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  • Anne

Le Bleuet





Étymologie :

  • BLEUET, ETTE, adj. et subst.

Étymol. ET HIST. − 1291-95 (Guiart, Bible, Ex., LVIII, ms. Ste-Gen. dans Gdf. : Jacinte est une fleur et si est une pierre, si sont bleuetes comme li airs) ; 1512 dans FEW t. 15, s.v. blas, p. 147a ; repris au xixe s. 1873, supra ex. 1. Dér. de bleu* ; suff. -et*.


Lire aussi la définition du nom "bleuet" pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :



















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Symbolisme :


Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : La délicatesse.


Savez-vous ? : L'autre nom commun du bleuet est casse-lunettes sans doute parce que l'infusion de bleuet soulage les yeux fatigués. Autrefois dans les campagnes françaises, les bergères portaient des bleuets en couronne pour se protéger du mauvais sort. Jadis aussi quand un jeune homme arborait un bleuet à la boutonnière, c'est qu'il était à la recherche d'une jeune fille. Aux côtés des grandes quantités d'or, les archéologues ont découvert une couronne de bleuets dans le sarcophage de Toutankhamon.


Usages : Le bleuet est connu pour ses vertus calmantes. Il est souvent employé pour soulager les inflammations oculaires. Les Canadiens font une tarte aux bleuets mais en réalité ce ne sont que des myrtilles. Le bleuet est appelé au Canada "la fleur de Zacharie".


Légendes : Depuis que Guillaume 1er, empereur d'Allemagne et roi de Prusse, a offert à sa mère Louise un bouquet de bleuets avant de s'enfuir devant les armées de Napoléon, cette fleur exprime la délicatesse et l'amour filial. Les bleuets disent simplement : "Maman tu es belle et jet'aime."


Message : J'aime votre délicatesse."

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Selon Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Le bleuet proclame sa "délicatesse" et sa "pureté de sentiments" mais il est surtout la fleur des timides. Il accompagne celui qui n'ose avouer son amour et souffre d'une douce mélancolie. Le cœur battant, la petite fleur aux pétales festonnés à la main, notre timide s'adresse à l'élu(e) de son cœur qui, parfois, se trouve dans la même situation. S'il a cueilli son bouquet au bord du chemin, sa demande, jamais insistante mais pleine de tact, se fait par allusion et il faut savoir décrypter son message. Ainsi il assure : "je suis votre dévoué disciple". Mais ajoute : "je me consume d'amour". S'il a acheté un bouquet chez le fleuriste, il est plus clair et demande : "m'aimez-vous ?". De toute façon, il attend impatiemment la réponse. Enfin, si l'envie de berner l'ami des bleuets vous traverse, sachez que ses fleurs indiquent une bonne connaissance de la loi.

Le bleuet témoigne de la simplicité de celui qui l'a choisi, mais aussi de son raffinement. Sa couleur azur, rare au royaume des fleurs, s'efface lentement au bout de quelques jours.

Dans les jardins, le bleuet pousse sans même y être invité. Sculpté dans la pierre ou peint au fond des tombeaux d’Égypte, au pied des sarcophages, on le reconnaît bien dans les mains d'un proche du disparu venu lui en faire offrande.

La reine mère Elisabeth d'Angleterre, grande amie des fleurs devant l’Éternel, avec une prédilection marquée pour les fleurs bleues (comme ses yeux), en garnit volontiers ses capelines d'été ou se les épingle, fraîchement cueillis, à l'épaule."


Mot-clef : "Déclaration par allusion".

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Littérature :


Les Bleuets


Tandis que l'étoile inodore Que l'été mêle aux blonds épis Émaille de son bleu lapis Les sillons que la moisson dore, Avant que, de fleurs dépeuplés, Les champs aient subi les faucilles, Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Entre les villes andalouses, Il n'en est pas qui sous le ciel S'étende mieux que Peñafiel Sur les gerbes et les pelouses, Pas qui dans ses murs crénelés Lève de plus fières bastilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Il n'est pas de cité chrétienne, Pas de monastère à beffroi, Chez le Saint-Père et chez le Roi, Où, vers la Saint-Ambroise, il vienne Plus de bons pèlerins hâlés, Portant bourdon, gourde et coquilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Dans nul pays, les jeunes femmes, Les soirs, lorsque l'on danse en rond, N'ont plus de roses sur le front, Et n'ont dans le cœur plus de flammes ; Jamais plus vifs et plus voilés Regards n'ont lui sous les mantilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! La perle de l'Andalousie, Alice, était de Peñafiel, Alice qu'en faisant son miel Pour fleur une abeille eût choisie. Ces jours, hélas ! sont envolés ! On la citait dans les familles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Un étranger vint dans la ville, Jeune, et parlant avec dédain. Était-ce un maure grenadin ? Un de Murcie ou de Séville ? Venait-il des bords désolés Où Tunis a ses escadrilles ?... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés !


On ne savait. – La pauvre Alice En fut aimée, et puis l'aima. Le doux vallon du Xarama De leur doux péché fut complice. Le soir, sous les cieux étoilés, Tous deux erraient par les charmilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! La ville était lointaine et sombre ; Et la lune, douce aux amours, Se levant derrière les tours Et les clochers perdus dans l'ombre, Des édifices dentelés Découpait en noir les aiguilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Cependant, d'Alice jalouses, En rêvant au bel étranger, Sous l'arbre à soie et l'oranger Dansaient les brunes andalouses ; Les cors, aux guitares mêlés, Animaient les joyeux quadrilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! L'oiseau dort dans le lit de mousse Que déjà menace l'autour ; Ainsi dormait dans son amour Alice confiante et douce. Le jeune homme aux cheveux bouclés, C'était don Juan, roi des Castilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Or c'est péril qu'aimer un prince. Un jour, sur un noir palefroi On la jeta de par le roi ; On l'arracha de la province ; Un cloître sur ses jours troublés De par le roi ferma ses grilles... Allez, allez, ô jeunes filles, Cueillir des bleuets dans les blés ! Le 13 avril 1828.

Victor Hugo, "Les Bleuets" in Les Orientales, 1829.

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Le Bleuet

Élégant est le nom de cette fleur des champs ! Sa couleur séduisit un peintre magicien,


Possédant le doigté d'un brillant musicien, Qui sut ornementer les livres de plains-chants. On admire de près sa belle inflorescence, Excellemment classée parmi les centaurées, Côtoyant les épis et leurs têtes dorées D'un blé appesanti par son efflorescence. Et cette fleur d'azur, dite fleur du Centaure, Expose, dès que luit la souriante aurore, A nos regards charmés son bleu digne d'honneur. Son capitule a la particularité D'être un faisceau compact de fleurs porte-bonheur, Symbole bien vivant de Solidarité.

Louis Fontas (1920 - 2011)

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