Blog

  • Anne

L'Hellébore



Étymologie :

  • ELLÉBORE, HELLÉBORE, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1215-45 elebore « plante médicinale » (Pean Gatineau, St Martin, 387 ds T.-L.), réputée pour soigner la folie (cf. Rotrou, Clarice, I, 5, éd. 1820 des Œuvres, t. IV, p. 362 ds IGLF : Si vous voulez guérir, prenez de l'ellébore : C'est, à ce que l'on dit, le remède des fous), ceci étant plus connu à cause de La Fontaine (Le Lièvre et la tortue, Fables, VI, X). Empr. au lat. class. (h)elleborus, lui-même empr. au gr. ε ̔ λ λ ε ́ β ο ρ ο ς désignant une plante médicinale employée notamment pour soigner la folie (André Bot.), v. aussi aliboron.

Étymol. et Hist. 1564 (Ch. Estienne, L'Agriculture et Maison rustique, l. II, chap. 33). Emprunté au lat. veratrum : « ellébore ».


Lire également la définition des noms Ellébore et Vérâtre afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Helleborus niger : Aliborgne ; Demoiselle ; Ellèbre ; Griffes du diable ; Herbe à la brochure ; Herbe à la rage ; Herbe à l'encœur ; Herbe à sétons ; Herbe au fi ; Herbe aux bestiaux ; Herbe aux bœufs ; Liboûre ; Marsioulé ; Machère ; Pied de griffon ; Pisse-à-chien ; Poumillière ; Pousse-neige ; Queue au loup ; Racine des Anciens ; Rage au loup ; Rose de loup ; Rose de Noël ; Rose des neiges ; Véraire noir ; Vérart ;

*

*




Botanique :

Lire la fiche extraite du site Tela Botanica.

 

L'Hellébore est associée à un souvenir d'enfance précis et surtout à une personne qui est resté un mystère pour moi. En effet, c'est Gustave, paysan de Verrens-Arvey, un vieux garçon qui était notre voisin, qui m'a montré pour la première fois une hellébore sauvage.

Pour moi, c'était magique de voir dans la nature, "pour de vrai", une plante dont je n'avais entendu parler jusqu'alors que dans une poésie apprise à l'école, la fameuse fable du Lièvre et de la Tortue ! (le savoir de la maîtresse avait encore du prestige à mes yeux à l'époque...) D'autant plus qu'il s'agissait d'une plante liée à une forme de folie que, je ne sais pas pourquoi, je n'arrivais pas à voir de manière négative.

Pour ce joli souvenir, j'ai une pensée attendrie et sincère pour Gustave qui a vécu et est mort dans une grande solitude, en tout cas, c'est l'idée que j'en avais...

 

Dans "Confusion lors de cueillettes de plantes médicinales." (In :Bulletin du Cercle vaudois de botanique., 2003, vol. 32, p. 17-22) André Dolivo relève une confusion fréquente qui concerne l'Ellébore :


Les propriétés cardiotoniques des ellébores (Helleborus foetidus, Helleborus niger, Helleborus viridis, renonculacées) ne sont plus mises à profit en raison de leur forte toxicité. Selon FLUCK et MOESCHLIN (1958 p. 13), « La plupart (des empoisonnements) se produisent parce qu'on a confondu l’Hellébore avec d'autres plantes… Si l'empoisonnement est grave, le pronostic est mauvais ». Un cas de confusion avec Cardamine heptaphylla (brassicacées) s’est produit en Italie (BRUNETON 2001 p. 439).

*

*




Vertus médicinales :


Pierre-Joseph Buchoz, médecin de Monsieur et auteur de Etrennes du printemps, aux habitans de la campagne, et aux herboristes, ou pharmacie champêtre, végétale & indigène, à l'usage des pauvres & des habitans de la campagne (Lamy libraire, Paris, 1781) recense les vertus médicinales des plantes :


Racine d'Ellebore blanc. Cette racine pulvérisée est un excellent sternutatoire ; on l'associe avec le Tabac, & on en fait usage dans le cas d'apoplexie imminente. Cette même racine en poudre, depuis trois grains jusqu'à six, est purgative.


Racine d'Ellébore noir. C'est la base des pilules toniques de M. Bacher. On s'en sert plus communément en guise de féron.

 

Alfred Chabert dans De l'emploi populaire des plantes sauvages en Savoie (in Bulletin de l'Herbier Boissier, Vol. III, nʻ5-6-7, sous la direction de Eugène Autran, Genève, 1895) évoque ainsi l'Hellébore :


Contre la folie : Décoction de rhizome de coyons de leu (testicules de loup, ainsi nommé à cause de la forme du fruit), Helleborus faetidus. Était fort employée, il y a quelques vingt ans, par un médicastre des environs de Chambéry, et paraît-il, avec quelque succès, jusqu'au jour où confondant l'hystérie avec la folie, il en administra une forte dose à une jeune fille hystérique qui en mourut. L'éllébore est un violent purgatif drastique très dangereux.

[...]

Certaines plantes douées de propriétés très dangereuses ne se rencontrent en Savoie qu'auprès des habitations isolées : Helleborus viridis, Ruta graevolens, etc. Elles sont donc ou ont été cultivées.

*

*




Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Dans le Gard, pour éloigner de l'écurie des porcs les animaux malfaisants, et ceux qui ont le mauvais œil, on y suspend un pied d'hellébore arraché au bord du chemin ; dans la Lozère, l'hellébore noir accroché aux rateliers, aux mangeoires écarte les serpents suceurs et les salamandres dans la Côte-d'Or l'hellébore ordinaire est mis dans les étables pour purifier l'air et empêcher les maladies dans les poulaillers pour éloigner la vermine.

*

*




Symbolisme :


Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Ellébore - Bel esprit.

C’était la fleur à la mode chez les poètes au siècle de Louis XIV.

 

Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


HELLEBORE (ELLÉBORE) – BEL ESPRIT.

Genre de renoncules elléborées, établi pour des plantes herbacées, dont le type est l'ellébore noir. Les anciens l'employaient comme un médicament perturbateur. Il possédait, disait-on, la propriété de guérir de la folie.


Souvent notre bonheur malgré nous s'évapore

Et nous aurions besoin tous , d'un grain d'ellébore. (REGNARD)

*

*

Emma Faucon, autrice d'un ouvrage intitulé Le langage des fleurs. (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) rapporte une équivalence du Calendrier de Flore :


Janvier. Ellébore noir

Les Romains faisaient présider au mois de janvier, Janus à qui il donnait des visages, l'un tourné vers l'Occident, l'autre vers l'orient, pour désigner l'année qui finit et l'année qui commence. Comme père du temps, il était le dieu des douze mois. Le retour de sa fête était l'époque où les sénateurs prenaient des habits neufs, où l'on nommait de nouveaux consuls et où se renouvelaient les faisceaux des licteurs.

Dans les contrées du nord de l'Europe il est d'usage que, pendant ce mois, les gens riches envoient de chauds vêtements dans les cabanes du pauvre, car :


Le chêne, des hivers tant de fois triomphant,

Le chêne vigoureux crie, éclate et se fend,

Le roi de la forêt meurt. Avec lui, sans nombre,

Expirent les sujets que protégeait son ombre.

*

*

Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), l'Hellébore a les caractéristiques suivantes :


On en connaît une douzaine d'espèces, mais les rites de magie en utilisaient essentiellement deux, aussi vénéneuses l'une que l'autre : l'Hellébore noir, dit Rose de Noël (Helleborus niger) et l'Hellébore oriental, appelé aussi Hellébore noir des Anciens (Helleborus orientalis).

Genre : Masculin

Planète : Saturne

Élément : Eau

Divinités : Forces souterraines de l'ombre et de la nui

Parties toxiques : Toute la plante.


Utilisations rituelles : Comme la Hollande est réputée pour les bulbes, Grasse pour les fleurs employées en parfumerie, une ville de l'ancienne Grèce était entièrement consacrée à l'Hellébore et à sa culture : Anticyre, sur le golfe de Corinthe. Ce n'étaient que champs d'hellébores dans toute la région. Pourquoi ?

Selon la tradition, les propriétés de cette plante auraient été découvertes par le médecin-magicien Anticyrus, lequel guérit Hercule-Héraclès de sa célèbre crise de folie par une cure d'Hellébore noir des Anciens. Rappelons les faits :

Héra - qui n'était pas à un tour près - trouble la raison du héros. Dans un accès de folie furieuse, Héraclès, croyant exterminer ses ennemis, perce de ses flèches sa propre femme et ses enfants. Quand il revient à lui, il tombe dans un profond désespoir et veut se tuer à son tour. Thésée survient et l'emmène à Athènes pour le purifier. Là, Héraclès rencontre Anticyrus qui lui propose sa cure d'Hellébore.

La renommée du médecin-magicien était faite. On lui éleva un temple, on donna son nom à une ville. Une fête annuelle de l'Hellébore fut instaurée. Durant toute l'Antiquité gréco-romaine, la meilleure qualité d'Hellébore venait d'Anticyre.

Utilisations magiques : Les Anciens s appuyèrent évidemment sur ce cas difficile entre tous, et employèrent l'Hellébore sous diverses formes pour combattre la folie. On s'en servait aussi beaucoup dans les rituels d'exorcisme. En effet, toutes les forces obscures de l'ombre et des royaumes souterrains ne sont pas forcément nuisibles ou malveillantes : autrement dit, on combattait le feu par le feu...

La « Rose des neiges » fait aussi partie de ces produits qui provoquent les projections astrales... J’allais oublier le principal : en marchant, dispersez devant vos pas de la poudre de racine d'Hellébore. Vous deviendrez invisible.

Les magiciens modernes ont abandonné cette plante intéressante mais trop dangereuse à manipuler. Son rhizome contient deux glucosides excessivement vénéneux : l'helléborine et l'helléboréine. Même les feuilles et les fleurs sont nocives. Il faut se laver abondamment avec un savon désinfectant si l'on a touché une partie quelconque de l'Hellébore noir ou oriental.

*

*

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Les Anciens ont attribué à cette plante toxique, à feuilles en éventail, qui fleurit l'hiver, le pouvoir de calmer les cerveaux atteints de folie. C'est grâce à elle qu'Anticyrus, le premier à l'avoir utilisée pour cette affection, guérit Héraclès, frappé de démence par Héra et qui, dans une crise violente, avait tué ses enfants. D'après Suétone, Caligula n'hésita pas à mettre à mort un prétorien, jugé incurable après qu'une cure d'ellébore n'eut eu aucun effet sur son état. Cependant, les deux autorités que sont Hippocrate et Galien ne s'accordent pas sur cette propriété, reconnue par le premier mais niée par le second.

Cette superstition a perduré, certains affirment qu'ils faut administrer la plante aux gens atteints de folie, mais aussi aux épileptiques, aux victimes de la rage et même aux possédés. Les enfants qui en mangent le matin à jeun voient quant à eux leur intelligence se développer tandis que les mélancoliques remédient à leur été en en portant sur eux une racine. Relevons que La Fontaine, dans sa célèbre fable du Lièvre et la Tortue, fait conseiller par le lièvre à son adversaire la tortue d'absorber des grains d'ellébore. Jadis, on croyait faire ressusciter un scorpion qui venait de mourir en le frottant avec cette plante.

En outre, les pieds de l'ellébore pendus aux poutres des porcheries, aux rateliers ou aux mangeoires, chassent les animaux malfaisants, serpents ou salamandres, et les personnes qui ont le mauvais œil (dans le Gard et en Lozère). Dans les poulaillers, elle protège de la vermine, et dans les étables, elle purifie l'air et empêche les maladies (en Côte-d'Or). Dans le Languedoc, on en met dans l'oreille des animaux malades.

L'ellébore noir (ou "rose de Noël" car il fleurit sous le gel), considéré en astrologie comme une plante malfaisante, provoque calomnies et mauvaise réputation. Celui qui se risque à le cueillir tombera dans un état de tristesse. Il sert en outre, avec des grains de tournesol, de haschich, des fleurs de coquelicots et de cannabis, cuit dans du saindoux, à composer un "onguent de sorcière" qui, passé sur tout le corps, provoque des rêves et hallucinations sataniques. On dit également que répandre de la poudre d'ellébore devant soi rend invisible. L'ellébore blanc guérit de la lèpre et protège la grossesse. Toutefois, mis dans un vase, il attire la foudre.

Selon Théophraste, la récolte de l'ellébore provoque aussitôt des maux de tête, à moins d'avoir pris la précaution de manger de l'ail et de boire du vin. Avant de la cueillir, observez cette plante : si elle porte quatre touffes, la moisson sera bonne ; trois touffes annoncent une année médiocre et deux sont de très mauvais augure. Par ailleurs, apercevoir un aigle lorsqu'on arrache de l'ellébore noir conduit tout droit à la mort.

*

*

D'après les Leçons d'elficologie, Géographie, Histoire, Leçons de choses (2006) de Pierre Dubois, Claudine et Roland Sabatier,


"L'hellébore noire ou rose de Noël (Helleborus niger) s'épanouit au solstice d'hiver et puise ses sucs précieux dans les entrailles glacées de la Vieille [femme de l'hiver] pour en extraire la floraison miraculeuse d'un printemps au milieu des jours sombres. Par sa lumineuse buissonnance, elle symbolise la renaissance et annonce le retour de Flore. [...]

L'Hellébore fétide (Helleborus foetidus L.) : aux fleurs teintes de vert et ourlées de liserés rouge sombre, contrairement à son nom, répand un parfum envoûtant dont se servent les Nymphes engourdies par le froid pour attirer vers elles les jeunes gens et s'en réchauffer."

 

Selon Pierre Dubois et René Hausman qui ont respectivement écrit et illustré L'Elféméride, Le grand légendaire des saisons - Automne-Hiver (2013),


"Il existe de nombreuses sortes d'hellébore, toutes aussi belles, charmeuses et mystérieuses les unes que les autres : l'hellébore des anciens ou vératre blanc, l'hellébore vert, l'hellébore orientalis aux fleurs rosées, l'hellébore fétide aux fleurs en clochettes vertes ourlées de carmin au parfum envoûtant et que l'on surnomme à raison "pied de griffon"... et l'hellébore noir, ou rose de Noël, fleuri d'étoiles blanches... aux vertus fabuleuses quoique vénéneuses. Parce qu'elle puise sa force au cœur même des ténèbres, sa racine est extrêmement puissante. Les alchimistes, astrologues, mages, sorciers, savants-des-herbes, l'ont utilisée qui comme poison, qui pour guérir la mélancolie, les convulsions, le haut mal, les possessions, et guérir le bétail."

*

*




Mythologie :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


HELLEBORE. — On a assimilé avec le veratrum album (hellébore blanc) le melampodium, l’herbe que Mélampe aurait, dit-on, employée pour guérir la folie de la fille de Prétus C’est pourquoi les anciens disaient qu’il fallait administrer l’hellébore aux fous. D’après Macer Floridus, l’hellébore blanc préserve de l’avortement et guérit de la MYTHOLOGIE DES PLANTES 166 lèpre. Le récit de Pausanias (X) au sujet de l’hellébore a toutes les allures d’un conte. Les Cirrhéens assiégeaient la ville ; Solon conseilla de jeter de l’hellébore dans l’eau du fleuve Pliste ; les Cirrhéens, en buvant de cette eau, furent atteints d’une forte dysenterie qui les força à abandonner le siège.

Le médecin Piperno (De Magicis Affectibus, Naples, 1635) recommande l’hellébore avec accompagnement d’exorcismes, comme l’un des remèdes contre la surdité causée par quelque sorcellerie :


Obtusum faciat si auditum crassier humor,

Vel flatus sonet et surdastra sibilus aure,

Demone causatum cum Magi mente maligna.


« Dicat prius exorcista ter in aure : Christus Jesus vincit, Jesus Christus regnat, Jesus Christus imperat ; exi tu, peracta confessione et sancta communione, celebrato Medico regimine et purgationibus scriptis cap. I et VI ; non obliviscare uti helleboro, vel cucumere asinino, castoreo, sthyrace, raphano, isopo, iunipero, ireo, nitro, serpentaria, cyclamine, vermibus terrae, quibus vel fit oleum, vel extrahitur succus, vel extractum, vel pilulae prius benedictae. » En Toscane, l’helleborus viridis est appelé erba nocca ; près de Pavie, simplement erba ; ailleurs, erba dragona. Les paysans toscans qui tiennent encore aux anciennes croyances superstitieuses observent l’erba nocca comme un excellent horoscope pour l’agriculture. La récolte sera bonne si l’hellébore a quatre touffes, médiocre s’il en a trois, mauvaise s’il n’en a que deux.

*

*

A. Foucaud dans un article intitulé "Sur l'ellébore des Anciens." paru In : Revue d'histoire de la pharmacie, 48ᵉ année, n°165, 1960. pp. 328-330, rappelle les légendes associées à l'hellébore :


Une précision intéressante est toutefois fournie par Dioscoride qui la désigne par les termes [en grec dans le texte], qui font allusion à la couleur des parties souterraines de la plante, le second ayant donné son nom au berger baptisé parfois aussi devin et médecin Mélampode (Melampus), qui aurait le premier révélé les vertus de l'ellébore. Ayant remarqué que le lait de ses chèvres devenait purgatif quand elles avaient brouté de l'ellébore, Mélampe sut en faire boire aux trois filles de Pontus, roi d'Argos : Lysipe, Iphinoë et Iphianassa devenues folles par suite de la colère de Bacchus. Ces Proetides qui, nous conte Virgile dans la sixième Bucolique, se croyaient changées en génisses et couraient à travers champs en poussant des beuglements, auraient été ainsi délivrées de leur démence.

Cette réputation de la plante est confirmée par la légende selon laquelle Hercule devenu subitement furieux fut apaisé au moyen d'ellébore par un habitant de l'île d'Anticyre. De son côté, Pline raconte que le tribun Drusus fut guéri en ce même lieu du mal caduc. C'était là, en effet, que se trouvait la drogue la plus renommée, d'où l'expression d'Horace : Anticyrami navi- gare qui, pour les uns, exprime le fait d'avoir l'esprit égaré, et pour d'autres rappelle les guérisons merveilleuses obtenues à Anticyre.

*

*

Selon Louis Deroy, auteur de "Jeux de mots, causes de légendes" ( paru in Revista Letras. 11. 10.5380/rel.v11i0.19907, nov. 2010), certains mythes seraient issus de jeux de mots, par exemple étymologiques, plutôt que de réalités botaniques :


La légende grecque voulait que le grand Héraclès fut mort empoisonné pour avoir revêtu une tunique de cérémonie que sa femme Déjanire lui avait remise. Pour expliquer cet accident, les mythographes ajoutent que Déjanire avait préalablement imprégné la tunique d'un violent poison, croyant qu'il s'agissait d'un philtre d'amour, comme le lui avait dit trompeusement le centaure Nessus. Je pense que cette justification a été introduite après coup. Il est tout à fait possible, en effet, qu'à l'origine du mythe, on ait joué simplement sur l'homonymie de deux mots, l'un désignant un très fin tissu de lin employé pour confectionner des vêtements de dessous recherchés, l'autre étant le nom d'une redoutable plante vénéneuse à la saveur brûlante, Probablement l'hellébore blanche. Ainsi, à I'insu de l'innocente Déjanire, la "tunique de lin léger" était en même temps une "tunique empoisonnée". Nessus n'avait rien à faire primitivement dans cet épisode, à moins justement que le méchant conseil qu'il donna à Déjanire pour se venger, n'ait été, sous sa forme première, de donner à Héraclès un [mot grec]. On comprend mieux ainsi que Déjanire ne se soit pas méfiée. Dans la version classique, l'auditeur avait le droit de se demander comment Nessus, mourant en sa fonction de passeur, avait eu le temps de confectionner et de remettre à Déjanire, sous le regard courroucé d'Héraclès, cet étrange philtre composé de sperme et sang, et comment Déjanire avait pu le conserver et s'en servir aussi naïvement. Le jeu de mots, au contraire, qu'il ait été grec ou déjà préhellénique, était réputé irrémédiablement trompeur. Nous retrouvons, dans la version du mythe que je crois la plus ancienne, la malice qui caractérise aussi les meilleures réponses des oracles grecs.

*

*




Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque l'Hellébore :

29 mars

(Fontaine-la-Verte)


Je passe sous les fourches caudines du grand chêne abattu et j'emprunte le sentier de la forêt. Espace inspiré... Des hêtres aux racines géantes déterminent un alvéole au cœur duquel fleurit un congrès d'hellébores.

L'hellébore fétide m'a toujours semblé une chimère. Il résulte de la greffe de deux végétaux différents. D'un côté, des feuilles obscures et griffues comme des mains de sorcière. De l'autre, une tige et des fleurs du vert le plus tendre. Chaque corolle a l'aspect d'une jupe-cloche aux ourlets tachés de pourpre. Qui jette un œil coquin sous ce vêtement distingue un jupon d'étamines et trois carpelles musclés comme des jambes de danseuse. Ne convient pas de pousser plus loin la comparaison : les nectaires crachent un liquide d'une affolante puanteur.

*

*


1 145 vues

Posts récents

Voir tout