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  • Anne

Les Herbes

L'article du 5 mars 2017 ayant mystérieusement disparu dans les méandres inconnus d'Internet, me voici contrainte de le recommencer...




Étymologie :

  • HERBE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 « plante à tige non ligneuse » (Roland, éd. J. Bédier, 2871 : De tantes herbes el pré truvat les flors); en partic. a) ca 1160 « plante qui a des propriétés médicinales » (Enéas, 7969 ds T.-L.) ; b) xiiie s. male herbe « plante nuisible à la culture » (FEW t. 4, p. 404b) ; 1316 mauvaises herbes (G. de Paris, Chron. métr., éd. A. Diverrès, 1579) ; c) 1306 « herbes employées comme assaisonnement » lait de jument confist en herbes (Joinville, St Louis, éd. N. L. Corbett, § 487) ; 1540 fines herbes (ds Bull. soc. hist. Paris et Ile de France, XXX-106) ; d) 1414 [date trad.] au plur. « certaines herbes potagères et des champs propres à la consommation » salades d'herbes (Decameron, B.N. 129 [ms. du xve s.], f°16c ds Gdf. Compl., s.v. salade) ; 2. ca 1100 « ensemble des herbes qui forment une végétation (au sing. collectif) » (Roland, éd. J. Bédier, 671 : Sur l'erbe verte estut devant sun tref) ; d'où 1572 [éd.] expr. couper l'herbe sous le pied de qqn (Jacques Yver, Le Printemps, 3e histoire, éd. P. Jourda, p. 1202) ; 3. 1225-30 en herbe « état des céréales qui sont encore toutes jeunes et vertes » (G. de Lorris, Rose, éd. F. Lecoy, 3935) ; 1558 fig. en herbe, ou en gerbe (B. Des Périers, Œuvres françoises, Nouv. récréations, 32 [Jannet, 1856] ds Quem. DDL t. 9) ; 4. mil. xiiie s. en composition, désigne un grand nombre de plantes herbe Jehan, herbe Robert (Voc. plantes, 140a et 140b ds T.-L.) ; 1547 herbe-aux-chats (R. Estienne, De Latinis et graecis nominibus arborum...). Du lat. class. herba « herbe ; mauvaises herbes ; jeune pousse, en partic. en parlant des céréales ; plante en général » ; entre en composition avec d'autres mots pour désigner diverses plantes dès le lat. imp. : herba Proserpinae « camomille » (André Bot.) ; cf. pour le sens 4 en lat. médiév. herba Roberti xiiie s. (Voc. plantes, 140 ds T.-L.), herba gattarum xve s. (J. Camus, Op. sal., p. 134 ds Roll. Flore t. 9, p. 9).


Lire également la définition du herbe afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Proverbes et dictions :


“Si l’herbe en janvier déjà pousse, Reste de l’année ne sera que mousse.”

“L’herbe est toujours plus verte ailleurs.”

“Année d’herbe, Jamais superbe.”

“Le champ du paresseux est plein de mauvaises herbes.” “Il ne faut pas laisser croître l’herbe sur le chemin de l’amitié.”

“À chemin battu, ne croît point l’herbe.”

“Patience, avec le temps l’herbe devient du lait.”




Symbolisme :


Dans Les Plantes magiques (1901 ; réédition : Symbiose Éditions, 2020) Paul Sédir rappelle notamment comment fonctionne la théorie des signatures astrologiques des plantes :


Le verset II du premier chapitre de la Genèse s'énonce ainsi : « Continuant à déclarer sa volonté, il avait dit, Lui-Les-Dieux : la Terre fera végéter une herbe végétante et germant d'un germe inné, une substance fructueuse, portant son fruit propre, selon son espèce, et possédant en soi sa puissance sémentielle ; et cela s'était fait ainsi. »

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Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant on peut lire la notice suivante :


Symbole de tout ce qui est curatif et revivifiant, les herbes redonnent la santé, la virilité et la fécondité. Ce sont les dieux qui auraient découvert leurs vertus médicinales. Mircea Eliade rattache leur symbolique à celle de l'Arbre de vie.

D'une façon générale, les herbes sont souvent l'occasion de théophanies des divinités fécondatrices.


Ô Herbes, ô vous, mères, c'est vous que je salue comme des déesses !


Les herbes facilitent l'accouchement, accroissent le pouvoir génétique, assurent la fertilité et la richesse. C'est pour cela que l'on va jusqu'à recommander de sacrifier des animaux aux plantes.

[...] Courber les herbes sur la terre signifie anéantir les ennemis, dans les épopées des Esquimaux d'Asie.


A l'entrée simples : Pour les Chrétiens, les herbes médicinales devaient leur efficacité au fait d'avoir été trouvées pour la première fois sur le Mont du Calvaire. Pour les anciens, les herbes devaient leur vertus curatives à ce qu'elles avaient été découvertes pour la première fois par les dieux.

Selon Mircea Eliade, les simples tirent leur valeur d'un archétype céleste, qui est une expression de l'arbre cosmique. Le lieu mythique de leur découverte, de leur naissance, par exemple le Golgotha, est toujours un centre.

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Dans Des hommes et des plantes (Éditions Opéra Mundi, 1970), son autobiographie, Maurice Mésségué rencontre Jean Cocteau en se promenant près de sa propriété sans le savoir :


- N'est-il pas merveilleux, Maurice Mésségué, que vous entriez ici, sans vous savoir appelé, pour m'y trouver peignant vos bonnes herbes, celles que vous allez me donner. Peut-être que les hiéroglyphes de votre ordonnance sont déjà inscrits sur ces murs en toute ignorance, ne connaissant d'elles que le plaisir que j'avais à les aimer. Parlez-m'en.

J'ai dit tous les noms que mon père leur donnait : herbe aux gueux, herbe aux sorcières, herbe à mille trous...

- Quelle miraculeuse litanie, écoutez :


Herbe aux chutes,

Herbes à coupures,

Herbe à fièvre,

Guérissez-nous.

Herbe aux sorcières,

Herbe aux chats,

Préservez-bous.

Herbe de gagne

Herbe de chance,

Soyez pour nous.

Herbe sainte

et herbe vierge,

Soyez à nous.

Couronne de saint Jean,

Herbe aux cent goûts,

Aimez-nous.


- J'aimerais que ce poème soit chanté dans cette chapelle le jour de ma mort.

- Ecrivez-le.

- Non, il s'est inscrit sous ses voûtes. Elles me le chanteront et je serai seul à l'entendre.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), les Graminées ont les caractéristiques suivantes :


C'est l'herbe des prairies. De très nombreuses variétés de graminées (Laiche ; Fétuque ; Pâturin ; Ray-Grass ; Houque ; Ivraie, etc.) composent les gazons, les herbages, pâturage, prés naturels ou artificiels. Il faut couper l'herbe par temps frais et couvert, mais pas après une averse car, mouillée ou même humide, elle pourrirait très vite et formerait alors autant de foyers générateurs d'ondes négatives.


Pouvoirs : Pouvoirs psychiques ; Protection.


Utilisation magique :

Suspendez une balle d'herbe bien verte devant une fenêtre exposée au nord ; votre maison sera protégée de tout mal. Les paysans des Alpes piémontaises obtenaient un résultat analogue en disposant plusieurs gerbes de foin coupé autour de leur logis.

Porter sur soi un brin d'herbe à l'arête tranchante aiguise vos facultés intuitives.

Frottez une grosse pierre avec des poignées d'herbe fraîchement coupée ; renouvelez l'opération jusqu'à ce que la pierre soit uniformément verte. Asseyez-vous devant, faites le vide en vous, puis fixez intensément la surface verte en visualisant le vœu que vous avez en tête. En même temps, humez la puissante odeur dégagée par l'herbe écrasée. A la fin de l'opération, vous devez vous sentir un peu ivre et le vert de la pierre est devenu si intense qu'il en est presque aveuglant. Enterrez la pierre ou, si une rivière ou un étang se trouve à proximité, jetez-la dans l'eau. Rentrez chez vous par le chemin le plus court, et ne lavez surtout pas le suc d'herbe dont vos mains sont enduites.

Les jeunes Liégeoises se réunissaient le 1er mai, au lever du soleil ; elles se rendaient dans une prairie, du côté où l'herbe était la plus touffue. Elles en choisissaient trois brins (trois failles d'erbe, comme dans la chanson des Loherains). Elles ne coupaient pas ces menues tiges, mais les taillaient de façon à leur donner exactement la-même hauteur. Puis, à chaque brin était attaché un fil de soie de couleur différente : le noir représentait le célibat ; le rouge un amant inconnu; le vert l'objet des vœux secrets. Après dix jours d'attente, l'oracle se prononçait par celui des trois brins qui avait surpassé les autres, en hauteur.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Une tradition veut aussi que les mauvaises herbes viennent d'une malédiction de Dieu lorsque Adam lui désobéit : l'homme aura beau les arracher, il n'en sera jamais délivré.

Le folklore mentionne des herbes maudites, appelées « herbes d'égarement », « herbes de fourvoiement » ou « herbes de la détourne » : celui qui la foule ne peut retrouver son chemin (voir fougère, lycopode, mandragore, plantain). En Normandie, la « malherbe » (espèce non déterminée) rend maussades les personnes qui ont été en contact avec elle : à un homme de mauvaise humeur, on demandait encore au début du siècle : « Sur quelle herbe avez-vous marché ? »

[...] Pour qu'une blessure cesse de saigner, on recommande de couper en deux un brin d'herbe et d'appliquer les morceaux, en forme de croix, sur la plaie. Selon un rite du Tarn, le fiévreux doit se lever de bon matin et, en marchant à reculons, se rendre dans un pré, y arracher, sans la regarder, une poignée d'herbe et la jeter derrière lui. S'il part en courant sans se retourner, « sa fièvre passe au diable ».

[...] Selon une croyance du XVe siècle, «si on s'abstient de torcher son derrière avec des herbes, des feuilles ou des verdures qui ont poussé sur terre, on n'aura jamais mal au dos ni aux reins. Celui qui agit ainsi n'aura jamais de coliques en sa tête mais en ce lieu il aura souvent sa chemise dorée ».

[...] Quand les chiens et les chats mangent de l'herbe, il va pleuvoir (Angleterre).

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Symbolisme celtique :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant précise le sens des herbes pour les Celtes :


[...] Un des noms de l'herbe, en breton louzaouenn, a encore au pluriel le sens archaïque de remède. La médecine celtique primitive se servait beaucoup des herbes médicinales et l'origine de la tradition est mythique puisque les herbes sont à la base (les incantations n'étant qu'un moyen auxiliaire) des vertus curatives de la fontaine de santé (Slante) des Tùatha Dé Dànann, dans le récit de la Bataille de Mag Tured. Le symbolisme de l'herbe rejoint celui de la fontaine.




Littérature :


George Sand dans Nouvelles Lettres d'un voyageur (1877) avoue son amour pour la nature sauvage et libre :


Voilà pourquoi je préfère aux jardins arrangés et soignés ceux où le sol, riche par lui-même de plantes locales, permet le complet abandon de certaines parties, et je classerais volontiers les végétaux en deux camps, ceux que l'homme altère et transforme pour son usage, et ceux qui viennent spontanément. Rameaux, fleurs, fruits ou légumes, cueillez tant que vous voudrez les premiers. Vous en semez, vous en plantez, ils vous appartiennent : vous suivez l'équilibre naturel, vous créez et détruisez ; — mais n'abîmez pas inutilement les secondes. Elles sont bien plus délicates, plus précieuses pour la science et pour l'art, ces mauvaises herbes, comme les appellent les laboureurs et les jardiniers. Elles sont vraies, elles sont des types, des êtres complets. Elles nous parlent notre langue, qui ne se compose pas de mots hybrides et vagues. Elles présentent des caractères certains, durables, et, quand un milieu a imprimé à l'espèce une modification notable, que l'on en fasse ou non une espèce nouvellement observée et classée, ce caractère persiste avec le milieu qui l'a produit. La passion de l'horticulture fait tant de progrès, que peu à peu tous les types primitifs disparaîtront peut-être comme a disparu le type primitif du blé. Pénétrons donc avec respect dans les sanctuaires où la montagne et la forêt cachent et protègent le jardin naturel. J'en ai découvert plus d'un, et même assez près des endroits habités. Un taillis épineux, un coin inondé par le cours égaré d'un ruisseau, les avaient conservés vierges de pas humains. Dans ces cas-là, je me garde bien de faire part de ces trouvailles. On dévasterait tout.

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L'Herbe


L'herbe : sur l'herbe je n'ai rien à dire

mais encore quels sont ces bruits

ces bruits du jour et de la nuit

Le vent : sur le vent je n'ai rien à dire


Le chêne : sur le chêne je n'ai rien à dire$mais qui donc chantonne à minuit

qui donc grignote au pied du lit

Le rat : sur le rat je n'ai rien à dire


le sable : sur le sable je n'ai rien à dire

mais qu'est-ce qui grince ? c'est l'huis

qui donc halète ? Sinon lui

Le roc : sur le roc je n'ai rien à dire


L'étoile : sur l'étoile je n'ai rien à dire

c'est un son aigre comme un fruit

c'est un murmure qu'on poursuit

La Lune : sur la lune je n'ai rien à dire


Le chien : sur le chien je n'ai rien à dire

c'est un soupir et c'est un cri

c'est un spasme un charivari

La ville : sur la ville je n'ai rien à dire


Le cœur : sur le cœur je n'ai rien à dire

du silence à jamais détruit

le sourd balaye les débris

le soleil : ô monstre, ô Gorgone, ô Méduse

Ô soleil.


Raymond Queneau, "L'Herbe"

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Brin d’herbe


Est-ce un mot d’amour Oublié La petite herbe verte Entre les pavés De la cour


Quel jardinier de l’absence Œuvre en silence Dans les dédales du jour


Seule sans amie La petite herbe verte Dans les vestiges de l’oubli Tremble et s’ennuie


Personne pour cueillir

L’herbe folle L’usine va mourir Le souvenir s’envole


Demain On fermera l’école


Est-ce un mot d’enfant Oublié La petite herbe verte Entre les cahiers du dernier écolier.

Serge Féchet, "Brin d'herbe" in Les jardins oubliés (Bucdom Édition Culturelle, 2000).

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Marie-Claire Bancquart auteure du recueil intitulé Violente vie (Éditions Le Castor astral, 2012) nous propose le poème suivant :


Toi, l’herbe

Toi, l’herbe toi ligneuse, tête lourde de graines, que le hasard a fait germer en pot sur un balcon,

je te merveille, je t’espérance

tu sauvage tu secrète tu parles d’une grande terre semée de toi


sur elle je caresse ma figure civilisée, mes livres verticaux, l’espace tout entier : sa vieille histoire, sa fatigue.


Nous nous faisons une origine

dans l’odeur de ta sève.


Babel n’est pas encore construite et nous non plus.


Ce sont les jours d’avant l’homme et la femme.


Tout est possible encore.

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Voir aussi :


Végétal ; Herbes de féérie ; Herbes de la Saint-Jean ; Herbes d'oubli ;

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