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  • Anne

Le Poirier, l'arbre d'Hera




Étymologie :

  • POIRIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) 1150 perier bot. (Flore et Blancheflor, éd. J.-L. Leclanche, 2026) ; 1409 poirrier «id.» (Trésor des Chartes du Comté de Rethel, II, 589, 15 ds Morlet, p.30) ; xves. [ms.] poirier «id.» (Gloss. Lille, 38b ds T.-L.) ; b) α) 1260 perier «bois de poirier utilisé pour la confection des barils (de vin)» (Etienne Boileau, Métiers, 103 ds t.-L.) ; β) ébén. 1516 [éd.] boys de perier (Des Crescens, Le Livre des prouffitz champestres et ruraulx, Paris, J. Petit et M. Le Noir, fo59 ro) ; 1874 bibliothèque en poirier (Zola, loc. cit.). 2. ca 1200 faire lo perier (Poème moral, éd. A. Bayot, 2030). Dér. de poire* ; suff. -ier*.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.




Toponymes et anthroponymes :


Le périer désigne un lieu planté de poiriers d'où les noms de famille les plus connus Périer et Perrier (même si pour ce dernier le lien avec la pierre est également possible).


Noms de lieux : Périer, quartier de Marseille (13208) ; Périer, Cénac-et-Sant-Julien (24250) ; Périer bord, Saint-Junien (87) ; Le Perier, Saint-André-de-Chalençon (43) ; (Le Périer (38302) ; Le Périer, Allas-Champagne (17500) ; Le Périer, Beaumontois-en-Périgord (24) ; Le Périer, Burzet (07) ; Le Périer, Cannes (06) ;Les Périers, La chapelle-Viel (61) ; Les Périers, Montmartin-sur-Mer (50) ; Les Périers, Saint-Priest-la-Plaine, (23) Les Périers, Tonnay-Charente (17) ; Les Périers, Venterol (04232) ; Périers (50394) ; Périers-en-Auge (14494) ; Périers-sur-le Dan (14495) ; Perrier (63) ; Perriers-en-Beauficel (50) ; Perriers-la-Campagne (27) ; Perriers-sur-Andelle (27) ; Le Perrier (85) ; Le Perrier, Aromas (39) ; Le Perrier, Bais (35) ; Le Perrier bas, Mansac (19) ; Le perrier, Beauregard-et-Bassac (24) ; Les Perriers, Ambert (63) ; Les Perriers, Bagnoles-de-l'Orne (61) ; Les Perriers, Boëge (74) ; Les Perriers, Bréau-et-Salagosse (30) ; Les Perriers, Chasselas (71).


Noms de famille : Payrier ; Peirier ; Peyrier ; Périée ; Perié ; Perier ; Périer ; Périers ; Perrié ; Perrier ; Perrière ; Pesrier ; Poierier ; Poirié ; Poirier ; Poiriez ; Poirrier ; Poyrier ; Porie ; Priée ; Prier ; Priez ; Priller ; Priyés.

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Expression populaire : Dans La Puce à l'oreille (Editions Balland, 2001) Claude Duneton revient sur l'expression "Entre la poire et le fromage" :


La poire a probablement été le fruit préféré de nos aïeux. A cause de son goût, bien sûr, de sa pulpe juteuse, qui a donné « la poire pour la soif ». Peut-être aussi parce que la saison en est longue et les variétés nombreuses, contrairement aux autres fruits de l'époque, succulents aussi, mais tellement éphémères ! Les poires les plus précoces étaient mûres en juillet, les plus tardives au début de l'hiver. Elles semblent avoir été le symbole de l'exquise douceur ; ne pas « promettre poires molles » voulait dire ne pas promettre un avenir tout rose, et lorsqu'il est question de partager une bonne chose avec quelqu'un, naturellement on coupe la poire en deux.

On mangeait les poires à la fin du repas, tout de suite avant le fromage autre délice, qui le terminait. Cela ne paraît une bizarrerie qu'à première vue ; c'était au contraire ne habitude assez logique dans des menus où les légumes brillaient pas leur absence, et où il semble, contrairement à une image répandue, que l'on buvait surtout après le repas, et non pendant. Au fond il était peut-être mal commode de manier la coupe ou le hanap avec les mains pleines de sauce ! C'est dans doute le sens de ce vieux proverbe : « La table ôtée doit-on laver et boire. »

Bref, les derniers rôtis de volaille ou de gibier avalés, la poire arrivait pour rincer agréablement la bouche, rafraîchir le palais et changer le goût des victuailles. En somme elle jouait le rôle de la salade dans notre gastronomie. Voici un menu typique de 1228, extrait du Guillaume de Dole de Jean Renart :


Si* s'en vont en la sale arriere ainsi

on li soupers ert attornez* était préparé

mout biaus de viandes assez :

faons de let, porciax farsiz

dont li ostex ert bien garniz,

et bons convins*, poulez lardez, lapins

(de ce estoit granz la plentez*) l'abondance

et poires et fromages viez.* vieux


Les poires et le fromage (abondant au Moyen Âge : on le faisait sécher au soleil pour le vieillir et le conserver) constituaient donc le dessert traditionnel de cas agapes et le régale des gourmets. Autre proverbe ancien :


Oncques (jamais) Dieu ne fist tel mariage

Comme de poires et de fromage.


De ces usages il nous est resté l'expression familière "entre la poire te le formage" : au moment où la panse pleine et le coeur réjoui on a le temps et l'envie de causer, voire de se laisser aller à la confidence. Au début du XVIIe siècle un personnage de Sorel à qui on a demandé d'expliquer un rêve répond : « ... Nous en parlerons à souppé entre la poire et le fromage. »

Je n'aurai garde d'oublier ce second degré métaphorique que constitue, dans un domaine qui n'est pas celui de la salle à manger mais de la chambre des tortures, la fameuse poire d'angoisse - instrument que l'on introduisait dans la bouche d'une victime pour la bâillonner. Elle « s'ouvrait au moyen d'un ressort, se développait en forme de poire et étouffait complètement les cris » (Larousse). Une façon bien cruelle d'empêcher les malheureux de « se mettre à table » !

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Botanique :


Lire la fiche Tela Botanica.

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Anecdotes historiques :


Dans La Tortue d'Eschyle et autres morts stupides de l'histoire (1ère édition 2012 ; Édition revue et augmentée Taillandier, 2019), David Alliot, Philippe Charlier, Olivier Chaumelle, Frédéric Chef, Bruno Foligni et Bruno Léandri nous racontent la mort de Julien Offray de La Mettrie (1709-1751). Mais ce sont surtout ses dernières volontés qui nous intéressent ici :


"La Mettrie avait souhaité être enterré dans le jardin de l'ambassade, façon pour lui de retrouver la France, et qu'on plante sur sa fosse un poirier, qu'il comptait nourrir de sa matière organique... Ce testament impie ne sera pas respecté : on inhume La Mettrie dans l'enceinte d'une église catholique "où il est tout étonné d'être", ironise Voltaire dans une lettre du 14 novembre."


Si l'on en croit également l'intuition de Zola (à la fin de cette page), le poirier semble dans l’imaginaire particulièrement associé à cette vertu nourricière de Gaïa.

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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée 1982),


"La fleur du poirier est parfois utilisée en Chine comme symbole de deuil, parce qu'elle est blanche, et surtout comme symbole du caractère éphémère de l'existence, car elle dure peu, et est d'une extrême fragilité.

Dans les rêves, la poire est un symbole typiquement érotique, plein de sensualité. Ceci est probablement dû à sa saveur douce, à son abondance de suc, mais aussi à sa forme qui évoque quelque chose de féminin."

Dans Les Forces spirituelles des arbres, Petra Sonnenberg livre son témoignage vivant sur sa communication personnelle avec les arbres en prenant bien soin de préciser qu'il ne faut pas prendre ses résultats comme argent comptant mais en nous incitant à poursuivre son travail par nos propres rencontres avec les arbres...


"Devise [du poirier, pyrus communis] : conjuration, trahison et égoïsme sont des ennemis malhonnêtes...


Visualisation, rayonnement et caractère : charme, nature morte, renouveau, fiabilité sont quelques un des aspects évoqués par le poirier. Il semble en effet un arbre relativement peu compliqué et très ouvert aux contacts. En principe, il en est effectivement ainsi, à moins que l'arbre souffre d'un passé difficile qui ne le quitte plus. Autrefois, les sorcières obligeaient le poirier à leur donner ses fruits et elles n'avaient pas de bonnes intentions à son égard.

Comme la pomme, la poire, fruit très sensuel, était un symbole de tentation. Les sorcières offraient par exemple une poire à l'un des deux partenaires d'un jeune couple, dans l'espoir de semer la discorde entre eux. Par ailleurs, la poire a la réputation d'accroître le plaisir. Donc, soyez sur vos gardes si quelqu'un vous propose une poire après le repas ou à l'improviste. On ne sait jamais comment interpréter ce geste ! Il est évidemment toujours désagréable quand on vous attribue des traits de caractère que vous n'avez pas du tout, ou seulement d'une manière très atténuée. Le poirier en souffre tellement que ça se voit à sa seule apparence, à sa taille, à son comportement. Sa stature est en effet très bizarre : de grands soucis ou de gros chagrins ont divisé son tronc. Au printemps, il est l'un des premiers à fleurir mais déjà très vite, il perd ses fleurs pourtant très belles, qui tombent comme de grosses larmes dont il recouvre le sol à ses pieds d'un manteau d'amour.

Il pousse presque toujours isolément, peu d'autres p'abattent sur lui et lui volent en peu de temps tous ses fruits.

Le poirier est peut-être, comme le pommier, un symbole d'amour et de tentation, mais au fond il est excessivement solitaire, et devrait recevoir beaucoup d'amour. Il nous rend sentimental et conscient de nos blessures. Il ne faudrait pas rechercher sa compagnie quand on est triste, sinon on entre dans un cercle vicieux d'apitoiement sur son propre sort, dont on ne sort qu'à grand-peine. "Parlez" avec le poirier de choses réjouissantes, égayez-le. Vous verrez qu'il apprécie grandement le soin et la tendresse que vous lui témoignez ainsi et il vous récompensera d'un bon conseil, un conseil dont il n'a malheureusement pas eu lui-même la chance de bénéficier.

Pendant des siècles, il a eu le temps d'apprendre à s'affirmer dans un monde où l'on n'a cessé d'abuser de ses qualités de modestie et d'humilité.

[...]

Attributs et mots clefs :

Pierre précieuse : améthyste, pierre de lune, turquoise aigue-marine

Chakra : 2ème, 5ème

Signe du zodiaque : Gémeaux, Balance, Scorpion

Planète : Mercure, Vénus

Élément : air, eau

Tempérament : mélancolique

Couleur : orange, bleu clair

Parfum : ylang-ylang, bois de santal, eucalyptus

Rune : naudiz, uruz

Saison : printemps


Forces et caractéristiques :

Effets thérapeutiques : anti-inflammatoire, contractant, apaisant

Indications pour le corps : aide contre la toux et la diarrhée

Caractéristiques spirituelles et associations d'idées : amour, sorcellerie, beauté, printemps.


Origine et sites : Originaire d'Asie. Cultivé à partir de plusieurs variétés sauvages, il peut lui aussi redevenir sauvage. Le poirier est cultivé pour ses fruits. Les variétés sauvages se dressent parfois en lisière de forêt, au bord d'un champ, etc. sur les lieux où étaient bâtie autrefois une ferme. Aime les sols riches et calcaires, pas trop humides. Préfère vivre en solitaire.


A noter : le poirier sauvage héberge parfois le gui."

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007 ; traduction française : Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :


Message des arbres :

Nous venons du cœur de Dieu. Nous n'avons rien

à apprendre et beaucoup à offrir. Nous avons été ensemencés

sur la Terre pour le bien du règne humain et animal, incluant

les oiseaux et les insectes, et pour nourrir la planète elle-même,

physiquement, émotionnellement et spirituellement. Nous

diffusons l'amour et la guérison pour vous.


Les arbres fruitiers

Cerisiers, pommiers, poiriers, pruniers et autres

Ces jolis arbres qui fleurissent apportent amour joie et pureté. Qui n'est pas tombé en admiration devant une allée bordée de cerisiers à fleurs roses ou un verger de pommiers en fleur ? Notre cœur en est exalté. Ils apportent aussi l'abondance et déclenchent la gratitude en nous. Et, à notre tour, notre gratitude attire plus d'abondance de l'univers.


VISUALISATION POUR AIDER LES ARBRES

  1. Aménagez un espace où vous pourrez vous détendre sans être dérangé.

  2. Faites appel à l'archange Purlimiek, l'ange de la nature, et sentez sa belle énergie vert-bleu.

  3. Permettez à n'importe quel arbre d'apparaître dans votre esprit.

  4. Bénissez-le et remerciez-le d'être venu vers vous.

  5. Demandez au rayon doré du Christ de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  6. Demandez au feu lilas de la Source de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  7. Demandez à l'énergie protectrice bleu foncé de l'archange Michaël de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  8. Demandez à la lumière aigue-marine de la sagesse féminine divine de l'ange Marie de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  9. Demandez à la lumière argentée de l'archange Sandalphon de l'équilibre et de l'harmonie de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  10. Prenez un moment pour invoquer toutes les énergies qui vous attirent et voyez-les se déverser dans l'arbre.

  11. Imaginez les couleurs qui s'écoulent d'une racine à l'autre en connectant le réseau d'arbres et en dynamisant les lignes ley.

  12. Ouvrez les yeux ensachant que vous avez aidé les arbres.

*

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Pour Doris et Sven Richter, dans Le Message des arbres,


"Au pied de chaque poirier quelque chose qui doit se transformer est caché dans la terre. Afin que cette transformation puisse avoir lieu, il faut un certain rayonnement lumineux. Cette lumière est celle, revitalisante, du soleil du matin. Car cette énergie donne aux parties de la terre qui vont se transformer cette information qui s'appelle l'espoir. La transformation s'effectue, et lorsqu'elle s'intensifie, elle crée un son.

C'est le son le plus clair qui s'unit aux sons les plus petits des cloches qui battent librement. Car le son naît avec tant de clarté intrinsèque qu'il surmonte les obstacles qui peuvent se présenter sur le chemin de la matière vers la lumière. Le son le plus élevé porte en lui la connaissance la plus élevée. Par conséquent, il parvient jusqu'à l'extrémité de la branche du poirier. Mais le son le plus clair de tous, qui naît de la transformation et de l'acceptation, ne termine pas son chemin au bout de la branche du poirier. Il sort vers la liberté, salue l'élément air après avoir quitté l'élément terre. Le son raconte à l'air le sens de la transformation. L'élément air le remercie pour cette prise de conscience acquise grâce au son élevé qui a traversé le poirier.

Car le son élevé est conscient du fait qu'il n'a pu naître par la transformation que grâce au sacrifice que l'élément air a offert à la terre. C'est pourquoi l'air reconnaît ce qu'il a réalisé par son sacrifice consistant en se perdre dans la terre. L'air, après avoir enfanté le son au travers de sa transformation, parvient à la prise de conscience. Mais la terre reconnaîtra elle aussi que la transformation, le "oui" pour un recommencement, enfante des fruits qui, un jour, offriront une nouvelle nourriture au sol.

Les poires fertilisent la terre-mère et, lorsqu'elles tombent, elles continuent de porter en elles le chant du son élevé.

Lorsque le vent du printemps a reçu le son élevé depuis un certain tempos, la terre enfante à nouveau la transformation qui porte la vibration élevée en elle. Cette dernière ne resurgit que lorsque les chauds rayons du soleil matinal annoncent le printemps à venir.

L'air transforme la terre, mais sans le feu qui porte en lui le son le plus élevé de la transformation, la prise de conscience qui semble se sacrifier pour la transformation sans restriction, parce qu'il est la transformation, ce son ou cette vibration est la vibration du poirier. Nous acceptons la transformation. Nous transmettons le savoir que la transformation porte en elle avec tout ce qui est nouveau, mais ensuite nous semblons l'oublier à nouveau. Mais nous ne l'avons oublié qu'en apparence, car nous ne l'avons pas oublié dans le Soi. Au début, nous acceptons la transformation parce que la lumière nous a donné de l'espoir Tandis que nous laissons la transformation se produire, nous transmettons généreusement l'information que l’acceptation de la transformation est la vérité. Nous transmettons cela avec joie et le présentons comme la grande évidence du monde. Nous le transmettons, nous nous soulageons, et la connaissance qui s'en est allée reste pourtant cachée en nous. La connaissance vibre dans sa tonalité la plus élevée, mais comme nous ne pouvons la percevoir avec nos oreilles terrestres, et que nous refusons de l'écouter avec notre oreille intérieure, le son semble perdu - alors qu'il est simplement oublié. Il commence à se former en nous de manière hésitante, à développer ses fruits et plus tard à fertiliser notre sol. Ce sol, qui est fertile, acceptera à son tour la transformation par la lumière.

C'est ainsi que la boucle est bouclée : abandonner, transformer, donner forme, féconder, porter des fruits et, en les relâchant, accepter à nouveau la transformation.

L'essence du poirier donne à notre corps terrestre le sol dont il a besoin pour permettre à une nouvelle vie de surgir, et il nous donne la force dont toutes les parties de notre corps ont besoin pour se reconstruire après la disparition. L'esprit du poirier nous aide à transmettre les prises de conscience que nous portons en nous et il nous apprend que la peur de perdre la connaissance que nous venons d'acquérir disparaît.

Trop d'eau sous les racines du poirier éteint ce feu appelé transformation. L'eau est nécessaire pour contenir le feu, mais l'excès d'eau noie le son si limpide qui résonne en lui. Il en va de même pour les émotions de l'homme : lorsqu'elles sont trop nombreuses, elles peuvent noyer les sons de la prise de conscience alors qu'ils étaient sur le point de s'élever. Lorsque l'eau sous les racines du poirier s'évacue, le feu de la transformation retrouve sa puissance.

Si nous vivons avec les émotions sans les laisser nous gouverner, l'esprit en nous, qui est assoiffé de connaissance, est satisfait.

Le fruit du poirier, lui aussi, tente d'envoyer l'eau vers le bas. Cette eau contenue dans le fruit se laisse finalement retomber vers la terre-mère afin de lui offrir ce cadeau, et les fruits mûrs accrochés aux branches sont le cadeau destinés à l'homme.

Mais allons-nous vraiment entendre le chant des cloches les plus claires qui est celui de la transformation ? Cela dépend réellement de la conscience que nous avons accumulée durant les nombreux moments nés ou ressuscités par l’acceptation de la transformation.

Le poirier est un arbre qui souhaite nous apporter la connaissance. Notre propre prise de conscience semble sommeiller en nous, mais elle finit par s'éveiller et ouvre ses bras à la nouvelle connaissance afin de l'intégrer en elle. L'essence du poirier aide l'esprit de l'air en nous et ce faisant, il aide également l’esprit de la terre.

La poire soutient notre construction cellulaire et notre intestin, en particulier le gros intestin, la respiration cellulaire et le poumon.


La pomme demande à la poire : "Qui dans le monde connaît la véritable différence qu'il y a entre nous ?"

Et la poire de répondre : "Seule l'eau la connaît réellement.

- Non, rétorque la pomme. Et pourtant, j'ai du mal à dire "non". Seul l'homme réellement sincère connaît la différence qu'il y a entre nous. Car cet homme porte en lui l'eau la plus claire, qui connaît toutes les émotions et pourtant ne laisse tourner en lui que celles qui sont pures, transformées et reflétant la lumière. - Oui, confirme la poire à la pomme, c'est bien la véritable différence entre nous. Et cet homme qui porte en lui l'eau pl plus pure peut réellement oublier l'acceptation de la transformation.? Il a non seulement le droit de l'oublier, il peut également l'offrir à la terre et c'est ce qu'il fera."

Et la pomme répond à la poire :" Lorsque la sœur nommée "oui" deviendra, par tant d'acceptations, féminin au point de pouvoir retomber sur la terre après avoir enfanté l'essence du "oui" sur la terre, alors son frère, le "non" retombera également sur la terre."

La poire dit alors à la pomme : "Tu es mon modèle.

- Et toi, tu es mon espoir, répond la pomme. L'espoir que toutes les eaux seront pure, que toutes les émotions seront purifiées et brilleront dans la lumière, que l'ignorance sera transformée dans une prise de conscience de soi complète, baignée de lumière."

Résumé :

A l'ombre :

  • manque de dévouement

  • résistance entraînant la douleur, parce que cette dernière n'a pu être transformée en prise de conscience

  • sentiment d'infériorité, en particulier sur le plan intellectuel.

A la lumière :

  • nous donne la force d'abandonner

  • nouveau commencement après avoir surmonté d'anciennes blessures

  • favorise le développement de l'énergie féminine de l'intuition.

Mot clef : dévouement


Devise : Si tu es mon modèle, je suis ton espérance.

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Sylvie Verbois, auteure de Les arbres guérisseurs : Leurs symboles, leurs propriétés et leurs bienfaits (Éditions Eyrolles, 2018) transcrit le message que lui inspirent les arbres :

Mot-clé : (Se) tranquilliser.

Élément : Terre ; Feu.

Émotion : Peur ; Colère.


Je viens arrondir l'angulosité de votre caractère et adoucir votre être, car je sais parfaitement tempérer vos irritations verbales et vos mouvements d'humeur. J'émousse la brûlure de votre coeur, et la chair juteuse de mon fruit saura étancher votre soif d'être et soulager ces désirs qui dévorent l'intérieur de votre corps. Je touche votre âme et vos reins, vous obligeant à plus de sincérité et transparence avec vous-même. Regardez en face vos peurs [suite absente d'inernet].

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Symbolisme celte :

Le poirier n'appartenant pas aux essences recensées dans l'Ogham celtique, son symbolisme dans la culture celte est moins connue que celui d'autres essences. Néanmoins, dans son analyse rapide du Combat des arbres, Myriam Philibert nous rappelle que :

"Souriant à côté du rocher,

Demeurait le poirier de nature peu ardente."


Et l'on termine par un dernier arbre fruitier, le poirier, s'interrogeant sur sa nature peu ardente, qui conviendrait plutôt au châtaignier. Fol, le barde se permet bien des libertés. Les Romains cultivaient trente-six espèces différentes de poiriers. Qu'en était-il chez les Celtes ? L'arbre pousse à l'état sauvage en Europe et donne des fruits acides, pour rafraîchir les troupes." Le poirier ferait donc partie des "neuf (ou treize) graines de l'homme-fruit" qui fait pendant à la "femme-fleur" Blodeuwedd."

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Robert Graves, quant à lui, dans Les Mythes celtes, la Déesse blanche (1948), évacue d'un revers de main cet arbre au motif que :


"Le bois de poirier est si ardent qu'on l'utilise souvent dans les Balkans à la place du cornouiller pour allumer le feu rituel". Il en déduit que les noms des arbres fruitiers ont été substitués dans le Combat des arbres "aux noms des neuf essences forestières qui prirent part à l'engagement." Et il en déduit un peu plus loin que "nous pouvons être certains que c'est [..] le sureau (mauvais combustible notoire, fameux remède paysan contre les fièvres,, les brûlures par l'eau ou la braise) qui n'est pas ardent".

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Oracle :

Dans La Magie des arbres, Gillian Kemp classe le poirier dans "les arbres du ciel" et précise que :


"Les jolis bouquets de fleurs blanches que montre le poirier en mai pourraient fort bien représenter la réalisation de vos désirs, notamment dans la sphère privée. Le poirier, de par la forme de son fruit, est en relation avec le monde féminin : consolidation des liens affectifs et amoureux, associations fructueuses, vous allez être comblé sur le plan relationnel. Vous pouvez envisager l'avenir avec sérénité et faire des projets à long terme. Vous devriez recevoir bientôt un gage d'amour ou de fidélité. De tous les fruitiers, le poirier est celui qui vit le plus longtemps, deux cents à deux cent cinquante ans : attendez-vous à beaucoup de bonheur !"






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Magie et superstitions :


Selon le site http://cooktoo.me/ty-crois-toi/ :

  • "Un mariage dans l’année si tu épluches ta poire en un seul ruban de peau. Et le nombre de tours que tu as fait pour l’éplucher est une prédiction du nombre d’enfants que tu auras.

  • Si le soir de Noël une jeune fille se dirige à reculons vers un poirier en fait neuf fois le tour, elle verra son futur époux.

  • On dit que le poirier attire la foudre.

  • …et qu’une poire dans la chambre d’une femme enceinte protège sa grossesse dans les premiers mois."

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D'après Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013),


"La poire a été très longtemps considéré comme l'antidote idéal pour les champignons, pour leur cuisson mais aussi en cas d'empoisonnement. Il fallait donc les cuire avec des poires, si possible sauvages et amères, et finir le repas avec les mêmes fruits, accompagné de bon vin en quantité "car il a en telle matière vertu tyriacalle", c'est-à-dire de contrepoison.

"Puisque ainsi est que les hommes ne s'en peuvent abstenir, au moins qu'ils apprennent pour se garder d'en mourir, de n'en manger point s'ils ne sont cuits avec des poires sauvages." (Matthiole, 1505)."

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Mythologie :


Selon Jacques Brosse, auteur de Mythologie des arbres (1989),

Lors de l'épisode du jugement de Pâris, "c'est qu'apparemment la propriété du pommier passa d'Héra à Aphrodite. A l'épouse de Zeus, ne serait resté que le poirier qui lui était aussi consacré ; il existait une Héra Apia, d'apios, "le poirier", et les statues du culte de la déesse étaient taillées dans son son bois, particulièrement celle de l'Héraion de Mycènes, l'un de ses plus anciens sanctuaires. Peut-être partageait-elle cette propriété avec Athéna, car à Thèbes, en Béotie, il existait un temple à Athéna Onga, d'après le nom phénicien du poirier. De sorte que le conflit qui opposa les Achéens aux Troyens est à rapprocher des "combats des arbres" des légendes celtiques, ici poirier (Héra et Athéna, donc leur parti, les Achéens) contre le pommier (Aphrodite et les Troyens)."

D'après Roland Desrosiers (1978) auteur d'un article intitulé "Notes sur l'usage de quelques plantes chez les Indiens Squamish (Colombie-Britannique)" (in Anthropologie et Sociétés, 1978, vol. 2, n°3, pp. 139-156) :


[...]Nous rattacherons le poirier aux algues et le framboisier aux fougères.

Poirier (pyrus fusca, Raf.)

  • [usage] droit [(qui ouvre la femme)] : le fruit (?) est un aliment populaire auprès des hommes et des ours noirs ; une infusion d'écorce combat la rétention d'urine ; son bois dur sert depuis peu de manche de hache et de masse.

  • [usage] dérivé [(qui referme la femme)] : une infusion d'écorce est utilisée contre les maladies vénériennes ; l'écorce, infusée avec d'autres plantes, fournit un bain d'œil.

  • [usage] mythique : Corbeau demande à la fille de Phoque de grimper à un poirier pour y cueillir des fruits. Elle y monte, Corbeau la fait tomber et la mange (M7).

[...] Terminons en indiquant la parenté fonctionnelle du poirier à la naissance : comme le scirpe, il guérirait de maladies vénériennes et, comme les lichens, il s'intéresse à la rétention d'urine.

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Contes et légendes :

Les poires du pays de Tegor (conte breton)

Il était une fois un roi qui adorait les poires… Il promit de marier sa fille à celui qui lui rapporterait les plus belles poires… Dame Bertrande possédait le plus beau verger du royaume et aussi les plus belles poires. Elle pensa que c’était là l’occasion d’assurer l’avenir de l’un de ses trois fils.

Elle envoya donc l’aîné, Morvan, qui était un gros fainéant avec un plein panier de poires. Se disant que c’était vraiment facile et qu’il allait devenir riche, le voilà parti sur les chemins. Il rencontra une vieille femme :

– Des bons œufs frais pour le roi, lui répondit-il pour se moquer.

– Qu’as-tu là dans ton panier ? lui demanda-t-elle.

Mais arrivé à la Cour du roi, ses belles poires s’étaient transformées en poussins voletant et piaillant. Le Roi en fut énervé… et le menaça du cachot s’il reparaissait devant lui.

Le lendemain, fâchée de l’imbécillité de son fils aîné, Dame Bertrande envoya son cadet, un peu plus malin remplir la mission à son tour. Et, c’est chargé d’un nouveau panier de poires que Brieg prit à son tour le chemin du château… En route, il croisa une mendiante : – Qu’as-tu là dans ton panier ? lui demanda-t-elle. – Des crapauds ! Un plein panier de crapauds, la vieille !

Mais lorsqu’il voulut montrer ses belles poires au Roi, voilà que de son panier sortit une ribambelle de crapauds coassant. Le Roi était furieux qu’on se moque de lui et il s’en fallut de peu que le garçon ne soit pendu haut et court ! Dame Bertrande se désola… – Qui va épouser la Princesse maintenant ?

Erwan, le plus jeune de ses fils s’approcha. Il n’était pas très grand ni très costaud mais il était le moins sot. – Puisque tu es là, il nous reste encore une chance. Demain, tu iras porter les poires au château. Le lendemain matin, Erwan cueillit les plus belles poires du verger, les mit dans son panier et prit le chemin du château. En route, il croisa lui aussi une vieille mendiante : – Qu’as-tu là dans ton panier ? lui demanda-t-elle – Des poires, ma bonne Dame, dit-il en soulevant le torchon qui couvrait son panier. En voulez-vous une ? lui proposa t-il en lui tendant la plus belle. – Merci mon garçon, sourit la vieille femme.

Et aussitôt, elle se transforma en une splendide jeune fille qui, de sa baguette dorée, éclaboussa de lumière les fruits qui grossirent, grossirent, grossirent… Lorsque le Roi découvrit ces fruits magnifiques, il fut émerveillé. Erwan épousa la Princesse et n’oublia pas d’inviter au mariage la jolie fée qui l’avait si bien aidé. Erwan et la Princesse vécurent heureux et eurent beaucoup de ….. poires !

(d’après les Contes de la bonne graine de Lionel Hignard)

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Lire aussi : Le Poirier de misère

"Modèle et espoir", conte de Doris et Sven Richter in Le Message des arbres :


Au commencement des temps, au paradis, le pommier s'adressa au grand esprit : "Si tu offres Ève à Adam, alors offre-moi un miroir. Mais que ce miroir soit différent de moi, comme Ève est différente d'Adam." Tandis qu'Adam et Ève quittaient le paradis, une semence d'or fut envoyée à côté du pommier, afin d'être son miroir. Ce dernier était également destiné à remplacer le serpent qui venait de partir avec Adam et Ève. L'arbre grandit et prit une forme et une allure semblables à son image, le pommier. Ils semblaient identiques en tout point tandis qu'ils se transformaient et pourtant restaient Un. Mais lorsque vint le temps des fruits, tous deux s'aperçurent s'une petite différence dans la formation des fruits. A ce moment-là, il advint que le pommier ne se sentît plus Un avec le poirier. Plus ses fruits prenaient forme, plus les deux arbres s'apercevaient de leurs différences, et il en fut de même pour Adam et Ève. La séparation ne cessa d'augmenter en raison de cette différence, mais ils ne purent se séparer. Le serpent les suivait pas à pas et leur rappelait, même de très loin, leur origine. Ainsi ils se développèrent unis, même s'ils étaient séparés extérieurement. Il en fut de même pour les arbres. Ils étaient unis dans leur origine et pourtant séparés dans la forme et la structure des fruits qu'ils portaient.

Le chemin sur lequel avançaient Adam et Ève était long, et le serpent les suivait, quelquefois en colère, quelquefois rempli d'amour, quelquefois injuste, quelquefois bienveillant. Ses couleurs changeaient, tout comme les fruits d'Adam et d’Ève changeaient a cours du temps.

Les fruits réapparurent sur les arbres du monde après avoir disparu, et leur origine était la même que celle d'Adam et d’Ève qui avaient entrepris le chemin de leur apprentissage en compagnie de leur fidèle ami, le serpent.

Au fil du temps, le pommier pardonna au poirier de produire des fruits moins parfaits, car il pensait que seule la rondeur pourrait corresponde à la loi de l'harmonie.

Lorsque cela se produisit, le poirier commença à développer la grandeur et cessa de s'ne prendre à son destin en raison duquel il portait l'imperfection en lui. Il décida d'accepter son modèle. Ce modèle se dressait devant lui depuis le commencement des temps. Mais tout comme le serpent ne reconnut sa tâche auprès de l'homme qu'après un long chemin, le poirier ne reconnut la sienne qu'à ce moment-là. Le pommier était devenu le modèle du poirier et à partir de cet instant, le fruit commença à se modifier lentement sur le plan matériel.

Lorsque Adam et Ève, réunis avec leur serpent intérieur - qui n'est pas seulement séduction mais aussi une force spirituelle - retournèrent aux portes du Paradis, ils ne purent distinguer le poirier du pommier.

Mais ils avaient longtemps porté leur différence, cette différence qu'il y a entre Adam et Ève, sur leurs épaules, telle une croix. Ils prirent la pomme de l'arbre de la connaissance afin de se rafraîchir grâce à elle et comprirent que le serpent était la force spirituelle qui les avait guidés tout au long du chemin.

Oui et non, résistance et séparation, Adam et Ève avec le serpent : tout cela se transforma. Il n'y avait plus que l'arbre de la connaissance, le véritable symbole de la vie en elle-même.

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Dans Les Légendes de France contées par les Arbres (2001), Robert Bourdu, intitule un de ses chapitres : "Le Poirier fraternel" :


"Les voix qui nous viennent des arbres ne prononcent pas toujours des paroles humaines. Le langage est parfois codé et les idiomes entendus sont compris sans qu'on en connaisse bien le vocabulaire ou la syntaxe. L'arbre est habité parfois d'aimables occupants qui échangent entre eux et avec les hommes des messages qui sont pour une oreille attentive et charitable facilement compréhensibles.

Un très vieux poirier occupe la place centrale d'un village près de Dôle dans le Jura. Le poirier est de tous les arbres fruitiers tempérés l'espèce qui a la plus grande longévité. Il peut vivre bien plus de deux cents ans. Celui-ci est dans ce cas. Il a résisté aux vents violents qui balaient la contrée, protégé sans doute par un moulin tout près duquel il coule une vie paisible. Mais les branches deviennent trop envahissante et menacent la toiture du moulin. Les racines minent les fondations. On décide de l'abattre.

Le propriétaire, armé d'une hache, allait se mettre au travail, quand il aperçut dans la frondaison un petit écureuil. Celui-ci le fixait, penchant gentiment la tête comme pour attirer l'attention et la compréhension de l'homme qui allait mettre à bas son ami de toujours. les regards se croisèrent. L'homme ne bougea pas, des secondes passèrent. L'homme était vaincu. Il reprit ses outils et abandonna son projet. L'arbre et l'écureuil vécurent en paix.

Des années se succédèrent. Le brave homme quitta son moulin. Celui-ci fut vendu. Le nouveau propriétaire décida de se débarrasser au plus vite de ce poirier, laid et encombrant. Il sortit sa tronçonneuse - la légende se modernise - vérifia le niveau du réservoir à carburant et d'un geste vif fit démarrer le bruyant moteur. A ce moment, contrairement à toutes les lois du comportement animal, un oiseau vint se poser sur la plus grosse branche ! L'oiseau était magnifique, noir sur le dos avec de larges taches blanches et, sur la tête, comme une calotte rouge. C'était un pic-épeiche mâle. Son tchik-tchik sonore fit taire la tronçonneuse. L'homme était admiratif, béa, il voulait jouir en silence du spectacle... Et comme l'oiseau ne quittait pas l'arbre, l'homme n'osa pas faire repartir son engin. En silence, il regagna son moulin.

Le vieux poirier est toujours debout : un regard d'écureuil et la voix sonore d'un pic ont eu raison des raisonnements les mieux argumentés. L'arbre est devenu un véritable lieu de rassemblement des lus beaux oiseaux des environs. Un pic-vert semble s'être lié d'amitié avec le pic épeiche, des sitelles grises, la tête en bas, explorent en sautillant les gerçures profondes de l'écorce. Un couple de pies s'isole sur les plus hautes branches pour confectionner un nid spacieux et d'aimables tourterelles inlassablement modulent des roucoulements en roulant indéfiniment les "r"...

Le poirier est sans aucune doute un disciple de François d'Assise qu'on imagine parfois en prière au pied de l'arbre. Les voix et les arbres, les voix dans les arbres parlent une langue dont seuls les savants, les mystiques et les bergères comprennent le sens.

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Pierre Adam et Martial Debriffe, auteurs de Conte-moi les Alpes (Éditions de Borée, 2015) nous rapportent la légende de Jean de Tube :


" [...] On vit arriver au château un bon villageois. Il venait, disait-il, pour tirer d'embarras monseigneur. Comment avait-il eu vent de son aventure ? Mystère. Son nom lui-même était bizarre : il s'appelait Jean de Tube. Dans le pays, ce mot évoque la fumée du feu ou bien encore la brume, le brouillard, toutes choses ténébreuses, mystérieuses ou fantastiques. Peut-être entretenait-il quelque commerce secret avec l'enfer, car, mon Dieu, pourquoi donc intervenait-il dans cette affaire louche pour réclamer le privilège, entre tous peu enviable, de loger dans ses terres une armée de diablotins costumés en soldats trucs ? Dans son ennui et ses frayeurs, Mgr Gaucher de Forcalquier était prête à écouter toutes les suggestions, bonnes ou mauvaises et à les suivre. Or, Jean de Tube venait lui proposer d'envoyer les diables dans les casses de Faudon. Il y était propriétaire d'un beau verger. sans doute ne désirait-il pas les avoir à demeure chez lui, mais l'espace ne leur manquerait pas et les diablotins ne s'y trouveraient pas mal puisque Satan lui-même venait quelquefois les jours d'orage s'asseoir aux bords du lac de Faudon, sur un énorme rocher, dénommé pour cela la Chaise du Diable.

[...] Pour un beau verger, c'était un beau verger ! Dans le pays on l'appelait couramment le Pré de Tube. Encore un nom fameux ! Les arbres y poussaient avec tant de vigueur, les troncs étaient si puissants, si épais, si énormes qu'on y appelait les poiriers des poirières, pour mieux en montrer la grosseur, apanage des maternités.

Sur ces arbres mûrissaient des fruits aux noms savoureux : la royale qui est le mets des princes et des rois, la louis-bonne, juteuse, et le martin-sec ; la poire de livre, très précoce ; ou peut-être encore des variétés plus rustiques : la poire de pâte, toujours appréciée parce qu'elle est la première à être mûre, le brunachon, excellent à cuire dans la cendre, ou le michellon, tout rond et acide, fruits mi-sauvages et mi-civilisés ; l'aigre-doux et la poire de bon-chrétien ; et par dessus-tout, cette chose, la meilleure de toutes, celle à quoi l'on ne connaît au monde qu'un seul équivalent pour l'excellence, le velouté, la douceur de carnation, et que pour ce motif l'on a dénommée la cuisse-dame. Tout cela mûrit bien et fait bonne récolte, les casses de Faudon étant situées à l'Adroit. Ajoutez-y des eaux fraîches et bondissantes sous la mousse des ruisseaux, de l'ombre,de la verdure, et tout autour le désert tourmenté des roches et des pierres. Le Pré de Tube était l'oasis désirée, le refuge providentiel. Aussi les diablotins prirent-ils fantaisie de s'y arrêter pour y boire et pour y manger quelques fruits. Ç'allait être au tour de Jean de Tube à faire des expériences et de méditer sur la vérité des proverbes populaires. Le commun des mortels a beau se moquer du diable, les bons Alpins en la circonstance avaient beau le prendre pour leur tête de Turc, tout de même il demeurait fort... comme un Turc et Mgr de Gap qui, au fond, n'était qu'à demi rassuré, donna sans hésiter à son escorte la permission demandée.

Alors ce fut, comme l'on dit "de la belle ouvrage".

Représentez-vous les dégâts que peuvent causer, lorsqu'ils ont la bride sur le cou, dans un verger bien soigné où les poires juteuses achèvent de jaunir, plusieurs centaines de diablotins. Ils allèrent droit aux meilleurs fruits, dédaignant les michellons et les brunachons encore acides, passèrent sans regarder les aigres-doux, se régalèrent de poires de libres, de royales, de cuisses-dame et de louises-bonnes, puis se livrèrent des combats épiques avec les poires de bon-chrétien. Jean de Tube en un instant, avait vu disparaître, engloutir et gaspiller sa récolte d'un an. Sa peine était grande, mais le gros de la population ne le plaignait pas trop, car on ne l'aimait guère avec sa manie de toujours calculer en dessous, de combiner, de chicaner, de mêler les poux à la paille ; certains étaient même satisfaits de le trouver en difficulté. Hélas ! le pauvre homme n'avait encore rien vu. En un clin d’œil les diablotins consommèrent leur œuvre...

Ils arrachèrent les arbres, en telle sorte que la racine resta en haut et la terre fut toute bouleversée. Cette fois c'était la ruine pour Jean de Tube. Les démons libérés continuèrent pendant neuf années leur infernale sarabande dans les casses de Faudon. Il fallut un grand concours de prières publiques d'exorcismes e de processions pour en purger l'endroit. Mais depuis lors, ces lieux maudits n'ont rien produit. Le Pré de Tube n'a plus d'herbe et les arbres fruitiers ont été remplacées par des ronces, des églantiers et des buissons d'aubépines.

Chose curieuse, nous dit Juvénis qui, voici longtemps, a narré cette histoire : "Depuis ce temps-là on entendit remuer dans cet abîme desdites casses et les bouleverser tellement que la terre s'abîme et la source qui en sort devenir noire." On s'explique la terreur des gens de La Bâtie-Neuve, témoins oculaires de ces prodiges : les uns avaient pris la fuite en poussant des cris épouvantables, d'autres sur place moururent d'effroi et d'horreur."

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Littérature :


Les poiriers monstrueux de Zola dans La Fortune des Rougon ne laissent personne indifférent :


"Une des curiosités de ce champ était alors des poiriers aux bras tordus, aux nœuds monstrueux, dont pas une ménagère de Plassans n’aurait voulu cueillir les fruits énormes. Dans la ville, on parlait de ces fruits avec des grimaces de dégoût ; mais les gamins du faubourg n’avaient pas de ces délicatesses, et ils escaladaient la muraille, par bandes, le soir, au crépuscule, pour aller voler les poires, avant même qu’elles fussent mûres.

La vie ardente des herbes et des arbres eut bientôt dévoré toute la mort de l’ancien cimetière Saint-Mittre ; la pourriture humaine fut mangée avidement par les fleurs et les fruits, et il arriva qu’on ne sentit plus, en passant le long de ce cloaque, que les senteurs pénétrantes des giroflées sauvages. Ce fut l’affaire de quelques étés.

Vers ce temps, la ville songea à tirer parti de ce bien communal, qui dormait inutile. On abattit les murs longeant la route et l’impasse, on arracha les herbes et les poiriers. Puis on déménagea le cimetière. Le sol fut fouillé à plusieurs mètres, et l’on amoncela, dans un coin, les ossements que la terre voulut bien rendre. Pendant près d’un mois, les gamins, qui pleuraient les poiriers, jouèrent aux boules avec des crânes ; de mauvais plaisants pendirent, une nuit, des fémurs et des tibias à tous les cordons de sonnette de la ville. Ce scandale, dont Plassans garde encore le souvenir, ne cessa que le jour où l’on se décida à aller jeter le tas d’os au fond d’un trou creusé dans le nouveau cimetière."

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