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  • Anne

Le Plantain



Et si cette petite plante nous apprenait à résister ?

Étymologie :

  • PLANTAIN 1, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1205 plantein (Renart, éd. E. Martin, XVII, 1360, t. 2, p. 233) ; ca 1256 plantain (Aldebrandin de Sienne, Régime du corps, 55, 15 ds T.-L.). Du lat. plantago, -inis, dér. de planta « plante du pied » p. allus. à la forme des feuilles de certaines espèces ainsi désignées (André Bot.).

  • PLANTAIN 2, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1617 (Mocquet, Voyages, p. 83 ds Arv., p.166 : Ils [les Brésiliens] ont des plantanes ou figuiers que les Espagnols appellent plantins) ; 1803 plantain « fruit d'une sorte de bananier appelé figuier d'Adam » (Boiste). Empr. à l'esp. platano, plantano tombé en désuétude au profit de banana (v. banane) et dont les formes corresp. au fr. platane (pour lequel un lat. médiév. plantanus, var. de platanus est à l'orig. des var. plantoine, plantain, v. FEW t. 9, p. 36b-37a). L'usage du terme esp. pour désigner des bananiers d'Amérique ou leurs fruits reste inexpliqué, certaines formes proches du terme esp. relevées dans les lang. amér. peuvent être à l'orig. de cet empl. mais elles pourraient aussi bien être issues du mot esp. (v. Fried. 1960, p. 517 ; cf. aussi l'angl. plantain ds NED).

Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Plantain à grandes feuilles (Plantago major) : ; Amourette ; Blanc Plantain ; Grénasse ; Haut Plantain ; Herbe à la belette ; Herbe aux cailles ; Herbe aux cent coutures ; Herbe de crapaud ; Pain d'oiseau ; Plantaigne ; Plinton ; Plantousse ; Grand Plantain ; Plantain aux oiseaux ; Plantain mâle ; Plantain rond ; Ron-pianté ; Serpentin ; Stlone

Plantain lancéolé (Plantalo lanceolata) : Bonnes-Femmes ; Candéro ; Chapeaux noirs ; Costabatt ; Herbe à cinq cosses ; Herbe â cinq côtes ; Herbe â cinq coutures ; Herbe aux cinq coutures ; Herbe charpentière ; Herbe de coupe ; Herbe de Saint-Joseph ; Lancelotte ; Langue de brebis ; Langue d'oie ; Long Plantain ; Œil de chien ; Oreilles de lièvre ; Petit Plantain ; Plantain à cinq nerfs ; Plantain des blés ; Plantain femelle ; Plantain sauvage ; Pulicaire ; Queue de rat ; Tête noire ;

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Botanique :

"Le genre plantago avec ses quelque 260 espèces, est distribué dans les régions tempérées des deux hémisphères. Le Plantain lancéolé, très variable de forme, est originaire d'Europe, d'Asie occidentale à l'Himalaya et au Tianshan, et aussi d'Afrique du Nord. De nos jours cependant il pousse en abondance partout, même en dehors des régions citées.

[....] Le Plantain lancéolé est une herbe vivace à racine courte, avec une rosette au sol de feuilles lancéolées. C'est une mauvaise herbe courante des récoltes et des jardins. Floraison de mai à septembre. Du centre de la rosette de feuilles se dressent des tiges cannelées, jusqu'à 50 cm de haut, terminées par un épi cylindrique. Les petites fleurs à bractées brunes et scarieuses sont quadrimères. Calice et corolle sont bruns et scarieux. les étamines sortent de façon proéminente de la corolle. Le fruit est une capsule ovoïde à opercule avec des graines noires qui deviennent mucilagineuses par temps humide. Bien que d'autres espèces de Plantain soient aussi utilisées comme remèdes familiaux, par exemple le Grand Plantain (Plantago major) et le Plantain moyen (Plantago media), elles ne conviennent pas officiellement à des fins médicinales en raison de leur teneur basse en principes actifs."

Plantes médicinales, Gründ, 1992

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Usage médicinal :

D'après Marc Questin, auteur de La médecine druidique (1990, nouvelle édition identique 1997),


"Il est fort probable que les ophtalmologistes gaulois connaissaient l'efficacité du plantain dans la conjonctivite et la blépharite. c'était, avec la bétoine, la panacée préférée de Pline, qui, selon lui, guérissait plus de 24 maladies. Les druides lui attribuaient un caractère sacré. La médecine populaire attribue à son suc le pouvoir de faire baisser la fièvre et de guérir les morsures de vipère. De nos jours, le plantain est surtout employé dans les inflammations de yeux.

Le plantain était utilisé par les apothicaires, au même titre que le bleuet, pour la préparation de l'eau de plantain, pour ses propriétés sédatives et adoucissantes dans la plupart des ophtalmies.

Les feuilles, appliquées sur les brûlures et les plaies récentes, passaient pour calmer la douleur et hâter la cicatrisation.

C'est un astringent doux, cicatrisant, adoucissant en usage externe, et l'on peut utiliser le suc de la plante fraîche ou les feuilles broyées sous formes d'emplâtres. Il renferme également de nombreuses substances actives qui lui confèrent un pouvoir stimulant, tonique et dépuratif, que l'on peut avantageusement utiliser en cas d'anémie, de fatigue ou d'asthénie. La feuille fraîche est un pansement d'urgence que connaissent bien les paysans : quand ils se blessent, ils la froissent entre leurs doigts et l'appliquent sur la plaie. "Un pansement de ce genre, dit l'abbé Kneip, est le premier et, bien souvent, le meilleur puisqu'il amène une prompte guérison. On dirait que le plantain referme la plaie béante par une couture de fils d'or ; car, de même que l'or n'accepte pas la rouille, ainsi le plantain n'admet pas de pourriture et de chair mortifiées." Écrasées et frottées sur la peau, les feuilles fraîches apaisent l'irritation des piqûres d'insectes."

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"Les feuilles sont les parties utilisées médicinalement. Elles contiennent une grande quantité de mucilage, la glucoside aucubine, des substances à effet antibiotique, plus des tanins et de l'acide silicilique. Elles doivent être cueillies et séchées avec précaution car, écrasées, elles virent au brun et perdent leur pouvoir. Le Plantain est aussi cultivé sur de grandes surfaces quand il est nécessaire de vérifier soigneusement la qualité de la drogue, ce qui est alors plus facile que lorsque les feuilles sont récoltées dans la nature. Le Plantain est l'une des herbes médicinales les plus populaires pour les remèdes familiaux. Il est couramment utilisé pour l'inflammation des voies respiratoires supérieures, les toux, pour les troubles digestifs et en usage externe pour soigner les plaies longues à se cicatriser. Il est employé sous forme d'infusion (infusion brève ou pendant plusieurs heures) - 1 cuiller à café de drogue émiettée pour 1 tasse d'eau, 3 à 5 fois par jour. La tisane peut être édulcorée avec du miel. Le sirop de Plantain ou le jus de feuilles fraîches, épaissi et sucré au miel, peut être utilisé pour le même usage. Le dosage est similaire (1 cuiller à café, 3 fois par jour). Les préparations à base de Plantain sont recommandées surtout chez les enfants pour soigner les maladies associées à un refroidissement. Pour un usage externe sur des plaies il est conseillé d'utiliser le jus pressé de feuilles fraîches bien lavées, ou de baigner les plaies avec l'infusion de drogue macérée plusieurs heures.

Plantes médicinales, Gründ, 1992

Épanchement de synovie : Alors que je souffrais d'un épanchement de synovie au poignet gauche depuis plusieurs mois et que la médecine officielle ne pouvait proposer qu'une opération (qu'une de mes collègues avait subi sans aucun succès puisque le problème avait recommencé quelques mois plus tard) mon père m'a transmis une recette apprise des vieilles femmes du Beaufortain qu'il soignait : il fallait mettre sur la grosseur des feuilles de plantain. Aucune indication de détail.

Habitant en ville, je ramassais quelques feuilles tous les soirs sur les chemins du bord du Drac que je coinçais sous ma montre. Autant dire que je ne le faisais pas sérieusement ! J'ai appris par la suite qu'il fallait écraser les feuilles pour qu'elle libère toute leur efficacité. Toujours est-il qu'en gardant ces feuilles pendant une heure sous ma montre et le reste de la nuit tant bien que mal, la boule qui me faisait mal et m'empêchait de porter quoique ce soit de lourd a totalement disparu en un été !

Tradition orale du Beaufortain.

Sirop contre la toux : Dans un bocal en verre de type confiture, versez une couche de sucre roux, recouvrez d'une couche de feuilles de plantain fraîches puis d'une nouvelle couche de sucre, suivie d'une couche de plantain. Continuez jusqu'à remplir totalement le bocal en finissant par une couche de sucre. Cette opération est à effectuer au cours du printemps. Enterrez le bocal dans la terre tout l'été. Quand vous le récupérerez en automne, vous obtiendrez un magnifique sirop noir que les enfants adorent.

Tradition orale de la vallée de Lechte (Autriche) -

Emission Arte.

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Usage culinaire :

Utilisations possibles : quand elles sont jeunes et tendres, les feuilles crues sont excellentes en salade avec leur petit goût de champignon de Paris. Les feuilles âgées, plus coriaces, sont consommées cuites comme légume en soupe ou à la façon des épinards.

Les jeunes épis de fleurs, quand ils sont encore verts et tendres, peuvent être ajoutés crus aux salades : ils ont un goût qui rappelle la noisette.


Confusions possibles : aucune en dehors des autres espèces de plantains (34 en Europe dont 21 en France), mais, si aucun plantain n’est toxique, tous ne sont pas excellents à manger.

Parmi les espèces délicieuses à manger, en plus des deux précitées, on notera aussi :

  • le plantain moyen, Plantago media, qui ressemble beaucoup au grand plantain mais dont les feuilles n’ont pas de pétiole.

  • le plantain corne-de-cerf, Plantago coronopus, qui est une espèce de milieux sableux littoraux, avec des feuilles dentées ou très découpées, comme les cornes d’un cerf.

Les autres espèces ont des feuilles trop coriaces pour être agréables à consommer, même si elles ne présentent aucun danger pour la santé.

Alors, avez-vous repéré la petite odeur de champignon quand on froisse les feuilles ?

http://www.lavisdesplantes.fr/plantain-carte-identite/

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Plusieurs particularités de plantes sont l'objet d'explications traditionnelles. Un tailleur de la Haute-Bretagne avait vendu son âme au diable, qui devait le combler de biens, mais le prendre au bout de dix ans ; il stipula toutefois qu'il serait libéré s'il pouvait présenter une couture si fine que les yeux du diable ne pussent la distinguer. Lorsqu'arriva l'échéance, il eut recours aux Fées, alors nombreuses dans le pays ; l'une d'elles cueillit quelques brins d'herbes, les assembla et les cousit avec des points si menus que Satan ne réussit pas à les

découvrir ; c'est depuis qu'il y a de l'herbe à cinq coutures. On lui assigne une autre origine : un riche seigneur avait fait publier qu'il épouserait la jeune fille qui exécuterait devant lui la couture la plus parfaite. Une villageoise qui l'aimait rencontra sur la lande un bon lutin qui lui remit une aiguille magique. Le jour de l'épreuve, elle prit quelques brins d'herbe, et à l'aide de son aiguille, elle produisit une couture incomparable ; le seigneur l'épousa puis il fit planter l'herbe cousue par sa femme, qui prit racine et se multiplia.

[...] Celui qui porte certaines plantes acquiert le don d'invisibilité, et plus rarement celui de voir ce qui est caché aux autres. Au XVIe siècle, des gens des environs de Rennes, ne pouvant trouver quelqu'un qui s'était échappé subtilement, « jugeoient qu'il s'estoit fait invisible pour avoir au matin mis du plantain sous la semelle gauche de ses souliers avec trois grains de sel ».

[...] Suivant une croyance très répandue, on peut se débarrasser d'une maladie en la transmettant à un être ou à un objet ; ceux-ci la prennent, en souffrent et éprouvent le même sort qu'aurait subi celui qui la leur a passée. En ce qui concerne les plantes, cette transmission se fait assez fréquemment au moyen de l'urine. [...] Elle était encore usitée dans un autre cas, et la transmission y est, comme dans l'exemple précédent, nettement indiquée : « Trouvès du plantain qui naisse sur une maison. Que celui qui ha la jaunisse pisse dessus par plusieurs fois, tant que la plante en meure. A mesure qu'elle mourra la jaunisse se passera. » Dans le pays de Bayeux, la jeune fille malade urine aussi chaque jour sur une feuille de plantain, jusqu'à ce que l'herbe périsse. En llle-et-Vilaine, on pisse sur du plantain trois matins de suite et à jeun pour se guérir de la fièvre.

[...] Au XIVe siècle les jeunes filles cueillaient la plantain en prononçant une conjuration :


Aucunes nices puceletes ·

Qui mieus pueent estre dites bestes,

Pour avoir mari, en plantain

Ont grant fiance, mès en vain

Dont une qui mari vouloit

Devant plantain ainsi disoit :

Plantain, plantain, bele herbe coie,

Qui la crois de coste la voie,

Se queilier te puis, que ne poie,

J'aré Robin a ma courroie.

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Symbolisme :


Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans leur Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982), nous apprennent que :

"Dans la Chine ancienne, le plantain était considéré comme un symbole de fécondité, sans doute en raison du grand nombre de ses graines. La cueillette du plantain était censée favoriser les grossesses.

Dans le langage traditionnel de l'Inde, la pulpe du plantain est l'expression d'une délicatesse extrême ; on lui compare notamment la kundalinî endormie dans le centre-racine (GRAD.)."

De plus à l'entrée suivante, on peut lire que "la plante symbolise l'énergie solaire condensée et manifestée.

Les plantes captent les forces ignées de la terre et reçoivent l'énergie solaire. Elles accumulent cette puissance ; d'où leurs propriétés guérisseuses ou vénéneuses et leur emploi dans la magie.

En rapport avec le principe vital mâle, elles signifient la croissance, au sens de Psaume, 144, 12 : "Nos fils seront comme des plantes qui croissent dans leur jeunesse."

Les plantes portent leur semence. Certaines, telle l'hysope, exercent un rôle purificateur.

Les plantes symbolisent aussi la manifestation de l'énergie en ses formes diverses, comme la décomposition du spectre solaire en couleurs variées. En tant que manifestation de la vie, elles sont inséparables de l'eau, tout autant que du soleil.

Les liens unissant les deux symboles des eaux et des plantes sont faciles à comprendre. Les eaux sont porteuses de germes, de tous les germes. Les plantes - rhizomes, arbustes, fleurs de lotus - expriment la manifestation du Cosmos, l'apparition des formes. [...] La plante, premier degré de la vie, symbolise surtout la naissance perpétuelle, le flux incessant de l'énergie vitale.

Associé au Taureau en astrologie selon Sylvie Tribut.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Plantain (Plantago) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Terre

Pouvoirs : Protection des voyageurs.


Utilisation magique : Un peu partout en Europe, le grand comme le petit Plantain empêche, croit-on, les randonneurs d'être mordus par un serpent ; les personnes qui ont à traverser des landes, des causses infestés de vipères, attachent des sommités fleuries aux jambes de leur pantalon.

Au XVIIIe siècle, en Angleterre, on attachait quelques « chapeaux noirs » à l'intérieur des diligences comme talisman pour le voyage.

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