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  • Anne

L'Artichaut




Étymologie :

ÉTYMOL. ET HIST. − 1. Av. 1506 carchoffle « ornement d'un harnais de cheval en forme d'artichaut » (J. Molinet, Chron., éd. Doutrepont et Jodogne, II, 1935, p. 457, année 1499 : dessus la cruppe, estoit une crosse carchoffle d'or) ; 2. 1538 artichault « la plante » (Estienne, Dictionarium Latino-gallicum, s.v. cynera scolymus, p. 647 : scolymos, Herba, Ung artichault). 1 appellation empr. p. anal. à l'ital. carciofjo « artichaut », attesté au sens propre dep. le xvies. (Aretino [1492-1556] II, 171 ds Batt.), prob. empr. aux lang. hispano-romanes : a. esp. carchiofa 1423 ds Cor., a. cat. carxofa 1492 ds Alc.-Moll., eux-mêmes empr. à l'hispano-arabe haršûfa (ar. class. ḥáršafa) d'apr. Cor. 2 empr. à l'ital. du nord articiocco « id. » (lui-même issu d'une forme précédée de l'article al-; cf. l'esp. alcachofa, Nyrop t. 1, p. 61; Sain. Lang. Rab., p. 148 ; Migliorini, Storia, p. 425 ; Sar., p. 27 ; Wind, p. 169) notamment en usage en Lombardie et en Piémont où il a la forme articiocch, attestée dep. le xvie s. (A. F. Doni [1513-70] Mondi celesti, terrestri et infernali [1reéd. 1552] 3 ds Batt.).


Lire également la définition du nom artichaut afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


Selon Jean-Marie Pelt, auteur d'un ouvrage intitulé Des Légumes (Éditions Fayard, 1993) :


Il était une fois un gros chardon sauvage poussant au bord de la Méditerranée. Ses petites fleurs d'un beau bleu violacé, très allongées, se serrent densément les unes contre les autres et s'insèrent toutes ensemble sur une sorte de disque en forme de plat à tarte. Tout autour de ce magnifique dispositif floral, des écailles protectrices, munies chacune d'une dent acérée, forment une sorte de calice vert bleuté très piquant. Avant la floraison, ces écailles, encore nommées bractées, enferment complètement le tapis floral, formant un gros bouton pansu et agressif par ses épines. Les feuilles également sont munies d'épines et la Lorraine n'aurait pas désavoué de chardon méditerranéen pour en faire son emblème.

Mais notre chardon a été cultivé et amélioré de génération en génération : il a perdu l'épine agressive qui prolongeait chaque bractée, le bouton floral a grossi et le plat à tarte, où se trouve insérée la kyrielle de petites fleurs bleutées, s'est épaissi, devenant le célèbre « fond d'artichaut » ou « cul d'artichaut ». Comment ces modifications se sont-elles produites ? Simplement comme le fruit du travail de générations de jardiniers qui, de tout temps, ont tenté d'éliminer les plantes les plus petites et les plus piquantes, en cherchant à conserver et à reproduire celles qui avaient le moins d'épines et les plus grosses fleurs. Une évolution identique à celle qui, à partir de l'églantine, a produit les roses... lesquelles s'obstinent néanmoins à conserver leurs épines.

Mais l'évolution, ici, a sélectionné de surcroît des plantes au pétiole foliaire très développé : les cardons. Les pétioles et les nervures des feuilles s'y sont épaissis, prenant une consistance charnue ; tout suggère que la mise au point de la forme « cardon » a précédé celle de la forme « artichaut ».

L'Antiquité connaissait déjà les cardons, qui étaient un légume très prisé à Rome. On les cultivait en Tunisie aux environs de l'ancienne Carthage, et surtout à Cordoue. Pline rapporte, non sans une certaine pudeur, que la moindre planche de cette plante de luxe produisait à Cordoue un revenu annuel de 6 000 sesterces.

L'origine de l'artichaut est plus discutée que celle du cardon. Pour certains, il aurait été, lui aussi, déjà connu des Grecs et des Romains, légume de luxe réservé aux classes les plus aisées ; mais on ne possède aucune trace permettant de l'identifier par opposition au cardon. De fait, l'artichaut n'est mentionné avec certitude qu'à partir du XVe siècle, en provenance d'Italie. Un certain Filippo Strozzi en aurait introduit à Florence, en 1466, quelques pieds venant de Naples. En moins de cent ans, il se répand dans toute l'Europe et ne tarde par à rallier, comme son frère le cardon, les suffrages des gourmets. Ronsard vante ses mérites en ces termes :


L'artichaut et la salade,

L'asperge et la pastenade,

Et les pompons tourangeaux,

Me sont herbes plus friandes

Que les royales viandes

Qui se servent à Monceau...


On rapporte que les fonds d'artichaut faisaient les délices de Marie de Médicis qui en mangeait plus qu'à devoir. Elle avait favorisé leur implantation en France, ainsi que celle des brocolis. Bientôt, les pisse-vinaigre et autres trouble-fête trouvèrent à gloser sur les vertus échauffantes que l'artichaut produirait chez les « personnes du sexe ». Du coup, il ne pouvait qu'être suspect aux gens vertueux et il y eut donc vertu à passer devant les artichauts avec mépris et sans autre considération. Et voici que l'artichaut fait, au propre come au figuré, une carrière de plante aphrodisiaque ! Au temps du bon roi Henri IV, les marchands de quatre-saisons criaient dans les rues : « L'artichaut, le bel artichaut, pour Monsieur et Madame, pour réchauffer le cul et l'âme !... » Puis l'artichaut poursuit sa course et son destin en franchissant, au début de ce siècle, l'océan Atlantique pour s'implanter - très tardivement, on le voit - aux États-Unis et en Argentine.

Mais, entre-temps, on avait trouvé à l'artichaut maintes propriétés médicinales. Si ses qualités supposées aphrodisiaques n'ont jamais été démontrées, on sait, en revanche, qu'il favorise la diurèse et donne d'excellents résultats dans le traitement de l'ictère chronique. Cette dernière propriété a valu à l'artichaut de faire une brillante carrière pharmaceutique ; mais, cette fois, la partie utilisée était la feuille, et non plus les bractées ou le « cul ».

Comme pout tant de plantes médicinales majeures, l'utilisation thérapeutique de l'artichaut se fonda d'abord sur la « théorie des signatures ». Connu de alien qi ne le distinguait pas du cardon, mas plus ou moins négligé durant le Moyen Âge, l'artichaut médicament revint en honneur au XVIIIe siècle, lorsque Chaumel le recommanda dans le traitement de l'ictère et de l'hydropisie : les deux actions hépatique et rénale de la plante étaient donc déjà distinguées à cette époque, puisqu'on la considérait comme capable de favoriser et la sécrétion de la bile par le foie, et la sécrétion de l'urine parles reins. Et cela d'autant plus que la forte amertume de la drogue conduisait tout naturellement les partisans des signatures à y voir une analogie avec la bile, donc avec le foie. De fait, la feuille d'artichaut fraîche est très amère, et si cette amertume n'apparaît plus dans le légume cuit, c'est en raison de la longue ébullition qu'il subit, au cours de laquelle les substances amères passent dans l'eau de cuisson - ce qu'on appelle couramment, en termes culinaires, le blanchiment.

L'amertume de l'artichaut est due à la présence d'uns substance dont la structure ne fut élucidée qu'en 1960 : la cynaropicrine. Afin de vérifier le bien-fondé de la signature de l'artichaut, il était évidemment tentant de tester les propriétés pharmacologiques de cette substance, jaune et amère comme la bile, ce que nous fîmes. Le résultat fut un échec : la cynaropicrine ne révéla aucune propriété susceptible de modifier favorablement le fonctionnement hépatique des animaux de laboratoire. Il y avait donc tout lieu de penser que la cynarine, autre substance isolée de l'artichaut, en était le seul principe actif.

Mais ces recherches engagées sur l'artichaut avec nos collègues Jouany, Delaveau, Bogaert et Mortier, devaient bientôt rebondir sur une piste nouvelle, jusque-là inexplorée, qui mérite digression.

Il était, en effet, apparu qu'un des médicaments à base d'artichaut les plus utilisés en thérapeutique, et dont l'efficacité ne pouvait être mise en doute, était de par son mode de préparation, dépourvu de cynarine, pourtant considérée comme l'un des principes actifs essentiels de la drogue. Or, les essais cliniques démontraient une incontestable activité de ce médicament sur la sphère hépatorénale, par augmentation de la sécrétion biliaire et urinaire. Ce qui laissait supposer la présence de substances actives encore inconnues.

En examinant, avec l'œil du phytochimiste, le mode de préparation mis en œuvre dans l'industrie pour préparer ces extraits d'artichaut, il apparut que les feuilles étaient attaquées de manière extrêmement brutale par des alcalis, ce qui paraissait de prime abord une atteinte inadmissible à leur « intégrité biologique ». Un tel mode de traitement relève davantage, en effet, des techniques de la toxicologie classique, où il convient souvent de détruire la matière organique pour isoler un toxique minéral, par exemple, que de la pharmacognosie, où l'on doit prendre soin, au contraire, de respecter les principes initiaux de la matière vivante. Les analyses conduites sur les extraits ainsi « violentés » montrèrent que la molécule de cynaropicrine était complètement détruite par ce traitement brutal et que l'on ne retrouvait, si l'on peut dire, que des « morceaux » de son édifice moléculaire, entre autres un acide au nom savant : l'acide hydroxyméthylacrylique (HMA). Or, ce « morceau » de cynaropicrine se révéla exercer de multiples actions sur le foie.

En reprenant alors l'analyse de la drogue initiale avec des méthodes plus douces, il apparut que cet acide, élément constitutif de la cynaropicrine, était aussi présent à l'état libre dans la plante, où il intervenait comme un principe actif. Cette découverte d'un nouveau principe actif dans l'artichaut ne devait pas s'arrêter là. Elle permit d'abord d'expliquer pour quelles raisons, dans les pharmacopées traditionnelles, la bardane et l'eupatoire sont souvent utilisées comme médicaments du foie : en travaillant sur des extraits de ces deux plantes, nous avons pu mettre en évidence un net effet thérapeutique qu'il devenait facile de relier à la présence, chez elles, d'homologues très proches de la cynaropicrine et du HMA. Il s'agit d'ailleurs, dans les deux cas, d'espèces de la famille des astéracées (ex-composées), famille à laquelle appartient précisément l'artichaut : c'est là une spectaculaire illustration des apports de la taxinomie empirique qui faisait de la bardane et de l'eupatoire des drogues de même tropisme thérapeutique que l'artichaut, et constatant par ailleurs qu'elles appartenaient à la même famille botanique, les astéracées, il était légitime d'y rechercher des principes actifs voisins ou identiques, responsables de ces effets. Ce qui fut fait et aboutit à un résultat positif.

Bien plus, pour revenir à l'artichaut, l'analyse de l'extrait industriel obtenu par une méthode d'extraction jugée initialement trop brutale nous permit d'isoler toute une série d'acides-alcools à bas poids moléculaire de nature banale, mais que les méthodes traditionnelles d'extraction ne permettent pas d'isoler. Chacun de ces acides fut testé sur l'animal d'expérience par les méthodes habituelles, mais aucun ne révéla de propriétés particulières. En revanche, utilisés en mélange, ils agissaient immédiatement sur les fonctions hépatique et rénale, et d'autant plus efficacement qu'ils se trouvaient associés à l'HMA. Nous pûmes ainsi composer artificiellement un mélange comprenant les acides sucinique, citrique, malique et HMA en parties égales, mélange artificiel reproduisant très exactement, sur les tests que nous avions choisis, les grandes activités hépatorénales reconnues à l'artichaut, à l'exclusion toutefois des effets sur la sécrétion biliaire dus essentiellement aux polyphénols du type de la cynarine. Ce mélange diminue notablement la sensibilité du foie à la toxicité de l'alcool, augmente fortement la diurèse ainsi que l'élimination des toxiques tels que les narcotiques, bref, modifie sensiblement, et dans un sens favorable, le métabolisme de la cellule hépatique et le fonctionnement du système rénal.

Il apparut enfin que la structure de l'HMA, nouvellement découvert dans l'artichaut, se rapprochait étroitement e celle de eux substances chimiques déjà connues et antérieurement utilisées pour leur propriétés hépatique et diurétique : phénomène tout à fait inhabituel car, si les molécules de synthèse miment souvent les molécules naturelles dont elles s'inspirent, il est étrange de trouver a posteriori dans la nature des molécules ressemblant à des médicaments synthétiques obtenus sans aucune référence à un modèle naturel !

L'exemple de l'artichaut est particulièrement suggestif en ce qu'il éclaire la notion, très familière en thérapeutique végétale, de synergie. Les propriétés d'un extrait végétal contenant de nombreux principes sont souvent fort différentes des propriétés particulières de chacun de ces principes isolément ; et cela est encore plus vrai lorsqu'il s'agit de drogues qui n'agissent pas par un principe nettement dominant, comme le font par exemple la digitale, la belladone et, d'une manière plus générale, la plupart des grandes drogues héroïques. Dans le cas de l'artichaut, au contraire, toute une série de substances interviennent, dont certaines n'agissent qu'en association et sont, à l'état pur, totalement dépourvues d'activité ; ainsi des acides succinique, citrique et malique, composés banals présents dans toute matière vivante, mais qui, associés entre eux, laissent apparaître les propriétés attendues, avec une intensité encore accrue lorsqu'on ajoute en outre à ce mélange de l'acide hydroxyméthylacrylique et d'autres composants de l'artichaut. Ils interviennent don comme des substances susceptibles de renforcer, de potentialiser, de synergiser les propriétés globales de la drogue naturelle.

Voilà pour le versant médicamenteux de l'artichaut, la seule plante, avec l'ail, à avoir poursuivi simultanément une carrière aussi brillant comme légume et comme remède.

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Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes :


Des propriétés nouvelles et spécifiques naissent de la complexité, fût-ce même de l'association d'éléments tous inactifs lorsqu'ils sont pris isolément. Observation déconcertante qui prend notre logique cartésienne à rebours et que bon nombre de scientifiques s'obstinent à méconnaître !

Tel semble être aussi le cas de nombreux médicaments végétaux sans « substance active » nettement décelable, mais néanmoins actifs grâce à un totum de substances agissante en concentration. Les feuilles d'artichaut tirent leurs propriétés diurétiques et hépato-protectrices de faits de cette nature : bon nombre de leurs constituants sont parfaitement inactifs pris isolément, mais deviennent fortement actifs en mélange.

Si on observe la disposition des fleurs sur le capitule d'un artichaut, on remarque une structure étonnante en forme de double spirale. 

De plus, si l’on compte le nombre de spires dans un sens et dans l’autre, on constate alors qu’on tombe invariablement sur deux nombres consécutifs de la suite de Fibonacci : 1 - 1 - 2 - 3 - 5 - 8 - 13 - 21 - 34 - 55 - 89 - 144 ... et jamais sur d’autres nombres. Pour mémoire, la suite de Fibonacci est une suite infinie de nombres entiers dans laquelle chaque terme est la somme des deux termes qui le précèdent.





Bienfaits :


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Symbolisme :


Expression "avoir un cœur d'artichaut :


Selon le Dictionnaire des expressions (Éditions Robert), l’expression vient du proverbe « cœur d’artichaut : une feuille pour tout le monde » par référence aux feuilles de l'aliment que l'on détache pour les manger. Une analogie fut établie entre le végétal et le cœur de l’homme, pour qualifier une personne qui donne trop facilement son l’amour aux personnes qui lui plaisent. On retrouve ce proverbe dans plusieurs publications du XIXe siècle, mais il pourrait être de l’argot parisien. 

Wikipédia donne une autre origine possible, plus intéressante mais malheureusement non sourcée :


"L'expression tire ses origines des forgerons de Culann, de l'historique province d'Ulster(Irlande). Leur travail était reconnu partout en Europe sous le nom de « l'Art du Chaud ». En France, les forgerons ne vivant pas longtemps, étaient souvent victimes d'insuffisance cardiaque, provoquant, pour certains, des morts soudaines. L'expression « avoir un cœur d'artichaut » trouve ses origines dans l'expression d'antan « avoir un cœur d'art du chaud » et désignait les personnes faibles du cœur. Cependant, les évolutions linguistiques et sociales laissèrent l'expression « avoir un cœur d'artichaut » qui désigne, de nos jours, une personne au bon cœur, tombant facilement amoureuse.

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Selon le site https://vanitesamsterdam.wordpress.com/ :


L'artichaut est "un aliment aphrodisiaque, non mentionné dans la Bible, mais présent dans les traités botaniques du XVIème siècle où il était un emblème de la découverte botanique, une sorte de symbole de l’exotisme. Son aspect curieux lui donne une connotation liée à l’extravagance. Les Égyptiens l’utilisaient dans leurs hiéroglyphes pour traduire l’idée de la fragilité humaine.

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Toutes les parties de l'artichaut, et pas seulement celles que nous avons l'habitude de consommer, possèdent des vertus anti-rhumatismales, diurétiques, stimulantes, fébrifuges et stomachiques. Autrefois, contre les maux de rein et les problèmes urinaires, on prenait des décoctions de morceaux de tiges séchées d'artichaut.

L'artichaut est également aphrodisiaque, comme le souligne cette historiettes : un mari, en ayant proposé à sa femme, l'entendit répondre :

Mange-les toi que mon cœur aime

car ils ne feront plus de bien

que si je les mangeais moi-même.


Dans le Languedoc, pour faire disparaître les orgelets, il suffit de les frictionner avec de l'eau dans laquelle ont bouilli des artichauts.

Selon une croyance relevée dans la région dijonnaise, de l'artichaut sauvage suspendu au berceau d'un enfant lui porte bonheur. On peut connaître sa destinée en plaçant sous son lit trois artichauts des bois : sur l'un, on aura écrit "célibataire", sur l'autre "marié" et sur le dernier "religieuse". Le premier qui s'ouvre délivre l'oracle.

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Pierre Canavaggio, auteur de Du bon usage des superstitions (Éditions La Table ronde, 2001) nous apprend que :


On le voit, les superstitions préviennent des menaces qui planent. Elles révèlent aussi des pièges que les choses les plus anodines en apparence peuvent dissimuler. Qui pourrait imaginer qu'un artichaut réserve des surprises, au nombre de sept et toutes mauvaises, si on le mange sans précaution ? Alors que toute personne, même vaguement superstitieuse, sait que ce légume, fade au demeurant, peut apporter une semaine d'ennuis si ses feuilles sont en nombre impair : un par jour et tous inévitables.

Pour éviter un compte fastidieux et prévenir tout risque, il faut, avant d'entamer un artichaut :

  • soit murmurer, comme pour soi-même : "Peu me chaut tes maux, artichaut ! (parenthèse : le murmure est primordial ; une formule magique perd de son efficacité, si on la prononce à voix haute. Knud Rasmussen, |1879-1933], explorateur danois et ethnologue amateur a observé : "On peut recevoir des formules en héritage, mais personne d'autre ne peut les entendre ; sauf celui qui doit en faire usage - sinon elles perdraient leur force... Comme les secrets que l'on confie à l'air et qu'il faut donc murmurer") ;

  • soit, après avoir retourné l'artichaut cul par-dessus tête, tracer une croix de Saint-André avec son couteau sur le fond ;

  • soit, enfin, ouvrir l'artichaut d'un seul coup de lame, avant de détacher la première de ses feuilles.

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Pour Christiane Beerlandt, auteure deLa Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


L'Artichaut symbolise l'exubérante joie de vivre ! Ressentir intensément "la vie". Sans regarder, l'être humain se lance dan la vie avec abandon. Il n'a même pas "besoin" de ses yeux parce qu'il se plaît à sentir et à vivre en lui toutes les belles choses que la vie offre. L'Artichaut représente une force contractée, concentrée en elle-même, qui se manifeste en même temps comme dans une explosion permanente, comme dans un éclair continu d'une grande brillance.

L'Artichaut est l'un des admirateurs les plus enthousiastes de la Vie. Il bande ses muscles au maximum pour se jeter ensuite aveuglément dans la vie, corps et âme, poussant un grand cri de joie, tel un nouveau-né qui reçoit le jour.

Il est possible que celui qui aime l'Artichaut se soit trop dispersé et qu'il veuille retrouver cette force unitaire de son être, résoudre son fractionnement, en finir avec tout dédoublement. Il a peut-être associé sa vie à des tas de choses : en ce qui concerne son travail, ses passe-temps favoris, ses activités privées, sa vie sociale... Il s'est "parcellisé" pour pouvoir suivre dans tous les domaines, pour participer à tout. La motivation derrière ce comportement est avant tout le sentiment de devoir assumer des responsabilités, non seulement pour soi-même mais aussi pour les autres, pour le monde entier, dirait-on... Souvent il s'agit aussi d'une volonté de faire ses preuves, d'une recherche d'approbation... d'une propension à "tendre vers..." Dans tous les cas ils 'agit du désir de "saisir" ou de tenir un grand nombre de choses à la fois : celui qui veut partout être de la partie, qui veut se faire valoir, qui veut jouer un rôle sur différents plans et qui, surtout, ne veut le "céder" en rien à personne. Il veut avoir partout son mot à dire, il veut avoir tout vu et tout compris... Le sentiment aussi d'avoir manqué quelque chose quand il n'y était pas : une forme de curiosité et de convoitise.

L'être humain veut retenir, veut garder beaucoup de choses à la fois, il veut être impliqué dans tout, il faudrait presque qu'il se coupe en quatre...

L'Artichaut incite cette personne à partir à la recherche de cette FORCE UNITAIRE originelle en elle ; l'âme dans le corps : cette fusion génère une Force unie, concentrée. Si l'être humain vit à partir de cette joyeuse force unitaire, il éprouvera moins le besoin d'être toujours de la partie (il s'agit parfois d'une tendance malsaine à s'immiscer partout, même si c'est avec les meilleures intentions), la nécessité disparaître d'englouti des activités de tout genre. Il voudra moins faire tant et tant de choses à la fois, papillonner d'une fleur à l'autre, courir voire voler vers autre chose pour arriver juste à temps... : c'est avec une force considérable et intense qu'il viendra à bout de toutes ses activités, une à une, toujours avec autant d'applications mais tout en restant à l'intérieur de ses limites.


Celui qui aime l'Artichaut a besoin de cette pure et joyeuse expérience de son JE. Il veut revenir à son sentiment de joie originel : il n'y parviendra que s'il vit intensément son être, avec tous ses sentiments, avec toutes ses énergies, dans son corps. Le sentiment de joie pure, étant fortement concentré dans son corps. Cette sensation est unique et inégalée. "Viens tout près de toi-même, de ton corps...", dit l'Artichaut, "et ne te perds pas dans un tas d'activités et de choses accessoires, dans les autres... qui finiraient par devenir pour toi plus importants que TOI-même !"

L'expérience de cette radieuse force vitale qui fait vibrer les fibres de son corps n'est possible que s'il cesse de vouloir contrôler, retenir, garder, surveiller tout autour de lui..., de vouloir être toujours "de la partie"..., comme si rien ne pouvait s'accomplir sans lui. Le consommateur d'Artichaut a souvent, et exagérément, l'impression d'être appelé à jouer son rôle en toute chose, à être présent en tous lieux avec sa personnalité (peut-être parce qu'il sait qu'on a "besoin de lui), à diriger les autres, à prendre la direction de telle association ou de telle personne et de tel groupe..., tout en s'écartant souvent de son propre JE. Peut-être a-t-il le sentiment qu'il doit conserver le pouvoir sous peine de voir les choses tourner mal. Un sentiment primordial de méfiance envers la vie peut être à la base de cette attitude ; ce sentiment s'accompagne souvent d'un souci scrupuleux de tout conduire dans les bonnes voies.

Cet être humain apprendra à "lâcher-prise" - pour s'occuper pour une fois exclusivement de lui-même et n'emplir son Espace que de sa propre Joie d'Exister ! - et à faire confiance aux processus naturels. Il aura plus d' "espace" intérieur s'il cesse de se démener comme un père coq ou comme une mère poule, s'il n'omet plus de vivre, de respirer pour lui-même et à partir de lui-même, en toute liberté... Il ne se "remplit" plus : il trouve son Moi pur. Les soucis se dissipent ; une délicieuse détente et un sentiment de liberté éclosent en son cœur.

Il apprendra qu'il ne doit gérer que SA vie... en servant d'exemple pour les autres mais qu'il ne pourra aider les autres qu'en les laissant gérer leur vie eux-mêmes. Il doit apprendre à lâcher-prise ; il ne doit surtout pas garder la main sur tout ce qui l'entoure... Il ne doit pas se morceler à propos d'autres personnes, d'autres tâches ; il ne doit pas s'éparpiller en devoirs et responsabilités qui dépassent ses limites ! Il a en premier lieu la responsabilité de se libérer lui-même, d'entrer dans la Joie de son Moi Vivant. "retire-toi un peu dans ton domaine et éprouves-y la joie de ton Être - indépendamment des autres," dit l'Artichaut.


Celui qui raffole d'Artichaut a besoin de calme intérieur ; il lui faut se décharger de tout fardeau qui pèse sur ses épaules. Il devra se soucier beaucoup moins de ce qui se passe autour de lui : la fatigue disparaîtra. Il est possible qu'il se soit depuis trop longtemps "retranché" derrière cette tendance à s'occuper des autres, derrière toutes sortes d'activités... L'Artichaut l'incite à ne plus le faire, à manifester son véritable Noyau Ensoleillé et à vivre à partir de celui-ci. Il ne doit plus s'emplir de tout ce qui se trouve à l'extérieur de lui. Il fera bien d'ÊTRE entièrement lui-même, dans la joie pure, tout comme l'Artichaut.

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Mythologie :


Dans la mythologie romaine, on dit que Zeus, allant rendre visite à son frère Poséidon, se rendit dans une des nombreuses îles de la mer Égée où il tomba amoureux fou de Cynara, une belle jeune fille aux cheveux blonds cendrés qui repoussa se avances. Pour la châtier, il décida de la transformer en Cynara Scolymus (c'est-à-dire en artichaut).




Littérature :


Chanson de l'artichaut :


J'ai cent feuilles à mon cœur tremblant Comme celui d'un galant ; Brune, rousse ou blonde, Il en est pour tout le monde.


J'ai cent feuilles tendres d'un côté Et piquantes de l'autre, Comme feintises et patenôtres De jouvenceaux amignottés.


Mais sans doute, belles, peu vous chaut D'un joli cœur d'artichaut, Et brune, rousse ou blonde préférerait Le simple cœur d'un dameret.


De sorte qu'il me faudra finir aussi À la barigoule ou farci, Dans la marmite d'un cuisinier gras Sans même savoir qui me mangera.


J'avais cent feuilles à mon cœur tremblant Comme celui d'un galant ; Il en était pour toutes les belles, et plus, Mais personne à la ronde n'en a voulu.


Tristan Klingsor (pseudonyme de Arthur Justin Léon Leclère), "Chanson de l'artichaut" in Le Valet de coeur : poèmes" paru en 1908 dans Le Jardin de ma tante n°4.

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L’heure du crime


Minuit, voici l’heure du crime. Sortant d’une chambre voisine, Un homme surgit dans le noir. Il ôte ses souliers, S’approche de l’armoire Sur la pointe des pieds Et saisit un couteau Dont l’acier luit, bien aiguisé. Puis, masquant ses yeux de fouine Avec un pan de son manteau, Il pénètre dans la cuisine Et, d’un seul coup, comme un bourreau, Avant que ne crie la victime, Ouvre le cœur … d’un artichaut !


Maurice Carême, "L'Heure du crime" in Au Clair de la lune, 1977.

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