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Rose



Étymologie :

  • ROSE, adj. et subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1165 « qui a la couleur rouge clair » (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 5531) ; 1852 rose thé (Gautier, Émaux, p. 53) ; 1909 rose saumon (La Mode illustrée, 3 oct., p. 457 ds Quem. DDL t. 16) ; 2. 1809 tout n'est pas rose (Les Méditations d'un hussard, xj-xij, ibid., t. 19) ; id. voir tout en rose (Brazier, in Le Chansonnier du vaudeville, V, p. 8, ibid.). Empl. adj. de rose*.


Lire également la définition de l'adjectif rose afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version très catholique dix-neuviémiste des équivalences symboliques, ce qu'on ne saurait évidemment lui reprocher :

COULEUR ROSE.


Le rose résulte du mélange du rouge et du blanc et est le symbole de la jeunesse et de l'amour. Hébé, déesse de la jeunesse, était parée de cette charmante couleur.

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Frédéric Portal, auteur de l'ouvrage intitulé Des couleurs symboliques dans l'antiquité : le moyen-âge et les temps modernes. (Treuttel et Würtz, 1857) explore le symbolisme du rose :


La couleur rose emprunte sa signification au rouge et au blanc ; le rouge est le symbole de l'amour divin, le blanc, de la sagesse divine ; la réunion de ces deux couleurs signifiera : amour de la sagesse divine.

Nous trouvons ici une analogie avec le jaune qui désigne également l'amour et la sagesse et qui émane du rouge et du blanc, d'après la symbolique.

La différence qui existe entre ces deux couleurs est que dans le jaune les deux attributs de la Divinité sont confondus dans une unité, tandis que dans le rose ils restent distincts. L'or et le jaune ont une signification supérieure à celle de la couleur rose. L'or se rapporte à Dieu et à sa révélation, et le rose indique l'homme régénéré qui reçoit la parole sainte.

La rose et sa couleur étaient les symboles du premier degré de régénération et d'initiation aux mystères. Il existait un rapport entre le baptême qui ouvrait les portes du sanctuaire et la couleur rose, rapport que nous retrouvons dans l'étymologie du mot latin rosa qui vient évidemment de ros, la pluie, la rosée. Horapollon dit que les Égyptiens représentaient les sciences humaines par de l'eau tombant du ciel. Chez ce peuple les sciences étaient enfermées dans les temples et révélées seulement aux initiés ; de même en Égypte, le rose était le symbole de la ré génération. L'âne d’Apulée recouvre la forme humaine en mangeant une couronne de roses vermeilles que lui présente le grand-prêtre d'Isis. En effet, ce n'est qu'en s'appropriant l'amour et la sagesse de Dieu, signifiés par le rouge et le blanc, et parleur union dans le rose, que le néophyte régénéré dépouille ses passions brutales et devient véritablement homme.

Dans les livres sacrés de l'Inde la rosée est le symbole de la divine parole. « O grand Souda, dit le Bagavadam, faites couler sur nous la rosée de la divine parole. » La couleur rose porte la même signification. Le camalata produit de très belles fleurs, d'un rouge tendre céleste, et couleur d'amour, disent les livres hindous ; le camalata a la vertu de procurer aux habitants du ciel d'Indra l'objet de leurs désirs par la seule pensée.

La Bible confirme la signification de ces symboles. « Mes instructions, dit Moïse, se répandront comme la pluie, ma parole tombera comme la rosée, elle sera comme une pluie douce sur l'herbe tendre, et comme une pluie abondante sur l'herbe prête à mûrir. » Nous savons que l'herbe et la verdure représentent un commencement de régénération.

«Les morts revivront, dit Isaïe, les cadavres se relèveront ; réveillez-vous et jetez des cris de joie, vous habitants de la poussière ; car la rosée qui tombera sur vous sera comme celle qui fait pousser les plantes, et la terre rendra ses morts. » Les morts sont les profanes, les vivants sont les régénérés ; Isaie fait ici allusion au baptême. Il est difficile de le méconnaître en rapprochant ce passage d'un verset du même prophète : « O Cieux, dit-il , envoyez la rosée d'en haut ; que les nuées distillent le juste ; que la terre s'ouvre et produise le Sauveur. »

La rose reproduit dans la Bible la même idée que la rosée ; seulement le rosier est l'image du régénéré et la rosée est le symbole de la régénération.

La sagesse, dit le livre de l'Ecclésiastique, s'est élevée comme les rosiers sur le sol de Jérico ; et plus loin il ajoute: Entendez-moi, ô vous qui vous appliquez à la sagesse et croissez comme le rosier planté au bord d'un fleuve ; le fleuve n'est-il pas l'emblème de l’ablution baptismale, source de la sagesse ?

Une philologie banale pourrait croire que ces expressions sont des figures de rhétorique ; notre poésie est morte, et l'on ne peut comprendre la vie qui anime la poésie biblique.

L'histoire de chaque symbole dénontre cependant que dans les prophètes il n'est point question de tropes, puisqu'on retrouve ces hiéroglyphes avec la même signification chez tous les peuples de l'antiquité.

Claudien dit qu'il plut de l'or dans l'île de Rhodes à la naissance de Minerve.

L'ile de Rhodes ou l'ile des Roses, selon le sens du mot grec et latin, indique les mystères de l'initiation. A la naissance de Minerve, c'est-à-dire à la naissance de la sagesse ou de la régénération, il pleut de l'or parce que le néophyte reçoit le baptème spirituel de la parole divine, la pluie et l'or ont cette signification nécessaire. La rose était un symbole de sagesse et d'amour, elle devait être consacrée à Vénus comme à Minerve.

Vénus, une des personnifications des mystères, adore Adonis ; Adonaï est un des noms de Dieu dans la Bible ; Adonis est blessé à mort par un sanglier, Vénus recueille son sang et le métamorphose en fleur rouge d'anémone ; à la voix mourante de son amant, échevelée, courant nus pieds, une épine la blesse, le sang de la déesse jaillit et colore la rose blanche d'une teinte vermeille.

La rose dans l'antiquité rappelait des idées de mort, parce qu'elle était un des symboles de l'initiation dont le premier degré était une image de la mort charnelle ; les anciens jetaient des roses sur les tombeaux et nommaient cette céréinonie Rosalia ; tous les ans au mois de mai, ils offraient aux mânes des défunts des mets de roses, rosales escæ. Cet usage pieux témoignait de la nouvelle vie spirituelle puisée au sein de la destruction.

Hécate, la dea feralis des Romains, présidait à la mort ; on la représente quelque fois la tête ceinte d'une guirlande de roses à cinq feuilles. Le nombre cinq, comme le rose, indique le commencement d'un nouvel état.

La symbolique du moyen-âge reproduit les différentes significations attribuées à cette couleur par l'antiquité ; on retrouve même chez les Barbares du Nord des traditions qui se rattachent à une origine orientale, et qui s'unirent plus tard aux emblèmes du christianisme.

Une divinité des Slaves, nommée Prono, était représentée tenant d'une main un javelot et de l'autre un bouclier de couleur rose avec des points blancs : ce bouclier avait la forme d'un soc de charrue. On ignore quelle était cette divinité ; ne serait-ce pas celle que l'on invoquait dans les ordalies ou jugements de Dieu, avant l'introduction du christianisme ? ne retrouverait-on pas l'étymologie du nom de Prono dans le mot allemand Probe, épreuve ? le soc de charrue était un des instruments qui servaient aux épreuves. La couleur du bouclier explique le sens attaché à sa forme.

Les points blancs, emblèmes de l'innocence, sont au nombre de treize, symbole de la mort, même avant le christianisme (1). La couleur rose représente l’union de la sagesse et de l'amour divins ; le javelot et le bouclier ayant la signification naturelle d'attaque et de défense, on pourrait traduire ainsi ces symboles : « Dans les combats contre la mort, ou dans les épreuves, l'innocence trouve sa protection dans la sagesse et l'amour du Dieu qu'elle invoque. »

Les premières traditions du christianisme se montrent parfaitement d'accord avec ces différentes significations. Au septième siècle le tombeau de Jésus-Christ était, au rapport de Bède, peint d'une couleur mélangée de blanc et de rouge.

La rose blanche devint l'emblème de la sagesse monastique et de la renonciation au monde. « Aux armes des religieuses, dit le Palais de l'Honneur, l'on met une a couronne composée de branches de rosier blanc avec ses feuilles, ses roses et ses épines, qui dénote la chasteté qu'elles ont conservée parini les épines et les & mortifications de la vie. »

Un tableau de l'école, du Corrège (Musée royal, n° 956), est empreint de cet antique symbolisme ; saint François d'Assise présente à Jésus les roses rouges et blanches produites en janvier par les épines sur lesquelles il s'était roulé, pour résister aux tentations de l'esprit des ténèbres. La rose rouge désigne l'initiation à l'amour divin ; la rose blanche, l'initiation à la sagesse divine ; Janus préside au mois de janvier, le portier du ciel ouvre le premier degré des mystères, et au mois de janvier le soleil recommence sa carrière victorieuse et dompte les frimas et les ténèbres, emblèmes du mal et de l'erreur. Nous retrouvons la même pensée symbolique dans le dimanche de Lætare, qui s'appelle aussi le dimanche des roses, parce que le pape bénit une rose d'or et la porte processionnellement dans les rues de Rome, afin, disent les mystiques, de représenter la joie de ce jour qui brille comme une rose au milieu des épines du carême.


Note : 1) Le nombre douze était le nombre complet et par fait ; le nombre treize indiquait le commencement d'une nouvelle carrière, d'une nouvelle vie, et, dès lors, il devint l'emblème de la mort.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


La couleur rose, composée de blanc (symbole de la sagesse divine) et de rouge (amour divin), est, selon Frédéric Portal, l'emblème de l'amour de la sagesse divine. Le rose se rapporte à l'homme régénéré qui reçoit la parole sainte. Au VIIe siècle, « le tombeau de Jésus-Christ était peint d'une couleur mélangée de blanc et de rouge ».

Associée à Vénus, le rose est l'emblème de la tendresse, de la jeunesse et du bonheur. Il s'agit donc d'une couleur bénéfique qui convient particulièrement aux natifs de la Balance dont il renforcera l'élégance et le charme.

Celle qui, le jour de son mariage, porte des dessous de couleur rose place son union sous les meilleurs auspices. Outre-Manche, le rose promet « quelque chose d'agréable ». En outre, cette couleur est souvent utilisée pour les médicaments car elle est associée à la santé.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"A prendre le rose pour un rouge atténué, adouci par l'addition d'une proportion plus ou moins forte de blanc, on serait assuré d'un grand confort dans la présentation de l'argumentaire. Ce serait, d'abord, s'abriter derrière une indéniable réalité physique. Cela ne pourrait qu'attirer l'approbation du coloriste. Enfin, cela offrirait la sécurité d'un chemin ouvert depuis longtemps par les quelques auteurs qui ont écrit sur ce symbole. Frédéric Portal ne tergiverse pas. D'entrée de texte, il affirme : "Le rouge est le symbole de l'amour divin, le blanc de la sagesse divine, la réunion des deux couleurs signifie : amour de la sagesse divine" ! La formule est péremptoire, mais son orientation bien éloignée de ce que propose l'imaginaire contemporain.

Il y aurait tentation de considérer le rose comme un rouge affaibli par adjonction de blanc, lorsqu'on a reconnu dans ces deux couleurs les valeurs que nous avons dégagées de l'étude des scénarios de rêve éveillé. Ainsi que nous le développons dans les articles qui leur sont consacrés, le rouge est essentiellement l'expression d'un élan d'implication, d'engagement dans la vie terrestre. Il est pulsion, passion, accomplissement, violence. Le blanc symbolise l'absolu, l'innocence, l'isolement. Il est pureté, refus de se commettre. Dès lors, il n'est pas difficile d'admettre que le rose puisse exprimer une psychologie tiède, d'autant plus éloignée du coup de sang qui porte à voir rouge, qu'une plus grande quantité de blanc vient pâlir la teinte initiale. Une analyse de bonne foi trouvera, dans le langage usuel et même dans les rêves, assez d'indices pour attester de la crédibilité de cet axe de traduction.

L'observation objective des corrélations relevées autour du rose onirique ne permet cependant pas d'accorder plus d'attention à cette interprétation. Avant de révéler au lecteur la nature des associations dominantes identifiées à travers l'examen des rêves, il est nécessaire de s'interroger sur l'étrange dérive qui conduit les traducteurs de la couleur rose à consacrer la majeure partie de leurs développements à la rose. S'agit-il d'un entraînement rendu inévitable en raison de la phonétique ou d'une remarquable intuition ? Les associations montreront que ce glissement témoigne d'un paradoxe car il repose sur la valeur la plus profonde du symbole mais il agit comme un leurre dont l'effet principal est d'égarer le regard de l'analyste ! Car la rose, nous le démontrons dans l'article traitant de cette fleur, n'est pas, dans la dynamique de l'imaginaire, la représentation de l'accomplissement sublime de la psyché affirmée par de nombreux auteurs. Les roses oniriques sont le plus souvent des roses artificielles, des roses en papier, en tissu, en plastique, en porcelaine, des roses sèches. Une rose rêvée est une âme en mal de rosée. Qu'une perle de rosée la féconde et voilà la rose rendue à son essence féminine. La voilà de nouveau apte à assumer la représentation d'âme.

Frédéric Portal rappelle opportunément que la racine commune du rose et de la rose, rosa, est elle-même issue de ros qui désigne la pluie, la rosée. Ces observations faites, il devient excitant de se reporter aux corrélations qui environnent la couleur rose dans les productions oniriques. Les images de désert, de sable sec, de rivières et torrents asséchés, s'imposent dans 78% des scénarios pris en référence. Celles de l'eau, de l'eau revenue, de l'eau retrouvée, apparaissent dans 71% de ceux-là.

Le deuxième scénario de Frédéric contient l'une des nombreuses illustrations de ce qui vient d'être écrit :

"... C'est une sorte de gorge, dans le désert... le lit d'un torrent à sec... il y a du sable et des cailloux... le ciel est bleu, c'est une rivière, un torrent, à sec... un chemin dans un désert de cailloux et de sable... quelques cactus... maintenant, je vole au-dessus de ce paysage aride... il y a une jeune fille à côté de moi et... brusquement, l'image d'un pot de fleurs... avec des fleurs roses et blanches... je pense à Roméo et Juliette... Maintenant, je vois un petit ruisseau, une source... je bois l'eau de la source et j'aperçois, dans l'herbe, à côté, un poisson qui bouge... qui se débat... je l'attrape et je le remets dans l'eau... je vois une femme... quelqu'un dont je pourrais être amoureux... j'ai les pieds dans l'eau..."

Des dizaines de rêves montreraient ainsi, autour d'une simple évocation de la couleur rose, le passage d'images par lesquelles s'exprime l'absence de l'eau à celles de l'eau qui jaillit, de l'eau qui ruisselle, baigne, désaltère, revitalise. Frédéric, au moment où il voit les fleurs roses, est accompagné par une jeune fille. Il pense aussitôt à Roméo et Juliette. Est-il plus fameux symbole de la formation du couple animus-anima, que ces amants indissolublement unis dans l'amour et dans la mort ? Rêveuses et rêveurs proposent d'innombrables scènes dans lesquelles s'exprime, à proximité du rose, sur fond de désert et d'eau retrouvée, l'appel impérieux de la figure de l'anima.

Cette quête de l'eau, représentation du besoin de réhabilitation de l'anima, Laurence, à la fin de son quatorzième rêve, en trace par quelques traits saisissants, toute la constellation :

"... C'est un paysage un peu magique... mais je n'ai pas peur, parce qu'il y a des couleurs... du rose surtout... Là, tout semble facile, simple, naturel... comme si tout coulait de source... Je suis une petite fille... et je me veux hirondelle... alors je vole... je me sens légère... j'hésite entre un paysage verte et le désert... je me tourne vers le ciel... c'est le visage de ma mère qui apparaît et c'est ma mère qui me prend par la main... et, là, je suis habillée comme les femmes du désert, du Sahara... avec un voile blanc et... il y a un voile bleu sombre en face de moi, porté par un homme au regard perçant... c'est lui qui est là, au bord du puits, comme s'il était le Maître du puits... je sais bien qu'il attend que je vienne lui demander de l'eau ... Je crois que je voudrai bien de son eau parce qu'il est beau et fort..."

Dans l'article consacré à l'Arabe, nous apportons tous les éléments qui conduisent à reconnaître dans l'homme du désert, dans l'homme bleu, l'une des plus belles figurations de l'animus. Laurence en fait le Maître du puits, celui qui attend qu'elle lui demande de son eau. Prince du désert, du lieu sec, il est aussi celui qui survit parce qu'il détient de le secret de l'humide, de son indispensable complément féminin, l'anima.

73% des scénarios soumis à l'étude contiennent l'image d'un couple ostensiblement uni, près du rose. Petit garçon et petite fille, jeune homme et jeune fille, homme et femme, ces représentations très claires des composantes masculine et féminine de la psyché ne laissent aucune possibilité d'erreur d'interprétation.

La cure d'Anne-Marie est particulièrement démonstrative parce que toute la problématique de la jeune femme est structurée autour du refus de sa féminité. La succession des rêves atteste l'omniprésence de ce thème qui imprègne tous les autres aspects de la problématique. Le cinquième scénario apporte des images qui exposent sous une forme originale, la recherche d'un équilibre entre le bleu-animus et le rose-anima. Nous ne reproduisons qu'une partie de la séquence, très longue et très riche :

"... J'ai lâché la liane et je suis arrivée sur un gros rocher, un très gros rocher rond, rond mais plus étroit à sa base, comme s'il était posé sur un socle, en équilibre... il est parfaitement rond... il est assez grand et il est noir, noir et lisse, comme du marbre poli... je prends un énorme tournevis que je commence à enfonce dans cette tête... c'est creux à l'intérieur... je donne un coup et il s'ouvre en deux, comme une pomme et, à l'intérieur droit, il y a un bébé et à l'intérieur gauche il y en a un autre !... Il y a un sanglier aussi, dans l'un des deux et, dans l'autre, il y a une biche... il y a un bébé bleu avec le sanglier et un bébé rose avec la biche..."

Du bébé bleu à l'homme bleu, c'est toujours la même symbolisation de l'animus qui s'offre comme faire-valoir du rose-anima. La symbolique profonde s'accorde avec l'usage qui affecte les vêtements bleus au nouveau-né de sexe masculin et les vêtements roses à la petite fille. Les parents de la rêveuse ou du rêveur ont une présence significative dans la moitié des rêves examinés. Le développement de l'animus et de l'anima étant directement fonction de la réalisation de l'autonomie par rapport aux images parentales, cette constatation n'est pas de nature à surprendre.

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La couleur rose apparue dans le rêve ne doit pas être regardée comme un rouge affaibli. Ce serait méconnaître la puissance de sa valeur propre. Le rose, c'est la rosée, la pluie, l'humide, l'eau, l'anima. L'interprète du rêve qui se réfère à cette ligne de traduction se place dans une perspective d'où il ne peut manquer de voir et de comprendre ce qui se joue dans le scénario.

Autour du rose, il verra rêveurs et rêveuses vivre une dynamique de reconnaissance de l'anima, de cet inépuisable réservoir des forces créatrices de l'être et du monde sensible. Le rose onirique dit la marche vers une harmonisation des composantes masculine et féminine du psychisme, sans laquelle il ne peut être possible d'atteindre le Soi, c'est-à-dire l'accomplissement dans la plénitude."

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Littérature :


Christian Bobin ouvre son ouvrage intitulé La Grande Vie (Éditions Gallimard, 2014) sur un hommage à Marceline Desbordes-Valmore qu'il relie intimement à la couleur rose :


"Chère Marceline Desbordes-Valmore, vous m'avez pris le cœur à la gare du nord.


Il faisait froid. il y avait tellement de monde, et en vérité personne. J'ai cherché un abri, un lieu humain. Je l'ai trouvé : le dos appuyé contre un pilier j'ai ouvert votre livre et j'ai lu votre poème Rêve intermittent d'une nuit triste. Je l'ai lu quatre fois de suite. Il n'y avait plus de foule, plus de froid. Il n'y avait plus que la lumière rose de votre chant - ce rose que Rimbaud vous a volé, entrant dans votre écriture comme un pilleur de tombe égyptienne. Qu'importe : vous revoilà. Intacte et régnante par votre cœur en torche.


La vie avec vous a été d'une brutalisé insensée. Plus ses coups étaient violents, plus votre chant s'allégeait. Votre amour a triomphé de vos assassins. Ils ne voyaient pas que vos larmes étaient de feu. Je lisais, je lisais, je lisais. Votre poème avait fait disparaître Paris et le monde. Il n'y a que l'amour pour accomplir ce genre de miracle. La grâce de vos images jetait sur mon visage des reflets de rivière. Et ce rose, ce rose ! Mon Dieu comme c’était beau - d'une beauté de noisetier, de soleil dans ses limbes. S je vous vois en rose c'est parce que cette couleur n'entre jamais en guerre et semble toujours au bord de défaillir dans l'invisible. Vous lire ainsi, debout, dans le froid d'une gare, c'était une déclaration de vie, une échelle plantée dans le sol, appuyée sur le ciel.

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C'est également en ouverture de son recueil Notes du ravin (Éditions Fata Morgana, 2016) que Philippe Jaccottet évoque la douceur de la couleur rose :


A cinq heures et demie du soir, le jour dure. On voit au-dessus du Mont Ventoux la couronne de pétales de rose de ceux que l’Égypte nommait « les justifiés d'Osiris », si belle dans les cheveux ou entre les doigts des morts dans les portraits du Fayoum. On comprend que c'est cette couleur rose, quelquefois aussi posée sur une robe,une étoffe légère, qui, de ces portraits, sans parler des regards, vous émeut le plus. Cette touche de rose ; cet épi rose dans la maison des jeunes morts.


Le soir d'hiver dépose ces couronnes dans les arbres ou sur les nuages. Avant l'embarquement pour la nuit. Ce qu'il y aurait de meilleur à emporter là-bas, de toute une vie ?

[...]

La montagne enneigée rosie par le soleil couchant : un feu qui serait en bas de cendre grise et incandescent à la cime : flamme devenue candide à la rencontre du ciel.

Cela ressemble aussi à la lumière de la lune.

Montagne légère qui se change imperceptiblement en ange, ou en cygne.


Cela même, la lampe même qu'il ne faudrait jamais laisser s'éteindre, en arrière de soi. « Lumière perpétuelle » pour le repos des morts, au moins en nous.

[...]

Jour de janvier, ouvre un peu plus grands les yeux,

fais durer ton regard encore un peu

et que le rose colore tes joues

ainsi qu'à l'amoureuse.


Ouvre ta prote un peu plus grande, jour,

afin que nous puissions au moins rêver que nous passons.


Jour, prends pitié.

*

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