trouve presque toujours être un chêne (ici, évidement le ciel sous forme d’arbre nocturne). Au pied de l’arbre, une femme noire, une vieille femme (autre représentation de la nuit), vient laver son linge ; l’image de la jeune fille se reflète dans l’eau d’océan nocturne) ; c’est ainsi que la jeune fille Apâlâ descendait à la fontaine pour y puiser Soma (l’ambroisie, la boisson chère à Indra, et la lune). Mais dans les contes, la vieille femme envieuse, la laideronne, la femme noire ne permet point à la jeune fille de s’admirer trop longtemps dans l’eau, ni de puiser cette eau de vie dont la sorcière semble avoir le secret ; elle pousse donc la jeune fille dans l’eau ainsi que le fait Çarmishthâ dans la légende indienne du Mahâbhârata. La nuit endort l’esprit, fait oublier ; et le prince oublie la jeune fille qui l’attendait ; la sorcière, la femme noire, la nuit occupe près du prince la place de la jeune fille : celle-ci, après avoir été plongée dans l’eau, passe par de nombreuses transformations, jusqu’à ce qu’elle prenne la forme d’une colombe qui adressera, en présence du prince, un doux reproche au pigeon volage pour l’avoir abandonnée. Alors le prince, ainsi que le roi indien Dushmanta, se ressouvient de tout ; il détruit le sortilège en ressouvient de tout ; il détruit le sortilège en frottant la tête de la colombe, qui redevient une jolie femme, et fait réparation à sa tendre et malheureuse épouse. Cette colombe qui se rencontre dans un conte populaire toscan, cette colombe qui dit son secret au pigeon, n’est-elle pas apparentée aux colombes fatidiques du chêne de Dodone, et aux deux oiseaux mystérieux du pippala védique, qui parlent entre eux ? Le mythe et le conte, n’en déplaise aux rieurs, se lient ici encore une fois très intimement. L’oiseau mâle nous cache un dieu ; la colombe qui lui parle, une déesse lumineuse, et, dans notre cas précisément, l’aurore éternelle, celle qui, en réveillant tous les jours le monde et en lui donnant la lumière, c’est-à-dire la sagesse, a eu le droit de s’appeler Athènes.


Notes : 1) Dans l’Histoire naturelle, de Oxfort, il est question d’un chêne qui pouvait abriter sous ses branches 300 cavaliers avec leurs chevaux. Dans l’Histoire générale des Plantes, de Ray, il est parlé d’un tronc de chêne dont le diamètre mesurait dix mètres

2) Quelquefois, cependant, dans le Nord, le chêne est remplacé par le bouleau. Les mêmes attentions que les jeunes filles de la Dalmatie ont pour le chêne, dont elles entourent le tronc d’un ruban, les jeunes russes les prodiguent au bouleau.

3) Les femmes de Samos prêtaient serment par les ombres du chêne.

4) Sur le mont Lycée, en Arcadie, existait autrefois un temple de Zeus, près d’une source. Les Arcadiens croyaient que, pour faire tomber la pluie, il suffisait de tremper une branche de chêne dans l’eau de cette sourc

5) « Praenestinarum sortium, quae claruerunt diutissime, cum refrixissent coeterae, talis traditur inventio. Numerus quidam Suffius, honestus homo et nobilis, cum, somniis crebris, ad extremum etiam minitantibus, juberetur certo in loco silicem caedere, perterritus visis, irridentibus suis civibus, id agere coepit. Perfracto saxo, mox sortes eruperunt, in robore insculptae priscarum litterarum notae. Is postea locus septus religiose est, propter Jovis pueri, qui lactens cum Junone in gremio Fortunae sedens, mammas appetens, castissime colitur a matribus. » Peucerus, De Praecipuis Generibus Divinationum (Wittemberg, 1580)

6) C’est aussi sous un chêne, dans le royaume des serpents (la nuit), que se trouve le trésor cherché par Basile Bestchastnoï (Afanassieff, Narodniya Russkiya Skasaki, I, 13). Le beau-père persécuteur envoie Basile au royaume des serpents, certain qu’il périra. Basile rencontre un chêne de trois cents ans, qui le charge de demander au serpent combien d’années il restera encore debout. Le serpent répond que le chêne tombera lorsqu’on viendra le pousser d’un coup de pied vers l’Orient ; alors le chêne sera déraciné, et sous les racines on trouvera le trésor. On ne pourrait indiquer plus clairement le mythe ; l’arbre de la nuit tombe à l’Orient d’où l’aurore se lève avec ses trésors de lumière. (Cf. plus loin, dans ce même article, ce qui est dit de l’île de Bujan.)

7) Ceci est cependant en contradiction avec le témoignage de Festus et de Servius, au sujet d’une superstition des Romains ; lorsqu’un chêne était frappé par la foudre, ils considéraient cet événement comme de très mauvais augure pour l’agriculture, le gland représentant à leurs yeux toute la récolte.

8) Le professeur Mantegazza a encore trouvé, dans l’île de Sardaigne, des hommes qui se nourrissent avec un pain de glands.

9) D’après la légende de Milon de Crotone, ce héros populaire laissa cependant la vie dans la fente d’un tronc de chêne, où il eut l’imprudence d’essayer le même tour de force que le singe de la première fable du Pantchatantra indien, dont il se montre évidemment un parent légendaire très proche.

10) Puisque nous en sommes à saint Renan, il ne sera pas superflu d’indiquer ici que, grâce à monsieur Renan, en sa qualité d’auteur de la Vie de Jésus, et à l’ignorance de quelques bigots florentins, peu s’en est fallu qu’un nouveau saint ne fît son entrée dans le calendrier catholique. A l’apparition de la Vie de Jésus, l’archevêque de Florence organisa dans la cathédrale des prières d’expiation pour ce grand sacrilège. Pendant trois jours le peuple accourait entendre les sermons contre l’impie Renan. Le troisième jour, je demandais à une bonne femme de ma connaissance, qui se bâtait pour entrer dans le temple, ce qu’il y avait de nouveau : « C’è la predica di san Renano, » me répondit-elle.

11) Dans les Côtes-du-Nord, « on préserve les vaches de la maladie appelée cocotte, en leur mettant au cou un collier de branches de chêne ». (D’après une communication obligeante de M. Sébillot.)

12) Le docteur Schweinfurth a constaté un usage pareil chez les Chillous, en Afrique.

13) Dictionnaire historique des Institutions, Mœurs et Coutumes de la France.

14) Sponsalia Plantarum : « Viscum veteres absque semine produci putarunt, quippe eundem saepe in inferiori latere ramorum enasci videbant ; quomodo autem semina visci ab una arbore ad alteram volitare, ibique lateri inferiori adhaerere potuerint, captu fuit ipsis admodum difficile. Dies vero edocuit turdum baccas ejus comedere, pulpaque illarum vesci ; semina vero reddere integra, quae una cum excrementis ramis inhaerent... sic turdus sibimet ipse malum cacat. »

15) De Virtutibus Herbarum.

16) En France, il en est arrivé de même. D’après Gérard de Rialle, les paysans d’Elbeuf redoutent encore le chêne du Val-à-l’Homme.


GLAND (Cf. Chêne). — Quoique le chêne soit l’arbre sacré de Jupiter, il ne paraît pas que le roi des Dieux en ait beaucoup aimé les fruits, puisque les Grecs appelaient Dios Bálanos (gland de Zeus) la châtaigne (cf.) et les Latins Jovis glans, juglans (gland de Jupiter) la noix (cf.)

[...]

PAEDEROS. — Dans les sacrifices en honneur de Vénus, dans la grande Grèce, en brûlant les cuisses de la victime, on allumait