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  • Anne

Le Coudrier




Étymologie :

  • COUDRIER, COUDRE, subst. masc.

Étymol. et Hist. A. xie s. judéo-fr. coldre (Glose de Raschi, éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, n°227) ; 1160-70 codre (M. de France, Lais, éd. J. Rychner, Chevrefoil, 51) ; ca 1179 noiz de coudre (Renart, éd. M. Roques, branche I, 119) ; qualifié de ,,v. lang.`` par Ac. Compl. 1842. B. 1503 couldrier (J. Le Maire, Illustr. [éd. 1512], I, 215, Stecher ds R. Hist. litt. Fr., t. 8, p. 497) ; 1555 coudrier (Ronsard, Les Meslanges, Le Houx, éd. P. Laumonier, t. VI, p. 138). A empr. au lat. pop. *cŏlŭrus, réfection du lat. corylus (graphie hellenisante pour corulus, le mot étant considéré comme empr. au gr., v. TLL s.v.) sous l'infl. du celt. *collo < *coslo (v. Dottin, p. 248), cf. le dér. colurnus « de coudrier ». B. dér. de A, suff. -ier*.

  • NOISETIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1530 noisettier (Palsgr., p.220) ; 1546 noisetier (Est.). Dér. de noisette*; suff. -ier*.

  • NOISETTE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1225-30 «fruit du noisetier» noiseite (Guillaume de Lorris, Roman de la Rose, éd. F.Lecoy, 1350) ; 2. 1607 couleur de noisette (Advertissement Bovant Caillet de Neufchâteau ds IGLF) ; d'où elliptiquement 1769 noisette (Nouveau Teinturier parfait, I, 196, ibid.) ; 3. 1822 gastron. noisette de veau (A. Carême, loc. cit.); 4. 1888 «charbon» (Ser, Phys. industr., p.69). Dér. de noix* ; suff. -ette*.


Lire aussi les définitions de coudrier, noisetier et noisette afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :

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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969, édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


« Cet arbre [le coudrier] et son fruit – la noisette – ont joué un rôle important dans le symbolisme des peuples germaniques et nordiques. Iduna, déesse de la vie et de la fertilité, chez les Germains du Nord, est libérée par Loki, transformé en faucon, qui l'emporte sous la forme d'une noisette. Dans un conte islandais, une duchesse stérile se promène dans un bois de coudrier pour consulter les dieux qui la rendront féconde. La noisette a souvent sa place dans les rites de mariage : au Hanovre, la tradition voulait que la foule criât « noisettes, noisettes » aux jeunes époux ; la mariée distribuait des noisettes au troisième jour de ses noces, pour signifier que le mariage avait été consommé. Chez les Petits Russiens de Vohlynie, au cours des repas de noces, la belle-mère jetait sur la tête de son gendre des noisettes et de l'avoine ; enfin, l'expression casser des noisettes était employée en Allemagne comme un euphémisme amoureux.

Il semble donc bien que cet arbre de la fertilité soit souvent devenu l'arbre de la débauche. En certaines régions d'Allemagne des chants folkloriques opposent au coudrier le sapin, comme arbre de la constance.

Ainsi, à la lumière des pratiques du Moyen Âge, s'explique le choix de la baguette de coudrier par les sourciers et chercheurs d'or : les métaux mûris dans le ventre de la Terre-Mère, de même que l'eau de source, expriment son inépuisable fertilité que provoque, par homéopathie, la baguette de ce bois. Mahhhardt signale qu'en Normandie on frappait trois fois la vache d'une baguette de coudrier pour qu'elle donne du lait ; des minutes d'un procès de sorcellerie, daté de 1596, en Hesse, il extrait la citation suivante : si dans la nuit de Walpurgis ladite sorcière avait battu la vache avec la baguette du diable, cette vache donnait du lait toute l'année. Ainsi le coudrier, arbre de fertilité, devient peu à peu l'arbre de l'incontinence, de la luxure, et enfin du diable. Le noisetier, dans les coutumes celtiques, sera souvent lié aux pratiques magiques. La mythologie germanique en fait un attribut du dieu Thor.


A l'entrée Noisetier on peut lire : "dans tous les textes insulaires, le noisetier, le sorbier et le coudrier (coll), qui ne sont pas toujours bien distingués les uns des autres dans la lexicographie, sont considérés comme des arbres à caractère magique. A ce titre, ils sont fréquemment employés par les druides ou par les poètes comme supports d'incantation. L'emploi le plus notable est la gravure sur bois des ogam ou lettres magiques. Le noisetier voisine dans cet usage avec l'if et le bouleau, et la noisette est assez souvent un fruit de science. Un des rois mythiques de l'Irlande se dit MacGuill, fils du coudrier.

Symbole de patience et de constance dans le développement de l'expérience mystique, dont les fruits se font attendre.

Il me fit alors pareille au noisetier

qui tôt fleuri dans les mois sombres

et longtemps laisse attendre ses fruits désirés.

(Hadewijch d'Anvers)"

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"C'est dans les légendes mythologiques et poétiques de l'Edda germanique que cet arbre figure en bonne place. En effet, le bâton de noisetier ou coudrier est l'un des attributs de Thor,le fils d'Odin, avec le marteau bien sûr, à l'aide duquel il frappe l'enclume, acte symbolique représentant sa force redoutable et sa colère terrible. Mais c'est en prenant appui sur son bâton de noisetier que lui remit la géante Grigr, dont le nom signifie "l'avide" ou "la violente", qu'il parvint à éviter la noyade dans la rivière Vimur ou "la pétillante" et à vaincre les géants. Ce bâton se nommait Gridarvörl, de Gridr, la géante et vörl ou völva, qui est le nom que l'on donnait aux baguettes magiques et divinatoires des voyantes.

Plus tard, au cœur du Moyen Âge, s'inspirant sans doute de cette légende de la mythologie germanique, le bâton de noisetier devin t la baguette magique des fées, comme le bâton de coudrier, le cousin du noisetier, devint celui des sourciers. Ce fut aussi le bâton magique qu'Apollon remit à Hermès-Mercure, et grâce auquel ce dernier put exercer la médecine, soulager et soigner les hommes, mais aussi apaiser leur cœur et leur esprit de leurs maux et de leurs tourments. Ainsi, le bâton d'Hermès, autre baguette magique, autour duquel s'enroulent les deux serpents de la connaissance, devint le caducée, le symbole de la médecine encore en usage aujourd'hui."

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Symbolisme celte :


Selon Thierry Jolif, auteur de B. A.-BA Mythologie celtique (Éditions Pardès, 2000),

"Les noix, les glands et les noisettes sont traditionnellement considérés comme des fruits de connaissance et de sagesse. Dans Le Voyage de Cormac au Pays de la Promesse, il est dit que les neuf coudriers de Buan laissaient tomber leurs fruits dans une source où cinq saumons les saisissaient, puis jetaient les coquilles dans cinq ruisseaux dont le bruit était plus doux que toute mélodie.

Le saumon symbolise la connaissance, et la source qui se trouve dans l'Autre Monde est bien évidemment la source primordiale, la source de toute vie. Extraite du Dindshenchas métrique, cette strophe est sans aucun doute plus évocatrice qu'un long discours :


"Du suc des noix, ce n'est pas une chose vulgaire, furent faites les coquilles d'inspiration qui descendent à tout moment des ruisseaux au flot vert." (Traduction Christian-J Guyonwarc'h, in Les Druides, Ouest-France, 1986, chapitre troisième, II, 8, Le chêne, le sorbier et le coudrier ; L'if et le pommier, p. 152)."


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Ogham :


Lire la fiche dédiée à l'Oham Coll.

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


ARECA (Areca-catechu), une espèce de noisette parfumée indienne. (Cf. Noisette.) Dall' Horto nous donne ses noms dans différents dialectes. « On l'appelle faufel, à Dopar et à Dhel, ports de l'Arabie ; dans le Malabar, chez le peuple, pac ; chez les nobles, areca ; dans le Guzerat et dans le Deccan, son nom est suppari ; à Zeilan, poaz ; à Malacca, pinan ; à Cochin, chacani ca-ca. » Vincenzo Maria da Santa Caterina nous apprend, dans son Voyage aux Indes Orientales (dix-septième siècle), que les Hindous parent de ces noisettes leurs dieux ; mais que, si une femme s'en pare la tète ou le sein, cela suffit pour la dénoncer comme femme publique. Nous lisons dans le Paéadandachattraprabandha, édité et traduit par le professeur Weber (1877), que DevadamanÍ (celle qui dompte les dieux) se rend à la cour du roi Vikramâditya, pour jouer avec lui, vêtue d'une robe couleur de ciel, ayant à la main et dans la bouche une noisette enveloppée dans une feuille de l'arbre kalpa. L'usage indien de présenter la noisette areca aux hôtes et de la manger avec la feuille du betel (en sanscrit nagaralli, tambulavalli, connu par les botanistes sous le nom de chavica-belel, classé parmi les piperaceae) est passé de l'Inde en Chine. C'est ce que nous apprend Bretschneider dans le Chinesc Recorder (1871) : « Le NangFang Tsao mu chuang (du quatrième siècle), dit-il, explique le nom Pin-lang, par l'usage qui se maintient toujours chez le peuple de Kiao et Kuang (Canton), où l'on présente le betel-nut (noix du betel) aux hôtes (du mot pin, hôte). Cet auteur chinois remarque que, si on ne présentait pas le betel-nut aux hôtes, ce serait un indice certain d'inimitié. Mais il semble plus que probable que le nom Pin-lang est une corruption du nom donné par les Malais à la noix d'areca, appelée « pinang ». D'après W. Jones, le nom sanscrit est gucaca, dont les synonymes sont ghonta, puga, kapura, cramuca ; son nom vulgaire en hindoustani est supyari ; en javanais, jambi ; en telinga, areca »

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), le noisetier est un "accessoire magique".


Plein de ressources : Le noisetier est un arbre très précieux pour les fées qui emploient ses fruits à plusieurs fins. Une fois évidés, ceux-ci font souvent office de minuscules chars pleins de charme. Cette caractéristique a d'ailleurs inspiré Shakespeare pour sa description du carrosse de la reine Mab dans Roméo et Juliette. Chaque nuit, cette enchanteresse grimpe dans une noisette creusée et façonnée par un écureuil qui exerce la profession de charpentier depuis la nuit des temps. Les fées emploient également les enveloppes dures du noisetier comme de petits coffrets dans lesquels elles rangent leurs robes au voile si léger qu'elles prennent une place infime.

Mais leur accessoire le plus connu est bien sûr leur baguette magique, réalisée avec du bois de noisetier. Qui n'a jamais rêvé d'entrer en possession d'un tel objet ? Selon une ancienne croyance, chacun des arbres qui nous intéressent ici déploierait une branche se transformant en or durant la nuit de Noël. Celui qui la prélève durant l'intervalle précis où les douze coups de minuit résonnent, déteindra un rameau aussi puissant que les baguettes de fée ! Grâce à lui, déceler un trésor enterré dans les entrailles de la Terre, une mine d'or ou de pierres précieuses se révèle être un jeu d'enfant.


Sites féeriques : Le sommet de la roche à Sept Heures, située dans les Ardennes, offre une vue imprenable sur la commune de Monthermé et la boucle de la Meuse. Dans le lit de ce fleuve, juste au-dessous de la fameuse montagne que nous venons d'évoquer, vit une ablette fantastique qui ne se montre qu'à l'heure du goûter. Seuls les pêcheurs en culotte courte ont une chance de l'attraper. A condition toutefois d'être muni d'un bâton de noisetier auquel est attaché un fil sans hameçon. Les enfants réussissant à attraper l'animal ne bénéficieront que de quelques secondes pour savourer leur victoire. Car à peine mettent-ils leur prise dans leur panier qu'elle disparaît pour s'en retourner à l'eau ! Il est un autre lieu où la magie n'opère plus depuis longtemps... Jadis, sur le mont Vaudois situé en Haute-Saône, on pouvait entendre parfois le grincement d'arbres frottés les uns contre les autres. A en croire la tradition populaire, l'Esprit des Noisetiers était à l'origine de cette étrange musique très prisée des Dames vertes. La mélodie mélancolique touchait également les humains au point de leur tirer des larmes. Mais jusqu'en 1874, un fort fut construit sur le mont en question, la créature cessa dès lors d'émettre le moindre bruit...

Rond magique : Si par une sombre nuit sans lune, vous avez dû quitter la chaleur de votre lit pour aller au-dehors et que vous ressentez la présence de mauvais esprits tournoyer à vos côtés, tracez sans attendre un cercle sur le sol avec une branche de noisetier avant d'y pénétrer. Nulle force du mal ne pourra vous atteindre.


Cadeau chaleureux : Les paysans de Roumanie avaient à cœur d'honorer les Bonnes Dames qui distribuaient leurs largesses en favorisant notamment les récoltes et la production laitière des vaches. Chaque mercredi soir et le lendemain matin, les enfants âgés de moins de quinze ans disposaient près de l'étable du pain et de l'eau pour subvenir aux besoins de ces fées. Ils brûlaient ensuite quelques branches de noisetier ou d'érable près de leurs offrandes pour réchauffer leurs aimables bienfaitrices.

Une noisette vide est signe qu'une sorcière a craché dessus... à moins qu'un balanin l'ait visitée."

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) : avec le noisetier "le bonheur sort de sa coquille".


L'amour à coup de baguette : Arbre de la connaissance pour les Irlandais, arbre de l'harmonie pour les Grecs ou arbre de la fertilité pour les Germains... La mythologie a doté le noisetier de divers attributs qui ont donné vie à des superstitions et à des rites dépassant largement les frontières. L'infidélité engendre souvent de violentes disputes qui pourraient être apaisées si le couple, au lieu de se déchirer, allait cueillir des noisettes. Il n'y aurait pas mieux pour retrouver une harmonie de couple. Vous n'avez pas l'air très convaincu... Peut-être ferez-vous plus confiance à la méthode préventive qui consiste à attendre les premiers croassements des batraciens émis au printemps pour taper huit fois d'affilée le lit conjugal défait avec une baguette de noisetier ? Certes, c'est un peu tiré par les cheveux mais qui n'essaie rien...


Le temps, c'est de l'argent : Durant la nuit de Noël, un rameau de chaque noisetier se transformerait en or. Si vous parvenez le cueillir dans l'intervalle des douze coups de minuit, il vous donnera tout pouvoir mais si vous opérez trop lentement, c'est la mort qui vous guette..


Noisette et fœtus : Son abondante production de fruits et l'analogie faite entre l'amande de la noisette enveloppée dans une coque et le fœtus contenu dans le ventre de sa mère donnèrent au noisetier un rôle majeur dans les rites de fécondité. Sa présence dans les mariages, sous forme de torches brûlées chez les Romains ou par ses fruits jetés sur les mariés russes de Volhynie ou déposés au pied des lits bretons lors de la nuit de noces, devait permettre aux femmes d'accéder plus facilement à la maternité.


La bourse aux noisettes : Au XVIIe siècle, les prospecteurs de Bohême, cherchant un filon minier, se laissaient guider par une branche de noisetier naturellement fendue en deux qui avait été taillée dans un jeune arbuste n'ayant encore jamais produit de fruit. La réputation des baguettes divinatoires de noisetier capables de déceler les sources souterraines était telle qu'on leur prêtait, entre autres talents, la faculté de trouver des trésors enfouis dans la terre. En Russie, on s'estimait déjà bien chanceux si on trouvait une noisette double. Placée dans une bourse, elle décuplait l'argent qui y était enfermé.


Assurance-vie : Français et Belges s'accordaient à considérer qu'une noisette portée sur soi permettait d'atteindre un âge avancé. D'ailleurs, les mineurs des environs de Liège portaient souvent à leur chaîne de montre, deux noisettes de taille différente pour se protéger des risques mortels liés à leur dur labeur.


Ça fait plus sourire : Aucune fiancée ne devrait casser la coque d'une noisette avec ses dents, surtout s'il s'agit d'un cadeau offert par son bien-aimé la semaine précédant la Toussaint ! La dentition de la malheureuse se gâtera à Noël puis tombera à Pâques... De quoi faire fuir les plus épris des promis !"

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