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  • Anne

Le Seigle



Étymologie :

  • SEIGLE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1176-81 soigle (Chrétien de Troyes, Chevalier lion, éd. M. Roques, 2879-2880 : pain D'orge, et de soigle) ; fin xiie s. soile (Moniage Guillaume, éd. W. Cloetta, IIe réd., 2196 : pain de soile) ; ca 1221 segle (Complainte de Jérusalem contre la cour de Rome ds Bartsch-Horning 1887, col. 377, 35) ; 1286 seygle (Villeloin, Arch. d'Indre et Loire ds Gdf. Compl.) ; ca 1350 seigle (Roques t. 1, IV, 7929). Du lat. sēcăle « seigle » ou empr. à l'a. prov. segle.


Lire également la définition du nom seigle pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Sesamum orientale ; Gingeolin ; Jugeolle ; Sem-sem ; Sisame ;

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Botanique :


Article à lire : ici.





















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Bienfaits :


Selon Hildegarde de Bingen, auteure de Physica, Le livre des subtilités des créatures divines, les plantes, les éléments, les pierres, les métaux, les arbres, les poissons, les animaux et les oiseaux (édition originale 1151-1158 ; Édition Jérôme Millon, Grenoble, 2011),


"Le seigle est chaud mais pourtant plus froid que le blé, et il a beaucoup de propriétés. Le pain qu'on en fait est bon pour les gens en bonne santé et les rend vigoureux ; pour ceux dont la chair est grasse, il est bon également, car il diminue leur graisse, tout en les rendant vigoureux. Mais, pour ceux qui ont l'estomac froid et en souffrent beaucoup, il n'est pas indiqué, parce que leur faiblesse n'est pas capable de le donner pour le digérer :s'il provoque en eux une abondante fermentation, c'est qu'ils ont grand peine à le digérer.

[Ed. Si l'on a sur le corps des grosseurs, de quelque nature qu'elles soient, placer sur du pain de seigle réchauffé ou apporté tout chaud du fournil : la chaleur de ses forces consume les grosseurs et les réduit jusqu'à totale disparition.

Si on souffre de démangeaisons sur la tête, réduire en poudre de la croûte de pain de seigle, et la mettre là-dessus, car elle enlève ce mal. Au bout de trois jours, frotter ce même endroit avec de l'huile d'olive, parce qu'elle est chaude et qu'elle assainit. Continuer ainsi jusqu'à la guérison. Et si de la vermine, c'est-à-dire des petits vers très minces, rongent les chairs, mettre par-dessus des miettes de pain et répéter souvent : leur chaleur fera périr les vers.]

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Croyances populaires :


Paul Sébillot, auteur de Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (Éditeur Lafolye, janv. 1892) relève des croyances liées aux cycles de la vie et de la nature :


215. - Pour guérir les juments enjafardées, c'est-à-dire prises d'une forte toux, on met à bouillir des grains de froment et de seigle pendant deux bonnes heures, puis on les fait manger.

 

Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


L'usage de faire bénir les semences subsiste encore dans beaucoup de pays. Ordinairement les cultivateurs apportent à l'église un échantillon qui, après avoir été aspergé d'eau bénite, est mélangé à la quantité préparée pour l'ensemencement ; dans l'Aube on y présente, le jour Saint Abdon, le seigle dans un vase orné de fleurs. Il est vraisemblable que cette pratique n'a pas toujours une forme aussi orthodoxe, et qu'il s'y joint des observances apparentées à celles qui ont été relevées dans quelques régions.

[...] Les paysans des environs de Jumièges qui avaient prendre deux poignées de seigle, non dans leur champ, mais dans celui de quelque voisin étaient pieds nus, et il fallait que personne ne les voie ; lorsqu'un animal venait à être malade, ils lui passaient autour du corps le lien formé par ces deux poignées et récitaient ensuite l'Evangile de saint-Jean à l'instant où ils prononçaient ln principio, la bête devait bondir, et donner par là signe de guérison.

[...] Les enfants confectionnent une sorte de petite musique avec les chaumes verts du blé, de l'avoine ou du seigle ils le coupent au-dessus du nœud et font une incision en forme de languette ; ils lui adressent des formulettes tantôt engageantes, tantôt menaçantes :


Sonnette, sonnette,

Si tu dis,

Je te donnerai du pain et du lait.

Si tu ne dis pas, Je te couperai

Avec un grand couteau d'acier.


Son, son, sonerez

Ma zanzo ar billaouerez ;

Ma ne zones ket mad,

Me dolo ac'hanout dreist ar c'hoad

Da glask da vamm ha da dad


Sonne, sonne, sonneuse. Pour faire danser la chiffonnière. – Si tu ne sonnes pas bien, je t'enverrai par dessus le bois. Chercher ton père et ta mère.

[...] En Picardie comme en Haute-Bretagne des moulins à vent se composent d'une tige de seigle ou de blé, d'un épi coupé et ployé et de ta roue faite d'un bout de chaume fendu aux deux tiers de sa longueur.

[...] Des simples d'esprit, s'imaginant que leur récolte s'en va, essaient d'en empêcher l'exode. Un jour que les seigles étaient agités par le vent, et ressemblaient à une mer dont les vagues courent se briser sur le rivage, les gens croient qu'ils vont s'enfuir, et on cherche le moyen de les arrêter ; le conseil assemblé décide que les femmes feront une bouillie et la porteront devant les seigles afin de les coller et de les arrêter.

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Selon Jean Baucomont, auteur d'un article intitulé "Les formulettes d'incantation enfantine", paru dans la revue Arts et traditions populaires, 13e Année, No. 3/4 (Juillet-Décembre 1965), pp. 243-255 :

La tradition orale se perpétue dans le folklore de la vie enfantine. […] Une des catégories les plus curieuses de ces formulettes est celle des formulettes d'incantation.

L'incantation, nous disent les dictionnaires, signifie étymologiquement : un enchantement produit par l'emploi de paroles magiques pour opérer un charme, un sortilège. Le recours à l'incantation postule une attitude mentale inspirée par l'antique croyance au pouvoir du verbe, proféré dans certaines circonstances. […]


« L'incantation, dit Bergson, participe à la fois du commandement et de la prière. » On constate effectivement, que la plupart des formulettes d'incantation comportent à la fois une invocation propitiatoire : promesse d'offrande en cas de succès et une menace de sacrifice expiatoire, d'immolation en cas d'échec. Ce qui est proprement le caractère de l'opération magique traditionnelle. […]


On introduit un épi de seigle ou d'orge dans sa manche, puis on balance le bras en répétant la formulette jusqu'à ce que l'épi ait atteint l'épaule :

Ramoneur, ramoneur,

Monte en haut la cheminée. (Suisse romande)

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Symbolisme :


Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Seigle (Secale) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Terre

Pouvoirs : Fidélité conjugale ; Amour ; Divination.


Utilisation rituelle : Les propriétaires qui voulaient soustraire leurs propriétés non closes à l'usage de la vaine pâture plantaient au milieu de leur terrain un bâton surmonté d'une gerbe de Seigle (région de Saint-Dié).


Utilisation magique : La plupart des formules relatives au Seigle sont slaves ; il en existe plusieurs dizaines, peut-être une bonne centaine...

En Ukraine, des galettes de Seigle, cuites par les hommes le jour de l'Assomption, assuraient la fidélité des époux.

La divination a beaucoup employé les grains ; soit on les faisait rôtir et sauter sur une tôle chauffée, soit on les laissait macérer dans un baquet, et le temps qu'ils mettaient à gonfler, les formes et les positions qu'ils prenaient en gonflant fournissaient les augures.

Le jour de la fête des Sept-Dormants (27 juin) il ne faut pas semer du multicaule (1) ; les épis resteraient petits et un diable viendrait les brouter la nuit.

Les Tziganes romains faisaient entrer du son de Seigle dans les charmes d amour.


Note : 1) Variété particulière dite « Seigle d'été » ; autrefois on l'appelait Seigle de la Saint-Jean ou multicaule. On semait ce Seigle vers la fin juin, et même jusqu'à la mi-juillet, pour être coupé vert à l'automne.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Au Moyen Âge, on prescrivait à un épileptique de se mettre dans l'un des plats d'une balane et de mettre dans l'autre son poids en seigle.

Il faut frotter les verrues avec un brin de seigle en récitant une oraison (Bretagne) ; certains recommandent d'en jeter dans un puits : quand il aura pourri, les verrues auront disparu (Mayenne). D'après une recette des Vosges, l'application d'un onguent de farine de seigle sur la partie atteinte guérit un érysipèle. Le traitement sera efficace si, au préalable, on a fait fondre trois gouttes de cire dans de l'eau bénite, en faisant un signe de croix et en disant : « Gilhe (érysipèle), de quelque façon que tu sois et que tu puisses être, je te conjure et te commande, au nom du grand Dieu vivant et des trois personnes de la Sainte-Trinité, de sortir de... (indiquer le siège du mal, et noms et prénoms du malade), e de t'en aller au plus profonde de la mer ». Une bouillie de farine de seigle dans laquelle on a pilé deux bulbes de lys blanc constitue un cataplasme efficace contre le mal de gorge.

Aux environs de Jumièges (Seine-Maritime), les paysans guérissaient les animaux malades grâce à deux poignées de sigle qu'ils avaient prises, le jour de la Saint-Jean, dans le champ de leur voisin : ils les leur passaient autour du corps en récitant l’Évangile de saint Jean et « à l'instant où ils prononçaient In principio, la bête devait bondir, et donner par là signe de guérison » Pour l'efficacité de l'opération, il était nécessaire de voler la céréale en grand secret et nu-pieds. Selon un usage général en France, pour cueillir les épis de seigle destinés à une opération magique, il faut se déchausser, être seul et passer inaperçu. Les Bretons prétendent guérir la toux des juments en leur faisant manger des grains de seigle qui ont bouilli deux heures.

En Bretagne, où le double épi de seigle appelé « épi de saint Yves » porte bonheur et est porté traditionnellement sur la chapeau, un morceau de pain de seigle grillé sur des charbons puis introduit dans a manche d'un nouveau-né le met à l'abri des sorcières et des individus malveillants. Le pan attire à lui les maléfices à condition de le changer tous les jours.

En Russie, le pain de seigle, placé dans les pièces ou les meubles de la maison, protège le foyer ; en Ukraine, les galettes de seigle cuites le jour de l'Assomption assurent la fidélité au sein du couple.

Les grains de seigle peuvent avoir des vertus divinatoires : on les fait soit griller soit macérer et on tire des oracles d'après leur forme, leur position et le temps qu'ils mettent à gonfler.

Selon la légende, le « seigle du diable » poussait dans l'île de Sein : à la suite d'un pari passé avec saint Guénolé, le diable, qui se faisait fort de créer un blé « aussi beau que celui du bon Dieu », ne parvint, en dépit de tous ses efforts, qu'à produire des épis vides de tous grains.

Le seigle doit être semé pendant la pleine lune et avant midi : jamais pendant le premier quartier de lunaison et l'après-midi (Vosges). Le 27 juin est à éviter pour l'ensemencement du seigle d'été car les épis resteront petits et seront broutés la nuit par un diable. On prétend parfois que le seigle croît de manière prodigieuse les trois derniers jours d'avril et les quatre premiers de mai (Albret).

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


Le Seigle représente ceci : mettre les choses en ordre, faire place nette, nettoyer, avec soin et amour, en équilibre, dans l'intention d'embellir la vie pour soi-même et pour les autres et ensuite d'en jouir pleinement, dans le calme et dans le silence, avec une intensité de bonheur rarement atteinte.

Le Seigle se trouve à la tête d'une équipe de nettoyage et veille à ce que tout soit nettoyé convenablement. Il n'est pas sévère, mais plutôt compréhensif ; il donne un coup de main aux travailleurs et dirige tout d'une main souple. Il ne s'inquiète de rien ; intérieurement il se sent tranquille et à aise. il sait : tout finit par s'arranger, parce que son Cœur le lui dit, parce qu'il porte en lui la bonté, parce qu'il sait qu'aucun mal n'est de taille à affronter cette force douce. Il connaît la confiance et il est capable de faire rayonner la confiance vers les autres.

A suivre

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