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  • Anne

L'Artichaut




Étymologie :

ÉTYMOL. ET HIST. − 1. Av. 1506 carchoffle « ornement d'un harnais de cheval en forme d'artichaut » (J. Molinet, Chron., éd. Doutrepont et Jodogne, II, 1935, p. 457, année 1499 : dessus la cruppe, estoit une crosse carchoffle d'or) ; 2. 1538 artichault « la plante » (Estienne, Dictionarium Latino-gallicum, s.v. cynera scolymus, p. 647 : scolymos, Herba, Ung artichault). 1 appellation empr. p. anal. à l'ital. carciofjo « artichaut », attesté au sens propre dep. le xvies. (Aretino [1492-1556] II, 171 ds Batt.), prob. empr. aux lang. hispano-romanes : a. esp. carchiofa 1423 ds Cor., a. cat. carxofa 1492 ds Alc.-Moll., eux-mêmes empr. à l'hispano-arabe haršûfa (ar. class. ḥáršafa) d'apr. Cor. 2 empr. à l'ital. du nord articiocco « id. » (lui-même issu d'une forme précédée de l'article al-; cf. l'esp. alcachofa, Nyrop t. 1, p. 61; Sain. Lang. Rab., p. 148 ; Migliorini, Storia, p. 425 ; Sar., p. 27 ; Wind, p. 169) notamment en usage en Lombardie et en Piémont où il a la forme articiocch, attestée dep. le xvie s. (A. F. Doni [1513-70] Mondi celesti, terrestri et infernali [1reéd. 1552] 3 ds Batt.).


Lire également la définition du nom artichaut afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Cynara scolymus ;

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Botanique :


Selon Jean-Marie Pelt, auteur d'un ouvrage intitulé Des Légumes (Éditions Fayard, 1993) :


Il était une fois un gros chardon sauvage poussant au bord de la Méditerranée. Ses petites fleurs d'un beau bleu violacé, très allongées, se serrent densément les unes contre les autres et s'insèrent toutes ensemble sur une sorte de disque en forme de plat à tarte. Tout autour de ce magnifique dispositif floral, des écailles protectrices, munies chacune d'une dent acérée, forment une sorte de calice vert bleuté très piquant. Avant la floraison, ces écailles, encore nommées bractées, enferment complètement le tapis floral, formant un gros bouton pansu et agressif par ses épines. Les feuilles également sont munies d'épines et la Lorraine n'aurait pas désavoué de chardon méditerranéen pour en faire son emblème.

Mais notre chardon a été cultivé et amélioré de génération en génération : il a perdu l'épine agressive qui prolongeait chaque bractée, le bouton floral a grossi et le plat à tarte, où se trouve insérée la kyrielle de petites fleurs bleutées, s'est épaissi, devenant le célèbre « fond d'artichaut » ou « cul d'artichaut ». Comment ces modifications se sont-elles produites ? Simplement comme le fruit du travail de générations de jardiniers qui, de tout temps, ont tenté d'éliminer les plantes les plus petites et les plus piquantes, en cherchant à conserver et à reproduire celles qui avaient le moins d'épines et les plus grosses fleurs. Une évolution identique à celle qui, à partir de l'églantine, a produit les roses... lesquelles s'obstinent néanmoins à conserver leurs épines.

Mais l'évolution, ici, a sélectionné de surcroît des plantes au pétiole foliaire très développé : les cardons. Les pétioles et les nervures des feuilles s'y sont épaissis, prenant une consistance charnue ; tout suggère que la mise au point de la forme « cardon » a précédé celle de la forme « artichaut ».

L'Antiquité connaissait déjà les cardons, qui étaient un légume très prisé à Rome. On les cultivait en Tunisie aux environs de l'ancienne Carthage, et surtout à Cordoue. Pline rapporte, non sans une certaine pudeur, que la moindre planche de cette plante de luxe produisait à Cordoue un revenu annuel de 6 000 sesterces.

L'origine de l'artichaut est plus discutée que celle du cardon. Pour certains, il aurait été, lui aussi, déjà connu des Grecs et des Romains, légume de luxe réservé aux classes les plus aisées ; mais on ne possède aucune trace permettant de l'identifier par opposition au cardon. De fait, l'artichaut n'est mentionné avec certitude qu'à partir du XVe siècle, en provenance d'Italie. Un certain Filippo Strozzi en aurait introduit à Florence, en 1466, quelques pieds venant de Naples. En moins de cent ans, il se répand dans toute l'Europe et ne tarde par à rallier, comme son frère le cardon, les suffrages des gourmets. Ronsard vante ses mérites en ces termes :


L'artichaut et la salade,

L'asperge et la pastenade,

Et les pompons tourangeaux,

Me sont herbes plus friandes

Que les royales viandes

Qui se servent à Monceau...


On rapporte que les fonds d'artichaut faisaient les délices de Marie de Médicis qui en mangeait plus qu'à devoir. Elle avait favorisé leur implantation en France, ainsi que celle des brocolis. Bientôt, les pisse-vinaigre et autres trouble-fête trouvèrent à gloser sur les vertus échauffantes que l'artichaut produirait chez les « personnes du sexe ». Du coup, il ne pouvait qu'être suspect aux gens vertueux et il y eut donc vertu à passer devant les artichauts avec mépris et sans autre considération. Et voici que l'artichaut fait, au propre comme au figuré, une carrière de plante aphrodisiaque ! Au temps du bon roi Henri IV, les marchands de quatre-saisons criaient dans les rues : « L'artichaut, le bel artichaut, pour Monsieur et Madame, pour réchauffer le cul et l'âme !... » Puis l'artichaut poursuit sa course et son destin en franchissant, au début de ce siècle, l'océan Atlantique pour s'implanter - très tardivement, on le voit - aux États-Unis et en Argentine.

Mais, entre-temps, on avait trouvé à l'artichaut maintes propriétés médicinales. Si ses qualités supposées aphrodisiaques n'ont jamais été démontrées, on sait, en revanche, qu'il favorise la diurèse et donne d'excellents résultats dans le traitement de l'ictère chronique. Cette dernière propriété a valu à l'artichaut de faire une brillante carrière pharmaceutique ; mais, cette fois, la partie utilisée était la feuille, et non plus les bractées ou le « cul ».

Comme pour tant de plantes médicinales majeures, l'utilisation thérapeutique de l'artichaut se fonda d'abord sur la « théorie des signatures ». Connu de alien qi ne le distinguait pas du cardon, mas plus ou moins négligé durant le Moyen Âge, l'artichaut médicament revint en honneur au XVIIIe siècle, lorsque Chaumel le recommanda dans le traitement de l'ictère et de l'hydropisie : les deux actions hépatique et rénale de la plante étaient donc déjà distinguées à cette époque, puisqu'on la considérait comme capable de favoriser et la sécrétion de la bile par le foie, et la sécrétion de l'urine parles reins. Et cela d'autant plus que la forte amertume de la drogue conduisait tout naturellement les partisans des signatures à y voir une analogie avec la bile, donc avec le foie. De fait, la feuille d'artichaut fraîche est très amère, et si cette amertume n'apparaît plus dans le légume cuit, c'est en raison de la longue ébullition qu'il subit, au cours de laquelle les substances amères passent dans l'eau de cuisson - ce qu'on appelle couramment, en termes culinaires, le blanchiment.

L'amertume de l'artichaut est due à la présence d'uns substance dont la structure ne fut élucidée qu'en 1960 : la cynaropicrine. Afin de vérifier le bien-fondé de la signature de l'artichaut, il était évidemment tentant de tester les propriétés pharmacologiques de cette substance, jaune et amère comme la bile, ce que nous fîmes. Le résultat fut un échec : la cynaropicrine ne révéla aucune propriété susceptible de modifier favorablement le fonctionnement hépatique des animaux de laboratoire. Il y avait donc tout lieu de penser que la cynarine, autre substance isolée de l'artichaut, en était le seul principe actif.

Mais ces recherches engagées sur l'artichaut avec nos collègues Jouany, Delaveau, Bogaert et Mortier, devaient bientôt rebondir sur une piste nouvelle, jusque-là inexplorée, qui mérite digression.

Il était, en effet, apparu qu'un des médicaments à base d'artichaut les plus utilisés en thérapeutique, et dont l'efficacité ne pouvait être mise en doute, était de par son mode de préparation, dépourvu de cynarine, pourtant considérée comme l'un des principes actifs essentiels de la drogue. Or, les essais cliniques démontraient une incontestable activité de ce médicament sur la sphère hépatorénale, par augmentation de la sécrétion biliaire et urinaire. Ce qui laissait supposer la présence de substances actives encore inconnues.

En examinant, avec l'œil du phytochimiste, le mode de préparation mis en œuvre dans l'industrie pour préparer ces extraits d'artichaut, il apparut que les feuilles étaient attaquées de manière extrêmement brutale par des alcalis, ce qui paraissait de prime abord une atteinte inadmissible à leur « intégrité biologique ». Un tel mode de traitement relève davantage, en effet, des techniques de la toxicologie classique, où il convient souvent de détruire la matière organique pour isoler un toxique minéral, par exemple, que de la pharmacognosie, où l'on doit prendre soin, au contraire, de respecter les principes initiaux de la matière vivante. Les analyses conduites sur les extraits ainsi « violentés » montrèrent que la molécule de cynaropicrine était complètement détruite par ce traitement brutal et que l'on ne retrouvait, si l'on peut dire, que des « morceaux » de son édifice moléculaire, entre autres un acide au nom savant : l'acide hydroxyméthylacrylique (HMA). Or, ce « morceau » de cynaropicrine se révéla exercer de multiples actions sur le foie.

En reprenant alors l'analyse de la drogue initiale avec des méthodes plus douces, il apparut que cet acide, élément constitutif de la cynaropicrine, était aussi présent à l'état libre dans la plante, où il intervenait comme un principe actif. Cette découverte d'un nouveau principe actif dans l'artichaut ne devait pas s'arrêter là. Elle permit d'abord d'expliquer pour quelles raisons, dans les pharmacopées traditionnelles, la bardane et l'eupatoire sont souvent utilisées comme médicaments du foie : en travaillant sur des extraits de ces deux plantes, nous avons pu mettre en évidence un net effet thérapeutique qu'il devenait facile de relier à la présence, chez elles, d'homologues très proches de la cynaropicrine et du HMA. Il s'agit d'ailleurs, dans les deux cas, d'espèces de la famille des astéracées (ex-composées), famille à laquelle appartient précisément l'artichaut : c'est là une spectaculaire illustration des apports de la taxinomie empirique qui faisait de la bardane et de l'eupatoire des drogues de même tropisme thérapeutique que l'artichaut, et constatant par ailleurs qu'elles appartenaient à la même famille botanique, les astéracées, il était légitime d'y rechercher des principes actifs voisins ou identiques, responsables de ces effets. Ce qui fut fait et aboutit à un résultat positif.

Bien plus, pour revenir à l'artichaut, l'analyse de l'extrait industriel obtenu par une méthode d'extraction jugée initialement trop brutale nous permit d'isoler toute une série d'acides-alcools à bas poids moléculaire de nature banale, mais que les méthodes traditionnelles d'extraction ne permettent pas d'isoler. Chacun de ces acides fut testé sur l'animal d'expérience par les méthodes habituelles, mais aucun ne révéla de propriétés particulières. En revanche, utilisés en mélange, ils agissaient immédiatement sur les fonctions hépatique et rénale, et d'autant plus efficacement qu'ils se trouvaient associés à l'HMA. Nous pûmes ainsi composer artificiellement un mélange comprenant les acides sucinique, citrique, malique et HMA en parties égales, mélange artificiel reproduisant très exactement, sur les tests que nous avions choisis, les grandes activités hépatorénales reconnues à l'artichaut, à l'exclusion toutefois des effets sur la sécrétion biliaire dus essentiellement aux polyphénols du type de la cynarine. Ce mélange diminue notablement la sensibilité du foie à la toxicité de l'alcool, augmente fortement la diurèse ainsi que l'élimination des toxiques tels que les narcotiques, bref, modifie sensiblement, et dans un sens favorable, le métabolisme de la cellule hépatique et le fonctionnement du système rénal.

Il apparut enfin que la structure de l'HMA, nouvellement découvert dans l'artichaut, se rapprochait étroitement e celle de eux substances chimiques déjà connues et antérieurement utilisées pour leur propriétés hépatique et diurétique : phénomène tout à fait inhabituel car, si les molécules de synthèse miment souvent les molécules naturelles dont elles s'inspirent, il est étrange de trouver a posteriori dans la nature des molécules ressemblant à des médicaments synthétiques obtenus sans aucune référence à un modèle naturel !

L'exemple de l'artichaut est particulièrement suggestif en ce qu'il éclaire la notion, très familière en thérapeutique végétale, de synergie. Les propriétés d'un extrait végétal contenant de nombreux principes sont souvent fort différentes des propriétés particulières de chacun de ces principes isolément ; et cela est encore plus vrai lorsqu'il s'agit de drogues qui n'agissent pas par un principe nettement dominant, comme le font par exemple la digitale, la belladone et, d'une manière plus générale, la plupart des grandes drogues héroïques. Dans le cas de l'artichaut, au contraire, toute une série de substances interviennent, dont certaines n'agissent qu'en association et sont, à l'état pur, totalement dépourvues d'activité ; ainsi des acides succinique, citrique et malique, composés banals présents dans toute matière vivante, mais qui, associés entre eux, laissent apparaître les propriétés attendues, avec une intensité encore accrue lorsqu'on ajoute en outre à ce mélange de l'acide hydroxyméthylacrylique et d'autres composants de l'artichaut. Ils interviennent don comme des substances susceptibles de renforcer, de potentialiser, de synergiser les propriétés globales de la drogue naturelle.

Voilà pour le versant médicamenteux de l'artichaut, la seule plante, avec l'ail, à avoir poursuivi simultanément une carrière aussi brillant comme légume et comme remède.

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Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes :


Des propriétés nouvelles et spécifiques naissent de la complexité, fût-ce même de l'association d'éléments tous inactifs lorsqu'ils sont pris isolément. Observation déconcertante qui prend notre logique cartésienne à rebours et que bon nombre de scientifiques s'obstinent à méconnaître !

Tel semble être aussi le cas de nombreux médicaments végétaux sans « substance active » nettement décelable, mais néanmoins actifs grâce à un totum de substances agissante en concentration. Les feuilles d'artichaut tirent leurs propriétés diurétiques et hépato-protectrices de faits de cette nature : bon nombre de leurs constituants sont parfaitement inactifs pris isolément, mais deviennent fortement actifs en mélange.

Si on observe la disposition des fleurs sur le capitule d'un artichaut, on remarque une structure étonnante en forme de double spirale. 

De plus, si l’on compte le nombre de spires dans un sens et dans l’autre, on constate alors qu’on tombe invariablement sur deux nombres consécutifs de la suite de Fibonacci : 1 - 1 - 2 - 3 - 5 - 8 - 13 - 21 - 34 - 55 - 89 - 144 ... et jamais sur d’autres nombres. Pour mémoire, la suite de Fibonacci est une suite infinie de nombres entiers dans laquelle chaque terme est la somme des deux termes qui le précèdent.





Bienfaits :


Dans Des hommes et des plantes (Éditions Opéra Mundi, 1970), son autobiographie, Maurice Mésségué évoque le savoir ancestral de son père :


Pour le foie, avant tout l'Artichaut, dont je n'emploie pas la fleur, qui en est la partie comestible, mais les belles feuilles grises, distinguées, qui sont les feuilles d'acanthes de nos potagers. Jadis, dans les campagnes on se servait des racines de l'« Artichaut », avec succès pour guérir les jaunisses. C'est un cholagogue puissant qui a des effets diurétiques appréciables. Et la propriété de faire baisser le taux d'urée dans le sang. Comme il agit aussi dans certaines dermatoses d'origine hépatique il était, pour Schoum, la plante miracle.

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Spagyrie :


Voici la fiche proposée par Viviane Le Moullec dans Élixirs floraux de Viviane à faire soi-même (Éditions du Dauphin, 1997, 2020) :


Mot clef : Pour comprendre et prendre en main ses corps


Qui est l'Artichaut ? L'Artichaut, légume bien connu de nos jardins, semble être issu du Cardon sauvage (Cynara cardunculus), une variété de gros chardon. La fleur de l'Artichaut est un énorme et magnifique chardon bleu, qui émerge des "écailles" qui nous servent de nourriture.


Avec quoi réaliser votre élixir ? Utilisez la fleur ou, à défaut, le feuille de l'artichaut pour préparer votre élixir. Pour avoir une fleur, il suffit de laisser continuer sa vie le légume que nous mangeons (ce n'est pas autre chose qu'une énorme fleur en bouton).


Utilisation traditionnelle : Ces ont les feuilles de l'Artichaut qui renferment le plus de cynarine, un stimulant de la sécrétion biliaire, vieux remède pour les digestions difficiles quand le foie déclare forfait.


Aide alchimique : L'Artichaut rend plus conscient de son corps. Comme son cousin le chardon, l'Artichaut fait comprendre la naissance et la mort et aide à se sentir à la fois joyeux et détaché de posséder un corps physique : joyeux car c'est souvent un bon instrument ; détaché car ce n'est qu'un moyen. En travaillant avec l'Artichaut, on se libère de fausses idées concernant le corps physique, par exemple le considérer comme une prison ou une punition. L'Artichaut nettoie les taches noires dans l'aura qui signalent ces excès :

  • trop de choses prises en charge ;

  • trop de gens que l'on traîne comme des boulets.

Quand on désire travailler avec l'Artichaut, il est bon de se trouver à la campagne, seul, et de jeûner ou de manger très peu. Cela facilitera le travail de nettoyage physique et spirituel.

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Symbolisme :


Expression "avoir un cœur d'artichaut" :


Selon le Dictionnaire des expressions (Éditions Robert), l’expression vient du proverbe « cœur d’artichaut : une feuille pour tout le monde » par référence aux feuilles de l'aliment que l'on détache pour les manger. Une analogie fut établie entre le végétal et le cœur de l’homme, pour qualifier une personne qui donne trop facilement son l’amour aux personnes qui lui plaisent. On retrouve ce proverbe dans plusieurs publications du XIXe siècle, mais il pourrait être de l’argot parisien. 

Wikipédia donne une autre origine possible, plus intéressante mais malheureusement non sourcée :


"L'expression tire ses origines des forgerons de Culann, de l'historique province d'Ulster(Irlande). Leur travail était reconnu partout en Europe sous le nom de « l'Art du Chaud ». En France, les forgerons ne vivant pas longtemps, étaient souvent victimes d'insuffisance cardiaque, provoquant, pour certains, des morts soudaines. L'expression « avoir un cœur d'artichaut » trouve ses origines dans l'expression d'antan « avoir un cœur d'art du chaud » et désignait les personnes faibles du cœur. Cependant, les évolutions linguistiques et sociales laissèrent l'expression « avoir un cœur d'artichaut » qui désigne, de nos jours, une personne au bon cœur, tombant facilement amoureuse.

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Selon le site https://vanitesamsterdam.wordpress.com/ :


L'artichaut est "un aliment aphrodisiaque, non mentionné dans la Bible, mais présent dans les traités botaniques du XVIème siècle où il était un emblème de la découverte botanique, une sorte de symbole de l’exotisme. Son aspect curieux lui donne une connotation liée à l’extravagance. Les Égyptiens l’utilisaient dans leurs hiéroglyphes pour traduire l’idée de la fragilité humaine.

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Toutes les parties de l'artichaut, et pas seulement celles que nous avons l'habitude de consommer, possèdent des vertus anti-rhumatismales, diurétiques, stimulantes, fébrifuges et stomachiques. Autrefois, contre les maux de rein et les problèmes urinaires, on prenait des décoctions de morceaux de tiges séchées d'artichaut.

L'artichaut est également aphrodisiaque, comme le souligne cette historiettes : un mari, en ayant proposé à sa femme, l'entendit répondre :

Mange-les toi que mon cœur aime

car ils ne feront plus de bien

que si je les mangeais moi-même.


Dans le Languedoc, pour faire disparaître les orgelets, il suffit de les frictionner avec de l'eau dans laquelle ont bouilli des artichauts.

Selon une croyance relevée dans la région dijonnaise, de l'artichaut sauvage suspendu au berceau d'un enfant lui porte bonheur. On peut connaître sa destinée en plaçant sous son lit trois artichauts des bois : sur l'un, on aura écrit "célibataire", sur l'autre "marié" et sur le dernier "religieuse". Le premier qui s'ouvre délivre l'oracle.

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Pierre Canavaggio, auteur de Du bon usage des superstitions (Éditions La Table ronde, 2001) nous apprend que :


On le voit, les superstitions préviennent des menaces qui planent. Elles révèlent aussi des pièges que les choses les plus anodines en apparence peuvent dissimuler. Qui pourrait imaginer qu'un artichaut réserve des surprises, au nombre de sept et toutes mauvaises, si on le mange sans précaution ? Alors que toute personne, même vaguement superstitieuse, sait que ce légume, fade au demeurant, peut apporter une semaine d'ennuis si ses feuilles sont en nombre impair : un par jour et tous inévitables.

Pour éviter un compte fastidieux et prévenir tout risque, il faut, avant d'entamer un artichaut :