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  • Anne

Le Jujubier




Étymologie :

  • JUJUBIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1546 (J. Martin trad. de F. Colonna, Discours du Songe de Poliphile, fol. 107 rods Quem. DDL t. 12). Dér. de jujube*; suff. -ier*.

  • JUJUBE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1256 désigne le fruit decoction de jujubes (A. de Sienne, Rég. du corps, 51, 12 ds T.-L.) ; 1600 la jujube (O. de Serres, Le Theatre d'agriculture, éd. Genève, M. Berjon, 1611, p. 839), donné comme fém. par la plupart des dict. à partir du xviie s. (Cotgr., Rich., Fur., Trév.) ; 2. 1562 désigne l'arbre (A. du Pinet, L'hist. du Monde de C. Pline, XV, Lyon, 1562, t. 1, p. 560 : les jujubes ...sont aussi arbres estrangers ; XXI, t. 2, p. 162 : fleurs de jujube) ; 3. 1845 masc. « suc extrait du fruit de jujube » (Besch.). Du lat. vulg. *zizūpus (avec assimilation régressive de i aboutissant à ü), cf. zizupus, Appendix Probi 196, issu de zizufum (Edit de Dioclétien, 6, 56), zizuphum, zizuphon, neutre « jujube », Pline, Hist. nat., 15, 47, et « jujubier », id., 21, 51, (également zizuphus, fém. « jujubier », Columelle, 9, 4, 3), empr. au gr. ξ ι ξ υ ́ φ ο ν « jujubier », v. André Bot., p. 341. Étant donné l'aire méditerranéenne du jujubier, il est probable que le mot est parvenu en fr. à travers le prov., mais de celui-ci on ne relève aucune forme du type jujube. Les types attestés dans le domaine d'oc sont : 1. jousibo, relevé dans l'Hérault, Mistral, s.v., et aux confins de Gascogne, Languedoc et Pays de Foix, Axel Duboul, Las plantos as camps, 2e éd., 1980, p. 50, issu d'une forme métathétique *zŭzīpus ; 2. gigoulo, chichoulo, Mistral, s.v. ginjourlo, d'un lat. vulg. *zīzula, dér. zīzupus, suff. -ula, prob. à travers des formes liguriennes (v. FEW t. 14, p. 665 b) ; 3. ginjourlo (cf. 1549 m. fr. gingiole, A. du Moulin ds Hug.), chinchourlo, Mistral, loc. cit., d'un lat. vulg. *zīnzŭla, prob. à travers l'ital. (FEW loc. cit.), avec, pour 2 et 3, passage de -dž- sonore à -tš- sourd.


Lire aussi les définitions du jujubier et de la jujube pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, le jujubier (sidrat) est :


Le "symbole de la limite et de la mesure dans l'espace et dans le temps, selon les traditions de l'Islam. Le prophète Mohammed eut, dit le Coran, une vision des plus grands signes de son Seigneur... près du Jujubier de l'Extrémité... au moment où le Jujubier était couvert de ce qui couvrait.

Ce jujubier est, chez les mystiques musulmans, un sujet de grandes discussions. Il est pris comme la limite extrême au-delà de laquelle la créature, même la plus rapprochée de Dieu, ne peut se rapprocher davantage. Selon la tradition, Gabriel prit congé du Prophète à ce point et se contenta de lui indiquer comment aller au-delà seul. Il faut remarquer que le jujubier est parfois le seul être vivant en tout un désert. N'est-on pas ici au seuil du désert de l'Inconnaissable ? Une cérémonie appelée Nuit du Milieu de Shaaban se rattache à une tradition selon laquelle le jujubier du Paradis comporterait autant de feuilles qu'il existe d'êtres humains vivants au monde. On dit que ces feuilles portent inscrits les noms de tous ces êtres ; chaque feuille portant le nom d'une personne et ceux de ses pères et mères. On prétend que l'arbre est secoué, pendant la nuit qui précède le 15e jour du moi, un peu après le coucher du soleil ; et lorsqu'une personne est destinée à mourir dans l'année qui vient, la feuille sur laquelle son nom est gravé tombe à cette occasion ; si elle doit mourir très prochainement, sa feuille est presque entièrement desséchée, seule une petite section demeure verte ; selon le temps qui lui reste à vivre, la partie verte est plus ou moins grande. Une forme particulière de prière est utilisée à cette occasion. Il peut symboliser aussi une mesure de défense contre l'agression. Dans certaines tribus du Maroc, à la naissance d'un garçon, la sage-femme lui met immédiatement dans la main un rameau de jujubier, afin qu'il devienne dangereux comme cet arbre avec ses épines ; les épines sont également utilisées contre la mauvais œil. Les tombes sont parfois recouvertes des branches de cet arbuste épineux.

On trouverait une trace de cette tradition (jujubier = symbole de défense) dans une légende grecque : une nymphe, Lotis, était aimée de Priape, qui la poursuivait de ses assiduités non moins obstinément qu'elle se refusait à lui ; après lui avoir échappé de justesse, elle demanda à être changée en un arbuste épineux à fleurs rouges, que l'on croit être le jujubier.

Le fruit du jujubier, qui n'a pour nous qu'une vertu pectorale, était, pour les taoïstes, une nourriture d'immortalité. La jujube en tant que nourriture des Immortels était, il est vrai, d'une taille extraordinaire : celle d'une courge ou d'une pastèque. On se nourrissait de jujubes après avoir réalisé très progressivement le régime de l'abstinence de céréales : c'était pas excellence la nourriture pure, presque immatérielle."

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Mythes et légendes :


Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014),


"Le héros grec Ulysse et ses compagnons furent victimes d'une herbe d'oubli. Arrivés sur l'île de Djerba, les compagnons d'Ulysse rencontrèrent les Lotophages, les "mangeurs de lotos". Ces "fruits de miel" avaient la faculté de plonger leurs consommateurs dans un état suspendu et béat. Le jujubier sauvage ou encore le dattier ont été évoqués comme étant l'arbre mystérieux cité dans ce passage de L'Odyssée. Voilà peut-être l'in des ancêtres de nos herbes d'oubli..."

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Dans Arbres filles et garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Editions du Seuil, février 2017), Françoise Frontisi-Ducroux nous relate le mythe associé à Dryopé :


"Dryopé n'est plus une jeune fille. Elle n'a pas échappé au viol : Apollon lui a fait un enfant et elle a eu la chance de trouver un bon mari. Elle est heureuse. Son lait est abondant. Elle promène son fils et lui cueille des fleurs. Mais en touchant à un lotos pourpre (un jujubier ou un micocoulier), elle voit des gouttes de sang couler des fleurs et les rameaux frissonner. Elle ignore qu'il s'agit de la nymphe Lotis, volontairement métamorphosée pour échapper à la lubricité de Priape. Épouvantée, Dryopé s'enfuit, mais se sent paralysée. Ses pieds s'enracinent, l'écorce monte et l'enserre, sa tête se couvre de feuilles et son enfant sent le sein maternel se durcir et le lait se tarir. Il ne reste d'elle qu'un lotos qui a encore la force de parler pour demander que la nourrice mène l'enfant sous l'ombrage de sa mère pour l'y allaiter.

Tel est le récit d'Ovide (Métamorphoses, IX, 330 s.), qui enchâsse dans l'histoire de Dryopé celle de Lotis, également transformée en lotos, mais conformément à la norme, si l'on peut dire, en fuyant son agresseur divin. (Selon une tradition rapportée dans les Fastes , I, 415, Ovide explique le sacrifice rituel d'un âne à Priape par l'intervention intempestive de la monture de Silène dont les braiments auraient éveillé la nymphe sur le point d'être violée). Avec Dryopé, le poète renouvelle le motif. Au lieu d'une vierge isolée, c'est une mère de famille qui subit la métamorphose, entourée de témoins : le bébé, dont l'allaitement est interrompu ; sa sœur, qui par son étreinte essaie vainement de ralentir la croissance du tronc ; puis son époux et son père qui arrivent juste à temps pour recueillir les dernières paroles de Dryopé et ses adieux. L'effet dramatique joue sur un registre différent.

Antoninus Liberalis (Les Métamorphoses, XXXII, d'après Nicandre) raconte l'histoire autrement : Dryopé gardait les moutons de son royal père, tout en jouant avec les nymphes hamadryades qui l'aimaient fort et dansaient avec elle. Apollon l'aperçut au milieu de leurs chœurs et la désira. Il se changea en tortue dont Dryopé se fit un jouet ; puis en serpent, qui épouvanta les nymphes et les mit en fuite. Il put alors tout à son aise violer Dryopé, qui se maria très vite et mit au monde le fils du dieu. L'enfant devint un très bel homme et fonda un sanctuaire dédié à Apollon. Un jour où sa mère s'y rendait, des nymphes hamadryades, "par amitié", l'enlevèrent et firent à sa place pousser un peuplier, et jaillir une source. L'histoire ne s'arrête pas là, car deux jeunes bavardes, qui avaient vu et raconté la disparition de Dryopé, furent transformées en sapins par les nymphes.

Le nom de Dryopé fait référence au chêne, drus-druos, mais Dryopé, "mademoiselle Duchêne' ne devient pas un chêne. Un lotos selon Ovide - jujubier ou micocoulier -, un peuplier - aigerios ; populus nigra - selon Antoninus Liberalis. Et chacune des deux versions est accompagnée d'une autre métamorphose. C'est un motif fécond qui met en évidence la prolifération mythique à travers la contagion métamorphique. dans le récit d'Ovide, au début, tout se passe bien pour Dryopé. Une jeune fille, aimée d'un dieu, devient enceinte, par viol certes, mais elle trouve un époux pour régulariser la situation et élever son fils, lequel fera souche C'est ainsi que les grandes familles peuvent s'enorgueillir d'une origine divine. L'histoire de Dryopé s'inscrit jusque-là dans une série de récits à issue positive - après quelques souffrances : Europe, Io, Alcmène... Mais en touchant le lotos, Dryopé fait entrer son histoire en contact avec une autre série, celle de Daphné et des filles qui refusent le sexe mâle, fût-il divin. Et elle subit leur sort par l'intermédiaire de Lotis. Elle réalise ainsi la virtualité que son nom Dryopé promettait. Car le nom du chêne possède aussi une valeur générique et peut désigner l'arbre et le bois, on le verra plus loin. Chez Ovide, les deux métamorphoses sont canoniques : Lotis et Dryopé deviennent des arbres. Chez Antoninus Liberalis, le cas est plus complexe. Dryopé disparaît. C'est un aphanismos par enlèvement et remplacement. Nous avons vu que ces deux possibilités, qui correspondent à deux perceptions différentes de l'événement, sont équivalentes. Cette alternative intègre cependant le récit à une série autre, où la substitution n'est pas nécessairement végétale, mais peut être minérale (Alcmène) ou animale. Cependant Dryopé, du même coup, devient une nymphe, selon Antoninus Liberalis. Puisque ses amies, les nymphes, sont des hamadryades, qui font corps avec les arbres, on peut supposer que Dryopé devient simultanément le peuplier qui pousse à sa place. Dans la logique mythique, une solution n'exclut pas l'autre. Quant aux jeunes filles transformées en sapins, elle rejoignet aussi une autre série, celle des bavards punis, qui peuvent devenir pierre (Battos) ou animal (Galinthias, la belette). (Note : A la mort d'Alcmène son corps disparut, remplacé par une pierre. Elle-même, étant mère d'Héraclès, fut transportée dans l'île des Bienheureux. Battos fut pétrifié pour avoir trahi la promesse faite à Hermès de ne pas révéler qu'il l'avait vu voler les vaches d'Apollon. Quant à Galinthias, elle fut transformée en belette par Héra pour avoir favorisé par une exclamation de bienvenue la délivrance d'Alcmène, contre la volonté d'Héra, qui voulait empêcher la naissance d'Héraclès.)."

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