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  • Anne

La Mandragore



Étymologie :

  • MANDRAGORE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1121-34 mandragora (Ph. de Thaon, Bestiaire, 1569 ds T.-L.) ; ca 1270 mandragore (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, I, 199, 5, p. 170) ; 2. a) fin xiie s. mandegloire (Flore et Blancheflor, éd. J. L. Leclanche, 244) ; ca 1436 maindegloire (Gloss. de Salins ds Gdf.) ; b) 1752 main de gloire « main desséchée d'un pendu dont se servaient les voleurs pour paralyser leurs victimes » (Trév.). 1 empr. au lat. mandragoras tiré du gr. μ α ν δ ρ α γ ο ́ ρ α ς ; 2 issu du lat. avec maintien de l'accentuation gr. et altération par étymol. populaire.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Mandragora officinarum ; Herbe à l'espic ; Herbe du matagon ; Herbe du pic ; Maglore ; Main de gloire ; Mandagoire ; Mandegloire ; Mandore ; Mont de gloire ; Mandrage ; Mandrigorgne ; Petit homme de potence ; Plante de Circé.

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Botanique :


Dans sa "Flore magique" de La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) Jacques Brosse termine son article sur la mandragore (voir ci-dessous rubrique Symbolisme) par la description botanique de la plante :

Venons-en maintenant, pour finir, à la plante elle-même, telle qu'on la trouve dans la nature. Première surprise : il existe non pas une seule mandragore, mais bien deux, et, ce qui est plus étrange, les auteurs paraissent les confondre entre elles et les prendre l'une pour l'autre. La mandragore officinale, autrement dit à usage médical (Mandragora officinalis), appelée aussi par abus, puisque les deux espèces sont également hermaphrodites, mandragore femelle, habite l'Europe méridionale et abonde surtout en Calabre et en Sicile. Ses fleurs violacées paraissent à l'automne, tandis que celle de l'autre espèce sont printanières et d'un blanc verdâtre. la mandragore printanière (Mandragora vernalis) est, elle, considérée comme mâle et femelle, la mandragore mâle diffère aussi par sa racine plus épaisse, blanchâtre au-dehors comme au-dedans, par l'odeur beaucoup plus prononcée, vireuse, entêtante et somme toute inquiétante que répandent ses feuilles et ses fleurs ; son fruit enfin est beaucoup plus gros, ayant l'apparence d'une petite pomme jaune et dégageant un parfum doux et suave. Ce sont les fruits de cette espèce que les anciens Égyptiens tenaient pour aphrodisiaques, tradition reprise par les Arabes qui les appelaient "pommes du diable" en raison des rêves excitants qu'ils provoquaient, mais aussi "œufs des Génies".

Bien que les botanistes nous assurent qu les propriétés de ces deux plantes sont semblables, on peut néanmoins en douter, car enfin les magiciens faisaient bien la différence entre la mandragore mâle et ma mandragore femelle et utilisaient de préférence la première, tandis que c'est la mandragore dite femelle qu'employait l'ancienne médecine. On peut donc se demander si une étude comparée des deux espèces ne nous révélerait pas des secrets que, par prudence et par crainte, nous avons perdus.

Dans Petit Grimoire : Plantes sorcières, Les Sortilèges (Éditions « Au bord des continents... », mars 2019, sélection de textes extraits de Secrets des plantes sorcières) Richard Ely présente ainsi la Mandragore :


La plus réputée des plantes sorcières apparaît sous la forme d'une touffe feuillue, en rosette étalée, d'une trentaine de centimètres poussant dans le bassin méditerranéen, dans les sols frais et riches. Une floraison à cinq pétales soudés, blanchâtres ou violacés. Des baies charnues, allant du jaune au rouge, jusqu'à cinq centimètres de diamètre.

La partie qui intéresse le plus les sorcières, c'est la grosse racine pivotante pouvant atteindre jusqu'à un mètre et peser plusieurs kilos. cette racine est divisée, ses parties dessinant plus ou moins les jambes ou le corps d'un humain. Particularité physique qui l'a associée à l'homme depuis des temps immémoriaux. Les alcaloïdes que cette Solanacée contient, ses composés psychotropes ont achevé de lui conférer une aura magique et elle a servi très vite à la composition des sorts et médecines depuis l'ancienne Égypte jusqu'aux périodes les plus obscures du Moyen Âge. On trouve aussi la Mandragora autumnalis plus au sud, du Portugal à la Grèce, et la Mandragora Caulescens, dans la région de l'Himalaya, toujours présente dans la médecine traditionnelle chinoise.

Utilisée comme antalgique et anesthésique durant l'Antiquité, sa rareté et la forme de sa racine allaient lui ouvrir bien d'autres usages au fil des siècles.


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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


On rencontre au XVe siècle une plante qui procure la richesse : Qui porroit finer d'un vrai mandegtoire et le couchast en blans draps, et lui presentast à mengier et à boire deux fois le jour, combien qu'il ne mangea ne boire, cellui qui ce ferait deviendroit en pou d'espace moult riche, et ne sauroit comment.

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Selon Micheline Lebarbier, auteure d'un article intitulé "Des plantes adjuvants du Destin, entre amour et rivalité, dans deux villages du Nord de la Roumanie" (Huitième séminaire annuel d'ethnobotanique du domaine européen du Musée départemental ethnologique de Haute-Provence, Jeudi 22 et vendredi 23 octobre 2009) :


De plus, les pratiques magiques qui utilisent la mandragore doivent encore perdurer. Lors d’une enquête effectuée à Breb en 2002 auprès de Marika, précieuse pour sa connaissance des plantes, nous cherchions une mandragore afin que je puisse observer le rituel de déterrement.

Lorsque nous arrivions là où elle savait en trouver une, à plusieurs reprises la plante avait fraîchement (et secrètement) été déterrée…


La mandragore, pour l’amour forcé ou la séparation : Car si celui qu’elle espérait tardait à se faire connaître, la jeune fille avait recours à la mandragore, plante reine des magies amoureuses, tant pour attirer l’amour que pour éliminer une rivale, du moins dans les villages de l’enquête. La mandragore se ramasse aux environs de Pâques, et l’incantation dans l’espoir d’un mariage, venait spontanément à la plupart des interlocutrices dès que cette plante était évoquée. Plante ambivalente, on peut demander à la mandragore de provoquer l’amour comme la séparation.


Invocations à la mandragore

Pour l’amour

Pour obtenir l’amour et un mari, par une magie d’assimilation, on lui parle avec tendresse, on la caresse et on danse auprès d’elle. Les jeunes filles, vont la nuit déraciner en grand secret la Mandragore en s’embrassant et se caressant, et lui adressent une incantation où chacune supplie la plante de la marier.


Mætrægunæ, Doamnæ Bunæ Mandragore, Bonne Dame

Mæritæ-mæ peste o lunæ Marie-moi le mois prochain

De nu-i astæ Si ce n’est ce mois-ci

In cee laltæ Le mois suivant

Mæritæ-mæ Marie-moi

Dupæ o laltæ De toutes façons


De même qu’avec l’inule, à la place de la plante, elles déposent de la nourriture en offrande. De retour au village, il est très important que personne ne se doute de l’action qui vient d’être effectuée, sinon la magie perdrait son efficacité et la praticienne subirait les effets inverses de ceux espérés.

Pour l’amour, Marika lui adresse l’incantation suivante :


Doamnæ, Dame,

Dæ-mi Doamnæ ce gîndesti, Donne-moi, Dame, ce à quoi tu penses,

Sæ-mi trimesti Doamnæ dorin†a, Envoie-moi, Dame, ce que je désire,

Tu-î susæ Tu es si grande

cæ în tine mæ cred, que c’est à toi que je crois,

Si la tine mæ predau Et à toi que je me livre,

Cæ tu esti dragoste si adevær, Car tu es l’amour et la vérité,

Si tu-mi rezolvi problemele, Et tu résoudras mes problèmes,

Si în tine mæ încred Et j’ai confiance en toi

Si pe tine, draga mea te iubesc, Et c’est toi, ma chérie, que j’aime,

Mætrægunæ, Mætrægunæ dragæ, Mandragore, chère Mandragore,

Scumpæ, iubitoare, Très chère, aimée,

Bunætatea mea, Ma bonté,

in la tine Je tiens à toi

i-oi cinsti, si †i-oi servi Je t’honorerai et je te servirai


Puis à son retour, la jeune fille pose la plante sur la table, et effectue un autre rituel afin de l’honorer comme elle le lui a promis (†i-oi cinsti). Elle l’asperge d’un peu d’eau-de-vie, lui offre à nouveau de la nourriture et lui fait allégeance en l’exhortant de lui apporter des bienfaits :


Na, mænîncæ si tu, si bea Allez, mange toi aussi et bois !

Scumpa mea, Òi draga mea Ma très chère, ma chérie

Cæ tu-mi por†i dragoste si noroc Car tu me portes l’amour et la chance

Tu-mi por†i viitoru Tu me portes mon futur

Tu esti ale mele Tu es à moi

Tu esti totu pentru mine Tu es tout pour moi


Puis la mandragore devra être replantée dans le jardin et chaque matin l’officiante ira lui rappeler sa demande. Autant qu’une incantation, c’est une prière qui est adressée à la plante. L’emphase de l’invocation laisserait plutôt entendre qu’elle s’adresse à une divinité toute puissante. Elle exprime à cette divinité végétale une dévotion infinie. Souvent l’action magique donne une autre portée à l’acte accompli (cf. note 5), mais la demande doit être explicitement formulée et les personnes concernées expressément nommées. Notons que la demande dans cette incantation-ci n’est pas clairement formulée : « Donne-moi, ce à quoi tu penses, Envoie-moi, ce que je désire », ce peut être l’amour ou l’élimination d’une rivale, la plante est censée savoir quel est le souhait de la praticienne. De plus, cette puissance végétale serait-elle si redoutée que l’on ne peut, une fois celle-ci ramenée dans le foyer, verbaliser un désir par trop interdit ? Par ailleurs, cela signifierait-il que l’on ne peut avoir recours qu’à une plante pour oser exprimer les suppliques que l’on ne peut pas adresser à Dieu ? Alors l’allégeance à celle à qui l’on peut tout demander, même ce qui est inavouable, est sans borne. Et on lui dit les mots d’amour que l’on espère entendre, enfin, grâce à son intervention.

En revanche l’incantation recueillie à BudeÒti, est aussi explicite qu’impérieuse. La jeune fille effectue le même rituel, se met nue devant la plante, et lui offre aussi de la nourriture et de l’eau-de-vie. Elle danse en lui chantant l’incantation suivante :


Næ doamna bunæ Allez bonne dame

Mæritæ-mi înt’ asta lunæ Marie-moi le mois prochain

De nu înt’ asta în ceielaltæ Sinon le mois suivant

Numai sæ fiu mæritatæ Seulement que je sois mariée

Cæ de nu-mi mærita Si tu ne me maries pas

Hîdæ goangæ te a mînca Qu’un affreux insecte te mange


Dans l’incantation de Marika, la mandragore est censée deviner le désir de la jeune fille, dans celle-ci c’est la plante qui doit lui apporter un mari : « Si tu ne me maries pas ». Et contrairement à l’incantation de Marika, la plante est menacée de mort si elle n’exauce pas la prière de la jeune fille. Quant à la menace de mort, si elle est impensable dans les prières adressées à Dieu ou à ses saints, elle se retrouve souvent dans le dire magique. L’adjuvant invoqué est flatté, supplié mais menacé s’il n’accède pas à la demande (comme nous l’avons vu pour les amoureux, les arbres fruitiers et comme nous le verrons plus loin pour le sureau).


Pour la haine… Toute représentation symbolique « possède un double aspect » (Chevalier, 1982 : p. XXV). La mandragore, plus que d’autre, comporte cette composante ambivalente. Dans les incantations recueillies, la mandragore est appelée « Bonne Dame » et elle est vénérée comme une divinité bénéfique. Mais lorsque se mêlent aux rituels des éléments chrétiens et païens, voire démoniaques, elle peut aussi être appelée «Lumière du Diable » (Evseev, 1998, p. 266). Si l’on obtient d’elle l’amour et le mari espéré, tout est simple si l’homme est libre. S’il ne l’est pas, la magie empruntera d’autres voies, qu’elles soient suggérées (« ce à quoi tu penses (…), ce que je désire (…), tu me portes mon futur ») ou nettement exprimées. Aussi pour provoquer des querelles et des séparations, qu’elles soient d’ordre amoureux ou soient animées par d’autres intérêts, on maltraitera la mandragore, on l’insultera, voire on défèquera sur elle comme l’affirma en 2002 une habitante de Breb de 67 ans. On la jettera ensuite en direction des personnes que l’on souhaite séparer. Mircea Eliade (1970 : 210, note 23) contestait cependant ce rituel « pour la haine » dont il avait eu connaissance en 1931 dans un autre village du MaramureÒ, la plante revêtant, à sa connaissance, un caractère trop sacré. Les propos de cette interlocutrice confirmait ce rituel « de haine », elle y ajoutait même une notion de souillure. On peut simplement en conclure que, du moins dans cette province, le comportement à l’égard de la plante est fonction de ce que l’on veut obtenir d’elle : de la nourriture, des caresses et de douces parole pour l’amour et ses joies, des coups, des insultes et des excréments pour des querelles et des séparations.

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D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012), la mandragore (Mandragora officinarum) est un "diabolique porte-bonheur".

Double identité : Dès le premier siècle de notre ère furent mentionnés deux types de mandragore : la mandragore femelle (racine de couleur noire à l'extérieur et blanche à l'intérieur, aux feuilles étroites et malodorantes et aux fruits jaune pâle) et la mandragore mâle (racine blanche, aux fruits jaune safran, plus gros et agréablement parfumés). En réalité, toutes les fleurs sont bisexuées et un pied unique peut produire des fruits. La mandragore dite femelle est l'espèce méditerranéenne, autumnalis, tandis que la mandragore jadis considérée comme masculine est la mandragore blanche, Mandragora officinarum.

Véritable objet de fascination, la silhouette anthropomorphique de certaines racines fut créditée de pouvoirs exceptionnels, essentiellement dans le domaine de la chance et de la protection.

Porter sur soi un fragment de la racine est ainsi un gage de bonheurs multiples : il préserve des maladies et des mauvais sorts, assure une victoire aux procès ainsi qu'une réussite constante dans les affaires tout en protégeant ses heureux détenteurs des voleurs et de la mélancolie. La mandragore permet également aux jeunes filles de recevoir une demande en mariage et rend irrésistibles les hommes souhaitant augmenter leur charme. Et ce n'est pas tout ! Réputée pour apporter la richesse, la mandragore pourrait dédoubler un ducat placé sous sa racine durant toute une nuit. Mais attention à ne pas renouveler l'expérience trop souvent, sans quoi cette "main de gloire" comme on la surnommait, pousserait son propriétaire à voler les biens d'autrui...

Porte-malheur : Selon la tradition, l'arrachage étourdi d'une mandragore implique soit l'aveuglement du fautif, soit sa mort, c'est selon...

Une racine à choyer : Certes la mandragore porte bonheur mais à condition d'être traitée avec le plus grand soin. Celui qui a la chance d'en posséder une ne doit surtout pas oublier de la plonger régulièrement soit dans du lait, soit dans du vin rouge ou de l'eau tiède. Il devra l'habiller de soie puis lui présenter deux fois par jour un repas composé de biscottes ou de viande pare exemple ( même si la racine n'ingurgite rien - et la coucher enfin confortablement dans un coffret. Si ces conditions ne sont pas suivies à la lettre la racine se mettra à crier plaintivement et apportera l'infortune sur son détenteur jusqu'à le conduire à sa mort !

Amour, gloire et fécondité : "Elle a le pouvoir de marier les filles, de porter chance en amour et fécondité en mariage ; elle peut faire augmenter la quantité de lait des vaches ; elle agit heureusement sur le progrès des affaires ; elle porte richesse et, généralement, amène en toutes circonstances prospérité, harmonie, etc." (Mircea Eliade).

Déterrer la mandragore : Outre le fait d'être rares en Europe, les mandragores ne poussent pas n'importe où. La tradition décrit la mandragore comme souvent enfouie aux pieds d'une roue ou d'un gibet sur lesquels une victime innocente et/ou vierge a péri. Les bourreaux qui se livraient au commerce fort lucratif de la plante, se référaient à la hauteur de la tête du supplicié pour connaître la profondeur à laquelle ils devaient creuser pour trouver la racine... Attention au moment de déterrer la racine, les cris plaintifs de la mandragore sont insoutenables pour l'oreille et pour l'esprit humain.

Aux dires d'Albert-Marie Schmidt, la mandragore peut également être "issue du germe déposé par une pluie divine que vitalise la sueur des étoiles dans un petite matrice tellurique." Dans ce cas, on la trouvera entre les racines des chênes et des coudriers ou au pied des arbres sur lesquels se développe le gui.

Mais quel que soit le lieu où la mandragore pousse, elle s'enfuit systématiquement par un réseau de galeries souterraines dès qu'une personne impure s'approche d'elle. Pour amadouer la plante, jeûnes, prières et purifications à l'aide d'eau de rosée consacrée ou d'un dépôt de sang menstruel ou d'urine féminine sur la plante étaient nécessaires. Pour autant, l'immobilisation de la mandragore sur son lieu de vie n'est qu'une première étape, reste la plus périlleuse : l'arrachage de la racine dont le contact est infiniment dangereux.

Les grimoires et traités ésotériques recommandaient de sacrifier un chien noir pour déterrer la précieuse racine et proposaient deux façons d'opérer. La première consiste à jeter le pauvre animal, avec du sang et une infusion de chauve-souris et des rats noirs, dans un trou porche du lieu supposé où se terre la mandragore. La seconde possibilité revient à ameublir la terre avec de l'urine féminine avant de déterrer presque entièrement la racine avec un os.

Dans les deux cas, l'homme doit ensuite attacher son chien à la plante puis se boucher les oreilles pour ne pas entendre le cri supposé strident et mortel de la racine arrachée à sa terre nourricière. Une fois sa tâche accomplie, le chien périt toujours rapidement.... Son propriétaire doit l'enterrer avec un quignon de pain, une poignée de sel et un sou en échange de la mandragore prélevée. Il évitera ainsi de subir le courroux de la terre.

Service des fraudes : La valeur marchande des racines de mandragore a poussé certains à frauder. A l'aide de ficelles, ils donnaient forme humaine à une racine de bryone ou de roseau encore verte puis incluaient des graines de millet ou d'orge sur le haut de la partie souterraine (la future tête) avant de planter le tout dans du sable. Après 20 ou 30 jours, les tricheurs déterraient la racine et taillaient les radicelles de céréales de façon à simuler des cheveux et une barbe.

Une fuite simulée : Connaissant les propriétés narcotiques de la mandragore, Hannibal fit croire à ses ennemis africains que son armée avait précipitamment déserté le camp en laissant derrière elle victuailles et tonneaux de vin. Heureux de leur victoire supposée, les soldats burent l'alcool sans se douter un instant que des racines de mandragore avaient longuement macéré dans le liquide. Plongés dans un état comateux, les hommes furent égorgés par la troupe d'Hannibal, qui avait épié leur beuverie de loin, sans pouvoir opposer aucune résistance.

Somme médicinale : Bien qu'aujourd'hui délaissées, les vertus analgésiques de la mandragore sont connues depuis l'Antiquité. Hippocrate, célèbre médecin de cette époque, se servait des pouvoirs anesthésiques de la plante pour amputer ses patients."

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