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  • Anne

Le Plantain



Et si cette petite plante nous apprenait à résister ?

Étymologie :

  • PLANTAIN 1, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1205 plantein (Renart, éd. E. Martin, XVII, 1360, t. 2, p. 233) ; ca 1256 plantain (Aldebrandin de Sienne, Régime du corps, 55, 15 ds T.-L.). Du lat. plantago, -inis, dér. de planta « plante du pied » p. allus. à la forme des feuilles de certaines espèces ainsi désignées (André Bot.).

  • PLANTAIN 2, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1617 (Mocquet, Voyages, p. 83 ds Arv., p.166 : Ils [les Brésiliens] ont des plantanes ou figuiers que les Espagnols appellent plantins) ; 1803 plantain « fruit d'une sorte de bananier appelé figuier d'Adam » (Boiste). Empr. à l'esp. platano, plantano tombé en désuétude au profit de banana (v. banane) et dont les formes corresp. au fr. platane (pour lequel un lat. médiév. plantanus, var. de platanus est à l'orig. des var. plantoine, plantain, v. FEW t. 9, p. 36b-37a). L'usage du terme esp. pour désigner des bananiers d'Amérique ou leurs fruits reste inexpliqué, certaines formes proches du terme esp. relevées dans les lang. amér. peuvent être à l'orig. de cet empl. mais elles pourraient aussi bien être issues du mot esp. (v. Fried. 1960, p. 517 ; cf. aussi l'angl. plantain ds NED).

Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Plantain à grandes feuilles (Plantago major) : ; Amourette ; Blanc Plantain ; Grénasse ; Haut Plantain ; Herbe à la belette ; Herbe aux cailles ; Herbe aux cent coutures ; Herbe de crapaud ; Pain d'oiseau ; Plantaigne ; Plinton ; Plantousse ; Grand Plantain ; Plantain aux oiseaux ; Plantain mâle ; Plantain rond ; Ron-pianté ; Serpentin ; Stlone ;

Plantain lancéolé (Plantalo lanceolata) : Bonnes-Femmes ; Candéro ; Chapeaux noirs ; Costabatt ; Herbe à cinq cosses ; Herbe â cinq côtes ; Herbe â cinq coutures ; Herbe aux cinq coutures ; Herbe charpentière ; Herbe de coupe ; Herbe de Saint-Joseph ; Lancelotte ; Langue de brebis ; Langue d'oie ; Long Plantain ; Œil de chien ; Oreilles de lièvre ; Petit Plantain ; Plantain à cinq nerfs ; Plantain des blés ; Plantain femelle ; Plantain sauvage ; Pulicaire ; Queue de rat ; Tête noire ;

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Botanique :

"Le genre plantago avec ses quelque 260 espèces, est distribué dans les régions tempérées des deux hémisphères. Le Plantain lancéolé, très variable de forme, est originaire d'Europe, d'Asie occidentale à l'Himalaya et au Tianshan, et aussi d'Afrique du Nord. De nos jours cependant il pousse en abondance partout, même en dehors des régions citées.

[....] Le Plantain lancéolé est une herbe vivace à racine courte, avec une rosette au sol de feuilles lancéolées. C'est une mauvaise herbe courante des récoltes et des jardins. Floraison de mai à septembre. Du centre de la rosette de feuilles se dressent des tiges cannelées, jusqu'à 50 cm de haut, terminées par un épi cylindrique. Les petites fleurs à bractées brunes et scarieuses sont quadrimères. Calice et corolle sont bruns et scarieux. les étamines sortent de façon proéminente de la corolle. Le fruit est une capsule ovoïde à opercule avec des graines noires qui deviennent mucilagineuses par temps humide. Bien que d'autres espèces de Plantain soient aussi utilisées comme remèdes familiaux, par exemple le Grand Plantain (Plantago major) et le Plantain moyen (Plantago media), elles ne conviennent pas officiellement à des fins médicinales en raison de leur teneur basse en principes actifs."

Plantes médicinales, Gründ, 1992

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Usages médicinaux :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


La dysenterie se traite par la décoction de graines de plantain, Plantago major, et, plus agréablement pour le malade, en lui faisant avaler force beignets contenant chacun une bonne pincée des mêmes graines.

 

D'après Marc Questin, auteur de La médecine druidique (1990, nouvelle édition identique 1997),


"Il est fort probable que les ophtalmologistes gaulois connaissaient l'efficacité du plantain dans la conjonctivite et la blépharite. c'était, avec la bétoine, la panacée préférée de Pline, qui, selon lui, guérissait plus de 24 maladies. Les druides lui attribuaient un caractère sacré. La médecine populaire attribue à son suc le pouvoir de faire baisser la fièvre et de guérir les morsures de vipère. De nos jours, le plantain est surtout employé dans les inflammations de yeux.

Le plantain était utilisé par les apothicaires, au même titre que le bleuet, pour la préparation de l'eau de plantain, pour ses propriétés sédatives et adoucissantes dans la plupart des ophtalmies.

Les feuilles, appliquées sur les brûlures et les plaies récentes, passaient pour calmer la douleur et hâter la cicatrisation.

C'est un astringent doux, cicatrisant, adoucissant en usage externe, et l'on peut utiliser le suc de la plante fraîche ou les feuilles broyées sous formes d'emplâtres. Il renferme également de nombreuses substances actives qui lui confèrent un pouvoir stimulant, tonique et dépuratif, que l'on peut avantageusement utiliser en cas d'anémie, de fatigue ou d'asthénie. La feuille fraîche est un pansement d'urgence que connaissent bien les paysans : quand ils se blessent, ils la froissent entre leurs doigts et l'appliquent sur la plaie. "Un pansement de ce genre, dit l'abbé Kneip, est le premier et, bien souvent, le meilleur puisqu'il amène une prompte guérison. On dirait que le plantain referme la plaie béante par une couture de fils d'or ; car, de même que l'or n'accepte pas la rouille, ainsi le plantain n'admet pas de pourriture et de chair mortifiées." Écrasées et frottées sur la peau, les feuilles fraîches apaisent l'irritation des piqûres d'insectes."

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"Les feuilles sont les parties utilisées médicinalement. Elles contiennent une grande quantité de mucilage, la glucoside aucubine, des substances à effet antibiotique, plus des tanins et de l'acide silicilique. Elles doivent être cueillies et séchées avec précaution car, écrasées, elles virent au brun et perdent leur pouvoir. Le Plantain est aussi cultivé sur de grandes surfaces quand il est nécessaire de vérifier soigneusement la qualité de la drogue, ce qui est alors plus facile que lorsque les feuilles sont récoltées dans la nature. Le Plantain est l'une des herbes médicinales les plus populaires pour les remèdes familiaux. Il est couramment utilisé pour l'inflammation des voies respiratoires supérieures, les toux, pour les troubles digestifs et en usage externe pour soigner les plaies longues à se cicatriser. Il est employé sous forme d'infusion (infusion brève ou pendant plusieurs heures) - 1 cuiller à café de drogue émiettée pour 1 tasse d'eau, 3 à 5 fois par jour. La tisane peut être édulcorée avec du miel. Le sirop de Plantain ou le jus de feuilles fraîches, épaissi et sucré au miel, peut être utilisé pour le même usage. Le dosage est similaire (1 cuiller à café, 3 fois par jour). Les préparations à base de Plantain sont recommandées surtout chez les enfants pour soigner les maladies associées à un refroidissement. Pour un usage externe sur des plaies il est conseillé d'utiliser le jus pressé de feuilles fraîches bien lavées, ou de baigner les plaies avec l'infusion de drogue macérée plusieurs heures.

Plantes médicinales, Gründ, 1992

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Épanchement de synovie : Alors que je souffrais d'un épanchement de synovie au poignet gauche depuis plusieurs mois et que la médecine officielle ne pouvait proposer qu'une opération (qu'une de mes collègues avait subi sans aucun succès puisque le problème avait recommencé quelques mois plus tard) mon père m'a transmis une recette apprise des vieilles femmes du Beaufortain qu'il soignait : il fallait mettre sur la grosseur des feuilles de plantain. Aucune indication de détail.

Habitant en ville, je ramassais quelques feuilles tous les soirs sur les chemins du bord du Drac que je coinçais sous ma montre. Autant dire que je ne le faisais pas sérieusement ! J'ai appris par la suite qu'il fallait écraser les feuilles pour qu'elle libère toute leur efficacité. Toujours est-il qu'en gardant ces feuilles pendant une heure sous ma montre et le reste de la nuit tant bien que mal, la boule qui me faisait mal et m'empêchait de porter quoique ce soit de lourd a totalement disparu en un été ! ... et n'est jamais revenue !


Tradition orale du Beaufortain.

 

Sirop contre la toux : Dans un bocal en verre de type confiture, versez une couche de sucre roux, recouvrez d'une couche de feuilles de plantain fraîches puis d'une nouvelle couche de sucre, suivie d'une couche de plantain. Continuez jusqu'à remplir totalement le bocal en finissant par une couche de sucre. Cette opération est à effectuer au cours du printemps. Enterrez le bocal dans la terre tout l'été. Quand vous le récupérerez en automne, vous obtiendrez un magnifique sirop noir que les enfants adorent.

Tradition orale de la vallée de Lechte (Autriche) -

Emission Arte.

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Usages culinaires :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


En Dauphiné, d'après Villars, on a mangé aussi en potages ou apprêtées comme des épinards les feuilles des plantains à feuilles lisses, Plantago alpina et serpentina. [...] En Savoie, je ne l'ai jamais ouï dire ; mais les relations entre ces deux provinces limitrophes étaient trop fréquentes pour que l'on dédaignât dans l'une ce que l'on appréciait dans l'autre.

 

Utilisations possibles : quand elles sont jeunes et tendres, les feuilles crues sont excellentes en salade avec leur petit goût de champignon de Paris. Les feuilles âgées, plus coriaces, sont consommées cuites comme légume en soupe ou à la façon des épinards.

Les jeunes épis de fleurs, quand ils sont encore verts et tendres, peuvent être ajoutés crus aux salades : ils ont un goût qui rappelle la noisette.


Confusions possibles : aucune en dehors des autres espèces de plantains (34 en Europe dont 21 en France), mais, si aucun plantain n’est toxique, tous ne sont pas excellents à manger.

Parmi les espèces délicieuses à manger, en plus des deux précitées, on notera aussi :

  • le plantain moyen, Plantago media, qui ressemble beaucoup au grand plantain mais dont les feuilles n’ont pas de pétiole.

  • le plantain corne-de-cerf, Plantago coronopus, qui est une espèce de milieux sableux littoraux, avec des feuilles dentées ou très découpées, comme les cornes d’un cerf.

Les autres espèces ont des feuilles trop coriaces pour être agréables à consommer, même si elles ne présentent aucun danger pour la santé.

Alors, avez-vous repéré la petite odeur de champignon quand on froisse les feuilles ?

http://www.lavisdesplantes.fr/plantain-carte-identite/

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Plusieurs particularités de plantes sont l'objet d'explications traditionnelles. Un tailleur de la Haute-Bretagne avait vendu son âme au diable, qui devait le combler de biens, mais le prendre au bout de dix ans ; il stipula toutefois qu'il serait libéré s'il pouvait présenter une couture si fine que les yeux du diable ne pussent la distinguer. Lorsqu'arriva l'échéance, il eut recours aux Fées, alors nombreuses dans le pays ; l'une d'elles cueillit quelques brins d'herbes, les assembla et les cousit avec des points si menus que Satan ne réussit pas à les

découvrir ; c'est depuis qu'il y a de l'herbe à cinq coutures. On lui assigne une autre origine : un riche seigneur avait fait publier qu'il épouserait la jeune fille qui exécuterait devant lui la couture la plus parfaite. Une villageoise qui l'aimait rencontra sur la lande un bon lutin qui lui remit une aiguille magique. Le jour de l'épreuve, elle prit quelques brins d'herbe, et à l'aide de son aiguille, elle produisit une couture incomparable ; le seigneur l'épousa puis il fit planter l'herbe cousue par sa femme, qui prit racine et se multiplia.

[...] Celui qui porte certaines plantes acquiert le don d'invisibilité, et plus rarement celui de voir ce qui est caché aux autres. Au XVIe siècle, des gens des environs de Rennes, ne pouvant trouver quelqu'un qui s'était échappé subtilement, « jugeoient qu'il s'estoit fait invisible pour avoir au matin mis du plantain sous la semelle gauche de ses souliers avec trois grains de sel ».

[...] Suivant une croyance très répandue, on peut se débarrasser d'une maladie en la transmettant à un être ou à un objet ; ceux-ci la prennent, en souffrent et éprouvent le même sort qu'aurait subi celui qui la leur a passée. En ce qui concerne les plantes, cette transmission se fait assez fréquemment au moyen de l'urine. [...] Elle était encore usitée dans un autre cas, et la transmission y est, comme dans l'exemple précédent, nettement indiquée : « Trouvès du plantain qui naisse sur une maison. Que celui qui ha la jaunisse pisse dessus par plusieurs fois, tant que la plante en meure. A mesure qu'elle mourra la jaunisse se passera. » Dans le pays de Bayeux, la jeune fille malade urine aussi chaque jour sur une feuille de plantain, jusqu'à ce que l'herbe périsse. En llle-et-Vilaine, on pisse sur du plantain trois matins de suite et à jeun pour se guérir de la fièvre.

[...] Au XIVe siècle les jeunes filles cueillaient la plantain en prononçant une conjuration :


Aucunes nices puceletes ·

Qui mieus pueent estre dites bestes,

Pour avoir mari, en plantain

Ont grant fiance, mès en vain

Dont une qui mari vouloit

Devant plantain ainsi disoit :

Plantain, plantain, bele herbe coie,

Qui la crois de coste la voie,

Se queilier te puis, que ne poie,

J'aré Robin a ma courroie.

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Symbolisme :


Dans Physionomies végétales, Portraits d'arbres et de fleurs, d'herbes et de mousses (1876 ; Éditions Héros-Limite, 2012) Jacques Lefrêne (pseudonyme d'Elie Reclus) propose quelques fragments intéressants :


J'ai vu une chose superbe : trois fleurs de Plantain. Elles surgissaient d'un même pied, trois jumeaux héroïques. En bas, de larges feuilles ovales appointées par les deux bouts, épaisses, saines, à fortes côtes, rayonnant en trois zones autour de la pousse centrale. Des côtes s'élevaient, fières, droites, hardies, trois hampes, vraiment sublimes par leur hauteur relative avec leur thyrse en fleur. Une poussière d'argent, au bout de filmaents délicats du lilas le plus tendre, filaments qui sont la réétition de la hampe florale. Il n'est pas de plus noble groupe de palmiers. C'est simple, grand, délicat.

Zürich, 24 juillet 1876.

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Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans leur Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982), nous apprennent que :

"Dans la Chine ancienne, le plantain était considéré comme un symbole de fécondité, sans doute en raison du grand nombre de ses graines. La cueillette du plantain était censée favoriser les grossesses.

Dans le langage traditionnel de l'Inde, la pulpe du plantain est l'expression d'une délicatesse extrême ; on lui compare notamment la kundalinî endormie dans le centre-racine (GRAD.)."

De plus à l'entrée suivante, on peut lire que "la plante symbolise l'énergie solaire condensée et manifestée.

Les plantes captent les forces ignées de la terre et reçoivent l'énergie solaire. Elles accumulent cette puissance ; d'où leurs propriétés guérisseuses ou vénéneuses et leur emploi dans la magie.

En rapport avec le principe vital mâle, elles signifient la croissance, au sens de Psaume, 144, 12 : "Nos fils seront comme des plantes qui croissent dans leur jeunesse."

Les plantes portent leur semence. Certaines, telle l'hysope, exercent un rôle purificateur.

Les plantes symbolisent aussi la manifestation de l'énergie en ses formes diverses, comme la décomposition du spectre solaire en couleurs variées. En tant que manifestation de la vie, elles sont inséparables de l'eau, tout autant que du soleil.

Les liens unissant les deux symboles des eaux et des plantes sont faciles à comprendre. Les eaux sont porteuses de germes, de tous les germes. Les plantes - rhizomes, arbustes, fleurs de lotus - expriment la manifestation du Cosmos, l'apparition des formes. [...] La plante, premier degré de la vie, symbolise surtout la naissance perpétuelle, le flux incessant de l'énergie vitale.

 

Associé au Taureau en astrologie selon Sylvie Tribut.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Plantain (Plantago) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Terre

Pouvoirs : Protection des voyageurs.


Utilisation magique : Un peu partout en Europe, le grand comme le petit Plantain empêche, croit-on, les randonneurs d'être mordus par un serpent ; les personnes qui ont à traverser des landes, des causses infestés de vipères, attachent des sommités fleuries aux jambes de leur pantalon.

Au XVIIIe siècle, en Angleterre, on attachait quelques « chapeaux noirs » à l'intérieur des diligences comme talisman pour le voyage.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Selon une légende, le diable, furieux des propriétés bénéfiques du plantain, se mit un jour à lui ronger les racines. C'était sans compter avec la Vierge qui, en créant cinq nervures dans ses feuilles pour que la sève circulât, sauva ainsi cette plante herbacée très commune dont la semence sert d'alimentation aux oiseaux en cage.

Amulette réputée dans l'Angleterre du XVIIIe siècle, où elle était souvent attachée dans les diligences, le plantain protège les voyageurs et les randonneurs. Pour ne pas être mordu par un serpent, attachez-en sur votre pantalon. En cas de morsure, les Bretons recommandent de mâcher du plantain.

Les graines de grand plantain, cueillies le matin de la Saint-Jean, avant le lever du soleil, peuvent servir à une sorte d'envoûtement d'amour :


Pour se faire aimer, cueillez le jour de la Saint-Jean avant le soleil levé de la graine de plantain que vous pulvériserez et mettrez dans un tuyau de plume d'oie avec deux gouttes d'eau bénite et étoupez le tout de cire vierge d'un cierge bénit. Qui le portera sera aimé de toutes.


Au XVIe siècle, on croyait dans la région rennaise que celui qui mettait sous sa semelle gauche du plantain et trois grains de sel devenait invisible.

Uriner tous les jours sur du grand plantain jusqu'à ce qu'il meurt guérit la jaunisse ; le faire, à jeun, trois matins de suite fait tomber la température (Ille-et-Vilaine). Contre l'état fébrile accompagné de tremblements, on peut également, comme le recommande une recette du XIVe siècle, récolter, face au soleil, du plantain en récitant le Notre Père et le boire infusé dans de l'eau bénite. Conserver toute la journée des feuilles de la plante dans ses chaussures remédie à une diarrhée.

Le plantain est préconisé pour diverses affections des pieds des animaux : dans l'Yonne, on en passait quelques brins qui avaient été coupés en faisant le signe de croix sur le dos d'un bœuf souffrant ; il devait guérir lorsque les brins étaient fanés. Dans les Deux-Sèvres, on conduisait le mouton ayant un « pied pourri » à un carrefour, au coucher du soleil. On lui posait alors la patte sur du plantain, on enlevait la motte de terre sur laquelle elle se tenait, pour poser le pied du mouton dans le trou effectué ainsi. Il suffisait alors de déposer la motte sur un buisson blanc. Les Suisses procédaient de même pour guérir les maladies de pied des vaches.

Des branches de plantain séchées et suspendues les racines en l'air viennent à bout de la gourme des animaux (Languedoc) ; les Belges se servent de la plante contre les scrofules.

Le maniement de cette plante est parfois dangereux : en Dordogne, l'enfant qui en ramène chez lui entraîne la mort d'un membre de la famille ; dans la Vienne, on dit des amoureux qui en touchent que soit ils mourront jeunes soit auront beaucoup d'enfants ! Elle fait partie également des « herbes d'égarement » : en Franche-Comté, celui qui marche dessus perd son chemin.

Symbole de fécondité dans l'ancienne Chine, probablement en raison de l'abondance de ses graines, la cueillette de cette plante devait favoriser la grossesse.

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Eliot Cowan, auteur de Soigner avec l'Esprit des Plantes, Une voie de guérison spirituelle (Édition originale 2014 ; traduction française Éditions Guy Trédaniel, 2019) raconte plusieurs histoires de guérison dont il a fait l'expérience à partir du moment où il est entré sur la voie de la Guérison avec l'Esprit des plantes :


"Pour la première fois, je rêve avec une plante. Il y a ici du plantain lancéolé, et je vois une jeune femme avec de grandes ailes sortant des épaules. D'une certaine façon, je sais que c'est l'esprit du plantain. Je m'approche d'elle et je me présente. Elle me demande pourquoi je suis venu. "Tout d'abord, dis-je, je voudrais vous remercier pour l'aide que vous nous avez apportée, à mes amis et à moi-même, au fil du temps. Vos feuilles ont guéri de nombreuses blessures. Je viens vers vous maintenant pour vous demander une autre sorte d'aide, d'un genre plus profond. Les coupures et les éraflures de mes congénères ne sont rien en comparaison des souffrances de leurs cœurs et des pollutions de leurs esprits. Pouvez-vous aider à soulager aussi ce genre de souffrances ?" La femme plantain saute de sa feuille et vole jusqu'à moi. Pendant un moment, elle plane devant mon visage et me regarde intensément dans les yeux. Puis elle sourit et dit : "Oui, bien sûr, je vais vous aider. Mes frères et sœurs vous aideront aussi. Nous sommes très heureux de faire cela. En fait, cela fait deux cents ans que nous attendons que quelqu'un nous demande ce genre d'aide. Mais nous ne pouvons rien faire si on ne nous le demande pas.

[...]

Le plantain (Plantago ssp.) est une plante endémique d'Europe qui a accompagné les Européens dans la colonisation du monde. Certaines tribus amérindiennes appelaient cette plante la "trace de l'homme blanc", parce qu'on la trouvait partout où les nouveaux arrivants avaient foulé le sol. C'est une plante molle, fade, dont les jeunes feuilles peuvent être mangées en salade. Cette mollesse est contrebalancée par une force énorme ; le plantain est en bonne place parmi les herbes les plus résistantes. En fait, si vous vivez dans un climat tempéré, il y a très probablement du plantain qui pousse sur votre pelouse dans le parc le plus proche.

Plantago psyllium est la source des graines de psyllium, qui constituent le principal ingrédient de beaucoup de laxatifs en vrac du commerce. Le plantain a beaucoup d'autres usages chez les herboristes traditionnels. Elle a été n de mes plantes préférées depuis mes séjours à la ferme dans le Vermont parce que son jus, introduit dans une lésion suppurante, élimine la plus grosse part de l'infection et de l'inflammation dans les 24 heures.

Comme je l'ai déjà dit, le plantain a été la première plante avec laquelle j'ai rêvé. Son esprit m'est apparu sous la forme d'une fée ailée tenant une baguette magique dans une main et un flacon de potion soporifique dans l'autre. Elle m'a dit que je pouvais utiliser son remède pour les équivalentes mentaux et spirituels du pus et de la constipation. Elle se désignait elle-même comme un doux et puissant purificateur de l'âme. Elle m'a appris qu'elle pouvait apporter une pureté éclatante là où de vieilles saletés avaient pollué l'esprit, de sorte que son affinité principale était avec l'élément Métal et en particulier avec le côlon. Et lorsque ce genre de problème est une cause d'insomnie., son remède est doublement indiqué."

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Maïa Toll, auteure de L'Herbier du chaman, 36 cartes divinatoires, A la rencontre de la magie des plantes (Édition originale 2020 ; Édition française : Larousse, 2021) nous révèle les pouvoirs du Plantain majeur (Plantago major) :


Mot-clef : Retour à la nature


Si vous le laissez faire, le plantain va vous raconter des histoires de caravanes, de traversées maritimes et de complots d'Alexandre le Grand en Égypte. Avec un peu de chance, il va faire de vous aussi un grand voyageur, vous poussant doucement à sortir de votre zone de confort, à quitter la sécurité pour des contrées plus sauvages et à repousser les limites d'un « comportement civilisé ». Riant de vos scrupules, il va commencer modestement par vous offrir une feuille pour soulager une piqûre ou els démangeaisons du sumac vénéneux. « Mâchez-la, puis crachez sur la piqûre », vous dit-il d'un ton encourageant. « Grand-tante Hilda en ferait une crise cardiaque », pensez-vous tandis que l'enfant sauvage qui est en vous jubile de vous voir faire un premier pas en dehors du « monde civilisé ».


Rituel : Souvenez-vous des choses simples

Vous vous rappelez quand petite, allongée par terre, vous sentiez l'herbe vous chatouiller le dos et le soleil réchauffer votre visage ? Quand vous passiez vos après-midi à faire des roulades dans l'herbe pour dévaler la colline ?

Le plantain ne vous demande pas de vous éloigner de votre moi véritable pour devenir une version inconnue de vous-même, mais de dépoussiérer la partie insoumise et un peu sauvage de vous-même, quoique profondément connectée, que vous reléguez à l'arrière-plan quand vous êtes occupée à jouer l'adulte. Il vous rappelle votre émerveillement et votre joie d'enfant à savourer les choses simples.

Allongez-vous sur le dos et laissez la terre vous soutenir. Sentez le soleil sur votre visage et les nuages courir après les ombres à travers vos paupières fermées. Souvenez-vous de la joie de cette simplicité : c'est un endroit où vous pouvez toujours retourner.


Réflexion : Expulser

La magie propre au plantain est de faire sortir ce qui est coincé. il expulse les sentiments ou les émotions de la même manière qu'il enlève les échardes et les dards des insectes. Si vous deviez vous asseoir avec lui et le laisser bercer votre âme, que se passerait-il ?

Quels corps étrangers extrairait-il de votre cœur ?

De quel poison libérerait-il votre esprit ?

Quelle douleur ou quelle gêne expulserait-il de votre corps ?

Êtes-vous disposée à laisser le plantain vous ôter cette souffrance ?

Si vous refusez, pourquoi ?


« Les gens ont de grandes difficultés à abandonner leurs souffrances. par peur de l'inconnu, ils préfèrent une souffrance qui leur est familière. » (Thich Nhat Hanh).

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Symbolique celte :


Selon L'Oracle druidique des plantes, comment utiliser les plantes de la tradtion druidique de Philip et Stéphanie Carr-Gomm,


"le plantain est extrêmement résistant [...] Bien que le plantain rende fou le jardinier, celui-ci ne peut pas s'empêcher d'admirer sa ténacité - la manière dont il se colle au sol et refuse de céder. [N]ous dev[ons] peut-être faire pareil. Il [n]ous suffit d'être conscient de la différence entre un "paillasson" et un plantain. Si [n]ous laiss[ons] les gens nous marcher dessus, [n]ous dev[ons] devenir plus assuré et défendre plus vigoureusement [n]os frontières. Si [n]ous savons seulement que [n]ous devons tenir ferme, même si cela signifie d’accepter les difficultés et l'esprit critique et peut-être de garder profil bas, afin d'agir comme le plantain.

N'importe le nombre de fois où le plantain est piétiné, ses feuilles renferment des ingrédients apaisants. Si dure que soit la vie, en fin de compte la guérison vient de l'intérieur.

Sens en position inversée. Lorsque la vie devient dure, il est facile de tomber dans le piège du comportement de victime ou de martyr. Tous les gens ont des moments où ils subissent problème après problème et où ce cycle semble impossible à briser. Si [n]ous av[ons] tiré cette carte inversée, [n]ous dev[ons] comprendre notre situation d'une manière différente. Imaginons que ce que [n]ous désir[ons] est bien au-dessous de nous - dans la terre - et au tréfonds de notre être. Au lieu d'attendre d'être sauvé par quelqu'un ou quelque chose, essay[ons] de chercher en nous.. Le profil bas n'est pas alors de la résignation et du fatalisme, mais l'exploitation de notre source secrète de pouvoir. La faiblesse se transforme en force et la roue tourne.


Plante curative : L'un des noms gaéliques du plantain est slan-lus, "plante qui guérit", ce qui montre à quel point il était révéré. Les Maoris et les Amérindiens l'appelaient "Englishman's foot", "pied d'Anglais", de par sa propension à pousser là où un homme blanc posait le pied. En Grande-Bretagne, en plus d'être appelée queue-de-rat, on la nommait aussi harpe des anges, car en écartant ses feuilles on aperçoit des fibres en forme de harpe.

Les Grecs et Romains antiques ont mentionné ses propriétés médicinales. Leur foi dans ses pouvoirs de guérison était telle qu'ils pensaient que le plantain soignait des chiens enragés. Des croyances semblables sont retrouvées chez les Amérindiens, qui appelaient cette plante liane à serpents, persuadés qu'elle neutralisait le venin des serpents à sonnette. Les études modernes montrent que le plantain renferme des composantes anti-inflammatoires et antibactériennes, et des éléments stimulants le système immunitaire. Son mucilage apaise les intestins. Les cosses à graines du psyllium noir (Plantago psyllium) sont récemment devenues populaires dans les régimes détoxifiants.

Les feuilles de plantain contiennent des tanins, astringents et antiviraux - ce qui les rend idéales pour une application directe sur les blessures. Ces propriétés sont activées en mâchant la feuille fraîche ou séchée, puis en la posant sur la zone affectée. Peu étonnant que la plante ait été adoptée rapidement par la tradition phytothérapique maori et amérindienne.

A l'époque où les traités d'herboristerie étaient rédigés par les Grecs et les Romains, les druides connaissaient les propriétés curatives du plantain. Les Anglo-saxons l'appelaient weybroed (pain de route). Ils l'avaient incluse dans leur charme des "neuf plantes" en compagnie de l'armoise, de la cardamine hérissée, du pied-de-coq, de la camomille, de l'ortie, de la pomme sauvage, du thym et du fenouil.

Les médecins de Myddfai utilisaient le plantain pour extraire les échardes et comme emplâtre pour les contusions. Pour apaiser les inflammations, ils préparaient une lotion de plantain, de chèvrefeuille, de rose blanche et de camphre.

Les épis riches en graines du plantain étaient jadis vendus comme nourriture pour les oiseaux. Les herboristes les conseillaient comme substitut des graines de lin. De nos jours, les extraits de plantain traitent la bronchite et la toux, car cet antispasmodique dilate les bronches. La combinaison de son caractère astringent et de son mucilage apaisant le rend idéal aussi pour les ulcères, le syndrome du côlon irritable et les hémorroïdes. La célèbre herboriste Mme Grieve précise que les décoctions de plantain entraient dans la composition de pratiquement tous les remèdes anciens."

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


Arnoglossa (langue d'agneau ; grec, ~àpvsy/.sïssv ; en russe, baraniy yazik ; cf. dans le premier volume, Agneau et Baranietz), en français, plantain ; il suffira de rapporter sur cette plante, qui figure parmi les herbes magiques par excellence, le passage d'Albert le Grand « Liber De Virtutibus Herbarum », en ajoutant que son autorité sur le sujet est l'empereur Alexandre le Grand : « Herba quarta, dit-il, Arnoglossa : radix hujus herbae valet contra dolorem capitis mirifice, quoniam opinatur esse domus Martis aries, quae est caput totius mundi. Valet etiam contra malas consuetudines testiculorum et ulcera putrida etsordida, quia domus est scorpio ; quia pars ejus retinet sperma, id est semen quod venit contra testiculos. » Macer Floridus prétend que, portée autour du cou, cette herbe prévient les scrofules :

Dicunt non nasci scrophas gestantibus ejus

Radicem collo suspensam, vis sibi tanta est.


D'autres propriétés médicales sont attribuées au plantain chez Théophraste et chez Pline.

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014),


"Un tailleur breton fit un jour un pacte avec le diable.. Il jouirait de toutes les richesses pendant dix années. Au bout de ce temps, le diable reviendrait pour lui prendre son âme sauf si l'homme pouvait montrer au cornu une couture si fine qu'il lui serait impossible de la distinguer. Le pacte fut signé. Le tailleur profita pleinement de ses richesses. Arrivé au terme des dix ans, le gros homme se mit à avoir peur. Il chercha partout les coutures les mieux exécutées, dépensa des milliers de sous pour que les plus grands artisans de ce monde, les plus habiles couturières lui proposent leurs plus fins ouvrages. Hélas ! Toujours, il décelait les points. Et si lui qui n'était qu'un homme y parvenait, que dire du diable dont la vue était aussi acérées que sa cruauté. En désespoir de cause, il s'adressa aux fées. Celles-ci relevèrent le défi. Elles prirent cinq brins d'herbe et les cousirent entre eux de manière tellement fine qu'on ne pouvait en voir le fil. Le diable tourna et retourna l'ouvrage, maudit le tailleur et finit par lui laisser son âme et ses richesses. C'est ainsi que l'homme fut sauvé par les Demoiselles et que naquit l'herbe à cinq coutures, plus connue sous le nom de plantain.

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