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  • Anne

Le Blé



Étymologie :

  • BLÉ, subst. masc.

Étymol. ET HIST. − 1. 1100 blet « céréale dont le grain sert à l'alimentation » (Roland, 980 dans T.-L.) ; 1160-74 blé (Wace, Rou, III, 5150, ibid.) ; 1231 blef (Ch. de Morv.-s.-Seille dans Gdf. Compl.) ; 1160 « champ de céréales » (Wace, Rou, II, 1026 dans T.-L.) ; d'où 1546, proverbe, manger son bled en herbe « dépenser d'avance son revenu » (Rabelais, Le Tiers Livre, éd. Marty-Laveaux, II, p. 21) ; 1160 « grain » (Benoit, Ducs de Normandie, éd. C. Fahlin, 578) ; 2. 1248, désigne une sorte de céréale, prob. le froment (Cart. Compiègne, 2, 349 d'apr. O. Jänicke, Die Bezeichnungen des Roggens in den romanischen Sprachen, Tübingen 1967, p. 134) ; 1690 (Fur. : On dit proverbialement, crier famine sur un tas de blé) ; 3. p. ext. se dit de graminées distinctes du froment, ici le seigle d'apr. Jänicke, op. cit., p. 134 ; 1530 (Bourgoing, Bat. Jud., II, 40 dans Gdf., s.v. fromenter). De l'a.b. frq. *blād « produit de la terre » (REW 3, n°1160 ; FEW t. 151, p. 126 ; EWFS2) que l'on peut déduire du m.néerl. blat « récolte, produit de la récolte ; jouissance d'un capital » (Verdam) et de l'ags. blēd, blǣd « produit, récolte », 1225 dans MED, ces mots remontant à la racine i.-e. *bhlē- « fleur, feuille, fleurir » (IEW t. 1, p. 122 ; v. aussi Falk-Torp, s.v. blad). Dans le domaine gallo-roman, le mot est attesté sous la forme du plur. collectif neutre blada, fin viie s. (Formulae andecavenses, form. 22, cité par Jänicke, op. cit., p. 136) au sens de « récolte, produit de la vigne », même sens en 947, au sing. (Roussillon, ibid., p. 137) ; l'évolution sém. de bladum, du sens de « récolte » à celui de « céréale, blé » n'est pas encore très sûre au début du ixe s. dans le Polyptyque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, éd. Longnon, II, p. 348 (in blado mittit operarios x.) où bladum est interprété « messis » par Aebischer (Les Dénominations des « céréales », du « blé » et du « froment » d'après les données du lat. médiéval dans Essais de philol. mod., Paris, 1953, p. 85) et « céréales, blé » par Jänicke (op. cit., p. 137) ; l'évolution de sens est relevée avec sûreté ca 1000 dans une charte de l'abbaye de Cluny (éd. Bruel, t. 5, 1894, p. 140 dans Aebischer, loc. cit., p. 85). Le mot gallo-roman est parvenu au sens de « céréales, blé » au xe s. en Catalogne (967, Cartulaire roussillonnais, éd. Alart, 12, p. 26 dans Glossarium médiae latinitatis Cataloniae : bladum) et au xie s., par les grandes routes alpines, en Italie du Nord, v. Aebischer, loc. cit., p. 91 et Jud dans Z. rom. Philol., t. 49, 1923, p. 410 (1028 à Gênes, 1054 à Milan, Aebischer, loc. cit., p. 91 : blava). En a. fr., à côté des formes blet et blé, se rencontre la forme blef (originaire des dial. de l'Est, v. exemples localisés dans FEW, loc. cit., p. 137, note 71) ; de même à côté de blee « céréales, blé » (xiie s. Aliscans dans T.-L. ; du lat. blada, plur. collectif neutre, « céréales », 1183, Cart. Amiens, 1, 92 dans Jänicke, op. cit., p. 142) se rencontre la forme blave « grains, blé » (ca 1500 dans Gdf.) ; et à côté de l'a. fr. embläer « ensemencer » (1200-10 G. de Dole dans T.-L.), le verbe emblaver. Parallèlement, en ital., à côté du type de lat. médiév. bladum, blada de l'Italie centrale (1009, 1012, Farfa en Sabine d'apr. Jänicke, op. cit., p. 138 ; d'où l'ital. biada « fourrage, céréales, spécialement avoine », xiiie s. dans Batt.), existe la variante lat. de l'Italie du Nord blava (Gênes 1028, supra ; d'où l'ital. du Nord biava, blava, Jänicke, p. 141, frioulan blave, DEI). Ces formes en -v- (> -f) s'expliquent à partir de bladu, blada (coll.) devenus régulièrement *bla δ u, bla δ a puis avec développement de [v] bilabial par assimilation de [δ] avec le b précédent : *blavu, *blava (Fouché, p. 601). Étant donné que les plus anc. formes rom. de type bladum supposent un étymon en -t- ou en -d-, les étymons celtique *blavos ou lat. flavus (Ulrich dans Z. rom. Philol., t. 29, p. 227 ; v. aussi ibid., t. 3, p. 260, note 1) ne peuvent convenir. Le part. passé substantivé ablatum du lat. auferre « emporter », avec phénomène de déglutination (DIEZ5, p. 50), se heurte à des difficultés chronol., ce verbe ayant trop tôt disparu au profit de portare pour que le maintien du part. passé soit à envisager. L'étymon celtique *mlato « farine », à rattacher à molitum, part. passé du lat. molere « moudre » (Jud dans Z. rom. Philol., t. 49, pp. 405-411) fait difficulté du point de vue sém., l'évolution de sens normalement attendue étant « céréale » > « farine » et non l'inverse.

  • FROMENT, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1121-34 grains de furment (Ph. de Thaon, Bestiaire, 869 ds T.-L.). Du lat. class. frumentum « céréale, grain ; blé ».


Lire aussi les définitions de blé et froment pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :

Lire la fiche Tela Botanica sur le blé.

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Plusieurs récits racontent en quelles circonstances des plantes ont subi, postérieurement à la création, des changements notables. Ceux qui s'attachent au blé ont été inspirés par la disproportion qui existe entre le chaume de cette céréale et sa graine; d'après le thème le plus ordinaire, tout en poussant aussi haut qu'aujourd'hui, il n'était qu'épi ; Dieu l'a réduit à sa dimension actuelle pour punir les humains de leurs péchés ou de leur paresse. Les paysans des environs d'Ollioulles. (Var), disent que les hommes, devenus riches sans effort, employaient le pain aux usages les plus vils. Le bon Dieu en ayant été informé, descendit sur terre avec l'archange Gabriel, et dans la première maison où ils entrèrent, ils virent une jeune femme qui essuyait avec du pain les ordures de son nourrisson. Dieu irrité s'approcha d'une plante de blé, saisit let tige entre le pouce et l'index, à ras de terre, et en tirant fit tomber les grains de l'épi en allant de bas en haut ; il allait arriver à l'extrémité du chaume, lorsque l'ange s'écria « Bon Dieu, laissez-en au moins quelques grains pour les pauvres de Jésus-Christ ! » Dieu touché de cette prière s'arrêta au moment où il ne restait plus que quelques grains à l'épi.

D'après une légende du Morbihan, les grains de blé commençaient aussi au bas de la tige, et les hommes coupaient la paille en la frappant entre deux pierres aiguisées. Un paysan inventa la faucille ; Dieu qui passait parla saisit l'épi par en bas en disant : « Tu as voulu t'éviter de la peine, mais tu en auras autant qu'auparavant. Suivant !a tradition vosgienne, Dieu fatigué des crimes de l'homme, résolut de lui retirer cette plante nourricière. Le blé que tu cultives à la sueur de ton front, lui dit-il, ne te fournira désormais que de la paille, il ne te donnera plus de grains. Seigneur, dit l'un des anges, le chien et le chat ont-ils eu part aux crimes de leurs maires ? Non, répondit le Seigneur. - Alors nous te supplions de laisser au bout de la tige la part de grains que l'homme leur a réservée jusqu'à ce jour. » Le Seigneur y consentit, et c'est depuis que la tige de blé est longue et l'épi court. On raconte dans le Morbihan que les hommes étant devenus mauvais, Dieu saisit l'épi au ras de terre et rifla le chaume presque jusqu'au haut ; la Vierge à ce moment lui arrêta la main, et c'est grâce à elle qu'il est resté assez de grains pour la nourriture des chrétiens.

Des herbes ont été bénies ou maudites en raison des actes que leur attribuent des traditions qui parfois leur accordent une sorte d'animisme. La Vierge fuyant ta colère d'Hérode dit à un laboureur qui semait du blé d'aller chercher sa famille pour le couper. Le paysan sourit d'abord, mais il se laissa persuader, et quand il revint avec les siens, le blé était mûr. Il le faucha, et la Vierge se cacha sous les herbes avec son enfant, en recommandant au paysan de ne pas la trahir. Les tiges de blé n'étaient pas assez longues, et l'on apercevait un pan de son manteau mais les branches des sauges et des basilics qui l'entouraient se penchèrent, s'entrelacèrent et formèrent un faisceau qui protégea Marie. A quelques pas se trouvait une touffe de menthe ; tout à coup Hérode survient avec ses cavaliers, et demande si l'on n'a pas vu une femme et un enfant. « Si, répondit le laboureur, mais c'était au moment des semailles. - Alors elle doit être bien loin » dit Hérode, et il s'élança à sa poursuite. Heureusement, il n'entendit pas un geai, et une menthe qui disaient : « Sota la garberota ! sous la gerbe. » Il La mère de Jésus dit à la menthe :

Tu els rnenta y mentivis

Floriras y no granaras.


Tu es menthe, et tu mentiras toujours ; tu fleuriras, mais tu n'auras pas de graines. Puis s'adressant au basilic, elle lui dit :

Enfalgue, Deu te salvia,

Floriras y granaras.


Basilic, Dieu te sauve, tu fleuriras, et tu auras des graines. Depuis lors, il est la plante favorite des jeunes filles qui en accrochent un bouquet à leur corsage.

[...]

Au XVIIe siècle on préservait le blé de divers inconvénients en observant les pratiques suivantes Pour empêcher la nielle, le premier qui revient de la messe de minuit met à part une pellée de cendres. Celui qui revient de la messe du point du jour, de même que celui qui revient de la messe du jour en fait autant, puis ils mêlent ces trois pellées avec le blé des semailles prochaines d'autres, au retour de la messe de minuit, ferment la porte du logis sur eux, ramassent les cendres du Trefouer de la bûche de Noël et les mêlent avec les graines destinées à ensemencer les terres l'année suivante. On mêlait aussi à la semence de la chaux cuite entre l'Assomption et la Nativité de la Vierge. Dans la Brie, on prévenait la carie du blé en jetant des fragments de la bûche de Noël dans l'eau destinée à chauler. En Poitou des laboureurs saupoudraient leur semence avec la cendre du bûcher de la Saint-Jean.

[...]

La coutume, signalée au XVIIe siècle, de porter dans la nappe qui a servi le jour de Noël le blé de semence afin qu'il vienne mieux, est conservée en Périgord. Une pratique du Limousin était fondée sur une idée analogique pour avoir une bonne récolte, il ne fallait pas raser la première mesure prélevée pour emblaver ; de même que le laboureur ne s'était pas montré avare, de même le champ devait aussi se montrer généreux. Certaines époques sont nettement défavorables pour les semailles, et il en est de même qui sont pour ainsi dire tabouées à ce point de vue en Haute-Bretagne le blé mis en terre le jour des Morts ne germerait pas dans le Gers il dépérirait, ou s'il levait, il y pousserait beaucoup d'ivraie et il ne ferait que du mauvais pain.

[...]

La répugnance à semer lors de certaines fêtes semble fondée sur un jeu de mots le peuple établit une relation entre le nom du saint et la mauvaise qualité à laquelle esl exposée la plante à naître. C'est pour cela qu'au XVIIe siècle les laboureurs ne voulaient pas emblaver le jour Saint-Léger, de peur que le froment ne devint aussi léger ; en Lorraine celui que l'on sèmerait à la Saint-Bruneau serait noir et mauvais ; dans l'Albret les plantes semées ou plantées le jour Saint-Eutrope, en patois, Sant-Estropi, pousseraient « estropiées ». [...] Beaucoup de gens n'ensemencent pas pendant les Trécoles, qui sont en llle-et-Vilaine, les trois premiers jours de mai, les trois plus près du milieu, ou les trois derniers du mois, dans les Côtes-du-Nord, les trois premiers seulement le blé serait rabougri.

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Dans la Brie, au commencement du XIXe siècle, pour préserver le blé de la carie, on commençait à en enfouir en terre quelques grains le dernier vendredi de septembre, quelle que fût la petite quantité de la culture. Cette observance ne semble pas aussi motivée que celle de la Haute-Bretagne, où l'on dit que le blé semé le dernier jour d'octobre, vigile de la Toussaint, donne la meilleure farine, parce que tous les saints dont on célèbre la fête le lendemain viennent bénir les champs.

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Dans les Vosges, on obtient du bon blé ou de beaux légumes, en les semant le mardi, le jeudi ou le samedi avant midi, et en se tournant du côté où le soleil luit.

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En d'autres pays l'ensemencement est accompagné de gestes et de paroles qui ont parfois une forme fixe ; en Seine-et-Marne, celui qui sème du blé noir prend une poignée de grain, puis porte le pied gauche le premier en disant « Blé, je te sème, qu'il plaise à Dieu que tu viennes aussi saint et pur comme la sainte Vierge a enfanté Notre-Seigneur Jésus-Christ". En Hesbaye, le semeur, en entrant dans le champ, lance une forte poignée de grain en disant : Pô le mohon, ce qui doit garantir la moisson future du pillage des moineaux.

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Des actes accomplis en dehors des champs influent sur la bonne venue des plantes. En Limousin, le blé poussera mieux si, le soir du Carnaval, on répand sur le fumier une cuillerée de bouillon gras une branche de frêne qu'on y place à la Saint-Jean sera plus efficace que tous les engrais. En Poitou il est bon de faire des crêpes le jour de l'an pour que le blé réussisse, el à la fin des semailles, [...] les crêpes du jour de la Purification étaient destinées à empêcher la carie du blé ; en Beauce, celles mangées à la Saint-Antoine procurent beaucoup d'avoine. En Franche-Comté, on croit obtenir une abondante récolte de tous les biens de la terre en faisant cuire ensemble, le jour de Noël, des graines de toutes sortes.

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Le jour des Rois et dans certaines localités, celui de Noël, les enfants des montagnes du Jura font brûler sur un point élevé de petits fagots de bois ou même de paille, qu'ils appellent failles pendant qu'ils flambent, c'est à qui criera le plus fort « Failles, failles en lai que la dzerba faga lou quin » ;

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En Haute-Bretagne, si on va regarder son blé dans les champs avant le premier dimanche de mars, il sera exposé à ne pas pousser. Dans le Gers, c'est entre la Saint-Jean et la Saint-Pierre qu'on place les trois nuits où il fait le plus de progrès mais il est dangereux de vouloir s'en assurer. On trouva mort le lendemain un paysan qui s'était blotti dans ses blés la nuit qui suivit la Saint-Jean, pour marquer la hauteur des épis. Suivant la croyance de I'AIbret, en sept soirs, les trois derniers jours d'avril et, les quatre premiers de mai, le blé et le seigle croissent beaucoup plus qu'ils n'ont fait en sept mois.

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Il est vraisemblable que pour empêcher la récolte d'être foulée, on a fait peur aux enfants, peut-être aux adultes, de personnages mystérieux prêts à les punir. A Marbaix, dans le Brabant wallon, on leur recommande de ne pas jouer dans les blés, parce qu'il s'y trouve des hommes couchés.

[...]

Les moissonneurs, avant de donner le premier coup de faucille dans le blé, ou le premier coup de faux dans les prairies, ont sans doute fait quelques actes analogues a celui-ci, qui était usité au XV1° siècle et était pratiqué par le père de famille :

Puis premier qu'entamer la pièce, il va levant

La faucille, priant le grand Dieu qui tout donne

Qu'il lui fasse cest heur, que ses grains il moissonne,

Les serre dans sa grange entre toute seurete,

Et le puissent nourrir jusqu'au prochain esté.

Dans le centre des Côtes-du-Nord, j'ai vu le chef de fauche faire ln signe de croix avant da donner le premier coup de faux.

[...] Dans la Corrèze, les ails passés neuf fois dans le feu sacré guérissent Ies douleurs de ventre ; des tiges de blé qui, après cette sanctification, ont été attachées à la ceinture pendant quelques instants, donnent de la force aux moissonneurs et préservent des douleurs de reins ; la même croyance existe en Limousin : les tiges doivent être au nombre de trois et les neuf fois ne sont pas obligatoires.

[...] Des cueillettes, qui touchent parfois au maléfice, sont en relation avec les biens de la terre. Dans le Tarn et en Périgord, il faut à la Saint-Jean, avant le lever du soleil, couper une poignée du plus beau blé de son champ si on est devancé par quelque malveillant, il emporte le bonheur de la récolte.

[...] On attribue des vertus prophylactiques à des plantes mordues pu mangées à certaines époques pour se préserver die la fièvre : il suffit dans les Vosges de manger la première fleur-de froment que l'on aperçoit.

[...]

Les graines de froment sont employées pour les affections de la vue. En Basse-Bretagne, l'opérateur plonge dans une écuelle remplie d'eau neuf grains qu'il a recueillis ! ou plutôt mendiés dans neuf maisons différentes avec chacun d'eux, il trace une croix sur les paupières malades, en récitant chaque fois une conjuration chrétienne, où il n'est pas question du grain, en évitant de les suivre du regard, car il ne doit pas savoir où ils sont tombés. Les mêmes pratiques se renouvellent chaque matin, jusqu'à parfaite guérison. Pour la goutte sereine, le guérisseur fait faire à chacun des neuf grains, qu'il importe de garder bien secs, neuf fois Le tour de l'œil, en partant de l'extrémité gauche de la paupière supérieure, et en appuyant légèrement sur tout le parcours. Pendant que chaque grain accomplit ses neuf évolutions, il récite pieusement cette prière :

Banne impî –

Me da ampech _ da virvi ; –

Dre vertuz – va grennen ed –

En dour – te vo – beuzet – Amen

Goutte – impie Je l'empêche – de bouillir Par la vertu de mon grain de blé. Dans l'eau tu seras noyée. Amen. On pose les graines dans un verre d'eau, au fur et à mesure que le charme s'accomplit, et on jette ensuite le tout au feu. Dans la Brie champenoise, au commencement du XIX' siècle, on faisait cesser les douleurs de l'œil en y passant quatre ou cinq fois un grain de blé que l'on accompagnait de certaines prières ou paroles magiques.

[...] D'autres observances sont en relation avec la santé. En Provence, lorsque le Blé mis à germer le 4 décembre, fête de la Sainte-Barbe, et qui doit figurer au-devant de la crèche le jour de Noël, ne pousse pas ou jaunit, c'est le signe d'un prochain décès dans la famille.

[...] Les feuilles de céréales ou de graminées soumises à une pression servent à des consultations augurâtes. En Provence on dit au blé :

Blad ! Blad !

Digo-mi la veritat,

Se N et N seran maridats ?


[...] Une consultation très répandue est celle dans laquelle on emploie comme agent la plante même dont il s'agit de prévoir l'abondance ou la rareté. Voici comment on la faisait au XVIIe siècle : II faut prendre douze grains de blé le jour de Noël, donner à chacun le nom d'un des douze mois, les mettre l'un après l'autre sur une pelle de feu un peu chaude, en commençant par celui qui porte le nom de janvier et en continuant de mesme, et quand il y en a qui sautent sur la pelle, assurer que le blé sera cher ces mois-là, comme au contraire qu'il sera à bon marché, quand il y en a qui ne sautent point sur la pelle. Cette pratique subsiste encore avec quelques modifications ; mais en plusieurs pays elle n'a pas lieu à la même date. En Normandie, pendant la messe de l'Epiphanie, on range sur le foyer bien balayé et près d'un bon feu, douze grains de blé qui représentent les douze mois. La chaleur ne tarde pas à les faire pétiller et sauter ; on compte de gauche à droite : le premier grain désigne janvier et ainsi de suite ; à mesure que chacun d'eux saute, on examine si c'est en avant ou en arrière, ce qui est très important, car le saut en avant prédit le renchérissement et le saut en arrière l'abaissement du prix ; ainsi on a la mercuriale de chaque mois. Dans la Bigorre où l'opération est la même, elle s'appelle « faire sauter les Rois », en raison de la date. Dans la Brie, avant souper, on présente au foyer une pelle à feu rougie, sur laquelle l'on mot, l'un après l'autre, douze grains de blé ; en posant le premier, l'on nomme janvier et l'on attend que la chaleur l'ait fait crever ; si le saut a lieu vers le feu, le blé augmentera pendant ce mois ; s'il saute en arrière, c'est signe de baisse ; on opère de la même manière pour les autres mois ; en Bourgogne on jette les grains sur des charbons ardents. Dans Ies Ardennes, on place sur une pelle bien chaude sept grains de blé ; plus il en sautera hors de la pelle, moins le blé sera cher. En Haute-Bretagne cette épreuve a lieu le 1er janvier, et elle est faite sur la "tournette" à galette ; si le grain saute, le blé sera cher l'année qui vient.

En Provence le procédé est différent : le 4 décembre, jour de la sainte Barbe, on a coutume dans toutes les maisons de mettre des grains de blé et des lentilles dans des coupes remplies d'eau qu'on place sur les cheminées : la chaleur fait bientôt pousser les grains. On arrange aussi des bouteilles revêtues de toiles mouillées sur lesquelles on fixe des graines ; tout ce|a forme des touffes et des arcs de verdure qui sont en pleine végétation à la Noël ; on les place à table avec le dessert ; on croit que lorsque le blé de sainte Barbe pousse bien et conserve sa verdure, la récolte des champs sera belle.

On tire aussi des pronostics de l'aspect des racines des céréales qui ont germé ; cette pratique est sans doute plus ancienne que le XVIe siècle, où elle est constatée par un document écrit :


Pour congnoistre combien vauldra

Le quarf de bled, il te fauldra

Tirer ung grain germé de terre,

Et puis compte, sans plus t'enquerre,

Combien de racines il aura,

Car autant de soulz il vauldra.


Les laboureurs de la Normandie faisaient, il y a une centaine d'années, cette consultation, à peu près de la même manière : ils déterraient au bout de neuf jours une tige de blé nouvellement levée, et ils regardaient combien elle offrait de racines : leur nombre était celui des boisseaux que le champ rendrait pour chacun de ceux qu'on avait semés.

[...] Les grains des diverses céréales figurent, avec le sens ordinaire d'abondance ou de prospérité, dans des cérémonies accessoires de la noce. Dans les Basses-Alpes, un des plus proches parents remettait à la mariée, dans un plat, des grains de froment, qu'elle répandait aussitôt sur les assistants comme un souhait de bonheur ; elle agissait de même dans la Meurthe, où la mère du marin les lui présentait en la recevant à la porte du logis. Dans l'Ain, on versait du blé sur les jeunes époux à leur arrivée à la maison.

[...] En Béarn, quand le cortège de la bru allait entrer dans la maison de son beau-père, on jetait par la croisée du froment et d'autres fruits. Dans le canton de Vaud, des grains de blé jetés sur la tête de l'épouse par une vieille femme qui reçoit pour cet office le nom, de la Bernada, assurent l'abondance dans la maison et la fécondité. En Corse, avant le repas de noces, les femmes éloignent les hommes et les enfants et font asseoir la mariée sur une mesure remplie de blé, après que chacune des femmes présentes en aura ôté une poignée pour la verser sur la tête de l'épousée, en chantant une strophe par laquelle elles lui souhaitent d'avoir, sans douleur, des enfants mâles.

Dans les Ardennes, une offrande qui était destinée k assurer la réussite durant toute l'année consistait à jeter dans le brasier, le soir des Rois, trois grains de blé, un pour Dieu, un pour la Vierge, un pour Jésus.

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Dans la Côte-d'Or, on raconte que les habitants de Saint-Jean-des-Bœufs, croyant aussi que leurs blés s'en allaient, firent sortir de l'église le petit saint Jean, et que les blés s'enfuyant de plus belle, ils firent sortir le grand qui, à peine dans les champs, fit rester le blé en place.

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Symbolisme :

Selon Hildegarde de Bingen, auteure de Physica, Le livre des subtilités des créatures divines, les plantes, les éléments, les pierres, les métaux, les arbres, les poissons, les animaux et les oiseaux (édition originale 1151-1158 ; Éditions Jérôme Millon, Grenoble, 2011),


"Le blé est chaud, rempli de richesses, si bien qu'il ne manque de rien en lui, et quand on en fait de la franche farine, le pain que l'on fabrique avec cette même farine est bon pour les bien-portants comme pour les malades, et il fournit à l'homme de la chair de qualité et du sang de qualité. Mais si, de cette farine, on extrait le gruau, qui ressemble à du grain, et que l'on en fait du pain, ce pain est moins nourrissant que s'il avait été fait de franche farine, car le gruau n'aura pas toutes ses propriétés et provoque en l'homme plus d'écoulements d'humeurs que la simple farine de blé.

Celui qui fait cuire le blé en laissant les grains entiers, sans l'écraser à la meule, et le mange comme n'importe quel aliment, n'en retire ni chair ni sang de qualité, mais beaucoup d'écoulements d'humeur, si bien que la préparation peut à peine se digérer. De la sorte, elle n'a aucune valeur pour un malade, même si un homme bien portant parvient à résister à cette ingestion. Cependant, si quelqu'un a le cerveau vide et que, pour cette raison il est tourmenté dans sa folie au point d'en être pris de délire, il faut prendre des grains entiers de blé, les faire cuire dans l'eau, puis, après avoir retiré ces grains de l'eau, les placer, chauds, tout autour de sa tête et mettre un linge par dessus : ainsi son cerveau se remplira du suc et en recevra les forces et la santé. Répéter l'opération jusqu'à ce que le malade retrouve sa tête.

Si on souffre du don et des lombes, faire cuire des grains de blé dans l'eau, et les placer tout chauds sur la région douloureuse : la chaleur du blé repoussera les attaques de cette peste. [Ed. Si un chien, avec ses dents, vient à mordre quelqu'un, prendre une pâte préparée avec de la farine de ce blé et du blanc d’œuf ; en mettre sur la morsure pendant trois jours et autant de nuits, pour faire sortie le poison de la morsure : en effet, la morsure du chien à cause de sa respiration haletante, est plus vénéneuse que celle d'un autre animal. Enlever ensuite la pâte, piler du millefeuille avec du blanc d’œuf, en mettre sur cette même blessure pendant deux ou trois jours, puis l'enlever. Pour finir, soigner le plaie avec des onguents, comme on le fait habituellement pour une autre blessure.]&quo