Blog

  • Anne

Mon amie la Rose




Étymologie :

  • ROSE, subst. fém.

Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1140 « fleur du rosier » (Pélerinage Charlemagne, éd. G. Favati, 266) ; 2. 1360 rose d'outremer (Invent. d'Anjou, n°515 ds Gay t. 2) ; xive s. roses sauvages « églantines » (Moamin, éd. H. Tjerneld, IV, 33, 4) ; 1562 rose de Jericho (A. Du Pinet, Hist. du monde, t. 2, p. 334) ; 1660 rose d'Inde (Oudin Fr.-Esp.) ; 1803 rose de Noël (Boiste) ; 1823 rose du Japon « camélia » (ibid.) ; 1842 rose d'hiver (Ac. Compl.) ; 3. 1552 fig. un front de rose (Ronsard, Amours, éd. P. Laumonier, t. 4, p. 21) ; 1557 teint de rose (O. de Magny, Souspirs, éd. Courbet, p. 24) ; 1685 l'Aurore aux doigts de rose, cf. le gr. homérique η ̃ μ ο ς δ'η ̓ ρ ι γ ε ́ ν ε ι α φ α ́ ν η ρ ̔ ο δ ο δ α ́ κ τ υ λ ο ς (La Fontaine, Le Remède ds Contes, éd. G. Couton, p. 368) ; 4. 1228 eve rose (Jean Renart, Guillaume de Dole, éd. F. Lecoy, 4265) ; ca 1393 eaue rose (Ménagier, II, 252 ds T.-L.) ; ca 1480 eau de rose (Mist. Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 40012) ; 1739 fig. (Voltaire, Lettre au pr. roy. de Pr., 1er juin ds Littré : c'est une pièce toute d'amour, toute distillée à l'eau rose des dames françaises) ; 5. 1694 bois de rose (Corneille) ; 1909 id. adj. « couleur » (La Mode illustrée, 28 nov., p. 576a ds Quem. DDL t. 16). B. 1. 1461 se baigner en roses « éprouver un vif plaisir » (Georges Chastellain, Chroniques ducs de Bourgogne, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 3, p. 154) ; 2. 1578 les roses de la vie « ses plaisirs, ses charmes » (Ronsard, Second livre des Sonnets pour Hélène, éd. M. Smith, p. 148) ; 3. 1626 cueillir la rose « prendre la virginité d'une fille » (Sorel, Francion, éd. E. Roy, t. 3, p. 179) ; 4. 1611 nulle rose sans épine (Cotgr.) ; 1651 il n'est point roze sans epine (Scarron, Virgile travesty, l. VI, p. 122) ; 5. 1640 c'est la plus belle rose de son chapeau « le plus grand honneur, le plus grand avantage » (Oudin Curiositez) ; 6. 1666 être sur un lit de roses (La Fontaine, Oraison de St Julien ds Contes, p. 82) ; 1844 être sur des roses (Balzac, Paysans, p. 98) ; 1961 envoyer qqn sur les roses « éconduire » (J. Cau, Pitié de Dieu, Paris, Gallimard, p. 28) ; 7. 1801 voir tout couleur de rose « tout considérer avec optimisme » (E. Despréaux, in Les Dîners du Vaudeville, n°47, thermidor an 9, p. 24 ds Quem. DDL t. 19). C. 1. 1380 « ornement en forme de la fleur » (Invent. de Charles V ds Havard 1890) ; id. rose d'or (ibid. ds Laborde) ; 2. 1634 rose « étoile à 32 divisions représentée sur une boussole, des cartes marines » (E. Cleirac, Explic. des termes de marine ds Jal) ; 1678 rose des vents (Guillet, 3e part.) ; 3. 1689 « marque ronde que le teinturier laisse au bout de l'étoffe » (Règlem. sur les manuf., Teinturiers en laine, art. 34 ds Littré) ; 4. 1690 « baie circulaire garnie de vitraux dans une église » (Fur.) ; 5. 1723 grande rose « linge damassé fabriqué en Flandre et en Normandie » (Savary t. 1, p. 546) ; 6. id. diamant en rose (ibid., p. 1694) ; 1740 diamant rose (Ac.) ; 1752 « diamant taillé par dessus en facettes et plat en dessous » (Trév. Suppl.) ; 7. 1736 rose du gouvernail « femelot des ferrures du gouvernail » (Aubin) ; 8. 1923 rose des sables (Lar. univ.). Empr. au lat. rosa « rose (fleur), rosier ».

  • ROSE, adj. et subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1165 « qui a la couleur rouge clair » (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 5531) ; 1852 rose thé (Gautier, Émaux, p. 53); 1909 rose saumon (La Mode illustrée, 3 oct., p. 457 ds Quem. DDL t. 16) ; 2. 1809 tout n'est pas rose (Les Méditations d'un hussard, xj-xij, ibid., t. 19) ; id. voir tout en rose (Brazier, in Le Chansonnier du vaudeville, V, p. 8, ibid.). Empl. adj. de rose sens n°1*.


Voir aussi la définition détaillée du nom qui propose quelques éléments de symbolisme.

*




Botanique :


Dans L'effet guérisseur de l'arbre (2016), Clemens G. Arvay nous interroge :


"Saviez-vous que le parfum envoûtant et sucré de la rose a un lien avec votre passé ? Le parfum d'indole de la rose se trouve dans l'utérus. Là, le parfum a été créé par nos propres déchets dans le liquide amniotique et la substance est entrée en contact avec nous pare notre bouche et nos muqueuses. L'indole en fait ne sent pas la rose, mais les fruits trop mûrs, et c'est en se combinant avec d'autres parfums qu'il sent la rose. Mais nous le reconnaissons inconsciemment. La rose nous rappelle donc, de manière inconsciente, le temps que nous avons passé dans le ventre de notre mère. C'est pour cela que nous associons cette odeur avec la chaleur et la tendresse, l'amour et le soin."

*




Huile essentielle :


Dans L'Aromathérapie spirituelle, Christine Salvador nous apprend que :


Ll'huile essentielle de rose est certainement la première huile essentielle que l'on ait extraite d'une fleur. L'on rapporte que l'huile essentielle de rose aurait été distillée pour la première fois par Avicenne, le grand médecin l'aurait fabriquée par hasard au cours d'une de ses expérimentations, dès le Xè siècle.

Son parfum est créateur d'inspiration, elle est la rose du poète.

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses... Soit 40 millions d'années, à en croire certains fossiles du tertiaire. La rose en sa beauté pourrait bien avoir précédé l'homme sur terre, comme pour se préparer à la passion qu'il lui porte, les soins dont il l'entoure, l'inlassable dialogue qu'il a avec elle. La rose est universellement chérie en ses innombrables variétés et son parfum fut et demeure l'or absolu d monde olfactif.

A l'origine, la rose est d'une importance indéniable dans la théorie et la métaphysique de l'alchimie, en effet les roses rouges et blanches étaient considérées comme appropriées aux différentes étapes du travail de l'alchimiste ; il les plaçait dans des cornues et les chauffait avec d'autres matériaux, tout cela dans le but d'obtenir la transformation des métaux de base en or. C'est ainsi que fut produite par accident la première eau de rose et la première huile essentielle de Rose. L'eau de rose et l'huile de rose étaient toutes deux connues dans les pays de langue arabe à la fin du Xè siècle.

Aujourd'hui, la plus grande partie de l'huile essentielle de Rose ne s'obtient pas par distillation, mais plutôt par la méthode dite de l'enfleurage ou par l'extraction aux solvants. L'huile essentielle de Rose est très onéreuse, non seulement parce qu'il faut une énorme quantité de pétales pour produire très peu d'huile, mais ceci demande en plus beaucoup de main d'oeuvre. Cependant les attars, entendez parfums végétaux naturels, de rose qui sont extraits de cette manière sont ultra concentrés, ainsi seules de quantités infimes sont employées pour chaque traitement.

L'attar de rose est de consistance solide dans le flacon à température d'ambiance, il ne se liquéfie en huile épaisse que lorsqu'on réchauffe le flacon entre les mains. D'un brun rougeâtre profond, l'attar de rose ne s'emploie qu'à petites doses, car son parfum est très puissant. Deux variétés de rose sont utilisées pour la production de l'huile essentielle de Rose ; il s'agit de la Rosa centifolia et de la Rosa damascena. Il existe donc de légères différences d'arôme et de couleur en fonction des variétés utilisées, la couleur varie d'orange verdâtre à brunâtre profond. Rosa centifolia se cultive dans la région de Grasse au beau milieu de l'industrie française du parfum, et aussi dans les pays du Maghreb, elle s'appelle dans ce cas Rose Maroc. Rosa damascena se cultive de manière intensive en Bulgarie pour produire de l'huile essentielle. La composition de l'huile essentielle de rose est d'une complexité inégalée, elle contient plus de 300 composants connus représentant à peu près 85% de la totalité. Les 15% restants qui constituent une multitude de composés différents, en très petite quantité, chacun est vital à l'huile en ce qui concerne son parfum et ses vertus thérapeutiques.

En Occident, sa beauté et son parfum en ont fait la reine des fleurs. Avec son alter ego oriental, le lotus, elle symbolise la roue ou le mandala, la présence divine au centre du monde, comme l'illustre la rosace gothique ou la rose des vents. Dans la plupart des civilisations, la rose symbolise l'amour, la pureté et la passion. La mère du Christ est souvent représentée avec une rose à la main. Dans la mythologie, la rose est associée à de nombreuses divinités féminines, comme Vénus la Romaine, Lakshmi l'Indienne ou encore Aphrodite la Grecque. En Egypte, Cléopâtre aurait fait recouvrir le sol de sa chambre d'un tapis de roses afin que l'empereur Marc-Antoine succombe à ses charmes. Mais, la mythologie grecque raconte aussi que la rose est née des larmes de la déesse de l'amour, Aphrodite, qui pleurait Adonis en train d'agoniser. Par son rapport avec le sang répandu, la rose symbolise donc également la renaissance mystique ou la régénération. C'est ainsi qu'au VIIè siècle, le tombeau du Christ aurait été peint d'une couleur "mélangée de rouge et de blanc" et que, depuis l'Antiquité, on orne les tombes de roses.

Amène le lâcher-prise, idéal pour accompagner une personne en fin de vie ou affronter un deuil (associer avec du nard).

Certes elle peut pallier bien des maux, mais elle est surtout un baume pour l'âme, et dans ce sens elle apporte à chacun ce qu'il espère en retirer. La rose nous ouvre à notre conscience et, pensons-nous, conduit à la foi. Et surtout au respect du principe féminin, de la femme dans tout ce qu'elle représente de vertu, de beauté, de pureté, de tendresse et de sacrifice. De fragilité aussi. Elle nous montre que la beauté, la véritable beauté, se contemple, se respire, mais ne se profane pas. La vraie beauté, comme l'amour, se vit, simplement. Divinement. Remercions-la d'exister.

Qu'elle soit issue du sang de Vénus, d'Adonis, la rose, reine des fleurs est immémoriale. Célébrée par les poètes, vénérée dans les livres sacrés, offerte aux dieux et aux rois, la rose est symbole de l'amour. Des bouquets de roses furent trouvés dans le sarcophage de Toutankhamon, gage d'amour de la reine Ankhesamon.

Elle possède aussi des propriétés beaucoup plus subtiles, élévation de tous les niveaux vibratoires du corps humain.


Propriétés et indications énergétiques :

  • puissant harmonisant, psycho-émotionnel en cas d'anxiété nerveuse, de dépression, d'insomnies ou de palpitations.

  • dissout les blocages au niveau des corps subtils.

  • chasse les pensées et les sentiments négatifs, l'irritabilité.

  • amène le lâcher-prise idéal pour accompagner une personne en fin de vie ou affronter un deuil (en association avec du nard de l'Himalaya).

  • aide à surmonter les blessures sans amertume ni désir de vengeance et à restaurer la confiance.

  • ouvre à l'amour universel, la compassion, la tendresse.

  • rides, couperose, peau asphyxiée, certains eczémas, inflammations cutanées, ulcères variqueux : hémostatique, bactéricide, puissant cicatrisant et régénérateur cutané majeur.

  • infections buccales, aphtes : bactéricide, cicatrisant.

  • bronchites chroniques (surtout d'origine psycho-émotionnelle), asthme, tuberculose, troubles du rythme cardiaque, anxiolytique, tonique général.

  • asthénies sexuelles, frigidité, impuissance : aphrodisiaque.

  • dérèglements digestifs : régulateurs de l'appétit, apaise le feu dans le foie et l'organisme en général.

  • chagrin, chakra du cœur, choc émotionnel, dépression, eczéma, frigidité, hémorragie, impuissance, peau sensible, peau sèche, peau vieillissante, rides, système de reproduction féminin, tension nerveuse, tristesse.

  • elle possède aussi des propriétés beaucoup plus subtiles, élévation de tous les niveaux vibratoires du corps humain."

*

*




Symbolique de la rose :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on découvre que :


"Remarquable par sa beauté, sa forme et son parfum, la rose est la fleur symbolique la plus employée en Occident. Elle correspond dans l'ensemble à ce qu'est le lotus en Asie, l'un et l'autre étant très proches du symbole de la roue. L'aspect le plus général de ce symbolisme floral est ce lui de la manifestation, issue des eaux primordiales, au-dessus desquelles elle s'élève et s'épanouit. Cet aspect n'est d'ailleurs pas étranger à l'Inde, où la rose cosmique Triparasundarî sert de référence à la beauté de la Mère divine. Elle désigne une perfection achevée, un accomplissement sans défaut. Comme on le verra, elle symbolise la coupe de vie, l'âme, le cœur, l'amour. On peut la contempler comme un mandala et la considérer comme un centre mystique. La rose est, dans l'iconographie chrétienne, soit la coupe qui recueille le sang du Christ, soit la transfiguration des gouttes de ce sang, soit le symbole des plaies du Christ. Un symbole rosicrucien figure cinq roses, une au centre et une sur chacun des bras de la Croix. Ces images évoquent, soit le Graal, soit la rosée céleste de la Rosa candida de la Rédemption. Et puisque nous citons les Rose-Croix, remarquons que leur emblème place la rose au centre de la Croix, c'est-à-dire à l'emplacement du cœur du Christ, du Sacré-Cœur. Ce symbole est le même que la Divine Comédie ; laquelle ne peut manquer d'évoquer la Rose mystique des litanies chrétiennes, symbole de la Vierge ; le même peut-être aussi que celui du Roman de la Rose. Angelus Silesius fait de la rose l'image de l'âme, celle aussi du Christ, dont l'âme reçoit l'empreinte. La rose d'or, autrefois bénie par le Pape le quatrième dimanche de Carême, était un symbole de puissance et d'instructions spirituelles mais aussi sans doute un symbole de résurrection et d'immortalité. La rosace gothique et la rose des vents marquent le passage du symbolisme de la rose à celui de la roue.

Il faut enfin noter le cas particulier, en mystique musulmane, d'un Saadi de Chiraz, pour qui le Jardin des Roses est celui de la contemplation : J'irai cueillir les roses du jardin, mais le parfum du rosier m'a enivré. Langage que la mystique chrétienne se refuserait en aucune manière, en commentaire du Cantique des Cantiques sur la rose de Saron.

La rose, par son rapport avec le sang répandu, paraît souvent être le symbole d'une renaissance mystique :

Sur le champ de bataille où sont tombés de nombreux héros, poussent des rosiers et des églantiers.... Des roses et des anémones sont sorties du sang d'Adonis tandis que ce jeune dieu agonisait...

Il faut, dit Mircea Eliade, que la vie humaine se consume complètement pour épuiser toutes les possibilités de création ou de manifestation ; vient-elle à être interrompue brusquement, par une mort violente, elle tente de ses prolonger d=sous une autre forme : plante, fleur, fruit.

Les cicatrices sont comparées à des roses par Abd Ul Kadir Gilani, qui attribue à ces roses un sens mystique..

Selon F. Portal, la rose et la couleur rose constitueraient un symbole de régénération du fait de la parenté sémantique du latin rosa avec ros, la pluie, la rosée. La rose et sa couleur, dit-il, étaient les symboles du premier degré de régénération et d'initiation aux mystères... L'âne d'Apulée recouvre la forme humaine, en mangeant une couronne de roses vermeilles que lui présente le grand-prêtre d'Isis. Le rosier, ajoute cet auteur, est l'image du régénéré, comme la rosée est le symbole de la régénération. Et la rose, dans les textes sacrés, accompagne bien souvent le vert, ce qui confirme cette interprétation. Ainsi dans l'Ecclésiaste (24, 14) : J'ai grandi... comme les plants de roses de Jéricho, comme un olivier magnifique dans la plaine. L'olivier était consacré à Athéna - la déesse aux yeux pers - qui naquit à Rhodes, l'Île des Roses : ce qui suggère les mystères de l'initiation. Et les rosiers étaient consacrés à Aphrodite en même temps qu'à Athéna. La rose était chez les grecs une fleur blanche, mais lorsque Adonis, protégé d'Aphrodite, fut blessé à mort, la Déesse courut vers lui, se piqua à une épine et le sang colora les roses qui lui étaient consacrées.

C'est ce symbolisme de régénération qui fait que, depuis l'Antiquité, on dépose des roses sur les tombes : les Anciens... nommaient cette cérémonie rosalia ; tous les ans, au mois de mai, ils offraient aux mânes des défunts des mets de roses. Et Hécate, déesse des Enfers, était parfois représentée la tête ceinte d'une guirlande de roses à cinq feuilles. On sait que le nombre cinq, succédant au quatre, nombre d'accomplissement, marque le départ d'un nouveau cycle.

Au septième siècle, selon Bède, le tombeau de Jésus-Christ était peint d'une couleur mélangée de blanc et de rouge. L'on retrouve ces deux éléments composants de la couleur rose, le rouge et le blanc, avec leur valeur symbolique traditionnelle, sur tous les plans, du profane au sacré, dans la différence accordée aux offrandes de roses blanches et de roses rouges, ainsi que dans la différence entre les notions de passion et de pureté et celles d'amour transcendant et de sagesse divine. Aux armes des religieuses, dit le Palais de l'Honneur, l'on met une couronne composée de branches de rosier blanc avec ses feuilles, ses roses et ses épines, qui dénote la chasteté qu'elles ont conservée parmi les épines et les mortifications de la vie.

La rose est devenue un symbole de l'amour et plus encore du don de l'amour, de l'amour pur... La rose comme fleur d'amour remplace le lotus égyptien et le narcisse grec ; ce ne sont pas les roses frivoles de Catulle... mais les roses celtiques, vivaces et fières, non dépourvues d'épines et lourdes d'un doux symbolisme : celle du Roman de la Rose, dont Guillaume de Lorris et Jean de Meung font le mystérieux tabernacle du Jardin d'Amour de la Chevalerie, rosa mystica des litanies de la Vierge, roses d'or que les Papes donneront aux princesses méritantes, enfin l'immenses fleur symbolique que Béatrice montre à son amant fidèle parvenu au dernier cercle du Paradis, rose et rosace à la fois.

L'amour paradisiaque sera comparé par Dante au centre de la rose : Au centre d'or de la rose éternelle, qui se dilate et va de degré en degré, et qui exhale un parfum de louange au soleil toujours printanier. Béatrice m'attira.. (Dante, Le Paradis, chant XXX 124-127 ; chant XXXI, v. 4-22)

Blanche ou rouge, la rose est une des fleurs préférées des alchimistes dont les traités s'intitulent souvent rosiers de philosophes. La rose blanche comme le lis fut liée à la pierre au blanc, but du petit oeuvre, tandis que la rose rouge fut associée à la pierre au rouge, but du grand oeuvre. La plupart de ces roses ont sept pétales dont chacun évoque un métal ou une opération de l'oeuvre. Une rose bleue serait le symbole de l'impossible."

*

*

Selon, Nicki Scully dans Méditations de l'Animal pouvoir, Voyages chamaniques avec les alliés esprits (Guy Trédaniel 2002 pour la traduction française), la rose est :


La "reine incontestée de toutes les fleurs, d'une beauté sans rivale, utile dans la médecine, et appréciée pour son parfum délicat. Au Moyen Âge, les rosaires étaient faits de pétales en rose comprimés. Moins commune est l'association de la rose avec la mort. En Suisse, les cimetières, parfois, sont appelés jardins de roses, symbolisant non seulement la mort, mais la renaissance et la résurrection. Dans la Rome antique, les tombes étaient ornées de roses, les cimetières étaient plantés de rosiers. L'expression latine sub rosa renvoie aux Romains, aux Grecs, et aux Perses, qui plaçaient des roses au-dessus de la porte, au cours des réunions conciliaires, en signe de secret et de silence. La rose a souvent été associée au cœur, et son cœur à l'amour. Ce sont les aspects [... qu'il faut travailler] car il est important , pour son développement, d'avoir un cœur ouvert. Le dessein de ce voyage est de satisfaire le besoin, en chacun, de reconnaître sa beauté et sa perfection. Ceux qui voyagent avec la rose auront une occasion de faire l'expérience de l'ouverture de leur cœur, quand les pétales se déploient pour révéler l'essence de la rose, l'essence de l'amour.


Le Voyage de la Rose fait partie des Voyages de fondation, c'est-à-dire des voyages qui "dont la base des méditations de l'Animal Pouvoir. Ils aident à établir votre relation avec e travail, posant les fondations et établissant des dispositions au voyage qui vous permettront d'aller plus loin dans certaines des autres sections. C'est ici que votre relation avec votre guide originel commence à s'établir. [...]


Voyage de la Rose


Enracinez-vous et centrez-vous avec votre respiration et générez une abondance d'amour pour votre flamme du corps, afin de la rendre forte et étincelante pour l'alchimie... Prenez conscience du sommet de votre crâne, comme porte de votre conscience. Veillez à ce que le Chaudron soit d'or et que son contenu soit rose. Quand vous remuez l'eau rose dans le Chaudron d'Or, elle monte pour rencontrer la flamme de votre cœur. Quand l'eau est changée en vapeur, naît une source de brume rose. Faites monter votre conscience dans la vapeur et la source, plus haut que votre crâne... Vous êtes pris dans une brume rose. Vous êtes conscient de la présence de Thoth, même si vous ne pouvez le voir dans le brouillard rose. Sentez la douceur de la brume rose et jouissez de son étreinte...

De la brume rose, un arbuste émerge. Il peut s'agir d'un arbre isolé, ou d'une partie d'un buisson. Il y a des feuilles vertes luisantes sur de fortes et gracieuses tiges. Des épines acérées donnent une aura de protection. La lumière du soleil pénètre la brume rose, faisant briller les gouttes de rosée prises dans les plis des feuilles et des fleurs, et tandis que les rayons chauds du soleil consument le brouillard, les pétales de rose commencent lentement à s'ouvrir. Il y a une connexion directe entre cette rose et votre cœur, et quand chaque pétale se déploie, vous pouvez sentir l'ouverture de votre cœur...

[Pause ]

Tandis que cette rose superbe continue de s'ouvrir, elle émet un parfum exquis, générant des sentiments de perfection, de beauté et d'amour...

Prenez un moment pour honorer la beauté et la perfection de cette rose... En respirant profondément, inspirez le parfum de la rose, laissez son essence imprégner le tréfonds de votre être...

Une union se produit, et vous fusionnez avec l'essence de la rose, et vous l'expérimentez... Sentez la sensualité du soleil sur vos pétales ouverts. Remarquez la sensation de la brise caressant votre corps, touchant chaque cellule. Vous êtes empli de l'amour que vous ressentez pour la rose. tous vos sens sont accrus, et vous prendrez conscience que vous êtes dans un jardin. Votre sens de l'ouïe est accru, pour amplifier la vie grouillante du jardin. Il y a un bourdonnement incessant qui se différencie dans le bruit de l'abeille qui vous rend visite, entrant par le cœur ouvert de vos p^étales déployés, dansant tandis qu'elle collecte le doux pollen.... Recevez un message de la part de cette partenaire dans la danse continue de la vie. Il y a ici un enseignement au sujet de l'extase et de votre beauté intérieure. ...

[Pause ]

Faites descendre votre attention de la fleur vers le système racinaire de votre rosier. Vos racines sont fortes, et elles plongent profondément dans le sol, vous maintenant fermement dans un endroit dont votre nourriture est tirée. Remarquez votre connexion à la terre et prenez conscience de vous-même, comme être enraciné, même avec la joie et l'extase de votre expérience...

Prenez conscience de la présence de Thoth. Il vous aide à revenir dans votre conscience ordinaire au moyen d'ne transformation progressive qui vous permet de mettre vos sentiments de perfection et de beauté dans votre forme physique. En passant du corps de la rose au corps humain, vous gardez une taille normale, et la rose devient petite, concentrée pour tenir dans votre centre du cœur, où elle continue à rayonner son parfum exquis.

[Veillez à bien vous enraciner et vous centrer dans votre corps physique...]


Mots-clefs : Perfection du Soi ; Ouverture du cœur.

*

*

D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"La rose est le lotus de l'Occident. En effet, tous les symboles attribués au lotus en Égypte et en Asie sont représentés par la rose en Europe. Ainsi, elle est, elle aussi, la fleur mystique par excellence, symbole de naissance et de renaissance, de résurrection chrétienne, de vie éternelle. Toutefois, il semble bien que cette belle fleur soit originaire de l'Inde, car un parfum y porte son nom.

En Grèce, elle était aussi fort appréciée. L'espèce qui poussait dans l'île de Rhodes, parmi les rhododendrons ou lauriers-roses qui portent son nm (en grec, "rose " se disait rhodon), était célèbre, comme l'était l'essence de rose, l'in des parfums d'Arabie les plus prisés. La rose des vents, qui désigne d'abord les 4 directions, fut ensuite réalisée sous la forme d'une étoile à 32 branches correspondant aux 32 aires du vent sur la boussole des marins, et évoque le lotus aux 8 pétales.

Symbole de la femme par excellence, de la beauté, de la pureté et de la sainteté, pour les Chrétiens, la rose est l'attribut de la Vierge. Ainsi, le rosaire ou rosarium, qui désignait une guirlande de roses dont n couronnait les statues de la Vierge, fut utilisé comme chapelet et finit par désigner la prière que l'on prononce en l'égrenant, comme les moines hindouistes et bouddhistes, à l'autre bout du monde, récitent leurs mantras, les textes et hymnes liturgiques qu'ils considèrent comme des instruments de méditation.La rose de Jéricho, ou fleur de la Passion, est ne petite plante originaire de Syrie, qui a la particularité de renaître une fois plongée dans l'eau, alors qu'on la croyait fanée. Cette propriété lui valut de nombreuses légendes qui, d'Orient en Occident, en firent une fleur miraculeuse, dont les vertus furent bien sûr assimilées à la rose commune. De fait, la rose aux innombrables espèces fut sans doute introduite en Europe par l'intermédiaire des Croisés, au XIIe siècle, qui rapportèrent des rosiers. Ainsi, historiquement, on sait que la célèbre rose de Provins, en France, dont la culture fut répandue par les comtes de Champagne, et notamment par Henri II, roi de Chypre, puis de Jérusalem, est originaire de Damas.

Mais déjà, aux Ier, IIe et IIe siècles de notre ère, les médecins grecs Dioscoride, Galien et Théophraste cultivaient des roses, autant pour leur beauté et leur parfum que pour leurs vertus médicinales. En effet, depuis la plus haute Antiquité, l'infusion de pétales de roses est connue pour son efficacité contre les maux de gorge et pour stimuler l'activité pulmonaire. Par ailleurs, l'eau de rose est une merveilleuse lotion qui nettoie et tonifie la peau et qui, pour ces raisons, avait la réputation d'être une authentique eau de jouvence."

Selon Ted Andrews, dans Le Monde enchanteur des Fées (1993, 2006),


"Cette fleur est l'une des plus sacrées. Ses fées et ses esprits entretiennent des liens étroits avec leurs aînés, les anges. Communier avec eux rend plus affectueux et plus sensible aux anges. Ils nous enseignent l'art de la télépathie et de la divination. Ils détiennent les secrets du temps et des voyages dans le temps. La fée de la rose blanche nous aide à acquérir de la pureté spirituelle et nous éveille à notre propre divinité. La fée de la rose rouge veille sur tout ce qui a trait à l'amour et à la fécondité. La fée de la rose rose nous enseigne à mêler la masculinité et la féminité en vue d'une renaissance. La fée de la rose jaune nous apprend à reconnaître et à dire la vérité."

*

*

Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : L'Amour ; La Passion ; La Pureté.


Savez-vous ? : Les symboles de la rose dans le langage des fleurs sont sans aucun doute ceux qui varient le plus selon l'espèce, le lieu et la couleur. Il existe de nos jours plus de vingt-cinq mille espèces de roses dans le monde ! Même si nous voyons la rose partout, dans es jardins, les terrasses, les balcons, l'essentiel de la culture de cette fleur se fait en serre. Les Pays-Bas en sont les spécialistes et les plus grands producteurs. L'ancêtre de notre rose actuelle est l'églantier à cinq pétales. Sa manipulation avait déjà commencé durant l'Antiquité.

Dans les jardins suspendus de Babylone, les premières roses de Damas côtoyaient le dahlia, le lys et l'iris. Les Grecs considéraient que la rose était un signe de richesse et de prospérité. Pour sa beauté, ils la dédièrent à la déesse Aphrodite et à son amant Adonis. Dans l'Antiquité, les roses étaient associées aux rites funéraires ; en effet, les Romains payaient des esclaves pour déposer des roses sur leur tombe, après leur mort. Les cérémonies des "rosalia", réminiscence de cette tradition romaine, consistent encore de nos jours, à fleurir les tombes de bouquets de roses dans toute l'Italie, le dimanche de Pâques. La première rose qui fit son apparition dans les jardins de France fut la rose "gallica." Les Croisés en apportèrent quelques spécimens dans leurs bagages. L'invasion arabe de l'Espagne renforça sa présence en Occident. La culture et la manipulation de la rose débuta en France dès la fin du XIIe siècle. En Inde, la "Triparasundari" est la rose cosmique qui se réfère à la beauté divine de la mère. Elle représente pour les Hindous la perfection, l'accomplissement. Elle symbolise par sa forme la coupe de la vie, le centre du mandala qui est chez les bouddhistes la roue, symbole de la représentation du monde.


Usages : La rose de Damas et la rose à cent feuilles sont le plus recherchées en parfumerie. De nos jours encore, quand on confie à quelqu'un des paroles "sous le sceau de la rose", cela veut dire qu'elles sont protégées par le sceau du secret. Mais si ces paroles s'ébruitent, alors on dit que le pot aux roses a été découvert. Les essences de roses rentrent dans la composition d'une grande majorité des parfumes que nous utilisons.

Les pétales de rose sont aussi utilisés en gastronomie : il existe une délicieuses confiture de pétales de roses que les Turcs dégustent souvent au goûter ; en Tunisie, les pétales de roses entrent dans la composition de différents plats, dont le couscous aux pétales de roses ; au Maghreb, l’eau de rose, avec l'eau de géranium, parfume un grand nombre de pâtisseries et en Europe, on consomme les pétales de roses cristallisés sur des gâteaux.


Légende : Dans l'Antiquité, la rose était attribuée à Adonis, amant de la déesse grecque de l'amour, dont le sang, à la suite d'une blessure mortelle, se transforma en rose rouge. Pour séduire Marc Antoine, la légende raconte que Cléopâtre fit recouvrir le sol de sa chambre d'un épais tapis de pétales de roses et y convia l'empereur. Marc Antoine enivré par les puissants effluves qui s'en dégageaient, succomba aux charmes de la belle Cléopâtre.


Message : Rose blanche = Vous êtes si pure

Rose rouge = Je vous aime passionnément.

Rose jaune : Vous êtes infidèle.

Rose rose : Vous êtes si douce."

*

*

D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion 2000) :


"Elle est partout, la rose. Il est rare que nous n'en ayons pas une dans notre champ de vision. une vraie, ou en terre ou en vase ou dessinée, peinte, sculptée, imprimée, en bouquets, en guirlandes, en couronnes, sauvage, simple, double, mousseuse, thé, grimpante, en arbustes, bicolore, veinée, tachetée, marbrée. Sur cette terre, depuis trente-cinq millions d'années, reine des fleurs de puis l'Antiquité et pourtant restée simple, elle aime parler aux humains.

La rose annonce : "amour" et beauté". Ensuite, chaque couleur module. La blanche commence sur la pointe des pieds : "amitié" ou "virginité". Puis elle risque : "amour qui soupire". Très vite, elle se fait plus pressante : "oh, mon ange parlez-moi". Lorsqu'elle porte, au creux de ses pétales, un cœur rouge, elle en rajoute : "mon émotion est indicible". Rose et à longue tige, elle aime qu'on l'appelle "la reine du cœur". Rouge vif, elle s'emballe : "amour ardent, folle passion". Pourpre, elle se met à philosopher : "rien n'est plus grand que la danse devant la mort". Rouge et blanche, elle souffre du "feu de l'amour". Avec la rose thé, le registre change, il est question de "galanteries". Jaune, la rose a le front de prononcer le mot : "infidélité" et d'ajouter : "je ne pense pas à l'amour". En revanche, trémière, elle propose : "scellons une union parfaite". Faut-il la croire ? La question se pose car elle glisse également : "je vous suis fidèle jusque dans mes infidélités". En bouton, elle évoque "l'amour de qui n'a pas encore aimé". Épanouie, elle rappelle que la beauté est passagère.

Avec les poètes, nous sommes émus de la voir si belle et de la savoir si fugitive. Nous savons bien, comme Malherbe, que le moment arrivera trop vite où nous dirons avec lui : "Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, l'espace d'un matin".


Mots-clefs : "amour et beauté"

*

*

Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Rose (Rosa) : "La rose est la fleur de cet arbrisseau épineux, mais qui donc ne le connaît pas ?


Propriétés médicinales : Depuis l'Antiquité, la rose et ses fruits sont des remèdes bien connus. Les pétales de la rose, en infusion, sont recommandés pour soulager des maux de tête et des étourdissements ; dans du miel, ils constituent un excellent tonique et purificateur du sang. Macérés dans du vin, les pétales soulagent les contractions utérines et les crampes.


Genre : Féminin.


Déités : Éros ; Cupidon ; Isis ; Déméter ; Aphrodite.


Propriétés magiques : Amour ; Santé ; Psychisme.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • La réputation de cette fleur n'est plus à faire en ce qui concerne ses propriétés pour attirer l'amour : on trouve d'ailleurs des pétales de rose dans tous les sachets pour attirer l'amour, comme dans la majorité des philtres d'amour.

  • C'est un excellent encens pour calmer les malades et les personnes "en crise".

PHILTRE POUR ACCROÎTRE VOS DONS PSYCHIQUES


Ce dont vous avez besoin :

- une chandelle rose

- de l'encens de rose

- sept boutons de rose (la couleur a peu d'importance)

- de l'eau bouillante


Rituel :

Allumez la handelle et l'encens, puis placez les sept boutons de rose dans un pot ou un bol et ébouillantez-les avec assez d'eau pour les couvrir. Laissez infuser pendant 15 minutes, filtrez le mélange et buvez-en une tasse avant d'aller vous coucher."

*

*

Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013), Michel Pastoureau nous apprend que :


"Tout verger est construit comme un espace symbolique, et [que] chaque plante qui s'y trouve possède sa signification propre. Celle des fleurs varie beaucoup selon les époques et les régions et prend en compte plusieurs particularités : la couleur, le parfum, le nombre de pétales, l'aspect des feuilles, les dimensions des unes et des autres, l'époque de la floraison, etc. Quelques idées peuvent néanmoins être dégagées pour le Moyen Âge central : Le lis est symbole de pureté et de chasteté, la rose, de beauté et d'amour..."

*




Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Avant d'entreprendre l'exploration des rêves dans lesquels apparaît la rose, nous avions la conviction que l'élucidation de ce symbole ne présenterait aucune difficulté et que, de ce fait, nous n'avions aucune surprise à prévoir de cette étude. S'il nous avait fallu formuler une raison pour laquelle nous n'avions pas été tenté d'aborder l'interprétation d'une image aussi prestigieuse dès le commencement de nos recherches, nous aurions naïvement invoqué la trop grande facilité de traduction. C’était simple, donc cela pouvait attendre ! La rose n'était-elle pas l'un des archétypes les plus connus, la plus belle image du Soi, de l'accomplissement de la psyché ? A l'évocation de cette reine des fleurs, la mémoire nous restituait pêle-mêle les résonances de lectures qui présentent le symbole comme l'aboutissement d'une évolution touchant presque au divin. L'image de la rose déclenchait, à l'orée de notre conscience, une sorte de brume lumineuse dans laquelle dansaient des mots : lotus, rose-croix, rose d'or, rose aux sept pétales, chevalier à la rose et toutes ces représentations des symboliques traditionnelles, qu'elles soient d'inspiration chrétienne, bouddhiste, islamiste, alchimiste ou autres. S'il avait fallu traduire la rose en quelques mots, nous aurions pensé âme, accomplissement, pureté, amour, épanouissement, lumière, Soi !

La rose du rêve, la rose de l'imaginaire actif, allait opposer à ces projections sublimantes la barrière d'un réalisme brutal. Il ne sera pas facile de comprendre les raisons qui font d'un symbole que toutes les traditions proposent comme un but suprême à atteindre une image aux connotations infiniment moins flatteuses. Il sera, pour cela, nécessaire d'admettre une distinction entre les produits d'une méditation sur le symbole, et ceux de l'imaginaire en oeuvre spontanément dans le rêve. Dans la première situation il s'agit de la rose contemplée, dans la seconde, de la rose rencontrée.

L'analyste méditant peut projeter sur l'image des valeurs justes. L'inconscient qui s'exprime au fil de l'expérience imaginaire fait du symbole un usage juste. Le premier se place dans une disposition spéculative, au sens positif du terme, le second est investi dans une dynamique. Nous ne concevons pas d'autre explication à la différence de tonalité entre la symbolique traditionnelle de la rose et celle qui se dégage des observations cliniques.

Il convient de préciser maintenant ce qu'est la rose dans les rêves. Il nous faut commencer par indiquer dans quel environnement elle vient s'inscrire. Dans la quasi-totalité des cas, il s'agit de scénarios dont les visions se succèdent sans lien perceptible. La structure apparente du rêve est du type « décousu », « coq-à-l'âne », et le praticien le lus expérimenté ne parvient pas toujours à se convaincre qu'une logique souterraine régit le déroulement des images ! Les corrélations se regroupent pour moitié sur deux familles de symboles : les personnages et les composants du corps. La lecture des scénarios dirige l'attention vers deux associations, surprenantes surtout par l'originalité des compositions qu'elles forment avec la rose, mais qui sont susceptibles d'établir un pont entre la symbolique transmise et l’image vivante : la corde et le papillon. Surtout – et c'est important – le nœud papillon ! L'impression qui domine, au terme d'une investigation attentive, c'est que la rose imaginaire est avant tout une représentation artificielle. Les visions d'une rose vraie, naturelle, existent mais sont rares. Encore sont-elles souvent le produit d'une exaltation imaginative, d'un « porte-à-faux » psychologique, que le rêveur ou la rêveuse dénoncent eux-mêmes dan leurs commentaires. Dans 70% des rêves soumis à l'étude se déploient des images de fausses roses. Quelques brèves séquences illustreront cette affirmation.

Alain : « … je suis dans une sphère, dans l’espace... j'ai l'impression de tomber en chute libre... je rebondis plusieurs fois avant de m'immobiliser sur une pièce de tissu... je me trouve sur un immense nœud papillon en velours noir, posé sur une aspérité rocheuse... je sors de la sphère, mais je dois faire attention pour ne pas tomber dans l'abîme... pour ça, je passe par le centre du nœud... le centre est comme une rose, en fait... que j'essaie de franchir... au moment où j'atteins le centre de la rose, celle-ci s'envole d'un seul coup !... Nous descendons tout doucement vers la vallée... plus nous nous rapprochons du sol, plus la rose semble se décomposer... ses pétales s'en, vont un à un... j'atterris dans un lit de rivière presque à sec... » Annie : « … là, je vois un homme, avec la tête en bas, à l'envers, dans un miroir... il a une chemise à fleurs... il rit, un verre à la main... et là, je vois une grande serviette de table blanche et une serviette roulée comme une rose... c'est une rose orange... » Armelle : « … je suis dans une église... les cloches sonnent jusqu'à me crever les tympans... je crie et personne ne m'entend.. ; Non ! Je ne vois pas... tout ça est sans logique, sans lien... là, c'est une rose qui apparaît : une rose en porcelaine, une rose pour planter les bougies, que quelqu'un vient de casser... quelqu'un qui jette les débris de porcelaine par terre... les débris jonchent le sol... »

Lydia : « … là, c'est un char, dans l'espace... un char en or... c'est le char de Dieu le Père, c'est Lui qui conduit... c'est une fleur ce char, une fleur en or, j'ai sauté dedans... maintenant nous marchons, l'un et l'autre, sur les nuages... il y a une grosse corde, là encore, qui pend... Dieu le Père me protège... il a mis une barrière de roses... c'est des roses en sucre ! C'est pas très naturel ! Je casse ça et j'ai des églantines. Ah ! Quel soulagement !... » Ces quatre exemples, si éloquents, ne constituent qu'un aperçu des ressources déployées par l’imaginaire pour multiplier les images de roses artificielles. Il faudrait encore citer les roses en métal, blessantes, aux pointes empoisonnées, le bouquet de roses au parfum délétère, les guirlandes de roses en papier et quelques autres productions qui prouvent qu'entre la fleur sublime de l'ésotérisme et celle du rêveur éveillé le divorce est si net et si constant qu'il oblige à réflexion. La différence induit la supposition qu'il existe un biais systématique qui dénature le symbole. Comment une image dont la mystique chrétienne a fait une allégorie de la Vierge Marie, que les alchimistes comparaient à la Coupe contenant le sang du Christ, dans laquelle l'officiant voyait le principe actif de l'Œuvre , peut-elle ainsi se pervertir dans la dynamique de imaginaire, dont on sait le rôle positif ? C'est ce que nous proposons d'éclaircir à travers une hypothèse dont la pertinence ne nous est apparue qu'en raison du rapprochement que nous avions observé entre la rose artificielle et le nœud papillon. Quelques lignes du neuvième rêve de Christine convaincront le lecteur de la réalité de cette association, clef de voûte de notre raisonnement :

« Là, je vois un œil maquillé, qui s'ouvre et se ferme... et puis... un bouton de rose... une rose... plutôt des formes géométriques qui se font et se défont... et puis une robe, avec un énorme nœud papillon qui orne le haut de la robe... maintenant c'est une Alsacienne en costume, avec ce gros nœud papillon qui, cette fois, est derrière la tête... et puis un papillon, qui n'a pas vraiment la forme d'un papillon... » La Tradition propose la rose comme un symbole de l'âme épanouie, de la psyché réalisée dan le Soi, comme un centre mystique de nature féminine. Dans l'article consacré au papillon, nous montrons que le lépidoptère est aussi l'une des grandes figurations de l'âme. La légende attribue à Psyché des ailes de papillon. La rose et le papillon ! Deux symbolisations de l'âme. Deux images naturellement associées, émanations des règnes végétal et animal, unies dans la beauté. Elles expriment des valeurs, non pas complémentaires, mais parallèles. Comment ne pas être frappé, dès lors que cette nature symbolique commune est reconnue, par l'évidence de ce qui fait se manifester ensemble, dans les rêves, la rose en sucre, en porcelaine, en métal, en papier, en tissu et... le nœud papillon ! Une fausse rose et un faux papillon. Deux images mortes substituées à leur modèle vivant. La coïncidence est saisissante, la prise de conscience fulgurante !

Le rapprochement des deux symboles de l'âme, sous leur forme dénaturée, atteint la perfection dans le rêve d'Alain qui atterrit sur un nœud papillon de velours noir dont le centre est "comme une rose", qui se transforme en rose et s'envole, emportant le rêveur. Une lumière impitoyable est brusquement projetée sur la rose du rêve, traversant tous les filtres des présupposés qui altéraient la vision. La rose imaginée apparaît pour ce qu'elle est dans 90% des situations : l'indice d'une rencontre tumultueuse entre deux forces contradictoires. D'une part le besoin impérieux de réalisation psychique, de l'autre une résistance de force presque égale qui s'oppose à cette réalisation et dont l reste à déterminer la nature. Parmi les images qui se bousculent dans l'inspiration désordonnée de ces rêves, la Vierge, le Christ, la chapelle et bien d'autres représentations de la Coupe de Vie, témoignent de la réalité du désir d'épanouissement spirituel. C'est la force d'opposition qui brise l'unité du scénario et engendre l'incohérence apparente de sa structure. Dans ce type de situation, ce serait une erreur d'imputer la résistance à l'emprise du mental qui n'y joue qu'un rôle mineur. Pour identifier ce qui s'oppose à la réalisation spirituelle il faut porter le regard vers le symbole le plus étroitement associé à la rose du rêve : la corde.

Dans l'intention d'alléger les séquences reproduites ci-dessus, nous avons supprimé les passages contenant les images de corde. Celles-là sont très variées, originales, mais présentent presque toutes un point commun : ce sont des cordes qui pendent de très haut et qui invitent à l'ascension. parfois même, elles ont leur point d'attache dans le ciel, hors de portée de regard. Cette particularité entre en harmonie avec l'ambition de réalisation spirituelle.

Cependant c'est à la traduction que nous développons dans l'article consacré à la corde qu'il faut se référer pour comprendre ce qui détermine l'apparition de celle-là près de la rose rêvée, La corde, dans l'imaginaire, conduit l'analyste à la découverte d'une problématique dont la sexualité est l'un des axes principaux. Impuissance, frustration sexuelle, banalisation de l'acte dans la multiplication des expériences, des états divers, souvent liés à l’œdipe, provoquent la présence onirique de la corde.

Alors une hypothèse peut être proposée pour expliquer les corrélations entre la rose artificielle, le nœud papillon et la corde. Ces compositions exprimeraient une phrase conflictuelle violente et passagère mettant en jeu d'une part l'émergence de besoin de réalisation spirituelle et d'autre part la manifestation d'un éros qui n'accepte pas d'être amputé d'une part de son pouvoir. L'âme se fige sous l'influence de l'éros vengeur. La rose perd son naturel et devient sucre, porcelaine, métal, tissu ou papier. Le papillon se métamorphose en papillon d'étoffe. Dans la mesure où l'étude de la corde conduit à observer une étroite association entre ce symbole et le nœud, il est difficile d'éviter le rapprochement avec le nœud papillon. Tout concourt à imposer l'évocation de l'âme nouée !

Par un long détour, cette interprétation rejoint le mythe. Psyché devra descendre aux enfers pour avoir découvert le vrai visage de son amant : c'était Éros en personne, l'Amour, pris ici dans le sens le plus clairement sexuel. Laurence, qui, depuis de longs mois, ne se résout pas à faire un choix entre l'accomplissement psychologique auquel elle aspire et les appels impérieux d'une situation sexuelle insatisfaisante propose, dans son treizième scénario, des images et des commentaires qui confirment d'autant plus mon hypothèse, qu'ils sont exprimés au milieu d'une longue crise de sanglots : « J'ai envie de secouer ma robe... j'ai un poids sur le cœur... je laisse des déchets derrière moi... je voudrais que ma robe soit pure... je ne sais pas ce que je veux... je voudrais me débarrasser des poids qui sont sur ma robe, accrochés comme des cafards... alors j'enlève ma robe aussi... je n'ai presque plus rien sur moi... je voudrais être papillon... tout laisser sur cette terre et devenir aérienne,comme un papillon...je regarde derrière moi : c'est bien ça ! Je suis un papillon... où est ma fleur ? Je suis un papillon qui d'ailleurs se transforme en fleur épanouie... en rose... c'est une rose saumon... je voudrais être fleur, pour être belle... […] Mais je me retrouve dans le désert, à marcher dans le sable... le Petit Prince pourrait m’aider à faire le passage... seule je n'y arrive pas, parce que j'ai triché ! J'en ai marre ! Tout se brouille... je ne veux pas qu'on me rejette... »

La rose et le papillon retrouvent ici leur caractère naturel, mais ils expriment un rêve que la patiente sait irréalisable tant qu'elle n'aura pas choisi la voie de l'approfondissement authentique. Le poids est sur la robe c'st-à-dire sur le comportement.

* Le praticien à l'écoute des rêves entendra parfois des mots qui lui parleront de roses odorantes et belles. Il sera peut-être en présence d'une manifestation de la rose mystique, d'un signe d'accomplissement de la psyché totale. Il pourra partager la joie ressentie par le rêveur ou la rêveuse. Devant la rose d’or, il soupçonnera l'exaltation imaginative, portera l'attention sur des indices qui pourraient trahir le narcissisme et ne se réjouira qu'après l'élimination de ces éventualités. Le plus souvent la rose du rêve se rangera parmi les images artificielles que nous avons montrées. Elle révélera une effervescence de la psyché dont il serait vain de prétendre déchiffrer toutes les productions. Le praticien sage se satisfera d'être le témoin d’une phase aiguë du processus d'évolution et rassurera le rêveur qui s'alarmerait de l'incohérence apparente du scénario.

*

*




Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la Rose raconte la sienne dans un conte intitulé "Le Bal des fleurs" :


"Il y a longtemps, très longtemps, Lotus, le roi endormi, régnait sur le vaste royaume des fleurs. Plongé dans ses rêves, il se laissait bercer par les vaguelettes du lac, sans s'occuper le moins du monde de ses sujets. Les fleurs perdirent bientôt patience et supplièrent le ciel de leur envoyer un nouveau monarque, mais leurs voix, trop faibles, se perdaient bien vite. Aussi prièrent-elles le rossignol de voler au-delà des nuages pour présenter leur requête. Le rossignol s'acquitta de cette tâche de bonne grâce. Aussitôt, un bouton minuscule descendit sur la terre pour s'y épanouir en une rose resplendissante, entourée d'épines. Blanche comme la neige, elle était si belle et si innocente que le messager ailé en tomba éperdument amoureux au premier regard. Il se laissa choir pour se blottir tendrement contre ses pétales. Hélas ! Des épines impitoyables transpercèrent sa poitrine, et le sang du rossignol colora la fleur en rouge. Depuis ce temps, des roses de toutes les couleurs fleurissent sur terre, mais la véritable reine du royaume des fleurs est la rose rougie par le sang du rossignol. Du moins, c'est ce que raconte une vieille légende.

Un jour, au début de l'hiver, au moment où les derniers lutins et fées florales quittaient les corolles fanées pour se réfugier dans le mystérieux jardin d'hiver de la reine Rose, celle-ci décida d'organiser un bal somptueux dans son palais. Il devait durer jusqu'au jour où la flûte magique de Pan, dieu espiègle des bergers, annoncerait le retour du printemps dans le monde lointain des humains.

Des milliers de fleurs extraordinaires venues du monde entier se réunirent pour la circonstance et, croyez-moi si vous voulez, elles étaient toutes vivantes. Elles ressemblaient à de petites fées, à de gracieuses princesses, vêtues de leurs robes d'apparat à la traîne parsemée de gouttes de rosée en guise de pierres précieuses, à des princes charmants portant des tuniques multicolores et des parures de pétales, ou encore à de preux chevaliers en armures étincelantes et aux panaches floraux flottant au-dessus de leur front fier. Dans le jardin du palais, les dames d'honneur déambulaient, dignes, sous les arbres, revêtues de leurs crinolines vaporeuses. Des beautés aux yeux bridés, en kimonos arachnéens, cachaient leurs sourires entendus derrière des éventails en plumes d'oiseaux, tandis que les petites princesses espiègles retroussaient leurs jupes pour marcher pieds nus dans la rosée, ou taquinaient les fées des nénuphars au bord du lac. A l'écart, dans les prés, des pages se battaient avec une épine bien affûtée et des archers en herbe lançaient vers le ciel des flèches en aigrettes de pissenlits.

A la nuit tombée, des myriades de lucioles vinrent éclairer les tours du palais. Au son des fanfares, Sa Majesté la Rose prit place sur son trône. A son signal, la musique se fit entendre, et des fleurs se mirent à danser dans la salle et dans le jardin. Elles dansaient avec grâce et ravissement, formant un immense parterre multicolore caressé par la brise. des danseuses rieuses tendaient leurs joues aux gouttelettes des jets d'eau irisés en poussant des cris de joie, et laissaient les papillons, posés dans leurs cheveux, éventer de leurs ailes soyeuses leurs fronts ardents.

A la fin de la danse, Sa Majesté la Rose tapa dans ses menottes pour faire silence et, de sa voix claire, parla ainsi :

"Soyez les bienvenus, mes chers invités,. Je vous souhaite de passer de nombreuses journées et de nombreuses nuits inoubliables à notre grand bal des fleurs. Cependant, je voudrais exprimer un souhait bien modeste. J'aimerais me régaler, au milieu de la danse et des festivités, en écoutant des contes du monde entier. A la fin du bal, nous déciderons ensemble lequel d'entre eux était le plus beau. Qui veut commencer ?"

*

*

Paul Berret, dans Sous le signe des Dauphins, Contes et légendes du Dauphiné (Éditions des Régionalismes, 2008/2010), raconte une histoire intitulée "Des lilas et des roses" qui fait la part belle à ces deux fleurs :


"Je m'étais assis sur l'une des pierres écroulées du monastère et dans ce lieu désert et sombre, je songeais au plaisir que j'allais avoir plus haut, dans la lumière, à cueillir sur les rives du lac Luitel les géraniums sauvages striées d'incarnat, les orchis aux formes diaboliques ou les dianthes aux teintes d'écarlate, quand soudain dans les buissons qui m'encouraient, je crus distinguer des roses, de vraies roses blanches, aux pétales larges et serrés, à peine éclairées au cœur d'une lueur d'aurore.

Je m'approchais. Aucun doute : les Chartreusines cultivaient pieusement des roses pour orner la chapelle de leur couvent. A travers les siècles, malgré l'envahissement des lierres et des broussailles, ces roses étaient toujours là, fleuries miraculeusement et semblant encore attendre la main virginale qui viendrait les détacher de leur tige.

Cette fois puisqu'il ne s'agissait pas de fleurs sépulcrales, je cueillis sans remords l'une de ces belles fleurs d'éclatante et toujours liliale blancheur.

Tout le jour, dans la forêt de Prémol, la rose garda sa fraîcheur première.

Mais lorsque, e retour à mon logis, je la posai sur ma table, soudain tous les pétales se détachèrent et tombèrent, pareils à une neige d'avril, sur le tapis comme si quelques souffle invisible, venu des lointains de l'au-delà, était venu les effeuiller brusquement."

*




Littérature :


Rose


Madrigal

Alors que je me vois si belle et si brillante,

Dans ce teint dont l'éclat fait naître tant de vœux

L'excès de ma beauté moi-même me tourmente ;

Je languis pour moi-même, et brûle de mes feux,

Et je crains qu'aujourd'hui la Rose ne finisse

Par ce qui fit jadis commencer le Narcisse.

M. Habert, abbé de Cérisy, "Rose" in La Guirlande de Julie, XVIIe siècle.

*

Le Spectre de la Rose (1837)

Soulève ta paupière close Qu’effleure un songe virginal ; Je suis le spectre d’une rose

Que tu portais hier au bal. Tu me pris encore emperlée Des pleurs d’argent de l’arrosoir, Et parmi la fête étoilée Tu me promenas tout le soir. Ô toi qui de ma mort fus cause, Sans que tu puisses le chasser, Toute la nuit mon spectre rose À ton chevet viendra danser. Mais ne crains rien, je ne réclame Ni messe ni De Profundis ; Ce léger parfum est mon âme, Et j’arrive du paradis. Mon destin fut digne d’envie : Pour avoir un trépas si beau Plus d’un aurait donné sa vie, Car j’ai ta gorge pour tombeau,

Et sur l’albâtre où je repose Un poète avec un baiser Écrivit : Ci-gît une rose Que tous les rois vont jalouser.

Théophile Gautier, "Le Spectre de la Rose in Poésies diverses (1833 - 1838).

*

*

Les Roses de Saadi


J’ai voulu ce matin te rapporter des roses ; Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.


Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées. Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;


La vague en a paru rouge et comme enflammée. Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée… Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, "Les Roses de Saadi" in Poésies inédites.

*

*

La Femme aux roses

Nue et ses beaux cheveux laissant en vagues blondes

Courir à ses talons des nappes vagabondes,

Elle dormait, sereine. Aux plis du matelas

Un sommeil embaumé fermait ses grands yeux las,

Et se bras vigoureux, pliés comme des ailes,

Reposaient mollement sur des flots de dentelles.

Or, la capricieuse avait, d'un doigt coquet,

Sur elle et sur le lit parsemé son bouquet,

Et, - fond éblouissant pour ces splendeurs écloses ! -

Son corps souple et superbe était jonché de roses.

Et ses lèvres de flamme, et les fleurs de son sein,

Sur ces coteaux neigeux qu'elle montre à dessein,

Semblaient, aux yeux séduits par de douces chimères,

Les boutons rougissants de ces fleurs éphémères.

Théodore de Banville, "La femme aux roses" in Les Stalactites, 1846.

Jacqueline Kelen, auteure de Un Chemin d'ambroisie, Amour, religion et chausse-trappes (Éditions de La Table ronde, 2010) :


"Ce que murmure la rose rouge : "Tu ne peux pas vivre en beauté si tu n'as pas l'amour en ton cœur." "

*

*


722 vues