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  • Anne

La Ficaire




Étymologie :

  • FICAIRE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1786 (Encyclop.-méthod. ds DG). Adaptation du lat. sc. Ranunculus ficaria (Linné 1744, p. 43), dér. de ficus au sens de « fic », les fibres tubéreuses de cette plante ressemblant à des fics.


Lire également la définition du nom ficaire afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Ficaria ranunculoides ; Grenouillette ; Herbe aux hémorroïdes.




Botanique :

Présentation de la ficaire sur le site de l'ENS Lyon.












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Symbolisme :


Pierre Rézeau dans un article intitulé "De l'herbe à la Détourne à l'herbe au Tonnerre. Etude de quelques lexies populaires et/ou régionales désignant les plantes dans l'Ouest de la France". (In : Cahier des Annales de Normandie n°15, 1983. Dialectologie et littérature du domaine d'oïl occidental : actes du colloque tenu à l'Université de Caen en février 1981. pp. 213-230) cherche à identifier les plantes en fonction de leur appellation vernaculaire. La Ficaire est concernée par plusieurs expressions :

  • HERBE AUX HEMORROIDES/D 'HEMORROÏDE Arum maculatum ; Scrofulaire aquatique (?) ; Ficaire (?) "Dans la région saintongeaise (Pays-Bas et Cognaçais) la maladie est traitée par l'herbe aux hémorroïdes. Il suffit d'en coudre un bulbe dans la doublure du vêtement du malade, et à son insu, pour que les affections disparaissent au fur et à mesure que le bulbe se dessèche. Malheureusement l'informateur n'a pu identifier la plante (R. Doussinet, 1943). Il se pourrait qu'il en soit comme dans l'Ile de Ré, où le malade dépose pendant un certain temps dans une de ses poches des oignons de giraumon qui sont en réalité des rhizomes de l'arum sauvage" (LEPROUX 91). Dans le témoignage suivant, il peut s'agir de la scrofulaire aquatique: "II y a une plante exprès, l'herbe aux hémorroïdes. Vous pourrez la planter vous-même, parce qu'elle n'est pas facile à trouver. Une sorte de petit topinambour! Vous mettez de cette plante, gros comme la moitié du petit auriculaire, à tremper dans un litre de vin blanc. Au bout du neuvième, ou du treizième jour, vous prenez de ce vin, un demi-verre à jeun tous les matins (GEAUDROLET 263).

  • Un autre exemple peut renvoyer à la ficaire : "les petites boules de la racine d'hémorroïde" (CHEVRIER, VALIERE non paginé |65|).

  • HERBE AUX VERRUES (A/DU FI, AUX FIS) Grande chélidoine ; Ficaire ; Héliotrope d'Europe ; Plantain corne de cerf. Ces signifiés se retrouvent dans la plupart des dictionnaires de langue, mais avec une distribution irrégulière (LITTRE et TLF : héliotrope d'Europe ; ROB : chélidoine, héliotrope et aussi euphorbe). Le FEW enregistre s.v. verruca XIV, 306b, héliotrope, euphorbe et chélidoine avec une large diffusion et s.v. ficus III, 497a, pour les Deux-Sèvres, le plantain corne de cerf (coronopodus depressus), d'après ROLLAND. Si les quatre lexies sont populaires, seule cette dernière semble propre à l'Ouest. Voici quelques attestations : {...] "Beaucoup de panseurs utilisent l'herbe au fi qui n'est autre que la ficaire. Cet emploi résulte certainement beaucoup plus de la similitude de nom que des propriétés de la plante"(LEPROUX 158). " [...] L'herbe à fi, ou fie, désigne habituellement la ficaire et non la grande chélidoine, appelée 'herbe à éclair ou grande éclaire [...] "La ficaire (ou herbe aux fis) était employée dans 1' Angoumois pour détruire [les verrues des vaches]" (Médecine vétérinaire 30).

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Selon Tony Goupil, auteur d'un article intitulé "La lune et ses relations avec les premiers botanistes." (Lejeunia, Revue de Botanique, 2014), les bienfaits de la ficaire relèvent de la théorie médicale des signatures :


Plantes lunaires et théorie des signatures

La "médecine des signatures" ou médecine par analogie prétend établir des concordances entre certains organes du corps ou certaines maladies, et les formes, les couleurs ou les goûts de certaines plantes. Selon Robert TURNER, un botaniste anglais du XVIIe siècle, "Dieu a imprimé sur les plantes, herbes et fleurs, des hiérogyphes, en quelque sorte la signature même de leurs vertus". En 1624, Oswald CROLLIUS explique, dans La Royale Chimie : "Les herbes parlent au curieux médecin par leur signature, luy descouvrant par quelque ressemblance leurs vertus intérieures, cachées sousle voile du silence de la Nature." La pharmacopée traditionnelle recommande par exemple l’anémone hépatique (Hepatica triloba), dont les feuilles rappellent la forme du foie, pour soigner les maladies du foie; la chélidoine (Chelidonium majus), dont le suc jaune rappelle la bile, pour soigner les affections de la vésicule biliaire; la ficaire (Ficaria ranunculoides), dont les tubercules valident l'appellation d'Herbe aux hémorroïdes, comme médicament anti-hémorroïdaire, etc. Plusieurs de ces médicaments ont été validés par la pharmacopée moderne.

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Pierre Dubois et René Hausman, auteurs de L'Elféméride, Le grand légendaire des saisons, Printemps (Éditions Hoebeke, 2016) mettent en vedette les plantes et les animaux en fonction du calendrier :


La renoncule ficaire pousse en même temps que l'anémone sylvie pour tapisser de flocons blancs et d'étoiles d'or les sous-bois, les taillis, les lisières, es bords des mares et des ruisselets : l'une neigeuse, présentée encore un peu fragile, immaculée pour un dernier rêve de Noël, de rêves blancs ; l'autre tout éclats de soleil nouveau semant par jonchées ces brasillants écus sous le bec du merle.

L'une et l'autre se voisinent au seuil de deux saisons, deux amies, un peu seules dans un monde à peine feuillu, peu fleuri, qu’une autre marée va bientôt séparer.

La ficaire, l'anémone, qui partagent un secret, nous les retrouverons plus loin.



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