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  • Anne

Le Lys



Étymologie :

  • LIS, LYS, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1150 bot. (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 8038) ; b) ca 1223 symbole de pureté, de vertu (Gautier de Coinci, éd. V. F. Kœnig, II Mir. 32, 235 : la fleurs de lis [désignant la Vierge]) ; 2. a) ca 1225 hérald. (Durmart le Gallois, éd. J. Gildea, 8558) ; b) 2e moitié du xive s. les fleurs de lis « la famille royale française » (Chronique des règnes de Jean II et de Charles V, éd. R. Delachenal, t. 1, p. 185, cf. Gdf., s.v. lis2 [Chron. de S.-Den.]) ; c) fin du xvie s. fleur de lis « marque au fer rouge qu'on applique sur l'épaule de certains condamnés » (P. de L'Estoile, Mémoires, 2e p., p. 342 ds Gdf. Compl.) ; 3. a) 1583 lis d'étang « nénuphar » (Ch. Estienne, J. Liébault, L'Agriculture et maison rustique, p. 134a) ; b) 1680 lis des vallées « muguet » (Rich.) ; c) 1840 lis de Saint-Jacques « amaryllis » (Ac. Compl. 1842) ; d) 1896 lis d'eau « nénuphar » (Roll. Flore t. 1, p. 148). Forme du plur., qui a éliminé le sing. *lil, du lat. lilium « lis », qui ne semble attesté que chez Béroul, Tristan, éd. E. Muret 4, 2738.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Lilium candidum ; Lis blanc ; Lis commun ; Lis de Saint-Antoine ; Rose de Junon.

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Botanique :


Dans Histoire et légendes des plantes utiles et curieuses (Librairie de Firmin Didot, Frères, Fils et Cie, 1871), J. Rambosson poursuit la tradition du sélam à la mode au XIXe siècle, en proposant quelquefois une courte description botanique :

LE LIS. Ses diverses espèces ; sa description ; ses propriétés ; ses symbolismes ; le lis chez les Grecs ; le lis et les poëtes.

Le lis est une plante herbacée, à tige simple, droite, élégante et couronnée d'un épi de fleurs resplendissantes, qui s'épanouissent en juin et en juillet.

Les fleurs du lis sont en général de grande dimension; il y en a de diverses couleurs : blanches, roses, carminées, violacées, rouges, orangées, etc.

Les principales espèces sont :

Le lis géant, des montagnes de l'Himalaya, introduit depuis une vingtaine d'années en Europe. C'est la plus grande espèce connue. Sa tige, presque de la grosseur du bras d'un enfant au niveau du sol, s'élève à trois mètres et même plus, et se termine par une grappe de fleurs odorantes, d'un blanc jaunâtre, colorées de carmin à l'intérieur.

Le lis blanc ; c'est l'espèce classique du genre, la plus anciennement connue et aussi une des plus belles. L'origine de sa culture remonte aux temps les plus reculés, comme le prouvent de nombreux passages de la Bible et des auteurs grecs et latins.

Le lis à grandes fleurs, du Japon, plante peu élevée eu égard à la grandeur de ses fleurs ; sa tige dépasse rarement quatre-vingts à quatre-vingt-dix centimètres de hauteur.

Le lis tigré ou martagon de la Chine, très belle plante de l'Asie orientale, haute d'un mètre et plus. Ses fleurs, au nombre de six à douze sur une même tige, sont grandes, inclinées, d'un rouge écarlate ou orangé ponctué de pourpre et de brun à l'intérieur.

Le lis de Chalcédoine, connu aussi sous le nom de martagon d'Orient, martagon écarlate, originaire de l'Asie Mineure, et introduit depuis plusieurs siècles dans les jardins de l'Europe ; ses feuilles sont courtes et ses flèurs rouge écarlate.

Le lis orangé, indigène de l'Allemagne méridionale, est d'une taille élevée ; ses fleurs, grandes, forment de véritables ombelles au sommet de la tige : elles sont d'un rouge orangé parsemé de ponctuations brunes. Il est presque aussi commun dans les jardins que le lis blanc

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Usages traditionnels :


Selon Françoise Nicollier et Grégoire Nicollier, auteurs de "Les plantes dans la vie quotidienne à Bagnes : noms patois et utilisations domestiques." (In : Bulletin de la Murithienne n°102, 1984 : pp. 129-158) :


rï d'or, f. = « racine » d'or = lys orangé = Lilium bulbiferum : les feuilles, appliquées sur la peau, guérissent les infections; on peut aussi les cuire avec du pain blanc et du lait et appliquer le mélange sur les abcès.




Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) nous livrent leur vision de cette fleur royale :


Été - Août.

LIS COMMUN - MAJESTÉ.

Il est le roi des fleurs dont la rose est la reine (Boisjolin).


Du milieu d'une étoffe de longues feuilles, qui, en se développant, se renversent et se pressent les unes sur les autres, comme pour former un trône circulaire de verdure, on voit s'élancer une tige élégante et superbe, qui se termine par une grappe de longs boutons d’un vert doux et luisant. Le temps insensiblement gonfle et blanchit les boutons de cette belle grappe, et vers le milieu de juin, ils s'inclinent et se déploient en six pétales d'une blancheur étincelante. Leur réunion forme ces vases admirables, où la nature s'est plu à renfermer des étamines d'or, qui versent des flots de parfums. Ces belles fleurs, à demi inclinées autour de leur haute tige, semblent demander et obtenir les hommages de toute la nature ; mais le lis, malgré ses charmes, a besoin d'une cour pour paraître dans tout son éclat. Seul, il semble froid et comme délaissé ; environné de mille autres fleurs, il les efface toutes : c'est un roi ; sa grâce, c'est la majesté. On ne trouve nulle part chez nous le lis primitif ; il nous vint de la Syrie ; jadis il para les autels du Dieu d'Israël, et couronna le front de Salomon ; mais il règne dans nos jardins depuis un temps immémorial. Charlemagne voulait qu'il partageât, avec la rose, la gloire de parfumer ses jardins, et, s'il faut en croire les antiques récits de nos aïeux, le vaillant Clovis reçut un lis cé leste le jour où la victoire et la foi lui furent données. Louis VII vit dans les fleurs du lis le triple symbole de sa beauté, de son nom et de sa puissance : il les plaça sur son écu, sur son sceau, et sur sa monnaie. Philippe-Auguste en sema son étendard. Saint Louis portait une bague représentant, en émail et en relief, une guirlande de lis et de marguerites, et sur le chaton de l'anneau était gravé un crucifix avec ces mots :

Hors cet annel, pourrions-nous trouver amour ? parce que, en effet, cet anneau offrait, à ce monarque pieux, l'emblème de tout ce qu'il avait de plus cher, la religion, la France et son épouse. Ce fut aussi une idée religieuse qui engagea Charles V à fixer à trois le nombre de ses fleurs de lis ; depuis son règne, ce nombre n'a plus varié ; mais si le lis céleste brilla depuis Clovis sur le manteau et sur l’écusson de nos rois, il donna aussi sa couleur à l'étendard de nos guerriers. Le plumet de Henri IV, qui conduisit toujours les Français à la victoire, était blanc comme un lis : il était l'image d'une âme pure, et d'une gloire sans tache. Il fut un temps où l'écharpe blanche ne soutenait plus l'épée redoutable de nos guerriers ; l'élégance et la courtoisie s'enfuirent avec nos drapeaux blancs. Hélas ! la gloire française illustra d'autres drapeaux ; mais souvent elle gémit de ses folles victoires, au milieu des dépouilles du monde. Ces temps malheureux sont déjà loin de nous.


Noble attribut de la puissance,

O lis ! pour nous sois désormais

Le gage heureux de l'abondance,

Et le symbole de la paix.

Et toi, qui te crus sa rivale,

Devant lui, mère impériale, Abaisse ton front éclipse ;

De ton fol orgueil détrompée ,

Descendis de ta gloire usurpée :

Ton règne d'un jour est passé.

Les Fleurs, idylle, par M. Constant Dubos.

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Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Lis commun - Majesté.

A cause de la noblesse de son port et parce qu’il orne l’écu des rois de France.


Lis jaune - Vanité.

A cause de la raideur de sa tige, que jamais le zéphir ne balance, et de la couleur jaune d’ostentation de sa fleur.

 

Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


LIS – MAJESTÉ.

Il n'est pas bon de manger beaucoup de miel et celui qui voudra sonder la majesté de Dieu, sera accablé par sa gloire. -

Proverbes : XXV, 27.

Tout le monde connait le lis, cette plante magnifique qui s'élève avec une grâce majestueuse au-dessus de l'herbe des champs, au dessus des fleurs de nos parterres et dont le parfum exhale la plus douce ambroisie. Sa bulbe est écailleuse et produit un faisceau de feuilles allongées, ondulées, environnant la base d'une tige simple, élevée, garnie dans toute sa longueur de feuilles plus étroites, lancéolées et d'un joli vert. Vers la mi-juin cette tige se termine par un épi de fleurs grandes, belles, d'une blancheur admirable et d'une odeur exquise.

Une plante telle que le lis ne pouvait pas être admirée sans amener le merveilleux, surtout chez une nation comme celle des Grecs. Le lis ne devait donc pas avoir une origine ordinaire. Selon les uns il a été créé par Vénus, qui changea en cette fleur une jeune fille pour avoir osé lui disputer le prix de la beauté ; selon d'autres, il a été produit par une goutte de lait échappée du sein de Junon, lorsqu'elle repoussa Hercule enfant, que Jupiter voulait lui faire allaiter ; une autre portion de ce lait forma la voie lactée.

Un roi de Navarre, Garcias IV, avait institué l'ordre militaire de Notre-Dame du Lis, à l'occasion d'une image de la Vierge, trouvée miraculeusement dans un lis, à ce qu'on lui fit accroire, et par laquelle ce prince fut guéri d'une maladie dangereuse.

DU LIS BLANC.

Le lis blanc est une plante naturalisée depuis très longtemps dans la plus grande partie de l'Europe australe, et aujourd'hui il est cultivé dans tous nos parterres où il brille parmi toutes les autres fleurs. Il lui est arrivé à certaines époques de bien puissantes rivales, mais accoutumé à dominer, il n'a rien perdu de sa brillante réputation, il parait au milieu d'elles avec fierté, bravant et les froids de nos hivers et la température inégale de nos étés , tandis que les autres, à l'approche des moindres gelées, fuient dans les serres où ils ont pris naissance. Son odeur suave nous transporte au milieu des aromates de ces contrées de l'Orient qu'il a quittées pour habiter parmi nous. Ses aimables attributs ont fourni les comparaisons les plus gracieuses ; il est dans son éclat, l'image du bel âge de la vie ; réuni à la rose sur les joues d'une jeune vierge, c'est la beauté dans sa fraîcheur ; flétri et incliné sur sa tige, c'est encore cette même beauté que la mort vient de moissonner.

Le lis est une de ces plantes très souvent mentionnées dans les saintes Ecritures ; dans le Cantique des cantiques, l'Epoux et l'Epouse sont très souvent comparé aux lis des champs. Comme le lis s'élève au milieu des épines, ainsi ma bien-aimée, au milieu des jeunes filles. Ailleurs c'est l'époux qui cueille des lis dans son jardin, ou qui se repose parmi eux. Isaïe voulant nous montrer les bienfaits et les avantages de l'avènement du Christ, nous dit que le désert se réjouira, que la solitude sera dans l'allégresse et qu'elle fleurira comme un lis. Dans le prophète Osée le Seigneur voulant nous faire comprendre combien il nous aime et combien nous serons heureux , nous dit : Je serai pour Israël une douce rosée, il fleurira comme le lis et multipliera ses racines comme le cèdre du Liban. Enfin la beauté du lis a été célébrée par Notre-Seigneur lui même : Salomon dans toute sa gloire ne fut jamais vêtu comme l'est un lis des champs ; et poursuivant avec une admirable bonté cette comparaison, ce tendre Sauveur nous apprend qu'une providence maternelle veille sur nous, et que nos moindres besoins lui sont connus.

Aux premiers siècles de la monarchie, le lis devint la fleur favorite de nos rois ; car d'antiques légendes nous apprennent que Clovis reçut d'un ange le lis céleste, qui figura depuis dans les armoiries royales. Charlemagne voulait que des lis se trouvassent dans tous ses jardins ; Louis VII en plaça sur son écu, sur son sceau, sur sa monnaie ; Philippe-Auguste en parsema son étendard ; et ce fut Charles V qui en fixa le nombre à trois.

Cette fleur nous rappelle la touchante et pieuse allégorie de saint Louis roi de France. Il portait une bague représentant, en émail et en relief, une guirlande de lis et de marguerites, et sur le chaton de l'anneau était gravé un crucifix sur un saphir avec ces mots : Hors cet annel pourrions-nous trouver amour ? Ce pieux monarque trouvait en effet dans son anneau l'emblème de tout ce qui lui était cher : Dieu, la France et sou épouse, Marguerite d'Anjou. Les anciens semaient sur les tombeaux les fleurs les plus odoriférantes. Virgile termine l'éloge admirable de Marcellus en jetant à pleines mains des lis sur sa cendre. ( Virgile, Énéide, livre VI.)

Les parfumeurs emploient le lis pour parfumer des pommades, des essences, des huiles, et autres préparations destinées à la toilette. L'eau distillée qu'on débite comme domestique n'a rien qui justifie sa réputation. On a également renoncé aux usages que l'on attribuait à ses propriétés. Les bulbes employées comme mucilagineuses, ne l'emportent nullement sur les autres substances de la même nature. Il est bon de prévenir les amateurs de parfums qu'il est dangereux de trop multiplier les lis, surtout dans les jardins étroits et clos de murs, encore plus dangereux de les conserver dans les appartements renfermés ; leurs émanations produisent sur les personnes délicates des maux de têtes, des vertiges, des syncopes et même des accidents plus graves. Une femme à Londres en 1779 fut trouvée morte dans son lit pour avoir placé des touffes de lis dans sa chambre à coucher.


RÉFLEXIONS.

Il n'y a rien de plus éclatant ni qui fasse plus de bruit que la gloire, et tout ensemble il n'y a rien de plus misérable ni de plus pauvre.

(Bossuet, Oraisons funèbres.)

Tant que vous n'aurez que cette gloire où le monde aspire, le monde vous la disputera : ajoutez- y la gloire de la vertu, le monde la craint et la fuit ; mais le monde pourtant la respecte.

(MASSILLON, Petit-Carême.)

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Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


LIS - MAJESTÉ - PURETÉ.

Le lis est originaire du Levant : il a été longtemps le symbole de la France . Sa tige est couronnée d'un chapiteau de cinq à huit fleurs pédonculées, très grandes, du blanc le plus pur, du parfum le plus suave, dont celles qui sont tout à fait à l'extrémité de la tige regardent fièrement le ciel, et les autres s'inclinent à demi au-dessous de leurs sœurs. Le lis est le symbole de la virginité, de la candeur, de l'innocence, de la pureté.


Le lis, plus noble et plus brillant encore,

Lève sans crainte un front majestueux ;

Paisible roi de l'empire de Flore,

D'un autre empire, il est l'emblème heureux. PARNY.


Le lis que dans ces lieux, un charme fit éclore,

Dans sa coupe d'argent boit les pleurs de l'amour. BAOUR-LORMIAN.


Noble fils du soleil, le lis majestueux

Vers l'astre paternel dont il brave les feux

Élève avec orgueil sa tête souveraine.

Il est le roi des fleurs, comme la rose est reine. BOISJOLIN.

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Lis - Majesté - Souveraineté - Pureté.


Noble fils du soleil, le lis majestueux

Vers l'astre paternel dont il brave les feux

Élève avec orgueil sa tête souveraine.

Il est le roi des fleurs, comme la rose est reine. BOISJOLIN.


C'est alors qu'on chérit un vallon solitaire

Émaillé par des fleurs, asile du mystère ;

Où le superbe lis, d’un luxe si décent

Voit son autel champêtre environné d'encens,

Et croit trop honorer la tendre violette

Du regard protecteur qu'à ses pieds il lui jette. SAINT-LAMBERT.


Les Grecs prétendaient que le lis ne pouvait avoir qu'une origine divine et le supposaient né du lait de Junon.

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Dans Histoire et légendes des plantes utiles et curieuses (Librairie de Firmin Didot, Frères, Fils et Cie, 1871), J. Rambosson poursuit la tradition du sélam à la mode au XIXe siècle :


On croit que le lis blanc, aujourd'hui répandu partoute la terre, nous vient de Syrie. Tout le monde connaît ses grandes fleurs, en forme de cloche légèrement inclinée, d'un blanc si pur, d'une odeur si pénétrante. Aucune plante ne présente à la fois plus de simplicité, plus d'élégance et plus de majesté.

Lorsque le divin fondateur du christianisme parle de toute la splendeur que peut revêtir une tête couronnée, il donne la préférence à la suprême élégance du lis. En rappelant la confiance que l'on doit avoir dans notre Père commun, qui est au ciel, il ajoute : « Considérez comment croissent les lis des champs ; ils ne travaillent point, ils ne filent point, et cependant je vous déclare que Salomon même dans toute sa gloire n'a jamais été vêtu avec autant de magnificence. » (Saint Matthieu, chap. VI.)

Le lis rouge brille d'un éclat tout particulier sous les rayons du soleil ; mais il n'offre point dans son port cette dignité modeste, et ne porte pas sur son front l'empreinte de cette sublime majesté qui a fait du lis blanc l'emblème du pouvoir royal.

Le lis est surtout cultivé dans les jardins ; cependant on le trouve aussi à l'état rustique dans les prés et les champs.

Son parfum en plein air est des plus agréables ; mais il devient trop fort et donne des vertiges et des maux de tête quand on le respire dans des appartements fermés. On l'emploie pour parfumer des pommades, des essences et des huiles; ses bulbes cuites servent quelquefois en cataplasme pour hâter la maturité des abcès.

Le lis est le symbole de la grandeur et de la majesté : il figure sur les armoiries de plusieurs souverains, d'un grand nombre de villes et d'ordr.es de chevalerie.

Il était autrefois l'un des ornements de la couronne de France ; il a suivi dans l'exil la branche aînée des Bourbons. On raconte que Garcias IV, roi de Navarre, qui vivait en 1048, étant tombé dangereusement malade, fut guéri par l'image miraculeuse d'une madone trouvée, dit-on, dans une fleur de lis, et qu'en reconnaissanced'un si grand bienfait il institua l'ordre de Notre-Dame-du-Lis. Saint Louis avait pris pour devise une marguerite et un lis, la première faisant allusion à la reine, et le second aux armes de France ; il avait inscrit sur la devise : Hors cet anneau pourrions-nous trouver amour ? On conserve encore de nos jours la vénération qu'avaient nos pères pour cette belle fleur.

Le lis blanc est également regardé comme l'emblème de l'innocence, de la candeur, de la pureté virginale.

Les Grecs, qui attachaient des idées gracieuses à l'origine de tout ce qui est distingué, regardaient la fleur si belle et si remarquable du lis blanc comme l'image d'une jeune fille qui s'était comparée à Vénus, et attribuaient sa blancheur éclatante à quelques gouttes de lait échappées du sein de Junon.

 

Dans son Nouveau Langage des fruits et des fleurs (Benardin-Béchet, Libraire-Éditeur, 1872) Mademoiselle Clémentine Vatteau poursuit la tradition du Sélam :


Lis : Majesté ; Innocence. Il est le roi des fleurs dont la rose est la reine.

— DE SIBÉRIE : Mes intentions sont pures.

— DES INCAS : Sagesse.

— DU JAPON : Naïveté.

— JAUNE : Inquiétude.

— MARTAGON : Virginité pieuse.

— POMPON : Pureté enfantine.

— SUPERBE : Candeur.

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Édouard Grimard, auteur de L'esprit des plantes, silhouettes végétales. (Éditions Mame, 1875) propose sa propre vision des plantes :


C'est, en effet, lui qui a donné son nom à la famille entière. Le Lis blanc, superbe entre tous, a toujours passé pour être originaire de l'Orient, surtout de la Syrie et de la Palestine. Maintenant il est acclimaté dans nos jardins, où il domine fièrement de son éblouissant diadème le menu peuple des petites fleurs. La beauté remarquable du Lis, dont l'imagination des Grecs avait été frappée, lui fit donner une origine mythologique par ce peuple aux goûts artistiques et toujours épris du merveilleux. Selon certains poëtes donc, il dut sa naissance à Vénus, qui métamorphosa en cette fleur une jeune fille dont la beauté lui parais sait inquiétante ; selon d'autres auteurs, dont l'imagination était beaucoup plus excentrique, le Lis n'était pas autre chose que la transformation végétale d'un peu de lait tombé du sein de Junon, un jour qu'elle allaitait le petit Hercule. Quelques gouttes éparpillées sur la voûte céleste y auraient formé la voie lactée, tandis que les autres, égarées sur la terre, en auraient immédiatement fait jaillir le Lis, dont la blancheur également lactée rappelle l'origine ; de là vient même le nom de Rose de Junon que les Latins donnèrent à cette fleur.

Les propriétés du Lis blanc ont été singulièrement exagérées ; elles sont cependant à peu près nulles, quoi qu'en ait pu dire un certain Matthias Tilingius, nom vaut vraiment la peine d'être conservé, - qui, emporté par une ardeur inconsidérée, composa sur les prétendues vertus de ce végétal une indigeste compilation de six cents pages !

Voilà de quoi peut être capable l'enthousiasme d'un botaniste.

Les bulbes du Lis sont remplis d'un mucilage dont l'action adoucissante est en partie neutralisée par la présence d'un principe d'une grande âcreté. Quant à l'odeur qui s'exhale des fleurs, elle est douce et pénétrante, mais elle devient bien vite dangereuse quand elle est trop condensée, ce qui arrive du reste avec toutes les fleurs, – et l'histoire a conservé le souvenir de diverses personnes qui, s'étant endormies dans des chambres où fleurissaient des Lis, y ont été trouvées mortes le lendemain.

Mais ce ne sont ni ses qualités cachées ni ses vertus secrètes qui constituent l'originalité du Lis. Ce qui le distingue et le classe parmi les végétaux remarquables, c'est le caractère de sa beauté, en un mot, sa physionomie. De tous temps cette plante a occupé une place importante dans la symbolique des fleurs. Les uns en ont fait l'emblème de la pureté, les autres de la modestie ; les anciens en faisaient le symbole de l'espérance. Toutes ces appréciations sont naturellement arbitraires, et comme, d'autre part, on a de toutes façons abusé du « langage des fleurs », il vaut mieux n'insister que sur l'expression ... que j'appellerais philosophique, si je ne craignais d'effaroucher certains de mes lecteurs et la plupart de mes lectrices. Mais que les uns et les autres se rassurent, car le mot est plus effrayant que la chose. Laissons donc de côté symboles et emblèmes, décrivons simplement le beau végétal qui fait l'objet de cette étude.

Que voyons-nous dans le Lis ? D'abord une touffe de feuilles qui, serrées les unes contre les autres, ont l'air de concentrer leurs efforts. Que va-t-il sortir du milieu d'elles ? A quoi donc leur beau groupe va-t-il servir de piédestal ?

La voici qui s'élève, la colonne merveilleuse. Svelte mais suffisamment feuillée, elle s'élance, elle monte, dépassant d'environ dix fois la hauteur de sa base étalée. Qu'elle est belle dans l'harmonie de ses proportions ! Plus basse, elle semblerait écrasée ; plus haute, elle paraîtrait trop grêle. Elle est superbe ainsi.

Voyez avec quelle ardeur, avec quelle sorte d'émulation montent et se dépassent les petites folioles qui, en s'étageant le long de la tige, semblent vouloir atteindre, là-haut, les belles fleurs épanouies.

Et dans cette fleur quelle simplicité ! quelle pureté ! quel éclat ! Avec quelle loyauté elle étale au grand jour ses irréprochables pétales ! Oh ! elle a la conscience pure, allez ; regardez jusqu'au fond, vous n'y trouverez pas une seule tache, rien que la poussière d'or que versent les étamines sur ces fermes tissus, dont la blancheur opaque et laiteuse est devenue proverbiale et sert, comme la neige, de terme de comparaison.

Elle était si pressée de fleurir, c'est-à-dire d'atteindre l'idéal que rêve toute plante, qu'elle a négligé de se faire un calice, ou plutôt que ce calice lui-même a revêtu sans transition l'éclatante livrée d'une corolle. Le voilà ce Lis ! admirons-le, et sans chercher à définir l'idée plus ou moins mystique qu'il re présente, contemplons en lui les proportions élégantes, les belles lignes, les couleurs éclatantes, et cette expression de loyauté sereine qui émane de sa pure et calme beauté.

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Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article au Lis :


Le lis, vivante image de la pureté, de l'innocence virginale, consacré à la Vierge Marie, semble faire partie de ces archétypes qui hantent la mémoire des peuples. Pourtant, le mot lis n’apparaît en notre langue qu'en 1175, dans un roman de Chrétien de Troyes, il est donc vraisemblable que cette fleur n'ait été connue en France qu'à partir du XIIe siècle ; effectivement, on la donne comme introduite par les croisés à leur retour de Terre sainte. La patrie du lis est le Levant et c'est dans la Bible qu'il est tout d'abord mentionné, au Cantique des cantiques : « Comme le lis entre les chardons / Telle ma bien-aimée entre les femmes », et dans l’Évangile selon saint Matthieu, lorsque Jésus emploie la parabole bien connue : « Considérez comment croissent les lis des champs ; ils ne peinent ni ne tissent ; cependant, je vous le dis, Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. » Remarquons que jusqu'ici, il n'est guère question de pureté ; le lis symbolise l’élection, le choix divins, celui d'Israël parmi les nations, puis, dans le christianisme, celui de Marie « entre toutes les femmes ». C'est seulement alors qu'il commença à symboliser la virginité. Le culte de la Vierge Marie atteignait son apogée en Occident au moment même où le lis du Moyen-Orient y aurait fait son entrée. Ils sont restés depuis étroitement liés.

Cependant, le parfum des lis, si fort et quelque peu entêtant, trouble même les enfants à l'église et, dans La Cathédrale, Huysmans dénonce ses effluves capiteux : « Son parfum est absolument le contraire d'une senteur chaste ; c'est un mélange de miel et de poivre, quelque chose d'âcre et de doucereux, de pâle et de fort » que l'écrivain n'hésite pas à qualifier d'érotique.

Il est vrai que les fables relatives au lis dans la Grèce antique iraient tout à fait dans ce sens. Héraclès enfant aurait été autorisé par Zeus à téter la mamelle d'Héra endormie, moins malgré l'opinion de certains, pour participer à la divine immortalité qu'afin de se faire adopter par Héra qui détestait cet enfant né des amours deux fois adultérins du maître de l'Olympe avec une humaine, Alcmène, femme d'Amphitryon. Goulu comme il était, Héraclès tira si fort qu'une partie du lait divin se répandit dans le ciel, où il forma la Voie lactée, tandis que d'une goutte tombée sur la terre naquit le lis. A la vue de toute cette blancheur, ajoutent les fabulistes, « Aphrodite, issue elle-même de la blanche écume de la mer, en conçut une vive jalousie et, par dépit, fit pousser au milieu de la fleur candide un pistil énorme qui rappelle la verge de l'âne ». Assurément, cet organe choquant est caractéristique du Lilium candidum, qui, venu d'Orient, aurait été cultivé très tôt en Grèce, tandis que dans les autres historiettes relatives au lis il s'agit des lis rouges, eux indigènes. Il n'en reste pas moins qu'on est bien obligé de reconnaître à la fleur de lis une certaine ambiguïté. Symboliquement, elle représenterait un amour intense, mais irréalisable, celui du servant pour sa dame, et aussi du dévot pour Marie, et nous savons à quel point furent liés au XIIe et XIIIe siècles culte de la Vierge et amour courtois, un amour donc qui ne peut être que refoulé ou sublimé.

Même ces fleurs héraldiques que sont les lys de France sont équivoques. Il y a fort longtemps que les historiens ont remarqué que le fleuron à trois lobes ne ressemblait point du tout à une fleur de lis. La figuration la plus ancienne ne remonte pas au-delà de 1180, on la trouve sur un contre-sceau de Philippe-Auguste - ce qui, notons-le, correspond à la date de l'apparition du mot en français et peut-être à celle de son introduction depuis le Levant. Après quoi, les lys deviennent l'emblème de la Maison de France ; plus tard, en l'honneur de la Sainte Trinité, Louis VII limita leur nombre à trois et, dès le règne de Charles V, les armes de France s'énonçaient : « d'azur à trois fleurs de Lys d'or ». Mais les érudits ont depuis longtemps découvert la préfiguration du lys héraldique dans le sceptre des rois mérovingiens du VIe siècle ; or, la fleur qui se termine est, stylisée, mais reconnaissable, celle d'un iris, celle d'une espèce cette fois vraiment indigène, l'iris jaune ou iris des marais.

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D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Le lis est synonyme de blancheur et, en conséquence, de pureté, d'innocence, de virginité. On le trouve chez Boehme ou chez Silesius comme symbole de la pureté céleste : Le fiancé de ton âme désire entrer ; fleuris : il ne vient pas que les lis ne fleurissent.

Toutefois, le lys se prête à une interprétation toute différente. Il serait le terme de la métamorphose d'un mignon d'Apollon, Hyacinthos, et rappellerait à ce titre des amours interdites : mais il s'agit ici du lis martagon (le lis rouge). C'est en cueillant un lis (ou un narcisse) que Perséphone fut entraînée par Hadès, épris d'elle, dans une ouverture soudaine du sol, jusqu'en son royaume souterrain ; le lis pourrait à ce titre symboliser la tentation ou la porte des Enfers. Dans sa Mythologie des plantes, Angelo de Gubernatis estime qu'on attribue le lis à Vénus et aux Satyres, sans doute à cause du pistil honteux et, par conséquent, le lis est un symbole de la génération ; ce qui, selon cet auteur, l'aurait fait choisir par les rois de France comme symbole de prospérité de la race. Outre cet aspect phallique, Huysmans dénonce dans La Cathédrale ses capiteux effluves : son parfum est absolument le contraire d'une senteur chaste ; c'est un mélange de miel et de poivre, quelque chose d'âcre et de doucereux, de pâle et de fort ; cela tient de la conserve aphrodisiaque du Levant et de la confiture érotique de l'Inde. On pourrait ici rappeler les correspondances baudelairiennes de ces parfums : qui chantent les transports de l'esprit et des sens. Ce symbolisme est plutôt lunaire et féminin, comme Mallarmé l'a si bien senti :


Et tu fis la blancheur sanglotante des lys

Qui roulant sur des mers de soupirs qu'elle effleure

A travers l'encens bleu des horizons pâlis

Monte rêveusement vers la lune qui pleure !


Ce symbolisme se précise encore en s'intériorisant, dans un autre poème, "Hérodiade" :


... j'effeuille

Comme près d'un bassin dont le jet d'eau m'accueille

Les pâles lys qui sont en moi...


La symbolique des eaux s'ajoute ici à celle de la lune et des rêves pour faire du lis la fleur de l'amour, d'un amour intense, mais qui, dans son ambiguïté, peut être irréalisé, ou refoulé ou sublimé. S'il est sublimé, le lis est la fleur de gloire.

Tu seras Marcellus. Donnez des lis à pleines mains, que je répande des fleurs éblouissantes. (Énéide, Virgile, 6, 884). Cette notion n'est pas étrangère à l'équivalence qu'on peut établir entre le lis et le lotus, élevé au-dessus des eaux boueuses et informelles. Il s'agit alors d'un symbole de la réalisation des possibilités antithétiques de l'être. Peut-être faut-il interpréter en ce sens les paroles d'Anchise à Énée, lui prédisant le merveilleux destin de sa race : Cette offrande de lis, à la mémoire du jeune Marcellus, lors de la descente d'Énée aux Enfers, illustre toute l’ambiguïté de la fleur : la voyant au bord du Léthé (6, 706), Énée est parcouru d'un frisson sacré devant le mystère de la mort ; d'autre part, ces fleurs éblouissantes, offertes au fils adoptif d'Auguste, contribuent à ranimer dans le cœur d'Énée l'amour de sa gloire future. Valeur à la fois funèbre et exaltante du symbole.

Le lis héraldique à six pétales peut encore s'identifier aux six rayons de la roue dont la circonférences n'est pas tracée, c'est-à-dire aux six rayons du soleil : fleur de gloire et source de fécondité.

Dans la tradition biblique, le lis est le symbole de l'élection, du choix de l'être aimé :


Comme le lis entre les chardons,

telle ma bien-aimée entre les jeunes femmes.

Cantique des Cantiques (1, 2)


Tel fut le privilège d'Israël parmi les nations, de la Vierge Marie parmi les femmes d'Israël. Le lis symbolise aussi l'abandon à la volonté de Dieu, c'est-à-dire à la Providence, qui pourvoit aux besoins de ses élus :

Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent, ni ne filent (Matthieu, 6, 28).

Ainsi abandonné entre les mains de Dieu, le lis est cependant mieux vêtu que Salomon dans toute sa gloire. Il symboliserait l'abandon mystique à la grâce de Dieu."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Lis (Lilium candidum) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Lune

Élément : Eau

Divinités : Aphrodite-Vénus ; Héra-Junon ; Nebthâît (Nephthys en grec), l'une des déesses du mythe osirien.


« Voyez le Lis des champs. Ils ne travaillent point; ils ne filent point. Et cependant, je vous le déclare, Salomon lui-même dans toute sa gloire n'a jamais été vêtu avec autant de magnificence. » (Matthieu, VI.)

Les Latins l'appelaient Rose de Junon en souvenir de la fable hellénique d'après laquelle Héraclès enfant avait tété sa mère, Héra, avec une telle avidité qu'une partie de ce lait tomba sur le sol où il devint la fleur de Lis. A la vue de cette blancheur inégalée, Aphrodite, issue elle-même de la blanche écume des flots, en conçut une vive jalousie et, par dépit, fit pousser au milieu de la fleur virginale un pistil énorme qui rappelle la verge de l'âne.

En dépit de ce détail grivois de la légende antique, la déesse Pudicitia n'en porte pas moins une tige de Lis fleuri à la main ; Junon également. A cause de ce pistil honteux, cependant, on attribuait aussi cette fleur à Vénus libentina et aux Satyres.


Pouvoirs : Divination ; Charmes amoureux ; Projection astrale ; Protection, plus particulièrement contre les envoûtements sexuels.


Utilisation rituelle : La fleur de Lis fut, dans les temps reculés, l'emblème de la création universelle.

Puis elle fut à la fois associée au libertinage (Vénus libentina, saturnales, fêtes dionysiaques) et à la virginité, la chasteté (Héra-Junon, gardienne des femmes et surveillante des bonnes mœurs). Avec le temps, l'image libertine s'est graduellement estompée et le Lis a partout affirmé sa vocation de fleur pure et virginale.

Un souvenir des anciennes croyances se retrouve dans la tradition qui a fait du Lis un symbole de grandeur et de majesté ; il figure sur les armoiries de plusieurs souverains, d'un grand nombre de villes et d'ordres de chevalerie.

Beaucoup d'auteurs spécialisés différencient très nettement la fleur du Lis (du Lilium candidum) de la fleur de lis (qui devrait s'écrire fleurdelys), emblème de la royauté en France depuis Louis VII. Nous avons évoqué ce problème héraldique dans la fiche sur l'iris des marais, donnant à propos de cette fleur aquatique l'une des nombreuses explications fournies. Selon d'autres blasonneurs, la fleurdelys royale n'a jamais été une fleur, mais une figure graphique stylisée, et ils lui attribuent diverses origines, la lance, par exemple. Si erreur il y a, il faut toutefois admettre qu'elle s'est solidement ancrée dans les usages car, jusqu'à la chute de l'Ancien Régime, l'un des noms que l’on donnait à la France était le royaume des Lis.

Dans les dictionnaires du XIX e siècle on peut relever cette expression :

Etre assis sur les fleurs de Lis = siéger ; exercer une charge de magistrature, par allusion aux fleurs de Lis dont étaient couverts les sièges des anciens magistrats français.

Et il Y avait aussi la fleur de Lis infâmante : celle que le bourreau imprimait avec un fer rouge sur l'épaule de certains condamnés; ainsi tous les galériens étaient automatiquement marqués de la fleur de Lis.

Le Lis d'or fut une monnaie émise sous Louis XIV ; elle avait une valeur nominale de huit livres et circula de 1655 à 1679.


Utilisation magique : Un oignon de Lis, sorti de la terre lors de la conjonction de Vénus et de la Lune dans le signe du Capricorne ou des Balances rompt les envoûtements amoureux si on le suspend dans un sachet autour du cou.

Avec les Lis, on compose des parfums à brûler qui, employés en fumigation dans une salle peinte en blanc, rendent celle-ci propice aux manifestations astrales.

Pour obtenir des indices concernant un crime impuni, même commis il y a très longtemps, il faut enterrer un vieux morceau de cuir sous trois bulbes d'inégale grosseur ; lorsque les trois fleurs seront sur le point de se faner, le pollen tombant de leurs pistils écrira sur le sol le nom de l'assassin.

Le tout premier Lis blanc de la saison apporte force et succès à l'homme qui le trouve à l'état sauvage; à la femme il apporte sagesse et modestie.

D'après les Deutsche Sagen de Wolf, un moine du XIIe siècle, Isobert, étant mort alors qu'il adorait la Vierge Marie, en l'honneur de laquelle il récitait chaque jour dix psaumes, de sa bouche, de ses deux yeux et de ses deux oreilles poussèrent cinq Lis.

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Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi le Lis :

Mot clef : Pureté

Ô Lis, combien j'aime ta fleur !

Simple et modeste avec noblesse,

Elle convient à la jeunesse,

Elle couronne la pudeur.


Quand le zéphyr vient avec l'ombre

Ranimer l'arbrisseau mourant,

Je vois ton calice odorant

Se fermer devant la nuit sombre.

Florian (1755-1794),"A un lis".


Le Lis a toujours été le symbole de la pureté. On le voit sur les murs des palais de l'ancienne Grèce, où il était consacré à Héra, déesse de la Lune : alors que celle-ci repoussait Héraclès enfant, que Zeus voulait qu'elle nourrisse, deux gouttes de son lait seraient tombées de son sein : l'une donnant la Voie lactée, et l'autre, le Lis. Cette fleur est aussi dédiée à l'image même de la pureté qu'est la Vierge Marie, et on la reconnaît dans les bouquets des mariées.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


"Fleur des fleurs" chez les Grecs, le lis blanc qui, en tant qu'emblème de la création universelle est à l'Occident ce que le lotus est à l'Orient, symbolise la pureté et l'innocence. Les Anciens l'avaient cependant associé, à cause probablement de son gros pistil, à Vénus et aux satyres. Selon une légende hellénique, Zeus permit à son fils Héraclès de téter le sein d'Héra, afin qu'il accédât aussi à l'immortalité : un peu de lait tomba et donna naissance à la fleur de lis. La déesse Aphrodite, jalouse, "fit pousser au milieu de la fleur candide un pistil énorme qui rappelle la verge de l'âne". En souvenir de cette légende, les Latins appelèrent le lis "rose de Junon" (déesse romaine assimilée à l'Héra grecque).

A cause de ce fameux pistil, le lis personnifie la génération, comme l'atteste d'ailleurs la tradition catholique qui dédie la fleur à saint Antoine, protecteur des mariages. Angelo de Gubernatis suggère également que c'est parce qu'il symbolise la reproduction que le lis fut choisi comme emblème par les rois de France, soucieux de leur succession et de la multiplication de leur peuple. Signalons cependant que, pour certains, la fleur de lis "est une corruption de fleur de Louis, en souvenir non pas du lis, mais de l'iris que Louis VII aurait adopté".

L'aîné de six frères consécutifs ou l'aînée de six sœurs, appelé(e) "marcou", a sur le corps l'empreinte naturelle d'une fleur de lys qui lui donne les pouvoirs de guérison attribués aux rois de France (les écrouelles notamment). Comme le note Victor Hugo (Les Travailleurs de la mer) : "Il suffit, pour guérir les malades, que le marcou souffle sur leurs plaies ou leur fasse toucher sa fleur de lys. La chose réussit surtout dans la nuit du Vendredi saint".

L' "aspect phallique" du lis, son arôme capiteux - "son parfum est absolument le contraire d'une senteur chaste, écrit Huysmans dans La Cathédrale, c'est un mélange de miel et de poivre, quelque chose d'âcre et de doucereux, de pâle et de fort" - en font une fleur de l'amour. D'où l'utilisation du lis dans les charmes amoureux : en porter la racine en pendentif attire les sentiments sincères. A contrario, "un oignon de lis, sorti de la terre lors de la conjonction de Vénus et de la Lune dans le signe du Capricorne ou des Balances rompt les envoûtements amoureux si on le suspend dans un sachet autour du cou".

Un usage grec veut qu'offrir des lis aux jeunes mariés place leur union sous les meilleurs auspices tout en leur promettant de nombreux enfants. On dit encore que mettre une fleur de lis dans un vase avant le mariage et la conserver jusqu'à ce qu'elle se fane porte chance au jeune couple.

La plante éloigne les forces maléfiques et les fantômes ; cueillir le premier lis blanc de la saison procure force et succès à un homme, sagesse et modestie à une femme. Le lis est en outre particulièrement recommandé aux jeunes femmes auxquelles il apporte "l'équilibre, l'ardeur et la sensibilité nécessaires à leur épanouissement". Cependant, les Anglais, qui associent les fleurs blanches à la mort et aux enterrements, répugnent à faire entrer un lis dans une maison où il pourrait entraîner un deuil.

Piétiner, casser ou abîmer un lis porte malheur et menace la moralité des femmes de la famille de celui qui a commis ce sacrilège.

En cas de doute sur la virginité d'une jeune fille, il suffit de lui faire manger la poudre qu'on trouve entre les fleurs de lis ; si elle urine peu de temps après, elle n'est certainement plus vierge.

Le lis dont les fumigations favorisent les manifestations astrales (à condition de s'y livrer dans "une ville peinte en blanc"), permet de découvrir l'auteur d'un crime impuni même très ancien : "Il faut enterrer un vieux morceau de cuir sous trois bulbes d'inégale grosseur ; lorsque les trois fleurs seront sur le point de se faner, le pollen tombant de leurs pistils écrira sur le sol le nom de l'assassin". Selon une croyance du nord de l'Europe, des lis ont poussé spontanément sur les tombes de personnes exécutées pour un crime qu'elles n'avaient pas commis.

La fleur peut également être utilisée en sorcellerie :


Si vous amassez cette herbe pendant que le soleil est dans le signe du Lion, et si vous la mêlez avec du suc de laurier, et qu'ensuite vous la mettiez quelque temps sous du fumier, il s'y engendrera des vers ; lesquels étant réduits en poudre, et mis autour du cou ou dans les habits de quelques-uns, les empêcheront de dormir, tant qu'ils y demeureront. Ou bien si on en frotte quelqu'un de ces vers qui naîtront dans le fumier de cette composition, il prendra aussitôt la fièvre. Si l'on met du lis comme dessus dans quelque vase où il y ait du lait de vache, et qu'ensuite on couvre le vase d'une peau de vache de même couleur, toutes celles des environs perdront leur lait.


Selon Pline, la racine du lis appliquée sur le ventre avec du miel "évacue l'eau et même le mauvais sang". Ses feuilles ont un effet bénéfique sur les seins après un accouchement (Pline, Histoire naturelle, XXi, 82).

Il existe sur les dunes de l'île de Guernesey une variété de lis rouge, émaillé de points dorés et inodore. Cette espèce spécifique au rivage marin aurait une origine féerique. On dit en effet qu'autrefois une jeune fille de l'île anglo-normande rendit visite aux fées de la caverne du Creux et décida de rester en leur compagnie. La nouvelle recrue apparut alors en rêve à sa mère, l'avertit qu'elle ne reviendrait pas et l'assura de son bonheur. Elle ajouta qu'elle avait apporté sur la dune de la baie de Vazon une fleur qui y pousserait toujours : c'est le lis de Guernesey.

Le lis bleu a lui aussi une origine superstitieuse : saint Séverin avait élu domicile dans une hutte des marais. Déçu de ne pas entendre le chant des rossignols, qui n'aiment pas les endroits où l'air est impur, il pria la Vierge d'y faire pousser une fleur qui purifierait l'air. le lendemain, le marais était recouvert de lis bleus.

On signalait naguère au milieu de l'étang des Aunais, près de Candé (Maine-et-Loire), l'apparition le jour de la Saint-Jean, au soleil levant, d'un lis d'or qui disparaissait dès que l'astre s'élevait sur l'horizon.

Dans les Alpes, on dit du lis des montagnes qu'il "sort du cœur de quelqu'un qui est mort et oublié de tous".

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : La Pureté.


Savez-vous ? : La famille des liliacées est une des familles de végétaux les plus anciennes. Elle serait contemporaine des dinosaures. L'ail, l'oignon et la ciboulette font également partie de la famille des liliacées. Le lys fut ramené par les croisés, du Liban et de Syrie. Au Moyen Âge, la monarchie française prit cette fleur comme emblème. Mais d'après certains historiens, Clovis ne reçut ps un lys après sa victoire sur les Wisigoths, mais plutôt un iris blanc. C'est Catherine de Médicis qui a choisi cette fleur pour figurer sur les armoiries de la monarchie italienne. Ce lys différait du lys royal français car il était représenté avec ses étamines.


Usages : Cette fleur est depuis toujours considérée comme un antirides efficace.


Légendes : Les Égyptiens cultivaient déjà le lys blanc, car il symbolisait la déesse Isis, mère nourricière du Pharaon. Pour les Grecs, il a poussé à l'endroit où le lait de la déesse Héra a coulé alors qu'elle allaitait Héraclès. Dans certaines régions d'Europe, le lys est annonciateur de la mort, à cause de sa blancheur blafarde.


Message : Vous êtes la pureté même."

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