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  • Anne

Mon amie la Rose



Étymologie

  • ROSE, subst. fém.

Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1140 « fleur du rosier » (Pélerinage Charlemagne, éd. G. Favati, 266) ; 2. 1360 rose d'outremer (Invent. d'Anjou, n°515 ds Gay t. 2) ; xive s. roses sauvages « églantines » (Moamin, éd. H. Tjerneld, IV, 33, 4) ; 1562 rose de Jericho (A. Du Pinet, Hist. du monde, t. 2, p. 334) ; 1660 rose d'Inde (Oudin Fr.-Esp.) ; 1803 rose de Noël (Boiste) ; 1823 rose du Japon « camélia » (ibid.) ; 1842 rose d'hiver (Ac. Compl.) ; 3. 1552 fig. un front de rose (Ronsard, Amours, éd. P. Laumonier, t. 4, p. 21) ; 1557 teint de rose (O. de Magny, Souspirs, éd. Courbet, p. 24) ; 1685 l'Aurore aux doigts de rose, cf. le gr. homérique η ̃ μ ο ς δ'η ̓ ρ ι γ ε ́ ν ε ι α φ α ́ ν η ρ ̔ ο δ ο δ α ́ κ τ υ λ ο ς (La Fontaine, Le Remède ds Contes, éd. G. Couton, p. 368) ; 4. 1228 eve rose (Jean Renart, Guillaume de Dole, éd. F. Lecoy, 4265) ; ca 1393 eaue rose (Ménagier, II, 252 ds T.-L.) ; ca 1480 eau de rose (Mist. Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 40012) ; 1739 fig. (Voltaire, Lettre au pr. roy. de Pr., 1er juin ds Littré : c'est une pièce toute d'amour, toute distillée à l'eau rose des dames françaises) ; 5. 1694 bois de rose (Corneille) ; 1909 id. adj. « couleur » (La Mode illustrée, 28 nov., p. 576a ds Quem. DDL t. 16). B. 1. 1461 se baigner en roses « éprouver un vif plaisir » (Georges Chastellain, Chroniques ducs de Bourgogne, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 3, p. 154) ; 2. 1578 les roses de la vie « ses plaisirs, ses charmes » (Ronsard, Second livre des Sonnets pour Hélène, éd. M. Smith, p. 148) ; 3. 1626 cueillir la rose « prendre la virginité d'une fille » (Sorel, Francion, éd. E. Roy, t. 3, p. 179) ; 4. 1611 nulle rose sans épine (Cotgr.) ; 1651 il n'est point roze sans epine (Scarron, Virgile travesty, l. VI, p. 122) ; 5. 1640 c'est la plus belle rose de son chapeau « le plus grand honneur, le plus grand avantage » (Oudin Curiositez) ; 6. 1666 être sur un lit de roses (La Fontaine, Oraison de St Julien ds Contes, p. 82) ; 1844 être sur des roses (Balzac, Paysans, p. 98) ; 1961 envoyer qqn sur les roses « éconduire » (J. Cau, Pitié de Dieu, Paris, Gallimard, p. 28) ; 7. 1801 voir tout couleur de rose « tout considérer avec optimisme » (E. Despréaux, in Les Dîners du Vaudeville, n°47, thermidor an 9, p. 24 ds Quem. DDL t. 19). C. 1. 1380 « ornement en forme de la fleur » (Invent. de Charles V ds Havard 1890) ; id. rose d'or (ibid. ds Laborde) ; 2. 1634 rose « étoile à 32 divisions représentée sur une boussole, des cartes marines » (E. Cleirac, Explic. des termes de marine ds Jal) ; 1678 rose des vents (Guillet, 3e part.) ; 3. 1689 « marque ronde que le teinturier laisse au bout de l'étoffe » (Règlem. sur les manuf., Teinturiers en laine, art. 34 ds Littré) ; 4. 1690 « baie circulaire garnie de vitraux dans une église » (Fur.) ; 5. 1723 grande rose « linge damassé fabriqué en Flandre et en Normandie » (Savary t. 1, p. 546) ; 6. id. diamant en rose (ibid., p. 1694) ; 1740 diamant rose (Ac.) ; 1752 « diamant taillé par dessus en facettes et plat en dessous » (Trév. Suppl.) ; 7. 1736 rose du gouvernail « femelot des ferrures du gouvernail » (Aubin) ; 8. 1923 rose des sables (Lar. univ.). Empr. au lat. rosa « rose (fleur), rosier »

  • ROSE, adj. et subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1165 « qui a la couleur rouge clair » (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 5531) ; 1852 rose thé (Gautier, Émaux, p. 53); 1909 rose saumon (La Mode illustrée, 3 oct., p. 457 ds Quem. DDL t. 16) ; 2. 1809 tout n'est pas rose (Les Méditations d'un hussard, xj-xij, ibid., t. 19) ; id. voir tout en rose (Brazier, in Le Chansonnier du vaudeville, V, p. 8, ibid.). Empl. adj. de rose sens n°1*.


Voir aussi la définition détaillée du nom qui propose quelques éléments de symbolisme.

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Expressions populaires :

Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expression populaires bien connues :


A l'eau de rose : On ne croirait guère que l'expression à l'eau de rose si simple, si courante, si limpide, réservât des surprises au détective du langage... Tout le monde sait ce qu'est « un roman à l'eau de rose » - chacun en a lu : c'est un roman assez mièvre, déroulant une histoire d'amour gentillette, voire un peu niaise, où des sentiments conventionnels, mais toujours élevés, s'expriment dans un style convenu, plutôt fade, et généralement bourré de clichés. Ces jolis récits destinés aux jeunes filles rangées d'autrefois, ont du reste repris du poids dans la littérature contemporaine repris du poids dans la littérature contemporaine ; ils font le régal des jeunes filles dérangées d'aujourd'hui, de leurs père et mère, du cousin informaticien, de l'ex du grand-père et de ses petites nièces, de tous ceux et celles qui se recomposent un goût littéraire sûr - la collection Harlequin a pénétré chez les notaires et les académiciens.

Il est donc urgent de définir la tendance ; cette locution à l'eau de rose, avec sa fraîcheur de tonnelle, son parfum désuet de table de toilette marbrée, a de quoi retenir. Or, premier mystère, la lexicographie du XIXe siècle l'ignore totalement. Ni Littré, ni Larousse, ni Bescherelle, ni aucun des rapporteurs du langage familier ou "vert", ne la connaît. Au point que le Robert des locutions d'Alain Rey et S. Chantreau, de 1981, précise : « Avec cette forme et ce sens la locution est récente (fin XIXe siècle, sans doute). »

Entendons-nous ! Les dictionnaires connaissent « l'eau de rose », la substance, le liquide cosmétique, « distillat de rose », ou décoction de pétales de roses simplement filtrée - produit fort ancien, au Moyen Âge eve rose, puis eau rose jusqu'au XVIIIe siècle apparemment, eau de rose ensuite… Je veux parler de la métaphore, image de mollesse, d'indolence, découlant de cette eau-là. On la relève déjà chez Voltaire en 1759 sous la forme archaïque à l'eau de rose (in Wartburg) ; Stendhal parle encore dans son Journal (1813-1818), d'« artistes à l'eau rose ». Faudra-t-il donc vraiment attendre la fin du siècle romantique pour qu'elle se reformule de la manière que nous connaissons ?... Eh bien non ; la locution à l'eau de rose existait bel et bien dès la fin du XVIIe siècle, j'en apporte la preuve avec ce texte rare d'une comédie de Dumoncel, L'Intérieur des comités révolutionnaires, créée à Paris le 27 avril 1795. Un membre du tribunal y brocarde un citoyen modéré qui renâcle pour coiffer le fameux bonnet rouge :

« Aristide [avec ironie] : Monsieur Dufour n'est pas l'ami du signe de la liberté ?

Dufour : Non, depuis que vous en avez fait un signe de sang !

Aristide [avec ironie] : Nous ferons en faveur de Monsieur Dufour des révolutions à l'eau de rose. »

De plus, une investigation dans le Trésor de langue française (1979) fait paraître la locution sous la plume de Rodolphe Toepffer, dans les Nouvelles Genevoises en 1839 : « Leurs phrases précieuses et leurs sentiments à l'eau de rose. »

Mais alors intervient un second mystère : comment se fait-il qu'une expression pareille n'apparaisse pas dans l'énorme masse des écrits publiés au XIXe siècle, par les auteurs les plus fameux comme les plus effacés ?... Où est-elle passée entre-temps ? La seule hypothèse que je puisse émettre à la rigueur, est que la locution appartenait à un registre interlope - trop familière peut-être pour s'intégrer au langage officiel, Hugo, Flaubert, ou Littré, tout en n'étant pas suffisamment « peuple » pour figurer dans les œuvres et les lexiques d'argot… Son utilisation par le suisse Toepffer - un homme en dehors des modes et des courants dont Sainte-Beuve a dit : « Il s'est fait un mode d'expression libre, franc , pittoresque » - et son utilisation par les membres du tribunal révolutionnaire, d'évidents originaux,semble appuyer cette version des faits.

Mais je ne suis pas certain d'avoir découvert... le pot aux roses !


Découvrir le pot aux roses : Découvrir le pot aux roses - le secret, le mystère d'une affaire - est une façon de parler qui date au moins du XIIIe siècle où on la rencontre déjà bien établie dans un Dit de vérité :


Car je tanstost descouvreroi

Le pot aux roses.


Comme le remarque P. Giraud, « ces mystérieuses roses ont depuis longtemps exercé la sagacité des linguistes ». Certains ont formulé l'hypothèse d'un pot de fleurs ; le « pot aux roses ornant la fenêtre ou le balcon des belles, et sous lequel les galants plaçaient les billets doux qu'ils leur adressaient », propose M. Rat - un pot que, naturellement, le mari jaloux pouvait « découvrir ».

Plusieurs détails rendent cette proposition irrecevable étant donné l'ancienneté de la locution. D'abord, le « pot de fleurs » ne s'emploie que depuis le XVIIe siècle et le mot « découvrir » n'a pris le sens de « faire une découverte » que vers le XVIe siècle. Enfin, inconvénient majeur, les rosiers ne se cultivent pas en pots ! Du moins la rose actuelle, persistante, embellie, est une fleur relativement récente, qui s'est surtout développée avec les progrès de l'horticulture au début du XXe siècle. Les roses d'antan dérivaient directement de la simple églantine avec laquelle elles étaient plus ou moins confondues, comme en témoigne le vieux proverbe pessimiste : « Il n'est si belle rose qui ne devienne gratte-cul ! » C'était une fleur fragile, passagère, éclose à midi, fanée le soir, de tout temps le symbole de la fugacité de belles choses.

C'est à cause d'une observation botanique directe, et non par hyperbole, que les poètes se désolent de voir la rose fanée au soir de son éclosion :

Les roses overtes et lees (épanouies)

Sont en un jor toutes alees


dit le Roman de la Rose, plus tard Malherbe lançait sa fameuse lamentation :


Et rose elle a vécu ce que vient les roses,

L'espace d'un matin.


Autre supposition, le pot aux roses serait un « pot au rose », c'est-à-dire un « pot qui contient le rose dont les femmes se fardent » ; le découvrir serait alors découvrir l'artifice, le « secret de la toilette d'une femme ». La même objection reste valable quant au sens tardif du mot découvrir ; de surcroît « la locution est d'une époque où la prononciation maintient distincte l'opposition au rose / aux roses et le pluriel est solidement attesté ».

En fait les exemples montrent que le sens ancien de l'expression est non pas « trouver » une chose cachée, mais au contraire « découvrir » au sens de « dévoiler, révéler un secret » qui devait normalement être gardé par la personne qui le laisse échapper. C'est ainsi que l'emploie notamment Charles d'Orléans au XVe siècle :


De tes lèvres les portes closes

Penses de sagement garder ;

Que dehors n'eschappe parler

Qui descouvre le pot aux roses.


Comme le démontre judicieusement P. Guiraud, il s'agit donc de « découvrir », au sens tout à fait matériel d'« enlever le couvercle » d'un pot qui contient des roses. Le secret apparaît alors...

Malheureusement, en ce qui concerne la locution, c'est à partir de là que le mystère s'épaissit ! Pourquoi ces roses ans un pot ? A quel usage ? Et surtout pourquoi recèleraient-elles un secret ?... On peut penser très matériellement à « l'eau de rose », cet ancêtre des parfums, en grande faveur au Moyen Âge, que l'on obtenait par distillation de pétales de roses macérés. L'eau (de) rose était considérée comme un liquide particulièrement pur et précieux. La jeune fille du Guillaume de Dole, calomniée par le vilain sénéchal, pleure de bien jolies larmes :


Lermes plus cleres d'eve rose

li couroient aval le vis (visage).


Comme tout parfum elle s'évente et s'évapore si on laisse le pot découvert... L'odeur se répand dans la pièce et révèle le secret de son existence ?... Ce n'est pas particulièrement concluant.

Pierre Guiraud aborde la même voie, mais en orientant son hypothèse sur la fabrication de l'essence de roses : « La Grande Encyclopédie en décrit longuement la distillation dans une "vessie" ou cornue qui était une "sorte de marras de la panse duquel sort un tuyau, etc. Ce récipient dont les parfumeurs ont autrefois fait mystère, peut servir commodément aux distillations des huiles essentielles un peu précieuses". »

« On voit l'intérêt de cette citation et de la phrase que j'en souligne ; le mystère est peut-être imaginaire et dérive tout simplement de notre expression, mais il n'est pas interdit cependant de voir dans le pot aux roses la cornue des parfumeurs. »

« Par ailleurs, Littré et le Larousse du XIXe siècle définissent rose comme un terme d'alchimie, la rose minérale étant une poudre résultant de la sublimation de l'or et du mercure. Je n'ai pu nulle part retrouver la trace de cette opération, mais elle fait songer à la pierre philosophale, qui est le symbole même du secret et du mystère. Notre pot aux roses pourrait donc bien être la cornue des alchimistes.

Nous nous garderons, ajoute P. Guiraud, de défendre ces hypothèses, nous ne les donnons au contraire que pour mieux montrer comment l'imagination se laisse entrainer sur la pente étymologique. »

Il est vrai que l'on ne voit pas clairement comment ces cornues, contrairement à un « pot » ordinaire, pourraient être « découvertes ». En revanche ces indications renvoient pertinemment à l'idée de secret attachée depuis toujours à la rose. L'expression latine sub rosa, « sous la rose » qui signifie « en grand secret », est employée un peu partout dans les langues européennes. L'origine de cette locution est elle-même obscure. La légende veut que Cupidon ait donné une rose à Harpocrates, le dieu du Silence, pour lui demander de ne pas trahir les amours de Vénus. La rose en serait devenue le symbole du secret. Autrefois on sculptait une rose au plafond des salles de banquets pour rappeler aux hôtes que les confidences échangées à la faveur des libations n'étaient pas destinées à courir les rues... Au XVIe siècle on prit également l'habitude de graver une rose sur les confessionnaux !

La rose bien gardée, symbole de l'amour et du mystère qui l'envelope, constitue précisément l'argument du célèbre Roman de la Rose Le poète est amoureux d'une rose ou plutôt d'un bouton vermeil, qui embaume le jardin d'Amour. mais les rosiers sont entourés d'une haie « fete d'espines mout poignant », et gardés par des figures allégoriques celles que Danger, Honte, Peur… Devant la hardiesses de l'amoureux qui a osé prendre un baiser. Jalousie fait construire une puissante forteresse pour protéger les rosiers. Il ne reste au poète qu'à se lamenter de ne plus voir la rose « qui est entre les murs enclose ».


Et quant du bessier me recors (je me souviens)

qui me mist une odor au cors

assez plus douce que de basme,

par un pot que je ne me pasme,

qu'encor ai ge au cuer enclose

la douce savor de la rose.


Ces tours d'horizon replacent certes le pot aux roses dans un contexte auquel il n'a probablement pas échappé à l'époque où il s'est formé, sans pour autant éclairer son origine de façon déterminante. Il y a quelque ironie à penser que cette expression gardera sans doute éternellement son secret !

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Botanique :


Dans L'effet guérisseur de l'arbre (2016), Clemens G. Arvay nous interroge :


"Saviez-vous que le parfum envoûtant et sucré de la rose a un lien avec votre passé ? Le parfum d'indole de la rose se trouve dans l'utérus. Là, le parfum a été créé par nos propres déchets dans le liquide amniotique et la substance est entrée en contact avec nous pare notre bouche et nos muqueuses. L'indole en fait ne sent pas la rose, mais les fruits trop mûrs, et c'est en se combinant avec d'autres parfums qu'il sent la rose. Mais nous le reconnaissons inconsciemment. La rose nous rappelle donc, de manière inconsciente, le temps que nous avons passé dans le ventre de notre mère. C'est pour cela que nous associons cette odeur avec la chaleur et la tendresse, l'amour et le soin."

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Huile essentielle :


Dans L'Aromathérapie spirituelle, Christine Salvador nous apprend que :


L'huile essentielle de rose est certainement la première huile essentielle que l'on ait extraite d'une fleur. L'on rapporte que l'huile essentielle de rose aurait été distillée pour la première fois par Avicenne, le grand médecin l'aurait fabriquée par hasard au cours d'une de ses expérimentations, dès le Xè siècle.

Son parfum est créateur d'inspiration, elle est la rose du poète.

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses... Soit 40 millions d'années, à en croire certains fossiles du tertiaire. La rose en sa beauté pourrait bien avoir précédé l'homme sur terre, comme pour se préparer à la passion qu'il lui porte, les soins dont il l'entoure, l'inlassable dialogue qu'il a avec elle. La rose est universellement chérie en ses innombrables variétés et son parfum fut et demeure l'or absolu d monde olfactif.

A l'origine, la rose est d'une importance indéniable dans la théorie et la métaphysique de l'alchimie, en effet les roses rouges et blanches étaient considérées comme appropriées aux différentes étapes du travail de l'alchimiste ; il les plaçait dans des cornues et les chauffait avec d'autres matériaux, tout cela dans le but d'obtenir la transformation des métaux de base en or. C'est ainsi que fut produite par accident la première eau de rose et la première huile essentielle de Rose. L'eau de rose et l'huile de rose étaient toutes deux connues dans les pays de langue arabe à la fin du Xè siècle.

Aujourd'hui, la plus grande partie de l'huile essentielle de Rose ne s'obtient pas par distillation, mais plutôt par la méthode dite de l'enfleurage ou par l'extraction aux solvants. L'huile essentielle de Rose est très onéreuse, non seulement parce qu'il faut une énorme quantité de pétales pour produire très peu d'huile, mais ceci demande en plus beaucoup de main d'oeuvre. Cependant les attars, entendez parfums végétaux naturels, de rose qui sont extraits de cette manière sont ultra concentrés, ainsi seules de quantités infimes sont employées pour chaque traitement.

L'attar de rose est de consistance solide dans le flacon à température d'ambiance, il ne se liquéfie en huile épaisse que lorsqu'on réchauffe le flacon entre les mains. D'un brun rougeâtre profond, l'attar de rose ne s'emploie qu'à petites doses, car son parfum est très puissant. Deux variétés de rose sont utilisées pour la production de l'huile essentielle de Rose ; il s'agit de la Rosa centifolia et de la Rosa damascena. Il existe donc de légères différences d'arôme et de couleur en fonction des variétés utilisées, la couleur varie d'orange verdâtre à brunâtre profond. Rosa centifolia se cultive dans la région de Grasse au beau milieu de l'industrie française du parfum, et aussi dans les pays du Maghreb, elle s'appelle dans ce cas Rose Maroc. Rosa damascena se cultive de manière intensive en Bulgarie pour produire de l'huile essentielle. La composition de l'huile essentielle de rose est d'une complexité inégalée, elle contient plus de 300 composants connus représentant à peu près 85% de la totalité. Les 15% restants qui constituent une multitude de composés différents, en très petite quantité, chacun est vital à l'huile en ce qui concerne son parfum et ses vertus thérapeutiques.

En Occident, sa beauté et son parfum en ont fait la reine des fleurs. Avec son alter ego oriental, le lotus, elle symbolise la roue ou le mandala, la présence divine au centre du monde, comme l'illustre la rosace gothique ou la rose des vents. Dans la plupart des civilisations, la rose symbolise l'amour, la pureté et la passion. La mère du Christ est souvent représentée avec une rose à la main. Dans la mythologie, la rose est associée à de nombreuses divinités féminines, comme Vénus la Romaine, Lakshmi l'Indienne ou encore Aphrodite la Grecque. En Egypte, Cléopâtre aurait fait recouvrir le sol de sa chambre d'un tapis de roses afin que l'empereur Marc-Antoine succombe à ses charmes. Mais, la mythologie grecque raconte aussi que la rose est née des larmes de la déesse de l'amour, Aphrodite, qui pleurait Adonis en train d'agoniser. Par son rapport avec le sang répandu, la rose symbolise donc également la renaissance mystique ou la régénération. C'est ainsi qu'au VIIè siècle, le tombeau du Christ aurait été peint d'une couleur "mélangée de rouge et de blanc" et que, depuis l'Antiquité, on orne les tombes de roses.

Amène le lâcher-prise, idéal pour accompagner une personne en fin de vie ou affronter un deuil (associer avec du nard).

Certes elle peut pallier bien des maux, mais elle est surtout un baume pour l'âme, et dans ce sens elle apporte à chacun ce qu'il espère en retirer. La rose nous ouvre à notre conscience et, pensons-nous, conduit à la foi. Et surtout au respect du principe féminin, de la femme dans tout ce qu'elle représente de vertu, de beauté, de pureté, de tendresse et de sacrifice. De fragilité aussi. Elle nous montre que la beauté, la véritable beauté, se contemple, se respire, mais ne se profane pas. La vraie beauté, comme l'amour, se vit, simplement. Divinement. Remercions-la d'exister.

Qu'elle soit issue du sang de Vénus, d'Adonis, la rose, reine des fleurs est immémoriale. Célébrée par les poètes, vénérée dans les livres sacrés, offerte aux dieux et aux rois, la rose est symbole de l'amour. Des bouquets de roses furent trouvés dans le sarcophage de Toutankhamon, gage d'amour de la reine Ankhesamon.

Elle possède aussi des propriétés beaucoup plus subtiles, élévation de tous les niveaux vibratoires du corps humain.


Propriétés et indications énergétiques :

  • puissant harmonisant, psycho-émotionnel en cas d'anxiété nerveuse, de dépression, d'insomnies ou de palpitations.

  • dissout les blocages au niveau des corps subtils.

  • chasse les pensées et les sentiments négatifs, l'irritabilité.

  • amène le lâcher-prise idéal pour accompagner une personne en fin de vie ou affronter un deuil (en association avec du nard de l'Himalaya).

  • aide à surmonter les blessures sans amertume ni désir de vengeance et à restaurer la confiance.

  • ouvre à l'amour universel, la compassion, la tendresse.

  • rides, couperose, peau asphyxiée, certains eczémas, inflammations cutanées, ulcères variqueux : hémostatique, bactéricide, puissant cicatrisant et régénérateur cutané majeur.

  • infections buccales, aphtes : bactéricide, cicatrisant.

  • bronchites chroniques (surtout d'origine psycho-émotionnelle), asthme, tuberculose, troubles du rythme cardiaque, anxiolytique, tonique général.

  • asthénies sexuelles, frigidité, impuissance : aphrodisiaque.

  • dérèglements digestifs : régulateurs de l'appétit, apaise le feu dans le foie et l'organisme en général.

  • chagrin, chakra du cœur, choc émotionnel, dépression, eczéma, frigidité, hémorragie, impuissance, peau sensible, peau sèche, peau vieillissante, rides, système de reproduction féminin, tension nerveuse, tristesse.

  • elle possède aussi des propriétés beaucoup plus subtiles, élévation de tous les niveaux vibratoires du corps humain."

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Symbolique de la rose :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on découvre que :


"Remarquable par sa beauté, sa forme et son parfum, la rose est la fleur symbolique la plus employée en Occident. Elle correspond dans l'ensemble à ce qu'est le lotus en Asie, l'un et l'autre étant très proches du symbole de la roue. L'aspect le plus général de ce symbolisme floral est ce lui de la manifestation, issue des eaux primordiales, au-dessus desquelles elle s'élève et s'épanouit. Cet aspect n'est d'ailleurs pas étranger à l'Inde, où la rose cosmique Triparasundarî sert de référence à la beauté de la Mère divine. Elle désigne une perfection achevée, un accomplissement sans défaut. Comme on le verra, elle symbolise la coupe de vie, l'âme, le cœur, l'amour. On peut la contempler comme un mandala et la considérer comme un centre mystique. La rose est, dans l'iconographie chrétienne, soit la coupe qui recueille le sang du Christ, soit la transfiguration des gouttes de ce sang, soit le symbole des plaies du Christ. Un symbole rosicrucien figure cinq roses, une au centre et une sur chacun des bras de la Croix. Ces images évoquent, soit le Graal, soit la rosée céleste de la Rosa candida de la Rédemption. Et puisque nous citons les Rose-Croix, remarquons que leur emblème place la rose au centre de la Croix, c'est-à-dire à l'emplacement du cœur du Christ, du Sacré-Cœur. Ce symbole est le même que la Divine Comédie ; laquelle ne peut manquer d'évoquer la Rose mystique des litanies chrétiennes, symbole de la Vierge ; le même peut-être aussi que celui du Roman de la Rose. Angelus Silesius fait de la rose l'image de l'âme, celle aussi du Christ, dont l'âme reçoit l'empreinte. La rose d'or, autrefois bénie par le Pape le quatrième dimanche de Carême, était un symbole de puissance et d'instructions spirituelles mais aussi sans doute un symbole de résurrection et d'immortalité. La rosace gothique et la rose des vents marquent le passage du symbolisme de la rose à celui de la roue.

Il faut enfin noter le cas particulier, en mystique musulmane, d'un Saadi de Chiraz, pour qui le Jardin des Roses est celui de la contemplation : J'irai cueillir les roses du jardin, mais le parfum du rosier m'a enivré. Langage que la mystique chrétienne se refuserait en aucune manière, en commentaire du Cantique des Cantiques sur la rose de Saron.

La rose, par son rapport avec le sang répandu, paraît souvent être le symbole d'une renaissance mystique :

Sur le champ de bataille où sont tombés de nombreux héros, poussent des rosiers et des églantiers.... Des roses et des anémones sont sorties du sang d'Adonis tandis que ce jeune dieu agonisait...

Il faut, dit Mircea Eliade, que la vie humaine se consume complètement pour épuiser toutes les possibilités de création ou de manifestation ; vient-elle à être interrompue brusquement, par une mort violente, elle tente de ses prolonger d=sous une autre forme : plante, fleur, fruit.

Les cicatrices sont comparées à des roses par Abd Ul Kadir Gilani, qui attribue à ces roses un sens mystique..

Selon F. Portal, la rose et la couleur rose constitueraient un symbole de régénération du fait de la parenté sémantique du latin rosa avec ros, la pluie, la rosée. La rose et sa couleur, dit-il, étaient les symboles du premier degré de régénération et d'initiation aux mystères... L'âne d'Apulée recouvre la forme humaine, en mangeant une couronne de roses vermeilles que lui présente le grand-prêtre d'Isis. Le rosier, ajoute cet auteur, est l'image du régénéré, comme la rosée est le symbole de la régénération. Et la rose, dans les textes sacrés, accompagne bien souvent le vert, ce qui confirme cette interprétation. Ainsi dans l'Ecclésiaste (24, 14) : J'ai grandi... comme les plants de roses de Jéricho, comme un olivier magnifique dans la plaine. L'olivier était consacré à Athéna - la déesse aux yeux pers - qui naquit à Rhodes, l'Île des Roses : ce qui suggère les mystères de l'initiation. Et les rosiers étaient consacrés à Aphrodite en même temps qu'à Athéna. La rose était chez les grecs une fleur blanche, mais lorsque Adonis, protégé d'Aphrodite, fut blessé à mort, la Déesse courut vers lui, se piqua à une épine et le sang colora les roses qui lui étaient consacrées.

C'est ce symbolisme de régénération qui fait que, depuis l'Antiquité, on dépose des roses sur les tombes : les Anciens... nommaient cette cérémonie rosalia ; tous les ans, au mois de mai, ils offraient aux mânes des défunts des mets de roses. Et Hécate, déesse des Enfers, était parfois représentée la tête ceinte d'une guirlande de roses à cinq feuilles. On sait que le nombre cinq, succédant au quatre, nombre d'accomplissement, marque le départ d'un nouveau cycle.

Au septième siècle, selon Bède, le tombeau de Jésus-Christ était peint d'une couleur mélangée de blanc et de rouge. L'on retrouve ces deux éléments composants de la couleur rose, le rouge et le blanc, avec leur valeur symbolique traditionnelle, sur tous les plans, du profane au sacré, dans la différence accordée aux offrandes de roses blanches et de roses rouges, ainsi que dans la différence entre les notions de passion et de pureté et celles d'amour transcendant et de sagesse divine. Aux armes des religieuses, dit le Palais de l'Honneur, l'on met une couronne composée de branches de rosier blanc avec ses feuilles, ses roses et ses épines, qui dénote la chasteté qu'elles ont conservée parmi les épines et les mortifications de la vie.

La rose est devenue un symbole de l'amour et plus encore du don de l'amour, de l'amour pur... La rose comme fleur d'amour remplace le lotus égyptien et le narcisse grec ; ce ne sont pas les roses frivoles de Catulle... mais les roses celtiques, vivaces et fières, non dépourvues d'épines et lourdes d'un doux symbolisme : celle du Roman de la Rose, dont Guillaume de Lorris et Jean de Meung font le mystérieux tabernacle du Jardin d'Amour de la Chevalerie, rosa mystica des litanies de la Vierge, roses d'or que les Papes donneront aux princesses méritantes, enfin l'immenses fleur symbolique que Béatrice montre à son amant fidèle parvenu au dernier cercle du Paradis, rose et rosace à la fois.

L'amour paradisiaque sera comparé par Dante au centre de la rose : Au centre d'or de la rose éternelle, qui se dilate et va de degré en degré, et qui exhale un parfum de louange au soleil toujours printanier. Béatrice m'attira.. (Dante, Le Paradis, chant XXX 124-127 ; chant XXXI, v. 4-22)

Blanche ou rouge, la rose est une des fleurs préférées des alchimistes dont les traités s'intitulent souvent rosiers de philosophes. La rose blanche comme le lis fut liée à la pierre au blanc, but du petit oeuvre, tandis que la rose rouge fut associée à la pierre au rouge, but du grand oeuvre. La plupart de ces roses ont sept pétales dont chacun évoque un métal ou une opération de l'oeuvre. Une rose bleue serait le symbole de l'impossible."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Dans l'Antiquité, la rose était associée à l'amour et à la volupté, particulièrement la rose rouge, plante de Vénus qui lui a donné naissance. Selon la légende, les roses étaient blanches à leur création : Vénus, à la vue de son bien-aimé Adonis agonisant, se mit à courir pieds nus ; une épine la blessa et son sang colora la fleur. Dans un autre récit, Bacchus, ivre, poursuivant une nymphe, parvint à la rattraper grâce à un buisson d'épineux qui l'avait arrêtée ; pour le remercier, la divinité de la Vigne et du Vin « le toucha de sa baguette et ordonna qu'il fût couvert de fleurs, dont la belle rougeur veloutée imiterait la nuance que la pudeur et la honte étendaient sur les joues de la nymphe capturée ». Dans les repas romains et grecs, les convives portaient des couronnes de roses ou en ornaient leur tasse pour se protéger de l'ivresse.

En Grèce, on fleurissait de roses la maison des mariés et à Rome, les courtisanes s'en paraient le jour de la fête de Vénus (23 avril) ; encore au Moyen Âge, dans certaines régions, on imposait le port d'une rose aux prostituées, aux filles mères (et même aux Juifs).

En même temps, la reine des fleurs, symbole de l'initiation dont la première étape serait la mort charnelle, avait une signification funéraire ; la déesse Hécate, qui présidait à la mort, était parfois représentée la tête ceinte d'une guirlande de rose à cinq feuilles, le nombre cinq représentant le départ d'un nouveau cycle. Les Anciens jetaient des roses sur les tombeaux à l'occasion de la cérémonie Rosalia et tous les ans, en mai, ils offraient des roses aux mânes des morts. En Egypte, où la fleur jouait un rôle dans les cérémonies religieuses, les fêtes et les mariages, on en jonchait également les tombeaux. Dans tout le bassin méditerranéen, traditionnellement, des rosiers sont plantés au côté des cyprès, autour des tombeaux. On peut penser qu'on leur attribuait le pouvoir de protéger les morts des mauvais esprits. Signalons que selon la tradition arabe, la rose est née des rognures d'ongle ou de la sueur de Mahomet.

Dans la tradition chrétienne, la rose, qui a donné sa forme à la rosace gothique, et à laquelle on prête sept pétales comme les sept jours de la Création, figure les plaies du Christ ou la coupe qui a recueilli son sang. Elle évoque également l'immortalité et la résurrection ou renaissance mystique. Les Rose-Croix, illuminés allemands du XVIIe siècle, ont d'ailleurs un symbole figurant « cinq roses, une au centre et une sur chacun des bras de la Croix. Ces images évoquent, soit le Graal, soit la rosée céleste de la Rédemption ».

Nous retrouvons d'ailleurs cette idée de la régénération dans la « palingénésie de la rose », opération liée à la croyance, courante autrefois, que la rose - ou tout autre être vivant, animal, végétal ou humain - peut renaître temporairement de ses cendres. Si on place sur du crottin de cheval (un mois) puis alternativement à la lumière de la lune et du soleil, un flacon contenant de la cendre de rose mêlée à de la rosée, on obtient tôt ou tard (le résultat peut se faire attendre une année), « des exhalaisons subtiles [et] des légers nuages : de toute cette matière, il doit se former une poussière bleue ; de cette poussière, lorsqu'elle est élevée par la chaleur, il se forme un tronc, des feuilles, des fleurs ; on aperçoit en un mot du milieu de ses cendres. […] Le retour de la chaleur ressuscite toujours un autre phœnix végétal »

La rose est encore la fleur préférée des alchimistes, la rose blanche étant associée au « petit œuvre » et la rouge au « grand œuvre ».

Si aux temps des païens, Vénus a créé la rose rouge, c'est la Vierge, dit-on en Gascogne, qui produisit le rosier blanc : la mère de Jésus cultivait en effet un pied de roses rouges mais n'ayant plus d'eau pour les arroser, les fleurs se desséchèrent provoquant les pleurs de l'Enfant Jésus : « Alors Marie laissa tomber une goutte de lait sur les roses flétries, qui reprirent vie aussitôt et devinrent toutes blanches ». Le diable, jaloux de ce parrainage, voulut créer un rosier mais ne parvint qu'à faire l'églantier ou rosier sauvage.

La rose rouge favorise la conception et protège la grossesse ; une femme a tout intérêt à conserver sur elle jusqu'à son accouchement un petit sachet de soie rouge contenant des pétales séchés de la fleur.

Selon une divination remontant aux Anciens (la phyllorhodomancie), plus on obtient de bruit en faisant claquer dans sa main (ou entre ses doigts) des pétales ou des feuilles de roses, plus on est aimé ou plus on a de chance de succès dans un vœu.

En Angleterre, les jeunes filles enveloppent une rose dans du papier blanc la veille de la Saint-Jean et la conservent jusqu'à Noël ; si la fleur alors est encore fraîche, c'est de bon augure pour la vie sentimentale. E, la portant à l'encolure de sa robe le jour de Noël, on peut connaître son futur époux : ce sera celui qui fera compliment à propos de la fleur. Une jeune fiancée peut encore cueillir deux roses à longues tiges puis les mêler avant de se coucher : les fleurs confirmeront la sincérité de l'amour du futur mari en fonçant de couleur au cours de la nuit.

Les roses bénies à la Fête-Dieu et jetées au feu au premier signe d'orage protègent de la foudre (Bourgogne, Maine). Manger des pétales de rose embellit. Séchés, ils peuvent servir aux vœux de guérison. Si on suspend dans la chambre d'un malade un tissu blanc imprégné d'eau de rose et que les araignées l'évitent, le rétablissement est certain.

Autrefois, on portait aux baptêmes des vases remplis d'eau de rose ; on raconte qu'en allant à l'église pour le baptême de Ronsard, sa nourrice laissa tomber l'enfant sur un tas de fleurs tandis que celle qui tenait le récipient d'eau de roses le répandit sur lui : « Ces deux événements furent considérés comme un heureux présage de ce qu'il deviendrait un jour ».

Couper pour la première fois les ongles d'un enfant sous un rosier le rend honnête, lui donne une belle voix et, en général, lui porte bonheur. Cette opération faite sur un petit garçon assure à sa mère d'avoir une fille pour prochain enfant (Gironde). Un enfant aura également une belle voix si on enterre son cordon ombilical au pied d'un rosier (de couleur blanche de préférence) ; il aura le teint mat si on enfouit son cordon au pied d'un rosier blanc, des joues colorées si c'est sous un rosier rouge et de jolies couleurs au pied d'un rosier à fleurs roses. Enterrer le placenta sous un rosier rose ou exposer le nouveau-né, peu de temps après sa naissance, le nombril à l'air sous un rosier de couleur évite qu'il soit pâle.

En Lombardie, un rosier pousse spontanément à l'endroit où a été enterré un enfant tué par son frère ou sa sœur : si on cueille matinalement une de ses fleurs, « elle se mettra aussitôt à chanter avant le coq et révélera le nom de [l']assassin ».

Un grain de rose, un grain de moutarde et le pied d'une belette suspendus à un arbre l'empêchent de donner des fruits mais placés dans les filets des pêcheurs, attirent les poissons ; ces mêmes ingrédients posés au pied d'une chou sec et mort, le font reverdir en une demi-journée.

Si une seule rose restée sur sa tige est comme tournée vers une maison,, un de ses habitants va décéder (Landes, Pyrénées). En Béarn, on dit aussi « Si la rose de jardin penche vers la maison, la Mort fait [entendre] : maiou ! ». La mort est également promise à une personne, qui, en saisissant une rose, se retrouve avec uniquement la tige en main, tous les pétales étant tombés. Il porte malheur d'éparpiller des feuilles de roses au sol. Chez les Anglo-Saxons, celui qui jette une rose dans une tombe lors d'un enterrement attire l'attention de la mort.

La floraison de roses à l'automne prédit un malheur dans l'année ; au pays de Galles, il est de mauvais augure que les roses de Noël ne s'ouvrent pas avant le printemps.

Les rosiers que l'on effeuille la veille de la Saint-Jean, à midi, donneront dans l'année deux fois plus de fleurs (Ardennes).

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Selon, Nicki Scully dans Méditations de l'Animal pouvoir, Voyages chamaniques avec les alliés esprits (Guy Trédaniel 2002 pour la traduction française), la rose est :


La "reine incontestée de toutes les fleurs, d'une beauté sans rivale, utile dans la médecine, et appréciée pour son parfum délicat. Au Moyen Âge, les rosaires étaient faits de pétales en rose comprimés. Moins commune est l'association de la rose avec la mort. En Suisse, les cimetières, parfois, sont appelés jardins de roses, symbolisant non seulement la mort, mais la renaissance et la résurrection. Dans la Rome antique, les tombes étaient ornées de roses, les cimetières étaient plantés de rosiers. L'expression latine sub rosa renvoie aux Romains, aux Grecs, et aux Perses, qui plaçaient des roses au-dessus de la porte, au cours des réunions conciliaires, en signe de secret et de silence. La rose a souvent été associée au cœur, et son cœur à l'amour. Ce sont les aspects [... qu'il faut travailler] car il est important , pour son développement, d'avoir un cœur ouvert. Le dessein de ce voyage est de satisfaire le besoin, en chacun, de reconnaître sa beauté et sa perfection. Ceux qui voyagent avec la rose auront une occasion de faire l'expérience de l'ouverture de leur cœur, quand les pétales se déploient pour révéler l'essence de la rose, l'essence de l'amour

Le Voyage de la Rose fait partie des Voyages de fondation, c'est-à-dire des voyages qui "dont la base des méditations de l'Animal Pouvoir. Ils aident à établir votre relation avec e travail, posant les fondations et établissant des dispositions au voyage qui vous permettront d'aller plus loin dans certaines des autres sections. C'est ici que votre relation avec votre guide originel commence à s'établir. [...]


Voyage de la Rose

Enracinez-vous et centrez-vous avec votre respiration et générez une abondance d'amour pour votre flamme du corps, afin de la rendre forte et étincelante pour l'alchimie... Prenez conscience du sommet de votre crâne, comme porte de votre conscience. Veillez à ce que le Chaudron soit d'or et que son contenu soit rose. Quand vous remuez l'eau rose dans le Chaudron d'Or, elle monte pour rencontrer la flamme de votre cœur. Quand l'eau est changée en vapeur, naît une source de brume rose. Faites monter votre conscience dans la vapeur et la source, plus haut que votre crâne... Vous êtes pris dans une brume rose. Vous êtes conscient de la présence de Thoth, même si vous ne pouvez le voir dans le brouillard rose. Sentez la douceur de la brume rose et jouissez de son étreinte...

De la brume rose, un arbuste émerge. Il peut s'agir d'un arbre isolé, ou d'une partie d'un buisson. Il y a des feuilles vertes luisantes sur de fortes et gracieuses tiges. Des épines acérées donnent une aura de protection. La lumière du soleil pénètre la brume rose, faisant briller les gouttes de rosée prises dans les plis des feuilles et des fleurs, et tandis que les rayons chauds du soleil consument le brouillard, les pétales de rose commencent lentement à s'ouvrir. Il y a une connexion directe entre cette rose et votre cœur, et quand chaque pétale se déploie, vous pouvez sentir l'ouverture de votre cœur...

[Pause ]

Tandis que cette rose superbe continue de s'ouvrir, elle émet un parfum exquis, générant des sentiments de perfection, de beauté et d'amour...

Prenez un moment pour honorer la beauté et la perfection de cette rose... En respirant profondément, inspirez le parfum de la rose, laissez son essence imprégner le tréfonds de votre être...

Une union se produit, et vous fusionnez avec l'essence de la rose, et vous l'expérimentez... Sentez la sensualité du soleil sur vos pétales ouverts. Remarquez la sensation de la brise caressant votre corps, touchant chaque cellule. Vous êtes empli de l'amour que vous ressentez pour la rose. tous vos sens sont accrus, et vous prendrez conscience que vous êtes dans un jardin. Votre sens de l'ouïe est accru, pour amplifier la vie grouillante du jardin. Il y a un bourdonnement incessant qui se différencie dans le bruit de l'abeille qui vous rend visite, entrant par le cœur ouvert de vos pétales déployés, dansant tandis qu'elle collecte le doux pollen.... Recevez un message de la part de cette partenaire dans la danse continue de la vie. Il y a ici un enseignement au sujet de l'extase et de votre beauté intérieure. ...

[Pause ]

Faites descendre votre attention de la fleur vers le système racinaire de votre rosier. Vos racines sont fortes, et elles plongent profondément dans le sol, vous maintenant fermement dans un endroit dont votre nourriture est tirée. Remarquez votre connexion à la terre et prenez conscience de vous-même, comme être enraciné, même avec la joie et l'extase de votre expérience...

Prenez conscience de la présence de Thoth. Il vous aide à revenir dans votre conscience ordinaire au moyen d'ne transformation progressive qui vous permet de mettre vos sentiments de perfection et de beauté dans votre forme physique. En passant du corps de la rose au corps humain, vous gardez une taille normale, et la rose devient petite, concentrée pour tenir dans votre centre du cœur, où elle continue à rayonner son parfum exquis.

[Veillez à bien vous enraciner et vous centrer dans votre corps physique...]


Mots-clefs : Perfection du Soi ; Ouverture du cœur.

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D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"La rose est le lotus de l'Occident. En effet, tous les symboles attribués au lotus en Égypte et en Asie sont représentés par la rose en Europe. Ainsi, elle est, elle aussi, la fleur mystique par excellence, symbole de naissance et de renaissance, de résurrection chrétienne, de vie éternelle. Toutefois, il semble bien que cette belle fleur soit originaire de l'Inde, car un parfum y porte son nom.

En Grèce, elle était aussi fort appréciée. L'espèce qui poussait dans l'île de Rhodes, parmi les rhododendrons ou lauriers-roses qui portent son nm (en grec, "rose " se disait rhodon), était célèbre, comme l'était l'essence de rose, l'in des parfums d'Arabie les plus prisés. La rose des vents, qui désigne d'abord les 4 directions, fut ensuite réalisée sous la forme d'une étoile à 32 branches correspondant aux 32 aires du vent sur la boussole des marins, et évoque le lotus aux 8 pétales.

Symbole de la femme par excellence, de la beauté, de la pureté et de la sainteté, pour les Chrétiens, la rose est l'attribut de la Vierge. Ainsi, le rosaire ou rosarium, qui désignait une guirlande de roses dont on couronnait les statues de la Vierge, fut utilisé comme chapelet et finit par désigner la prière que l'on prononce en l'égrenant, comme les moines hindouistes et bouddhistes, à l'autre bout du monde, récitent leurs mantras, les textes et hymnes liturgiques qu'ils considèrent comme des instruments de méditation. La rose de Jéricho, ou fleur de la Passion, est une petite plante originaire de Syrie, qui a la particularité de renaître une fois plongée dans l'eau, alors qu'on la croyait fanée. Cette propriété lui valut de nombreuses légendes qui, d'Orient en Occident, en firent une fleur miraculeuse, dont les vertus furent bien sûr assimilées à la rose commune. De fait, la rose aux innombrables espèces fut sans doute introduite en Europe par l'intermédiaire des Croisés, au XIIe siècle, qui rapportèrent des rosiers. Ainsi, historiquement, on sait que la célèbre rose de Provins, en France, dont la culture fut répandue par les comtes de Champagne, et notamment par Henri II, roi de Chypre, puis de Jérusalem, est originaire de Damas.

Mais déjà, aux Ier, IIe et IIIe siècles de notre ère, les médecins grecs Dioscoride, Galien et Théophraste cultivaient des roses, autant pour leur beauté et leur parfum que pour leurs vertus médicinales. En effet, depuis la plus haute Antiquité, l'infusion de pétales de roses est connue pour son efficacité contre les maux de gorge et pour stimuler l'activité pulmonaire. Par ailleurs, l'eau de rose est une merveilleuse lotion qui nettoie et tonifie la peau et qui, pour ces raisons, avait la réputation d'être une authentique eau de jouvence."

Selon Ted Andrews, dans Le Monde enchanteur des Fées (1993, 2006),


"Cette fleur est l'une des plus sacrées. Ses fées et ses esprits entretiennent des liens étroits avec leurs aînés, les anges. Communier avec eux rend plus affectueux et plus sensible aux anges. Ils nous enseignent l'art de la télépathie et de la divination. Ils détiennent les secrets du temps et des voyages dans le temps. La fée de la rose blanche nous aide à acquérir de la pureté spirituelle et nous éveille à notre propre divinité. La fée de la rose rouge veille sur tout ce qui a trait à l'amour et à la fécondité. La fée de la rose rose nous enseigne à mêler la masculinité et la féminité en vue d'une renaissance. La fée de la rose jaune nous apprend à reconnaître et à dire la vérité."

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : L'Amour ; La Passion ; La Pureté.


Savez-vous ? : Les symboles de la rose dans le langage des fleurs sont sans aucun doute ceux qui varient le plus selon l'espèce, le lieu et la couleur. Il existe de nos jours plus de vingt-cinq mille espèces de roses dans le monde ! Même si nous voyons la rose partout, dans es jardins, les terrasses, les balcons, l'essentiel de la culture de cette fleur se fait en serre. Les Pays-Bas en sont les spécialistes et les plus grands producteurs. L'ancêtre de notre rose actuelle est l'églantier à cinq pétales. Sa manipulation avait déjà commencé durant l'Antiquité.

Dans les jardins suspendus de Babylone, les premières roses de Damas côtoyaient le dahlia, le lys et l'iris. Les Grecs considéraient que la rose était un signe de richesse et de prospérité. Pour sa beauté, ils la dédièrent à la déesse Aphrodite et à son amant Adonis. Dans l'Antiquité, les roses étaient associées aux rites funéraires ; en effet, les Romains payaient des esclaves pour déposer des roses sur leur tombe, après leur mort. Les cérémonies des "rosalia", réminiscence de cette tradition romaine, consistent encore de nos jours, à fleurir les tombes de bouquets de roses dans toute l'Italie, le dimanche de Pâques. La première rose qui fit son apparition dans les jardins de France fut la rose "gallica." Les Croisés en apportèrent quelques spécimens dans leurs bagages. L'invasion arabe de l'Espagne renforça sa présence en Occident. La culture et la manipulation de la rose débuta en France dès la fin du XIIe siècle. En Inde, la "Triparasundari" est la rose cosmique qui se réfère à la beauté divine de la mère. Elle représente pour les Hindous la perfection, l'accomplissement. Elle symbolise par sa forme la coupe de la vie, le centre du mandala qui est chez les bouddhistes la roue, symbole de la représentation du monde.


Usages : La rose de Damas et la rose à cent feuilles sont le plus recherchées en parfumerie. De nos jours encore, quand on confie à quelqu'un des paroles "sous le sceau de la rose", cela veut dire qu'elles sont protégées par le sceau du secret. Mais si ces paroles s'ébruitent, alors on dit que le pot aux roses a été découvert. Les essences de roses rentrent dans la composition d'une grande majorité des parfumes que nous utilisons.

Les pétales de rose sont aussi utilisés en gastronomie : il existe une délicieuses confiture de pétales de roses que les Turcs dégustent souvent au goûter ; en Tunisie, les pétales de roses entrent dans la composition de différents plats, dont le couscous aux pétales de roses ; au Maghreb, l’eau de rose, avec l'eau de géranium, parfume un grand nombre de pâtisseries et en Europe, on consomme les pétales de roses cristallisés sur des gâteaux.


Légende : Dans l'Antiquité, la rose était attribuée à Adonis, amant de la déesse grecque de l'amour, dont le sang, à la suite d'une blessure mortelle, se transforma en rose rouge. Pour séduire Marc Antoine, la légende raconte que Cléopâtre fit recouvrir le sol de sa chambre d'un épais tapis de pétales de roses et y convia l'empereur. Marc Antoine enivré par les puissants effluves qui s'en dégageaient, succomba aux charmes de la belle Cléopâtre.


Messages : Rose blanche = Vous êtes si pure

Rose rouge = Je vous aime passionnément.

Rose jaune : Vous êtes infidèle.

Rose rose : Vous êtes si douce."

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion 2000) :


"Elle est partout, la rose. Il est rare que nous n'en ayons pas une dans notre champ de vision. une vraie, ou en terre ou en vase ou dessinée, peinte, sculptée, imprimée, en bouquets, en guirlandes, en couronnes, sauvage, simple, double, mousseuse, thé, grimpante, en arbustes, bicolore, veinée, tachetée, marbrée. Sur cette terre, depuis trente-cinq millions d'années, reine des fleurs de puis l'Antiquité et pourtant restée simple, elle aime parler aux humains.

La rose annonce : "amour" et beauté". Ensuite, chaque couleur module. La blanche commence sur la pointe des pieds : "amitié" ou "virginité". Puis elle risque : "amour qui soupire". Très vite, elle se fait plus pressante : "oh, mon ange parlez-moi". Lorsqu'elle porte, au creux de ses pétales, un cœur rouge, elle en rajoute : "mon émotion est indicible". Rose et à longue tige, elle aime qu'on l'appelle "la reine du cœur". Rouge vif, elle s'emballe : "amour ardent, folle passion". Pourpre, elle se met à philosopher : "rien n'est plus grand que la danse devant la mort". Rouge et blanche, elle souffre du "feu de l'amour". Avec la rose thé, le registre change, il est question de "galanteries". Jaune, la rose a le front de prononcer le mot : "infidélité" et d'ajouter : "je ne pense pas à l'amour". En revanche, trémière, elle propose : "scellons une union parfaite". Faut-il la croire ? La question se pose car elle glisse également : "je vous suis fidèle jusque dans mes infidélités". En bouton, elle évoque "l'amour de qui n'a pas encore aimé". Épanouie, elle rappelle que la beauté est passagère.

Avec les poètes, nous sommes émus de la voir si belle et de la savoir si fugitive. Nous savons bien, comme Malherbe, que le moment arrivera trop vite où nous dirons avec lui : "Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, l'espace d'un matin".


Mots-clefs : "amour et beauté"

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François Cheng, prend l'exemple de la rose pour réfléchir sur la notion de beauté dans Cinq méditations sur la beauté (Éditions Albin Michel, 2006) :


Relevant de l'être et non de l'avoir, la vraie beauté ne saurait être définie comme moyen ou instrument. Par essence, elle est une manière d'être, un état d'existence. Observons-la à travers un symbole de la beauté : la rose. Cela au risque de tomber dans un discours "à l'eau de rose" ! Courons ce risque. Par quelle voie d'habitude et de déformation, la rose est-elle devenue cette image un peu banale, un peu mièvre, alors qu'il a fallu que l'univers évolue durant des milliards d'années pour produire cette entité miraculeuse d'harmonie, de cohérence et de résolution ? Acceptons de nous pencher une bonne fois sur la rose. Commençons par nous rappeler ce distique d'Angelus Silésius, un poète du XVIIe siècle originaire de Silésie, qu'on affilie aux mystiques rhéno-flamands, tels que Maître Eckhart ou Boehme :


La rose est sans pourquoi, fleuris parce qu'elle fleurit ;

Sans souci d'elle-même, ni désir d'être rose.


Vers connus, admirables devant lesquels on ne peut que s'incliner. En effet, la rose est sans pourquoi, comme tous les vivants, comme nous tous. Si toutefois un naïf observateur voulait ajouter quelque chose, il pourrait dire ceci : être pleinement une rose, en son unicité, et nullement une autre chose, cela constitue une suffisante raison d'être. Cela exige de la rose qu'elle mette en branle toute l'énergie vitale dont elle est chargée dès l'instant où sa tige émerge du sol, celle-ci pousse dans un sens, comme mue par une inébranlable volonté. Au travers d'elle se fixe une ligne de force qui se cristallise en un bouton, et bientôt à partir de ce bouton, les feuilles puis les pétales se forment, s'éploient, épousant telle courbure, telle sinuosité, optant pour telle teinte, tel arôme. Désormais, rien ne pourra plus l'empêcher d'accéder à sa signature, à son désir de s'accomplir, en se nourrissant de la substance venue du sol, mais aussi du vent, de la rosée, des rayons du soleil. Tout cela en vue de la plénitude de son être, une plénitude posée dès son germe, dès un très lointain commencement, de toute éternité, dirait-on.

Voilà enfin la rose qui se manifeste dans tout l'éclat de sa présence, propageant ses ondes rythmiques vers ce à quoi elle aspire, un pur espace sans limites. Cette irrépressible ouverture dans l'espace est à l'image d'une fontaine qui rejaillit sans cesse du fond. Car pour peu que la rose veuille durer le temps de son destin, elle se doit de s'appuyer sur un enfouissement dans la profondeur. Entre le sol et l'air, entre la terre et le ciel s'effectue alors un va-et-vient que symbolise la forme même des pétales, forme si spécifique, à la fois recourbée vers l'intérieur de soi et tournée vers l'extérieur en un geste d'offrande. Ce que Jacques de Bourbon Busset résume avec une formule heureuse : "éclat de la chair, ombre de l'esprit". Il convient en effet que la chair soit dans l'éclat et que l'esprit soit à l'ombre, afin que ce dernier puisse soutenir le principe de vie qui régit la chair. Lors même que les pétales seraient tombés et mêlés à l'humus nourricier, persiste leur invisible parfum, comme une émanation de leur essence, ou un signe de leur transfiguration.

"En un geste d'offrande", avons-nous dit. Pourtant le poète, lui, a écrit : "sans souci d'elle-même, ni désir d'être vue". Il est vrai que le pourquoi d'une rose étant d'être pleinement une rose, l'instant de sa plénitude d'être coïncide avec la plénitude de l'Être même. Autrement dit, le désir de la beauté s'absorbe dans la beauté ; celle-ci n'a plus à se justifier. Si nous continuons à vouloir raisonner en termes de "être vue" ou "ne pas être vue", disons que la beauté de la rose dont l'éclat résonne à tout l'éclat de l'univers (outre le rôle qu'elle joue dans l' "éducation" du regard des hommes, ces créatures douées d'yeux et d'esprit - il n'y a en fin de compte qu'n regard divin qui puisse l'accueillir. J'ai bien dit : l'accueillir, et non la cueillir !

Il me revient à l'esprit ce que j'ai dit des trois acceptions du mot sens. Ce vocable monosyllabique semble en effet comprimer, ou cristalliser, en lui les trois états essentiels de l'Être tels que les dénombre la rose : sensation, direction, signification.

[...]

Presque tous les poètes ont célébré les fleurs, et beaucoup d'entre eux la rose. J'aurais pu citer Ronsard, Marceline Desbordes-Valmore et surtout Rilke. Mais écoutons Claudel, pour la simple raison que je suis en train de le lire, à l'occasion du cinquantenaire de sa mort. Ecoutons tout d'abord ce passage où à la lumière du Tao, c'est-à-dire de la « Voie de la vie ouverte », il parle ce choses vivantes qui poussent à partir de l'obscurité du sol de la Création, comme nous venons de le faire en décrivant l'irrésistible désir de croissance de la rose.

« Qu'est-ce que le Tao ? [...] Au-dessous de toutes les formes, ce qui n'a pas de forme, ce qui voit sans yeux, e qui guide sans savoir, l'ignorance qui est la suprême connaissance. Serait-il erroné d'appeler Mère ce suc, cette saveur secrète des choses, ce goût de Cause, ce frisson d'authenticité, ce lait qui instruit de la Source ? Ah, nous sommes au milieu de la nature comme une portée de marcassins qui sucent une truie morte ! Que nous dit Lao Tzeu sinon de fermer les yeux et de mettre la bouche à la source même de la Création » (Connaissance de l'Est).

Écoutons à présent ce passage du « Cantique de la Rose » (in Cantate à trois voix). « La rose, qu'est-ce que la rose ? Ô rose ! Eh quoi ! Lorsque nous respirons cette odeur qui fait vivre les dieux, n'arriverons-nous qu'à ce petit coeur insubsistant qui, dès qu'on le saisit entre ses doigts, s'effeuille et fond, comme d'une chair sur elle-même, toute en son propre baiser, mille fois resserrée et repliée ? Ah, je vous le dis, ce n'est point là toute la rose ! C'est son odeur une fois respirée qui est éternelle ! Non le parfum de la seule rose ! C'est celui de toute la chose que Dieu a faite en son été ! Aucune rose ! mais cette parole parfaite en une circonstance ineffable, en qui toute chose enfin pour un moment à cette heure suprême est née ! Ô paradis dans les ténèbres ! C'est la réalité un instant pour nous qui éclot sous ces voiles fragiles, et le profond délice à l'âme de toute chose que Dieu a faite ! Quoi de plus mortel à exhaler pour un être périssable que l'éternelle essence, et pour une seconde, l'inépuisable odeur de la rose ? Plus une chose meurt, plus elle arrive au bout d'elle-même, plus elle expire de ce mot qu'elle ne peut dire et de ce secret qui la tire ! Ah, qu'au milieu de l'année cet instant de l'éternité est fragile, mais extrême et suspendu ! »

Claudel situe la rose dans le contexte du temps, plus précisément dans l'instant de l'éternité. Il met l'accent sur l'odeur de la rose qui est à la fois éphémère et « inépuisable ». Le poète n'ignore sans doute pas l'explication scientifique sur l'utilité du parfum. Mais il s'émerveille de ce qu'une telle essence ait pu exister. Celle-ci est ressentie comme la part invisible de la rose, sa part supérieure, sa part d'âme, pour ainsi dire. Le parfum n'est pas limité par la forme, ni par un espace restreint. Il est en quelque sorte la transmutation de la rose en onde, en chant, dans la sphère de l'infini.

Disant cela, je me rappelle spontanément la phrase de Baudelaire : « Heureux celui qui plane sr la vie, et comprend sans effort le langage des fleurs et des choses muettes. » En effet, ce parfum provoque chez celui qui sait le recevoir, ou l'entendre, un ravissement plus indicible ; il subsiste dans la mémoire du récepteur comme quelque chose de plus aérien, de plus quintessencié, de plus durable. Lors même que les pétales seraient flétris et tombés au sol, le parfum planerait là, dans la mémoire, rappelant que ces pétales, mêlés à l'humus, renaîtront sous la forme d'une autre rose, que, du visible à l'invisible, et de l'invisible au visible, l'ordre de la vie se poursuit par la voie de la transformation universelle.

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Rose (Rosa) : "La rose est la fleur de cet arbrisseau épineux, mais qui donc ne le connaît pas ?


Propriétés médicinales : Depuis l'Antiquité, la rose et ses fruits sont des remèdes bien connus. Les pétales de la rose, en infusion, sont recommandés pour soulager des maux de tête et des étourdissements ; dans du miel, ils constituent un excellent tonique et purificateur du sang. Macérés dans du vin, les pétales soulagent les contractions utérines et les crampes.


Genre : Féminin.


Déités : Éros ; Cupidon ; Isis ; Déméter ; Aphrodite.


Propriétés magiques : Amour ; Santé ; Psychisme.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • La réputation de cette fleur n'est plus à faire en ce qui concerne ses propriétés pour attirer l'amour : on trouve d'ailleurs des pétales de rose dans tous les sachets pour attirer l'amour, comme dans la majorité des philtres d'amour.

  • C'est un excellent encens pour calmer les malades et les personnes "en crise".

PHILTRE POUR ACCROÎTRE VOS DONS PSYCHIQUES

Ce dont vous avez besoin :

- une chandelle rose

- de l'encens de rose

- sept boutons de rose (la couleur a peu d'importance)

- de l'eau bouillante


Rituel :

Allumez la chandelle et l'encens, puis placez les sept boutons de rose dans un pot ou un bol et ébouillantez-les avec assez d'eau pour les couvrir. Laissez infuser pendant 15 minutes, filtrez le mélange et buvez-en une tasse avant d'aller vous coucher."

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Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013), Michel Pastoureau nous apprend que :


"Tout verger est construit comme un espace symbolique, et [que] chaque plante qui s'y trouve possède sa signification propre. Celle des fleurs varie beaucoup selon les époques et les régions et prend en compte plusieurs particularités : la couleur, le parfum, le nombre de pétales, l'aspect des feuilles, les dimensions des unes et des autres, l'époque de la floraison, etc. Quelques idées peuvent néanmoins être dégagées pour le Moyen Âge central : Le lis est symbole de pureté et de chasteté, la rose, de beauté et d'amour..."

Selon Guy Ducourthial, auteur de la Flore médicale des signatures XVIe - XVIIe siècles (Éditions L'Harmattan, 2016) :


Le plus souvent, les dieux passaient pour avoir utilisé les songes quand ils avaient décidé d'informer un heureux mortel des vertus de certaines plantes. En voici un exemple parmi de nombreux autres rapporté par Pline qui concerne le cynorhodon :

"Jusqu'à ces dernières années, la morsure du chien enragé qui provoque la crainte de l'eau et l'aversion pour toute boisson était incurable. Récemment, la mère d'un homme servant dans les prétoriens reçut en songe l'avis d'envoyer à son fils, pour qu'il la prit en boisson, la racine du rosier sauvage appelé cynorhodon, dont la vue l'avait agréablement frappée la veille dans un buisson. Ceci se passait en Lacétanie, province d'Espagne la plus proche, et le hasard fit que ce soldat, mordu par un chien, commençait à éprouver de l'horreur pour l'eau, lorsqu'il reçut la lettre où sa mère le priait de suivre l'avertissement divin ; il fut sauvé contre toute espérance, ainsi que tous ceux qui depuis ont eu recours à ce même remède (H.N., XXV, 17).

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Avant d'entreprendre l'exploration des rêves dans lesquels apparaît la rose, nous avions la conviction que l'élucidation de ce symbole ne présenterait aucune difficulté et que, de ce fait, nous n'avions aucune surprise à prévoir de cette étude. S'il nous avait fallu formuler une raison pour laquelle nous n'avions pas été tenté d'aborder l'interprétation d'une image aussi prestigieuse dès le commencement de nos recherches, nous aurions naïvement invoqué la trop grande facilité de traduction. C’était simple, donc cela pouvait attendre ! La rose n'était-elle pas l'un des archétypes les plus connus, la plus belle image du Soi, de l'accomplissement de la psyché ? A l'évocation de cette reine des fleurs, la mémoire nous restituait pêle-mêle les résonances de lectures qui présentent le symbole comme l'aboutissement d'une évolution touchant presque au divin. L'image de la rose déclenchait, à l'orée de notre conscience, une sorte de brume lumineuse dans laquelle dansaient des mots : lotus, rose-croix, rose d'or, rose aux sept pétales, chevalier à la rose et toutes ces représentations des symboliques traditionnelles, qu'elles soient d'inspiration chrétienne, bouddhiste, islamiste, alchimiste ou autres. S'il avait fallu traduire la rose en quelques mots, nous aurions pensé âme, accomplissement, pureté, amour, épanouissement, lumière, Soi !

La rose du rêve, la rose de l'imaginaire actif, allait opposer à ces projections sublimantes la barrière d'un réalisme brutal. Il ne sera pas facile de comprendre les raisons qui font d'un symbole que toutes les traditions proposent comme un but suprême à atteindre une image aux connotations infiniment moins flatteuses. Il sera, pour cela, nécessaire d'admettre une distinction entre les produits d'une méditation sur le symbole, et ceux de l'imaginaire en oeuvre spontanément dans le rêve. Dans la première situation il s'agit de la rose contemplée, dans la seconde, de la rose rencontrée.

L'analyste méditant peut projeter sur l'image des valeurs justes. L'inconscient qui s'exprime au fil de l'expérience imaginaire fait du symbole un usage juste. Le premier se place dans une disposition spéculative, au sens positif du terme, le second est investi dans une dynamique. Nous ne concevons pas d'autre explication à la différence de tonalité entre la symbolique traditionnelle de la rose et celle qui se dégage des observations cliniques.

Il convient de préciser maintenant ce qu'est la rose dans les rêves. Il nous faut commencer par indiquer dans quel environnement elle vient s'inscrire. Dans la quasi-totalité des cas, il s'agit de scénarios dont les visions se succèdent sans lien perceptible. La structure apparente du rêve est du type « décousu », « coq-à-l'âne », et le praticien le lus expérimenté ne parvient pas toujours à se convaincre qu'une logique souterraine régit le déroulement des images ! Les corrélations se regroupent pour moitié sur deux familles de symboles : les personnages et les composants du corps. La lecture des scénarios dirige l'attention vers deux associations, surprenantes surtout par l'originalité des compositions qu'elles forment avec la rose, mais qui sont susceptibles d'établir un pont entre la symbolique transmise et l’image vivante : la corde et le papillon. Surtout – et c'est important – le nœud papillon ! L'impression qui domine, au terme d'une investigation attentive, c'est que la rose imaginaire est avant tout une représentation artificielle. Les visions d'une rose vraie, naturelle, existent mais sont rares. Encore sont-elles souvent le produit d'une exaltation imaginative, d'un « porte-à-faux » psychologique, que le rêveur ou la rêveuse dénoncent eux-mêmes dan leurs commentaires. Dans 70% des rêves soumis à l'étude se déploient des images de fausses roses. Quelques brèves séquences illustreront cette affirmation.

Alain : « … je suis dans une sphère, dans l’espace... j'ai l'impression de tomber en chute libre... je rebondis plusieurs fois avant de m'immobiliser sur une pièce de tissu... je me trouve sur un immense nœud papillon en velours noir, posé sur une aspérité rocheuse... je sors de la sphère, mais je dois faire attention pour ne pas tomber dans l'abîme... pour ça, je passe par le centre du nœud... le centre est comme une rose, en fait... que j'essaie de franchir... au moment où j'atteins le centre de la rose, celle-ci s'envole d'un seul coup !... Nous descendons tout doucement vers la vallée... plus nous nous rapprochons du sol, plus la rose semble se décomposer... ses pétales s'en, vont un à un... j'atterris dans un lit de rivière presque à sec... » Annie : « … là, je vois un homme, avec la tête en bas, à l'envers, dans un miroir... il a une chemise à fleurs... il rit, un verre à la main... et là, je vois une grande serviette de table blanche et une serviette roulée comme une rose... c'est une rose orange... » Armelle : « … je suis dans une église... les cloches sonnent jusqu'à me crever les tympans... je crie et personne ne m'entend.. ; Non ! Je ne vois pas... tout ça est sans logique, sans lien... là, c'est une rose qui apparaît : une rose en porcelaine, une rose pour planter les bougies, que quelqu'un vient de casser... quelqu'un qui jette les débris de porcelaine par terre... les débris jonchent le sol... »

Lydia : « … là, c'est un char, dans l'espace... un char en or... c'est le char de Dieu le Père, c'est Lui qui conduit... c'est une fleur ce char, une fleur en or, j'ai sauté dedans... maintenant nous marchons, l'un et l'autre, sur les nuages... il y a une grosse corde, là encore, qui pend... Dieu le Père me protège... il a mis une barrière de roses... c'est des roses en sucre ! C'est pas très naturel ! Je casse ça et j'ai des églantines. Ah ! Quel soulagement !... » Ces quatre exemples, si éloquents, ne constituent qu'un aperçu des ressources déployées par l’imaginaire pour multiplier les images de roses artificielles. Il faudrait encore citer les roses en métal, blessantes, aux pointes empoisonnées, le bouquet de roses au parfum délétère, les guirlandes de roses en papier et quelques autres productions qui prouvent qu'entre la fleur sublime de l'ésotérisme et celle du rêveur éveillé le divorce est si net et si constant qu'il oblige à réflexion. La différence induit la supposition qu'il existe un biais systématique qui dénature le symbole. Comment une image dont la mystique chrétienne a fait une allégorie de la Vierge Marie, que les alchimistes comparaient à la Coupe contenant le sang du Christ, dans laquelle l'officiant voyait le principe actif de l'Œuvre , peut-elle ainsi se pervertir dans la dynamique de imaginaire, dont on sait le rôle positif ? C'est ce que nous proposons d'éclaircir à travers une hypothèse dont la pertinence ne nous est apparue qu'en raison du rapprochement que nous avions observé entre la rose artificielle et le nœud papillon. Quelques lignes du neuvième rêve de Christine convaincront le lecteur de la réalité de cette association, clef de voûte de notre raisonnement :

« Là, je vois un œil maquillé, qui s'ouvre et se ferme... et puis... un bouton de rose... une rose... plutôt des formes géométriques qui se font et se défont... et puis une robe, avec un énorme nœud papillon qui orne le haut de la robe... maintenant c'est une Alsacienne en costume, avec ce gros nœud papillon qui, cette fois, est derrière la tête... et puis un papillon, qui n'a pas vraiment la forme d'un papillon... » La Tradition propose la rose comme un symbole de l'âme épanouie, de la psyché réalisée dan le Soi, comme un centre mystique de nature féminine. Dans l'article consacré au papillon, nous montrons que le lépidoptère est aussi l'une des grandes figurations de l'âme. La légende attribue à Psyché des ailes de papillon. La rose et le papillon ! Deux symbolisations de l'âme. Deux images naturellement associées, émanations des règnes végétal et animal, unies dans la beauté. Elles expriment des valeurs, non pas complémentaires, mais parallèles. Comment ne pas être frappé, dès lors que cette nature symbolique commune est reconnue, par l'évidence de ce qui fait se manifester ensemble, dans les rêves, la rose en sucre, en porcelaine, en métal, en papier, en tissu et... le nœud papillon ! Une fausse rose et un faux papillon. Deux images mortes substituées à leur modèle vivant. La coïncidence est saisissante, la prise de conscience fulgurante !

Le rapprochement des deux symboles de l'âme, sous leur forme dénaturée, atteint la perfection dans le rêve d'Alain qui atterrit sur un nœud papillon de velours noir dont le centre est "comme une rose", qui se transforme en rose et s'envole, emportant le rêveur. Une lumière impitoyable est brusquement projetée sur la rose du rêve, traversant tous les filtres des présupposés qui altéraient la vision. La rose imaginée apparaît pour ce qu'elle est dans 90% des situations : l'indice d'une rencontre tumultueuse entre deux forces contradictoires. D'une part le besoin impérieux de réalisation psychique, de l'autre une résistance de force presque égale qui s'oppose à cette réalisation et dont l reste à déterminer la nature. Parmi les images qui se bousculent dans l'inspiration désordonnée de ces rêves, la Vierge, le Christ, la chapelle et bien d'autres représentations de la Coupe de Vie, témoignent de la réalité du désir d'épanouissement spirituel. C'est la force d'opposition qui brise l'unité du scénario et engendre l'incohérence apparente de sa structure. Dans ce type de situation, ce serait une erreur d'imputer la résistance à l'emprise du mental qui n'y joue qu'un rôle mineur. Pour identifier ce qui s'oppose à la réalisation spirituelle il faut porter le regard vers le symbole le plus étroitement associé à la rose du rêve : la corde.

Dans l'intention d'alléger les séquences reproduites ci-dessus, nous avons supprimé les passages contenant les images de corde. Celles-là sont très variées, originales, mais présentent presque toutes un point commun : ce sont des cordes qui pendent de très haut et qui invitent à l'ascension. parfois même, elles ont leur point d'attache dans le ciel, hors de portée de regard. Cette particularité entre en harmonie avec l'ambition de réalisation spirituelle.

Cependant c'est à la traduction que nous développons dans l'article consacré à la corde qu'il faut se référer pour comprendre ce qui détermine l'apparition de celle-là près de la rose rêvée, La corde, dans l'imaginaire, conduit l'analyste à la découverte d'une problématique dont la sexualité est l'un des axes principaux. Impuissance, frustration sexuelle, banalisation de l'acte dans la multiplication des expériences, des états divers, souvent liés à l’œdipe, provoquent la présence onirique de la corde.

Alors une hypothèse peut être proposée pour expliquer les corrélations entre la rose artificielle, le nœud papillon et la corde. Ces compositions exprimeraient une phrase conflictuelle violente et passagère mettant en jeu d'une part l'émergence de besoin de réalisation spirituelle et d'autre part la manifestation d'un éros qui n'accepte pas d'être amputé d'une part de son pouvoir. L'âme se fige sous l'influence de l'éros vengeur. La rose perd son naturel et devient sucre, porcelaine, métal, tissu ou papier. Le papillon se métamorphose en papillon d'étoffe. Dans la mesure où l'étude de la corde conduit à observer une étroite association entre ce symbole et le nœud, il est difficile d'éviter le rapprochement avec le nœud papillon. Tout concourt à imposer l'évocation de l'âme nouée !

Par un long détour, cette interprétation rejoint le mythe. Psyché devra descendre aux enfers pour avoir découvert le vrai visage de son amant : c'était Éros en personne, l'Amour, pris ici dans le sens le plus clairement sexuel. Laurence, qui, depuis de longs mois, ne se résout pas à faire un choix entre l'accomplissement psychologique auquel elle aspire et les appels impérieux d'une situation sexuelle insatisfaisante propose, dans son treizième scénario, des images et des commentaires qui confirment d'autant plus mon hypothèse, qu'ils sont exprimés au milieu d'une longue crise de sanglots : « J'ai envie de secouer ma robe... j'ai un poids sur le cœur... je laisse des déchets derrière moi... je voudrais que ma robe soit pure... je ne sais pas ce que je veux... je voudrais me débarrasser des poids qui sont sur ma robe, accrochés comme des cafards... alors j'enlève ma robe aussi... je n'ai presque plus rien sur moi... je voudrais être papillon... tout laisser sur cette terre et devenir aérienne,comme un papillon...je regarde derrière moi : c'est bien ça ! Je suis un papillon... où est ma fleur ? Je suis un papillon qui d'ailleurs se transforme en fleur épanouie... en rose... c'est une rose saumon... je voudrais être fleur, pour être belle... […] Mais je me retrouve dans le désert, à marcher dans le sable... le Petit Prince pourrait m’aider à faire le passage... seule je n'y arrive pas, parce que j'ai triché ! J'en ai marre ! Tout se brouille... je ne veux pas qu'on me rejette... »

La rose et le papillon retrouvent ici leur caractère naturel, mais ils expriment un rêve que la patiente sait irréalisable tant qu'elle n'aura pas choisi la voie de l'approfondissement authentique. Le poids est sur la robe c'est-à-dire sur le comportement.

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Le praticien à l'écoute des rêves entendra parfois des mots qui lui parleront de roses odorantes et belles. Il sera peut-être en présence d'une manifestation de la rose mystique, d'un signe d'accomplissement de la psyché totale. Il pourra partager la joie ressentie par le rêveur ou la rêveuse. Devant la rose d’or, il soupçonnera l'exaltation imaginative, portera l'attention sur des indices qui pourraient trahir le narcissisme et ne se réjouira qu'après l'élimination de ces éventualités. Le plus souvent la rose du rêve se rangera parmi les images artificielles que nous avons montrées. Elle révélera une effervescence de la psyché dont il serait vain de prétendre déchiffrer toutes les productions. Le praticien sage se satisfera d'être le témoin d’une phase aiguë du processus d'évolution et rassurera le rêveur qui s'alarmerait de l'incohérence apparente du scénario.

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Mythologie :


Tony Goupil, dans un article intitulé "Croyances phytoreligieuses et phytomythologiques : plantes des dieux et herbes mythologiques" (Revue électronique annuelle de la Société botanique du Centre-Ouest - Evaxiana n°3 - 2016), cherche à déterminer les plantes associées par leur dénomination aux divinités antiques :


[...] Il existe un certain nombre de plantes qui sont revendiquées d’un côté par la mythologie et de l’autre par la religion. [...]

[...] On peut citer encore la « naissance de Vénus » pour Rosa alba, le « bouquet de Vénus » pour Rosa.

La rose témoigne également d’une « rivalité » entre mythologie gréco-latine et religion chrétienne. En effet comme nous l’avons vu, elle est le symbole et la création de Vénus-Aphrodite, mais elle est également le symbole de la Vierge. En effet Marie est souvent surnommée la rose sans épines (rosa sine spina).

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la Rose raconte la sienne dans un conte intitulé "Le Bal des fleurs" :


"Il y a longtemps, très longtemps, Lotus, le roi endormi, régnait sur le vaste royaume des fleurs. Plongé dans ses rêves, il se laissait bercer par les vaguelettes du lac, sans s'occuper le moins du monde de ses sujets. Les fleurs perdirent bientôt patience et supplièrent le ciel de leur envoyer un nouveau monarque, mais leurs voix, trop faibles, se perdaient bien vite. Aussi prièrent-elles le rossignol de voler au-delà des nuages pour présenter leur requête. Le rossignol s'acquitta de cette tâche de bonne grâce. Aussitôt, un bouton minuscule descendit sur la terre pour s'y épanouir en une rose resplendissante, entourée d'épines. Blanche comme la neige, elle était si belle et si innocente que le messager ailé en tomba éperdument amoureux au premier regard. Il se laissa choir pour se blottir tendrement contre ses pétales. Hélas ! Des épines impitoyables transpercèrent sa poitrine, et le sang du rossignol colora la fleur en rouge. Depuis ce temps, des roses de toutes les couleurs fleurissent sur terre, mais la véritable reine du royaume des fleurs est la rose rougie par le sang du rossignol. Du moins, c'est ce que raconte une vieille légende.

Un jour, au début de l'hiver, au moment où les derniers lutins et fées florales quittaient les corolles fanées pour se réfugier dans le mystérieux jardin d'hiver de la reine Rose, celle-ci décida d'organiser un bal somptueux dans son palais. Il devait durer jusqu'au jour où la flûte magique de Pan, dieu espiègle des bergers, annoncerait le retour du printemps dans le monde lointain des humains.

Des milliers de fleurs extraordinaires venues du monde entier se réunirent pour la circonstance et, croyez-moi si vous voulez, elles étaient toutes vivantes. Elles ressemblaient à de petites fées, à de gracieuses princesses, vêtues de leurs robes d'apparat à la traîne parsemée de gouttes de rosée en guise de pierres précieuses, à des princes charmants portant des tuniques multicolores et des parures de pétales, ou encore à de preux chevaliers en armures étincelantes et aux panaches floraux flottant au-dessus de leur front fier. Dans le jardin du palais, les dames d'honneur déambulaient, dignes, sous les arbres, revêtues de leurs crinolines vaporeuses. Des beautés aux yeux bridés, en kimonos arachnéens, cachaient leurs sourires entendus derrière des éventails en plumes d'oiseaux, tandis que les petites princesses espiègles retroussaient leurs jupes pour marcher pieds nus dans la rosée, ou taquinaient les fées des nénuphars au bord du lac. A l'écart, dans les prés, des pages se battaient avec une épine bien affûtée et des archers en herbe lançaient vers le ciel des flèches en aigrettes de pissenlits.

A la nuit tombée, des myriades de lucioles vinrent éclairer les tours du palais. Au son des fanfares, Sa Majesté la Rose prit place sur son trône. A son signal, la musique se fit entendre, et des fleurs se mirent à danser dans la salle et dans le jardin. Elles dansaient avec grâce et ravissement, formant un immense parterre multicolore caressé par la brise. des danseuses rieuses tendaient leurs joues aux gouttelettes des jets d'eau irisés en poussant des cris de joie, et laissaient les papillons, posés dans leurs cheveux, éventer de leurs ailes soyeuses leurs fronts ardents.

A la fin de la danse, Sa Majesté la Rose tapa dans ses menottes pour faire silence et, de sa voix claire, parla ainsi :

"Soyez les bienvenus, mes chers invités,. Je vous souhaite de passer de nombreuses journées et de nombreuses nuits inoubliables à notre grand bal des fleurs. Cependant, je voudrais exprimer un souhait bien modeste. J'aimerais me régaler, au milieu de la danse et des festivités, en écoutant des contes du monde entier. A la fin du bal, nous déciderons ensemble lequel d'entre eux était le plus beau. Qui veut commencer ?"

*

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Paul Berret, dans Sous le signe des Dauphins, Contes et légendes du Dauphiné (Éditions des Régionalismes, 2008/2010), raconte une histoire intitulée "Des lilas et des roses" qui fait la part belle à ces deux fleurs :


"Je m'étais assis sur l'une des pierres écroulées du monastère et dans ce lieu désert et sombre, je songeais au plaisir que j'allais avoir plus haut, dans la lumière, à cueillir sur les rives du lac Luitel les géraniums sauvages striées d'incarnat, les orchis aux formes diaboliques ou les dianthes aux teintes d'écarlate, quand soudain dans les buissons qui m'encouraient, je crus distinguer des roses, de vraies roses blanches, aux pétales larges et serrés, à peine éclairées au cœur d'une lueur d'aurore.

Je m'approchais. Aucun doute : les Chartreusines cultivaient pieusement des roses pour orner la chapelle de leur couvent. A travers les siècles, malgré l'envahissement des lierres et des broussailles, ces roses étaient toujours là, fleuries miraculeusement et semblant encore attendre la main virginale qui viendrait les détacher de leur tige.

Cette fois puisqu'il ne s'agissait pas de fleurs sépulcrales, je cueillis sans remords l'une de ces belles fleurs d'éclatante et toujours liliale blancheur.

Tout le jour, dans la forêt de Prémol, la rose garda sa fraîcheur première.

Mais lorsque, e retour à mon logis, je la posai sur ma table, soudain tous les pétales se détachèrent et tombèrent, pareils à une neige d'avril, sur le tapis comme si quelques souffle invisible, venu des lointains de l'au-delà, était venu les effeuiller brusquement."

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Littérature :


Rose

Madrigal

Alors que je me vois si belle et si brillante,

Dans ce teint dont l'éclat fait naître tant de vœux

L'excès de ma beauté moi-même me tourmente ;

Je languis pour moi-même, et brûle de mes feux,

Et je crains qu'aujourd'hui la Rose ne finisse

Par ce qui fit jadis commencer le Narcisse.

M. Habert, abbé de Cérisy, "Rose" in La Guirlande de Julie, XVIIe siècle.

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Le Spectre de la Rose (1837)

Soulève ta paupière close

Qu’effleure un songe virginal ;

Je suis le spectre d’une rose

Que tu portais hier au bal.

Tu me pris encore emperlée

Des pleurs d’argent de l’arrosoir,

Et parmi la fête étoilée

Tu me promenas tout le soir.

Ô toi qui de ma mort fus cause, Sans que tu puisses le chasser, Toute la nuit mon spectre rose À ton chevet viendra danser. Mais ne crains rien, je ne réclame Ni messe ni De Profundis ; Ce léger parfum est mon âme, Et j’arrive du paradis. Mon destin fut digne d’envie : Pour avoir un trépas si beau Plus d’un aurait donné sa vie, Car j’ai ta gorge pour tombeau,

Et sur l’albâtre où je repose Un poète avec un baiser Écrivit : Ci-gît une rose Que tous les rois vont jalouser.

Théophile Gautier, "Le Spectre de la Rose in Poésies diverses (1833 - 1838).

*

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Les Roses de Saadi


J’ai voulu ce matin te rapporter des roses ; Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.


Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées. Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;


La vague en a paru rouge et comme enflammée. Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée… Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, "Les Roses de Saadi" in Poésies inédites.

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La Femme aux roses

Nue et ses beaux cheveux laissant en vagues blondes

Courir à ses talons des nappes vagabondes,

Elle dormait, sereine. Aux plis du matelas

Un sommeil embaumé fermait ses grands yeux las,

Et se bras vigoureux, pliés comme des ailes,

Reposaient mollement sur des flots de dentelles.

Or, la capricieuse avait, d'un doigt coquet,

Sur elle et sur le lit parsemé son bouquet,

Et, - fond éblouissant pour ces splendeurs écloses ! -

Son corps souple et superbe était jonché de roses.

Et ses lèvres de flamme, et les fleurs de son sein,

Sur ces coteaux neigeux qu'elle montre à dessein,

Semblaient, aux yeux séduits par de douces chimères,

Les boutons rougissants de ces fleurs éphémères.

Théodore de Banville, "La femme aux roses" in Les Stalactites, 1846.

Jacqueline Kelen, auteure de Un Chemin d'ambroisie, Amour, religion et chausse-trappes (Éditions de La Table ronde, 2010) :


"Ce que murmure la rose rouge : "Tu ne peux pas vivre en beauté si tu n'as pas l'amour en ton cœur." "

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La Rose


Rose rose, rose blanche,

Rose thé,

J’ai cueilli la rose en branche

Au soleil de l’été

Rose blanche, rose rose,

Rose d’or,

J’ai cueilli la rose éclose

Et son parfum m’endort.


Robert Desnos, "La Rose" in Chantefables et chantefleurs, 1952.

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