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  • Anne

Argenté



Étymologie :

  • ARGENTER, verbe trans.

  • ARGENTÉ, ÉE, part. passé et adj.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1223 « couvrir d'une couche d'argent » (G. de Coincy, Mir. Vierge, ms. Soiss., f°25 bds Gdf. Compl. : Voir vous dirai des prelaz d'ore, Qui les mains leur argente et dore) ; d'où av. 1544 part. passé adj. fig. « qui rappelle l'éclat ou la blancheur de l'argent » (Marot, t. IV, p. 84 ds Littré : [Le corbeau] Estoit jadis si blanc et argenté Qu'egal estoit aux colombelles coyes). Dér. de argent* étymol. 1; dés. -er.

  • ARGENT, subst. masc.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1. 881-82 « métal blanc, brillant, dont on se sert pour fabriquer des monnaies, de la vaisselle, des bijoux, etc. » (Eulalie, éd. A. Henry, Chrestomathie de l'a. fr., 7 : Ne por or ned argent ne paramenz) ; d'où 1678-79 fig. « couleur d'argent » (La Fontaine, Fables, XI, 6 ds Littré : Le temps, qui toujours marche, avait pendant deux nuits Échancré selon l'ordinaire De l'astre au front d'argent la face circulaire) ; p. anal. 1271 vif argent « mercure » (E. Boileau, Métiers, éd. G.-B. Depping, 183 ds T.-L. : de quoi qu'il [li dé] soient ploumez, soit de vif argent ou de plons), ,,vieilli`` à partir de DG.


Lire également les définitions de argenté et argent pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"Les scènes oniriques dans lesquelles scintillent les teintes argentées semblent drapées dans la couleur de l'insaisissable : L'interprétation de la couleur argent se heurte aux mêmes difficultés que celles qu'on rencontre dans la recherche du sens de l'argent-métal. Ces rêves, dans lesquels se jouent de subtiles métamorphoses du psychisme, paraissent inspirés par le mystérieux Mercurius, l'agent transformant de l'œuvre alchimique. La teinte argentée, avant d'être une couleur, est une brillance et, plus encore, un reflet. La lumière d'argent est toujours une lumière oniriquement réfléchie.

La plupart des auteurs qui ont traité du symbolisme ont évité d'analyser cette image. Ils ont concentré leurs observations sur l'argent-métal ou sur le blanc lumineux, trop facilement assimilé à la couleur argentée. Celle-là, si rebelle qu'elle soit aux investigations, offre pourtant aux projections symboliques un champ tout à fait spécifique. L'imaginaire, dans 80% des situations, expose la nuance argentée à partir de supports qui la distancient nettement de l'argent-métal. Un reflet d'argent jouant sur les vagues de la mer, un décor recouvert de papier argenté, un revêtement d'aluminium, un rayon de lune, les poissons argentés sont parmi les évocations les plus nombreuses.

Il sera facile de montrer que la couleur argent renvoie aux valeurs féminines de la psyché, qu'elle est une manifestation colorée de l'anima, qu'elle relie à la constellation des représentations maternelles.

A mesure de l'exploration des scénarios, le chercheur sent croître sa conviction que la vision des hermétistes, qui attribuent la couleur de l'argent au lien subtil qui relie le "corps astral" à l'énergie universelle est, pour le moins, une réalité onirique.

S'il est malaisé de rassembler des séquences de rêves dont le rapprochement établirait de façon péremptoire telle ou telle valeur symbolique de la teinte argentée, un regard exercé, portant sur l'ensemble des scénarios soumis à l'étude, trouvera vite quelques repères solides. Contrairement à ce que laisserait supposer la relation entre le symbole et l'anima, l'argent est une couleur lourde. Les scènes dans lesquelles elle est exposée sont lestées de mots qui soulignent la pesanteur. une pesanteur vis-à-vis de laquelle le rêveur - plus souvent encore la rêveuse - aimerait s'affranchir, mais qui impose sa loi. La couleur d'argent est l'enveloppe lourde que revêt l'âme en projet d'incarnation. Elle est en correspondance avec le parachute suri d'un ciel sans avion et sous lequel est sanglé un parachutiste botté, casqué, pour tout dire : équipé pour l'aventure terrestre.

L'argent est la couleur de la chute. Elle dit la désorientation de l'âme tombée dans la matière, qui se souvient du monde éthérique auquel elle appartient et dont la Manifestation, l'univers des limites, lui présente un inconfortable reflet. Les rêves argentés proposent des images de nature à rendre crédible une philosophie qui voit dans l'incarnation un temps d'épreuve imposé à l'âme en mutation. Des extraits du neuvième scénario d'Hélène vont illustrer les réflexions qui précèdent et diriger l'attention vers des corrélations manquantes du symbole :

"Là, je voyais un clair de lune, sur le Pacifique... les vagues sont si belles sous la lune... et... il y a eu un tremblement de terre... la terre s'est déchirée, entrouverte... je suis tombée, très profondément dans la terre... pour constater qu'il n'y a rien là... rien que la terre... et puis... il y a comme une immense secousse électrique... je suis montée au ciel et là... je vole dans le ciel... en deltaplane... un deltaplane, c'est triangulaire ! oui ! c'est un triangle... je suis en l'air, comme un parachutiste... Maintenant, je vois un parachutiste, au-dessus du Pacifique... il a un parachute argenté... un grand parachute argenté... un énorme parachute argenté... comme une ombrelle argentée... il se balance doucement, au-dessus de l'océan... c'est beau... c'est très beau... pour moi, ça représente ce qu'il peut y avoir de plus beau... planer au-dessus de la mer... là, je vois un poisson, gros comme une lune... il sort de l'eau et replonge... il nage dans un pinceau de lumière argentée donnée par la lune..."

Hélène insiste sur le parachute argenté comme pour en souligner la prépondérance symbolique. Bien des rêves reprennent le thème du poisson argenté qui tente de s'élever au-dessus de la mer et retombe dans l'eau. Des poissons argentés que tente un devenir aérien, le parachute argenté qui descend vers la mer, comment ne pas admettre que la couleur de l'argent s'inscrit dans une dialectique du mouvement vertical ?

Une chute réalisée est une chute fatale. Nul ne sait sous quelles pressions l'âme s'est incarnée mais chacun ressent l'appel d'un ciel où prendrait fin l'exil dans les régions de la pesanteur. Le onzième rêve de Lydia établira définitivement l'association entre la couleur argentée et la pesanteur qui préside à la descente du ciel dans le monde :

"... J'ai vu des cercles concentriques et, là... je vois un grand oiseau, très lourd, avec des plumes blanches, qui descend... ça devient un voile très lourd... et même une bâche qui descend du haut du ciel, comme si cette bâche voulait recouvrir un village au fond de la vallée, avec son clocher d'église... elle recouvre tout le village... c'est un manteau en tissu très épais, bleu marine, avec des boutons d'argent et un galon noir... c'est lourd, très lourd... [...] Là, j'ai vu un mur... un mur avec un trou qui a la forme de mon corps... non ! c'est la forme d'un corps masculin... [...] C'est fini... là, je vois un triangle, avec ses trois côtés ouverts... oui, c'est fini..."

Dans les articles consacrés à la plume et à la pyramide, nous montrons que les deux images sont fréquemment associées dans les rêves. La plume est le plus aérien des symboles. Elle dit la légèreté, le ciel, la liberté, l'âme. La pyramide est la représentation la plus achevée du principe organisateur qui engendre les formes de la Manifestation : la néguentropie. La pyramide est la structure volumétrique du triangle. On trouvera, dans les articles indiqués,

de très belles images de plumes tombées du ciel en désordre et qui s'organisent spontanément dans un volume pyramidal. Le scénario de Lydia commence par la vision de l'oiseau aux plumes blanches et s'achève par la vision insolite du triangle. En référence à la loi suivant laquelle plus deux images possédant des correspondances symboliques sont distantes l'une de l'autre dans un scénario, plus leur valeur dynamique est élevée, les mots de Lydia assurent que l'inconscient place ici l'emphase sur quelque chose qui touche au mystère de l'incarnation.

Hélène, descendant du ciel avec un deltaplane dont elle éprouve le besoin de rappeler avec insistance la forme triangulaire, condense les mêmes thèmes en une seule image. Lorsqu'on a remarqué la fréquence d'apparition des figures triangulaires dans les scénarios où brillent les reflets argentés, il semble pertinent de suivre l'axe de traduction qui fait de la couleur argent le témoin d'une force animante, d'une puissance féminine de vie, de l'anima.

Le triangle, le Y, le losange et le V s'assemblent, se succèdent ou se substituent les uns aux autres dans ces rêves pour y proclamer l'alliance du ciel et du monde, de la liberté et de la pesanteur, de l'âme et du corps, de l'infini potentialité et des limites. Le V, c'est aussi le signe de la vie, de la Source, de la Mère originelle. Le V c'est Ève, prototype de toutes les figurations de l'anima.

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La couleur argentée apparaît plus souvent dans les rêves féminins que dans les scénarios produits par les hommes. Lorsqu'il s'agit d'un rêveur, c'est presque toujours un homme dont la composante féminine, naturellement dominante, n'a pas été reconnue, acceptée, déployée. Pour ces rêveurs - comme pour les rêveuses - l'argent du rêve agit comme une attache subtile qui permettrait un retour à l'acte originel de l'incarnation. Tout se passe comme si l'âme alourdie par les séquelles de l'expérience terrestre se donnait à revivre l'innocence première. Un rayon d'argent a pouvoir de conduire à la réconciliation l'âme appesantie par ses tribulations dans le monde. Un reflet d'argent est un chemin de transgression des impasses du mental. Il est ne force absolutoire, régénérante. Il est un ferment de rénovation de l'être.

Parmi les pièges - nombreux - qui ont pu s'opposer au libre épanouissement de l'anima on reconnaîtra sous les multiples masques qu'ils arborent, les mécanismes déviants de l'Œdipe. Dans les scénarios qui accueillent le symbole, deux groupes d'associations attirent l'attention : le couteau, le poignard, l'épée, d'une part, la coupe, le vase, le verre, d'autre part. Le couteau et la coupe ! Un regard nourri de pensée freudienne découvrira vite, dans ces rêves, l'influence d'une résurrection de l'anima, dans la lumière d'argent, sur le comportement du rêveur ou de la rêveuse au plan de la sexualité. Le refus de son anima, par un homme dont la composante féminine est forte, engendre l'impuissance."

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