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  • Anne

La Limace





Étymologie :

  • LIMACE, subst. fém.

Étymol. et Hist. a) 1181-90 « limaçon à coquille » (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. W. Roach, 5946) ; b) 1538 « mollusque gastéropode, sans coquille » (Est.). Du lat. pop. *limacea (cf. esp. limaza, ital. du Nord lümasa), fém. de *limaceus (cf. lat. médiév. limatius, ixe s. et l'a. fr. limaz), du lat. class. limax, -macis « limace, escargot » (FEW t. 5, pp. 341b-342).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Selon http://limace023.canalblog.com/, on peut faire du symbolisme en maniant l'humour :


"Contrairement à l'escargot, qui jouit d'un haut prestige (gastronomique, économique, symbolique, littéraire, philosophique), la limace inspire une répulsion mêlée de dédain. Nous voulons réparer cette offense, c'est pourquoi ce site lui est dédié. Il révélera à son sujet d’étonnantes propriétés, étrangement méprisées.

Sur le plan gastronomique tout d'abord : pourquoi ne fait-on pas à la limace l'honneur de la manger ? Fondamentalement, il est absurde de se délecter de l'escargot et de rejeter le gout délicat de la limace. Celle-ci en effet recèle des qualités gustatives insoupçonnées. Certains objecteront que la taille de la limace, celle que l'on trouve dans les forêts françaises, supérieure à celle de son rival à coquille, la rend peu idoine à la dégustation, car il est impossible de la manger d'une seule bouchée. Outre que cet argument témoigne de la naturalisation fâcheuse d'une habitude alimentaire, aisément modifiable nous rétorquerons qu'il existe des variétés de limaces aux proportions réduites. En envisageant, par la vertu de ce contre-argument, une importation massive de petites limaces, il n'est pas question pour autant d'en faire une sorte de succédanée honteux de l'escargot, à la manière de la truite fumée. La limace est délicieuse et se marie à la perfection aux plus grands vins de Bourgogne. De hardis collaborateurs ont aussi découvert qu'elle se gobait merveilleusement bien. Par ailleurs, sur le plan diététique, la limace est un met équilibré, dont la teneur en collagène est bénéfique pour la peau. Cette parembole scientiste ne saurait faire oublier la dimension symbolique de la limace. Manger la limace, c'est avant tout manger un signifiant (1). En l'occurrence, la limace est porteuse de sens. Symbole de la désinvolture vulnérable, du refus de transiger sur son mode d'être, d'un mépris des biens matériels, d'un nomadisme décomplexé, d'une vie en marge de la frénésie capitaliste, la limace pourrait devenir l'emblème d'une génération. L'escargot au contraire serait le symbole sarkozyste du propriétaire. La limace est précaire et disponible, réceptive-passive. L'ingérer serait s'approprier ses propriétés symboliques. S'il est peu douteux qu'ingérer un Big Mac, c'est adhérer au "rêve américain" (qui n'est par ailleurs plus exclusivement territorialiste), manger une limace c'est faire siennes les valeurs alternatives qu'elle porte en elle. L'homme peut varier son symbolisme mais ne peut se passer de symbolisme. Jouons donc fiction contre fiction. Et profitons-en par la pour oublier l'odieuse entreprise de dénigrement pongien (lire "L'Escargot" dans Le Parti pris des choses), pénible pensum ou le futur nationalisme du poète montre ses prémisses dans l'exaltation d'un symbole franco-français au détriment de la limace. Opposition facile, forcée. (2)

Les ennemis du libéralisme expansif, de son mépris de la "dépense improductive", pourraient se réclamer de la limace. La promouvoir comme une condensation de valeurs allant à contre-courant. Visitez notre boutique en ligne. Vous pourrez y acheter divers objets siglés avec le logo de la LCR : briquets, stylos, T-shirts... Faites vous plaisir : les porter ostensiblement, c'est d'une part augmenter la visibilité de la limace, et aussi occasionner des discussions dans votre entourage. Nous conclurons en appelant tout lecteur sensible aux nombreuses qualités de la limace à œuvrer en sa faveur. A favoriser par tous les moyens sa réhabilitation et à la protéger des assauts de malveillance. Elle en a besoin.


Le collectif "LIMACE".


(1) La langue japonaise est riche en occurrences des phonèmes [limas]. Par exemple "orimasu" [olimas], lit. "je descends" (O limace !, permettant d’accéder à la transdescandence). "Shimarimasu" [shimalimas], "(les portes) se ferment" ("chie ma limace", en accord avec la symbolique freudienne du métro et sa plongée dans d'obscures voies souterraines). Une des formules de politesse les plus subtiles, servant à s'excuser en remerciant lors d'un service rendu, aussi minime soit-il, est "osoreirimasu" [osolei limas] ("au soleil, limace", resplendissante limace pentocrator). "Il y a" se dit "arimasu" [alimas] ("Ah, limace" : un certain "mono no aware", presque un haiku : vertige fixe).

En francais, [limas] s'entend "lis, masse!", injonction urgente pour retrouver l'ante-spectaculaire.

En franglais, nous entendons "lime ass", du verbe limer, et de "ass" (cul). Voila qui montre bien la violence latente de la limace, de son anomalie décroissante, prête à éroder, petit à petit, le fondement du système. La limace est bel et bien un défi au système, c'est "l'ennemi du dedans" dont parle Bataille. Voila pourquoi on l'a toujours exterminée, symboliquement et réellement.


(2) Il semble tout à fait aberrant que l'expression idiomatique "quelle limace !" ait un sens péjoratif."

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Littérature :


Jacqueline Kelen, auteure de Un Chemin d'ambroisie, Amour, religion et chausse-trappes (Éditions de La Table ronde, 2010), nous rapporte la grâce d'un instant en compagnie d'une limace :


"J'ai acheté sur le marché un petit bouquet de muguet et, de retour chez moi, j'emplis un vase d'eau fraîche et commence à égaliser les tiges de muguet après avoir coupé la ficelle qui les liait. C'est alors que je découvre une petite limace blonde, nichée au cœur des tiges. Elle est sur ma paume, que faire ? Je vois ses petites antennes, d'un beau noir luisant, qui se développent, palpent, sentent. Qu'elle est mignonne, cette petite limace à tête noire et à corps svelte et blond ! Elle est de ma famille, je veux dire de la famille des êtres "à antennes" et des êtres discrets. Je ne peux ni la jeter dans une poubelle, ni demeurer indifférente tant elle est gracieuse et inoffensive.

Je prends un bout de fane de radis, la dépose dessus, puis, avec elle dans ma paume, je descends les cinq étages. Dans le jardin voisin, je choisis un endroit un peu humide, ombragé et feuillu pour la libérer. Et je lui souhaite bonne chance.

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