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  • Anne

Jaune



Étymologie :

  • JAUNE, adj., adv. et subst.

Étymol. et Hist. A. Adj. 1. ca 1100 « qui est de la couleur de l'or, etc. » (Roland, éd. J. Bédier, 1494) ; ca 1165 « se dit de la couleur parcheminée de la peau, et notamment du teint du visage, qui dénote la fatigue » (Benoît de Ste-Maure, Troie, 16486, var. ds T.-L.) ; 1834 le métal jaune (Balzac, E. Grandet, p. 14) ; 2. 1748 femme jaune (Montesquieu, Esprit des lois, livre seizième, 6, éd. J. Brethe de la Gressaye, t. 2, p. 248) ; 1840 race jaune (Ac. Compl. 1842) ; 3. 1814 fièvre jaune (Nysten) ; 4. 1832 « qui est de couleur jaune, symbole d'infamie » (Hugo, N.-D. Paris, p. 128) ; 1859 passeport sur papier jaune (Ponson du Terr., op. cit., t. 1, p. 625) ; 5. 1901 syndicat jaune (d'apr. Esn.). B. Subst. 1. 1165-70 « couleur jaune » (Chr. de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 3603) ; 2. 1538 jaune-d'œuf (Est., s.v. luteus) ; 3. 1617 « la couleur jaune, symbole d'infamie » (A. d'Aubigné, Faeneste, I, 2 ds Œuvres, éd. E. Réaume et de Caussade, t. 2, p. 390) ; 1899 « ouvrier appartenant à un syndicat jaune » (d'apr. Esn.) ; 4. 1867 les Jaunes « représentants de la race jaune » (Littré). C. Adv. 1740-55 rire jaune (Saint-Simon, Mémoires, éd. de Boilisle, t. 8, p. 18). Du lat. galbinus « vert pâle ».


Lire aussi la définition du mot jaune pour amorcer la réflexion symbolique.

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Expressions populaires :


Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expressions populaires bien connues :


Rire jaune : Le jaune est une couleur contradictoire. Quand il est vif et éclatant il représente la couleur du soleil et de l'or ; il est à ce titre attribué aux dieux, « à la puissance des princes, des rois, des empereurs, pour proclamer l'origine divine de leur pouvoir ». Au contraire quand il est mat il représente la couleur du soufre, de l'enfer, et devient le symbole de la trahison, de la déception. Il est alors « associé à l'adultère quand se rompent les liens sacrés du mariage à l'image des liens sacrés de l'amour divin, rompus par Lucifer » (Dictionnaire des symboles).

C'est ainsi que dans l'imagerie du Moyen Âge le jaune devint la couleur traditionnelle de Judas, le traître : « Jaune, paisle jaune doré, couleur de Judas, de vérollé, d'aurore, de serein », dit quelque part A. d'Aubigné. de cet apôtre mal famé le symbole passa aux Juifs en général, que dans certains pays la loi obligeait à s'habiller en jaune - tradition resurgie à ce point sous le nazisme ave l'étoile jaune de sinistre mémoire… En Espagne, les victimes des autodafés étaient vêtues de jaune en signe d'hérésie et de trahison ; en France, on badigeonnait en jaune la porte des félons. C'est véritablement une couleur qui n'a pas bonne réputation ! « Il rit jaune comme farine », note Oudin en 1640 : « Il fait mauvaise mine. » Cette façon de rire jaune, ou « du bout des dents comme saint Médard », pour faire bonne contenance, n'a guère évolué depuis. Saint-Simon emploie la tournure appliquée à un personnage peu sympathique : « (Chamillart était) très entêté, très opiniâtre, riant jaune avec une douce compassion à qui opposait des raisons aux siennes. » ( Mémoires, v. 1743). Quant au Père Peinard, il y voit encore moins de franchise dans son numéro de novembre 1889 où il prévoit une belle révolte pour l'hiver : « Ah, mille tonnerres, l'hiver s'annonce bougrement mal pour les richards ; tout ça valeur foutre une frousse du diable ! Ils pourraient bien piquer un de ces chahuts, très hurf, quelque chose dans les grands prix, qui les ferait rire jaune. Et nom de dieu, m'est avis que ça ne serait pas trop tôt. »

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Symbolisme :


Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version très catholique dix-neuviémiste des équivalences symboliques, ce qu'on ne saurait évidemment lui reprocher :


COULEUR JAUNE.


EMBLÈME : Gloire chez les anciens — Déception ; Trahison chez les modernes.

Chez les chrétiens le soleil, l'or et le jaune ont toujours été regardés comme les symboles de l'intelligence humaine éclairée par la révélation divine. Saint-Pierre, gardien de la doctrine sacrée, fut représenté par les miniaturistes du moyen-âge avec la robe jaune-doré, emblème de la foi. Cette couleur a la même signification en Chine, où l'empereur et les membres de sa famille ont seuls le droit de la porter.

Les anciens faisaient de la couleur jaune, l'attribut des richesses et de la splendeur. Ils représentent la déesse des moissons, Cérès, avec une draperie jaune. Homère donne une robe jaune à l'Aurore, parce qu'elle se colore des premiers rayons du soleil levant, dont la couleur est jaune. Le moyen âge conserva avec beaucoup de pureté dans sa symbolique les traditions antiques sur la couleur jaune. Les Maures en distinguaient les deux significations par deux nuances différentes ; le jaune doré exprimait sage et de bon conseil, et le jaune pâle, trahison et déception. Dans le blason, l'or est l'emblème de l'amour, de la constance et de la sagesse, et de nos jours le jaune dénote encore, par opposition, l'inconstance et la jalousie.

Dans plusieurs pays la loi ordonnait aux juifs de se vêtir de jaune parce qu'ils avaient trahi le Seigneur ; en France on barbouillait avec la même couleur la porte des traitres ; sous François 1 er, Charles de de Bourbon encourut cette flétrissure pour crime de félonie.

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Frédéric Portal, auteur de l'ouvrage intitulé Des couleurs symboliques dans l'antiquité : le moyen-âge et les temps modernes. (Treuttel et Würtz, 1857) explore le symbolisme du jaune :


LANGUE DIVINE. « Au commencement, dit saint Jean, était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de a ce qui a été fait n'a été fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière luit dans les ténèbres, et les hommes ne l'ont pas comprise. »

Cette lumière céleste révélée aux hommes trouva son symbole naturel dans la lumière qui brille sur la terre ; la chaleur et l'éclat du soleil désignèrent l'amour de Dieu, qui anime le coeur, et la sagesse qui éclaire l'intelligence. Ces deux attributs de Dieu, qui se manifestent dans la création du monde et la régénération des hommes, paraissent inséparables dans la signification du soleil, de l'or et du jaune. La sagesse divine avait le blanc pour symbole, comme l'amour divin le rouge ; le jaune doré réunit ces deux significations et n'en forma qu'une seule, mais avec le caractère de manifestation et de révélation. Ceci explique une antique tradition recueillie par le blason ; les écrivains qui traitent de l'art héraldique, prétendent que la couleur jaune est un mélange de rouge et de blanc.

Dans la Bible, le soleil représente l'amour divin, lorsqu'il est opposé à la lune, symbole de la sagesse ; il en est de même de l'or qui indique la bonté de Dieu, opposé à l'argent, emblème de la vérité divine.

Le soleil, l'or et le jaune ne sont point synonymes, mais marquent différents degrés qu'il est difficile de préciser. Le soleil naturel était le symbole du soleil spirituel, l'or figurait le soleil naturel, et le jaune était l'emblème de l'or (1).

Toutes les religions s'appuient sur ces symboles, comme bases de leurs dogmes. Au commencement, disaient les Perses, le Verbe fut créé par l’union du feu pri mitif et de l'eau primitive, Ormusd le prononça et le chef des ténèbres fut vaincu ; de la parole sainte émane la lumière primitive qui, à son tour, crée la lumière visible, l'eau et le feu. Honover est le Verbe ; dans son essence il se confond avec Ormusd le dieu créateur ; dans le second degré il apparaît sous la forme de l'arbre de vie, Hom ; enfin dans son troisième degré, il est l'annonciateur du Verbe, et sous le même nom d'Hom ou Homanès, fonde le magisme sous le grand Dschemschid.

Mithras est la personnification sacerdotale de ce dogme. La doctrine ésotérique voyait en lui l'unité antérieure au dualisme d'Ormusd et d’Ahriman ; il était l'Éternel lui-même, Zervane Akerene, tandis que la croyance populaire tendait à l'identifier avec le soleil son symbole.

Mithras est la pensée divine, le Verbe ou la parole de Dieu révélée aux habitants de la Perse ; source de toute lumière, l'or, et la couleur jaune sont ses attributs comme ceux d'Apollon.

Le premier des génies célestes, Mithras est élevé sur le redoutable Albordj, immortel, coursier vigoureux ; le premier, il a habité la Montagne d'or ; de sa massue ďor il frappe les esprits impurs, victorieux, il est assis sur un tapis d'or ; lui même est de couleur d'or.

Mithras est encore le médiateur, l'exécuteur de la parole sainte ; il veille sur les morts ; c'est par son influence céleste que l'homme, s'élevant dans ses pensées, dans ses paroles et ses actions, ne médite pas le mal. Il secourt celui qui abandonne la mauvaise voie et l'invoque avec des mains pures ; il pèse les actions des hommes sur le pont de l'éternité qui sépare le ciel de la terre.

Les premiers chrétiens, effrayés de l'identité parfaite des symboles et des cérémonies du christianisme et du mithraïsme, en attribuèrent la cause à l'esprit des ténèbres ; ils n'accusèrent point les sectateurs de Mithras d'avoir emprunté leurs mystères au culte du Messie, ils savaient quela doctrine persane était antérieure ; le diable coupa le noeud gordien, comme de nos jours Dupuis trancha la difficulté par le culte du soleil. La promesse d'un rédempteur, répandue dans tout l'Orient, et le génie symbolique qui personnifiait les prophéties comme les dogmes, offrent la seule solution de ce problème.

Zoroastre ne fut point l'inventeur de la religion qui porte son nom, mais le réformateur de l'ancien culte consacré au soleil spirituel ; son nom signifie astre d'or, brillant, libéral, astre vivant. La qualification de Zeré ou doré donnée également à Hom, le Verbe divin, nous ramène dans l'Inde où nous trouvons les mêmes dogmes.

D'après le Bagavadam, Vischnou est la première émanation de Dieu ; il est le soleil spirituel, la pensée éternelle, le Verbe divin ; Dieu éclatant de lumière, il s'agitait à la surface des eaux primitives, d'où lui vint le nom de Narayana. Une de ses épithètes est porteur d'habits jaunes. Vischnou s'incarne dans Krichna, le Verbe révélé.

Les lois de Manou attribuent à Brahma le rôle que Vischnou joue dans le Bagavadam : celui que l'esprit seul peut percevoir, ayant résolu, dans sa pensée, de faire émaner de sa substance les diverses créatures, produisit d'abord les eaux, dans lesquelles il déposa un germe ; ce germe devint un oeuf brillant comme l'or, aussi éclatant que l'astre aux mille rayons, et dans lequel l'Être suprême naquit lui-même sous la forme de Brahma, l'aïeul de tous les êtres ; Brahma est également nommé Narayana, celui qui se meut sur les eaux.

Vischnou, l'Être suprême, et Brahma, sa première manifestation, paraissent souvent se confondre comme Dieu et le Verbe éternel,

L'Égypte reproduit le même dogme. Le Pimandre, dont le nom mystérieux indique la parole révélée aux Égyptiens par Amon ou le Verbe, contient textuellement la doctrine de saint Jean. La lumière, dit-il , c'est moi, Dieu-pensée, plus ancien que le principe humide qui s'élança brillant du sein des ténèbres ; et le Verbe éclatant de la pensée est le fils de Dieu, et la pensée est Dieu le père ; ils ne sont point séparés, car eur union est la vie.

On a prétendu que cette doctrine était l'oeuvre du néoplatonisme. Comment la retrouve-t-on alors consacrée par la mythologie égyptienne ?

Amon était la lumière révélée, le Verbe divin. Jamblique dit que dans les mystères de l'Égypte, l'Être suprême, le Dieu de vérité et de sagesse ,prenait le nom d'Amon lorsqu'il se révélait au monde dans sa lumière divine.

La révélation personnifiée et séparée de la divinité par la pensée devint le fils de Dieu ; Horus, fils d'Osiris et d'Isis, naquit de l'union de l'esprit et de la matière, comme le Verbe de la religion des Perses, Honover.

Le nom d'Horus ou Hor se retrouve dans le passage de la Genèse où Dieu dit : La lumière sera et la lumière fut. Horus, Verbe divin , préside à la création du monde ; il naît, comme Brahma, au sein des eaux et dans le calice d'un lotus. La naissance du soleil était représentée de même.

L'or était consacré à Horus comme à Vischnou et à Mithras ; la ressemblance entre le mot latin aurum, le mot français or et l'hébreu aor, la lumière, l'indique, et les monuments le démontrent.

Vischnou, Mithras, Horus et Apollon, sont une même divinité, représentative d'un même dogme. Ce mythe, parti de l'Orient, se matérialise dans sa course vers l'Occident et le Midi ; dans l'Inde, Vischnou est complètement distinct du soleil matériel ou Surya et s'identifie avec le soleil mystique Om. Dans le zoroastrisme, Mithras se rapproche d'un culte matériel, du moins dans sa forme extérieure ; en Égypte les symboles d'Horus sont les mêmes que ceux affectés au soleil ; enfin en Grèce, Apollon est la personnification de cet astre.

Le symbole devient Dieu, le peuple adore le soleil et l'armée céleste, le sabéïsme règne dans l'Orient ; alors Abraham sort de la Chaldée, les idoles sont brisées, et cependant les symboles restent les mêmes. Moïse apparait aux Israélites, éclatant de lumière : des rayons illuminent sa tête ; le prophète Abacuc annonce la venue du saint : Sa splendeur, dit-il, brillera comme une vive lumière, des rayons sortiront de sa main ; c'est là où sa force est cachée. La main était l'emblème de la puissance, et les rayons du soleil désignaient la manifestation de l'amour et de la sagesse de Dieu. On ne sera donc plus surpris que les pères de ľÉglise, à l'exemple des prophètes, nomment Jésus-Christ la lumière, le soleil, l'Orient et que l'or soit son symbole ; on comprendra pourquoi les artistes chrétiens donnèrent à Jésus-Christ des cheveux blonds dorés comme à Apollon, et placèrent l'auréole sur sa tête, comme sur celle de la Vierge et des apôtres. En Égypte, le cercle d'or figurait la course du soleil et l'accomplissement de l'année. Le Messie, dívin soleil, accomplit une période religieuse et sociale, il ouvrit une nouvelle ère ; l'auréole était le symbole naturel d'un évènement qu'il est peut-être réservé à notre époque d'apprécier dans toute sa grandeur.


Note : 1) Le blason nous en offre encore la preuve ; La Colombière, en remarquant le rapport qui existe entre l'or et le jaune et entre l'argent et le blanc, dit que, comme le jaune qui se tire du soleil peut être appelé la plus haute des couleurs, ainsi l'or est le plus noble des mélaux ; aussi, dit-il plus loin, les sages l'ont appelé le fils du soleil... L'argent est au respect de l'or, ce que la lune est au respect du soleil ; et comme ces deux astres tiennent le premier rang entre les autres planètes, de même l'or et l'argent excellent sur le reste. (Science héroique, p. 30-31)


LANGUE SACRÉE. L'or et le jaune reçurent dans la langue sacrée l'acception particulière de révélation faite par le prêtre, ou de doctrine religieuse enseignée dans les temples. Ce métal et cette couleur représentèrent l'initiation aux mystères, ou la lumière révélée aux profanes.

Anubis est la personnification de l'initiateur égyptien ; le chien lui fut consacré parce que ce dieu était le gardien de la sainte doctrine enfermée dans les sanctuaires ; les monuments égyptiens le représentent avec la tête de chien, et Virgile et Ovide lui donnent le nom d'aboyeur, latrator. Sirius ou l'étoile du chien, était d'après les Perses la sentinelle du ciel et la garde des Dieux ; le malade implorait son secours avant de mourir, et donnait de sa main un peu de nourriture au chien qu'on amenait près de son lit ; le chien voit , di sait - on , symbole de la grande initiation aux mystères de la mort ( 1 ) .

La couleur est le fil d'Ariane qui nous guide dans le labyrinthe des anciennes religions ; le chien initiateur qui frappe et repousse les esprits des ténèbres, avait, d'après le Zent-Avesta, les yeux et les sourcils jaunes et les oreilles blanches et jaunes. L'ail jaune était l'emblème de l'intelligence éclairée par la révélation ; les oreilles blanches et jaunes figuraient l'enseignement de la sainte doctrine qui est la sagesse divine révélée.

Les statues d'Anubis étaient d'or ou dorées, le nom de cette divinité, qu'on retrouve dans la langue copte, signifiait également or ou doré, Annub. -

Anubis, comme personnification des sciences humaines, prit le nom de Thot, dont les Grecs firent Hermès et les Romains Mercure.

Mercure hermanubis est l'interpète et le messager des dieux ; il conduit les ombres dans les enfers ; une chaine d'or sort de sa bouche et s'attache aux oreilles de ceux qu'il veut conduire, il tient à la main une verge d'or ; on le représentait la moitié du visage claire et l'autre moitié sombre, emblèmes de l'initiation et de la mort, où se reproduisait la lutte des deux principes ennemis, la lumière et les ténèbres.

L'art grec, esclave de la beauté des formes, enleva à Hermanubis son symbole caractéristique, la tête de chien, mais cet animal, séparé de la divinité, n'en conserva pas moins sa signification sacrée ; le temple de Vulcain sur l'Etna, était gardé, disait-on, par des chiens. Ils attiraient les hommes vertueux par leurs caresses, et déchiraient les impies.

Mercure était la divinité tutélaire des voleurs ; les anciens voyaient dans cet attribut un symbole des mystères soustraits à la connaissance du vulgaire ; les prêtres dérobaient l'or, symbole de la lumière, aux regards des profanes.

La fable des Hespérides offre une nou velle preuve de la signification que l'on donnait à l'or dans les mystères.

« Les Hespérides, selon Hésiode, étaient filles de la Nuit, et selon Chérécrate, de Phorcus et de Ceto, divinités de la mer. Junon, en se mariant avec Jupiter, lui donna des pommiers qui portaient des fruits d'or ; ces arbres furent placés dans le jardin des Hespérides, sous la garde d'un dragon, fils de la terre selon Pisandre, de Typhon el d'Échidne selon Phérécyde. Ce dragon horrible avait cent têtes. Les pommiers, sur lesquels il tenait les yeux sans cesse ouverts, avaient une vertu surprenante. Ce fut avec une de ces pommes que la discorde brouilla les qu’llippomène adoucit la fière Atalante. « Eurysthée commanda á Hercule d'aller « chercher ces pommes , Hercule s'adressa à des nymphes qui habitaient auprès de l'Éridan, pour apprendre d'elles où étaient les Hespérides : ces nymphes le renvoyèrent à Nérée, Nérée à Prométhée qui lui apprit ce qu'il avait à faire. Hercule se transporta en Mauritanie, tua le dragon, apporta les pommes d'or à Eurysthée, et accomplit ainsi le douzième de ses travaux ».

Les pommes d'or sont les fruits de l'intelligence qui naissent de l'amour de Dieu ; Junon les offre à Jupiter en s’unissant à lui ; ils sont gardés dans le jardin des Hespérides, filles des divinités marines, c'est-à-dire dans le sanctuaire des temples, et confiés aux initiés, enfants des eaux ou du baptême. Le dragon, fils des ténèbres, de Typhon ou de la Terre, est l'emblème des vices et des passions humaines qui ne permettent pas aux profanes de goûter de ces fruits spirituels. Hercule, ou le néophyte, subit le dernier de ses travaux pour s'en emparer. On le renvoie aux nymphes et aux divinités marines et enfin à Prométhée qui l'initie aux mystères. Prométhée avait formé l'homme du limon de la terre et l'avait animé avec le feu dérobé aux corps célestes. Nérée et Prométhée, ou l'eau et le feu, rappellent le double baptême des initiations antiques comme du christianisme.

Le soleil, l'or et le jaune, étaient les symboles de l'intelligence humaine éclairée ou illuminée par la révélation divine. C'est dans ce sens que le prophète Daniel dit que les intelligents seront éclatants de lumière, et que ceux qui auront disposé les autres à la justice, brilleront éternellement comme les étoiles. Salomon exprime la même pensée en disant que la tête de l'homme sage est de l'or le plus pur. Jésus-Christ annonce que les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de son père.

L'or et le jaune étaient dans la symbolique chrétienne les emblèmes de la foi. Saint Pierre, soutien de l'Église et gardien de la sainte doctrine, fut représenté par les miniaturistes ou enlumineurs du moyen âge, avec la robe jaune doré et le bâton ou la clé à la main. Ces attributs étaient ceux de Mercure Hermanubis. En Chine le jaune est également le symbole de la foi.

Les anciens comparaient à l'or ce qu'ils jugeaient sans défaut et beau par excellence ; par l'âge d'or ils entendaient l'âge des vertus et du bonheur, et par les vers dorés, d'après Hiéroclès, les vers où la doctrine la plus pure était enfermée. Nous retrouvons cette tradition dans les légendes dorées des saints.

Les aliments d'une couleur jaune d'or devinrent les emblèmes de l'amour et dla sagesse de Dieu de Dieu que l'homme s'approprie ou mange pour parler la langue symbolique. Le poète divin, Isaïe, dit que celui qui viendra pour repousser le mal et choisir le bien, mangera du beurre et du miel. Job s'écrie que le méchant ne verra pas les torrents de beurre et de miel. Dans le Cantique des cantiques Salomon s'adresse à son épouse mystique dont les lèvres distillent un rayon de miel ; ainsi dans l'Iliade, de la bouche du sage Nestor coulait la parole plus douce que le miel. Pindare emprunte la même image lorsqu'il dit que les vainqueurs habiteront une terre abondante en miel.

Virgile appelle le miel le don céleste qui découle de la rosée et la rosée était l'emblème de l'initiation. Pline lui donne l'épithète de sueur du ciel, de salive des astres.

Le symbole de la révélation divine de vint celui de l'inspiration sacrée et poé tique ; les melisses ou abeilles étaient les femmes inspirées qui prophétisaient dans les temples de la Grèce ; les légendes populaires racontaient que des abeilles s'étaient reposées sur les lèvres de Platon au berceau, et que Pindare enfant, exposé dans les bois, avait été nourri de miel ; les premiers chrétiens et les sectateurs de Mithras donnaient du miel à goûter aux mystes et leur faisaient laver les mains avec du miel. Enfin des gâteaux de miel étaient offerts dans les sacrifices de la plupart des peuples del'antiquité.

La douceur de cet aliment fut sans doute un des motifs de son attribution symbolique, mais la couleur en était la base principale ; Ovide, voulant exprimer que la sagesse éclaire l'entendement, donne à Minerve l'épithète de jaune, flava Minerva. Au coutraire, les aliments malsains et sauvages prenaient par leur couleur dorée une signification inverse. Le précurseur du Messie vint annoncer une nouvelle révélation à l'époque où l'ancienne était oublié ou méconnue, et dans le désert il se nounssait de sauterelles et de miel sauvage. Ici se montre le premier exemple de la régle des oppositions.

Dans le sens céleste, la lumière, l'or et le jaune marquent l'amour divin éclairant l'intelligence humaine ; dans le sens infernal ils dénotent l'égoisme orgueilleux qui ne cherche la sagesse qu'en soi, qui devient sa propre divinité, son principe et son but.

D'après Saint Paul, Satan se transforme en ange de lumières. Jésus-Christ dit : Prenez garde que la lumière qui est en vous ne soit que ténèbres. Dans cet état de séparation de Dieu et d'isolement, l'homme commet un adultère ; il souille son âme par un amour terrestre qu'il devait reporter pur à son créateur. Dans la symbolique de la Bible, Sodome est la figure de cette dégradation qui, à ses dernières limites, se traduit en des crimes infames. Le soufre représente la même idée, à cause de sa couleur et de sa combustion qui engendre une fumée suffocante.

La pluie de soufre, qui consume Sodome, est l'image énergique des passions dépravées qui dévorent le coeur des impies et abrutissent leur intelligence. Au jour que Loth sortit de Sodome, dit Jésus Christ, une pluie de feu et de soufre tomba du ciel et les perdit tous ; il en sera de même au jour où le Fils de l'Homme paraîtra ; quiconque cherchera à sauver sa vie la perdra ; et quiconque la perdra la sauvera. Ainsi, lorsque les passions humaines auront dégradé les croyances religieuses, la Divinité se manifestera de nouveau sur la terre ; ceux qui s'attacheront à la vie terrestre perdront la vie éternelle, la vie de l'âme, et ceux qui renonceront à l'esistence mondaine sauveront leur existence spirituelle.

Le sens que je donne au mot soufre est absolu, et ne reçoit dans la Bible aucune exception : la lumière des méchants, dit Job, s'éteindra, et leur feu ne donnera point de lueur ; la lumière qui éclairait leurs maisons sera obscurcie et leur lampe sera éteinte ; Dieu répandra le soufre sur le lieu où ils faisaient leur demeure ; ils seront chassés de la lumière dans les ténèbres ; ils seront bannis du monde. Le psalmiste, les prophètes et l'Apocalypse confirment la signification de ce symbole.

Enfin le soufre était employé dans le paganisme pour la purification des coupables, parce qu'il était le symbole de la culpabilité.


LANGUE PROFANE. Les langues divine et sacrée désignaient par l'or et le jaune l'union de l'ame à Dieu, et par opposition l'adultère spirituel. Dans la langue profane, cet emblème matérialisé représente l'amour légitime et l'adultère charnel qui rompt les liens du mariage.

Jésus-Christ dit que le divorce n'est permis qu'en cas d'adultère, et nous trouvons, dans cette loi humaine, l'image de la loi divine qui veut que l'homme ne soit séparé de son Créateur que par l'égoīsme, comme il lui est éternellement uni par l'amour et la charité.

La pomme d'or était, chez les Grecs, l'emblème de l'amour et de la concorde, et, par opposition, elle désignait la discorde et tous les maux qu'elle entraine à sa suite ; le jugement de Paris en est la preuve. De même Atalante, en ramassant les pommes d'or cueillies dans le jardin des Hespérides , est vaincue à la course et devient le prix de la victoire.

La symbolique du moyen-âge conserva avec pureté les traditions sur la couleur jaune ; les Maures en distinguaient les deux symboles opposés par deux nuances différentes ; le jaune doré signifiait sage et de bon conseil, et le jaune pâle trahison et déception. Les rabbins prétendent que le fruit de l'arbre défendu était un citron, par une opposition de sa couleur pâle et de son acidité avec la couleur dorée et la douceur de l'orange ou pomme d'or, d'après l'expression latine.

Dans le blason, l'or est l'emblème de l'amour, de la constance et de la sagesse (1), et, par opposition, le jaune dénote encore, de nos jours, l'inconstance, la jalousie et l'adultère.

Dans plusieurs pays, la loi ordonnait aux Juifs de se vêtir en jaune, car ils avaient trahi le Seigneur ; en France, on barbouillait de jaune la porte des traîtres ; sous François Ier, Charles de Bourbon encourut cette flétrissure pour crime de félonie. Sur les vitraux de l'église de Ceffonds, en Champagne, vitraux qui remontent au seizième siècle, Judas est vêtu de jaune ; en Espagne, les vêtements du bourreau devaient être rouges ou jaunes ; le jaune indi quait la trahison du coupable et le rouge sa punition.

Il est maintenant facile, avec l'intelli gence de ces premières couleurs, de comprendre la signification des quatre âges, représentés par quatre métaux ; l'âge d'or, l'âge d'argent, l'âge d’airain et l'âge de fer. L'or est le symbole de l'amour divin révélé aux hommes ; l'argent, par sa couleur blanche, désigne la sagesse divine ; l'airain ou le cuivre, l'or faux dénote l'amour dégradé ou la religion matérialisée (2) ; le fer, par sa couleur d'un gris vérité méconnue (3).

C'est ainsi que s'explique cette statue décrite dans le livre de Daniel ; sa tête était d'or très pur ; sa poitrine et ses bras d'argent ; son ventre et ses cuisses d'airain, et ses pieds d'argile et de fer.

En appliquant cette antique tradition à l'histoire de l'humanité, on trouverait, jusqu'au christianisme, quatre périodes religieuses correspondantes à la signification des quatre métaux ; cette recherche exigerait un ouvrage spécial ; mais il est facile de constater l'existence de la loi universelle dans l'histoire de chaque religion.

Une nouvelle révélation divine est d'abord marquée par l'amour qui crée les martyrs ; à cette période sainte succède la sagesse divine, époque sacrée où naissent les Hermès en Égypte, les prophètes dans Israël, les pères de l'Église dans le christianisme ; l'ère profane, l'âge d'airain matérialise le culte : l'idolâtrie s'élève, étend ses racines et étouffe la vérité religieuse ; l'âge de fer, âge de dissolution, paraît, la sagesse humaine, qui ne cherche la lumière qu'en soi, tourne en dérision la foi altérée, n'examine les croyances que dans leur dégradation, et sape les pieds de fer et d'argile du colosse qui tombe et se brise.

L'histoire des religions et des écoles de philosophie n'entre pas dans le plan de cet ouvrage ; mais je ne puis m'empêcher de jeter un regard sur le paganisme, et de retrouver, dans les sophistes du dix-huitième siècle, la philosophie dégradante des derniers temps de la Grèce et de Rome.

A l'époque de dissolution et d'anéantis sement, succède une nouvelle ère religieuse, un nouvel âge d'or ; la société, qui s'éteint, l'annonce aux générations futures ; la voix prophétique de Rome retentit dans les vers immortels de Virgile, et, de nos jours, l'attente universelle vibre dans les chants du poète moderne (4).


Note : 1) Anselme, Palais de l'honneur, p. 11 ; Bonif., Historia ludicra, lib. I, cap. XI. La Colombière, dans son Traité du Blason, dit que l'or correspond avec le soleil et coeur, que le même rapport existe entre Targeot, la lune et le cerveau. Ce passage est curieux, car il donne la signification symbolique du blanc et du jaune pendant le moyen-âge. Le jaune ou l'or correspondant au coeur, désignait l'amour ; le blanc ou l'argent, emblème du cerveau, signifiait la sagesse ; le soleil et la lune, l'or et l'argent, le cœur et le cerveau, conservent ici les attributions symboliques transmises par l'antiquité. (Science héroique, p. 31.)

L'or dans les armoiries, dit le même auteur, signifie des vertus chrétiennes, la foi ; des qualités mondaines, l'amour et la constance ; des pierres précieuses, l'escarboucle ; des quatre éléments, le feu, des complexions de l'homme, la sanguine ; des jours de la semaine, le dimanche. (ibid, p. 34.) L'escarboucle et le feu étaient en correspondance symbolique avec le jaune, parce que celle couleur, d'après La Colombière, est composée de rouge et de blanc (p. 28).

2) L’airain, dans la Bible, représente le dernier degré ou le paturel : appliqué à l'homme, il indique le corps ; appliqué à la religion, il signifie la lettre qui est le corps de l'esprit. L'adoration de la lettre est le dernier terme de toutes les religions ; ainsi la symbolique créa le paganisme. Le mosaÎsme périt de la même manière. La lettre tue, dit l'Évangile, et l'esprit vivifie. Saint Jean, dans l'Apocalypse, voit Jésus-Christ avec des pieds semblables à l'airain fin, quand il est dans une fournaise ardente (Apoc. I, 15), Martianus Capella dit que le Dieu soleil, c'est-à-dire le soleil mystique, avait une chaussure d'airain fin. (Conférez le savant et bel ouvrage de Richer, de la Nouvelle Jérusalem, t. II, p. 149.) Dans le paganisme, les instruments religieux étaient, en général, d'airain, comme le remarque Millin dans sa Minéralogie homérique (p. 141). Servius dit que ce métal est plus agréable aux dieux. ( In Æneid. I.) Les instruments du culte mosaïque étaient tous d'airain (Basnage, II, 295), parce qu'ils représentaient la religion dans son dernier degré, dans le culle matériel. De même la mer d'airain et l'autel d'airain des holocaustes siguifiaient le naturel de l'homme, qui doit être purifié par l'eau et régénéré par le sacrifice des passions représentées par les victimes offertes.

3) Le seuil de l'enfer est d'airain, dit Homère, et les portes sont de fer. (Iliad., VIII, 15.)

4) Réveille-nous, grand Dieu ! parle, et change le monde ;

Fais entendre au néant la parole féconde,

Il est temps ! lève-toi ! sors de ce long repos ;

Tire un autre univers de cet autre chaos. (Lamartine, Méditations religieuses.)

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Dans le Dictionnaire des symboles (Éditions Robert Laffont, 1969 ; édition revue et corrigée 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on apprend que :


"Intense, violent, aigu jusqu'à la stridence, ou bien ample et aveuglant comme une coulée de métal en fusion, le jaune est la plus chaude, la plus expansive, la plus ardente des couleurs, difficile à éteindre, et qui déborde toujours des cadres où l'on voudrait l'enserrer. Les rayons du soleil, traversant l'azur des cieux, manifestent la puissance des divinités de l'au-delà ; dans le panthéon aztèque Huitzilopochtli, le Guerrier triomphateur, Dieu du Soleil de Midi, est peint de bleu et de jaune. Le jaune, lumière d'or, a une valeur cratophanique et le couple d'émaux Or-Azur s'oppose au couple Gueule-Sinople, comme s'opposent ce qui vient d'en haut et ce qui vient d'en bas. Le champ de leur affrontement, c'est la peau de la terre, notre peau, qui devient jaune elle aussi, aux approches de la mort.

Dans le couple Jaune-Bleu, le Jaune couleur mâle, de lumière et de vie, ne peut tendre à l'obscurcissement. Kandinsky l'a bien vu qui écrit : le Jaune a une telle tendance au clair qu'il ne peut y avoir de jaune très foncé. On peut donc dire qu'il existe une affinité profonde, physique, entre le jaune et le blanc. Il est le véhicule de la jeunesse, de la force, de l'éternité divine. Il est la couleur des dieux : Zoroastre, selon Anquetil, signifie astre d'or brillant, libéral, astre vivant. Le Om, verbe divin des Tibétains, a pour qualificatif zéré qui veut dire doré. Vishnu est le porteur d'habits jaunes, et l’œuf cosmique de Brahma brille comme l'or.

La Lumière d'Or devient parfois un chemin de communication à double sens, un médiateur entre les hommes et les dieux. Ainsi Frazer souligne qu'un couteau d'or était employé en Inde pour les grands sacrifices du cheval parce que l'or est lumière et parce que c'est au moyen de la Lumière dorée que le sacrifié gagne le royaume des dieux d'après The Sathapata - Brahmana).

Dans la cosmologie mexicaine, le jaune d'or est la couleur de la peau neuve de la terre, au début de la saison des pluies, avant que celle-ci reverdisse. Il est donc associé au mystère du Renouveau. Pour cette raison Xipe Totec Notre Seigneur l'écorché, divinité des pluies printanières, est aussi dieu des orfèvres. Lors des fêtes de printemps, ses prêtres se revêtaient des peaux peintes en jaune des victimes que l'on suppliciait pour se concilier cette divinité redoutable. Et le jaune d'or était bien l'attribut de Mithra en Perse et d'Apollon en Grèce.

Étant d'essence divine, le jaune d'or devient sur terre l'attribut de puissance des princes, des rois, des empereurs, pour proclamer l'origine divine de leur pouvoir. Les lauriers verts de l'espérance humaine se recouvrent du jaune d'or de la puissance divine. Et les Rameaux verts du Christ, dans son séjour terrestre, sont remplacés par une auréole dorée lorsqu'il se retourne auprès de son Père. Le dimanche des Rameaux en Espagne, ce sont des palmes jaunies que les fidèles brandissent sur le parvis des cathédrales.

Le jaune est la couleur de l'éternité comme l'or est le métal de l'éternité.. L'un et l'autre sont à la base du rituel chrétien. L'or de la croix sur la chasuble du prêtre, l'or du ciboire, le jaune de la vie éternelle, de la foi, s'unissent à la pureté originelle du blanc dans le drapeau du Vatican.

C'est aussi au milieu de ces ors, de ces jaunes, que les prêtres catholiques conduisent les défunts vers la vie éternelle. Tous les psychopompes ont aussi peu ou prou le jaune à leur service : Mithra ; mais aussi, dans bien des traditions orientales, les chiens infernaux, dont celui du Zend Avesta, qui a les yeux jaunes - pour mieux percer le secret des ténèbres - et les oreilles teintes de jaune et de blanc. Dans les chambres funéraires égyptiennes la couleur jaune est la plus fréquemment associée au bleu, pour assurer la survie de l'âme, puisque l'or qu'elle représente est la chair du soleil et des dieux.

Cette présence du jaune dans le monde chtonien, sous prétexte d'éternité, introduit le deuxième aspect symbolique de cette couleur terrestre.

Le jaune est la couleur de la terre fertile, ce qui faisait conseiller, dans la Chine ancienne, pour assurer la fertilité du couple, que l'on mette en complète harmonie le yin et le yang, que les vêtements, les couvertures et les oreillers de la couche nuptiale soient tous de gaze ou de soie jaune. Mais cette couleur des épis murs de l'été annonce déjà celle de l'automne, où la terre se dénude, perdant son manteau de verdure.

Elle est alors annonciatrice de déclin, de la vieillesse, des approches de la mort. A la limite le jaune devient un substitut du noir. Ainsi pour les Indiens Pueblos, Tewa, c'est la couleur de l'Ouest ; pour les Aztèques et les Zunis, c'est celle du Nord ou du Sud, selon qu'ils associent l'une ou l'autre de ces deux directions avec les mondes inférieurs. Dans le tantrisme bouddhique le jaune correspond à la fois au centre-racine (Mulâdhârachakra) et à l'élément terre et à Ratnasambhavap, dont la lumière est de nature solaire. Noire ou jaune est aussi pour les Chinois la direction du Nord, ou des abîmes souterrains où se trouvent les sources jaunes qui mènent au royaume des morts. C'est que les âmes descendues aux sources jaunes, ou le yang qui s'y réfugie l'hiver, aspirent à la restaurations cyclique dont le solstice hivernal est l'origine. Si le Nord, si les sources jaunes sont d'essence yin, ils sont aussi l'origine de la restauration du yang. Par ailleurs, le jaune est associé au noir comme son opposé et son complémentaire. Le jaune se sépare du noir à la différenciation du chaos : la polarisation de l'indifférenciation primordiale se fait en jaune et noir - comme en yang et yin, en rond et carré, en actif et passif (Lie-tseu). Noir et jaune sont, d'après le Yi-king, les couleurs du sang du dragon-démiurge. Il ne s'agit toutefois là que d'une polarisation relative, d'une coagulation première.

Le jaune émerge du noir, dans la symbolique chinoise, comme la terre émerge des eaux primordiales. Si le jaune est en Chine la couleur de l'Empereur, c'est effectivement parce qu'il s'établit au centre de l'Univers, comme le soleil est au centre du ciel.

Quand le jaune s'arrête sur cette terre, à mi-chemin du très haut et du très bas, il n'entraîne plus que la perversion des vertus de foi, d'intelligence, de vie éternelle. Oublié l'amour divin, arrive le soufre luciférien, image de l'orgueil et de la présomption, de l'intelligence qui ne veut s'alimenter qu'à elle-même. Le jaune est associé à l'adultère quand se rompent les liens sacrés du mariage, à l'image des liens sacrés de l'amour divin, rompus par Lucifer, avec cette nuance que le langage commun a fini par renverser le symbole, attribuant le couleur jaune au trompé, alors qu'elle revient originellement au trompeur, comme l'attestent bien d'autres coutumes : la porte des traîtres était peinte en jaune pour les signaler à l'attention des passants, aux XVIe et XVIIe siècles. Dès le concile de Latran (1215), il était ordonné que les Juifs portent une rouelle jaune sur leurs vêtements. Le Dictionnaire de Trévous (1771) assure qu'il est coutume de safraner les demeures des banqueroutiers. Ce dont il ressort que les syndicalistes traitant de jaune l'ouvrier qui se désolidarise de sa classe ne se doutent pas qu'ils recourent ce faisant aux mêmes sources symboliques que les nazis appliquant l'étoile jaune aux Juifs. Mais peut-être que les Juifs, renversant la valorisation du symbole, voyaient dans cette étoile, non ps une marque d’infamie, mais la glorieuse lumière de Yahvé.

La valorisation négative du jaune est également attestée dans les traditions du théâtre de Pékin, dont les acteurs se maquillent de jaune pour indique la cruauté, la dissimulation, le cynisme, tandis qu'ils indiquent par le rouge la loyauté et l'honnêteté. Toutefois, dans ce même théâtre traditionnel, les costumes des princes et empereurs - indiquant non la psychologie mais la condition sociale des personnages - sont également jaunes. Cette utilisation de la couleur jaune dans le théâtre chinois rend assez bien compte de l'ambivalence qui lui est propre, et qui en fait la plus divine des couleurs en même temps que la plus terrestre, selon le mot de Kandinsky.

Cette ambivalence se retrouve également dans la mythologie grecque. Les pommes d'or du jardin des Hespérides sont symbole d'amour et de concorde. Qu'Héraclès les vole, elles n'en reviennent pas moins au jardin des dieux. Elles sont les véritables fruits de l'amour puisque Gaïa, la Terre, les a offertes à Zeus et Héra comme présent de noces : elles ont ainsi consacré la hiérogamie fondamentale dont tout est issu. Mais la pomme de discorde, pomme d'or elle aussi, qi est à l'origine de la guerre de Troie, est symbole d'orgueil et de jalousie. Toujours dans la mythologie grecque, les deux faces du symbole se rapprochent dans le mythe d'Atalante, la Diane grecque, Vierge agressive : alors qu'elle lutte à la course contre Hippoménès - qu'elle a l'intention de tuer ensuite comme elle a fait de tous ses autres prétendants - elle cède à l'irrésistible convoitise qu'éveillent en elle des pommes d'or que le jeune homme lance devant elle sur le sol. Elle est donc vaincue et trahit ses vœux - mais par cette trahison elle arrive à l'amour.


Certains peuples ont cherché le clivage du symbole dans les notions de matité e de brillance de la couleur - ce qui n'est pas sans rappeler la distinction symbolique du blanc mat et du blanc brillant, notamment en ce qui concerne les chevaux infernaux et célestes.

C'est notamment le cas de l'Islam où le jaune doré signifiait sage et de bon conseil, le jaune pâle trahison et déception.

La même distinction se retrouve dans le langage du blason qui valorise l'or-métal aux dépens du jaune-couleur."

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Selon les recherches de Marie-Claire à propos du bouton d'or :


Symbolique de la couleur Jaune :

Quand on observe le jaune, la couleur du soleil et des boutons d’or, ce qui interpelle avant toute chose, c’est l’incomparable clarté qui s’en dégage. En effet, de toutes les couleurs, le jaune est celle qui apporte à la vision la plus grande part de luminosité et elle porte en elle une telle brillance qu’elle est capable de frapper l’œil avec grande intensité.

Le jaune tel un soleil au zénith, par un beau jour d’été, illumine la vision et apporte à celui qui le contemple l’énergie nécessaire à l’éveil de sa conscience.


Tempérament :

  • Clair, lumineux

  • Rayonnant, brillant

  • Conscient, éveillé, lucide

  • Réfléchi, intelligent

  • Individualiste, riche, fortuné

Le jaune représente en termes de besoins essentiels, le besoin de lumière et de clarté, le besoin d’avoir une individualité propre et une identité tout comme le besoin de réfléchir, de pouvoir comprendre et d’analyser.


Propriétés :

  • Stimulant psychique

  • Stimulant lymphatique

  • Stimulant de la digestion

  • Stimulant de l’estomac

  • Antidiabétique

Le troisième chakra : Le jaune est aussi la couleur du 3ème chakra ou chakra du plexus solaire situé au point de rencontre des côtes, en-dessous de la pointe du sternum. C'est la couleur du rayonnement lié au centre de la distribution de l'énergie physique et de la digestion. Ce centre est associé à l'ego et au corps mental. De même que le soleil illumine le monde et nous permet de voir, de même le 3ème chakra favorise nos contacts avec le monde extérieur. Ce centre est lié à la conscience de notre propre valeur et à notre pouvoir personnel.

Le chakra du plexus solaire est la porte d'entrée de la conscience sur le plan astral, c'est une porte initiatique entre L'Esprit et la Matière...

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Dans Rudolph Steiner et Edward Bach sur les traces du savoir druidique... (L'Alpha L'Oméga Éditions, 1998), Roger Tanguy-Derrien propose sa propre lecture des couleurs. Ainsi en est-il du jaune :


"Elle est la plus chaude et la plus expansive des couleurs. Elle évoque l'or et le soleil, donc la force et la richesse. "As-tu du blé sur toi ?" est une expression populaire qui désigne l'argent. Dans le monde de l'Islam, la couleur jaune d'or passe pour donner des bons conseils, alors que le jaune pâle évoque la déception et la trahison. En Chine, il était un moment d'usage de peindre de jaune, la boutique du banqueroutier. Pour les spécialistes du corps humain, la jaunisse est synonyme de dégénérescence. Dans le monde végétal, la couleur jaune succède à la couleur verte. Elle indique un arrêt de sève, l'abandon des forces de vie qui se retranchent dans les racines situées au fond de la terre. Pour les Chinois, le jaune est synonyme de dissimulation, de mystère, de véhicule pour percer les secrets des ténèbres. En médecine chinoise, il tend à stabiliser et à régulariser. Le jaune est l'anti-noir, l'anti-indigo et dans la nature l'anti-vert.

Pour l'astronome qui observe la planète Mercure, il la voit dans une couleur proche de celle du soleil. Il explique cela du fait de sa proximité de l'astre solaire. Dans l'Arbre Séphirotique traditionnel, on donne la couleur jaune à l'esprit planétaire de Mercure. L'alchimiste qui précipite un sel mercurique par la potasse, obtient un sel jaune.

Organe qui réagit au jaune : le pancréas.

Où trouver le jaune ? Dans l'élixir de Jonquille, de Bouton d'Or, de Capucine, de Gui, de Millepertuis, d'Onagre, de Citrine (couleur jaune dorée pour être plus précis), dans toutes les plantes qui contiennent des flavones."

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Selon Reynald Georges Boschiero, auteur du Nouveau Dictionnaire des Pierres utilisées en lithothérapie, Pour tout savoir sur les Pierres et les Énergies subtiles (Éditions Vivez Soleil 1994 et 2000, Éditions Ambre 2001),


"Le jaune, c'est le soleil, chaud, puissant, rayonnant. c'est un métal en fusion, ardent, coulant comme le miel dont il a le sucre. Il est la couleur de la vie, du bonheur, de la gaieté et de l'intelligence. Il ouvre l'esprit à la philosophie et au mystère de l'esprit : magie, religion, occultisme, ésotérisme.

D'essence divine, le jaune est le signe extérieur du pouvoir des puissants (rois, empereurs). Il est la couleur de l'éternité.

Il n'incline pas à la patience, permet de précipiter les événements et occasionne des changements.


Les pierres jaunes : citrine ; orthose ; saphir jaune ; ambre jaune ; diamant jonquille..."

 

D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"Cette couleur, selon qu'elle était associée aux forces de la lumière ou à celles des ténèbres, était considérée par nos ancêtres comme un symbole de vérité d'authenticité, une couleur solaire qui, associée au bleu d'azur, représentait alors le Soleil et le ciel, ou comme un symbole de trahison. C'est ainsi que, en fonction des cas, le jaune était choisi en signe de victoire, triomphe, joie, bonheur, fidélité, sincérité, honnêteté, ou bien désignait la tromperie, la fourberie, l'adultère, les faux-semblants. Certes, cette couleur est souvent rattachée au plus précieux des métaux : l'or. Toutefois, elle révèle alors que tout ce qui brille n'est pas or, c'est-à-dire qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Par ailleurs, comme on le sait, l'or suscite bien des convoitises qui exaltent les mauvais sentiments des hommes et des femmes. De ce fait, le jaune est aussi associé à la discorde, la désunion, l'avidité, l'avarice.

Comme on le voit, c'est une couleur qui, selon l'élément auquel elle est associée dans un rêve, peut être interprétée sous bien des angles différents. Soyez donc très attentif au contexte dans lequel vous rêvez de cette couleur, à la nature de l'objet, de la fleur, de l'animal, de l'homme ou de la femme qui, dans votre songe, a un rapport avec le jaune."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"Rarement la pénétration du sens d'un symbole n'exigera du chercheur autant de pugnacité, de perspicacité et d'objectivité que celles qu'il lui faut déployer avant de proposer une interprétation satisfaisante de la couleur jaune.

Présent dans 29% des scénarios de rêve éveillé, le jaune se place ainsi pour la fréquence d'apparition, au dixième rang parmi toutes les figures symboliques inscrites dans la base de données. Pourtant, le noir, le blanc, le rouge, le vert et le bleu le précèdent. S'il apparaît dans une phrase telle que "Je vois un champ de fleurs aux couleurs vives, il y a du rouge, du bleu, du jaune, et du blanc...", le jaune perd toute signification spécifique et sa traduction concerne alors une globalité dont nous développons le sens dans l'article "Toutes les couleurs - la multicoloration". La situation où le jaune est associé, voire opposé à telle autre couleur, comme dans les couples noir et jaune, rouge et jaune, bleu et jaune, marron et jaune, offre au contraire une voie d'investigation révélatrice.

Quel jaune la palette de l'imaginaire met-elle à la disposition du rêveur ? S'ait-il du jaune doré ? D'un jaune franc et lumineux ? Est-ce la nuance acide de la citrine ? Celle de la robe pâle du Judas des vitraux ? Les interprétations traditionnelles ont tendance à se concentrer sur le jaune-or, apparenté par elles à la luminosité solaire, au miel, aux blés mûrs, en réservant quelques réflexions à la couleur pâle, qui en serait le versant négatif. Le rêveur engagé dans l'imaginaire précise rarement la tonalité du jaune qu'il perçoit. Pour déterminer celle-là, il faudra se référer à l'ambiance du scénario et aux associations qui environnent cette couleur.

Nous aurions souhaité pouvoir respecter une distinction rigoureuse entre le jaune franc, objet du présent article, et l'or, le doré, qui figurent dans un article séparé. Trop de rêves mêlent le jaune à l'or, au soleil, au blé pour qu'il soit possible de satisfaire une telle ambition. Les faits contraignent à traiter d'une part un jaune qui entraîne vers l'or et d'autre part un or qui renvoie vers le jaune ! Ce n'est pas la seule ambiguïté à laquelle se trouve confronté l'interprète du jaune. Dans Les Pharaons survivent en nous nous avons mis en valeur la coïncidence que l'on observe entre le contenu des rêves et celui de la symbolique de l’Égypte antique. François Champollion l'avait noté, les Égyptiens peignaient toujours la chair des représentations féminines en jaune et celle des personnages masculins en rouge. Le disque solaire était également coloré en rouge et le croissante de lune ne jaune. La base de données permet d'observer une disposition identique dans les productions oniriques. Lorsqu'une couleur est explicitement associée au soleil c'est, dans quatre cas sur cinq, le rouge qui lui est attribué. Pour résumer ici de nombreuses observations, l'imaginaire dessine deux axes sur lesquels il se déploie : soleil-père-rouge-animus d'une part, lune-mère-jaune-anima d'autre part. Par là, l'inconscient contemporain rejoint les sources les plus anciennes de la symbolique née sur les bords du Nil, transgressant les clichés les mieux enracinés de la traduction conventionnelle.

Si la statistique, souvent, éclaire, il arrive aussi qu'elle trouble ! En ce qui concerne le jaune l’ambiguïté s'accentue au fil des constatations. Prenant comme référence le soleil, on s'aperçoit que le rouge lui est massivement associé. Partant du jaune, il devient vite évident que celui-ci est en corrélation avec le soleil. Le paradoxe n'est qu'apparent. Non seulement il est explicable par le jeu des rapports de nombres, mais surtout il repose sur la juxtaposition de deux réalités non contradictoires. D'une part, le soleil du rêve est le plus souvent un soleil couchant, ce qui lui confère sa nature roue. D'autre part, le jaune, particulièrement le jaune-or, ne prend sens qu'en relation avec l'astre diurne.

Les projections croisées que l’œdipe simple et l’œdipe inversé provoquent dans la psychologie des patients vis-à-vis des figures parentales, contribuent au renforcement de la complexité des images imprégnées de jaune.

La clarification s'opère dès que l'on a reconnu l'aptitude de cette couleur à représenter la vie, l'amour, la nourriture et donc la mère dans sa double dimension terrestre et cosmique. Alors d'innombrables séquences s'offrent pour illustrer cette traduction. On sait que les impressions gustatives sont, parmi celles que procurent les cinq sens, les moins présentes dans le rêve éveillé. Pourtant, le cumul des images de blé, de nourritures et d'absorption de nourriture atteint 65% des scénarios dans lesquels le jaune apparaît.

Dans son étude sur la symbolique antique des couleurs, Frédéric Portal, écrivait, en 1857 : "Les aliments d'une couleur jaune d'or devinrent les emblèmes de l'amour et de la sagesse de Dieu, que l'homme s'approprie ou "mange" pour parler la langue symbolique..."

L'exploration de nombreux rêves convainc vite que le jaune exprime avant tout une frustration d'amour maternel. Lorsque cette couleur apparaît dans un scénario, elle marque le rétablissement d'une relation positive à l'image de la mère. Avant de développer le prolongement fréquent de cette relation dans le rapport à l'alimentation, nous souhaitons reprendre deux séquences très différentes qui donnent leur dimension à la souffrance, la frustration que l'enfant, fille ou garçon, a pu ressentir par rapport à son besoin d'amour de la mère.

Jeanne, qui avait trois ans lorsque sa mère a quitté le domicile familial pour plusieurs années, sans reprendre contact avec ses enfants, a conservé l'empreinte douloureuse de cette privation. Dans son neuvième rêve, Jeanne est assise sur le disque lunaire, froid, désert. Des gens font une chaîne pour se passer des pierres qui ne servent à rien : "... rien n'a de sens ! J'ai envie d'aller voir de l'autre côté de la lune... il fait sombre, il fait froid de l'autre côté aussi... mais j'ai déjà froid... alors je reste là... ils sont tous partis... je suis là... je ne sais pas pourquoi je suis restée là, assise... il faudrait que j'appelle quelqu'un... je suis assise sur ce disque jaune et absurde... je ne peux appeler personne... il n'y a personne... je suis assise sur mon lit maintenant... je ne sais pas quel âge j'ai... il y a un cri que j'ai envie de pousser... j'ai envie de hurler... je suis toute petite et, ce cri, je le pousse, fort, très fort... je suis dans un petit lit et je ne peux pas crier... ça ne sert à rien, à rien, à rien... il n'y a personne pour entendre... personne n'entendra jamais... plus personne ne voudra entendre... ça ne sert à rien, à rien... je vois ma mère, ma mère de maintenant... et j'ai envie de lui dire que ce qu'elle cherche... elle l'a en face d'elle !..." Ici, la séance est interrompue par une crise de sanglots... le ton désespéré de la voix de Jeanne dit toute l'actualité d'une douleur vieille de trente ans. Les associations entre la mère, la lune, le jaune et l'amour n'ont pas besoin d'être soulignées.

Adrien, dès le cinquième scénario de sa cure, fournit un exemple convaincant de rétablissement du lien positif à l'image maternelle. La superposition des représentations de la mère terrestre, de la mère nature et de l'anima est particulièrement évidente dans cette séquence : "C'est un paysage que j'ai déjà vu... un champ de blé, un champ jaune de blé qui ondule, qui ondule comme les vagues de la mer... le ciel est clair... j'ai fait un progrès considérable depuis quelque temps. Je me sens plus proche de mes parents... je vois une autre image... j'ai l'impression de m'élever dans le ciel et d'arriver au nuage que j'ai décrit la première fois, nimbé de lumière jaune et avec l'impression d'être dans le sein maternel... impression extrêmement bizarre, ressentie physiquement, même. Impression d'apesanteur de ... de décontraction totale, de non-agression de l'extérieur... impression d'être un peu comme un tout petit bébé dans son berceau... d'être sur le dos... je vois un V dans le ciel... ou un U peut-être..., ça me fait penser à Victoire... à Universel... mais non ! C'est en fait plutôt Utérus ! Dans le nuage, il y a toujours le temps... cette fois il est illuminé... on dirait que les murs sont faits en feuille de cuivre ou d'or, c'est-à-dire que la lumière est jaune et se répercute partout... je vois venir une femme voilée, habillée de blanc... elle a des bijoux dorés... j'ai essayé de lui enlever son voile mais, à ce moment-là, il n'y avait plus rien... je lui demande qui elle est. Elle me répond "je suis", tout simplement... elle n'a pas de visage parce qu'elle est absolue... pour moi, elle ne peut pas avoir de visage..."

Une rêveuse chevauche une ligne droite qui sépare deux mondes. Elle avance, un pied dans chacun d'eux. A gauche, c'est une forêt dont les feuilles ont été entièrement brûlées. Les troncs et les branches sont noirs. C'est le monde de la mort. A droite, il y a des champs de blé, blonds, jaunes. La nature triomphe, les oiseaux chantent. c'est le monde de la vie. La suite du rêve permet d'établir avec certitude que le noir se relie à l'infécondité et le jaune à la capacité de transmission de la vie.

Opposé au noir, le jaune est vie ; face au rouge, il est amour paisible ; en regard du bleu, il est anima ; à côté du vert, il dit l'éternité ; auprès du marron il désigne un mouvement de réhabilitation de l'image maternelle.

Dans le cas de Katel, jeune fille de vingt-deux ans, chacune de ces couleurs va former couple avec le jaune pour composer une fresque tourmentée. Le rapport aux nourritures s'y mêle ainsi que la prise de conscience du besoin d'amour maternel. Katel, à travers une cure très brève, va se délivrer de crises de boulimie qui, depuis plusieurs années, rendaient sa vie mal supportable. Dans l'article consacré à la lettre V, nous démontrons que cette forme symbolise la mère. Le V et le jaune sont fréquemment associés dans les rêves. nous réunissons ici quelques passages d'un long scénario repris au sujet du marron :

"Je vois une explosion... tout le ciel est marron. Et je vois une chauve-souris noire qui fait un grand V dans le ciel... là... je vois des bananes... avec des taches marron... maintenant il y en a des centaines !... Je vois un livre ouvert... et ça fait un grand V... il vole dans le ciel où il y a un grand soleil... tout blanc... il disparaît... le ciel devient noir, le ciel est tout noir... je vois une bouche à incendie, toute rouge... et un corset, jaune, avec un nœud de couleur marron ! Et je vois toujours ce V mais à l'envers maintenant... il me fait mal aux yeux... il est jaune... il m'éblouit complètement... [...] Je vois un fœtus, maintenant, dans un bocal... il tourne sur lui-même, il a un soleil jaune et noir sur le dos... et puis, là, un biberon, à ma gauche... il y a du lait dedans... et un bébé... assis sur une bassine jaune... une salle à manger... et encore des bananes et une pomme verte, belle, très appétissante... [...] Et puis, là, je vois une couronne... de reine... avec des diamants... et je vois ma mère et je me vois, moi, je me vois moi bébé, non, petite fille ! J'ai des difficultés à marcher vers ma mère... je dois avoir un an... je vois ma mère qui me tend les bras... elle me tend les bras... moi, je fais du sur-place... j'ai du mal à avancer... 'ai du mal à m'approcher de ma mère... Ah ! Ça y est ! Je commence à m'approcher d'elle... et là, je me vois en train de manger du riz jaune... j'ai la bouche pleine..."

Il serait difficile de produire des images exprimant avec une plus grande évidence les liens entre le désir de rapprochement de la mère, le jaune et les nourritures.

La boulimie et son inversion, l'anorexie, se relient dans le plus grand nombre de situations au sentiment de frustration d'amour maternel. Il ne s'agit pas nécessairement d'un sentiment légitime, en raison de l'attitude de la mère ou des circonstances, mais parfois d'un ressenti justifié par la sensibilité particulière de l'enfant.

Le jaune est révélateur d'une blessure d'amour mais il porte en lui-même le pouvoir de guérir ce type de blessure parce qu'il est l'amour. Non pas l'amour passionnel qui rend irrésistible l'attraction d'une personne pour une autre mais la disposition qui relie chacun aux autres, à la vie, à la totalité et qui semble inspirée par le sentiment d'appartenance au divin. Sur ce plan, les rêves rejoignent les plus anciennes traditions qui voient dans le jaune un signe de l'amour de Dieu.

Le onzième scénario de Gilles présente des images troublantes qui s'opposent à toute dérive visant à sublimer le jaune en lui conférant une nuance dorée. Ici, il s'agit d'un jaune franc, on pourrait presque dire brutal, dans la mesure où l'image l'apparente davantage aux humeurs jaillies d'un abcès qu'au miel ou aux blés d'or. Le rêveur découvre un homme gravement blessé, enchaîné par les bras et par les pieds aux murs suintants d'un cachot souterrain. Gilles rompt les chaînes du malheureux qui, affaibli par les privations et les mauvais traitements, ne peut se tenir debout. Le rêveur s'empare alors d'un épieu et l'enfonce dans l’œil d'un monstre qui obstruait la sortie. Un liquide jaune sort de l’œil crevé sur lequel Gilles presse de toutes ses forces. Dans la marge de son compte rendu de séance, le patient écrira : "A cet instant me venait à l'esprit un passage d'une chanson des Beatles, "Yellow matter custard dripping from a dead dog eye". " Cette matière jaune visqueuse possède les vertus d'un remède aux effets instantanés. Appliqué sur les plaies du prisonnier, elle le guérit et lui restitue les forces et la jeunesse. Ensemble le ressuscité et son sauveur explorent les lieux et découvrent un vieil alchimiste œuvrant dans une sorte de laboratoire. Il a l'attitude mystérieuse qu'adopte toujours quelque peu la figure du Vieux Sage. "Il me demande ce que j'ai fait de ma vie... et je ne sais pas quoi répondre... je dis : "Rien... je ...", et il me dit : "Alors fais-en quelque chose !" Je lui demande : "Mais quoi ?" Il me répond : "L'Amour !", et il se remet à écrire dans son grimoire !"

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Ainsi, même loin du blé, de l'or ou du miel, un jaune franc conduit à l'Amour, un jaune guérit, un jaune redonne la force.

Dans les rêves nous n'avons rencontré aucun exemple de jaune pâle justifiant la traduction classique qui voit en lui la couleur de la trahison. Le langage usuel, alimenté par une longue tradition, ne manque pas d'expressions susceptibles de soutenir une telle interprétation. Si l'on s'en tient aux manifestations oniriques, il est difficile de se convaincre de son bien-fondé.

Le jaune du rêve est d'bord un indice de rétablissement de la relation positive à l'image maternelle, une image de la nature produisant la vie, un lien d'amour entre chaque être et le monde, entre l'individu et la Totalité.

Du jaune acide au jaune doré on observera bien des nuances, mais elles seront les touches plus ou moins appuyées qui servent de multiples variations sur ces thèmes."

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque la couleur jaune, pas jeune :

12 avril

(Fontaine-la-Verte)


Aujourd'hui, je me sens l'âme jaune ( « jaune », pas « jeune », monsieur le correcteur : « jeune » n'aurait aucun sens). Je me dissous dans la foison d'or des ajoncs, dans les marmites de ducats des pissenlits, dans le soufre des moscatellines, dans le soleils des ficaires, dans les lunes des renoncules...

Un jour jaune, un jour vert, un jour rouge : j'ai l'âme arlequine. Je me fais bouton-d'or, hellébore, violette, coquelicot, nuage rose, arc-en-ciel : peu importe... Toute couleur m'est jouissance, et c'est la jouissance qui compose ma substance.

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