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  • Anne

Rose





Étymologie :

  • ROSE, adj. et subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1165 « qui a la couleur rouge clair » (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 5531) ; 1852 rose thé (Gautier, Émaux, p. 53) ; 1909 rose saumon (La Mode illustrée, 3 oct., p. 457 ds Quem. DDL t. 16) ; 2. 1809 tout n'est pas rose (Les Méditations d'un hussard, xj-xij, ibid., t. 19) ; id. voir tout en rose (Brazier, in Le Chansonnier du vaudeville, V, p. 8, ibid.). Empl. adj. de rose*.


Lire également la définition de l'adjectif rose afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"A prendre le rose pour un rouge atténué, adouci par l'addition d'une proportion plus ou moins forte de blanc, on serait assuré d'un grand confort dans la présentation de l'argumentaire. Ce serait, d'abord, s'abriter derrière une indéniable réalité physique. Cela ne pourrait qu'attirer l'approbation du coloriste. Enfin, cela offrirait la sécurité d'un chemin ouvert depuis longtemps par les quelques auteurs qui ont écrit sur ce symbole. Frédéric Portal ne tergiverse pas. D'entrée de texte, il affirme : "Le rouge est le symbole de l'amour divin, le blanc de la sagesse divine, la réunion des deux couleurs signifie : amour de la sagesse divine" ! La formule est péremptoire, mais son orientation bien éloignée de ce que propose l'imaginaire contemporain.

Il y aurait tentation de considérer le rose comme un rouge affaibli par adjonction de blanc, lorsqu'on a reconnu dans ces deux couleurs les valeurs que nous avons dégagées de l'étude des scénarios de rêve éveillé. Ainsi que nous le développons dans les articles qui leur sont consacrés, le rouge est essentiellement l'expression d'un élan d'implication, d'engagement dans la vie terrestre. Il est pulsion, passion, accomplissement, violence. Le blanc symbolise l'absolu, l'innocence, l'isolement. Il est pureté, refus de se commettre. Dès lors, il n'est pas difficile d'admettre que le rose puisse exprimer une psychologie tiède, d'autant plus éloignée du coup de sang qui porte à voir rouge, qu'une plus grande quantité de blanc vient pâlir la teinte initiale. Une analyse de bonne foi trouvera, dans le langage usuel et même dans les rêves, assez d'indices pour attester de la crédibilité de cet axe de traduction.

L'observation objective des corrélations relevées autour du rose onirique ne permet cependant pas d'accorder plus d'attention à cette interprétation. Avant de révéler au lecteur la nature des associations dominantes identifiées à travers l'examen des rêves, il est nécessaire de s'interroger sur l'étrange dérive qui conduit les traducteurs de la couleur rose à consacrer la majeure partie de leurs développements à la rose. S'agit-il d'un entraînement rendu inévitable en raison de la phonétique ou d'une remarquable intuition ? Les associations montreront que ce glissement témoigne d'un paradoxe car il repose sur la valeur la plus profonde du symbole mais il agit comme un leurre dont l'effet principal est d'égarer le regard de l'analyste ! Car la rose, nous le démontrons dans l'article traitant de cette fleur, n'est pas, dans la dynamique de l'imaginaire, la représentation de l'accomplissement sublime de la psyché affirmée par de nombreux auteurs. Les roses oniriques sont le plus souvent des roses artificielles, des roses en papier, en tissu, en plastique, en porcelaine, des roses sèches. Une rose rêvée est une âme en mal de rosée. Qu'une perle de rosée la féconde et voilà la rose rendue à son essence féminine. La voilà de nouveau apte à assumer la représentation d'âme.

Frédéric Portal rappelle opportunément que la racine commune du rose et de la rose, rosa, est elle-même issue de ros qui désigne la pluie, la rosée. Ces observations faites, il devient excitant de se reporter aux corrélations qui environnent la couleur rose dans les productions oniriques. Les images de désert, de sable sec, de rivières et torrents asséchés, s'imposent dans 78% des scénarios pris en référence. Celles de l'eau, de l'eau revenue, de l'eau retrouvée, apparaissent dans 71% de ceux-là.

Le deuxième scénario de Frédéric contient l'une des nombreuses illustrations de ce qui vient d'être écrit :

"... C'est une sorte de gorge, dans le désert... le lit d'un torrent à sec... il y a du sable et des cailloux... le ciel est bleu, c'est une rivière, un torrent, à sec... un chemin dans un désert de cailloux et de sable... quelques cactus... maintenant, je vole au-dessus de ce paysage aride... il y a une jeune fille à côté de moi et... brusquement, l'image d'un pot de fleurs... avec des fleurs roses et blanches... je pense à Roméo et Juliette... Maintenant, je vois un petit ruisseau, une source... je bois l'eau de la source et j'aperçois, dans l'herbe, à côté, un poisson qui bouge... qui se débat... je l'attrape et je le remets dans l'eau... je vois une femme... quelqu'un dont je pourrais être amoureux... j'ai les pieds dans l'eau..."

Des dizaines de rêves montreraient ainsi, autour d'une simple évocation de la couleur rose, le passage d'images par lesquelles s'exprime l'absence de l'eau à celles de l'eau qui jaillit, de l'eau qui ruisselle, baigne, désaltère, revitalise. Frédéric, au moment où il voit les fleurs roses, est accompagné par une jeune fille. Il pense aussitôt à Roméo et Juliette. Est-il plus fameux symbole de la formation du couple animus-anima, que ces amants indissolublement unis dans l'amour et dans la mort ? Rêveuses et rêveurs proposent d'innombrables scènes dans lesquelles s'exprime, à proximité du rose, sur fond de désert et d'eau retrouvée, l'appel impérieux de la figure de l'anima.

Cette quête de l'eau, représentation du besoin de réhabilitation de l'anima, Laurence, à la fin de son quatorzième rêve, en trace par quelques traits saisissants, toute la constellation :

"... C'est un paysage un peu magique... mais je n'ai pas peur, parce qu'il y a des couleurs... du rose surtout... Là, tout semble facile, simple, naturel... comme si tout coulait de source... Je suis une petite fille... et je me veux hirondelle... alors je vole... je me sens légère... j'hésite entre un paysage verte et le désert... je me tourne vers le ciel... c'est le visage de ma mère qui apparaît et c'est ma mère qui me prend par la main... et, là, je suis habillée comme les femmes du désert, du Sahara... avec un voile blanc et... il y a un voile bleu sombre en face de moi, porté par un homme au regard perçant... c'est lui qui est là, au bord du puits, comme s'il était le Maître du puits... je sais bien qu'il attend que je vienne lui demander de l'eau ... Je crois que je voudrai bien de son eau parce qu'il est beau et fort..."

Dans l'article consacré à l'Arabe, nous apportons tous les éléments qui conduisent à reconnaître dans l'homme du désert, dans l'homme bleu, l'une des plus belles figurations de l'animus. Laurence en fait le Maître du puits, celui qui attend qu'elle lui demande de son eau. Prince du désert, du lieu sec, il est aussi celui qui survit parce qu'il détient de le secret de l'humide, de son indispensable complément féminin, l'anima.

73% des scénarios soumis à l'étude contiennent l'image d'un couple ostensiblement uni, près du rose. Petit garçon et petite fille, jeune homme et jeune fille, homme et femme, ces représentations très claires des composantes masculine et féminine de la psyché ne laissent aucune possibilité d'erreur d'interprétation.

La cure d'Anne-Marie est particulièrement démonstrative parce que toute la problématique de la jeune femme est structurée autour du refus de sa féminité. La succession des rêves atteste l'omniprésence de ce thème qui imprègne tous les autres aspects de la problématique. Le cinquième scénario apporte des images qui exposent sous une forme originale, la recherche d'un équilibre entre le bleu-animus et le rose-anima. Nous ne reproduisons qu'ne partie de la séquence, très longue et très riche :

"... J'ai lâché la liane et je suis arrivée sur un gros rocher, un très gros rocher rond, rond mais plus étroit à sa base, comme s'il était posé sur un socle, en équilibre... il est parfaitement rond... il est assez grand et il est noir, noir et lisse, comme du marbre poli... je prends un énorme tournevis que je commence à enfonce dans cette tête... c'est creux à l'intérieur... je donne un coup et il s'ouvre en deux, comme une pomme et, à l'intérieur droit, il y a un bébé et à l'intérieur gauche il y en a un autre !... Il y a un sanglier aussi, dans l'un des deux et, dans l'autre, il y a une biche... il y a un bébé bleu avec le sanglier et un bébé rose avec la biche..."

Du bébé bleu à l'homme bleu, c'est toujours la même symbolisation de l'animus qui s'offre comme faire-valoir du rose-anima. La symbolique profonde s'accorde avec l'usage qui affecte les vêtements bleus au nouveau-né de sexe masculin et les vêtements roses à la petite fille. Les parents de la rêveuse ou du rêveur ont une présence significative dans la moitié des rêves examinés. Le développement de l'animus et de l'anima étant directement fonction de la réalisation de l'autonomie par rapport aux images parentales, cette constatation n'est pas de nature à surprendre.

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La couleur rose apparue dans le rêve ne doit pas être regardée comme un rouge affaibli. Ce serait méconnaître la puissance de sa valeur propre. Le rose, c'est la rosée, la pluie, l'humide, l'eau, l'anima. L'interprète du rêve qui se réfère à cette ligne de traduction se place dans une perspective d'où il ne peut manquer de voir et de comprendre ce qui se joue dans le scénario.

Autour du rose, il verra rêveurs et rêveuses vivre une dynamique de reconnaissance de l'anima, de cet inépuisable réservoir des forces créatrices de l'être et du monde sensible. Le rose onirique dit la marche vers une harmonisation des composantes masculine et féminine du psychisme, sans laquelle il ne peut être possible d'atteindre le Soi, c'est-à-dire l'accomplissement dans la plénitude."

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Littérature :


Christian Bobin ouvre son ouvrage intitulé La Grande Vie (Éditions Gallimard, 2014) sur un hommage à Marceline Desbordes-Valmore qu'il relie intimement à la couleur rose :


"Chère Marceline Desbordes-Valmore, vous m'avez pris le coeur à la gare du nord.


Il faisait froid. il y avait tellement de monde, et en vérité personne. J'ai cherché un abri, un lieu humain. Je l'ai trouvé : le dos appuyé contre un pilier j'ai ouvert votre livre et j'ai lu votre poème Rêve intermittent d'une nuit triste. Je l'ai lu quatre fois de suite. Il n'y avait plus de foule, plus de froid. Il n'y avait plus que la lumière rose de votre chant - ce rose que Rimbaud vous a volé, entrant dans votre écriture comme un pilleur de tombe égyptienne. Qu'importe : vous revoilà. Intacte et régnante par votre coeur en torche.


La vie avec vous a été d'une brutalisé insensée. Plus ses coups étaient violents, plus votre chant s'allégeait. Votre amour a triomphé de vos assassins. Ils ne voyaient pas que vos larmes étaient de feu. Je lisais, je lisais, je lisais. Votre poème avait fait disparaître Paris et le monde. Il n'y a que l'amour pour accomplir ce genre de miracle. La grâce de vos images jetait sur mon visage des reflets de rivière. Et ce rose, ce rose ! Mon Dieu comme c’était beau - d'une beauté de noisetier, de soleil dans ses limbes. S je vous vois en rose c'est parce que cette couleur n'entre jamais en guerre et semble toujours au bord de défaillir dans l'invisible. Vous lire ainsi, debout, dans le froid d'une gare, c'était une déclaration de vie, une échelle plantée dans le sol, appuyée sur le ciel.

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