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  • Anne

La Mandragore




Étymologie :

  • MANDRAGORE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1121-34 mandragora (Ph. de Thaon, Bestiaire, 1569 ds T.-L.) ; ca 1270 mandragore (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, I, 199, 5, p. 170) ; 2. a) fin xiie s. mandegloire (Flore et Blancheflor, éd. J. L. Leclanche, 244) ; ca 1436 maindegloire (Gloss. de Salins ds Gdf.) ; b) 1752 main de gloire «main desséchée d'un pendu dont se servaient les voleurs pour paralyser leurs victimes» (Trév.). 1 empr. au lat. mandragoras tiré du gr. μ α ν δ ρ α γ ο ́ ρ α ς; 2 issu du lat. avec maintien de l'accentuation gr. et altération par étymol. populaire.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Herbe du matagon ; Herbe du pic ; Main de gloire, Petit homme de potence ; Plante de Circé.




Botanique :

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Croyances populaires :


Selon Micheline Lebarbier, auteure d'un article intitulé "Des plantes adjuvants du Destin, entre amour et rivalité, dans deux villages du Nord de la Roumanie" (Huitième séminaire annuel d'ethnobotanique du domaine européen du Musée départemental ethnologique de Haute-Provence, Jeudi 22 et vendredi 23 octobre 2009) :


De plus, les pratiques magiques qui utilisent la mandragore doivent encore perdurer. Lors d’une enquête effectuée à Breb en 2002 auprès de Marika, précieuse pour sa connaissance des plantes, nous cherchions une mandragore afin que je puisse observer le rituel de déterrement.

Lorsque nous arrivions là où elle savait en trouver une, à plusieurs reprises la plante avait fraîchement (et secrètement) été déterrée…


La mandragore, pour l’amour forcé ou la séparation

Car si celui qu’elle espérait tardait à se faire connaître, la jeune fille avait recours à la mandragore, plante reine des magies amoureuses, tant pour attirer l’amour que pour éliminer une rivale, du moins dans les villages de l’enquête. La mandragore se ramasse aux environs de Pâques, et l’incantation dans l’espoir d’un mariage, venait spontanément à la plupart des interlocutrices dès que cette plante était évoquée.

Plante ambivalente, on peut demander à la mandragore de provoquer l’amour comme la séparation.


Invocations à la mandragore

Pour l’amour

Pour obtenir l’amour et un mari, par une magie d’assimilation, on lui parle avec tendresse, on la caresse et on danse auprès d’elle. Les jeunes filles, vont la nuit déraciner en grand secret la Mandragore en s’embrassant et se caressant, et lui adressent une incantation où chacune supplie la plante de la marier.


Mætrægunæ, Doamnæ Bunæ Mandragore, Bonne Dame

Mæritæ-mæ peste o lunæ Marie-moi le mois prochain

De nu-i astæ Si ce n’est ce mois-ci

In cee laltæ Le mois suivant

Mæritæ-mæ Marie-moi

Dupæ o laltæ De toutes façons


De même qu’avec l’inule, à la place de la plante, elles déposent de la nourriture en offrande. De retour au village, il est très important que personne ne se doute de l’action qui vient d’être effectuée, sinon la magie perdrait son efficacité et la praticienne subirait les effets inverses de ceux espérés.

Pour l’amour, Marika lui adresse l’incantation suivante :


Doamnæ, Dame,

Dæ-mi Doamnæ ce gîndesti, Donne-moi, Dame, ce à quoi tu penses,

Sæ-mi trimesti Doamnæ dorin†a, Envoie-moi, Dame, ce que je désire,

Tu-î susæ Tu es si grande

cæ în tine mæ cred, que c’est à toi que je crois,

Si la tine mæ predau Et à toi que je me livre,

Cæ tu esti dragoste si adevær, Car tu es l’amour et la vérité,

Si tu-mi rezolvi problemele, Et tu résoudras mes problèmes,

Si în tine mæ încred Et j’ai confiance en toi

Si pe tine, draga mea te iubesc, Et c’est toi, ma chérie, que j’aime,

Mætrægunæ, Mætrægunæ dragæ, Mandragore, chère Mandragore,

Scumpæ, iubitoare, Très chère, aimée,

Bunætatea mea, Ma bonté,

in la tine Je tiens à toi

i-oi cinsti, si †i-oi servi Je t’honorerai et je te servirai


Puis à son retour, la jeune fille pose la plante sur la table, et effectue un autre rituel afin de l’honorer comme elle le lui a promis (†i-oi cinsti). Elle l’asperge d’un peu d’eau-de-vie, lui offre à nouveau de la nourriture et lui fait allégeance en l’exhortant de lui apporter des bienfaits :


Na, mænîncæ si tu, si bea Allez, mange toi aussi et bois !

Scumpa mea, Òi draga mea Ma très chère, ma chérie

Cæ tu-mi por†i dragoste si noroc Car tu me portes l’amour et la chance

Tu-mi por†i viitoru Tu me portes mon futur

Tu esti ale mele Tu es à moi

Tu esti totu pentru mine Tu es tout pour moi


Puis la mandragore devra être replantée dans le jardin et chaque matin l’officiante ira lui rappeler sa demande. Autant qu’une incantation, c’est une prière qui est adressée à la plante. L’emphase de l’invocation laisserait plutôt entendre qu’elle s’adresse à une divinité toute puissante. Elle exprime à cette divinité végétale une dévotion infinie. Souvent l’action magique donne une autre portée à l’acte accompli (cf. note 5), mais la demande doit être explicitement formulée et les personnes concernées expressément nommées. Notons que la demande dans cette incantation-ci n’est pas clairement formulée : « Donne-moi, ce à quoi tu penses, Envoie-moi, ce que je désire », ce peut être l’amour ou l’élimination d’une rivale, la plante est censée savoir quel est le souhait de la praticienne. De plus, cette puissance végétale serait-elle si redoutée que l’on ne peut, une fois celle-ci ramenée dans le foyer, verbaliser un désir par trop interdit ? Par ailleurs, cela signifierait-il que l’on ne peut avoir recours qu’à une plante pour oser exprimer les suppliques que l’on ne peut pas adresser à Dieu ? Alors l’allégeance à celle à qui l’on peut tout demander, même ce qui est inavouable, est sans borne. Et on lui dit les mots d’amour que l’on espère entendre, enfin, grâce à son intervention.

En revanche l’incantation recueillie à BudeÒti, est aussi explicite qu’impérieuse. La jeune fille effectue le même rituel, se met nue devant la plante, et lui offre aussi de la nourriture et de l’eau-de-vie. Elle danse en lui chantant l’incantation suivante :


Næ doamna bunæ Allez bonne dame

Mæritæ-mi înt’ asta lunæ Marie-moi le mois prochain

De nu înt’ asta în ceielaltæ Sinon le mois suivant

Numai sæ fiu mæritatæ Seulement que je sois mariée

Cæ de nu-mi mærita Si tu ne me maries pas

Hîdæ goangæ te a mînca Qu’un affreux insecte te mange


Dans l’incantation de Marika, la mandragore est censée deviner le désir de la jeune fille, dans celle-ci c’est la plante qui doit lui apporter un mari : « Si tu ne me maries pas ». Et contrairement à l’incantation de Marika, la plante est menacée de mort si elle n’exauce pas la prière de la jeune fille. Quant à la menace de mort, si elle est impensable dans les prières adressées à Dieu ou à ses saints, elle se retrouve souvent dans le dire magique. L’adjuvant invoqué est flatté, supplié mais menacé s’il n’accède pas à la demande (comme nous l’avons vu pour les amoureux, les arbres fruitiers et comme nous le verrons plus loin pour le sureau).


Pour la haine…

Toute représentation symbolique « possède un double aspect » (Chevalier, 1982 : p. XXV). La mandragore, plus que d’autre, comporte cette composante ambivalente. Dans les incantations recueillies, la mandragore est appelée « Bonne Dame » et elle est vénérée comme une divinité bénéfique. Mais lorsque se mêlent aux rituels des éléments chrétiens et païens, voire démoniaques, elle peut aussi être appelée «Lumière du Diable » (Evseev, 1998, p. 266). Si l’on obtient d’elle l’amour et le mari espéré, tout est simple si l’homme est libre. S’il ne l’est pas, la magie empruntera d’autres voies, qu’elles soient suggérées (« ce à quoi tu penses (…), ce que je désire (…), tu me portes mon futur ») ou nettement exprimées. Aussi pour provoquer des querelles et des séparations, qu’elles soient d’ordre amoureux ou soient animées par d’autres intérêts, on maltraitera la mandragore, on l’insultera, voire on défèquera sur elle comme l’affirma en 2002 une habitante de Breb de 67 ans. On la jettera ensuite en direction des personnes que l’on souhaite séparer. Mircea Eliade (1970 : 210, note 23) contestait cependant ce rituel « pour la haine » dont il avait eu connaissance en 1931 dans un autre village du MaramureÒ, la plante revêtant, à sa connaissance, un caractère trop sacré. Les propos de cette interlocutrice confirmait ce rituel « de haine », elle y ajoutait même une notion de souillure. On peut simplement en conclure que, du moins dans cette province, le comportement à l’égard de la plante est fonction de ce que l’on veut obtenir d’elle : de la nourriture, des caresses et de douces parole pour l’amour et ses joies, des coups, des insultes et des excréments pour des querelles et des séparations.

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D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012), la mandragore (Mandragora officinarum) est un "diabolique porte-bonheur".

Double identité : Dès le premier siècle de notre ère furent mentionnés deux types de mandragore : la mandragore femelle (racine de couleur noire à l'extérieur et blanche à l'intérieur, aux feuilles étroites et malodorantes et aux fruits jaune pâle) et la mandragore mâle (racine blanche, aux fruits jaune safran, plus gros et agréablement parfumés). En réalité, toutes les fleurs sont bisexuées et un pied unique peut produire des fruits. La mandragore dite femelle est l'espèce méditerranéenne, autumnalis, tandis que la mandragore jadis considérée comme masculine est la mandragore blanche, Mandragora officinarum.

Véritable objet de fascination, la silhouette anthropomorphique de certaines racines fut créditée de pouvoirs exceptionnels, essentiellement dans le domaine de la chance et de la protection.

Porter sur soi un fragment de la racine est ainsi un gage de bonheurs multiples : il préserve des maladies et des mauvais sorts, assure une victoire aux procès ainsi qu'une réussite constante dans les affaires tout en protégeant ses heureux détenteurs des voleurs et de la mélancolie. La mandragore permet également aux jeunes filles de recevoir une demande en mariage et rend irrésistibles les hommes souhaitant augmenter leur charme. Et ce n'est pas tout ! Réputée pour apporter la richesse, la mandragore pourrait dédoubler un ducat placé sous sa racine durant toute une nuit. Mais attention à ne pas renouveler l'expérience trop souvent, sans quoi cette "main de gloire" comme on la surnommait, pousserait son propriétaire à voler les biens d'autrui...

Porte-malheur : Selon la tradition, l'arrachage étourdi d'une mandragore implique soit l'aveuglement du fautif, soit sa mort, c'est selon...

Une racine à choyer : Certes la mandragore porte bonheur mais à condition d'être traitée avec le plus grand soin. Celui qui a la chance d'en posséder une ne doit surtout pas oublier de la plonger régulièrement soit dans du lait, soit dans du vin rouge ou de l'eau tiède. Il devra l'habiller de soie puis lui présenter deux fois par jour un repas composé de biscottes ou de viande pare exemple ( même si la racine n'ingurgite rien - et la coucher enfin confortablement dans un coffret. Si ces conditions ne sont pas suivies à la lettre la racine se mettra à crier plaintivement et apportera l'infortune sur son détenteur jusqu'à le conduire à sa mort !

Amour, gloire et fécondité : "Elle a le pouvoir de marier les filles, de porter chance en amour et fécondité en mariage ; elle peut faire augmenter la quantité de lait des vaches ; elle agit heureusement sur le progrès des affaires ; elle porte richesse et, généralement, amène en toutes circonstances prospérité, harmonie, etc." (Mircea Eliade).

Déterrer la mandragore : Outre le fait d'être rares en Europe, les mandragores ne poussent pas n'importe où. La tradition décrit la mandragore comme souvent enfouie aux pieds d'une roue ou d'un gibet sur lesquels une victime innocente et/ou vierge a péri. Les bourreaux qui se livraient au commerce fort lucratif de la plante, se référaient à la hauteur de la tête du supplicié pour connaître la profondeur à laquelle ils devaient creuser pour trouver la racine... Attention au moment de déterrer la racine, les cris plaintifs de la mandragore sont insoutenables pour l'oreille et pour l'esprit humain.

Aux dires d'Albert-Marie Schmidt, la mandragore peut également être "issue du germe déposé par une pluie divine que vitalise la sueur des étoiles dans un petite matrice tellurique." Dans ce cas, on la trouvera entre les racines des chênes et des coudriers ou au pied des arbres sur lesquels se développe le gui.

Mais quel que soit le lieu où la mandragore pousse, elle s'enfuit systématiquement par un réseau de galeries souterraines dès qu'une personne impure s'approche d'elle. Pour amadouer la plante, jeûnes, prières et purifications à l'aide d'eau de rosée consacrée ou d'un dépôt de sang menstruel ou d'urine féminine sur la plante étaient nécessaires. Pour autant, l'immobilisation de la mandragore sur son lieu de vie n'est qu'une première étape, reste la plus périlleuse : l'arrachage de la racine dont le contact est infiniment dangereux.

Les grimoires et traités ésotériques recommandaient de sacrifier un chien noir pour déterrer la précieuse racine et proposaient deux façons d'opérer. La première consiste à jeter le pauvre animal, avec du sang et une infusion de chauve-souris et des rats noirs, dans un trou porche du lieu supposé où se terre la mandragore. La seconde possibilité revient à ameublir la terre avec de l'urine féminine avant de déterrer presque entièrement la racine avec un os.

Dans les deux cas, l'homme doit ensuite attacher son chien à la plante puis se boucher les oreilles pour ne pas entendre le cri supposé strident et mortel de la racine arrachée à sa terre nourricière. Une fois sa tâche accomplie, le chien périt toujours rapidement.... Son propriétaire doit l'enterrer avec un quignon de pain, une poignée de sel et un sou en échange de la mandragore prélevée. Il évitera ainsi de subir le courroux de la terre.

Service des fraudes : La valeur marchande des racines de mandragore a poussé certains à frauder. A l'aide de ficelles, ils donnaient forme humaine à une racine de bryone ou de roseau encore verte puis incluaient des graines de millet ou d'orge sur le haut de la partie souterraine (la future tête) avant de planter le tout dans du sable. Après 20 ou 30 jours, les tricheurs déterraient la racine et taillaient les radicelles de céréales de façon à simuler des cheveux et une barbe.

Une fuite simulée : Connaissant les propriétés narcotiques de la mandragore, Hannibal fit croire à ses ennemis africains que son armée avait précipitamment déserté le camp en laissant derrière elle victuailles et tonneaux de vin. Heureux de leur victoire supposée, les soldats burent l'alcool sans se douter un instant que des racines de mandragore avaient longuement macéré dans le liquide. Plongés dans un état comateux, les hommes furent égorgés par la troupe d'Hannibal, qui avait épié leur beuverie de loin, sans pouvoir opposer aucune résistance.

Somme médicinale : Bien qu'aujourd'hui délaissées, les vertus analgésiques de la mandragore sont connues depuis l'Antiquité. Hippocrate, célèbre médecin de cette époque, se servait des pouvoirs anesthésiques de la plante pour amputer ses patients."

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Symbolisme :

Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée  Robert Laffont, 1982),


"La mandragore symbolise la fécondité, révèle l'avenir, procure la richesse. Dans les opérations magiques, la mandragore est toujours prise comme élément mâle, alors qu'elle est dans sa forme mâle et femelle. Dans la mesure où elle est pourvue d'une racine nourricière, la mandragore signifie les vertus curatives et l'efficacité spirituelle. Mais c'est un poison, qui ne peut être bénéfique que s'il est consommé savamment dosé.

La mandragore est censée naître du sperme d'un pendu. Les baies de mandragore, de la grosseur d'une noix, de couleur blanche ou rougeâtre, étaient en Égypte symbole d'amour : sans doute en vertu de meurs qualités aphrodisiaques.

Chez les Grecs, elle était appelée la plante de Circé, la Magicienne. Elle inspirait une crainte révérencieuse. Pline observe, après Théophraste : ceux qui cueillent la mandragore prennent garde de n'avoir pas le vent en face. Ils décrivent trois cercles autour d'elle, avec une épée, puis ils l'enlèvent de terre en se tournant du côté du couchant... La racine de cette plante, broyée avec de l'huile rosat et du vin, guérit les inflammations et les douleurs des yeux.

On l'appelait encore au XVIIIe siècle "la main de gloire" et elle était réputée rendre le double de ce qu'elle avait reçu ; deux écus d'or pour un écu, deux écuelles de grain pour une écuelle.

On retrouve dans ces légendes populaires le symbolisme de la fécondité et de la richesse, attaché à la mandragore, mais à la condition qu'elle soit traitée avec précaution et respect. C'est une des plantes qui donnèrent lieu au maximum de superstitions et de pratiques magiques."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


… la mandragore, plante chaude et aqueuse, qui se peut assimiler à l'être humain dont elle singe la ressemblance ...

J. K. Huysmans, La Cathédrale.


De toutes les plantes magiques, c'est sans conteste la mandragore qui, dès l'Antiquité, apparut comme la plus fabuleuse et la plus mystérieuse. Solanacée originaire des pays méditerranéens, cette plante à grandes feuilles et à fleurs rouges, blanches, bleues, se distingue par sa grosse racine fourchue, dont les radicelles rappellent des poils et qui ressemble vaguement à un corps humain avec deux jambes : cet aspect et les alcaloïdes toxiques qu'elle contient ont suscité crainte et vénération. Il existe deux espèces de mandragore, l'une mâle (de couleur blanche), l'autre femelle (de couleur noire).

La mandragore ou "herbe de Circée" - elle poussait dans le jardin de la magicienne Circée qui s'en servit pour changer en pourceaux les compagnons d'Ulysse -, est, comme la belladone, dotée de puissantes propriétés narcotiques et hallucinogènes. Dioscoride ou Hippocrate recouraient à la plante pour anesthésier les malades. Les druides l'utilisaient pour tomber en léthargie. Les Égyptiens, quant à eux, lui attribuaient des vertus aphrodisiaques et faisaient des baies de mandragore un symbole d'amour. La tradition hébraïque semble en avoir fait également une plante aphrodisiaque : selon la Genèse (30, 14-18), Léa, femme de Jacob, donna naissance à son cinquième fils Issachar grâce à ce pouvoir de la mandragore, dont le nom hébreu a d'ailleurs la même racine que le mot "amour". Souffrant de l'indifférence de son époux qui lui préférait sa soeur Rachel, Léa donna à celle-ci des mandragores en échange d'une nuit avec Jacob.

Les Anciens l'utilisaient pour les philtres magiques et les enchantements ; les Romains en façonnaient des statuettes appelées "alrunes". En Allemagne, dès l'époque des Goths, le mot alruna signifiait à la fois mandragore et sorcière. Les sorciers arabes confectionnaient également à l'aide de la mandragore un philtre d'amour, appelé "pomme des dijinns", si puissant qu'il n'existait pas d'antidote.

En France, où la mandragore reçut l'appellation de "Mandagloire", "Main de gloire" (du même nom que la main enchantée fabriquée avec la main d'un pendu), "Maglore" ou "herbe du matagon" (dans le Mentonnais, "matagona" désigne une sorcière), elle était appréciée des sorciers qui l'utilisaient notamment pour les onguents dont ils s'imprégnaient juste avant de partir au sabbat. Le caractère infernal de la plante semble s'être accentué au cours des siècles.

Lionel Bonnemère (mort en 1905), qui possédait dans sa collection d'amulettes une grosse racine de bryone, plante dont la conformation rappelle celle de la mandragore et qui lui fut souvent substituée (la mandragore ne poussant pas naturellement en France), évoque la crainte suscitée par la mandragore : "[Elle] est, dans mon pays (Anjou), toujours réputée pour ses propriétés sur lesquelles, au surplus, les paysans n'aiment guère s'expliquer".

Parfois, la mandragore passait pour un serpent représentant le diable (Poitou). Selon une légende allemande, l'arbre du paradis aurait été une énorme mandragore. Autrefois, on disait aussi qu'une mandragore se trouvait au pied de l'arbre qui fournit le fruit fatal à Adam et à Ève.

Certains ont même émis l'hypothèse d'une parenté entre l'espèce humaine et la "Main de gloire" : "L'homme est sorti du limon de la terre ; il a donc dû s'y former, en première ébauche, sous la forme d'une racine. Les analogies de la nature exigeant absolument qu'on admette cette notion, au moins comme une possibilité. Les premiers hommes eussent donc été une famille de gigantesques mandragores sensitives que le soleil aurait animées et qui, d'elles-mêmes, se seraient détachées de la terre : ce qui n'exclut en rien, et suppose même au contraire, la coopération providentielle de la première cause que nous avons raison d'appeler Dieu".

Cette théorie fut développée également par l'occultiste Stanislas de Guaïta (1860-1897) dans le Temple de Satan : "Une vieille tradition veut que l'homme ait apparu primitivement sur la terre sous des formes de mandragores monstrueuses animées d'une vie instinctive, et que le souffle d'En Haut évertua, transmua, enfin déracina, pour en faire des êtres doués de pensée et de mouvement propre".

La mandragore, qui brille la nuit comme une lanterne, passait pour pousser au pied des chênes portant du gui (elle est aussi enfoncée dans la terre que le gui est haut sur l'arbre) ; on la trouvait aussi sous les gibets lorsque lependu étati vierge. Selon la tradition allemande évoquée par les frères Grimm, « quand un jeune adolescent, né de parents voleurs et voleur comme eux, ou même, selon d'autres, innocent du vol, mais forcé par la torture à se déclarer voleur, vient à être pendu, et qu'il lâche de l'eau ou répand du sperme par terre, la mandragore ou petit homme de potence pousse dans cet endroit » La mandragore naissait également de l'urine ou de la graisse du supplicié dont la hauteur de la tête devait indiquer la profondeur du trou qu'il fallait creuser pour atteindre la mandragore. c'est celle qui a été cueillie au pied d'un gibet qui a les pouvoirs les plus puissants.

Le pic qui durcit son bec grâce à la mandragore, d'où son appellation d' "herbe du pic", peut faire découvrir la plante magique qui se trouve parfois dans son nid : « On peut aussi se la procurer en le guettant ; si on le voit frotter son bec à une certaine herbe, en insistant et en roucoulant comme la tourterelle, celle-ci est le précieux talisman. Gardez-vous bien de vous pencher pour la cueillir ou l'arracher. Lorsque le pic fait entendre son cri moqueur, c'est parce qu'il a aperçu des chercheurs de cette plante magique. Il rit parce que ces hommes vont mourir s'ils ne connaissent pas les règles. Mais si le chercheur connaît les règles, alors celui qui porte sur lui la grande mandragore possède une force herculéenne. Rien ne saurait lui résister. »

Qui arrachait par inadvertance une racine de mandragore courait le risque d'en mourir ou de devenir aveugle. On dit encore au sujet de « l'herbe du matagon » (autre appellation de la mandragore) la chose suivante : « Le matagon est un être fantastique qui sème dans chaque prairie une plante qui donne le vertige à ceux qui la foulent aux pieds et les empêche de reconnaître les lieux qui leur sont les plus familiers. »

En Corrèze, dans un champ près de Tulle où se trouveraient des mandragores, en faucher fait pleuvoir aussitôt.

Comme il y a danger de mort à extirper une mandragore, de nombreux rites, destinés à conjurer cette menace, présidaient à sa récolte. Pline, dans son Histoire naturelle, rapporte : « Ceux qui cueillent la mandragore prennent garde de n'avoir pas le vent en face. Ils décrivent trois cercles autour d'elle, avec une épée, puis ils l'enlèvent de terre en se tournant du côté du couchant. » Cette dernière recommandation de se tourner vers l'ouest avait pour objectif, pensent certains, de se concilier les esprits des ténèbres.

Selon d'anciens manuels d'herboristerie magique, l'intéressé devait être propre et se trouver en état de pureté : la sensibilité de la plante est telle qu'à l'approche d'un homme impur, elle prend la fuite. La mandragore peut en effet se déplacer à son gré et tenter d'échapper à celui qui veut s'en saisir en s'enfonçant dans le sol (parfois, l'arc ou la flèche étaient recommandés pour arrêter sa fuite). A l'inverse, la plante s'immobilise, dit(on, à la vue d'une jeune et belle vierge richement vêtue et portant des bijoux. Certains prescrivaient de jeûner, de s'asperger d'eau lustrale, de réciter des oraisons, de faire des signes de croix, d'allumer des cierges consacrés à la Chandeleur, ou encore d'exécuter des danses circulaires et de faire des plaisanteries érotiques (ce qui est à rapprocher de sa vertu aphrodisiaque.

La cueillette devait se faire de préférence un vendredi après le lever du soleil ou avant son coucher (la lumière du jour étant sans doute jugée plus propice pour l'arrachage d'une plante infernale). Il fallait alors tracer un cercle autour de la plante pour l'empêcher de fuir et se protéger des forces maléfiques. Dès la fin de l'Antiquité, on nouait une corde autour de la plante que l'on attachait à un chien affamé, de préférence entièrement noir : on lui présentait de loin du plain et l'animal, voulant le manger, déterrait la racine. Celle-ci poussait alors un gémissement ou un cri terrifiant qui provoquait a mort du chien ; l'herboriste, lui, avait pris le soin de se boucher les oreilles (avec du coton, de la cire, etc.). Citons à ce sujet Shakespeare : « Criez comme des mandragores arrachées de la terre, de façon que les mortels deviennent fous en vous entendant. »

On parle aussi de coups de tonnerre survenant au moment de l'extraction de la mandragore, de formation d'éclair, qui foudroyaient le chien. La tradition persane évoque également l'usage de recourir à un chien : «Il y a danger d'arracher ou de couper cette plante ; pour éviter ce danger, quand on veut la tirer de terre, il faut attacher à la tige un chien que l'on bat ensuite, afin que, faisant des efforts pour s'enfuir, il la déracine ».

Un autre procédé, signalé encore au siècle dernier, notamment en Italie et dans les pays germaniques, consistait à attacher la plante à l'extrémité d'une perche « fichée en terre à quelque distance et infléchie vers le sol. En se redressant, la perche enlev[ait] la plante sans dommage ». Suspendre à sa main un morceau de mandragore déjà domestiquée protège également de la mort. A l'endroit d'où a été arrachée la mandragore, il faut déposer du pain, du sel et une pièce de monnaie en guise d'offrande.

Lorsque la racine a été déterrée (on signale pour cela l'utilisation d'une pelle d'ivoire alors que Théophraste conseillait de la couper en deux coups d'épée), l'arroser d'urine et de sang empêche qu'elle se contracte. On mentionne aussi l'usage selon lequel on la laisse reposer trente jours au fond d'une fosse de cimetière, on la plonge vingt-quatre heures dans une fontaine ou encore on l'immerge quarante fois dans de l'eau de mer : elle s'en trouvait purifiée des influences démoniaques.

On la lave, notamment avec du vin rouge, ou on la frotte ave de l'ortie, puis on l'emmaillote dans une bandelette de lin ou on la place dans une étoffe de valeur (soie en général), de préférence blanche (couleur papale, symbole de lumière et de pureté) ou rouge (associé à la sanctification et au Saint-Esprit), ces deux couleurs étant censées lutter contre les mauvais instincts de la mandragore. Elle est alors placée dans un coffre. Trois jours après sa cueillette, la plante prend vie, et quarante jours plus tard, elle grandit et acquiert même le don de parole. Paracelse (mort en 1541) voyait dans les mandragores des créatures à demi humaines, des sortes d'ébauches de gnomes, qui se soumettaient à ceux qui, en les déterrant, leur donnaient vie. Il prétendait en outre que les homunculus (petits êtres à forme humaine fabriqués par les alchimistes) pouvaient engendrer des mandragores.

La mandragore, « honorée à l'égal d'un génie », exige des soins et un traitement de faveur : il faut la baigner tous les vendredis, « lui donne[r] toutes les nouvelles lunes une autre chemisette blanche », lui offrir à boire (le sang est parfois prescrit) et à manger (de la viande, des mets raffinés). Parfois, on la servait même à table (Poitou). En Allemagne, on faisait des racines de mandragores de véritables petites poupées richement vêtues, couchées dans des coffrets enrubannés et lavées chaque semaine avec du vin et de l'eau tiède.

Quand on oublie d'en prendre soin, les mandragores crient comme des nouveau-nés. Si le possesseur d'une mandragore la néglige, il risque de s'en ressentir et d'attirer l'infortune et s'il tombe malade, elle le devient également et contamine les êtres humains qui, généralement, en succombent.

S'en séparer ou l'égarer porte malheur. En témoigne ce fait divers rapporté par Paris-Soir le 5 septembre 1936. Une Syrienne qui avait perdu sa mandragore déclarait : « Je cachais dans un petit cercueil noir le plus grand des talismans : une mandragore. Elle était couchée sur des bandelettes de soie. Je l'avais trouvée en Egypte, et depuis que je vivais avec cette poupée magique, j'étais sûre de ne pas mourir, j'étais assurée pour le bonheur et l'amour. Mais la mandragore ne pardonne pas à ceux qui la laissent s'enfuir. » Le lendemain, la jeune femme fut découverte morte, une balle fichée dans la tempe.

A condition de recevoir un bon traitement, la mandragore est le talisman par excellence : elle protège des ennemis, des maladies, des incendies, des vols, procure la sérénité, éloigne la mélancolie, assure la prospérité et l'harmonie, porte chance dans les affaires et procure la richesse : si, la nuit, on place une pièce de monnaie sous une mandragore, on en trouvera deux le lendemain. Voici ce qu'on prétendait au XVeme siècle : « Je vous dis que si quelqu'un trouve une vraie mandegloire, la couche en ses draps blancs et lui présente à manger et à boire deux fois le jour, même si elle ne mange ni ne boit, celui-là deviendra très riche en peu de temps sans savoir comment ». On disait d'ailleurs de quelqu'un devenu riche soudainement et sans raisons apparentes : « Il a la mandegloire ou la mandragore. » Avoir sur soi une mandragore permettait en outre de découvrir des trésors.

La plante, qui, placée sous l'aisselle droite, conseille sur des projets précis en hochant de la tête, promet succès et victoires de toutes sortes.

Jeanne d'Arc fut soupçonnée d'avoir possédé une mandragore, comme l'évoque l'acte d'accusation dressé contre elle : « Ladite Jeanne est coutume de porter parfois une mandragore dans son sein, espérant par ce moyen avoir bonne fortune en richesse et choses temporelles. » Au cours de son instruction (1430), on lui demanda si elle détenait la plante magique : « Je n'ai pas de mandragore et n'en eus jamais. J'ai bien ouï dire que c'est une chose dangereuse et mauvaise que d'en garder ; je ne sais d'ailleurs à qui cela sert », répondit-elle. Une tradition veut toutefois que des mandragores poussassent à Domrémy, près de l'hêtre appelé l'Arbre des Dames ou l'Arbre-aux-Fées, et sous lequel elle aurait entendu des voix.

La mandragore est liée à la divination : elle fait connaître les secrets d'autrui et révèle l'avenir. Elle permet par ailleurs d'ouvrir les portes, même verrouillées.

La racine attire l'amour et aide les jeunes filles à trouver un époux : il suffit de la placer sur le livre des évangiles le temps de la messe (Périgord). En Auvergne, c'est une mandragore cueillie à minuit qui est posée, pendant l'office, sous la nappe de l'autel : « Qui la possède, si c'est un homme, se fait suivre des filles, et si c'est une femme des hommes ».

L'homme qui veut inspirer des sentiments à sa bien-aimée doit tailler la racine d'une mandragore en lui donnant l'apparence d'une femme, puis, la tenant dans la main gauche, tracer au-dessus d'elle un pentagramme en disant : « Je vous appelle X. » Il l'enterrera alors dans son jardin, l'arrosera d'eau, de lait et de sang avec ces mots : « Ce sang et ce lait rendront X mon esclave à jamais. » La racine sera déterrée la nuit suivante, une heure avant le lever du jour, tandis que l'opérateur dira : « Que la lune bénisse ma prière pour remplir le cœur de X d'amour pour moi. » Une fois qu'elle est asséchée, il suffira à l'amoureux de planter une aiguille d'argent en plein cœur de la figurine en pensant à la femme aimée avant de la placer sur une fenêtre exposée aux reflets de la lune.

La mandragore surnommée parfois « pomme d'amour » est, rappelons-le, une plante érotique : « Les prédicateurs la condamnaient en chaire et l'appelaient philtre diabolique dans les mains des propriétaires de bordels, des fêtards et des coureurs de jupons effrénés ».

La mandragore rend les femmes fécondes. Machiavel, dans sa célèbre comédie La Mandragore (1513), fait dire à un faux médecin qui propose un philtre au mari d'une bourgeoise florentine : « Sachez donc qu'il n'y a rien de plus propre à rendre une femme grosse, que de lui faire prendre une potion composée avec une mandragore ; c'est une cure dont j'ai déjà fait l'expérience un grand nombre de fois, et qui a toujours réussi : sans cela, la reine de France serait stérile, sans compter une foule de princesses de ce royaume. »

La Fontaine a également vanté le jus de la plante en ces termes :


Pris par la femme opère beaucoup plus

Que ne fit onc nulle ombre monacale

D'aucun couvent de jeuns frères plein.


Toutefois, le pouvoir de la plante sur la conception n'opère que chez les femmes de bonnes mœurs : « Un jour, une putain s'adressa à la mandragoire pour la rendre féconde, mais la plante refusa ».

Le suc de mandragore, mis en pessaire, déclenche un accouchement ; l'eau dans laquelle a trempé la racine favorise également une naissance et supprime la douleur : la parturiente en avalera une cuillerée à soupe.

Signalons également que d'après un bestiaire du Moyen-Âge, les éléphants s'accouplent après avoir mangé de la mandragore.

La mandragore est un remède universel : selon le membre ou l'organe qui est atteint, on ingère la partie correspondante du "corps" de la mandragore. Par exemple, en cas de migraine, il faut prélever un morceau de la tête de la plante ; s'il s'agit d'un torticolis à soulager, on prendra un fragment de son cou, etc.

Selon sainte Hildegarde de Bingen (XIIe siècle), on venait à bout des incontinences en portant une racine de mandragore trois jours sur sa poitrine. Toujours selon l'abbesse bénédictine : « La mandragore, de forme humaine, est constituée de la terre dont fut pétri le premier homme, d'où elle est plus exposée que toutes les autres plantes aux tentations du démon. Celui qui souffre doit prendre une racine de mandragore, la laver soigneusement, en mettre dans son lit et réciter la prière suivante : mon Dieu, toi qui de l'argile as créé l'homme sans douleur, considère que je place près de moi la même terre qui n'a pas encore péché, afin que ma chair criminelle obtienne cette paix qu'elle possédait tout d'abord. »

La mandragore guérit les convulsions, soulage les rhumatismes et les maux de dents. L'huile obtenue en pressant son fruit guérissait les douleurs des yeux. Mêlée à du miel et de l'huile, elle guérit les morsures de serpent. Dans la Chine ancienne, la racine était utilisée en cataplasme pour certaines formes de tumeurs.

La plante augmente en outre la production de lait des vaches et rend les bœufs forts et vigoureux.

Pour se protéger des accidents, les pêcheurs charentais et tous ceux qui récoltaient le varech portaient des colliers ou des bracelets composés de mandragore.

La réputation amulettique de la mandragore existe encore de nos jours où certains lui attribuent « la faculté de favoriser la chance en amour, de résoudre les conflits par la sagesse et de protéger les naissances des mauvaises influences. Une amulette de mandragore réduite simplement à un petit morceau de la plante que l'on porte sur soi ou bien, d'une façon plus sophistiquée, sertie dans le chaton d'une bague en or ou en argent est efficace pour les procédures juridiques, pour la vie amoureuse et pour la santé des enfants. Chez l'adulte, on dit qu'un morceau de racine de mandragore est plus actif. En tout état de cause, il est indispensable que l'amulette soit réalisée avec de la véritable mandragore, et non avec une imitation n'ayant qu'une valeur symbolique ». On prétend encore que « portée sur soi, la racine de mandragore se révèle un excellent condensateur fluidique ».

La plante peut être transmise par un père à son fils le plus jeune à condition de placer dans le cercueil du père du pain et une pièce de monnaie : « Si l'héritier meurt avant le père, elle devient le partage du fils aîné, à condition que le plus jeune aura été enterré avec pain et argent et ainsi de suite ». Selon une croyance du Poitou, si, à la mort de son possesseur, aucun des enfants ne voulaient en hériter, « le serpent [mandragore], après s'être mis sur le cercueil du mort, partait à la recherche de gens mieux disposés. Quand on le voyait traverser les champs, il fallait aller chercher une serviette ou une nappe, l'étendre devant la bête ; alors il se roulait et on l'emportait. Dans les cas pressés, il suffisait de placer un mouchoir sur son passage ».

A Saint-Germain-de-Confolens (Charente), une mandragore vivante errait dans la vallée de l'Issoire : elle demeurait dans un trou des orchers de Frochet, gardait un trésor et se nourrissait de chair humaine. La légende veut qu'ayant jeté son dévolu sur une jeune fille, le fiancé de celle-ci la jeta dans l'étang des Pérides.

Dans les années trente, la mandragore a donné son nom (en anglais) au héros de bande dessinée Mandrake (Schmidt Albert-Marie, La Mandragore, Flammarion, 1958).

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D'après​ Le Livre des symboles, réflexions sur des images archétypales (2010) dirigé par Ami Ronnberg et Kathleen Martin, avec le concours des auteurs de ARAS,


"Une foison de fantasmes, de superstitions et de légendes entoure (pour ne pas dire enterre) cette plante à l'aspect modeste qui est connue depuis plus de 3 000 ans. Commune autour de la Méditerranée, sa large rosette de feuilles vert sombre pousse près du sol au-dessus d'une longue racine charnue qui ressemble souvent à la partie inférieure d'un corps humain. Ses fleurs mauves ou bleues donnent des fruits orange au goût âcre qui rappellent des œufs dans un nid. Il n'est pas étonnant que la mandragore ait été associée à la fertilité depuis la nuit des temps : dans l'art égyptien, dans le Cantique des Cantiques de la Bible, dans la Genèse où Rachel, stérile, s'en procura et donna naissance à un garçon. Selon une légende grecque, c'était la plante que la magicienne Circé mettait dans sa potion pour transformer les hommes en cochons. Ses propriétés aphrodisiaques étaient très connues de la Chine à la Perse, de l'Arabie à l'Angleterre élisabéthaine.

Shakespeare connaissait également ses vertus médicinales. Sa Cléopâtre implore : "Donne-moi à boire de la mandragore [...] pour dormir au long de ce grand laps de temps où mon Antoine est loin" (Antoine et Cléopâtre, Acte I, scène 5). Les racines et les feuilles de la plante sont toxique mais, utilisées dans des doses précises, elles soulageaient les convulsions, la dépression et l'insomnie. D'abord utilisée par les Grecs puis les Romains, la mandragore fut le premier anesthésique connu, provoquant une stupeur provisoire semblable à la mort lors d'interventions chirurgicales ou d'amputations (Thompson). Des analyses chimiques modernes ont confirmé ces thèses médicales anciennes et découvert que la plante contenait divers hallucinogènes toxiques dont l'atropine et la scopolamine (Biedermann). A l'époque romaine, on donnait parfois un "vin" de mandragore et de myrrhe aux condamnés à la crucifixion afin de soulager leur angoisse face à la mort. Il arrivait qu'on les descende de la croix alors qu'ils n'étaient morts qu'en apparence et qu'ils parvenaient ainsi à s'échapper. Dans l'Allemagne médiévale, la racine était sculptée en petites figurines auxquelles on prêtait des pouvoirs ésotériques. On les habillait, les lavait et leur demandait conseil. Quand elles étaient bien traitées, elles portaient chance (Thompson).

En dépit de ces bienfaits magiques, le pouvoir de l mandragore était sombre. Lorsqu'elle était encore en terre, elle était liée à des forces diaboliques, à la mort, la folie, aux enfers. Des rituels complexes étaient nécessaires pour la déraciner. Dans l'esprit médiéval, le pire danger était que la plante, arrachée de terre, pousse un cri terrible qui pouvait tuer ou rendre fou celui qui l'entendait. A la lueur de la lune, on attachait un chien noir à la tige de la plante, on courrait se mettre à l'abri en se bouchant les oreilles puis on attirait le chien avec de la nourriture. L'animal déterrait ainsi la racine et était tué par le cri. On pouvait alors revenir chercher la plante, en veillant à ce qu'elle ne touche plus le sol afin que ses pouvoirs ne retournent pas à la terre. on pourrait interpréter cette recette comme signifiant que des énergies sombres et féroces sont nécessaires pour extraire le contenu magique des profondeurs inconscientes ; que ces dernières ne peuvent fonctionner que dans l'obscurité et non dans un état d'esprit ordinaire. Toutefois, ces énergies doivent être sacrifiées une fois le travail accompli, autrement, elles risqueraient de s'emparer de la vie consciente (Edinger).

Symboliquement, la mandragore est ambiguë. Elle donne la vie et apporte la mort ; elle guérit et empoisonne. "En général, la mandragore symbolisait des forces que les hommes ne devaient approcher qu'avec la plus grande prudence" (Biedermann). Ces forces ont été représentées différemment selon les époques : comme la troublante Hécate des Grecs, les démons du monde musulman, le démon de la chair des Chrétiens du Moyen Âge, l'inconscient imprévisible des psychologues analytiques modernes (Edinger, Whitmont), le monde obscur et lumineux de la sexualité. Pour connaître ces pouvoirs nous devons être sages, clairvoyants et ne pas avoir peur du noir.

Hans Biedermann, Encyclopédie des symboles, trad. M. Cazenave, Paris, 1996 /

Edward F. Edinger, The Mysterium Lectures, Toronto, 1995 /

Hugo Rahner, Greek Myths and Christian Mystery, NY, 1971 /

C. J. S. Thompson, The Mystic Mandrake, NY, 1968 /

Edward C. Whitmont, "The Magical Dimension in Transference and Counter-Transference".

Current Trends in Analytical Psychology, Londres, 1961.

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Mandragore (Mandragora officinale) :


- Poison -

On a longtemps décrit la racine de mandragore comme ayant la forme d'un corps humain, mais, en réalité, elle ressemble tout simplement à une carotte. Elle peut atteindre un mètre de profondeur. Les feuilles de cette plante sont très grandes environ 30 centimètres de long et près de la moitié en largeur. Le folklore en fait une plante qui poussait sous les gibets où on pendait les criminels. Elle préfère un milieu boisé et humide.


Propriétés médicinales : On se sert des feuilles pour en faire des cataplasmes qui soulagent les irritations de la peau et les ulcères externes. C'est aussi un excellent antiseptique dans les cas de plaies infectées. La racine est un purgatif très puissant ainsi qu'un vomitif. Il faut se méfier des dosages, car une dose trop forte peut causer du délire et même entraîner la mort. Dans certaines cultures amérindiennes, on se servait d'ailleurs de la mandragore pour le suicide rituel. Toutefois, à petite dose, la racine est un calmant pour la douleur - pendant longtemps, on s'en est servi comme anesthésique.

De nos jours, on l'utilise principalement en homéopathie pour le traitement des allergies.

Genre : Masculin.

Déités : Aphrodite - Diane - Hécate.

Propriétés magiques : Protection - Fertilité - Argent - Amour - Santé - Projection astrale.

Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Le folklore relié à la racine de mandragore est très riche mais malheureusement souvent teinté de magie noire. Au Moyen Âge, il s'agissait de la plante des sorcières ; on disait que sa racine avait la forme d'un homme et qu'on pouvait lui donner la vie grâce à des rituels sataniques...

  • Étonnamment, en raison de son utilisation en magie noire, les démons ne peuvent résider là où se trouve de la racine de mandragore.

  • Une racine de mandragore placée dans le haut de la porte d'entrée garantit cependant que cette demeure connaître la prospérité et sera protégée de tout malheur.

BOUTEILLE POUR ACCROÎTRE SES REVENUS (pour doubler son argent et son revenu en une année)

Ce dont vous avez besoin :

  • sept chandelles ;

  • de l'encens de vétiver ;

  • une bouteille ou un pot vert ;

  • autant de pièces de 10 cents que vous gagnez de milliers de dollars par année, si vous gagnez 30 000 dollars (par exemple, vous aurez besoin de 30 pièces de monnaie) ;

  • de la racine de mandragore séchée.

Rituel :

Allumez vos chandelles et placez-les en cercle autour de votre mortier et de votre pilon. Faites brûler votre encens. Réduisez la racine de mandragore en fine poudre. Insérez vos pièces de monnaie une à une dans la bouteille, en alternant avec une pincée de racine de mandragore entre chaque pièce, et ce, tout en prononçant l'incantation suivante :

Mandragore magique, active mon vœu de ta puissance

Fais que mon avoir grossisse, double et triple

Je veux que tu m'accordes l'aisance

Mandragore magique, travaille pour moi, double et triple.


Fermez soigneusement la bouteille, scellez-la avec de la cire verte et, chaque jour, agitez doucement son contenu.

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Symbolisme celte :


Dans L'Oracle druidique des plantes, Travailler avec la flore de nos ancêtres (1994, trad. française 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, les mots clefs associés à cette plante sont :


en "position droite : Richesse - Fertilité - Anesthésie

en position inversée : Amplification - Obsession - Folie.


La mandragore est une plante pérenne originaire de la région méditerranéenne, du Moyen-Orient, de l'Asie Centrale, de l'Inde, et de l'ouest de la Chine. Assez semblable à la primevère, ses deux variétés, la mandragore blanche, et la mandragore noire ont des fleurs respectivement blanches, crème et pourpre. Les baies jaunes ou orange de la mandragore ont un arôme rappelant l'ananas et la taille des grosses prunes. Sa racine fourchue atteint 120 cm de longueur. La mandragore fait partie de la famille des solanacées, comme la pomme de terre et la tomate, et est une proche parente de l'atrope belladone.


La carte montre la mandragore et l'atrope belladone poussant ensemble. La bryone grimpe parmi les arbres à l'arrière-plan. Les boutons d'or celtes rappelant les baies jaunes ou orange de la mandragore, tapissent le sol.


Sens en position droite. L'apaisement de la douleur est le plus grand cadeau de la mandragore à l'humanité. Il faut tenir en grande estime la capacité d'atténuer la douleur des autres - physique, mentale ou émotionnelle. Si vous avez choisi cette carte, on fait appel à vous pour atténuer d'une manière ou d'une autre la souffrance : offrir des paroles de consolation aux amis en détresse, choisir une vocation, suivre une formation ou travailler pour le bien des autres.

La carte suggère par ailleurs que vous entrez dans une phase de chance exceptionnelle, même de fortune. La mandragore a été associée à la prospérité et à la chance pendant des siècles - ceux qui en ont planté par le passé les graines du bonheur peuvent s'attendre à connaître la joie.

Comme la mandragore est liée à l'amour et à la fertilité, la carte signifie également que l'amour entre dans votre vie ou que vous entamez une phase fertile dans votre vie physique ou spirituelle.

Sens en position inversée. La mandragore était tenue pour un "amplificateur" magique attirant comme un aimant, l'amour, le pouvoir et la richesse. Comme la lame du Diable (Cernunnos) du Tarot, les forces qu'elle représente pouvaient être bénéfiques ou nuisibles, selon l'intention et la maturité de celui qui s'en sert. Si vous avez choisi cette carte inversée, vous devez être conscient des dangers de l'obsession - la préoccupation exclusive pour une notion ou un désir, peut-être notable, mais qui risque d'éloigner tout le reste. La mandragore, utilisée pour soigner dans le monde ancien, a par ailleurs été la première plante a avoir servi lors d'une guerre chimique. Hannibal, le général carthaginois, a fait semblant de se retirer fac à un ennemi africain, en laissant derrière lui un vin empoisonné à la mandragore. Ce qui, en quantité infime, favorise la vie, devient parfois toxique à haute dose.

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La chance de l'elfe Mandegloire

La mandragore a la plus grande réputation magique parmi les plantes. Comme la belladone et la jusquiame, elle contient des alcaloïdes responsables de ses propriétés toxiques et narcotiques. Il y a plus de 3 000 ans, on l'utilisait comme anesthésiant en Perse. Ses propriétés soporifiques et analgésiques ont fait connaître la mandragore dans l'ensemble du monde ancien, y compris parmi les druides européens.

La réputation de plante magique de la mandragore était telle, qu'il était sage de posséder un morceau de racine, susceptibles d'éloigner les maladies, les démons et la malchance, et d'attirer la richesse, la fertilité et la chance. Toutankhamon a été enterré avec 11 racines de mandragore, Dioscoride et Pline parlent des effets miraculeux de cette plante, les Grecs et les Romains portaient des "homoncules" en mandragore comme amulettes de chance et de protection. L'anneau sigillaire du roi Salomon renfermait une racine de mandragore.

Introduite en Grande-Bretagne par les Romains, la mandragore a été utilisée pendant des siècles dans la chirurgie : les médecins anglo-saxons s'en servaient au VIIIème siècle. une "éponge soporifique" imbibée de mandragore et d'opium était utilisée au XIIème siècle. Au XIXème siècle, elle poussait encore en abondance dans les jardins anglais. Bien que l'anesthésie soit son principal usage, la mandragore servait aussi de puissant aphrodisiaque. Au IIIème siècle av. J.C., Théophraste parle de potions d'amour comportant de la mandragore. Sa réputation dans ce domaine a subsisté en Europe jusque vers le milieu du XIXème siècle : les jeunes filles roumaines ramassaient les racines, aidées par de vieilles femmes, en chantonnant : "Mandragore, mandragore, marie-moi d'ici un mois".

Les racines de mandragore ressemblant à des homoncules dotés d'organes génitaux étaient tenues pour des fétiches susceptibles de renfermer l'esprit errant de l'elfe "Mandegloire" qui apportait à son propriétaire richesse et protection magique, et favorisait la divination. Un négoce de faux homoncules de mandragore, faits de racines de bryone blanche, apparu à l'époque médiévale, a duré jusqu'au début du XXème siècle. Les racines étaient déterrées, sculptées pour leur donner une forme humanoïde, puis semées d'herbe ou de millet pour imiter la chevelure, avant d'être replantées dans du sable humide jusqu'à ce que la chevelure ait poussé."

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Mythologie :

Tony Goupil, dans un article intitulé "Croyances phytoreligieuses et phytomythologiques : plantes des dieux et herbes mythologiques" (Revue électronique annuelle de la Société botanique du Centre-Ouest - Evaxiana n°3 - 2016), cherche à déterminer les plantes associées par leur dénomination aux divinités antiques :


Tout comme ce dictame est attribué à deux divinités, il en va de même pour la mandragore. Ainsi Circœa ou herbe de Circé désigne cette plante du genre Solanum. La mandragore est également attribuée à Orcon, dieu des Enfers à différencier de Pluton, sous le nom de « rave d’Orcus » ou « bette d’Orcus » (Orci beta), beta faisant référence à la forme des feuilles, tandis qu’Orci fait allusion à une solanacée toxique dont la cueillette s’avère dangereuse.

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