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  • Anne

La Vigne



Étymologie :

  • VIGNE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1re moit. xiie s. « arbrisseau grimpant de la famille des Ampélidées cultivé pour son fruit et la production de vin » (Psautier Oxford, éd. F. Michel, CVI, 37) ; 1551 vigne arbustive (Cottereau, Colum., IV, I ds Gdf. Compl.) ; 1600 vigne basse, haute (O. de Serres, Théâtre d'agric., l. 3, chap. 4, p. 159) ; 1845-46 vignes en cordon, vignes de labour, vignes pleines (Besch.) ;

2. a) 1re moit. xiie s. « terrain planté de vignes » (Psautier Oxford, LXXVII, 52) ; b) 1538 vigne blanche (Est.) ; 1611 vigne noire (Cotgr.) ; 1690 vigne vierge (Fur.) ; c) 1835 pêche de vigne (Ac.) ;

3. a) 1553 fig. travailler la vigne du Seigneur « convertir les âmes » (Bible Gérard, Is 5, 7 ds FEW t. 14, p. 472a) ; 1764 faire provigner la vigne « faire réussir une doctrine » (Voltaire, Lettre d'Argence, 10 oct. ds Littré) ; b) 1690 mettre le pied dans la vigne du Seigneur « être ivre » (Fur.) ; 1718 être dans les vignes « id. » (Ac.) ; 1808 être dans les vignes du seigneur « id. » (Hautel). Du lat. vinea « vigne » ; dér. de vinum « vin ».

  • RAISIN, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1121-34 « fruit de la vigne » (Philippe de Thaon, Bestiaire, éd. E. Walberg, 1742, 1752) ; 1545 raisins de Corinthe, raisins de Damas (Est.) ; en partic. 1690 raisin de caisse « raisin sec qui s'expédie en caisse » (Fur.), raisins secs (ibid.), raisins de Damas (ibid.) ; 2. p. anal. a) 1550 raisin de renard (L. Fousch, L'Histoire des plantes mise en commentaire..., Lyon, p. 66) ; b) 1732 raisin d'ours (Rich.) ; 3. 1611 raisin de mer « œufs de seiche » (Cotgr.) ; 4. 1710 papeterie grand-raisin (La Misere des apprentifs imprimeurs, 4 [s.l.] ds Quem. DDL t. 21). Du lat. pop. *racι ̄mus, lat. class. racēmus « grappe de raisin » (sens conservé par l'ital. (g)racimolo et l'esp. racimo) d'où « raisin », cf. aussi l'a. prov. razim, fin xiie s. (Marcabru, Poés., éd. J. M. L. Dejeanne, XIII, 26). A éliminé du gallo-rom. le lat. class. uva « raisin » − conservé uniquement dans l'a. prov. uva, mil. xive s. (Eluc. de las propr., fol. 226 ds Rayn.), l'ital., l'esp. et le port. uva, v. FEW t. 14, p. 90b. Les qq. ex. de l'a. fr. uve, surtout dans la loc. uve passe, francisation du lat. uva passa « raisin sec », xiiies. (Guill. de Tyr, IX, 20, P. Paris ds Gdf.), sont des latinismes. Le sens 4 parce que ce format de papier était primitivement marqué d'une grappe de raisin.


Lire aussi les définitions de vigne et raisin pour amorcer la réflexion symbolique. Voir aussi l'article Vin.


Autres noms : Vitis vitae ; Galipe ; Lambrisque ; Lambruche ;

Vitis vinifera ; Lambrunche ; Lambrusque ; Pampre ; Viorgne ; Vugne ;

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Expressions populaires :


Dans La Puce à l'oreille (Editions Balland, 2001) Claude Duneton revient sur l'expression "casser la graine" :


Cette expression familière à tout Français respectable : "On va casser une petite graine avant de repartir" - on va manger un morceau - passe pour un équivalent simple et sans manières de "casser la croûte" (une petite croûte) qui lui aurait, selon l'apparence, servi de modèle. Dans ce sens, elle est du reste plutôt récente : Gaston Esnault ne la relève, et encore, dans l'argot des voyous, qu'en 1926.

Oui, mais pourquoi la graine ? Ce qui vient à l'esprit, c'est que la croûte, en se brisant, fait des miettes... Mais les miettes, fussent-elles de bonne dimension, n'ont jamais été appelées "graines". Alors on se dit que le pain, après tout, est fait de farine, que la farine n'est que du grain écrasé "cassé" par conséquent. C'est l'explication approximative qu'indique Jacques Cellard dans Le Dictionnaire du français non conventionnel : "Métaphore du blé influencé par casser la croûte." Ainsi posée, la locution, je puis dire, ne mange pas de pain.

Eh bien non ! Derrière tant de simplicité apparente se cache un petit mystère. Car casser la graine existait bien avant 1926, mais dans un sens différent de celui de "manger" : cela voulait dire boire. Ce qui change tout !.. On voit mal la sécheresse de la farine servir d'image à la boisson. Je trouve en effet, dans le langage populaire de Lyon à la fin du XIXe siècle, tel qu'il fut relevé par le précieux Nizier du Puitspelu dans son irremplaçable Littré de la Grande Côte de 1894, la notation suivante : « Casser la graine, casser la grume, boire un coup. Quand vous recevez une visite la campagne, vous devez toujours offrir un verre de quoi que ce soit [...] Vous devez dire d'un air aimable à votre visiteur ou à votre visiteuse : Voulez-vous casser une graine avec moi ? C'est du moins ce que font tous ceux qui ont de l'usage. » (La variante grume aura son importance.)

Certes, cela ne fait que repousser un peu plus loin le mystère ; et l'épaissir, si l'on ne sait pas que casser une graine pour boire représente une variante d'une autre locution familière jadis bien connue : « écraser un grain : boire, s’enivrer » selon la définition d'Hector France vers 1907. Une acception qui remonte loin dans le cours du XIXe siècle, comme l'indique son emploi dans le dialogue d'un mélodrame de 1852, Les Nuits de la Seine de Marc Fournier - cité dans le DFNC par Jacques Cellard (lequel, par mégarde, commet une erreur d'interprétation en lui donnant le sens de "manger") :


« LA GRIGNOTTE. En voulez-vous, monsieur Poussier ? Elle est très bonne ce soir la gibelotte.

POUSSIER. Merci j'aime pas les chatteries, mais j'écraserais bien un grain, j'ai le gosier sans connaissance. »

La filiation paraît donc ne pas faire de doute : écraser un grain, devenant casser une graine au sens de « boire » jusqu'à la guerre de 1914-1918 ; prenant le sens de « manger » chez les voyous après la guerre - probablement par l'attirance sémantique de « casser la croûte », en effet.

Mais alors, direz-vous, quel grain ? Nouvelles conjectures ?... Et s'il s'agissait du grain du raisin - lequel, écrasé, donne du jus, donne du vin ? Si « écraser un grain » était une tournure d'un genre « précieux », une image alambiquée de vignerons évoquant le vin nouveau, par exemple ? On aurait la clef de l'énigme !

Or, en fouillant du côté de l'équivalent grune qui semblait tenir au cœur - et à la langue - du lyonnais Nizier de Puitspelu, je trouve « grume : terme employé dans certaines régions de vignobles, de la Bourgogne particulièrement, pour désigner les grains de raisins. » (Lachiver, Dictionnaire du monde rural.) Quant au Dictionnaire du français régional du Lyonnais de Gilbert-Lucien Salmon (Éditions Bonneton, 1995), il donne lui aussi « grume, grain de raison » avec la notation ici capitale « variante grune ». Je ne le lui fais pas dire !...

Enquête réussie : casser la graine nous fait remonter droit comme un I au « jus de la treille » !

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Botanique :


D'après Lionel Hignard et Alain Pontoppidan, auteurs de Les Plantes qui puent, qui pètent, qui piquent (Gulf Stream Éditeur, 2008) :

"Taille tôt, taille tard, mais taille en mars", disent les vignerons. Ils savent que la vigne doit être taillée très court, chaque année, pour donner beaucoup de grappes de raisin. D'être taillée aussi ras, la vigne pleure : de tous les sarments coupés coulent en abondance des gouttes transparentes que l'on appelle les pleurs de la vigne.


Pourquoi fait-elle ça ? Ce n'est pas de tristesse que la vigne pleure. C'est juste que toutes ses petites blessures, infligées par la taille, risquent de s'infecter. Aussi, elle les protège avec sa sève, qui en séchant lui fait comme un pansement protecteur.


Pleurer pour du raisin ! Les vignerons ne sont pas très sensibles au chagrin de cette pauvre plante. Au contraire, ils pensent que les pleurs de la vigne sont un très bon signe. Une vigne qui pleure bien, c'est une vigne qui va donner beaucoup de raisin.


L'âne vigneron : On raconte que la première taille de la vigne a été effectuée par un âne qui en avait brouté à ras toutes les pousses. Comme la récolte de l'année suivante avait été bien meilleure, on s'est dit que la vigne gagnerait à être taillée...

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Selon Stefano Mancuso et Alessandra Viola, auteurs de L'Intelligence des plantes (édition originale 2013 ; Traduction française Albin Michel, 2018),


"Au fil des ans, de nombreuses expérimentations se sont efforcées de mesurer les capacités auditives des plantes. Leurs résultats on toujours été du plus haut intérêt, aussi bien en laboratoire - où l'on a notamment prouvé, à une date récente, que l'exposition aux sons modifie leur expression génique - que sur le terrain.

En collaboration avec le Laboratoire international de neurobiologie végétale (LINV) et la société Bose (une entreprise leader dans le domaine de la technologie du son), qui a financé les recherches, un viticulteur a par exemple essayé, pendant cinq ans, de faire écouter de la musique à certaines de ses vignes. Les effets constatés ont eu de quoi surprendre : non seulement les vignes soumises à cette cure musicale ont mieux poussé que les autres, mais elles ont de surcroît mûri plus vite et produit un raisin plus riche en goût, en couleur et en polyphénols. La musique ayant, en outre, désorienté et éloigné les insectes, son usage a permis une réduction drastique du recours aux pesticides et frayé la voie à une nouvelle branche révolutionnaire de l'agriculture phonobiologique. En 2011, le Conseil Euro-Brésil de développement durable (EUBRA) et les Nations unies ont en effet inclus cette expérience parmi les cent projets destinés à changer le monde de l'économie verte dans les deux prochaines décennies."

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Fleurs de Bach :


D'après Les Douze "Guérisseurs" et autres remèdes (1ère édition 1941 ; traduction française Centre Bach, 2011) du Dr Edward Bach :


La fleur de vigne est préparée pour "Des gens très capables, convaincus de leurs capacités, assurés de réussir. Étant si affirmés, ils pensent que les autres auraient intérêt à se laisser persuader de faire les choses comme eux-mêmes les font ou comme ils sont certains qu’elles doivent être faites. Même malades, ils commandent ceux qui les soignent. Ils peuvent être de grande valeur dans les cas d’urgence."

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Selon Mechthild Scheffer, auteure du coffret de cartes Les Fleurs du Dr Bach, le chemin de l'harmonie psychique (1997, traduction française : Médicis-Entrelacs, 2001), la fleur de la vigne est "la fleur de l'autorité" qui nous guide dans le processus de transformation suivant : "mener... ou se laisser guider".


Message de la carte :

Quelle est la vérité que je dois mieux comprendre ?

Toute action exercée sciemment contre un autre être humain contrevient à la Loi de L'Unité et se retourne automatiquement contre son auteur, puisque une pression engendre une contre-pression. La souffrance qu'on inflige à l'autre sera tôt ou tard ressentie dans notre propre corps. Notre désir de dominer amènera à un moment donné d'autres personnes ou des circonstances, à nous dominer.


Quelle est la décision qui pourra me reconnecter avec mon Guide intérieur ?

J'accepte l'idée que l'on doit respecter la personnalité de chacun. Je renonce à vouloir imposer à tout prix ma volonté. Je me décide à aborder mes semblables avec davantage un esprit de coopération. Je suis à cet effet les instructions de mon Moi supérieur.


Ces signes me permettent de voir que mon potentiel positif de Vine s'accroît :

Au moment d'agir, je laisse parler mon cœur. Je parviens mieux à distinguer une ambition saine d'une ambition démesurée.


État d'âme négatif : Autoritarisme - Exigence vis-à-vis des autres : On veut à tout prix imposer sa volonté ; on a des problèmes de pouvoir et d'autorité.

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Selon le site http://lesouffledessimples.com/, la fleur de vigne pourrait s'exprimer ainsi :

J'ai compris avec le temps et l'expérience qu'il n'y a pas de plus grande sagesse que la bonté. Mes affaires florissantes, je les arrose de tendresse et partage ma soif de paix. On peut compter sur moi, mon soutien, mon aide. Je ne commande pas, je suis Roi au service des autres. Mon royaume accueille et protège qui a besoin de sécurité et de consolation. Ceux qui me découvrent guérissent de l'agression et de la tyrannie. Ils retrouvent la voie de l'intuition dont ils se sont détournés. Le mode de culture abîme régulièrement l'espèce et la terre. Le soin et l'attention infinis de la viticulture supposent une taille et une intervention constantes pour limiter la croissance naturelle.


Par son élixir : Les personnes qui sont critiques et qui exigent beaucoup d'attention trouveront le repos de l'âme. Vigne aide à sortir de l'autorité, à réévaluer ce que nous croyons être un caractère fort. Nous découvrons la capacité à devenir un guide pour nous-même, à utiliser la bienveillance et la force de l'intention à la place de la volonté.


Mots-clefs : Bonne volonté – Lâcher prise – Intégrité.

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Symbolisme :


Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


VIGNE - IVRESSE.

L'origine de la culture de la vigne se perd dans la nuit des temps. Cette plante aurait été importée en Europe par les Phéniciens ; toutefois, sous Numa, à peine la cultivait on. Domitien ordonna même que les vignes fussent dé truites dans toute l'étendue de l'empire : il paraitrait que ce singulier législateur n'était pas ami de la dive bouteille, comme parle Rabelais. La vigne, en revanche, a été de tout temps célébrée par les poëtes.


La vigne quelquefois, honneur de vos jardins,

S'y montre avec la pourpre ou l'or de ses raisins.

ROSSET.

Sur le sommet des coteaux lumineux,

La vigne de son pampre entrelace les nœuds.

BAOUR-LORMIAN.

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Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"La vigne passait, dans les religions environnant l'ancien Israël, pour un arbre sacré, sinon divin, et son produit, le vin pour la boisson des dieux. On trouve un faible écho de ces croyances dans l'Ancien Testament (Juges 9, 13 ; Deutéronome 32, 37 s).

Par mode d'adaptation, Israël regarde la vigne, (ainsi que l'olivier) comme l'un des arbres messianiques (Michée 4, 4 ; Zacharie 3, 10). Il n'est pas impossible que les anciennes traditions aient identifié l'arbre de vie du paradis avec une vigne.

Dès l'origine, le symbolisme de la vigne est donc affecté d'un signe éminemment positif.

La vigne, c'est d'abord la propriété et donc l'assurance de la vie et ce qui en fait le prix : un des biens les plus précieux de l'homme (I Rois 21, 1 ss.). Une bonne épouse est pour son mari comme une vigne féconde (Psaumes 128, 3). La sagesse est une vigne aux pampres charmants (Sir. 24, 17).

De là, on passe tout naturellement au thème majeur du symbolisme. La vigne, c'est Israël, comme propriété de Dieu. Il y trouve sa joie, en attend les fruits et les soigne constamment. Le prophète Isaïe, à l'occasion de la fête des vendanges, a composé le chant de la vigne :


Que je chante à mon ami

le chant de son amour pour sa vigne.

Eh bien, la vigne de Yahvé Sabaoth,

c'est la maison d'Israël,

et les gens de Juda

en sont le plant choisi.

Il en attendait l'innocence et c'est du sang

le droit et c'est le cri d'effroi

(5, 1-7)

Ce plant précieux déçoit celui qui l'a si bien entouré de ses soins. Ce ne sont que mauvais fruits et dégénérescence.

C'est pourquoi le symbolisme va se transférer sur la personne de celui qui incarne et récapitule le vrai peuple de Dieu : le Messie est comme une vigne (11 Baruch, 36 s.).