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  • Anne

L'Hirondelle




Étymologie :

  • HIRONDELLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1546 hyrondelle (Rabelais, Tiers Livre, chapitre 49, éd. M. A. Screech, p. 330). Empr. à l'a. prov. irondela « hirondelle », attesté au xiie s. (Rayn.), dimin. de irunda « id. » (xiie s., ibid.) qui remonte au lat. hirundo ; hirondelle a supplanté apr. le xvie s. l'a. fr. arondelle, v. aronde.


Lire également la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique. Il existe un site entièrement dédié à ce petit oiseau.




Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


Dans un petit livre : « Blumen und Tiere » Albrecht Dürer dit qu'au moyen âge on voyait une relation entre les Hirondelles et la Chélidoine (Chelidonium majus) en ce sens que la fleur apparaissait et disparaissait au même moment que les Hirondelles. De plus on disait que les Hirondelles apportent de la Chélidoine à leurs petits, encore aveugles, et s'ils en mangent ils voient. On considérait en général cette plante comme bonne pour la vue. « Hortus sanitatis » deutsch v. Peter Schöffer in Mainz, 1845.

On disait aussi que les Hirondelles passaient l'hiver enfouies dans la vase des marécages. Buffon se croit obligé de réfuter gravement cette opinion.

Quand les Hirondelles et aussi les rapaces, comme l'Aigle et la Buse, volent bas c'est un signe de mauvais temps, s'ils volent haut ce sera le beau temps. Les Hirondelles nichant dans la maison sont considérées comme des porte-bonheur, si la discorde règne, elles quittent la maison.

[…] Au printemps, lorsqu'un orage menace, la ménagère s'empresse sur le seuil de la cuisine pour appeler les petits des hirondelles et des autres passereaux ; Petiots ! petiots ! crie-t-elle à plusieurs reprises pour sauver ainsi la vie, par cet « appel des couvées », aux petits oiseaux encore dans l'œuf.

(Vieux us des Clos-du-Doubs, p. J. Surdez : Bulletin de la société suisse des traditions populaires N° I 1940).

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D'après Jean Baucomont, auteur d'un article intitulé "Les formulettes d'incantation enfantine", paru dans la revue Arts et traditions populaires, 13e Année, No. 3/4 (Juillet-Décembre 1965), pp. 243-255 :


La tradition orale se perpétue dans le folklore de la vie enfantine. […] Une des catégories les plus curieuses de ces formulettes est celle des formulettes d'incantation.

L'incantation, nous disent les dictionnaires, signifie étymologiquement : un enchantement produit par l'emploi de paroles magiques pour opérer un charme, un sortilège. Le recours à l'incantation postule une attitude mentale inspirée par l'antique croyance au pouvoir du verbe, proféré dans certaines circonstances.

[…]

« L'incantation, dit Bergson, participe à la fois du commandement et de la prière. »On constate effectivement, que la plupart des formulettes d'incantation comportent à la fois une invocation propitiatoire : promesse d'offrande en cas de succès et une menace de sacrifice expiatoire, d'immolation en cas d'échec. Ce qui est proprement le caractère de l'opération magique traditionnelle.

[…]

Lis iroundello

Fan dé dentello

Dins lis estello

(Languedoc)

Traduction : Les hirondelles - font des dentelles - dans les étoiles. Chanté en frappant dans les mains, quand le ciel est plein d'hirondelles.

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Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"Quoi que prétende le proverbe, il est de fait que, comme l'écrivait Rémi Belleau, les hirondelles sont du printemps les messagères. En Chine, on faisait même autrefois correspondre l'arrivée et le départ des hirondelles à la date exacte des équinoxes. Le jour du retour des hirondelles (équinoxe de printemps) était l'occasion de rites de fécondité. Ce dont on peur sans doute rapprocher plusieurs légendes qui rapportent la fécondation merveilleuse de jeunes filles par l'ingestion d’œufs d'hirondelles (histoire de Hien-ti ; histoire de l'ancêtre de la famille Chang, dont descendait Confucius). Confucius n'en est pas moins, si l'on ose dire, le fils de l'hirondelle. Autre signe du printemps : des galettes en forme d'hirondelle étaient fixées au-dessus des portes, l'hirondelle paraît d'ailleurs se confondre ici avec un autre oiseau d printemps qui pourrait être le loriot.

En outre, le rythme saisonnier (yin-yang) des migrations de l'hirondelle s'accompagne d'une métamorphose : elle se réfugie dans l'eau (yin, hiver) où, rapporte Lie-tseu, elle devient coquillage, puis redevient hirondelle, en accompagnant le mouvement ascendant du soleil (yang, été).

Dans le même sens, Isis se transformait en hirondelle, la nuit, tournoyant autour du cercueil d'Osiris et se lamentant en des cris plaintifs, jusqu'au retour du soleil. Symbole de l'éternel retour et annonce de la résurrection.

L"hirondelle est représentée dans le domaine mythique celtique par le nom de Fand, épouse du dieu de la mer Manannan. Tombée amoureuse de Cùchulainn, elle l'invite dans l'autre monde et il passe un mois auprès d'elle. Puis, il l'abandonne et est repris par sa femme Emer. Avec beaucoup de mélancolie, Fand retourne alors vers son mari, qui est revenu la chercher. Un autre personnage mythique en relation avec le nom de l'hirondelle est Fandle, l'un des trois fils de Nectan Scene, tué par Cùchulainn lors de sa première expédition sur la frontière d'Ulster. Fandle était d'une extrême légèreté et combattait au-dessus de l'eau. L'hirondelle apparaît, là encore, liée à un symbolisme de la fécondité, de l'alternance et du renouveau.

Pour les Bambaras du Mali, l'hirondelle est un auxiliaire - une manifestation - du démiurge Faro, maître des eaux et du verbe et expression suprême de la pureté, par opposition à la terre, originellement souillée. L'hirondelle doit son rôle important au fait qu'elle ne se pose jamais sur la terre : elle est donc exempte de souillure. C'est elle qui recueille le sang des victimes des sacrifices offerts à Faro, pour l'emporter dans les espaces supérieurs, d'où il redescendra sous forme de pluie fécondante. elle joue donc un rôle de véhicule dans le mécanisme cyclique de la fécondation de la terre ; mais aussi dans la fécondation de la femme, par l'intermédiaire du jus de la tomate sauvage, qu'elle porte également au ciel.

L'hirondelle est le symbole du renoncement et de la bonne compagnie en Islam ; elle est appelée l'oiseau du paradis. Chez les Persans, le gazouillement de l'hirondelle sépare les voisins et les camarades ; elle signifie solitude, émigration, séparation, sans doute à cause de sa nature d’oiseau migrateur."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Consacrée aux dieux Pénates des Romains, l'hirondelle était fêtée comme "joyeuse introductrice du printemps sortant du ténébreux hiver". Les Chinois faisaient d'ailleurs correspondre l'équinoxe du printemps à l'arrivée des hirondelles et, à ce renouveau de la nature, associaient des rites de fécondité. Dans certaines légendes, des jeunes filles sont d'ailleurs fécondées en mangeant des œufs de l'oiseau. (A l'inverse, en Allemagne, marcher sur un de ses œufs rend stérile.) De bon augure au printemps, l'hirondellle n'annonce rien de bon dans les autres saisons, surtout l'hiver.

Dans l'Antiquité, son apparition avant les expéditions de Cyrus et de Darius contre les Scythes et la campagne d'Antiochus contre les Parthes fut considérée par les devins comme un mauvais présage. C'est elle également qui prédit la mort de Pyrrhus en se posant sur sa tente et celle de Marc-Antoine en élisant domicile sur le mât de son navire. Les Anciens croyaient aussi que rêver d'hirondelle portait malheur.

La religion chrétienne a rétabli la réputation de l'hirondelle qui non seulement aurait permis à Adam et Eve de se retrouver sur terre, en y amenant un poil de la barbe de l'un, un cheveu de l'autre, mais qui surtout aurait enlevé avec son bec la couronne d'épines de Jésus. Une autre version dit que lors de la crucifixion, l'hirondelle tenta d'arracher les clous de la croix et qu'elle cria aux bourreaux "Il est mort !" pour abréger les souffrances du Christ. "Rafraîchissez-le !" ou "Courage !" (svale ! d'où son nom de svale ou swallow), suppliait-elle, selon les Danois, "Consolez-le !" selon les Norvégiens. En outre, en Wallonie, on considère que l'hirondelle fut le premier de tous les oiseaux à se proposer auprès de Dieu, pour amener l'eau sur la terre ou le feu aux hommes, et qu'elle dut regretter, le feu ayant brûlé le milieu de sa queue d'où l'échancrure triangulaire qu'elle présente toujours. C'est aussi depuis lors que le feu respecte l'hirondelle dont le nid protège des incendies et de la foudre. Considérée dans toute l'Europe comme bénie, on dit même qu'elle vient chaque année avant le vendredi saint pour assister à la Passion et dans le monde rural russe qu'elle descend du paradis pour réchauffer la terre.

Une série d'interdits découle de ces croyances : celui qui tue une hirondelle, ses petits ou détruit son nid a toutes les chances de regrette ce sacrilège (sauf à Arles !). En Allemagne, en France, en Angleterre ou en Hongrie, ce péché mortel fait que la vache ne donne plus de lait ou qu'il sera mêlé de sang. Importuner l'hirondelle rend la moisson médiocre (outre-Manche), fait boiter ou mourir les bêtes (France-Comté), rend les mains crochues (Anjou), fait perdre la vue (Pas-de-Calais), provoque la pluie (Albret) ou un orage (Bretagne). Celui qui monte sur un arbre pour détruire son nid en tombera un jour ou, comme dans l'Aisne et dans l'Oise, attirera la vengeance de l'hirondelle qui "mettra le feu à la maison au moyen du feu qu'elle porte sur la queue". Chez les Bohémiens, celui qui vole un nid se couvrira de taches de rousseur.

On cite le cas d'un château de la région parisienne dans la cuisine duquel un couple d'hirondelles avait élu domicile et constitué toute une petite famille. Lorsque le nid fut détruit, la malchance et une série de catastrophes s'abattirent sur la demeure qui fut vendue.

Selon Charles Nodier, la "poule du bon Dieu" ou "la messagère de la vie" ("oiseau de la Vierge" en Allemagne), ne s'installe que dan un foyer heureux. Son nid construit sur les murs d'une maison, sur son toit, ou sur les arbres du voisinage amène la prospérité. Autrefois, en Provence, celui qui avait la chance d'abriter une hirondelle réunissait tous les voisins pour fêter l'événement. Il est d'ailleurs de sinistre augure qu'une hirondelle habituée d'une maison ou d'une grange ne s'y installe plus une année.

L'hirondelle qui passe près d'une jeune fille lui annonce un mariage avant l'âge de dix-neuf ans (Wallonie) ; elle promet une bonne pêche aux pêcheurs qui l'aperçoivent. En Islam, où elle est appelée "oiseau du paradis", l'hirondelle est également symbole de bonne compagnie.

Il est inutile de s'attacher par la force une hirondelle et la mettre en cage porte malheur.

A suivre

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"L'hirondelle que nous connaissons tous, c'est celle dite de fenêtre, parce qu'elle aime la compagnie des hommes et niche souvent au-dessous, au-dessus ou au coin des fenêtres, sur les balcons, dans les fissures des murs des façades des maisons, sous les corniches ou les gouttières des toits. Lorsqu'on voit revenir les hirondelles de la lointaine Afrique vers le mois d'avril, pour s'installer sur les lieux où elles avaient déjà séjourné l'année précédente, nous savons que le printemps est là. Elles bâtissent leur nid saisonnier à l'aide de petites boulettes de terre qu'elles enduisent de leur salive, et qui cimentent les les herbes ou brins de paille qu'elles glanent dans les champs. Généralement, elles ont deux nichées de 5 œufs environ par saison, qu'elles couvent pendant deux semaines. La vitesse de leur vol pouvant atteindre jusqu'à 80 kilomètres à l'heure, elles n'ont aucune difficulté à attraper dans leur bec, en plein vol, les insectes dont elles sont friandes. Vers la fin du mois de septembre, elles se regroupent sur les fils électriques, avant de migrer vers l'Afrique.

Symbole de fécondité car elle a deux nichées par saison, l'hirondelle fut surtout un emblème de clairvoyance. En effet, les Grecs la nommaient kbelidôn, d'où dérive la chélidoine ou l'herbe de l'hirondelle et, selon Pline l'Ancien, l'hirondelle rend la vue à ses petits qui naissent aveugles, en les nourrissant de tiges de chélidoine. Par ailleurs, ce petit oiseau qui revient toujours nidifier au même endroit chaque année était synonyme de bonheur, de fidélité, de naissance. Ainsi, pour nos ancêtres, tuer une hirondelle portait malheur ou pouvait rendre aveugle."

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Dans Rencontre avec votre animal totem (édition originale 2010, traduction française 2015), Phillip Kansa et Elke Kirchner nous proposent la fiche suivante sur l'hirondelle :


"Caractéristiques positives

Chance dans la vie et en amour.


En quoi cet animal m'aide

L'hirondelle est un oiseau porte-bonheur, en particulier en amour. Elle t'aide à être dans l'ici et maintenant et à apprécier le moment présent. Grâce à elle, tes pensées ne s'attardent pas dans le passé ni le futur. Une ancienne légende raconte que des hirondelles auraient enlevé les épines de pieds de Jésus. Demande à cet animal totem de t'offrir le même soulagement et de te libérer de toutes les "épines" du passé.


Comment l'hirondelle me protège

L'hirondelle t'empêche de rester prisonnier du passé. Elle t'aide à savourer le moment présent et te garde d'être totalement ailleurs en pensée. La force de l'hirondelle protège ton couple.


Exercice pour me relier à cet animal

Ferme les yeux et imagine que tu observes une nuée d'hirondelles. L'une d'elles vole de plus en plus près de toi. Demande-lui de se relier à toi. Concentre-toi sur ton centre, et laisse sa force pénétrer ton cœur. Perçois tout ton être et sens la vague de bonheur et de renouveau te submerger. Laisse cette force gagner tous les domaines de ta vie. Lorsque cela est accompli, reviens dans l'ici et maintenant. remercie l'oiseau et savoure la vie !"

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Selon Pierre Dubois et René Hausman qui ont écrit et illustré L'Elféméride, Le grand légendaire des saisons - Automne-Hiver (2013),


"Dans l'Égypte ancienne, la déesse Isis, après avoir ressuscité son défunt frère et époux Osiris - avec l'aide du dieu des Morts Anubis -, se change en hirondelle, et obtient ainsi le libre passage entre les deux mondes : le royaume glacé des ombres et celui de la lumière. Elle apparaît au printemps et s'éclipse en automne depuis le début des temps. On se réjouit de la voir lorsqu'elle amène sur ses ailes les beaux jours, mais on se désole quand au premier déclin elle remporte dans son baluchon les temps heureux de l'été.

D'oiseau porte-bonheur, elle devient porte-malheur. Est-elle pour autant fautive ? Est-ce une simple messagère ou bien a-t-elle peur, en automne, de tomber entre les griffes de la Mégère de l'hiver qui lui voue une haine mortelle depuis qu'elle menace sa souveraineté en déposant sur la terre gelée une braise solaire ? Et n'a point d'autre choix que de fuir ! Tous ces doutes et questions restés sans réponse font de l'hirondelle un oiseau bien plus complexe et trouble que le gazouillant porte-bonheur des ciels de mai.

"L'hirondelle, belle et de bon augure au printemps, devient laide et presque démoniaque aux autres saisons." Les Irlandais et Écossais s'en méfient : elle a volé le cri de la Banshie. Sa fiente tombée dans l’œil rend aveugle. On raconte, sur les Borders, qu'au moment où l'on exorcisait un homme accusé d'avoir vendu son âme au diable, une hirondelle laissa tomber à ses pieds le pacte infernal qu'elle portait sous ses ailes. Manger une tête d'hirondelle transforme aussitôt en sorcier.

Même le corbeau la craint, qui l'accuse de n'être bienfaisante qu'au printemps. Elle qui empêchait la poule de couver l’œuf du serpent de peur qu'il en naisse d'horribles codrilles et coquadrilles passe insidieusement du mauvais côté.

"Entre la Saint-Jean et juillet, le sang de l'aronde tourne mauvais."

En septembre, elle reprend ce qu'elle a donné et laisse le ciel aux attaques des Alfs noirs de l'hiver. Elle va maintenant jusqu'à "harondaler" le bétail. Rasant les prés de son vol, elle passe sous le ventre des vaches qui ne donneront plus que du lait sanglant.

Pour obtenir la pierre d'hirondelle dont le pouvoir permet de montrer à son possesseur ce que l’œil ne voit pas, il faut voler ses petits au nid et leur crever les prunelles. La mère arrive alors frotter les paupières de sa couvée avec la pierre miraculeuse afin de leur rendre la vue."

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Selon Annie Pazzogna, auteure de Totem, Animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens des Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012, 2015), dans le cercle des animaux, l'Hirondelle (Napca) fait partie au même titre que la Libellule, le Corbeau, l'Araignée, le Cheval, le Serpent et le Chien, des Animaux Tonnerre qui se situent à l'Ouest de l'Ouest.


Mot-clé (négatif) : Dispersion.


"Elle gobe en plein ciel ou à la surface de l'eau les insectes dont elle se nourrit. Napca est si rapide, que la foudre ne peut atteindre ses ailes de velours.

Hirondelle des régions froides ou tempérées, elle migre en vastes bandes vers les pays cléments aux premiers froid pour revenir à la douce saison.

Les populations de l'ancien monde hivernent en Afrique, au Sud du Sahara, alors que les oiseaux nord-américains vont jusqu'au Panama, au centre du Chili et au nord de l'Argentine.

Lorsque l'Hirondelle a choisi son partenaire, le couple construit ensemble son "home".

Elle s'installe dans des trous d'arbres, creuse des galeries dans le sable, les falaises crayeuses, construit le nid de boue contre des parois verticales ou consolide les anciens. Madame aidée de Monsieur couvre les deux à quatre œufs pendant quinze jours environ. Ils nourrissent les poussins qui seront capables de voler à l'âge de trois semaines.

Il peut y avoir jusqu'à trois couvées. Hirondelle n'hésite pas à sacrifier sa dernière nichée si elle ne la juge pas apte à effectuer le voyage.

Napca revenant de son lieu ensoleillé à chaque équinoxe ou le regagnant, est donc le renouveau, la perpétuation, la fidélité, et par ses nichées successives, la fécondité. [... Associé également à] la rapidité."

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Dans son jeu de carte L'Oracle du peuple animal (Guy Trédaniel Éditeur, 2016), Arnaud Riou regroupe les animaux par famille. L'hirondelle appartient selon lui à la famille de la transformation avec le corbeau, le saumon, le serpent, le papillon, le scarabée, le caméléon, la licorne, la grenouille et la chouette.


La transformation. Lorsque vous posez les actes justes et les paroles justes, alors les transformations de votre existence se révèlent naturellement. La transformation peut être intérieure, c'est une prise de conscience, un changement de posture, ou une transformation extérieure, un déménagement, une rupture, un nouveau job. Dans tous les cas, l'animal de cette famille vous aide à aligner vos valeurs à vos actes pour que la transformation s'inscrive dans la ligne de votre évolution intime.

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Nous sommes sur la Terre pour apprendre à nous transformer, à laisser émerger notre plus belle lumière.

La nature de notre âme est de s'élever. Comme un bouchon dans le fond de l'eau, nous sommes inexorablement amenés à nous élever vers une compréhension plus fine de l'humanité. Grandir, c'est affiner ses perceptions, ouvrir son cœur, devenir un être meilleur, se libérer du jugement, des a priori, de la peur de l'autre. Ne plus être en réaction. Permettre à la plus belle partie de notre être de s'exprimer, de créer, d'oser, d'entreprendre dans la conscience et dans l'amour.

Lorsque nous sommes dans le fil du courant, et lorsque nous suivons ce mouvement d'évolution notre monde intérieur s'apaise. Nous avons de plus en plus de plaisir à nous lever le matin, nous sommes de plus en plus inspirés, nous sommes en meilleure santé et note énergie vitale s'harmonise. Pour arriver à cet état, nous devons nous transformer.

Tout au long de la première partie de notre existence, nous avons souvent été déçus, blessés. Nous nous sommes sentis écartés, rejetés, exclus, abandonnés. Ces blessures ont créé des cuirasses qui nous ont amenés à nous méfier et à ne plus voir la beauté du monde. Nous réagissons alors à partir de nos blessures. Nous sommes prêts à saboter nos plus belles perspectives pour permettre à notre être blessé d'avoir le dernier mot.

La transformation permet de changer de paradigme, d'établir en soi et autour de soi une paix profonde et ineffable, de modifier son regard, de transformer ses habitudes, ses réflexes conditionnés, de devenir sur la Terre un être meilleur, plus aimant envers soi et envers chacun. L'amour permet tout. Lorsque notre cœur s'ouvre, nous réalisons combien nous ne sommes pas coupés les uns des autres. L'amour nous permet de voir chacun avec les yeux du cœur. C'en est fini du jugement. Nous voulons le bien de toute l'humanité, car nous sommes, en essence, cette humanité.

Les animaux de cette famille vont vous aider et vous accompagner dans cette période de la transformation. Il est temps de laisser vos vieux vêtements, ils ne vous seront plus d'aucune utilité, il est temps de laisser fondre vos vieilles peurs et de vous laisser guider par le peuple de la transformation. [...]

Le seul phénomène qui soit permanent,

c'est l'impermanence.


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La carte représente un vol d'hirondelles. Nous sommes au début d'une belle journée d'été dans un village du sud de la France. Plusieurs hirondelles sont en vol. Sous les toits d'une maison plusieurs nids sont construits sous les tuiles. Une hirondelle est en vol au premier plan.

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Voici la dernière carte de L'Oracle du peuple animal, l'Hirondelle. Un tout petit oiseau qui est porteur à lui seul de toute la symbolique du printemps. Lorsque l'Hirondelle apparaît dans le ciel, c'est toujours un signe de chance, de renouvellement, de vivacité, de joie. L'Hirondelle est légère dans son énergie. Elle symbolise la rapidité, la fraîcheur, l'effervescence, la vivacité, mais aussi le courage, la persévérance, l'endurance. Les Hirondelles sont capables de voler 10 000 kilomètres dans une migration. Elles quittent alors ensemble leur terre natale pour migrer vers les pays chauds. Elles reviennent chaque printemps au même endroit tant elles sont fidèles et stables. Elles réinvestissent tant qu'elles le peuvent le même nid. Si celui-ci a été endommagé, elles le reconstruisent à côté. Grandes voyageuses et fidèles à leurs pénates, elles incarnent un bel équilibre entre le mouvement et la stabilité.

Les Hirondelles réalisent leur nid à partir de petites boules de boue qu'elles assemblent. Les nids sont construits les uns contre les autres, car les Hirondelles aiment la compagnie. Ce sont des animaux très sociaux. Elles s'entraident entre elles, sont solidaires, s'aident à construire ensemble leur habitation. Légères et se nourrissant de peu, les Hirondelles sont associées à la sobriété heureuse, à l'élégance, à la rapidité, à la richesse de leur vol. C'est toujours dans le mouvement qu'elles se nourrissent, gobant en vol les petits insectes volants, mais aussi les araignées dans les toiles, les petits moucherons qu'elles attrapent ici ou là. c'est en vol qu'elles boivent en surfant à la surface des lacs, des mares ou des piscines.

Les Hirondelles donnent deux couvées successives, l'une au milieu du printemps et l'autre au cœur de l'été. Les parents étant très protecteurs, ils couvent les œufs à tour de rôle pendant une quinzaine de jours. Lorsque les œufs éclosent, les bébés restent au nid pendant trois semaines à un mois, puis s'envolent vers leur autonomie. Souvent, la première portée d'enfants aident les parents dans l'éducation de la seconde portée. Au milieu de l'automne, les Hirondelles se retrouvent toutes sur les fils électriques pour le grand départ vers les pays chauds. La matinée du départ, elles chantent longtemps comme pour remercier de l'accueil, puis disparaissent toutes d'un seul vol. Elles laissent dans le village un silence souvent assourdissant qui annonce l'hiver et la promesse d'un prochain printemps. renouveau, espoir, promesse, les Hirondelles apparaissaient aux marins pour leur annoncer la proximité d'une terre. A tous, elles sont porteuses du message de l'évolution.


Lorsque l'hirondelle vous apparaît dans le tirage, c'est toujours un signe de réconfort, d'encouragement. L'Hirondelle vous annonce un changement, un renouveau, le passage à un nouveau cycle. L'Hirondelle vous invite à un mouvement, ça peut être un voyage, un déménagement, en tout cas, une invitation à mettre en marche un processus. L'Hirondelle symbolise aussi la fécondité, la maturité. Elle peut vous apparaître pour vous signaler que vous conceptualisez trop un projet, qu'il est temps de sortir du concept pour l'acter. L'Hirondelle peut vous accompagner dans la transformation d'une posture que vous figez, par peur du changement. Car l'Hirondelle est symbole de l'impermanence. Tout dans la vie est en mouvement, rien n'est statique, et à vouloir maintenir le connu, nous nous privons de la découverte te de l'évolution. Agir, puis réajuster, c'est la stratégie de l'Hirondelle. L'Hirondelle vient aussi vous interroger sur le plaisir que vous prenez à co-créer, à vivre en communauté.


Mots-clefs : Le printemps - Le renouveau - La légèreté - La sobriété - La fécondité - Le succès - La maturité - Le changement - Le voyage - Le mouvement.


Signification renversée : Lorsque l'Hirondelle vous apparaît dans sa position inversée, c'est généralement pour vous interroger sur le mouvement que vous donnez à vos activités. Peut-être êtes-vous trop attaché à la superficialité, et avez-vous besoin de plus de profondeur. Peut-être vous dispersez-vous trop. Il est alors nécessaire de vous poser, de vous concentrer sur ce que vous souhaitez réellement, de lever le pied sur vos déplacements et de vous stabiliser au cœur de l'hiver.


Le Message de L'Hirondelle : Je suis l'Hirondelle, je vis dans le mouvement, à peine m'a-t-on aperçue que je suis déjà loin. J'aime la vie, le changement, la rapidité d'action. Je passe à l'acte immédiatement, je ne connais pas la stratégie, j'ai dompté mon impulsivité, je suis plus rapide que le vent. Je passe à l'acte, car je me suis allégée de tous les sentiments qui auraient pu me freiner, la légitimité, la peur, la honte, la culpabilité. Je file telle une flèche changeant ma direction au moindre obstacle, rien ne peut m'arrêter dans ma course. Je viens te visiter pour t'accompagner dans la réalisation de tes projets. Je t'invite à agir, rapidement, à donner un mouvement à tes décisions, à incarner l'élégance naturelle dans la façon de passer à l'acte. Concentre-toi sur le mouvement que tu donnes à tes choix, à tes actes quotidiens, avec moi, tu n'auras plus jamais peur du changement.


Le Rituel de L'Hirondelle : Je rends grâce à l'Hirondelle. Je reconnais dans son vol la légèreté, la simplicité et l'innocence de l'enfant que j'ai été, celui qui apprend par l'expérience et par le mouvement. Je m'autorise à passer à l'acte. Pour m'alléger, je fais de la place dans mes placards, je déchire les vieux papiers, je me débarrasse des vieux objets qui m'encombrent et alourdissent mon pas, ma réflexion et mon mouvement. Je consacre une heure entière à faire le tri. Les vêtements que je n'ai pas portés depuis un an, les objets qui ne me servent à rien, tout ce qui peut ralentir mon présent en me portant sur le passé. Je m'appuie sur le mouvement et rends hommage à l'impermanence, symbole de l'Hirondelle, symbole du printemps, symbole de la vie."

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Patricia Gaillard-Seux, dans un article intitulé « L’automédication animale : le serpent et le fenouil, l’hirondelle et la chélidoine. Du mythe à l’indication médicale », Histoire, médecine et santé, 8 | 2016, 47-68 revient sur les capacités d'automédication des animaux :


L'hirondelle et la chélidoine :


Son emploi oculaire aurait été indiqué à l’homme par l’hirondelle comme le souligne Pline l’Ancien : « L’hirondelle nous a montré le pouvoir salutaire pour la vue de la chélidoine, en traitant avec cette plante les yeux blessés de ses petits »

En réalité, le lien entre hirondelle, chélidoine et soin de la vue paraît assez complexe. Il faut d’abord noter que le rôle que lui ferait jouer l’hirondelle n’est pas à l’origine du nom de la plante, malgré l’affirmation isolée et tardive d’Isidore de Séville. Marcellus de son côté dit qu’elle pousse sur les excréments des hirondelles (VIII, 44), ce qui semble pour lui l’origine de son nom et de ses vertus. L’explication la plus souvent avancée de nos jours est celle de Dioscoride (II, 180) et Pline l’Ancien (NH, XXV, 89) : la plante s’appellerait ainsi parce qu’elle fleurit à l’arrivée des hirondelles et se fane à leur départ. En réalité, le lien avec l’hirondelle est encore plus lointain : notre source la plus ancienne sur la question, Théophraste, dans son seul passage sur la chélidoine, dit qu’elle porte ce nom parce qu’elle fleurit lorsque souffle le chelidonias, vent doux de printemps apparaissant à l’arrivée des hirondelles en Grèce, vers le 5 mars. [...]

L’affirmation que les hirondelles emploient la chélidoine pour soigner leurs petits paraît liée à une croyance, dont nous voyons la première attestation chez Aristote : si on crève les yeux à des hirondeaux, ils recouvrent la vue. Il y a une explication naturelle pour Aristote : certains oiseaux, comme les hirondelles, mettent au monde des petits inachevés et aveugles ; s’il y a blessure des yeux avant que leur développement soit terminé, les hirondeaux continuent ainsi leur croissance ou la reprennent du début, ce qui entraîne la guérison des yeux. Pline va jusqu’à dire que les yeux repoussent et voient, même si on les arrache. Ce sont ces blessures de leurs petits que les hirondelles soigneraient grâce à la chélidoine, Celse et Élien croyant à une guérison spontanée lorsqu’il y a blessure à l’œil d’une hirondelle. Pline, dans un autre passage, et Élien notent seulement que les hirondeaux naissent aveugles et que leurs parents leur permettent de voir grâce à la chélidoine pour Pline (NH, XX, 165) ou à une plante indéterminée pour Élien (NA, III, 25).

L’hirondelle se répare donc les yeux ou leur donne la vue, avec le rôle d’une plante, la chélidoine pour la majorité des sources. Or, deux auteurs disent que la plante utilisée par les hirondelles n’est pas la chélidoine.

Élien parle d’une herbe employée par l’hirondelle pour ouvrir les yeux de ses petits, dont l’homme n’a pu s’emparer. Par ailleurs, un passage attribué à Julius Africanus donne sur ce point de plus longues explications, où figure aussi l’allusion aux fientes vue chez Marcellus :

L’hirondelle emporte du suc d’une certaine herbe : si elle en répand une goutte à terre, de cette goutte naît une autre herbe qui porte le nom de l’oiseau qui l’a laissée tomber. Elle pousse aussi des fientes que peuvent projeter à terre les petits de l’hirondelle qui ont profité de la plante. C’est un remède extraordinairement actif contre l’amblyopie ; elle efface même en un rien de temps les leucomes consécutifs aux blessures et redonne à l’œil son aspect bien portant. Mais la plante qu’elle produit à son tour est moins active et réussit moins bien : cependant une fois broyée, elle guérit le glaucome ; réduite en cendre et mêlée à de l’eau, elle agit tout comme la précédente. Si on avait la chance de cueillir la première de ces plantes, on rendrait la vue jusqu’à des yeux aveugles.

L’herbe emportée par l’hirondelle pour soigner ses petits ne serait donc pas la chélidoine. Celle-ci serait née soit du suc de l’herbe utilisée par l’oiseau, soit des fientes des petits traités avec cette dernière. L’attribution de cette origine à la chélidoine a probablement été inventée pour justifier le lien de la chélidoine avec l’hirondelle. En réalité, les Grecs ont sans doute transféré à une plante portant chez eux un nom en rapport avec l’hirondelle les croyances mythiques liées à une plante que transporterait l’hirondelle, ce d’autant plus que le nom de la chélidoine est identique à celui de l’hirondeau, réputé soigné par la plante.

On constate par ailleurs que l’hirondelle elle-même est particulièrement conseillée contre les problèmes oculaires. Aussi bien dans des sources strictement médicales que dans des recettes magiques, sont employés notamment la cendre de petits d’hirondelles ou divers fragments d’hirondelle ou encore les pierres chélidoines réputées se trouver dans le ventre des hirondeaux. C’est donc le lien entre hirondelle et vue qui a fait également attribuer à la plante portant son nom des qualités ophtalmologiques. On peut aussi remarquer que les colombidés ont un emploi assez important en ophtalmologie.

Or la colombe et l’hirondelle sont des oiseaux consacrés à diverses divinités féminines souvent identifiées les unes aux autres, surtout à partir de l’époque hellénistique : l’égyptienne Isis, la mésopotamienne Inanna-Ishtar, déesse de l’amour et de la guerre, qui fournit des éléments de sa personnalité à la phénicienne Astarté, laquelle a influencé Aphrodite Ouranienne, déesse du ciel lumineux. Ces déesses avaient un rapport avec le soleil, la lune ou le ciel lumineux : c’est aussi un point susceptible d’expliquer l’emploi ophtalmologique des hirondelles, comme des colombes.

Cependant d’autres rapprochements avec les colombes peuvent faire penser à un rôle de l’hirondelle ou de la colombe dans un mythe peut-être lié à une des déesses mentionnées plus haut. Chez les Grecs, un colombidé, le pigeon, porte dans son bec l’ambroisie à Zeus. Mais l’image de l’oiseau transportant une substance végétale dans son bec fait surtout écho à un épisode de la Genèse (8, 11). À la fin du déluge, Noé lâche hors de l’arche une colombe qui revient avec un rameau d’olivier dans le bec, indiquant ainsi le terme de l’inondation. La proximité de la colombe et de l’hirondelle est plus clairement présente dans la version du déluge de l’épopée de Gilgamesh, qui est la seule version mésopotamienne où subsiste le passage sur ce qui se passe dès le déluge terminé. Dans cette version, la colombe et l’hirondelle sont successivement lâchées pour voir si l’inondation est terminée, mais sans qu’il soit question d’une plante. Il existait au Proche Orient des variantes locales de l’épopée ainsi que des versions du déluge ; il s’y trouvait peut-être un mythe, auquel renverrait le passage attribué à Julius Africanus, évoquant probablement l’aveuglement d’une hirondelle (ou d’une colombe) et le rôle d’une déesse à qui l’oiseau est consacré. Il est possible aussi que des recherches sur l’image de l’oiseau tenant une plante ou un suc de plante permettent d’éclairer un peu plus le lien entre hirondelle, aveuglement/régénération de la vue et plante.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


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Littérature :


L'hirondelle


Je suis une hirondelle et non une colombe ; Ma nature me force à voltiger toujours. Le nid où des ramiers s’abritent les amours, S’il y fallait couver, serait bientôt ma tombe. Pour quelques mois, j’habite un créneau qui surplombe Et vole, quand l’automne a raccourci les jours, Pour les blancs minarets quittant les noires tours, Vers l’immuable azur d’où jamais pleur ne tombe. Aucun ciel ne m’arrête, aucun lieu ne me tient, Et dans tous les pays je demeure étrangère ; Mais partout de l’absent mon âme se souvient. Mon amour est constant, si mon aile est légère, Et, sans craindre l’oubli, la folle passagère D’un bout du monde à l’autre au même cœur revient.


Théophile Gautier, "L"Hirondelle" in Poésies nouvelles inédites et posthumes, 1831 - 1872.

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Jules Renard nous propose dans ses Histoires naturelles (1874) de petits portraits ou historiettes relatives aux animaux les plus communs mais pourtant tous plus étonnants les uns que les autres.


Les hirondelles


I

Elles me donnent ma leçon de chaque jour.

Elles pointillent l’air de petits cris.

Elles tracent une raie droite, posent une virgule au bout, et, brusquement, vont à la ligne.

Elles mettent entre folles parenthèses la maison où j’habite.

Trop vives pour que la pièce d’eau du jardin prenne copie de leur vol, elles montent de la cave au grenier.

D’une plume d’aile légère, elles bouclent d’inimitables parafes.

Puis, deux à deux, en accolade, elles se joignent, se mêlent, et, sur le bleu du ciel, elles font tache d’encre.

Mais l’œil d’un ami peut seul les suivre, et si vous savez le grec et le latin, moi je sais lire l’hébreu que décrivent dans l’air les hirondelles de cheminée.


II

LE PINSON : Je trouve l’hirondelle stupide : elle croit qu’une cheminée, c’est un arbre.

LA CHAUVE-SOURIS : Et on a beau dire, de nous deux c’est elle qui vole le plus mal : en plein jour, elle ne fait que se tromper de chemin ; si elle volait la nuit, comme moi, elle se tuerait à chaque instant.


III

Une douzaine d’hirondelles à cul blanc se croisent sous mes yeux avec une ardeur inquiète et silencieuse, en un espace limité comme une volière. C’est à mon nez un tissage rapide d’ouvrières pressées par le temps.

Que cherchent-elles éperdues, dans l’air criblé de leur vol ? Demandent-elles un refuge ? Ont-elles quelque adieu à me dire ? Immobile, je sens la fraîcheur des souffles légers, et je crains, j’espère une rencontre où deux de ces folles se briseraient. Mais, d’une adresse qui décourage, elles disparaissent tout à coup sans un choc.

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Arts visuels :


Street Art à Grenoble, 19 rue Maréchal Randon, créé par Pantonio :