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  • Anne

Le Bleuet



Étymologie

  • BLEUET, ETTE, adj. et subst.

Étymol. ET HIST. − 1291-95 (Guiart, Bible, Ex., LVIII, ms. Ste-Gen. dans Gdf. : Jacinte est une fleur et si est une pierre, si sont bleuetes comme li airs) ; 1512 dans FEW t. 15, s.v. blas, p. 147a ; repris au xixe s. 1873, supra ex. 1. Dér. de bleu* ; suff. -et*.


Lire aussi la définition du nom "bleuet" pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Centaurea cyanus ; Aubifoin ; Aubourfoin ; Barbeau ; Blavelle ; Blavet ; Bleu-bleu ; Bleuvette ; Bluet ; Cabosse ; Carcaumille ; Casse-lunettes ; Centaurée bleue ; Centaurée bleuet ; Chevalot ; Cornailes ; Fleur de Zacharie ; Jacée de montagne ;




Botanique :


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Usages traditionnels :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


Les teintures végétales ne pouvant supporter la concurrence des teintures chimiques dont le prix est bien moindre, les plantes tinctoriales ont cessé d'être cultivées, et on en récolte plus guère celles qui croissent dans nos vallées et sur nos montagnes. Je me souviens d'avoir vu dans mon enfance arracher, pour la teinture, l'épine-vinette et l'Asperula cynanchica ; aujourd'hui personne n'y songe. L'énumération que je fais des plantes tinctoriales spontanées en Savoie n'a donc qu'un intérêt historique.

Teinture bleue : [...] fleurs de bleuet, Centaurea cyanus.




Spagyrie :


Voici la fiche proposée par Viviane Le Moullec dans Élixirs floraux de Viviane à faire soi-même (Éditions du Dauphin, 1997, 2020) :


Mot clef : Un ami qui éveille la clairvoyance spirituelle


Qui est le Bleuet ? Tout le monde connaît le Bleuet mais peu de gens ont eu l'occasion de l'observer en liberté dans la nature. Les désherbants sélectifs du blé avaient presque fait disparaître deux belles Personnes Végétales (mais elles reviennent peut à peu !), le Bleuet et le Coquelicot.

  • le Bleuet : clairvoyance spirituelle

  • le Coquelicot l'amour féminin (mère, femme, fille, sœur, amie)

Avec quoi réaliser votre élixir ? Recueillez les fleurs, à condition qu'elles aient librement poussé dans un environnement « bio ».


Utilisation traditionnelle : Le Bleuet est surnommé "casse-lunettes" et l'eau de Bleuet est souveraine pour les maux d'yeux.


Aide alchimique :

  • Vision spirituelle : Le Bleuet développe la vision spirituelle. Elle aide à bien distinguer l'être spirituel, même au travers de ses enveloppes. Allié des voyants désirant comprendre intimement ceux qui viennent vers eux, il faut aller à l'essentiel sans se laisser submerger par des images parasites. Il aide aussi à se rendre compte s'il convient d'aider une personne ou s'il vaut mieux la laisser faire son expérience toute seule.

  • Bleuet et Bouleau : Son travail diffère du Bouleau car le Bleuet travaille plus sur la logique, la compréhension, le savoir et le Bouleau plus sur les émotions.

  • Bleuet et Coquelicot forment un couple spirituel ; Bleuet est l'éthique et Coquelicot l'esthétique. Seigneur Bleuet détermine ce qui est juste et correct et Dame Coquelicot, ce qui est beau, aimable et harmonieux.

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


A Liège on explique ainsi le nom de Bleu baron, que porte le bluet : dans le vieux temps, un jeune baron se promenait constamment avec un bluet à la boutonnière et il poussait si loin l'estime pour cette fleur qu'il demanda en mariage une jeune hiédresse, qu'il avait vue cueillir des bluets pour en orner la statue de la Vierge.

[...] Une autre épreuve est basée sur le plus ou moins de fraîcheur des pétales détachés. A Nivelles, la jeune fille qui hésite entre deux amoureux effeuille deux bluets qu'elle place séparément dans deux plis cachetés, sur chacun desquels elle écrit le nom des concurrents au bout de trois jours elle ouvre, et le bluet le moins desséché porte le nom du futur mari.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du bleuet :


BLUET - DÉLICATESSE. Le beau bleu de cette fleur, qui ressemble à celui d'un ciel sans nuages, est l'emblème d'un sentiment tendre et délicat qui se nourrit d'espérance.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Bleuet - Délicatesse.

Rien de plus gracieux, de plus mignon et de plus délicat à la fois que la corolle de cette fleur au bleu si azuré et si pur.


Centaurée du Seigneur [non identifiée] - Plaisir champêtre ; Félicité.

C’est la fleur que les jeunes biles offraient au seigneur du village aux jours de fête. En Orient, c’est la fleur qu’un amant envoie à sa maîtresse pour lui demander le suprême bonheur.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


BLUET - DÉLICATESSE.

Consultez toujours le for intérieur, vous ne trouverez pas de meilleur conseiller. C'est dans le témoignage d'une bonne conscience que réside notre dignité.

Ecclésiaste XXXII, 17. - II Corinthiens - 1, 12.

Le bluet est une fort jolie plante qui se répand partout, particulièrement dans les terres ensemencées par la main de l'homme ; elle embellit les prairies ; elle se mêle, avec le coquelicot, aux épis dorés de nos moissons. Quoique très abondante et au nombre de ces herbes étrangères que l'on détruit, le bluet est épargné ; l'élégance de ses fleurs, le bleu admirable de ses corolles, arrêtent la main prête à les détruire. On ne le cueille que pour en tresser des couronnes en forme de guirlandes. C'est le plus bel ornement des bouquets champêtres. Le bluet est venu embellir nos par terres, où, quittant sa simplicité rustique, il s'est revêtu du luxe des cités. On admire les variétés de ses couleurs, mais on croit cueillir le bouquet des champs . — En Orient la couleur bleue d'un ciel pur est l'emblème d'un amour délicat ; or comme on retrouve cette nuance sur le bluet, on lui a donné la même signification.


RÉFLEXIONS.

Le nombre des fripons est si grand, qu'il faudrait au moins pouvoir compter sur la délicatesse de tout ce qui reste ; et cependant que d'exceptions ! Le duc de LÉVIS La délicatesse donne à tous les procédés un charme inexprimable : elle est la fleur de la vertu.

(Mme DE GENLIS.)

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Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


BLUET - CLARTÉ - LUMIÈRE.

Allez, allez, Ô jeunes filles,

Cueillir des bluets dans les blés.

VICTOR HUGO.

Espèce de centaurée qui croit dans les blés, et qu'on nomme ainsi parce que la variété la plus commune a les fleurs bleues. L'eau de cette fleur possédait, dit-on, la propriété de conserver la vue, ce qui lui avait valu le surnom de casse-lunettes . Elle n'est plus aujourd'hui que la gaîté des champs et l'ornement des jardins. Le bluet porte aussi le nom de barbeau et d'aubifoin.

 

Le Dictionnaire Larousse en 2 volumes (1922) propose des pistes pour comprendre le langage emblématique des fleurs :

Nom Signification Couleur Langage emblématique

Bleuet Timidité Bleu Je n'ose pas vous avouer mon amour

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Centaurée bleuet (Centaurea cyanus) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Divinité : Dieux Lares

Pouvoirs : Amour


Utilisation magique : Les femmes portent cette fleur dans leur soutien-gorge pour attirer les hommes.

Cueillez un Bleuet le matin, quand la rosée est déjà sèche, mais avant l'échauffement du grand soleil. L'idéal est de le cueillir en milieu de journée par temps couvert et un peu frais, Mettez-le au fond de votre poche : il se fanera ou gardera sa fraîcheur, selon vos chances de réussite dans « les choses de l'amour ».

On attribuait jadis au Bleuet de grandes vertus pour le traitement des maladies des yeux ; de là le nom populaire de « casse-lunettes ».

Les Latins appelaient le Bleuet centaurea, du Centaure Chiron qui est censé l'avoir découvert.

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Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi le Bleuet :


Mot clef : Délicatesse.

Tandis que l'étoile inodore

Que l'été mêle aux blonds épis

Emaille de son bleu lapis

Les sillons que la moisson dore,

Avant que, de fleurs dépeuplés,

Les champs aient subi les faucilles,

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !

Victor Hugo -1802-1885), "Les Bleuets"


Le Bleuet, que l'on appelait autrefois Aubifoin ou Blavelle dans les campagnes françaises, pousse dans les champs de blé et dans les prés. Grâce à ses propriétés médicinales, il fut longtemps utilisé comme remède ophtalmologique, d'où son autre nom de Casse-lunettes.

Si le Bleuet est le symbole de la délicatesse, c'est parce qu'il paraît fragile et léger, et que les poètes ont comparé son bleu lumineux qui éclaire l'or des blés à l'azur des yeux des jolies blondes. Par le passé, c'étaient les filles à marier qui cueillaient des Bleuets pour en étoiler leur chevelure. Lorsqu'un jeune homme en arborait un à sa boutonnière, c'était également le signe qu'il désirait trouver l'âme sœur. On disait aussi que, quand une jeune fille glissait un Bleuet sous son tablier, elle serait fiancée selon son cœur. Au Moyen-Orient, une légende veut qu'Allah ait créé le Bleuet pour qu'il étouffe le champ de blé d'un homme avare.

On doit le nom scientifique du genre, Centaurea, au centaure Chiron, qui, à l'inverse de ses congénères, se distinguait par sa bonté, sa délicatesse et son savoir ; blessé par Hercule d'une flèche empoisonnée, il réussit à guérir en appliquant sur la plaie les belles fleurs bleues.

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Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Le bleuet ou Centaurea Cyranus est dédié au Centaure Chiron, premier herboriste de l'histoire et éducateur d'Achillle, héros de L'Iliade ; selon une autre version, Centaurea viendrait du nom d'un être mythologique qui, blessé par une flèche d'Hercule, aurait été guéri par l'application de la plante.

La centaurée était considérée par Pline comme démoniaque. Elle est en effet un puissant hallucinogène qui, respirée par quelqu'un, le fait détaler de terreur et qui, brûlée dans une lampe à huile avec du sang de huppe femelle, donne aux personnes présentes le sentiment de se voir à l'envers, tête en bas, pieds en l'air. Si cette opération survient la nuit, on verra les étoiles se rapprocher entre elles jusqu'à entrer en collision. Chez les Lucifériens, "elle permet à l'adepte de communiquer avec les astres. Si celui-ci pratique le dédoublement, elle favorise la sortie de son corps et le déplacement astral".

Depuis le Moyen Âge, l'eau de bleuet est réputée embellir le teint et fortifier la vue. La plante fut d'ailleurs surnommée "casse-lunettes". Les Bretonnes portaient autrefois des couronnes de cette fleur dont l'influence devrait être bénéfique sur leurs troupeaux.

Le bleuet, que les femmes doivent porter "dans leur soutien-gorge pour attirer les hommes", a surtout un rôle augural. Dans certaines régions, les jeunes filles ayant à choisir entre deux soupirants "interrogent" le bleuet en plaçant deux fleurs effeuillées dans deux enveloppes qui correspondent chacune à un des prétendants. Trois jours plus tard, celle qui s'est le moins desséchée indique l'identité du futur mari. La remarquable collection d'amulettes réunies par Lionel Bonnemère comprend une fleur de la famille des bleuets servant, dans le Maine, à présager un mariage prochain ou non : une jeune fille coupait, le soir, les pétales de quelques-unes de ces fleurs, dans la conviction que si d'autres, le lendemain, étaient sorties, elle ne tarderait pas à se rendre à l'autel. Bonnemère explique : "qu'il en sort presque toujours si les fleurs sur lesquelles on opère ne sont pas trop avancées et si l'opération a été faite avec soin. A Crampoisic, en 1892, je me suis amusé à faire cette expérience".

Lorsqu'une femme peut enlever d'un seul coup le centre de la fleur, c'est qu'elle désirera un enfant. Près de Valence, une migraine lui est promise si elle n'y parvient pas. Dans la Vienne, un petit garçon et une petite fille qui cueillent ensemble un bleuet se marieront ensemble plus tard.

Pour savoir si le beau temps va venir, il faut choisir un nombre supposé correspondre à celui des pétales que l'on enlève à un bleuet : "On pense un nombre, puis on effeuille les pétales un à un ; si on termine juste avec le nombre pensé, c'est signe qu'on aura le beau temps".

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :

"Mot-clef : La délicatesse.

Savez-vous ? : L'autre nom commun du bleuet est casse-lunettes sans doute parce que l'infusion de bleuet soulage les yeux fatigués. Autrefois dans les campagnes françaises, les bergères portaient des bleuets en couronne pour se protéger du mauvais sort. Jadis aussi quand un jeune homme arborait un bleuet à la boutonnière, c'est qu'il était à la recherche d'une jeune fille. Aux côtés des grandes quantités d'or, les archéologues ont découvert une couronne de bleuets dans le sarcophage de Toutankhamon.


Usages : Le bleuet est connu pour ses vertus calmantes. Il est souvent employé pour soulager les inflammations oculaires. Les Canadiens font une tarte aux bleuets mais en réalité ce ne sont que des myrtilles. Le bleuet est appelé au Canada "la fleur de Zacharie".


Légendes : Depuis que Guillaume 1er, empereur d'Allemagne et roi de Prusse, a offert à sa mère Louise un bouquet de bleuets avant de s'enfuir devant les armées de Napoléon, cette fleur exprime la délicatesse et l'amour filial. Les bleuets disent simplement : "Maman tu es belle et je t'aime."


Message : J'aime votre délicatesse."

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Selon Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Le bleuet proclame sa "délicatesse" et sa "pureté de sentiments" mais il est surtout la fleur des timides. Il accompagne celui qui n'ose avouer son amour et souffre d'une douce mélancolie. Le cœur battant, la petite fleur aux pétales festonnés à la main, notre timide s'adresse à l'élu(e) de son cœur qui, parfois, se trouve dans la même situation. S'il a cueilli son bouquet au bord du chemin, sa demande, jamais insistante mais pleine de tact, se fait par allusion et il faut savoir décrypter son message. Ainsi il assure : "je suis votre dévoué disciple". Mais ajoute : "je me consume d'amour". S'il a acheté un bouquet chez le fleuriste, il est plus clair et demande : "m'aimez-vous ?". De toute façon, il attend impatiemment la réponse. Enfin, si l'envie de berner l'ami des bleuets vous traverse, sachez que ses fleurs indiquent une bonne connaissance de la loi.

Le bleuet témoigne de la simplicité de celui qui l'a choisi, mais aussi de son raffinement. Sa couleur azur, rare au royaume des fleurs, s'efface lentement au bout de quelques jours.

Dans les jardins, le bleuet pousse sans même y être invité. Sculpté dans la pierre ou peint au fond des tombeaux d’Égypte, au pied des sarcophages, on le reconnaît bien dans les mains d'un proche du disparu venu lui en faire offrande.

La reine mère Élisabeth d'Angleterre, grande amie des fleurs devant l’Éternel, avec une prédilection marquée pour les fleurs bleues (comme ses yeux), en garnit volontiers ses capelines d'été ou se les épingle, fraîchement cueillis, à l'épaule."


Mot-clef : "Déclaration par allusion".

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Dominique Fournier, auteur de Fleurs de Galarne (Éditions Cheminements, 2000) explicite le symbolisme du Bleuet à partir de ses différentes noms :


En patois angevin, l'aubour est l'aubier mais aussi l'erreur. Le bleuet poussant essentiellement dans les champs de blé, on le moissonnait auterfoès par erreur avec le reste du foin lors des batteries. C'est un mauvais foin comme il y a du sainfoin ! et le jeu de mots avec aubifoin (un des noms français du bleuet est flagrant !)

La cabosse tire son nom de la caboche du français, elle-même dérivée de bosse. Il y a eu une confusion par la suite avec l'italien capocchia (du latin caput, tête). Toujours est-il que le bleuet (regardez-le d'un peu plus près !) a la grosse tête.

« Ayant ceste persuasion en leurs caboches, elles feront leur mariz coqus infailliblement » François Rabelais, le Tiers Livre, chapitre 34.

Je pense intimement que la carcaumille n'est qu'une déformaton de camomille qui elle aussi appaitient à la famille des Astéracées et possèe grandes vertus médicnales.

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Alexandre Arnoux nous propose un Calendrier de Flore (Éditions Bernard Grasset, 2014) dans lequel il évoque le Bleuet au milieu d'une multitude de fleurs sauvages :


Il y a de grandes diversités dans les caractères des plantes ; les unes, sociales et sociables, se groupent en assemblées ; d'autres, solitaires, érémitiques, méditent à l'écart ; certaines fuient le genre humain, ses troupeaux et ses demeures ; d'autres le suivent et entourent ses logis ; la jusquiame et l'ellébore fréquentent les sorcières et les rebouteux farouches, la bryone a du goût pour les voleurs qu'elle favorise ; l'osmonde et la centaurée pansent les plaies ; les blessures ; la clématite les envenime et donne des ulcères ; le capillaire ondulant préfère les cavernes et les puits, la fraîcheur de l'eau ; le diotis cotonneux, pelucheux, pâle, prospère dans l'aridité cuite ; la cuscute et l'orobanche vivent en parasite, en pique-assiette ; le froment accumule les réserves nourricières pour notre race blanche, dont il se fait l'esclave docile et inépuisable, content de sa libéralité, et de même le riz pour la race jaune, le maïs pour la rouge ; la vigne refuse la compagnie du thé et épouse l'ormeau ; on ne peut cueillir un coquelicot que le bleuet, le pied-d'alouette et la nielle ni sollicitent votre main, parmi le seigle qui jaunit ; la chicorée et le bouillon-blanc se plaisent au bord des routes, à regarder passer le monde, à attendre on ne sait quelle aventure ; la sinistre mandragore déteste la cohue, les fâcheux, se retire loin des avenues et des carrefours, cache son jeu ; la rose ne craint pas qu'on l'admire, attire le regard ; une simple œillade empêche, dit-on, la citrouille énormément pudique, pareille à l'éléphant, de former ses boutons et de mûrir son fruit ; le droséra, dit rosée du Soleil, délicate ogresse des tourbières, carnivore et endiamantée, englue et enserre ses proies animales, s'excite sur elle de tous ses sucs, tandis que la fleur d'Amérique dont le nom m'échappe subsiste, littéralement suspendue, sans suçoirs et sans racines, de l'air du temps ; le myrte, le grenadier appartiennent à la mythologie païenne, le frêne à la nordique ; l'hysope, le bouleau, le jujubier épineux à la chrétienne. L'ail et l'olive ont l'accent de Provence ; le cumin, de Russie et d'Allemagne ; le piment, d'Espagne ; les nèfles et les physalis, du Japon ; la violette sent le bonapartisme, le lys la royauté, l'églantine la révolution. Qu'ajouterais-je ? Je n'en finirais pas. Et nous voici bien loin du bleuet apparemment. Pas tant que ça.

Ce barbeau, ce casse-lunettes, comme on l'appelle en termes de familiarité cordiale, se montre l'ami de l'homme. Pas besoin de se baigner les yeux dans sa tisane pour se raffermir la vue ; il suffit de les reposer sur un champ où les bleuets mettent leurs douces taches célestes parmi les épis déjà verdoyants ou mûrs, qu'il ne dévore pas ainsi que le pied d'alouette, qu'il n'empoisonne pas comme la nielle ; il a pour destin et office, avec le coquelicot son compère, d'y jeter des touches vives, de faire chanter autour de lui les tons et les nuances, d'y épanouir ses collerettes à godrons délicats, de pavoiser les guérets, quand ils s'unissent tous deux à la grande marguerite blanche, harmonie où ils se plaisent, de pavoiser les guérets, le 14 juillet, aux couleurs de France, fête nationale à fond d'or peinte par un pointillisme épars dans la terre et dans les sèves, et qui compose sa palette hors de notre atteinte, de sucs miraculeux et de vie éphémère, qui dédaigne les musées où les choses se conservent, soustraites à la variation, à l'injure de l'orage, à la brûlure de la canicule et demeurent mortes éternellement sous prétexte de se prolonger.

Le bleuet, que je sache, n'a pas d'autre utilité, pratique, médicinale ou mythologique. Chiron, le Centaure, pour se guérir de la flèche empoisonnée d'Hercule, aima mieux employée la petite centaurée. Ni la Vierge, ni jésus, ni aucun saint de la légende, à ma connaissance, ne parlent de lui. Il se contente de n'être pas une mauvaise herbe et de mêler un peu du firmament de l'été au pain terrestre que nous mangerons. Je n'ai jamais souhaité de plus beau métier.

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


BLUET (centaurea cyanus, L.). — En italien, on appelle cette fleur floraliso et, plus vulgairement, parce qu’il pousse dans les champs, au milieu du seigle et du froment, battisegola ou battisegala (qui frappe le seigle), d’où, par corruption, on l’appelle encore battisocera (qui frappe la belle-mère). En russe, on appelle cette fleur basilek (prononcez vassilók, de Vassili ou Basile), et on raconte, à ce propos, qu’un beau jeune homme de ce nom fut séduit par une nymphe russalka, attiré dans les champs et transformé en bluet. Ce conte est probablement d’origine byzantine, ainsi que celui du basilic et d’Isabetta de Messine, que nous avons cité à l’article Basilic. Le conte russe et le conte sicilien me semblent avoir la même source. Les frères d’Isabetta tuent le jeune homme qu’elle aime ; en souvenir de lui, Isabetta soigne le basilic dans lequel elle suppose que l’âme de son amant est passée ; le jeune Basilek dans la légende populaire de la petite Russie, se perd dans les bras d’une nymphe, et son âme passe dans la fleur qui dorénavant portera son nom. Comme la fleur de la chicorée et le bluet se ressemblent beaucoup par la forme et par la couleur, on a pu aussi les identifier sous le rapport mythologique. Le professeur Mannhardt, dans son étude savante sur la Klytia (Berlin 1875), a comparé le mythe de la chicorée (cf. ce mot) avec le mythe indien de la tulasî (ocimum sanctun). Il serait maintenant excessivement intéressant d’établir un nouveau parallèle légendaire entre le basilic (ocimum) géco-italien et le basilek (bluet) gréco-russe, et d’élargir ainsi, par un nouveau détail précieux, le cercle de la mythologie comparée. Les Latins appelaient le bluet centaurea, du centaure Chiron qui est censé l’avoir le premier découvert. On ne saurait, cependant, dire au juste à quelle espèce de centaurea fait allusion le prétendu Albert le Grand, dans son traité De Virtutibus herbarum, lorsqu’il entreprend la description de la onzième herbe magique : « Undecima herba à Chaldaeis Isiphilon dicitur, à Graecis Orlegonia (1), a Latinis Centaurea vocatur. Hanc autem herbam dicunt Magi habere mirabilem virtutem. Si enim adjungatur cum sanguine upupae foemellae et ponatur cum oleo in lucerna, omnes circumstantes credent se esse Magos, ita quod unus altero credet suum caput sit in terra et pedes in coelo ; et si praedictum ponatur in igne, stellis lucentibus, videbitur quod stellae currant ad invicem et debellent; et si iterum praedictum, cataplasma ponatur ad nares alicuius, prae timore quem habebit fugiet vehementer ; et hoc expertum est. »


Note : 1) Peut-être ortygonia, si le nom se rapporte au bluet qui pousse au milieu des champs, où les cailles abondent.

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Littérature :


Les Bleuets

Tandis que l'étoile inodore

Que l'été mêle aux blonds épis

Émaille de son bleu lapis

Les sillons que la moisson dore,

Avant que, de fleurs dépeuplés,

Les champs aient subi les faucilles,

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !

Entre les villes andalouses,

Il n'en est pas qui sous le ciel

S'étende mieux que Peñafiel

Sur les gerbes et les pelouses,

Pas qui dans ses murs crénelés

Lève de plus fières bastilles...

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !


Il n'est pas de cité chrétienne,

Pas de monastère à beffroi,

Chez le Saint-Père et chez le Roi,

Où, vers la Saint-Ambroise, il vienne

Plus de bons pèlerins hâlés,

Portant bourdon, gourde et coquilles...

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !


Dans nul pays, les jeunes femmes,

Les soirs, lorsque l'on danse en rond,

N'ont plus de roses sur le front,

Et n'ont dans le cœur plus de flammes ;

Jamais plus vifs et plus voilés

Regards n'ont lui sous les mantilles...

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !

La perle de l'Andalousie,

Alice, était de Peñafiel,

Alice qu'en faisant son miel

Pour fleur une abeille eût choisie.

Ces jours, hélas ! sont envolés !

On la citait dans les familles...

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !


Un étranger vint dans la ville,

Jeune, et parlant avec dédain.

Était-ce un maure grenadin ?

Un de Murcie ou de Séville ?

Venait-il des bords désolés

Où Tunis a ses escadrilles ?...

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !

On ne savait. – La pauvre Alice

En fut aimée, et puis l'aima.

Le doux vallon du Xarama

De leur doux péché fut complice.

Le soir, sous les cieux étoilés,

Tous deux erraient par les charmilles...

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !

La ville était lointaine et sombre ;

Et la lune, douce aux amours,

Se levant derrière les tours

Et les clochers perdus dans l'ombre,

Des édifices dentelés

Découpait en noir les aiguilles...

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !


Cependant, d'Alice jalouses,

En rêvant au bel étranger,

Sous l'arbre à soie et l'oranger

Dansaient les brunes andalouses ;

Les cors, aux guitares mêlés,

Animaient les joyeux quadrilles...

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !


L'oiseau dort dans le lit de mousse

Que déjà menace l'autour ;

Ainsi dormait dans son amour

Alice confiante et douce.

Le jeune homme aux cheveux bouclés,

C'était don Juan, roi des Castilles...

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !


Or c'est péril qu'aimer un prince.

Un jour, sur un noir palefroi

On la jeta de par le roi ;

On l'arracha de la province ;

Un cloître sur ses jours troublés

De par le roi ferma ses grilles...

Allez, allez, ô jeunes filles,

Cueillir des bleuets dans les blés !


Le 13 avril 1828

Victor Hugo, "Les Bleuets" in Les Orientales, 1829.

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Le Bleuet

Élégant est le nom de cette fleur des champs !

Sa couleur séduisit un peintre magicien,

Possédant le doigté d'un brillant musicien,

Qui sut ornementer les livres de plains-chants.

On admire de près sa belle inflorescence,

Excellemment classée parmi les centaurées,

Côtoyant les épis et leurs têtes dorées

D'un blé appesanti par son efflorescence.


Et cette fleur d'azur, dite fleur du Centaure,

Expose, dès que luit la souriante aurore,

A nos regards charmés son bleu digne d'honneur.

Son capitule a la particularité

D'être un faisceau compact de fleurs porte-bonheur,

Symbole bien vivant de Solidarité.

Louis Fontas (1920 - 2011)

*

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Le Bleuet


C’est la reine des hirondelles

Qui porte collier de bluets,

Bluets des champs et des javelles,

Bluets.

C’est la reine des hirondelles

Qui s’éclaire avec des chandelles

Et des bluets.


Robert Desnos, "Le Bleuet" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Voir aussi Centaurée.


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