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  • Anne

Le Séneçon




Étymologie :

Étymol. et Hist. xiie s. senetion, senechiunz (Gloss. Tours, 330 ds T.-L.) ; xiiie s. seneçon (Livre des simples medecines, éd. P. Dorveaux, p. 63). Empr. au lat. senecio « séneçon », de senex « vieillard », sur le modèle du gr. η ̓ ρ ι γ ε ́ρ ω ν « vieillard du printemps, séneçon », parce que la plante se couvre de poils blancs au printemps.


Lire également la définition du nom séneçon afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


Jean-Pierre Jost et Jost-Tse Yan-Chim, auteurs de L'Automédication chez les animaux dans la nature: et ce que nous pourrions encore apprendre d'eux (Éditions Connaissances et Savoirs, 2016) racontent comment le séneçon devient médecin :


Plusieurs espèces d'insectes parasités changent parfois de régime alimentaire de manière à se soigner avec les métabolites secondaires. Ce choix assez surprenant chez les insectes est probablement déclenché par un changement gustatif causé par le piratage et ce n'est probablement pas un changement délibéré, mais guidé par l'instinct. Selon les observations de Singer et al., la chenille du papillon Grammia geneura se nourrit habituellement de près de 80 plantes différentes. Si elle est parasitée, elle change de régime afin de se nourrir de séneçon (Senecio longilobus) qui contient une forte concentration de substances toxiques à l'encontre du parasite, mais pas pour la chenille. La substance en question est la pyrrolizidine qui à petites doses ne fait aucun mal à la chenille mais tue ses parasites. Le changement de plante hôte chez les chenilles parasitées prend un certain temps et la consommation de la substance active est fonction du degré de parasitage de ces dernières. A l'exemple des autres cas cités, il est concevable que l'infection des chenilles par une mouche tachinide affecte leurs cellules gustatives qui leur font choisir la plante qui les sauvera du parasite (une solution contreproductive pour le parasite !). Une coévolution de la relation hôte-parasite peut à la longue favoriser la sélection d'un parasite partiellement résistant à la pyrrolizidine, faute de quoi l'existence même du parasite est sévèrement hypothéquée. Il est fort possible qu'avec le temps un équilibre se forme, assurant ainsi la pérennité de l'hôte et de son parasite.

Michel Rossi dans Le Jardin des plantes de Montpellier : De la médecine à la botanique (Editions Quae, 2013) nous apprend que :


Le séneçon (senecio anteuphorbium), plante marocaine, est une plante utilisée comme antidote à utiliser dans les cas d'intoxication par des euphorbes.

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Phytothérapie :


Jean-Pierre Chaumont et Joëlle Millet-Clerc, auteurs de Phyto-aromathérapie appliquée à la dermatologie (Editions Lavoisier, 2011) :


En dermatologie, les décoctions de cette plante sont particulièrement recommandées pour le traitement des eczémas secs associés à l'huile de Coco ; ces préparations dilatent la peau sans la faire saigner. Par ailleurs, la poudre de plante en suspension dans l'huile de Coco jour un rôle très adoucissante sur les peaux irritées (Lavergne).




Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette mauvaise herbe à fleurs jaunes fut parfois associée à la sorcellerie : sa tige servait de monture aux sorciers. Toutefois, elle est surtout réputée en Europe pour ses pouvoirs contre les envoûtements dont on se protège grâce à ses graines. En Suède et en Angleterre, on place une racine de séneçon dans le lait pour éloigner les sorciers.

Selon une croyance d'Europe centrale et des Balkans, les vampires ont le séneçon en horreur.

Avoir dans sa poche du séneçon et une araignée porte chance au jeu, à la loterie et dans les affaires.

La plante, lorsqu'elle a été bénite par un prêtre, est un remède souverain pour les bêtes à cornes. Pour soulager une douleur dentaire, il faut appliquer la plante sur la dent malade à trois reprises, en crachant à chaque fois. On la remet alors en terre et si elle reprend, la dent ne fera plus souffrir. Contre la morsure des scorpions, on portera toujours autour du cou et ente les doigts du séneçon malaxé.

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Rémi Corbineau et Mai Bui Thi dans "Cinquante ans d’archéopalynologie funéraire en France : bilan et perspectives" paru dans le Bulletin du Musée d’Anthropologie préhistorique de Monaco, Monaco : Editions de Fontvieille, 2014, L’homme au temps de la Préhistoire, son environnement, ses modes de subsistance, son évolution culturelle et… la place du pollen, 54, pp. 47-56 rappelle en introduction que :


En 1968, Arlette Leroi-Gourhan publie les résultats de l’analyse pollinique de la tombe du Néandertalien IV de la grotte de Shanidar (Irak). L’auteur démontre que le défunt avait été déposé sur une litière faite de branchettes d’éphèdre (Ephedra), et entouré de fleurs de séneçon (Senecio), de muscari (Muscari), de rose trémière (Althaea) et de centaurée (Centaurea). Ces résultats ont un fort retentissement dans la communauté scientifique internationale  en soulevant des questionnements ethnographiques fondamentaux : « L’organisation de cette cueillette, le choix très strict de ces plantes par le groupe, auraient-ils pu se faire si ces fleurs n'avaient pas eu un nom, si le langage n'était pas déjà très développé ? » Ils sont d’autant plus inattendus que l’expertise pollinique avait pour objectif initial de retracer l'évolution du paysage environnant par un échantillonnage vertical sur les quatorze mètres de dépôts conservés dans la caverne. La mise en évidence de pratiques mortuaires est donc opportuniste et non délibérée (Leroi-Gourhan, 1968, 1975, 2000).

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