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  • Anne

L'Arum



Étymologie :

  • ARUM, subst. masc.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1389 aronc (Chasse de Gast. Feb. Maz. 514, fo 45bds Gdf. : Se les chiens ont les jambes enflees pour le mal pais d'aroncs ou de ronses, si face comme j'ai dit dessus) ; 1545 arum (Guil. Gueroult, Hist. des Plantes, 52 ds R. Hist. litt. Fr., t. 2, p. 262) ; 1669 aron (Menestrier, Tr. des tourn., Des noms et des devises, p. 240 ds Gdf.). Empr. au lat. aron ou arum « gouet, pied de veau » (Pline, 8, 129 ds TLL s.v. aros, 630, 25) et « colocase » (Id., 24, 142, ibid., 630, 16), lui-même empr. au gr. τ ο ̀ α ́ ρ ο ν de même sens.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Arum maculatum ; Arum tacheté ; Chandelle ; Gouet tacheté ; Manteau de la Sainte-Vierge ; Pied-de-veau ; Pilette ; Vachotte ;

Arum italicum ; Arum d'Italie ; Birette ; Gouet d'Italie ; Gouet gobe-mouches ;

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Botanique :


Lire la fiche Téla Botanica.

 

Selon Stefano Mancuso et Alessandra Viola auteurs de L'Intelligence des plantes (édition originale 2013 ; traduction française Albin Michel, 2018),


"De nombreuses autres espèces [que l'orchidée] pratiquent l'art de l'enjôlement aux dépens d'insectes malchanceux. C'est par exemple le cas de l'Arum palestinum, cousin oriental de l'Arum italicum qui, en Europe, pousse souvent le long des routes et des fossés. Cette plante a pour pollinisateur la drosophile, une mouche très commune qu'elle prend au piège en exhalant une odeur irrésistible pour elle, à savoir celle d'un fruit en fermentation. Attiré par ces effluves, l'insecte s'introduit tout joyeux dans l'inflorescence qui se referme derrière son passage et le garde prisonnier en général pour une nuit entière.

Lors de ses vaines tentatives d'évasion, il continuera de voler de marcher, de s'agiter dans tous les sens et de se couvrir ainsi de pollen. Lorsque l'inflorescence se rouvrira, il pourra enfin s'échapper mais n'ira le plus souvent pas bien loin. De nouveau attiré par une odeur irrésistible de fruit en fermentation, il ne tardera pas à se glisser à l'intérieur d'une autre fleur d'Arum qui, après l'avoir à son tour gardé prisonnier, lui prendra le pollen dont elle a besoin pour se reproduire.

La plante a donc obtenu ce qu'elle voulait par la tromperie, puisque la drosophile n'a rien obtenu en échange du transport du pollen. Les exemple d'attraction olfactive des insectes ne manquent d'ailleurs pas, dans le monde végétal.

Un des cas les plus curieux, et que l'on peut à juste titre qualifier de macroscopique, est celui de l'Arum titanum (Amorphophallus titanum), la plante qui produit la plus grande inflorescence du monde. Véritable vedette des jardins botaniques, où sa floraison attire chaque année une foule de curieux, elle a choisi en la mouche carnivore un pollinisateur efficace mais peu sympathique. Et pour l'attirer, elle reproduit à la perfection l'odeur qui lui est le plus agréable, c'est-à-dire celle d'un cadavre en putréfaction."

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Leurre et chaleur
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Angélique Quilichini & Marc Gibernau, "Leurre et chaleur : La pollinisation par duperie chez les Aracées"( In Stantari 31, nov. 2012 - janv. 2013) =>


 

Dans Plantes toxiques à usage médicinal du pourtour méditerranéen. (Springer Paris, 2013) Victoria Hammiche, Rachida Merad, Mohamed Azzouz, et al. s'interrogent sur la toxicité de l'Arum d'Italie :


Parties et principes toxiques : La plante est très acre, Ie suc extrêmement irritant par contact ; aucun animal n'y touche. Les fruits très toxiques sont d'autant plus dangereux que leur saveur est douceâtre et leur couleur attirante. Les principes toxiques des arums sont peu connus chimiquement. L'activité est rapportée à des saponosides, à un composé volatil et instable, l' aroyne ou aronine, et à des oxalates.

L'aroyne provoquerait une irritation locale importante au niveau de la peau et des muqueuses, aggravée par l'oxalate de calcium présent dans la sève sous forme d'aiguilles, de grande taille, qui scarifient littéralement les tissus. Elle aurait une action stimulante puis paralysante au niveau du système nerveux central.

Pour certains auteurs, la présence de ces composes n'est pas confirmée et seuls ont été identifiés des lignanes et des néolignanes.

L'oxalate de calcium, présent chez la plupart des Aracées, n'a pas fait l'objet d'investigations particulières.

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Usages traditionnels :


Pierre-Joseph Bic'hoz, médecin de Monsieur et auteur de Etrennes du printemps, aux habitans de la campagne, et aux herboristes, ou pharmacie champêtre, végétale & indigène, à l'usage des pauvres & des habitans de la campagne (Lamy libraire, Paris, 1781) recense les vertus médicinales des plantes :


Racine d'Arum. C'est un puissant hydragogue : le principe résineux que contient cette plante, la rend propre contre les obstructions & les maladies chroniques, qui procèdent de l'engorgement des humeurs. Elle convient, par conséquent, dans les pâles couleurs, la jaunisse, les embarras du foie & des autres viscères. On la prescrit aussi à ceux qui sont attaqués de l'asthme humoral ; mais on la corrige avec les carminatifs.

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Suzanne Amigues, dans "Végétaux étranges ou remarquables du Maroc antique d'après Strabon et Pline l'Ancien." (In : Antiquités africaines, 38-39,2002. pp. 39-54) examine la flore méditerranéenne :


L'arum (Arum italicum Miller) et la serpentaire (Dracunculus vulgaris Schott [Arum dracunculus L.]) sont souvent associés par les auteurs anciens (1), qui avaient fort bien discerné en ces deux plantes de taille et d'aspect différents des caractères communs : tubercule globuleux, grandes feuilles étalées et parfois panachées, inflorescence composée d'une spathe enveloppant partiellement le spadice en forme de massue. Leur réunion sous l'étiquette de « légume » appelle certaines réserves. En effet l'usage alimentaire de l'arum a été général dans l'Antiquité ; Théophraste (2) le présente même comme une plante potagère dont on consommait avec plaisir le tubercule et les feuilles après ébullition dans du vinaigre (3). L'arum d'Italie abonde au Maroc, où, sans atteindre des dimensions spectaculaires, il a pu attirer l'attention des voyageurs antiques par l'opulence de ses feuilles brillantes et charnues, qui se développent en plein hiver. La consommation de ses tubercules et de ceux des Arisarum, autres Aracées de plus petite taille, a souvent sauvé de la famine les populations rurales marocaines. [...]

Il n'était donc pas absurde de citer l'arum et la serpentaire comme des légumes, et, qui plus est, de grandes dimensions.


Notes : 1) Théophraste, HP Vil, 12, 2 Dioscoride, II, 166-167 Galien, VI, 649-651 Kühn ; Pline, XXIV, 142-151 ; etc.

2) HPl, 6, 10 VII, 12, 2.

3) Le vinaigre bouillant diminuait l'âcreté et dissolvait les minuscules cristaux (raphides) d'oxalate de calcium, très irritants, présents dans ces parties de la plante.

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André-Julien Fabre, dans un article intitulé "Le cancer dans l’Antiquité." (Histoire des sciences médicales, vol. 42, n°1-2008, p. 63) évoque les vertus de l'arum dans le traitement de cette maladie :


2. Les vulnéraires : De nombreuses plantes médicinales étaient proposées par les Anciens à la fois comme traitement des plaies et des tumeurs : aloès, scrofulaire ou rue des prés. Citons surtout l’arum gouet (Dracunculus vulgaris, Araceae) qui a reçu au fil des âges des noms qui évoquent à la fois son aspect botanique et la force mystérieuse que lui prêtaient les Anciens : serpentaire, dragon, bistorte devenu chez les Anglo-saxons “dragon flower” et “vaudou lily”. En médecine antique, là encore les trois grands auteurs : Dioscoride (De materia medica, II. 195 et 196), Galien (Kühn XII. 865) comme Pline (H. N. XXV 175) s’accordent pour en faire le traitement de divers cancers, carcinomes et polypodes ce que retiendra aussi la médecine populaire de nos campagnes et des pays d’Orient (16). On notera que, de nos jours, diverses publications font état de l’activité anti-cancéreuse de plusieurs variétés d’arum et notamment de l’Arisaema tortuosum.

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D'après les travaux de Victoria Hammiche, Rachida Merad, Mohamed Azzouz, et al .consignés dans Plantes toxiques à usage médicinal du pourtour méditerranéen. (Springer Paris, 2013) :


Autrefois, au Maghreb, la partie souterraine renflée en tubercule était torréfiée afin que la chaleur détruise les composes irritants ; elle constituait une farine alimentaire appelée « berbouga ». Chauffées et en cataplasmes, les feuilles avaient la réputation de calmer les douleurs rhumatismales.




Données pharmacologiques :


Selon le site toxiplantes :


Composition : On note peu de présence d'acide oxalique ou de ses sels solubles. La teneur en oxalate soluble est de 0,4% dans les fruits verts et de 0,28% dans les fruits rouges. L'oxalate de calcium, cristallin insoluble le plus souvent, s'accumule sous forme de raphides (aiguilles très abondantes et reconnues comme rubéfiantes et très irritantes pour les muqueuses), ainsi que sous forme de druses ou du sable ou de grands cristaux prismatiques isolés. Remarque : les raphides acérées, munies à chaque extrémité de cannelures, se retrouvent par millions dans tous les organes et sont localisés parfois dans des cellules spécialisées. De plus, l'éjection rapide des raphides au niveau d'éléments anatomiques particuliers, appelés "biforines", facilitent la pénétration des principes toxiques comme une injection, engendrant à la fois une irritation mécanique et une perforation des muqueuses. Des laticifères existent également. Parmi les constituants chimiques, on a isolé des hétérosides cyanogènes, comme la triglochinine. Mais l'activité rubéfiante et toxique semble due à des principes irritants volatils, encore mal identifiés.


Symptômes : Après l'absorption de parties de plante fraîche, on observe une inflammation, une brûlure et un œdème de la langue et des lèvres, pouvant aller jusqu'à la formation de vésicules. D'autres symptômes apparaissent tels que la soif, l'enrouement, des vomissements, des diarrhées sanglantes avec une hypersalivation et une mydriase. Si l'ingestion dépasse 15 baies, l'intoxication est grave : on observe alors une hypothermie, des troubles cardiaques, des convulsions, un coma s'installe et le décès survient. Par contact cutané, on note des réactions allergiques de type "dermite de contact", caractérisée par des œdèmes, des rougeurs et des irritations avec sensation de brûlure notamment au niveau oculaire, qui régressent spontanément en quelques heures à quelques jours.


Confusions : Le Calla des Marais, l'Arum d'Italie, Chénopode bon-henri, épinards, Ail aux ours à l'état jeune.


Anciens usages thérapeutiques : Les racines et les feuilles ont été utilisées dans certaines toux, les douleurs rhumatismales, la détersion des ulcères, des plaies atoniques, scorbutiques ou scrofuleuses."

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du Gouet gobe-mouches :


GOUET GOBE-MOUCHE - PIÈGE.

Le Gouet gobe mouche est un emblème bien naïf des pièges grossiers que le vice tend à l'imprudente jeunesse. Les mouches, attirées par la mauvaise odeur de cette plante, s'engagent dans ses fleurs et n'en peuvent plus sortir.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :

Arum gobemouche - Piège.

Cette plante porte une fleur qui se referme en emprisonnant au fond de sa corolle l’insecte ailé qui vient y sucer la liqueur mielleuse qu’elle renferme.


Arum a feuilles en cœur - Ardeur.

Monsieur Hubert prétend avoir expérimenté à l'île Bourbon que cette espèce d'arum dégage à l’époque de la fécondation une si grande chaleur qu’on a de la peine à le tenir dans la main.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


ARUM COMMUN OU GOUET - ARDEUR.

C'est le Seigneur qui donne la vigueur aux bras affaiblis, qui remplit de force les infirmes ... Ceux qui espèrent en lui auront toujours une vigueur nouvelle , ils s'élèveront sur des ailes comme l'aigle ; ils courront et ne tomberont jamais en défaillance. Isaïe , X , 29-31.


Les fleurs des Arums sont très remarquables ; une sorte de cornet en oreille d'âne ou en capuchon selon les espèces enveloppe en partie leur axe ou rachis qu'on nomme encore spadice. C'est sur lui que sont placés en anneau sur plusieurs rangs des anthères sessiles et plus bas des ovaires dans la même situation. La partie supérieure du spadice est nue, renflée en massue ; dans quelques espèces il est entièrement recouvert par les organes de la reproduction. Ainsi la nature, en privant les plantes de calice et de corolle, semble avoir voulu les en dédommager par d'autres ornements .


DU GOUET.

Le Gouet commun, vulgairement connu sous le nom de Pied-de-Veau, est une plante qui se fait remarquer dans les bois, sur le bord des routes , le long des haies, dans les lieux humides en France, en Allemagne, en Suède et en Angleterre . La racine et les feuilles de cette plante contiennent un suc âcre, brûlant, vénéneux à un tel point qu'il suffit d'en mordre une feuille, même sans la macher, pour éprouver au palais et à l'orifice de la gorge une chaleur brûlante et très douloureuse. Il est à croire qu'il pourrait s'ensuivre de très graves accidents si l'on en avalait même une légère portion ; il n'y aurait, dans ce cas, d'autre moyen d'y remédier que les boissons huileuses. Mais l'industrie humaine est parvenue à découvrir la substance alimentaire, au milieu même des poisons les plus violents, à l'en séparer, à la convertir en une nourriture abondante et salutaire. Tel le manioc, dont la racine mangée crue serait un poison mortel, mais qui devient, étant préparée convenablement, presque le seul aliment de plusieurs peuplades indiennes. De même la racine du gouet, peut dans des années de disette, offrir de grandes ressources pour la nourriture de l'homme. L'acrimonie de ses racines diminue considérablement par la dessication . On la fait disparaitre entièrement par la torréfaction et surtout par des ébullitions répétées. A l'aide de ces derniers procédés on en obtient une fécule douce, blanche, nutritive et très -abondante, propre également à faire de la colle, de l'amidon, des pâtes domestiques, mais surtout de fort bons potages, des bouillies, même du pain en galette. Parmentier avait proposé d'en tirer parti pour la nourriture dans les temps de disette. « J'en ai fait usage, dit Bosc , pendant les orages de la révolution , lorsque j'étais réfugié dans la solitude de la foret de Montmorency. Cette plante est si abondante dans cette forêt et dans beaucoup d'autres lieux, qu'elle pouvait, à cette époque, assurer la subsistance de plusieurs milliers d'hommes si on eût connu sa propriété alimentaire : j'avais sérieusement compté sur les res sources qu'elle pouvait me procurer lorsque la mort de Robespierre mit fin à mes peines. »

On peut employer la racine du gouet comme la saponaire pour dégraisser le linge. Dans tout le bas Poitou, dit Tournefort, les femmes de la campagne blanchissent leur linge avec la pâte de pied-de-veau ; elles coupent en morceaux la tige de cette plante lorsqu'elle est en fleurs, la font macérer pendant trois semaines dans de l'eau qu'elles changent tous les jours et font sécher le marc après l'avoir réduit en pâte.


RÉFLEXION.

Un esprit qui a de la vivacité est une pierre qui a de l’éclat ; celui qui a de la vivacité et du jugement est un diamant qui a tout ce qu'il lui faut pour le rendre précieux.

(FLÉCHIER, Réflexions sur les caractères des hommes.)


ARUM GOBE- MOUCHE - PIÈGE.

N'introduisez pas tout homme en votre maison, car les pièges du trompeur sont en grand nombre. Comme l'haleine qui sort d'un estomac malade, ainsi est le cœur du superbe ; comme la perdrix dans un piège, comme le chevreuil dans des rets, il attire les misérables et il jette au loin les yeux pour voir la chute de son prochain.

- Ecclésiaste XI, 31- 32.

L'arum gobe-mouche est une plante vivace originaire de Minorque, dont la tige marbrée est haute de 30 à 40 centimètres. Ses grandes fleurs d'une couleur livide ont absolument la forme d'une nasse à prendre le poisson et répandent une odeur cadavéreuse. Les mouches, trompées par ce funeste appas, pénètrent dans cette cave en écartant les poils divergents, qui cèdent à leurs efforts. Parvenues sur le spadix, elles reconnaissent leur erreur, mais la sortie est impossible, car les poils résistant, et présentant leurs pointes roides, les retiennent dans cette espèce de piège empoisonné qui leur est tendu par le vice effronté et menteur.


MAXIME.

Toutes les vertus éclatantes nous doivent toujours être suspectes : il n'y a que l'amour de l'humiliation dont le démon ne peut jamais nous faire un piège. (Mme DE LA SABLIÈRE.)

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Le Dictionnaire Larousse en 2 volumes (1922) propose des pistes pour comprendre le langage emblématique des fleurs :

Nom Signification Couleur Langage emblématique

Arum Âme Jaune ou vert Écoutez votre âme ; mon âme aspire à vous

 

Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), les Aroïdés a les caractéristiques suivantes :


Les Aroïdées Les Aroïdées sont des plantes amphibies qui poussent le pied dans l'eau. C'est à cette famille qu'appartient le richardia (Galla aethiopica), plante d'ornement très populaire et utilisée sous le nom impropre d'arum. Nous ne nous occuperons ici que des variétés sauvages, courantes dans les lieux marécageux, ou les sous-bois très sombres et humides :


Acore (Acorus calamus). Jonc odorant ; Lis des marais.

Arum (Arum maculatum). Gouet ; Pied-de-veau ; Calla moucheté.

Symplocarpe (Symplocarpus foetidus) est surtout répandu dans l'Amérique du Nord. Arum fétide ; Arum puant ; Chou des marais ; Chou des putois ; Herbe des putois ;


Genre : Féminin

Planète : Lune

Élément : Eau

Pouvoirs : Guérison ; Protection ; Affaires juridiques.


Utilisation magique : On emploie aux mêmes fins toutes les variétés d'Aroïdées sauvages. Les habitants se servent évidemment de l'espèce rencontrée dans leur région. En Nouvelle-Angleterre, on enfile des graines d'acore sur un long fil, employé par les guérisseuses pour venir à bout de certaines fièvres rebelles. La tige du lis des marais sert aussi à lier des bouquets magiques.

Cet exemple paraît unique. Partout ailleurs, c'est le fort rhizome, tubéreux et charnu, qui sert, seul ou en mélange, à composer des charmes. Les femmes de pionniers coupaient un rhizome de symplocarpe et disposaient les morceaux tout autour de leur cuisine : cette maison ne connaîtrait jamais la faim.

Le tubercule, séché et broyé, entre dans des sachets protecteurs. Vous pouvez économiser l'encens en l'étendant de poudre d'arum. Un paysan de Terracina, dans les marais Pontins, n'allait jamais voir un homme de loi sans avoir dans sa poche une rondelle d'arum, enveloppée dans une feuille de laurier.

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Dans L'Encyclopédie des symboles (Éditions Le Livre de Poche, 1999) dirigée par Michel Cazenave :


"Arum "aussi appelé gouet ; en botanique Arum maculatum). Cette plante bulbeuse, dont les fleurs présentent une forme phallique frappante, était autrefois communément appelée "pine de curé". Son bulbe était utilisé pour combattre l'engorgement et les maux d'estomac. Malgré la forme de ses fleurs, elle symbolisait au Moyen Âge la Vierge Marie, probablement en raison de son nom proche d'Aaron. On a également dit à propos de sa fleur qu'elle "se dresse vers le ciel tel un lys". On pensait que son tubercule aidait à combattre la mélancolie et "incitait" les sécrétions nuisibles du corps à s'échapper".

 

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Réputée chez les anciens Égyptiens comme plante alimentaire sous le nom d' "aron de Colocasia" - ce qui fit penser à certains que le mot arum pourrait venir du grand prêtre Aron - cette plante fut parfois confondue avec le moly, herbe magique qu'Hermès donna à Ulysse pour le préserver des poisons et enchantements de la redoutable Circée (L'Odyssée).

L'arum maculatum, appelé pied de veau (parce que ses feuilles ont la forme d'un pied de veau), ou gouet, plante ornementale très populaire, s'est vu attribuer de nombreuses propriétés par les médecins de l'Antiquité et du Moyen Âge : au XIIe siècle, sainte Hildegarde le recommandait pour remédier à "la paralysie de la langue et des membres" et à "a mélancolie qu'engendre la fureur". La racine de pied de veau, censée combattre la jaunisse et les maux d'intestin, était au XVIIIe siècle l'ingrédient principal d'une recette contre les hématomes : "La racine de toute la plante, fraîche ou verte, cuite ou adoucie dans du vinaigre, est diurétique et fait un excellent remède pour ceux qui sont tombés d'un lieu élevé, en dissolvant le sang grumelé".

Autrefois, les femmes faisaient préparer de l'eau distillé de racines d'arum, qui avait pour vertu de les embellir et de faire disparaître les rides du visage.

En raison de sa forme charnue et tubéreuse, la racine d'arum est supposée avoir un pouvoir aphrodisiaque ; ses feuilles tachetées de noir (parfois de blanc), rappelant la peau d'un reptile, neutralisent, dit-on, le venin, en cas de morsure de serpent.

On dit également qu' "un paysan de Terracina, dans les marais Pontins (Italie), n'allait jamais voir un homme de loi sans avoir dans sa poche une rondelle d'arum, enveloppée dans une feuille de laurier".

Malgré ses propriétés curatives, l'arum au Moyen Âge, avait parfois mauvaise réputation : "A cette époque, les imagiers la faisaient figurer dans leurs diableries comme l'attribut inséparable de la malice du Très Bas : nous en trouvons un exemple dans un chapiteau de la merveilleuse église de Saint-Nectaire, où l'on voit une curieuse effigie du démon dressant les oreilles comme un chat qui guette sa proie, il exhibe un masque grimaçant qui tient à la fois de l'homme, du lion et du dogue ; de sa gueule sortent deux épis dans lesquels il est facile de reconnaître ceux que forment, en se groupant, les baies du gouet".

Signalons également que le gouet est associé, dans le langage des fleurs, au mot "ardeur" : cela serait dû au fait que, lors de la fécondation, "le spadice jaunâtre de l'arum (plus) particulièrement l'arum italicum) acquiert un degré de chaleur très marqué et qui dure plusieurs heures".

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Selon le site Tout pour le jardin :

  • L’arum symbolise l’amour charnel, le désir d’aimer physiquement.

  • Arum blanc : âme, désir de relation d’amour charnelle (destiné à une personne âgée).

  • Arum jaune ou vert : âme, écoutez votre cœur.

  • Arum rose : âme, désir de relation d’amour charnelle (destiné à une personne jeune).

  • Arum rouge : âme, désir de relation d’amour charnelle (destiné à une personne adulte).

L’arum blanc est généralement envoyé à une personne de plus de 50 ans avec qui il existe déjà une relation amoureuse. Un bouquet exprime sans équivoque votre désir d’une relation d’amour charnelle avec cette personne.

L’arum rose est généralement envoyé à une personne jeune avec qui il existe déjà une relation amoureuse. Un bouquet exprime sans équivoque votre désir d’une relation d’amour charnelle avec cette personne.

L’arum rouge est généralement envoyé à une personne adulte avec qui il existe déjà une relation amoureuse. Un bouquet exprime sans équivoque votre désir d’une relation d’amour charnelle avec cette personne.

Le nombre de fleurs reflète la mesure ou la démesure de votre désir.

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Symbolisme celte :


D'après Philip et Stephanie Carr-Gomm, auteurs de L'Oracle druidique des plantes, les mots clefs associés à la plante sont :


en "position droite : Union - Créativité - Harmonie

en position inversée : Disharmonie - Toxicité - Incapacité à se connecter.


Le pied-de-veau pousse en abondance en Grande-Bretagne dans des endroits ombragés - particulièrement dans les haies et les bois. Ses grandes feuilles luisantes sont parmi les premières à apparaître au printemps. Ses fleurs émergent d'une feuille en forme de cornet, une spathe, tachetée de noir et contenant un pédoncule appelé spadice, portant des fleurs mâles et femelles. En automne, les fleurs se fanent )à mesure que se forment des baies vertes toxiques, qui en mûrissant prennent une couleur rouge vif.

La carte montre un pied-de-veau au printemps. Les grandes feuilles luisantes présentent les éclaboussures noires caractéristiques et le spadice émerge avec élégance du calice de sa spathe. A côté pousse l'oseille sauvage, contenant la même toxine que le pied-de-veau, mais en moindre quantité. Un coucou se penche en avant sur un saule proche et on voit au loin les pierres de Men-An-Tol de Cornouailles, traditionnellement associées à la fertilité et à la guérison.


Sens en position droite Le pied-de-veau présente une spathe et un limbe unis. Sur un certain plan, cela symbolise l'union de l'homme et de la femme. Sur un plan plus subtil, l'objectif du druide et de tous les chercheurs spirituels est l'union des aspects masculin et féminin de la psyché, parfois désignée par le terme "mariage mystique" ou "noces alchimiques". Tirer cette carte suggère une époque d'harmonie et d'union étroite avec la personne que vous aimez ou signale que le moment est favorable pour l'intégration future des deux aspects de votre nature. Le mariage du masculin et du féminin est souvent vu comme le reflet de l'union des deux forces primales d'où émerge toute la création. Ce peut être une époque de grande créativité et fertilité pour vous. Comme le personnage androgyne de la lame du Tarot "Le Monde", le pied-de-veau a des fleurs mâles et femelles. Les pouvoirs et les talents des deux sexes sont à votre disposition pour approfondir votre quête spirituelle et améliorer votre capacité créative.


Sens en position inversée. En cas de disharmonie, rien ne semble aller comme vous voulez. Si vous ne pouvez pas vous connecter à votre partenaire, à vos amis ou à vos collègues, vous ne serez ni créatif ni heureux - si favorables que soient les circonstances externes. Le choix de cette carte signale une période où la communication harmonieuse s'avère malaisée. Bien qu'il soit important de faire des efforts vers la connexion et l'union, ces objectifs sont parfois difficiles, même impossibles à atteindre, si des paroles envenimées ou des sentiments nuisibles ont été exprimés. L'organisme peut tolérer certaines doses de poison, parfois à effet curatif. Au-delà, l'effet est mortel. A chaque fois que vous rencontrez un moment de disharmonie, rappelez-vous que toute la vie est cyclique et qu'une période d'harmonie arrivera assurément tôt ou tard.

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La racine de vipère de Beltaine

L'idée symbolisée par le pied-de-veau est dépeinte par les pierres de Men-An-Tol de Cornouailles. Là, les bâtisseurs pré- ou proto-druidiques ont créé un symbole manifeste des deux principes, masculin et féminin. L'association des pierres avec la fertilité et la guérison était telle que jadis les enfants tuberculeux étaient passés trois fois à travers le trou,nus. Les adultes souffrant d'écrouelles ou de problèmes du dos le faisaient neuf fois. L'axe de la rangée de pierres est orienté selon les quatre fêtes celtes célébrées par les druides : le lever du soleil à Beltaine et à Lugnasad dans une direction, le coucher du soleil à Imbolc et Samain, dans l'autre.

La fête de Beltaine est particulièrement associée au pied-de-veau, qui fleurit à cette époque et symbolise l'union de l'homme et de la femme - principale caractéristique de cette fête du printemps. Actuellement, Beltaine est célébré comme le 1er mai les danses traditionnelles autour du mai rappellent le spadice vertical du pied-de-veau. Dans les îles Britanniques, cette plante a plus de 90 noms différents, la plupart évoquant les associations sexuelles liées à sa forme.

Bien qu'au-dessus du sol la plante soit toxique, ses tubercules - traités correctement - donnent un amidon utilisé pour les vêtements et dans les cosmétiques. Cuits, ils remplaçaient l'arrow-root et étaient vendus sous le nom d' "arrow-root de Portland". Le fait qu'une plante toxique peut s'avérer nutritive et utile souligne bien l'un des enseignements du druidisme - en tant que phénomène naturel, le poison a sa place dans le schéma des choses. Les druides étaient jadis appelés "serpents" ou "vipères", et le pied-de-veau a probablement reçu le nom de "racine de vipère" en raison de la conviction de Dioscoride qu'il guérissait les morsures de serpent - cet auteur le nomme Drakontaia Mikre, "petit dragon".

Le pied-de-veau est utilisé par les druides modernes pour rappeler les qualités associées à Beltaine : fertilité, harmonie de l'homme et de la femme, fierté pour la beauté de la sexualité."

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


GOUET OU PIED DE VEAU (arum ; en allemand, Aronwurzel). — D’après les croyances populaires de l’Allemagne occidentale, lorsque le gouet pousse bien, il réjouit les génies de la forêt.

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque le pied-de-veau :

22 avril

(Fontaine-la-Verte)


Les arums tachetés (pourquoi « pieds-de-veau » ?) exposent leurs touffes de feuilles-fers de lances. Ils révèlent, à qui se met à genoux, l'étonnante structure de leurs sexes.

Leur spathe écailleuse ressemble à un papyrus antique : découpe égyptienne. Leur tige florale finit en massue rouge et violet : phallus. Mais l'arum est un hermaphrodite aux amours bizarres. Lorsqu'on entaille la partie enflée de sa spathe, on découvre la perversion de l'espèce. Zoophilie...

Dans le bas de la massue, une collerette de poils raides obture la chambre nuptiale : elle laisse entrer certaines mouches, mais les empêche de sortir. Les insectes piégés se frottent aux étamines, avant de tomber sur les pistils qu'ils barbouillent de pollen. La fécondation achevée, les poils qui retenaient les diptères mollissent, et la plante assouvie libère ses esclaves gluants de sécrétions amoureuses.

[...] 29 avril

(Près de Moricone)


Les arums d'Italie défilent dans la prairie comme des chevaliers teutoniques d'Eisenstein. Leur heaume est une spathe blanc crème. Ils pressent sur leur cœur la hallebarde de leur axe floral jaune. Leurs feuilles imitent celles du gouet vulgaire, mais en négatif. Où leurs homologues se ponctuent de pourpre noir, elles se maculent de vert pâle.

Arums d'Italie

Réalisme socialiste

Corrigé par Togliatti

[...] 12 août

(Fontaine-la-Verte)

Un arum chargé de fruits rouges jaillit d'une taupinière : lave vomie par un volcan.

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