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  • Anne

La Vigne





Étymologie :

  • VIGNE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1re moit. xiie s. « arbrisseau grimpant de la famille des Ampélidées cultivé pour son fruit et la production de vin » (Psautier Oxford, éd. F. Michel, CVI, 37) ; 1551 vigne arbustive (Cottereau, Colum., IV, I ds Gdf. Compl.) ; 1600 vigne basse, haute (O. de Serres, Théâtre d'agric., l. 3, chap. 4, p. 159) ; 1845-46 vignes en cordon, vignes de labour, vignes pleines (Besch.) ;

2. a) 1re moit. xiie s. « terrain planté de vignes » (Psautier Oxford, LXXVII, 52) ; b) 1538 vigne blanche (Est.) ; 1611 vigne noire (Cotgr.) ; 1690 vigne vierge (Fur.) ; c) 1835 pêche de vigne (Ac.) ;

3. a) 1553 fig. travailler la vigne du Seigneur « convertir les âmes » (Bible Gérard, Is 5, 7 ds FEW t. 14, p. 472a) ; 1764 faire provigner la vigne « faire réussir une doctrine » (Voltaire, Lettre d'Argence, 10 oct. ds Littré) ; b) 1690 mettre le pied dans la vigne du Seigneur « être ivre » (Fur.) ; 1718 être dans les vignes « id. » (Ac.) ; 1808 être dans les vignes du seigneur « id. » (Hautel). Du lat. vinea « vigne » ; dér. de vinum « vin ».

  • RAISIN, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1121-34 « fruit de la vigne » (Philippe de Thaon, Bestiaire, éd. E. Walberg, 1742, 1752) ; 1545 raisins de Corinthe, raisins de Damas (Est.) ; en partic. 1690 raisin de caisse « raisin sec qui s'expédie en caisse » (Fur.), raisins secs (ibid.), raisins de Damas (ibid.) ; 2. p. anal. a) 1550 raisin de renard (L. Fousch, L'Histoire des plantes mise en commentaire..., Lyon, p. 66) ; b) 1732 raisin d'ours (Rich.) ; 3. 1611 raisin de mer « œufs de seiche » (Cotgr.) ; 4. 1710 papeterie grand-raisin (La Misere des apprentifs imprimeurs, 4 [s.l.] ds Quem. DDL t. 21). Du lat. pop. *racι ̄mus, lat. class. racēmus « grappe de raisin » (sens conservé par l'ital. (g)racimolo et l'esp. racimo) d'où « raisin », cf. aussi l'a. prov. razim, fin xiie s. (Marcabru, Poés., éd. J. M. L. Dejeanne, XIII, 26). A éliminé du gallo-rom. le lat. class. uva « raisin » − conservé uniquement dans l'a. prov. uva, mil. xive s. (Eluc. de las propr., fol. 226 ds Rayn.), l'ital., l'esp. et le port. uva, v. FEW t. 14, p. 90b. Les qq. ex. de l'a. fr. uve, surtout dans la loc. uve passe, francisation du lat. uva passa « raisin sec », xiiies. (Guill. de Tyr, IX, 20, P. Paris ds Gdf.), sont des latinismes. Le sens 4 parce que ce format de papier était primitivement marqué d'une grappe de raisin.


Lire aussi les définitions de vigne et raisin pour amorcer la réflexion symbolique. Voir aussi l'article Vin.


Autres noms : Vitis vitae ; Galipe ; Lambrisque ; Lambruche.

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Expression populaire : Dans La Puce à l'oreille (Editions Balland, 2001) Claude Duneton revient sur l'expression "casser la graine" :


Cette expression familière à tout Français respectable : "On va casser une petite graine avant de repartir" - on va manger un morceau - passe pour un équivalent simple et sans manières de "écasser la croûte" (une petite croûte) qui lui aurait, selon l'apparence, servi de modèle. Dans ce sens, elle est du reste plutôt récente ( Gaston Esnault ne la relève, et encore, dans l'argot des voyous, qu'en 1926.

Oui, mais pourquoi la graine ? Ce qui vient à l'esprit, c'est que la croûte, en se brisant, fait des miettes... Mais les miettes, fussent-elles de bonne dimension, n'ont jamais été appelées "graines". Alors on se dit que le pain, après tout, est fait de farine, que la farine n'est que du grain écrasé "cassé" par conséquent. C'est l'explication approximative qu'indique Jacques Cellard dans Le Dictionnaire du français non conventionnel : "Métaphore du blé influencé par casser la croûte." Ainsi posée, la locution, je puis dire, ne mange pas de pain.

Eh bien non ! Derrière tant de simplicité apparente se cache un petit mystère. Car casser la graine existait bien avant 1926, mais dans un sens différent de celui de "manger" : cela voulait dire boire. Ce qui change tout !.. On voit mal la sécheresse de la farine servir d'image à la boisson. Je trouve en effet, dans le langage populaire de Lyon à la fin du XIXe siècle, tel qu'il fut relevé par le précieux Nizier du Puitspelu dans son irremplaçable Littré de la Grande Côte de 1894, la notation suivante : « Casser la graine, casser la grume, boire un coup. Quand vous recevez une visite la campagne, vous devez toujours offrir un verre de quoi que ce soit [...] Vous devez dire d'un air aimable à votre visiteur ou à votre visiteuse : Voulez-vous casser une graine avec moi ? C'est du moins ce que font tous ceux qui ont de l'usage. » (La variante grume aura son importance.)

Certes, cela ne fait que repousser un peu plus loin le mystère ; et l'épaissir, si l'on ne sait pas que casser une graine pour boire représente une variante d'une autre locution familière jadis bien connue : « écraser un grain : boire, s’enivrer » selon la définition d'Hector France vers 1907. Une acception qui remonte loin dans le cours du XIXe siècle, comme l'indique son emploi dans le dialogue d'un mélodrame de 1852, Les Nuits de la Seine de Marc Fournier - cité dans le DFNC par Jacques Cellard (lequel, par mégarde, commet une erreur d'interprétation en lui donnant le sens de "manger") :

« LA GRIGNOTTE. En voulez-vous, monsieur Poussier ? Elle est très bonne ce soir la gibelotte.

POUSSIER. Merci j'aime pas les chatteries, mais j'écraserais bien un grain, j'ai le gosier sans connaissance. »

La filiation paraît donc ne pas faire de doute : écraser un grain, devenant casser une graine au sens de « boire » jusqu'à la guerre de 1914-1918 ; prenant le sens de « manger » chez les voyous après la guerre - probablement par l'attirance sémantique de « casser la croûte », en effet.

Mais alors, direz-vous, quel grain ? Nouvelles conjectures ?... Et s'il s'agissait du grain du raisin - lequel, écrasé, donne du jus, donne du vin ? Si « écraser un grain » était une tournure d'un genre « précieux », une image alambiquée de vignerons évoquant le vin nouveau, par exemple ? On aurait la clef de l'énigme !

Or, en fouillant du côté de l'équivalent grune qui semblait tenir au coeur - et à la langue - du lyonnais Nizier de Puitspelu, je trouve « grume : terme employé dans certaines régions de vignobles, de la Bourgogne particulièrement, pour désigner les grains de raisins. » (Lachiver, Dictionnaire du monde rural.) Quant au Dictionnaire du français régional du Lyonnais de Gilbert-Lucien Salmon (Éditions Bonneton, 1995), il donne lui aussi « grume, grain de raison » avec la notation ici capitale « variante grune ». Je ne le lui fais pas dire !...

Enquête réussie : casser la graine nous fait remonter droit comme un I au « jus de la treille » !

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Botanique :


D'après Lionel Hignard et Alain Pontoppidan, auteurs de Les Plantes qui puent, qui pètent, qui piquent (Gulf Stream Éditeur, 2008) :


"Taille tôt, taille tard, mais taille en mars", disent les vignerons. Ils savent que la vigne doit être taillée très court, chaque année, pour donner beaucoup de grappes de raisin. D'être taillée aussi ras, la vigne pleure : de tous les sarments coupés coulent en abondance des gouttes transparentes que l'on appelle les pleurs de la vigne.


Pourquoi fait-elle ça ? Ce n'est pas de tristesse que la vigne pleure. C'est juste que toutes ses petites blessures, infligées par la taille, risquent de s'infecter. Aussi, elle les protège avec sa sève, qui en séchant lui fait comme un pansement protecteur.


Pleurer pour du raisin ! Les vignerons ne sont pas très sensibles au chagrin de cette pauvre plante. Au contraire, ils pensent que les pleurs de la vigne sont un très bon signe. Une vigne qui pleure bien, c'est une vigne qui va donner beaucoup de raisin.


L'âne vigneron : On raconte que la première taille de la vigne a été effectuée par un âne qui en avait brouté à ras toutes les pousses. Comme la récolte de l'année suivante avait été bien meilleure, on s'est dit que la vigne gagnerait à être taillée...

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Selon Stefano Mancuso et Alessandra Viola, auteurs de L'Intelligence des plantes (édition originale 2013 ; Traduction française Albin Michel, 2018),


"Au fil des ans, de nombreuses expérimentations se sont efforcées de mesurer les capacités auditives des plantes. Leurs résultats on toujours été du plus haut intérêt, aussi bien en laboratoire - où l'on a notamment prouvé, à une date récente, que l'exposition aux sons modifie leur expression génique - que sur le terrain.

En collaboration avec le Laboratoire international de neurobiologie végétale (LINV) et la société Bose (une entreprise leader dans le domaine de la technologie du son), qui a financé les recherches, un viticulteur a par exemple essayé, pendant cinq ans, de faire écouter de la musique à certaines de ses vignes. Les effets constatés ont eu de quoi surprendre : non seulement les vignes soumises à cette cure musicale ont mieux poussé que les autres, mais elles ont de surcroît mûri plus vite et produit un raisin plus riche en goût, en couleur et en polyphénols. La musique ayant, en outre, désorienté et éloigné les insectes, son usage a permis une réduction drastique du recours aux pesticides et frayé la voie à une nouvelle branche révolutionnaire de l'agriculture phonobiologique. En 2011, le Conseil Euro-Brésil de développement durable (EUBRA) et les Nations unies ont en effet inclus cette expérience parmi les cent projets destinés à changer le monde de l'économie verte dans les deux prochaines décennies."

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Fleurs de Bach :


D'après Les Douze "Guérisseurs" et autres remèdes (1ère édition 1941 ; traduction française Centre Bach, 2011) du Dr Edward Bach :


La fleur de vigne est préparée pour "Des gens très capables, convaincus de leurs capacités, assurés de réussir. Étant si affirmés, ils pensent que les autres auraient intérêt à se laisser persuader de faire les choses comme eux-mêmes les font ou comme ils sont certains qu’elles doivent être faites. Même malades, ils commandent ceux qui les soignent. Ils peuvent être de grande valeur dans les cas d’urgence."

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Selon Mechthild Scheffer, auteure du coffret de cartes Les Fleurs du Dr Bach, le chemin de l'harmonie psychique (1997, traduction française : Médicis-Entrelacs, 2001), la fleur de la vigne est "la fleur de l'autorité" qui nous guide dans le processus de transformation suivant : "mener... ou se laisser guider".


Message de la carte :

Quelle est la vérité que je dois mieux comprendre ?

Toute action exercée sciemment contre un autre être humain contrevient à la Loi de L'Unité et se retourne automatiquement contre son auteur, puisque une pression engendre une contre-pression. La souffrance qu'on inflige à l'autre sera tôt ou tard ressentie dans notre propre corps. Notre désir de dominer amènera à un moment donné d'autres personnes ou des circonstances, à nous dominer.


Quelle est la décision qui pourra me reconnecter avec mon Guide intérieur ?

J'accepte l'idée que l'on doit respecter la personnalité de chacun. Je renonce à vouloir imposer à tout prix ma volonté. Je me décide à aborder mes semblables avec davantage un esprit de coopération. Je suis à cet effet les instructions de mon Moi supérieur.


Ces signes me permettent de voir que mon potentiel positif de Vine s'accroît :

Au moment d'agir, je laisse parler mon cœur. Je parviens mieux à distinguer une ambition saine d'une ambition démesurée.


État d'âme négatif : Autoritarisme - Exigence vis-à-vis des autres : On veut à tout prix imposer sa volonté ; on a des problèmes de pouvoir et d'autorité.

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Selon le site http://lesouffledessimples.com/, la fleur de vigne pourrait s'exprimer ainsi :

J'ai compris avec le temps et l'expérience qu'il n'y a pas de plus grande sagesse que la bonté.

Mes affaires florissantes, je les arrose de tendresse et partage ma soif de paix.

On peut compter sur moi, mon soutien, mon aide. Je ne commande pas, je suis Roi au service des autres. Mon royaume accueille et protège qui a besoin de sécurité et de consolation.

Ceux qui me découvrent guérissent de l'agression et de la tyrannie. Ils retrouvent la voie de l'intuition dont ils se sont détournés.

Le mode de culture abîme régulièrement l'espèce et la terre. Le soin et l'attention infinis de la viticulture supposent une taille et une intervention constantes pour limiter la croissance naturelle.


Par son élixir :

Les personnes qui sont critiques et qui exigent beaucoup d'attention trouveront le repos de l'âme.

Vigne aide à sortir de l'autorité, à réévaluer ce que nous croyons être un caractère fort.

Nous découvrons la capacité à devenir un guide pour nous-même, à utiliser la bienveillance et la force de l'intention à la place de la volonté.


Mots-clefs : Bonne volonté – Lâcher prise – Intégrité.

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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"La vigne passait, dans les religions environnant l'ancien Israël, pour un arbre sacré, sinon divin, et son produit, le vin pour la boisson des dieux. On trouve un faible écho de ces croyances dans l'Ancien Testament (Juges 9, 13 ; Deutéronome 32, 37 s).

Par mode d'adaptation, Israël regarde la vigne, (ainsi que l'olivier) comme l'un des arbres messianiques (Michée 4, 4 ; Zacharie 3, 10). Il n'est pas impossible que les anciennes traditions aient identifié l'arbre de vie du paradis avec une vigne.

Dès l'origine, le symbolisme de la vigne est donc affecté d'un signe éminemment positif.

La vigne, c'est d'abord la propriété et donc l'assurance de la vie et ce qui en fait le prix : un des biens les plus précieux de l'homme (I Rois 21, 1 ss.). Une bonne épouse est pour son mari comme une vigne féconde (Psaumes 128, 3). La sagesse est une vigne aux pampres charmants (Sir. 24, 17).

De là, on passe tout naturellement au thème majeur du symbolisme. La vigne, c'est Israël, comme propriété de Dieu. Il y trouve sa joie, en attend les fruits et les soigne constamment. Le prophète Isaïe, à l'occasion de la fête des vendanges, a composé le chant de la vigne :

Que je chante à mon ami

le chant de son amour pour sa vigne.

Eh bien, la vigne de Yahvé Sabaoth,

c'est la maison d'Israël,

et les gens de Juda

en sont le plant choisi.

Il en attendait l'innocence et c'est du sang

le droit et c'est le cri d'effroi

(5, 1-7)

Ce plant précieux déçoit celui qui l'a si bien entouré de ses soins. Ce ne sont que mauvais fruits et dégénérescence.

C'est pourquoi le symbolisme va se transférer sur la personne de celui qui incarne et récapitule le vrai peuple de Dieu : le Messie est comme une vigne (11 Baruch, 36 s.).

Jésus proclame qu'il est le vrai cep et que les hommes ne peuvent prétendre être la vigne de Dieu s'ils ne demeurent pas en lui. Autrement ils ne sont que des sarments bons à être jetés au feu (Jean, 15, 1). En Matthieu 21, 28-46, la vigne, dans la parabole des vignerons homicides désigne le royaume de Dieu qui, confié d'abord aux Juifs, va passer à d'autres.

Le symbolisme de la vigne s'étend à chaque âme humaine. Dieu est le vigneron qui demande à son fils de visiter a vendange (Marc, 12, 6). Et, se substituant à Israël, le Christ deviendra à son tour comparable à une vigne, son sang étant le vin de la Nouvelle Alliance. (Voir Jacques Guillet, Thèmes bibliques, Paris, 1950).

Les thèmes mandéens emploient le mot vigne pour désigner non seulement l'envoyé céleste, mais encore toute une série d'être appartenant au monde supérieur lumineux.

La vigne est un important symbole, notamment en ce qu'elle produit le vin, qui est l'image de la connaissance. Ce n'est sans doute pas un hasard si Noé, qui accompagne le début d'un cycle neuf, est dit avoir été le premier à planter la vigne. Les textes évangéliques font de la vigne, on l'a noté, un symbole du Royaume des Cieux, dont le fruit est l'Eucharistie. Jésus est le vrai cep. J'entends par vigne au sens allégorique, écrit Clément d'Alexandrie, le Seigneur de qui nous devons manger le fruit, moyennant les soins d'une culture, qui se fait par le travail de la raison (Stromate I). La sève qui monte dans la vigne est le lumière de l'Esprit, le Père est le Vigneron, du moins selon les conceptions gnostiques qui le séparent de sa vigne comme l'Absolu du relatif.

En iconographie, la vigne est souvent une figuration de l'Arbre de Vie. La terrible vendange de l'Apocalypse (14, 18-20) confirme une telle signification : Puis un autre ange sortit de l'autel - l'Ange préposé au feu - et cria d'une voix puissante à celui qui tenait la faucille aiguisée : Jette ta faucille aiguisée, vendange les grappes dans la vigne de la terre, car ses raisins sont mûrs. L'Ange alors jeta sa faucille sur la terre, il en vendangea la vigne et versa le tout dans la cuve de la colère de Dieu, cuve immense ! Puis on la foula hors de la ville, et il en coula du sang qui monta jusqu'aux mors des chevaux sur une distance de mille six cents stades.

Chez les Grecs, la culture de la vigne est de tradition relativement récente par rapport à celle du blé. Aussi n'appartient-elle pas à une déesse très ancienne comme Déméter, mais à Dionysos dont le culte, associé à la connaissance des mystères de la vie après la mort, a pris une importance grandissante. C'est cette liaison de Dionysos avec les mystères de la mort, qui sont également ceux de la renaissance et de la co-naissance, qui a fait aussi de la vierge un symbole funéraire, dont le rôle a continué dans la symbolique du christianisme.

De même que la vigne était l'expression végétale de l'immortalité, de même l'alcool est resté, dans les traditions archaïques, le symbole de la jeunesse et de la vie éternelle : les eaux de vie ; le gaélique whiskey = water of life ; le persan mâie-i-shebab = boisson de jeunesse ; le sumérien gesthin = arbre de vie, etc.

La vigne était identifiée par les paléo-orientaux à l'herbe de vie et le signe sumérien pour la vie était ordinairement une feuille de vigne. Cette plante était consacrée aux Grandes Déesses. La Déesse Mère était nommée au début La mère-Cep de Vigne ou la Déesse-Cep de Vigne.

La Mishna affirme que l'arbre de la science du bien et du mal était une vigne.

Dans le Mandéisme, le vin est l'incorporation de la lumière, de la sagesse et de la pureté. L'archétype du vin se trouve dans le monde céleste. La vigne archétype se compose d'eau à l'intérieur, son feuillage est formé des esprits de la lumière et ses nœuds sont des grains de lumière. La vigne est considérée comme un arbre cosmique, puisqu'elle enveloppe les cieux et que les grains de raisin sont des étoiles.

Le motif femme nue-vigne s'est aussi transmis dans les légendes apocryphes chrétiennes.

Le vin est symbole de la vie cachée, de la jeunesse triomphante et secrète. Il est par là, et par sa rouge couleur, une réhabilitation technologique du sang. Le sang recréé par le pressoir est le signe d'une immense victoire sur la fuite anémique du temps... L'archétype de la boisson sacrée et du vin rejoint, chez les mystiques, l'isomorphisme aux valorisations sexuelles et maternelles du lait. Lait naturel et vin artificiel se confondent dans la juvénile jouissance des mystiques.

Le raki, boisson sacrée des sectes chi'ites d'Anatolie, est appelé, dans leur langage secret arslan sûtû = Lait de lion. On sait que le lion est, pour les chi'ites, une épiphanie d'Ali.

Les Turco-Tatars d'Asie centrale attribuent au héros du Déluge l'invention des boissons enivrantes. Ce héros est le patron des morts, des ivrognes et des petits enfants.

Chez les Bektachi, le mot dem signifie vin, souffle et temps. Les enseignements divins sot comparés au Vin, selon le Pseudo-Denys l'Aréopagite, pour leur aptitude à rendre la vigueur.

La couleur vineuse, faite de rouge et de blanc, est une synthèse chtono-ouranienne : c'est le mariage de l'air et de la terre, de l'âme et de l'esprit, de la sagesse et de la passion ; c'était la couleur de l'oriflamme pourpre azuré qui, selon la légende populaire, avait été envoyé du ciel à Clovis. C'est, en fait, ce véritable pourpre qui, dans l'héraldisme, diffère du rouge pur (de gueules) par le fait qu'il tire sur le violet.

Les vins, les nectars, les hydromels, les ambroisies sont tous d'origine ouranienne, liés au feu céleste. Dans les Vedas, le soma a été apporté aux hommes par l'aigle, oiseau solaire. Liqueur mâle par excellence, expression du désir impétueux et fécondant, il est célébré avec le cheval.

Mais cette glorification de la puissance virile, unanimement liée aux Vins, entraîne aussi la perception de la dualité antagoniste ciel-terre, résolue en même temps que perçue dans l'ivresse (Rig Veda, traduction .l. Renou)."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Dans l'Antiquité, la vigne et le vin, breuvage d'immortalité, étaient protégés par dieux et divinités : Osiris en Égypte, Bacchus dans le monde romain et Dionysos en Grèce, qui métamorphosa en vigne le jeune Ampélos, tué par un taureau. De cet épisode mythologique vient le nom d'Ampélidacées désignant la mille de la vigne. Restée « un des biens les plus précieux » de l'homme dans la tradition chrétienne, la vigne, assimilée souvent à l'arbre de vie du paradis, symbolise dans les Évangiles le royaume de Dieu, « dont le fruit est l'Eucharistie », et dont « Jésus est le vrai cep ». Après le Déluge, le premier geste de Noé fut de planter une vigne afin de boire son vin, « qui est l'image de la connaissance ». Les musulmans, qui en font également une plante quasi sacrée, croient que déterrer une vigne condamne à mort la famille de son propriétaire.

Le vin, dont la fabrication tient de l'alchimie, occupe une grande place dans la religion où, notamment en raison de sa couleur et du caractère sacré de l'arbrisseau qui produit le raisin, il symbolise le sang du Christ. Aux noces de Cana, Jésus change l'eau en vin ; lors du dernier repas avec ses apôtres, le jeudi, J2sus lève sa coupe de vin et déclare : « Ceci est mon sang, le sang qui va être répandu pour la multitude. C'est vrai, je vous le dis, désormais je ne boirai plus du produit de la vigne, jusqu'à ce jour où je boirai un vin nouveau, dans le Royaume de Dieu » (Évangile de saint Marc).

Lorsque le vin enivre, il devient le symbole de la colère divine ou encore celui de l'« égarement dont Dieu frappe les hommes et les nations infidèles et rebelles, pour mieux les châtier » (Jérémie, 25, 15-18). Dans une légende talmudique, le « jus de vigne » soûle depuis que le diable s'en est mêlé : « Lorsque Noé plantait sa vigne, le diable lui demanda qu'elle en était l'utilité : "Le fruit en est bon et doux, répondit Noé, le vin qu'on en extrait réjouit le cœur de l'homme, - Travaillons de moitié", dit le diable. Il alla chercher un agneau, un lion, un porc et un singe, les égorgea sur place et arrosa le sol de leur sang mélangé. C'est pourquoi, si l'homme mange du fruit de la vigne, il est doux et bon comme un agneau ; s'il boit le vin, il s'imagine être lion et malheur lui arrive. S'il boit habituellement, il devient grossier comme un porc ; s'il s'enivre, il babille, se dandine et grimace comme un singe ».

Les vignerons et les œnologues apparaissent au profane comme des sortes d'initiés utilisant des codes mystérieux : ils examinent avec soin toutes les caractéristiques du breuvage comme le faisaient les devins de l'Antiquité pratiquant l'œnomancie, mode divinatoire basé sur l'observation du vin.

Divers rites quasi païens ont longtemps accompagné certaines opérations des vignerons. Ceux de Bretagne, pour que la vigne pousse, buvaient une bouteille de vin au moment de la planter, et, en guise d'offrande, en répandaient « trois gouttes sur le pied et trois gouttes sur les racines ». L'usage d'arroser de vin le dernier cep planté se retrouvait dans le Gard et en Vendée, où de surcroît on jetait dans la terre préparée pour accueillir ce cep « cent sous de monnaie de bronze ». Pour qu'elle produise beaucoup de vin, on recommandait de planter ou de tailler la vigne pendant la vieille lune (Gironde, Touraine). En Touraine, celle qui est taillée lorsque la lune est en croissant sera dévorée par les lapins de Garenne. Étêter les ceps le vendredi saint, avant midi et à jeun, promettait, croyait-on au XVIIIe siècle, une abondance de fruits (Orléanais) et évitait que les rats ne les mangent (Ain, Maine). Pour protéger la vigne des rats et des animaux nuisibles, on doit, selon une croyance de la Bresse, la tailler le 17 mars, au lever, et sans parler à quiconque. Après cette opération, il ne faut pas goûter un seul raisin avant sa maturité, sous peine d'annuler la protection. Dans la Montagne Noire (particulièrement à Escoussens), des fleurs de vigne placées dans l'auge des poules empêchent ces dernières de manger le raisin. Enfin, en vertu d'une sorte d'animisme, on attribuait à la vigne une hostilité à certains individus : « Quand la vigne est en fleur, elle ne veut voir ni manant ni seigneur ».

En ce qui concerne la mise en bouteille du vin, s'il faut éviter la pleine lune qui le fait tourner au vinaigre, on conseille, notamment dans l'est de la France, d'effectuer cette opération un vendredi saint : le vin « ne se trouble jamais ». Les caves furent longtemps interdites aux femmes dans la croyance que leur présence suivait au vin ; si elles avaient leurs règles, elles le corrompaient définitivement. Cela explique pourquoi les métiers de la vigne sont, toujours aujourd'hui, à dominance masculine.

On dit que, lorsqu'elle vient d'être taillée, la vigne « pleure » car elle distille une eau ; celle-ci, appelée aussi « larmes de vigne » est utilisée contre les ophtalmies et les verrues. En Gironde, les « pleurs de la vigne » (sa sève) recueillis avant l'aube (au printemps selon certains) font disparaître les taches de rousseur ; en Hollande, ils font repousser les cheveux.

Enterrer le cordon ombilical d'un bébé sous un cep le rendra bon vivant, dans le sens qu'il aimera la vie. Attention, cela peut en faire également un ivrogne, selon Paul Sébillot. Mettre une racine de vigne blanche dans le bain d'un enfant fait friser ses cheveux.

Dans le Bourbonnais, manger le 1er janvier, son lever, du raisin blanc porte bonheur toute l'année ; dans les Alpes-de-Haute-Provence, on croit s'épargner tout souci financier pour l'année à venir en mangeant ce jour-là du raisin sec. En Provence toujours, la vigne entrait dans une opération magique pour guérir les bras et les pieds enflés. Le patient posait son membre malade sur l'établi d'un menuisier, qui coupait d'un seul coup de hache deux ceps de vigne en forme de croix. Pour désenvoûter un enfant dans le Languedoc, on plaçait un de ses vêtements sur un cep de vigne. Le samedi suivant à minuit, on tapait sur le cep avant un bâton en bois de figuier : le coupable ressentait les coups et annulait le sort. On dit encore que les bains de cendres de sarments de vigne effacent les cors et que le grain de raisin appliqué sur un orgelet le guérit, à condition de dire : « Soleil, soleil, prends cet orgelet ».

Si, en songe, la vigne est de bon présage, il n'en est pas toujours de même pour le raisin ; pour certains, rêver qu'on en mange « annonce que l'on boira du vin le lendemain », pour d'autres, voir en songe une grappe de raisin signifie qu'on pleurera. Si la vigne ne perd pas ses feuilles avant la Saint-Martin (11 novembre), l'hiver sera rigoureux (Berry).

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"Le vin est issu de la vigne. Sans le fruit de cet arbre sauvage, pur produit de la nature, les hommes de l'Antiquité n'auraient jamais pu réaliser cette boisson à laquelle ils ont bien sûr donné un caractère divin et sacré. En effet, il semble bien que la vigne sauvage ait été très répandue dans toute l'Eurasie depuis des temps immémoriaux. Du raisin, nos très lointains ancêtres, les hommes préhistoriques, appréciaient le goût, la saveur et les propriétés que l'on dit aujourd'hui énergétiques, toniques, stimulantes des muscles, du système nerveux, des fonctions hépatiques, rafraîchissantes, diurétiques, laxatives et digestives, riches en potassium, en vitamines A, B, C et en sucres directement assimilables par l'organisme humain - contrairement aux saccharoses industriels que nous consommons abusivement de nos jours et qui ont un effet déminéralisant. Il leur suffisait alors de cueillir ce fruit sauvage dans le grand jardin de la nature. Force nous est de constater que nous ne savons pas exactement quand et comment les homes ont eu l'idée de produire du vin en pressant le jus de ce fruit sauvage qu'ils consommaient donc depuis très longtemps. Seul un récit de la Genèse nous renseigne à ce sujet, qui attribue à Noé la plantation de la vigne et la production du vin : "Noé, homme du sol, commença de planter la vigne. Ayant bu du vin, il s'enivra et se dénuda au milieu de sa tente." (Genèse, 9-20 et 21). toutefois, ce texte laisse supposer que "Noé, homme du sol" était déjà un agriculteur avant que ne se produise le déluge, et que la création du vin lui est bien antérieure. Par ailleurs, ce texte insiste surtout sur l'effet que produit le vin sur Noé, qui s'enivre et se dénude. Or ce récit nous apprend que les fils de Noé, Cham, Sem et Japhet, furent scandalisés par la nudité de leur père et recouvrirent son corps d'un manteau, en tournant leur visage pour ne pas le voir. Ce geste leur valut d'être maudits par leur père (genèse, 9-22 à 27). A la lecture de ce récit, on en a déduit un peu hâtivement que Noé était un homme ivre, au sens péjoratif de ce terme bien sûr. C'est oublier que la nudité symbolise la vérité, la pureté, la simplicité. L'homme nu se montre tel qu'il vient au monde, tel qu'il naît et apparaît sur Terre, tel qu'il était avant le fameux péché originel. Ainsi, si Noé maudit ses fils qui se refusent à le voir tel qu'il est après avoir bu du vin, c'est parce qu'il considère que sa descendance se refuse à voir la vérité toute nue, l'homme tel qu'il est. C'est ainsi que le vin fut perçu comme un breuvage magique et sacré, dont les propriétés permettent à l'homme d'accéder au divin, d'atteindre à la vérité suprême, de se monter sous son vrai jour, sans fausse pudeur, sans hypocrisie ni tricherie. In vino veritas, dit Alcibiade dans le banquet de Platon : la vérité est dans le vin (traduit par Émile Chambry, éditions Garnier-Flammarion, 1964). Le vin devint donc le symbole de l'essence de la vie et, comme tel, fut assimilé au sang humain. Mais la soif d'ivresse inhérente à l'homme, qui aspire au bonheur et à l'extase, a toujours coexisté avec sa crainte de la vérité. Qui plus est, depuis que l'humanité existe, l'Histoire témoigne que la vérité et la justice ont trop rarement prévalu. Dès lors le vin, tout en conservant son caractère sacré, fut toujours considéré comme un produit dangereux, auquel l'accoutumance, en plus d'incliner à tous les excès, peut-être mortelle. Bien sûr, il faut ici faire la nuance entre l'ivresse, le ravissement, l'extase ou le bien-être que procure une sobre consommation de ce merveilleux breuvage, et l'état d'excitation et d'euphorie artificielle dans lequel est plongé celui qui a bu trop d'alcool et n'est plus lui-même. C'est toute la différence qui existe aussi entre l'ivresse de l'amour, qui rend bon et tolérant, et les passions dévorantes qui aveuglent et inclinent à l'intransigeance et à la colère. Rêver que l'on boit du vin avec modération est souvent un signe de joie, d’enthousiasme, de bonne vitalité, de bien-être. Mais cela peut-être aussi le signe d'une soif de vérité et de justice, comme nous l'avons vu. En revanche, celle ou celui qui se sent en état d'ébriété dans un rêve, après avoir bu, ou en buvant du vin en quantité, peut considérer qu'il n'est plus lui-même, qu'il se laisse emporter dans le tourbillon vertigineux de ses relations, de ses affaires, de ses idées peut-être. Il ou elle est en train de perdre le contrôle de sa vie. Il se laisse griser par des activités ou par le monde extérieur, qui le détournent de lui-même. Être entouré de vignes ou participer aux vendanges dans un rêve est révélateur des joies et du bonheur potentiels dont le rêveur dispose, et qu'il doit cueillir ou vendanger en lui-même. Il doit se réjouir, lui dit son rêve, car tout ce qu'il cherche est à la portée de sa main."

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D'après Laurence Gardner, dans L’Énigme du Graal, les héritiers cachés de Jésus et Marie-Madeleine (édition française 2013),


"De manière notable, l'Encyclopédie catholique confirme que le thème le plus récurrent dans les motifs picturaux des catacombes est la vigne ou la grappe de raisin. Dans l'Ancien Testament, plus précisément dans le Psaume 80, la souveraineté d'Israël est allégoriquement présentée sous la forme d'une vigne croissante. Pour cette raison, le raison et la vigne ont souvent été utilisés dans l'art pour traduire la vie, la croissance et la progression générationnelle.

Dans toute la Bible et ce, dès le livre de la Genèse, on trouve des références permanentes à la vigne et à la descendance, avec notamment la répétition de l'expression : "Sois fécond et multiplie-toi." Dans Isaïe 5 :7, Israël et la maison royale de David sont décrits comme le "plant qu'Il [le Seigneur] chérissait". Et dans Jean 15 :1, en faisant allusion au fait qu'il descende du roi David, Jésus dit : "Je suis la vraie vigne." C'est pour cette raison qu'en termes de représentation artistique allégorique, Jésus a souvent été associé à un pressoir à vin.

La vigne n'était pas seulement le symbole le plus représenté par les premiers chrétiens. Lavigne et le raisin (le fruit et la graine de la vigne) demeurèrent, pendant des siècles, les symboles de l'église ésotérique de Jésus qui perdura en dépit de la vaste domination catholique. La coupe (ou calice) fut un autre symbole majeur, fréquemment associé à la vigne. La pertinence de ce symbolisme est étudié plus en détail dans un prochain chapitre, mais, en termes simples, ces représentations sont des allusions au sang éternel de Jésus comme il l'a lui-même déterminé en passant la coupe de vin à ses apôtres lors de la Cène. En cette occasion, Jésus fit remarquer qu'il offrait "le fruit de la vigne" en disant "Ceci est mon sang". Cette imagerie est synonyme du sacrement ecclésiastique familier de l'Eucharistie : la communion rituelle du calice et du vin.

Il n'est pas surprenant que le christianisme ait hérité du symbolisme de la coupe et du raisin, parce que la Foi chrétienne est issue du judaïsme nazaréen dont ils étaient des symboles communs. On les voit déjà sur des pièces de monnaies judéennes du 1er siècle avant notre ère et il ne fait aucun doute qu'ils devaient être familiers pour Jésus et ses disciples. Les mêmes motifs ont été réutilisés pour des pièces modernes israéliennes. En termes israélites, le calice représentait la coupe du omer utilisés pour la cérémonie dans le Temple (un omer étant une unité de mesure).

Hors de l’Église catholique, le calice et le vin (tels que les héritiers du christianisme originel les ont déterminés) furent semblablement reliés au sang pérenne de Jésus, mais en termes plus explicites. Ils symbolisaient une vigne poussant du roi David jusqu'à Jésus et au-delà, à travers ses descendants - une progression de la lignée royale étendant ses branches comme le livre d’Ézéchiel 19 : 10 la définit, quand il dit : "Ta mère était, dans ton sang, comme une vigne, auprès des eaux. Elle était féconde et chargée de branches." La même terminologie fut utilisée dans la geste épique du Saint Graal. Dans le Parzival, du chevalier bavarois du XIIe siècle, Wolfram d'Eschenbach, il est dit de la reine du Graal qu'elle "portait la perfection du paradis terrestre, une chose à la fois racines et branches, que les hommes appelaient le Graal"."

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Ogham :


Lire la fiche dédiée à l'Ogham Muin.

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Mythes et légendes :


Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), la vigne (vitis vinifera) provoque "une ferveur internationale".


Prophéties en musique : Drelin, drelin ! dans les vignes alsaciennes lourdes de grappes, des sons de clochettes résonnent à l'approche des vendanges. C'est le Schallemannele ou "bonhomme aux sonnettes" qui, fidèle à ses habitudes, parcourt les rangées en tâtant les raisins. Contrairement à ses cousins travaillant dans les mines, ce nain apprécie de vivre à l'air libre. Il passe le plus clair de sont temps à surveiller et à protéger les vignes, plus particulièrement celles de collines d'Ettendorf. Lorsque le raisin arrive à maturité, le Schallemannele presse quelques grains pour en boire le jus. S'il est satisfait, le bonhomme reprend joyeusement sa marche en faisant tintinnabuler de petites cloches d'argent accrochées à sa jaquette rouge. Mais si la récolte s'annonce décevante, il s'assied ou traîne tristement les pieds devant les ceps. Quant aux clochettes, elles émettent avec peine de faibles sons désenchantés...

Toujours en Alsace mais à Brunstatt, un peu plus au sud, c'est un autre musicien qui arpente les vignes. Wigigerle, tel est son nom, est également appelé "le petit violoneux". Si la vendange promet d'être abondante, il joue un air gai et enjoué. Et, de l'intérieur de la montagne, s'échappent des bruits de danse et de verres s'entrechoquant. En revanche, si l'année n'est guère propice, un silence s'étend sur les vignes, entrecoupé de temps à autre par des notes dissonantes et chagrines tirées du violon de Wigigerle.


Un vin répulsif : Si, à l'instar des Anglais, vous souhaitez vous préserver des elfes, concoctez la recette suivante. Mélangez de la myrrhe broyée, de la poudre d'agate et de l'encens blanc dans une bouteille de vin. Jeûnez toute une nuit et buvez votre préparation durant trois matinées d'affilée. Si vous persistez à voir des elfes et autres visions plus inquiétantes, il faudra peut-être penser à réduire votre consommation de vin...


D'étranges cavistes : Dans le comté irlandais de Munster, vivent les Cluricaunes. Quand ces lutins ne passent pas leur nuit à chevaucher vaches et chiens jusqu'à les épuiser, ils s'attardent volontiers dans les caves des auberges et des maisons, près des tonneaux remplis d'alcool. Ils veillent aimablement à ce que les barriques restent bien hermétiques mais ne perdent jamais une occasion de goûter la bière, le whisky ou du vin importé ! Leur reprocher cette manie serait toutefois déplacée car, outre la protection des fûts, les Cluricaunes s'adonnent au ménage dans les maisons. Les Italiens n'ont pas cette chance et doivent supporter, tant bien que mal, le lutin Salvanello. Ce dernier s'occupe des chevaux, plus ou moins bien d'ailleurs selon son humeur... Mais il lui arrive parfois de transformer le vin en vinaigre. Inutile de vous dire que sa plaisanterie n'est guère appréciée !


Merci qui ? La grappa est une eau-de-vie traditionnelle de l'Italie du Nord, élaborée à partir de marcs de raisin. Une fois les fruits pressurés, on récupère les peaux, rafles et pépins pour les distiller. Selon la légende, les Guriùz, des nains cavernicoles taquins et chapardeurs, auraient inventé la recette de cet alcool très appréciée."

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Littérature :


Jules Renard, dans ses Histoires naturelles (1874), ne présente pas uniquement des animaux familiers mais décrit également quelques végétaux :

La vigne


Tous ses ceps, l’échalas droit, sont au port d’armes. Qu’attendent-ils ? le raisin ne sortira pas encore cette année, et les feuilles de vigne ne servent plus qu’aux statues.

Dans Le Livre des Fleurs (Librairie philosophique J. Vrin, 1989), Georges Ohsawa (Nyoiti Sakurazawa) tente d'initier les Occidentaux à cet art ancestral particulièrement subtil qu'est celui des fleurs et des bonsaï. Il propose ce haïku qui célèbre le raisin :

Les perles de rosée aussi

Ont droit de se ranger

Parmi les raisins, ce matin.

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Dans L'Archipel du Chien (Éditions Stock, 2018) Philippe Claudel ouvre le roman sur la description de l'île du Chien et de ses habitants :


"Le vin de l'île est un rouge lourd et sucré né d'un cépage qui ne pousse qu'ici, le muroula. Les baies de ses grappes ressemblent à des yeux de pie : petites, noires, brillantes, dénuées de pruine. Vendangé vers la mi-septembre, le raisin est disposé ensuite sur les murets des vignes et des vergers de câpriers, protégé des oiseaux par de fins filets. Il y sèche durant deux semaines avant d'être pressé, puis on laisse fermenter le jus dans la pénombre de caves étroites et longues, creusées sur les flancs du Brau.

Quand plus tard le vin est mis en bouteille, il a pris la couleur d'un sang de taureau. On ne peut voir la lumière à travers lui. il est fils des ténèbres et du ventre de la terre. Il est le vin des Dieux. Quand on y trempe les lèvres, c'est le soleil et le miel qui viennent dans la bouche et coulent dans la gorge, et aussi le gouffre sans fond de l'envers du monde. Les vieux avaient coutume de dire en le buvant qu'ils tétaient en même temps le sein d'Aphrodite et celui d'Hadès."

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